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14 avril 2012

Au confluent de trois logiques ecclésiales : la communauté, l’assemblée, le service public

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Au confluent de trois logiques ecclésiales :

la communauté, l’assemblée, le service public

Homélie du 2° Dimanche de Pâques
15/04/2012


Nos manières de vivre l’Église sont traversées et influencées par plusieurs courants différents, voire contradictoires.
Trois logiques semblent marquer notre vie ecclésiale, et singulièrement nos paroisses ; mais quel type d’initiation engendrent-elles ?

 

* la communauté

Au confluent de trois logiques ecclésiales : la communauté, l'assemblée, le service public dans Communauté spirituelle repas-moines 

Le vocabulaire de type communautaire a connu un succès extraordinaire après Vatican II. Il traduit une aspiration à des relations plus personnelles, une foi plus engagée, une mise en commun qui va parfois très loin, un idéal de liens profonds et fraternels entre tous.

Le modèle (« l’idéal-type », selon la sociologie de Max Weber) de ce vécu ecclésial est la première cellule d’Église à Jérusalem, décrite dans le livre des Actes des Apôtres en 4,32-35 (ainsi qu’en 2,42-47) dans la 1° lecture de ce 2° Dimanche de Pâques.

On en connaît les quatre piliers : mise en commun des biens assez radicale (cf. Ananie et Saphire qui trichent et sont exclus !) au point qu’on a pu parler d’un « communisme chrétien », prière publique, enseignement apostolique, eucharisties domestiques?

« La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul c?ur et une seule âme ; et personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en commun. C’est avec une grande force que les Apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et la puissance de la grâce était sur eux tous.

Aucun d’entre eux n’était dans la misère, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix pour le mettre à la disposition des Apôtres. On en redistribuait une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins. »

Les Actes des Apôtres témoignent de sa formidable puissance d’attraction pour les chercheurs de Dieu de l’époque : « Chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés » (Ac 2, 47).
Ce vécu communautaire, lorsqu’il existe réellement, est un puissant « bouillon de culture » pour que, à tout âge, un participant ou un invité à cette intensité relationnelle progresse sur le chemin de l’initiation chrétienne.
Les dangers de l’absolutisation de ce modèle sont également bien connus : impossibilité de gérer un grand nombre de catéchumènes si la communauté est petite, risque d’élitisme, de communautarisme, dérive possible vers une foi idéologique confondant les particularités d’une communauté locale avec les grands fondamentaux de la foi chrétienne?
De plus, beaucoup de nouveaux-venus à la foi refuseront d’entrer dans une logique communautaire trop stricte et trop forte pour eux. 

Reste que l’aspiration communautaire est un puissant garde-fou contre la dépersonnalisation ou la froideur qui guette l’ordinaire ecclésial. Il semble légitime, et même nécessaire, de favoriser la multiplication de noyaux de ce type, qui sauront appeler et accompagner des catéchumènes, à condition qu’ils le fassent en communion avec les autres formes de vie d’Église, dans un réel partenariat d’évangélisation.

 

* l’assemblée

En contraste avec Jérusalem, l’Église d’Antioche dans les Actes des Apôtres (11, 19-30) présente d’autres caractéristiques, intéressantes également quant à leurs conséquences sur l’initiation chrétienne.

Ce n’est guère une communauté, au sens défini plus haut, mais plutôt une assemblée.

C’est d’ailleurs l’étymologie même du mot ekklésia, qui vient du grec ek-kaleo : appeler au-dehors. L’Église est l’assemblée qui naît de la convocation de ceux qui sont appelés à sortir d’eux-mêmes pour entrer en communion avec l’Autre (Dieu) / les autres (les membres de l’assemblée).

Cette assemblée (ekklésia) d’Antioche n’est pas fondée par les apôtres, mais par les juifs hellénistes fuyant la persécution consécutive au martyre d’Étienne. 

Elle se construit de l’extérieur, alors que Jérusalem attirait de l’intérieur.
Elle est en lien avec Jérusalem, considérée comme Église-mère (à travers notamment l’envoyé Barnabé qui admire et se réjouit !).
Elle a des enseignants attitrés, Barnabé et Saul, qui y donnent une catéchèse continue sur un an, et qui sont ensuite envoyés en mission par une assemblée de prière (Ac 13, 1-3).

On les appelle « chrétiens », et ils acceptent ce nom des gens du dehors.

Il n’y a plus de communauté de biens, mais une entraide matérielle. La collecte (koïnonia) pour Jérusalem traduit bien l’autre façon de vivre le partage : non pas mettre en commun, mais être solidaires.

L’assemblée d’Antioche vit donc son dynamisme ecclésial bien différemment de la communauté de Jérusalem. L’initiation chrétienne y est visiblement pensée pour un grand nombre, sans les obliger à une intégration totale. L’enseignement apostolique, le lien avec les non-chrétiens, la communion avec les autres Églises en sont dès le départ des éléments-clés.

Quand on sait la fécondité de « l’école d’Antioche » pour la théologie et la spiritualité lors des controverses christologiques des premiers siècles, on se dit que ce modèle ecclésial a ses lettres de noblesse, tout autant que le premier.

Parler d’assemblée met l’accent sur le caractère catholique de l’Église : ne pas se choisir, être convoqués par un Autre, se recevoir d’une tradition vivante, en communion avec les autres assemblées, dans le temps et dans l’espace? À ce titre, l’importance du territoirepour une paroisse est capitale (comme pour un diocèse): recevoir la mission d’annoncer l’Évangile à toute la population d’un territoire donné oblige à ne pas se choisir à la manière des membres d’un club fermé. Être catholique suppose de vivre une réelle ouverture à l’universel, et le lien avec un territoire géographique (social et culturel) donné est un précieux levier pour cela.
Ces éléments font partie intégrante du programme de l’initiation chrétienne : à ce titre, des assemblées ?ordinaires’ sont des lieux incontournables pour devenir chrétien. 

 

* le service public

Cette notion n’est pas a priori négative, surtout dans la tradition française ! Nous constatons en paroisse que beaucoup viennent nous demander des sacrements, des liturgies, des services, comme on vient demander un papier ou un remboursement au guichet d’un service public, « parce qu’on y a droit ».

C’est la trace, dans l’inconscient collectif, de la période historique où l’Église catholique ‘encadrait’ la vie territoriale, et les grands moments de l’existence. On s’adresse encore à elle, indépendamment de la question de la foi personnelle ou de la pratique religieuse, pour sacraliser une naissance, l’amour humain, la mort.

Au lieu de jeter un regard négatif de soupçon sur cette demande, on peut croire qu’il est possible de la travailler pour qu’elle évolue en un chemin d’inspiration catéchuménale.

Au lieu de disqualifier un réflexe sociologique qui vient de loin, on peut y discerner la chance d’un appel à lancer, d’une expérience à vivre, d’un désir à éveiller. D’autant plus que ce type de demandes constitue encore une interface sociale très large et très nombreuse, véritable ‘champ à moissonner’ qui nous manquerait si nous venions à le dédaigner.
Beaucoup de diocèses par exemple ont fait un tel travail sur la préparation au mariage. Ils ont changé de regard sur les fiancés, et leur proposent désormais un parcours de type catéchuménal, sur six à neuf mois, pour que leur demande de mariage devienne une réponse à l’appel de l’Église.
Nous devons en effet changer notre regard sur les futurs mariés qui s’adressent à l’Église. Baptisés ou non, ils doivent être accueillis comme autant de chercheurs de Dieu. Notre mission est de les accompagner avec l’Évangile pour guide, pour aller avec eux à la rencontre de Dieu présent dans l’expérience d’amour qu’ils sont en train de vivre.

Il y a urgence à prendre en compte tous ces jeunes couples qui s’adressent à l’Église à l’occasion de leur mariage, d’une demande de baptême pour leur enfant, d’une inscription au catéchisme. Le plus souvent, ils ne participent pas à la vie habituelle de nos communautés, mais ils sont en attente d’une Parole qui puisse donner sens à leur vie.

Le but est clair : passer d’une pastorale de l’accueil des personnes et des demandes à une véritable pastorale de la proposition de la foi, dans le cadre d’une prise en charge commune inspirée de la démarche catéchuménale.

Une véritable initiation peut alors être vécue, de façon organique et systématique, en croisant les paroisses, les équipes de préparation au mariage, les ministres ordonnés et d’autres compétences locales (bibliques, témoignages?).

Pourquoi ne pas convertir ainsi notre pastorale pour les autres demandeurs d’un « service religieux » ? (obsèques, parents du caté, du baptême etc…) 

 

* articuler ces trois modes d’ecclésialité

Chacune de ces trois modalités de vie d’Église est légitime : si une communauté vit plutôt selon l’une, elle devra reconnaître et encourager les autres à exister et se développer. Elle évitera d’absolutiser ses choix pastoraux. Elle aura le courage de renvoyer des demandeurs vers d’autres formes ecclésiales si elle ne peut répondre. Un diocèse aura à coeur de tisser des liens et d’articuler les efforts missionnaires entre ces différentes manières d’évangéliser. Un projet pastoral d’ensemble sera utile pour ne pas en marginaliser ni en oublier une. Des instances de communion seront nécessaires pour que chacune se réjouisse et s’enrichisse de ce qui est donné à l’autre.

 

Communauté, assemblée, servie public : à quelle forme d’Église avons-nous besoin de nous ouvrir, personnellement et collectivement là où nous sommes ?

 

 

1ère lecture : Le partage dans la communauté des premiers chrétiens (Ac 4, 32-35)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul c?ur et une seule âme ; et personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en commun. C’est avec une grande force que les Apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et la puissance de la grâce était sur eux tous.
Aucun d’entre eux n’était dans la misère, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix pour le mettre à la disposition des Apôtres. On en redistribuait une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins.

Psaume : Ps 117, 1.4, 16-17, 22-23, 24-25

R/ Éternel est son amour !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! 
Éternel est son amour ! 
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur : 
Éternel est son amour ! 

Le bras du Seigneur se lève, 
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai, 
pour annoncer les actions du Seigneur. 

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs 
est devenue la pierre d’angle ;
c’est là l’?uvre du Seigneur, 
la merveille devant nos yeux. 

Voici le jour que fit le Seigneur, 
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! 
Donne, Seigneur, donne le salut ! 
Donne, Seigneur, donne la victoire !

2ème lecture : Celui qui croit est né de Dieu (1Jn 5, 1-6)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Tout homme qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est vraiment né de Dieu ; tout homme qui aime le Père aime aussi celui qui est né de lui. 
Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements.
Car l’amour de Dieu, c’est cela :garder ses commandements. Ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Et ce qui nous a fait vaincre le monde, c’est notre foi.
Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?
C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : pas seulement l’eau, mais l’eau et le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité.

Evangile : Apparition du Christ huit jours après Pâques (Jn 20, 19-31)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Thomas a vu le Seigneur : il a cru. Heureux celui qui croit sans avoir vu ! Alléluia. Alléluia. (cf. Jn 20,29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

1l y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre.
Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.
Patrick BRAUD

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7 avril 2012

Pâques n’est décidément pas une fête sucrée

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Pâques n’est décidément pas une fête sucrée

Homélie du Dimanche de Pâques 08/04/2012

Le blanc est sa couleur.
Pâques n'est décidément pas une fête sucrée dans Communauté spirituelle oeufs-paques-facon-chocolat-4 Si on la fête avant les Rameaux, c’est qu’un heureux événement s’annonce.
Elle est au tison si Noël est au balcon.
Dans certaines régions, elle a ses gâteaux dédiés.
Elle avait ses vacances scolaires avant que le dieu du printemps ne vienne les lui dérober.
Elle garde cependant ses oeufs, ses cloches, ses lapins, sa friture, ses chocolats…
Elle, c’est bien sûr la fête de Pâques qui réjouit toutes les Églises ce dimanche, et bien au-delà.

Elle est tellement passée dans la culture ordinaire qu’on n’en oublierait presque son côté contestataire et rebelle.

Contestataire, parce que proclamer qu’il existe une vie après la mort remet en cause bien des ordres établis, bien des objectifs purement humains, trop horizontaux.

Rebelle, parce que c’est un criminel, un maudit – ou du moins jugé comme tel – qui franchit le premier le mur de la mort. Pâques n’est pas le gentil happy end hollywoodien d’une série télévisée que les metteurs en scène français auraient arrêté au calvaire…

C’est le renversement de l’ordre des choses annoncé dans le Magnificat de Marie.

Oui, Dieu disperse les superbes, Hérode ou Caïphe ou Ponce Pilate ; il élève les humbles, et Jésus est l’humble par excellence. Dieu comble de bien les affamés ; et Jésus a faim et soif de justice plus que tout autre. Dieu renvoie les riches les mains vides ; et Jésus est le pauvre par excellence. Dieu se souvient de son amour, ce qui le pousse à ne pas laisser son fils bien-aimé au séjour des morts.

Fêter Pâques ne pourra donc jamais se fêter tranquillement, enveloppé d’un confort trop douillet pour ne pas en être anesthésiant. Pâques se fête toujours les sandales aux pieds, le bâton à la main, la ceinture autour des reins : à l’image de la Pâque juive à laquelle elle doit tout et qu’elle accomplit au plus haut point, la Pâque chrétienne est en chemin, d’une rive à l’autre.

Cela a une formidable saveur d’éternité, puisque la victoire de cet homme sur la mort résonne comme la promesse de la nôtre. Cela a en même temps un goût d’inachevé, car il ne nous est pas encore donné d’y entrer pleinement. Même notre pâque personnelle que sera notre mort devra encore attendre la pâque universelle que sera la résurrection des morts et « la vie du monde à venir ».

bd0c857b86d98f5a48d9c71f883de751-300x300 Garaudy dans Communauté spirituellePendant les trois premiers siècles, les catéchumènes savaient d’expérience que leur véritable baptême aurait lieu dans l’arène avec les bêtes, et que la vraie célébration de Pâques serait l’offrande qu’ils feraient de leur vie, broyés par les mâchoires des lions, raillés et méprisés par les foules des gradins…

Les baptisés de la nuit pascale ne se faisaient guère d’illusions sur leurs chances de fêter leur anniversaire de baptême bien au chaud devant une table d’abondance. La pâque liturgique annonçait celle du martyre. Le repas pascal se prolongeait dans le festin des bêtes. Le passage du Christ de ce monde à son Père ouvrait une brèche pour tous les condamnés qui allaient bientôt le suivre dans ce pèlerinage sanglant.

« J’écris à toutes les Églises : je mande à tous que je mourrai de grand c?ur pour Dieu, si vous ne m’en empêchez. Je vous en conjure, épargnez-moi une bienveillance intempestive. Laissez-moi devenir la pâture des bêtes : c’est par elles qu’il me sera donné d’arriver à Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes, pour devenir le pain immaculé du Christ. Caressez-les plutôt, afin qu’elles soient mon tombeau, et qu’elles ne laissent rien subsister de mon corps. Les funérailles ne seront ainsi à charge à personne. C’est quand le monde ne verra même plus mon corps, que je serai un véritable disciple de Jésus-Christ. Priez le Christ de daigner faire de moi, par la dent des fauves, une victime pour Dieu. Je ne vous donne pas des ordres, comme Pierre et Paul : ils étaient des Apôtres, et moi je ne suis qu’un condamné, ils étaient libres, et moi, jusqu’à présent,  je suis esclave ; mais la mort fera de moi un affranchi de Jésus-Christ en qui je ressusciterai libre. Pour le moment j’apprends dans les fers à ne rien désirer. (?) C’est en pleine vie que je vous exprime mon ardent désir de la mort. Mes passions terrestres ont été crucifiées, et il n’existe plus en moi de feu pour la matière ; il n’y a qu’une « eau vive », qui murmure au-dedans de moi et me dit : « Viens vers le Père! » Je ne prends p1us de plaisir à la nourriture corruptible ni aux joies de cette vie : ce que je veux, c’est « le pain le Dieu », ce pain qui est la chair de Jésus-Christ, « le fils de David »; et pour breuvage je veux son sang, qui est l’amour incorruptible »

Ignace d’Antioche, Lettre aux Romains avant sa mort vers l’an 107.

Il suffit de parcourir une carte du globe pour deviner les pays, les villes où Pâques comporte toujours ce risque d’être persécuté pour cette formidable espérance.

carte%20persecution PâquesLes belles étoffes liturgiques, les calices étincelants et les processions imposantes ne pourront jamais faire oublier le risque existentiel lié à Pâque, qui n’est décidément pas une fête sucrée…

Cela donne un certain mélange d’allégresse et d’impatience, de chant de victoire et de plainte devant tant de combats encore à mener.

Reste cette formidable espérance qu’autrefois Roger Garaudy réclamait aux chrétiens, peut-être un peu trop tièdes pour être à la hauteur d’un tel événement :

« Environ sous le règne de Tibère, nul ne sait exactement où ni quand un personnage dont on ignore le nom a ouvert une brèche à l’horizon des hommes.

C’était sans doute ni un philosophe ni un tribun, mais il a dû vivre de telle manière que toute sa vie signifiait: chacun de nous peut, à chaque instant, commencer un nouvel avenir.

Des dizaines, des centaines peut-être, de conteurs populaires ont chanté cette bonne nouvelle. Nous en connaissons trois ou quatre.

Le choc qu’ils avaient reçu, ils l’ont exprimé avec les images des simples gens humiliés, des offensés, des meurtris, quand ils rêvent que tout est devenu possible: l’aveugle qui se met à voir, le paralytique à marcher, les affamés au désert qui reçoivent du pain, la prostituée en qui se réveille une femme, cet enfant mort qui recommence à vivre.

Pour crier jusqu’au bout la bonne nouvelle, il fallait que lui-même, par sa résurrection, annonce que toutes les limites, la limite suprême, la mort même, ont été vaincues.

Tel ou tel érudit peut contester chaque fait de cette existence, mais cela ne change rien à cette certitude qui change la vie. Un brasier a été allumé. Il prouve l’étincelle ou la flambée première qui lui a donné naissance.

Ce brasier, ce fut d’abord une levée de gueux, sans quoi, de Néron à Dioclétien, « l’establishment » ne les aurait pas frappés si fort.

Chez cet homme l’amour devait être militant, subversif, sans quoi, lui, le premier, n’aurait pas été crucifié.

Toutes les sagesses, jusque-là méditaient sur le destin, sur la nécessité confondue avec la raison. Il a montré leur folie, Lui le contraire du destin. Lui, la liberté, la création, la vie. Lui qui a défatalisé l’histoire.

Il accomplissait les promesses des héros et des martyrs du grand éveil de la liberté. Pas seulement les espérances d’ Isaïe ou les colères d’Ézéchiel. Prométhée était désenchaîné, Antigone désemmurée. Ces chaînes et ces murs, image mythique du destin, tombaient devant lui en poussière. Tous les dieux étaient morts et l’homme commençait.

C’était comme une nouvelle naissance de l’homme.

Je regarde cette croix, qui en est le symbole, et je rêve à tous ceux qui ont élargi la brèche: de Jean de la Croix qui nous apprend, à force de n’avoir rien, à découvrir le tout, à Karl Marx, qui nous a montré comment on peut changer le monde, à Van Gogh, et à tous ceux qui nous ont fait prendre conscience que l’homme est trop grand pour se suffire à lui-même.

Vous les receleurs de la grande espérance que nous a volée Constantin, gens d’Église, rendez-le nous !

Sa vie et sa mort sont à nous aussi, à tous ceux pour qui elle a un sens. À nous qui avons appris de lui que l’homme est créé créateur.

Pouvoir de créer, attribut divin de l’homme, elle est là, mon hostie de présence réelle, chaque fois que quelque chose de neuf est en train de naître pour agrandir la forme humaine, dans le plus fol amour ou dans la découverte scientifique, dans le poème ou la révolution. »

Roger Garaudy, Pour vous qui est Jésus-Christ ?  Ed. Foi vivante 1971, extrait cité dans « Mon tour du siècle en solitaire », de R. Garaudy, Robert Laffont éditeur, 1989, pp 228-230.

Cette formidable espérance est toujours à l’oeuvre.

Elle inspire à certains de parier sur les rejetés du marché du travail pour fonder des entreprises originales de réinsertion, de solidarité : l’économie sociale est largement pascale ! Elle inspire à d’autres d’accueillir les exclus de la vie sociale pour inventer avec eux des liens et des lieux fraternels grâce auquel on peut commencer à croire que nul n’est esclave de son passé.

Elle encourage ceux qui se battent pour survivre, matériellement, affectivement, spirituellement.

Elle ne gomme rien des échecs, des défaites, des angoisses et des incompréhensibles scandales qui émaillent nos parcours ; mais elle leur ouvre un horizon immense, au-delà de ce que l’oeil humain peut concevoir.

Alors, en ce dimanche de Pâques, ne boudons pas notre joie : Christ est ressuscité, et ce cri matinal renverse un à un tous les dominos qui se dressaient entre lui et nous.

Que cette formidable espérance soutienne nos combats les plus authentiques.

 

Messe du jour de Pâques

1ère lecture : Les Apôtres témoins de la Résurrection (Ac 10, 34a.37-43)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand Pierre arriva de Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean :
Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui.
Et nous, les Apôtres, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Ils l’ont fait mourir en le pendant au bois du supplice.
Et voici que Dieu l’a ressuscité le troisième jour.
Il lui a donné de se montrer, non pas à tout le peuple, mais seulement aux témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts.
Il nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que Dieu l’a choisi comme Juge des vivants et des morts.
C’est à lui que tous les prophètes rendent ce témoignage : Tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés. »

Psaume : 117, 1.4, 16-17, 22-23

R/ Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, alléluia !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour ! 

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort ! »
Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur :

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’oeuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

2ème lecture : Vivre avec le Christ ressuscité (Col 3, 1-4)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre.

En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.

Sequence : 

À la victime pascale,
chrétiens, offrez le sacrifice de louange. 

L’Agneau a racheté les brebis;
le Christ innocent a réconcilié
l’homme pécheur avec le Père.

La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut; vivant, il règne.

Dis-nous, Marie Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ??

J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.

J’ai vu les anges ses témoins,
le suaire et les vêtements.

Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précédera en Galilée.?

Nous le savons : le Christ
est vraiment ressuscité des morts.

Roi victorieux,
prends-nous tous en pitié !
Amen.

Evangile : Le tombeau vide et la foi des Apôtres (Jn 20, 1-9)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.

Notre Pâque immolée, c’est le Christ !
Rassasions-nous dans la joie au festin du Seigneur !
Alléluia. 
(1 Co 5, 7-8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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4 avril 2012

Le pain perdu du Jeudi Saint

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le pain perdu du Jeudi Saint

 Homélie du Jeudi Saint  05/04/2012

La recette du pain perdu

Les générations qui avaient traversé la pénurie et le rationnement sous l’occupation naziePain perdu en avait gardé un réflexe : on ne jette pas la nourriture. Même le pain dur n’était pas gaspillé. La recette était simple : on fait tremper les tartines de pain sec dans un peu de jaune d’œuf mêlé de lait, on fait griller à la poêle, et on sert bien chaud nappé de sucre en poudre (avec de la cassonade, c’est encore meilleur; et si on y ajoute un trait de chocolat fondu…)

Ce pain perdu se fait-il encore ?

En tout cas – si on pardonne la métaphore culinaire – c’est bien la recette du Christ pour le repas du Jeudi Saint.

Lui, le Pain de vie, va accepter dans sa Passion d’être perdu avec les perdus. Mais c’est pour les envelopper de l’amour du Père ; c’est pour que la chaleur de l’Esprit vienne réchauffer ce qui est dur et sec en eux ; c’est pour que tous ceux qui se croyaient perdus découvrent qu’ils sont promis à devenir Dieu, rien moins que cela !

 

Le pain de misère juif

Le pain que Jésus a entre ses mains le soir du Jeudi Saint est un « pain de misère », selon la tradition juive. C’est un pain azyme, c’est-à-dire sans levain, car les hébreux n’ont pas eu le temps de le faire lever lorsqu’ils ont fui l’esclavage de l’Égypte en toute hâte.

Aucune trace de pâte levée  (chomez qui veut dire aussi ?force’) ne doit rester dans les maisons : tout le levain doit disparaître des maisons (Ex 12,18-19) et il est interdit d’en manger pendant les sept jours de la fête juive de Pessah (Ex 12,20). La signification est claire: il s’agit d’abord de faire mémoire de la hâte avec laquelle les hébreux sont sortis d’Égypte, sans même avoir eu le temps de faire cuire leur pain; enracinement historique dans l’événement lui-même donc.

Mais c’est aussi le symbole de l’humilité dans laquelle Israël doit fêter Pessah: c’est dans Le pain perdu du Jeudi Saint dans Communauté spirituelle 1267247446m58Uivla faiblesse que Dieu l’a sauvé, l’a formé comme son peuple. Ce n’est pas à sa propre ?force’ qu’Israël est devenu un peuple, et un peuple libre. Le « pain de misère » (les pains azymes ou mazzoth) mangé à Pâque symbolise cette faiblesse et cette impuissance, dans laquelle la puissance de Dieu va se déployer.

Connaissant cette coutume, Jean prend bien soin de préciser que la mort de Jésus coïncide avec le jour de la Préparation de la Pâque (Jn 19,31), quand justement on fait cette inspection minutieuse pour éliminer toute trace d’aliment impur. Jésus est ainsi implicitement identifié à ce chomez qu’il faut mettre dehors, au rebut de l’humanité. Ce qui donne une théologie de la Croix où l’identification de Jésus au dernier des derniers, aux impurs et aux exclus de ce monde (le chomez), dans la faiblesse (mazzoth), est le véritable ?sacrifice’ pascal qui libère et fait vivre.

 

Le pain azyme chrétien

Le Nouveau Testament parle de la Pâque environ une trentaine de fois, et presque toujours dans un contexte indicatif et allusif (Lc 22, 1-11; 14-18; Jn 2,13…); en l’appelant aussi la fête des Azymes (Mt 26,17). Le rapprochement avec la mort du Christ est fortement souligné: « la Pâque, vous le savez, tombe dans deux jours, et le Fils de l’homme va être livré pour être crucifié » (Mt 26,17). La réinterprétation christique du rituel de la fête viendra très vite: « Christ notre Pâque a été immolé. Ainsi donc célébrons la fête, non pas avec du vieux levain ni un levain de malice et de méchanceté, mais avec des azymes de pureté et de vérité » (1 Co 5,7-8). Ainsi le Christ est le nouvel Agneau Pascal, les chrétiens sont les vrais mazzoth (azymes) en qui ne reste plus le ?levain’ du péché, mais la lumière de la vérité.

 090708hostie_4 Christ dans Communauté spirituelle

Ce « pain de misère », sec et dur, est ce soir transformé en repas de fête. Le pain perdu de nos vies est transfiguré en savoureux dessert. « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. »  (Ps 118,22 ; Lc 20,17 ; Ac 4,11)

 

En recevant ce pain perdu sur la paume de nos mains ouvertes, croyons ce soir qu’il n’y a rien de si dur et si sec – en nous comme chez les autres – qui ne puisse être enveloppé de l’Esprit du Christ.

 

Ne jetez plus vos tranches de pain dur et, tout en faisant dorer ces tartines de pain perdu, méditez sur ce que fait l’eucharistie en vous…

 

1ère lecture : L’agneau pascal (Ex 12,1-8.11-14)

Lecture du livre de l’Exode

Dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera un agneau sans défaut, un mâle, âgé d’un an. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur.
Cette nuit-là, je traverserai le pays d’Égypte, je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.

Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle : d’âge en âge vous la fêterez. »

Psaume : Ps 115, 12-13, 15-16ac, 17-18
R/ Bénis soient la coupe et le pain, où ton peuple prend corps

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur 
de voir mourir les siens ! 
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, 
moi, dont tu brisas les chaînes ? 

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, 
j’invoquerai le nom du Seigneur. 
Je tiendrai mes promesses au Seigneur, 
oui, devant tout son peuple.

2ème lecture : Le repas du Seigneur (1Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

 

Evangile : Le lavement des pieds (Jn 13, 1-15)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. « Tu nous donnes un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : « Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! »
Jésus lui déclara : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, … mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »

Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.
Patrick Braud

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31 mars 2012

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

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Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Homélie du Dimanche des Rameaux  01/04/2012

Comme souvent, c’est le psaume qui contient la clé d’interprétation des trois autres lectures. Le psaume 21(22) de notre liturgie des rameaux commence par cet immense cri :
 « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».

Ce cri de déréliction, Jésus l’a appris enfant pendant ses années tranquilles à Nazareth, sans en deviner toute la portée pour lui-même. Il l’a appris par coeur, par le coeur, en sachant bien qu’un jour cela servirait, Dieu seul sait comment et quand. Et ce cri est trop immense pour ne pas l’avoir impressionné. Aussi, quand il termine lamentablement pendu sur le bois de la croix, les mots appris enfant sous le toit de la synagogue de Nazareth reviennent sur ses lèvres d’adulte : « mon Dieu mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Marc et Matthieu, absents de la scène, l’auront ensuite recueilli – non sans effroi – de la bouche de Marie ou de Jean, qui – lui – en a été tellement effrayé qu’il n’ose pas le citer dans son récit de la Passion.

Il faut laisser à ce cri son immensité de solitude, de désespoir, d’abandon. Lui, le fils à nul autre pareil, fait  l’expérience de la séparation d’avec son Père avec qui pourtant il ne fait qu’un.

Les commentateurs essaient d’adoucir ce cri et de le rendre plus léger en rappelant que le psaume 21 se termine par une hymne de victoire et de confiance en Dieu. Nul doute que Jésus connaissait bien la fin du psaume. Mais au moment où il crie son abandon, il ne triche pas. Il n’en est pas déjà à la fin. Il sait que cet horizon existe, et il y puise peut-être la force de crier. Sa détresse n’en est pas moins plus grande que la plus grande de nos détresses. Sur la croix, il est identifié aux derniers des derniers. Il subit le supplice des humiliores, des esclaves, qu’on méprise trop pour leur accorder la décapitation (comme pour Paul par exemple) ou la lapidation (comme pour Étienne).

« Maudit soit qui pend au gibet de la croix » ( Dt 21,23 ; Ga 3,13) : à cause de cette malédiction rituelle du Deutéronome qui s’attache à ce supplice, Jésus élevé de terre est rabaissé en dessous de toute dignité, il est jeté hors de sa condition juive. Là, il fait l’expérience la plus déchirante qui soit : devenir un sans-Dieu, lui qui en est l’intime ; devenir un maudit de Dieu, lui qui en est la sainteté même ; être tourné en dérision par l’occupant, insulté par les autres criminels, être tenté par ses frères de sang d’abandonner son Père (« sauve-toi toi-même », c’est-à-dire ne soit plus le fils, sois à toi-même ta propre source).

Cette expérience d’abandon, de déréliction ultime, est inimaginable pour nous, même à travers nos pires cauchemars.

Chacun des mots du psaume 21 parle de cet abandon extrême : « je suis un ver non pas un homme », « raillé, méprisé, on se détourne de moi »… « Mon coeur se liquéfie comme la cire »

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? dans Communauté spirituelle ResurrectionIcon3Pourquoi Jésus est-il conduit à cet abandon extrême ? Pourquoi son Père l’a-t-il laissé être séparé de lui à ce point ?

Il faut revenir au but essentiel de la mission du Christ : « chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10). Le but commun du Père et du Fils est allé « repêcher » ceux qui s’éloignaient, et même d’aller donner vie à ceux qui gisaient dans l’ombre de la mort. Pour cela, pas d’autre chemin que d’aller les rejoindre physiquement, humainement, spirituellement. Faire corps avec eux pour ensuite pouvoir les faire remonter à la surface, agrippés au Christ, lui élevé par son Père à sa droite, au plus haut.

Mais faire corps avec les damnés de la terre pour les relever implique de devenir soi-même l’un des leurs.

Pour que plus jamais un être humain ne se croit maudit à jamais, Jésus a été traité ainsi.

Pour que plus jamais les humiliés et méprisés ne soient rayés de la carte, Jésus a été insulté, moqué, on lui a craché dessus et on l’a traité comme un sous-homme.

Pour que plus jamais la solitude n’ait le dernier mot, Jésus a été affreusement seul.

Sur la croix, Dieu est loin de Dieu, cette déchirure le disloque jusqu’au plus intime de son être. S’il fait l’expérience de l’abandon extrême, c’est pour aller jusqu’au bout de sa volonté commune avec son Père : aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus.

Il ne fait donc pas semblant lorsqu’il crie son angoisse et son incompréhension.

Les psaumes lui fournissent ces mots qu’on ne trouve plus lorsqu’on souffre trop.

La Passion du Christ devient ainsi l’antidote le plus violent contre les abandons qui nous désunissent.

Puisqu’il a connu la déréliction à nulle autre pareille, puisqu’il a été réellement abandonné de Dieu, tous ceux qui sont exclus par les hommes où se croient rejetés par Dieu peuvent se tourner vers Jésus comme l’un des leurs. Il a été broyé comme eux, et par là même il a vaincu cette malédiction pour eux.

 

Qui sont ces abandonnés pour lesquels Jésus a été humilié ?

Il suffit hélas d’ouvrir les yeux sur ceux que l’on ne voit plus ; ou sur nos propres abandons que nous voulons plus regarder en face. Les formes allongées sur nos trottoirs, les conjoints que l’on quitte, les enfants que personne ne déclare, les gens dont la vie bascule sur un licenciement, une maladie, une catastrophe : impossible de faire une liste exhaustive, car c’est d’abord pour chacun de nous que le Christ est mort, chacun de nous connaissant d’une manière ou d’une autre, tôt ou tard, plus ou moins intensément, ces abandons qui ont fait crier de douleur le crucifié.

Ne souhaitons à personne de faire l’expérience de cette déréliction.

Mais si elle arrive, tournons-nous vers celui qui s’y est exposé, jusqu’à l’extrême, pour qu’elle n’ait plus sur nous aucune victoire.

Entrée messianique du Seigneur à Jérusalem : (Mc 11, 1-10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Quelques jours avant la fête de la Pâque, Jésus et ses disciples approchent de Jérusalem, de Bethphagé et de Béthanie, près du mont des Oliviers. Jésus envoie deux de ses disciples :
« Allez au village qui est en face de vous. Dès l’entrée, vous y trouverez un petit âne attaché, que personne n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous demande : ‘Que faites-vous là ?’ répondez : ‘Le Seigneur en a besoin : il vous le renverra aussitôt.’ »
Ils partent, trouvent un petit âne attaché près d’une porte, dehors, dans la rue, et ils le détachent. Des gens qui se trouvaient là leur demandaient : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? » Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit, et on les laissa faire.
Ils amènent le petit âne à Jésus, le couvrent de leurs manteaux, et Jésus s’assoit dessus.
Alors, beaucoup de gens étendirent sur le chemin leurs manteaux, d’autres, des feuillages coupés dans la campagne.
Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni le Règne qui vient, celui de notre père David. Hosanna au plus haut des cieux ! »

1ère lecture : Le Serviteur de Dieu accepte ses souffrances (Is 50, 4-7)
Lecture du livre d’Isaïe

Dieu mon Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus. La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire. Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats. Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume : 21, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! » 

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os. 

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide ! 

Mais tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

2ème lecture : Abaissement et glorification de Jésus (Ph 2, 6-11)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

Evangile : La Passion (brève : 15,1-39) (Mc 14, 1-72; 15, 1-47)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. 

Pour nous, le Christ s’est fait obéissant, jusqu’à la mort, et la mort sur une croix.
Voilà pourquoi Dieu l’a élevé souverainement et lui a donné le Nom qui est dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. 
(Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Marc

La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu dans deux jours. Les chefs des prêtres et les scribes cherchaient le moyen d’arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Car ils se disaient : « Pas en pleine fête, pour éviter une émeute dans le peuple. »
Jésus se trouvait à Béthanie, chez Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête. Or, quelques-uns s’indignaient : « À quoi bon gaspiller ce parfum ? On aurait pu le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent et en faire don aux pauvres. » Et ils la critiquaient.
Mais Jésus leur dit : « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? C’est une action charitable qu’elle a faite envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous voudrez, vous pourrez les secourir ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. Elle a fait tout ce qu’elle pouvait faire. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : Partout où la Bonne Nouvelle sera proclamée dans le monde entier, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. » 

Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les chefs des prêtres pour leur livrer Jésus. À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Dès lors Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ? » Il envoie deux disciples : « Allez à la ville ; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le. Et là où il entrera, dites au propriétaire : ‘Le maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’ Il vous montrera, à l’étage, une grande pièce toute prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent en ville ; tout se passa comme Jésus le leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque. 

Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. » Ils devinrent tout tristes, et ils lui demandaient l’un après l’autre : « Serait-ce moi ? » Il leur répondit : « C’est l’un des Douze, qui se sert au même plat que moi. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui qui le livre ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né. »
Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit, et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu. » 

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit : « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées. Mais, après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
Pierre lui dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. »
Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous disaient de même.

Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : « Restez ici ; moi, je vais prier. »
Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Demeurez ici et veillez. »
S’écartant un peu, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! »
Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller une heure ? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
Il retourna prier, en répétant les mêmes paroles. Quand il revint près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis. Et ils ne savaient que lui dire.
Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Le voici tout proche, celui qui me livre. » 

Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva avec une bande armée d’épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres, les scribes et les anciens. Or, le traître leur avait donné un signe convenu : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. » À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l’embrassa. Les autres lui mirent la main dessus et l’arrêtèrent. Un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
Alors Jésus leur déclara : « Suis-je donc un bandit pour que vous soyez venus m’arrêter avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais parmi vous dans le Temple, où j’enseignais ; et vous ne m’avez pas arrêté. Mais il faut que les Écritures s’accomplissent. »
Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous.
Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour vêtement qu’un drap. On le saisit. Mais lui, lâchant le drap, se sauva tout nu. 

Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre, et tous les chefs des prêtres, les anciens et les scribes se rassemblent. Pierre avait suivi Jésus de loin, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis parmi les gardes, il se chauffait près du feu. Les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort, et ils n’en trouvaient pas.
De fait, plusieurs portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient même pas. Quelques-uns se levaient pour porter contre lui ce faux témoignage : « Nous l’avons entendu dire : ‘Je détruirai ce temple fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.’ »
Et même sur ce point, ils n’étaient pas d’accord.
Alors le grand prêtre se leva devant l’assemblée et interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien à ce que ces gens déposent contre toi ? » Mais lui gardait le silence, et il ne répondait rien. Le grand prêtre l’interroge de nouveau : « Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ? »
Jésus lui dit : « Je le suis, et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »
Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Quel est votre avis ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le rouèrent de coups, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des gifles. 

Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une servante du grand prêtre. Elle le voit qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas ce que tu veux dire. » Puis il sortit dans le vestibule. La servante, l’ayant vu, recommença à dire à ceux qui se trouvaient là : « En voilà un qui est des leurs ! » De nouveau, Pierre le niait. Un moment après, ceux qui étaient là lui disaient : « Sûrement tu en es ! D’ailleurs, tu es Galiléen. » Alors il se mit à jurer en appelant sur lui la malédiction : « Je ne connais pas l’homme dont vous parlez. » Et aussitôt, un coq chanta pour la seconde fois.
Alors Pierre se souvint de la parole de Jésus : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il se mit à pleurer. 

Dès le matin, les chefs des prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le grand conseil. Puis ils enchaînèrent Jésus et l’emmenèrent pour le livrer à Pilate.
Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus répond : « C’est toi qui le dis. »
Les chefs des prêtres multipliaient contre lui les accusations.Pilate lui demandait à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate s’en étonnait.
À chaque fête de Pâque, il relâchait un prisonnier, celui que la foule demandait. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour avoir tué un homme lors de l’émeute. La foule monta donc, et se mit à demander à Pilate la grâce qu’il accordait d’habitude. Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
(Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les chefs des prêtres l’avaient livré.)
Ces derniers excitèrent la foule à demander plutôt la grâce de Barabbas. Et comme Pilate reprenait : « Que ferai-je donc de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », ils crièrent de nouveau : « Crucifie-le ! » Pilate leur disait : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » Mais ils crièrent encore plus fort : « Crucifie-le ! » Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas, et après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du Prétoire, c’est-à-dire dans le palais du gouverneur. Ils appellent toute la garde, ils lui mettent un manteau rouge, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des révérences : « Salut, roi des Juifs ! »
Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau rouge, et lui remirent ses vêtements. 

Puis, ils l’emmenèrent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter la croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus à l’endroit appelé Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne, ou Calvaire. Ils lui offraient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.
Il était neuf heures lorsqu’on le crucifia.
L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».
Avec lui on crucifie deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête : « Hé ! toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »
De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Que le Messie, le roi d’Israël, descende maintenant de la croix ; alors nous verrons et nous croirons. »
Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient. 

Quand arriva l’heure de midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusque vers trois heures. Et à trois heures, Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lama sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l’entendant : « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! » L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! » Mais Jésus, poussant un grand cri, expira. 

Le rideau du Temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, s’écria : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! »
Il y avait aussi des femmes, qui regardaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Déjà le soir était venu ; or, comme c’était la veille du sabbat, le jour où il faut tout préparer, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le royaume de Dieu. Il eut le courage d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.
Pilate, s’étonnant qu’il soit déjà mort, fit appeler le centurion, pour savoir depuis combien de temps Jésus était mort. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps.
Joseph acheta donc un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un sépulcre qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, regardaient l’endroit où on l’avait mis.
Patrick BRAUD

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