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7 avril 2012

Pâques n’est décidément pas une fête sucrée

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Pâques n’est décidément pas une fête sucrée

Homélie du Dimanche de Pâques 08/04/2012

Le blanc est sa couleur.
Pâques n'est décidément pas une fête sucrée dans Communauté spirituelle oeufs-paques-facon-chocolat-4 Si on la fête avant les Rameaux, c’est qu’un heureux événement s’annonce.
Elle est au tison si Noël est au balcon.
Dans certaines régions, elle a ses gâteaux dédiés.
Elle avait ses vacances scolaires avant que le dieu du printemps ne vienne les lui dérober.
Elle garde cependant ses oeufs, ses cloches, ses lapins, sa friture, ses chocolats…
Elle, c’est bien sûr la fête de Pâques qui réjouit toutes les Églises ce dimanche, et bien au-delà.

Elle est tellement passée dans la culture ordinaire qu’on n’en oublierait presque son côté contestataire et rebelle.

Contestataire, parce que proclamer qu’il existe une vie après la mort remet en cause bien des ordres établis, bien des objectifs purement humains, trop horizontaux.

Rebelle, parce que c’est un criminel, un maudit – ou du moins jugé comme tel – qui franchit le premier le mur de la mort. Pâques n’est pas le gentil happy end hollywoodien d’une série télévisée que les metteurs en scène français auraient arrêté au calvaire…

C’est le renversement de l’ordre des choses annoncé dans le Magnificat de Marie.

Oui, Dieu disperse les superbes, Hérode ou Caïphe ou Ponce Pilate ; il élève les humbles, et Jésus est l’humble par excellence. Dieu comble de bien les affamés ; et Jésus a faim et soif de justice plus que tout autre. Dieu renvoie les riches les mains vides ; et Jésus est le pauvre par excellence. Dieu se souvient de son amour, ce qui le pousse à ne pas laisser son fils bien-aimé au séjour des morts.

Fêter Pâques ne pourra donc jamais se fêter tranquillement, enveloppé d’un confort trop douillet pour ne pas en être anesthésiant. Pâques se fête toujours les sandales aux pieds, le bâton à la main, la ceinture autour des reins : à l’image de la Pâque juive à laquelle elle doit tout et qu’elle accomplit au plus haut point, la Pâque chrétienne est en chemin, d’une rive à l’autre.

Cela a une formidable saveur d’éternité, puisque la victoire de cet homme sur la mort résonne comme la promesse de la nôtre. Cela a en même temps un goût d’inachevé, car il ne nous est pas encore donné d’y entrer pleinement. Même notre pâque personnelle que sera notre mort devra encore attendre la pâque universelle que sera la résurrection des morts et « la vie du monde à venir ».

bd0c857b86d98f5a48d9c71f883de751-300x300 Garaudy dans Communauté spirituellePendant les trois premiers siècles, les catéchumènes savaient d’expérience que leur véritable baptême aurait lieu dans l’arène avec les bêtes, et que la vraie célébration de Pâques serait l’offrande qu’ils feraient de leur vie, broyés par les mâchoires des lions, raillés et méprisés par les foules des gradins…

Les baptisés de la nuit pascale ne se faisaient guère d’illusions sur leurs chances de fêter leur anniversaire de baptême bien au chaud devant une table d’abondance. La pâque liturgique annonçait celle du martyre. Le repas pascal se prolongeait dans le festin des bêtes. Le passage du Christ de ce monde à son Père ouvrait une brèche pour tous les condamnés qui allaient bientôt le suivre dans ce pèlerinage sanglant.

« J’écris à toutes les Églises : je mande à tous que je mourrai de grand c?ur pour Dieu, si vous ne m’en empêchez. Je vous en conjure, épargnez-moi une bienveillance intempestive. Laissez-moi devenir la pâture des bêtes : c’est par elles qu’il me sera donné d’arriver à Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes, pour devenir le pain immaculé du Christ. Caressez-les plutôt, afin qu’elles soient mon tombeau, et qu’elles ne laissent rien subsister de mon corps. Les funérailles ne seront ainsi à charge à personne. C’est quand le monde ne verra même plus mon corps, que je serai un véritable disciple de Jésus-Christ. Priez le Christ de daigner faire de moi, par la dent des fauves, une victime pour Dieu. Je ne vous donne pas des ordres, comme Pierre et Paul : ils étaient des Apôtres, et moi je ne suis qu’un condamné, ils étaient libres, et moi, jusqu’à présent,  je suis esclave ; mais la mort fera de moi un affranchi de Jésus-Christ en qui je ressusciterai libre. Pour le moment j’apprends dans les fers à ne rien désirer. (?) C’est en pleine vie que je vous exprime mon ardent désir de la mort. Mes passions terrestres ont été crucifiées, et il n’existe plus en moi de feu pour la matière ; il n’y a qu’une « eau vive », qui murmure au-dedans de moi et me dit : « Viens vers le Père! » Je ne prends p1us de plaisir à la nourriture corruptible ni aux joies de cette vie : ce que je veux, c’est « le pain le Dieu », ce pain qui est la chair de Jésus-Christ, « le fils de David »; et pour breuvage je veux son sang, qui est l’amour incorruptible »

Ignace d’Antioche, Lettre aux Romains avant sa mort vers l’an 107.

Il suffit de parcourir une carte du globe pour deviner les pays, les villes où Pâques comporte toujours ce risque d’être persécuté pour cette formidable espérance.

carte%20persecution PâquesLes belles étoffes liturgiques, les calices étincelants et les processions imposantes ne pourront jamais faire oublier le risque existentiel lié à Pâque, qui n’est décidément pas une fête sucrée…

Cela donne un certain mélange d’allégresse et d’impatience, de chant de victoire et de plainte devant tant de combats encore à mener.

Reste cette formidable espérance qu’autrefois Roger Garaudy réclamait aux chrétiens, peut-être un peu trop tièdes pour être à la hauteur d’un tel événement :

« Environ sous le règne de Tibère, nul ne sait exactement où ni quand un personnage dont on ignore le nom a ouvert une brèche à l’horizon des hommes.

C’était sans doute ni un philosophe ni un tribun, mais il a dû vivre de telle manière que toute sa vie signifiait: chacun de nous peut, à chaque instant, commencer un nouvel avenir.

Des dizaines, des centaines peut-être, de conteurs populaires ont chanté cette bonne nouvelle. Nous en connaissons trois ou quatre.

Le choc qu’ils avaient reçu, ils l’ont exprimé avec les images des simples gens humiliés, des offensés, des meurtris, quand ils rêvent que tout est devenu possible: l’aveugle qui se met à voir, le paralytique à marcher, les affamés au désert qui reçoivent du pain, la prostituée en qui se réveille une femme, cet enfant mort qui recommence à vivre.

Pour crier jusqu’au bout la bonne nouvelle, il fallait que lui-même, par sa résurrection, annonce que toutes les limites, la limite suprême, la mort même, ont été vaincues.

Tel ou tel érudit peut contester chaque fait de cette existence, mais cela ne change rien à cette certitude qui change la vie. Un brasier a été allumé. Il prouve l’étincelle ou la flambée première qui lui a donné naissance.

Ce brasier, ce fut d’abord une levée de gueux, sans quoi, de Néron à Dioclétien, « l’establishment » ne les aurait pas frappés si fort.

Chez cet homme l’amour devait être militant, subversif, sans quoi, lui, le premier, n’aurait pas été crucifié.

Toutes les sagesses, jusque-là méditaient sur le destin, sur la nécessité confondue avec la raison. Il a montré leur folie, Lui le contraire du destin. Lui, la liberté, la création, la vie. Lui qui a défatalisé l’histoire.

Il accomplissait les promesses des héros et des martyrs du grand éveil de la liberté. Pas seulement les espérances d’ Isaïe ou les colères d’Ézéchiel. Prométhée était désenchaîné, Antigone désemmurée. Ces chaînes et ces murs, image mythique du destin, tombaient devant lui en poussière. Tous les dieux étaient morts et l’homme commençait.

C’était comme une nouvelle naissance de l’homme.

Je regarde cette croix, qui en est le symbole, et je rêve à tous ceux qui ont élargi la brèche: de Jean de la Croix qui nous apprend, à force de n’avoir rien, à découvrir le tout, à Karl Marx, qui nous a montré comment on peut changer le monde, à Van Gogh, et à tous ceux qui nous ont fait prendre conscience que l’homme est trop grand pour se suffire à lui-même.

Vous les receleurs de la grande espérance que nous a volée Constantin, gens d’Église, rendez-le nous !

Sa vie et sa mort sont à nous aussi, à tous ceux pour qui elle a un sens. À nous qui avons appris de lui que l’homme est créé créateur.

Pouvoir de créer, attribut divin de l’homme, elle est là, mon hostie de présence réelle, chaque fois que quelque chose de neuf est en train de naître pour agrandir la forme humaine, dans le plus fol amour ou dans la découverte scientifique, dans le poème ou la révolution. »

Roger Garaudy, Pour vous qui est Jésus-Christ ?  Ed. Foi vivante 1971, extrait cité dans « Mon tour du siècle en solitaire », de R. Garaudy, Robert Laffont éditeur, 1989, pp 228-230.

Cette formidable espérance est toujours à l’oeuvre.

Elle inspire à certains de parier sur les rejetés du marché du travail pour fonder des entreprises originales de réinsertion, de solidarité : l’économie sociale est largement pascale ! Elle inspire à d’autres d’accueillir les exclus de la vie sociale pour inventer avec eux des liens et des lieux fraternels grâce auquel on peut commencer à croire que nul n’est esclave de son passé.

Elle encourage ceux qui se battent pour survivre, matériellement, affectivement, spirituellement.

Elle ne gomme rien des échecs, des défaites, des angoisses et des incompréhensibles scandales qui émaillent nos parcours ; mais elle leur ouvre un horizon immense, au-delà de ce que l’oeil humain peut concevoir.

Alors, en ce dimanche de Pâques, ne boudons pas notre joie : Christ est ressuscité, et ce cri matinal renverse un à un tous les dominos qui se dressaient entre lui et nous.

Que cette formidable espérance soutienne nos combats les plus authentiques.

 

Messe du jour de Pâques

1ère lecture : Les Apôtres témoins de la Résurrection (Ac 10, 34a.37-43)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand Pierre arriva de Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean :
Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui.
Et nous, les Apôtres, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Ils l’ont fait mourir en le pendant au bois du supplice.
Et voici que Dieu l’a ressuscité le troisième jour.
Il lui a donné de se montrer, non pas à tout le peuple, mais seulement aux témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts.
Il nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que Dieu l’a choisi comme Juge des vivants et des morts.
C’est à lui que tous les prophètes rendent ce témoignage : Tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés. »

Psaume : 117, 1.4, 16-17, 22-23

R/ Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, alléluia !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour ! 

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort ! »
Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur :

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’oeuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

2ème lecture : Vivre avec le Christ ressuscité (Col 3, 1-4)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre.

En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.

Sequence : 

À la victime pascale,
chrétiens, offrez le sacrifice de louange. 

L’Agneau a racheté les brebis;
le Christ innocent a réconcilié
l’homme pécheur avec le Père.

La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut; vivant, il règne.

Dis-nous, Marie Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ??

J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.

J’ai vu les anges ses témoins,
le suaire et les vêtements.

Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précédera en Galilée.?

Nous le savons : le Christ
est vraiment ressuscité des morts.

Roi victorieux,
prends-nous tous en pitié !
Amen.

Evangile : Le tombeau vide et la foi des Apôtres (Jn 20, 1-9)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.

Notre Pâque immolée, c’est le Christ !
Rassasions-nous dans la joie au festin du Seigneur !
Alléluia. 
(1 Co 5, 7-8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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31 mars 2012

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

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Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Homélie du Dimanche des Rameaux  01/04/2012

Comme souvent, c’est le psaume qui contient la clé d’interprétation des trois autres lectures. Le psaume 21(22) de notre liturgie des rameaux commence par cet immense cri :
 « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».

Ce cri de déréliction, Jésus l’a appris enfant pendant ses années tranquilles à Nazareth, sans en deviner toute la portée pour lui-même. Il l’a appris par coeur, par le coeur, en sachant bien qu’un jour cela servirait, Dieu seul sait comment et quand. Et ce cri est trop immense pour ne pas l’avoir impressionné. Aussi, quand il termine lamentablement pendu sur le bois de la croix, les mots appris enfant sous le toit de la synagogue de Nazareth reviennent sur ses lèvres d’adulte : « mon Dieu mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Marc et Matthieu, absents de la scène, l’auront ensuite recueilli – non sans effroi – de la bouche de Marie ou de Jean, qui – lui – en a été tellement effrayé qu’il n’ose pas le citer dans son récit de la Passion.

Il faut laisser à ce cri son immensité de solitude, de désespoir, d’abandon. Lui, le fils à nul autre pareil, fait  l’expérience de la séparation d’avec son Père avec qui pourtant il ne fait qu’un.

Les commentateurs essaient d’adoucir ce cri et de le rendre plus léger en rappelant que le psaume 21 se termine par une hymne de victoire et de confiance en Dieu. Nul doute que Jésus connaissait bien la fin du psaume. Mais au moment où il crie son abandon, il ne triche pas. Il n’en est pas déjà à la fin. Il sait que cet horizon existe, et il y puise peut-être la force de crier. Sa détresse n’en est pas moins plus grande que la plus grande de nos détresses. Sur la croix, il est identifié aux derniers des derniers. Il subit le supplice des humiliores, des esclaves, qu’on méprise trop pour leur accorder la décapitation (comme pour Paul par exemple) ou la lapidation (comme pour Étienne).

« Maudit soit qui pend au gibet de la croix » ( Dt 21,23 ; Ga 3,13) : à cause de cette malédiction rituelle du Deutéronome qui s’attache à ce supplice, Jésus élevé de terre est rabaissé en dessous de toute dignité, il est jeté hors de sa condition juive. Là, il fait l’expérience la plus déchirante qui soit : devenir un sans-Dieu, lui qui en est l’intime ; devenir un maudit de Dieu, lui qui en est la sainteté même ; être tourné en dérision par l’occupant, insulté par les autres criminels, être tenté par ses frères de sang d’abandonner son Père (« sauve-toi toi-même », c’est-à-dire ne soit plus le fils, sois à toi-même ta propre source).

Cette expérience d’abandon, de déréliction ultime, est inimaginable pour nous, même à travers nos pires cauchemars.

Chacun des mots du psaume 21 parle de cet abandon extrême : « je suis un ver non pas un homme », « raillé, méprisé, on se détourne de moi »… « Mon coeur se liquéfie comme la cire »

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? dans Communauté spirituelle ResurrectionIcon3Pourquoi Jésus est-il conduit à cet abandon extrême ? Pourquoi son Père l’a-t-il laissé être séparé de lui à ce point ?

Il faut revenir au but essentiel de la mission du Christ : « chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10). Le but commun du Père et du Fils est allé « repêcher » ceux qui s’éloignaient, et même d’aller donner vie à ceux qui gisaient dans l’ombre de la mort. Pour cela, pas d’autre chemin que d’aller les rejoindre physiquement, humainement, spirituellement. Faire corps avec eux pour ensuite pouvoir les faire remonter à la surface, agrippés au Christ, lui élevé par son Père à sa droite, au plus haut.

Mais faire corps avec les damnés de la terre pour les relever implique de devenir soi-même l’un des leurs.

Pour que plus jamais un être humain ne se croit maudit à jamais, Jésus a été traité ainsi.

Pour que plus jamais les humiliés et méprisés ne soient rayés de la carte, Jésus a été insulté, moqué, on lui a craché dessus et on l’a traité comme un sous-homme.

Pour que plus jamais la solitude n’ait le dernier mot, Jésus a été affreusement seul.

Sur la croix, Dieu est loin de Dieu, cette déchirure le disloque jusqu’au plus intime de son être. S’il fait l’expérience de l’abandon extrême, c’est pour aller jusqu’au bout de sa volonté commune avec son Père : aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus.

Il ne fait donc pas semblant lorsqu’il crie son angoisse et son incompréhension.

Les psaumes lui fournissent ces mots qu’on ne trouve plus lorsqu’on souffre trop.

La Passion du Christ devient ainsi l’antidote le plus violent contre les abandons qui nous désunissent.

Puisqu’il a connu la déréliction à nulle autre pareille, puisqu’il a été réellement abandonné de Dieu, tous ceux qui sont exclus par les hommes où se croient rejetés par Dieu peuvent se tourner vers Jésus comme l’un des leurs. Il a été broyé comme eux, et par là même il a vaincu cette malédiction pour eux.

 

Qui sont ces abandonnés pour lesquels Jésus a été humilié ?

Il suffit hélas d’ouvrir les yeux sur ceux que l’on ne voit plus ; ou sur nos propres abandons que nous voulons plus regarder en face. Les formes allongées sur nos trottoirs, les conjoints que l’on quitte, les enfants que personne ne déclare, les gens dont la vie bascule sur un licenciement, une maladie, une catastrophe : impossible de faire une liste exhaustive, car c’est d’abord pour chacun de nous que le Christ est mort, chacun de nous connaissant d’une manière ou d’une autre, tôt ou tard, plus ou moins intensément, ces abandons qui ont fait crier de douleur le crucifié.

Ne souhaitons à personne de faire l’expérience de cette déréliction.

Mais si elle arrive, tournons-nous vers celui qui s’y est exposé, jusqu’à l’extrême, pour qu’elle n’ait plus sur nous aucune victoire.

Entrée messianique du Seigneur à Jérusalem : (Mc 11, 1-10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Quelques jours avant la fête de la Pâque, Jésus et ses disciples approchent de Jérusalem, de Bethphagé et de Béthanie, près du mont des Oliviers. Jésus envoie deux de ses disciples :
« Allez au village qui est en face de vous. Dès l’entrée, vous y trouverez un petit âne attaché, que personne n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous demande : ‘Que faites-vous là ?’ répondez : ‘Le Seigneur en a besoin : il vous le renverra aussitôt.’ »
Ils partent, trouvent un petit âne attaché près d’une porte, dehors, dans la rue, et ils le détachent. Des gens qui se trouvaient là leur demandaient : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? » Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit, et on les laissa faire.
Ils amènent le petit âne à Jésus, le couvrent de leurs manteaux, et Jésus s’assoit dessus.
Alors, beaucoup de gens étendirent sur le chemin leurs manteaux, d’autres, des feuillages coupés dans la campagne.
Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni le Règne qui vient, celui de notre père David. Hosanna au plus haut des cieux ! »

1ère lecture : Le Serviteur de Dieu accepte ses souffrances (Is 50, 4-7)
Lecture du livre d’Isaïe

Dieu mon Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus. La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire. Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats. Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume : 21, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! » 

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os. 

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide ! 

Mais tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

2ème lecture : Abaissement et glorification de Jésus (Ph 2, 6-11)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

Evangile : La Passion (brève : 15,1-39) (Mc 14, 1-72; 15, 1-47)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. 

Pour nous, le Christ s’est fait obéissant, jusqu’à la mort, et la mort sur une croix.
Voilà pourquoi Dieu l’a élevé souverainement et lui a donné le Nom qui est dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. 
(Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Marc

La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu dans deux jours. Les chefs des prêtres et les scribes cherchaient le moyen d’arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Car ils se disaient : « Pas en pleine fête, pour éviter une émeute dans le peuple. »
Jésus se trouvait à Béthanie, chez Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête. Or, quelques-uns s’indignaient : « À quoi bon gaspiller ce parfum ? On aurait pu le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent et en faire don aux pauvres. » Et ils la critiquaient.
Mais Jésus leur dit : « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? C’est une action charitable qu’elle a faite envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous voudrez, vous pourrez les secourir ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. Elle a fait tout ce qu’elle pouvait faire. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : Partout où la Bonne Nouvelle sera proclamée dans le monde entier, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. » 

Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les chefs des prêtres pour leur livrer Jésus. À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Dès lors Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ? » Il envoie deux disciples : « Allez à la ville ; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le. Et là où il entrera, dites au propriétaire : ‘Le maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’ Il vous montrera, à l’étage, une grande pièce toute prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent en ville ; tout se passa comme Jésus le leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque. 

Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. » Ils devinrent tout tristes, et ils lui demandaient l’un après l’autre : « Serait-ce moi ? » Il leur répondit : « C’est l’un des Douze, qui se sert au même plat que moi. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui qui le livre ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né. »
Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit, et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu. » 

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit : « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées. Mais, après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
Pierre lui dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. »
Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous disaient de même.

Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : « Restez ici ; moi, je vais prier. »
Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Demeurez ici et veillez. »
S’écartant un peu, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! »
Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller une heure ? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
Il retourna prier, en répétant les mêmes paroles. Quand il revint près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis. Et ils ne savaient que lui dire.
Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Le voici tout proche, celui qui me livre. » 

Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva avec une bande armée d’épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres, les scribes et les anciens. Or, le traître leur avait donné un signe convenu : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. » À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l’embrassa. Les autres lui mirent la main dessus et l’arrêtèrent. Un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
Alors Jésus leur déclara : « Suis-je donc un bandit pour que vous soyez venus m’arrêter avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais parmi vous dans le Temple, où j’enseignais ; et vous ne m’avez pas arrêté. Mais il faut que les Écritures s’accomplissent. »
Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous.
Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour vêtement qu’un drap. On le saisit. Mais lui, lâchant le drap, se sauva tout nu. 

Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre, et tous les chefs des prêtres, les anciens et les scribes se rassemblent. Pierre avait suivi Jésus de loin, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis parmi les gardes, il se chauffait près du feu. Les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort, et ils n’en trouvaient pas.
De fait, plusieurs portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient même pas. Quelques-uns se levaient pour porter contre lui ce faux témoignage : « Nous l’avons entendu dire : ‘Je détruirai ce temple fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.’ »
Et même sur ce point, ils n’étaient pas d’accord.
Alors le grand prêtre se leva devant l’assemblée et interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien à ce que ces gens déposent contre toi ? » Mais lui gardait le silence, et il ne répondait rien. Le grand prêtre l’interroge de nouveau : « Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ? »
Jésus lui dit : « Je le suis, et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »
Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Quel est votre avis ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le rouèrent de coups, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des gifles. 

Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une servante du grand prêtre. Elle le voit qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas ce que tu veux dire. » Puis il sortit dans le vestibule. La servante, l’ayant vu, recommença à dire à ceux qui se trouvaient là : « En voilà un qui est des leurs ! » De nouveau, Pierre le niait. Un moment après, ceux qui étaient là lui disaient : « Sûrement tu en es ! D’ailleurs, tu es Galiléen. » Alors il se mit à jurer en appelant sur lui la malédiction : « Je ne connais pas l’homme dont vous parlez. » Et aussitôt, un coq chanta pour la seconde fois.
Alors Pierre se souvint de la parole de Jésus : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il se mit à pleurer. 

Dès le matin, les chefs des prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le grand conseil. Puis ils enchaînèrent Jésus et l’emmenèrent pour le livrer à Pilate.
Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus répond : « C’est toi qui le dis. »
Les chefs des prêtres multipliaient contre lui les accusations.Pilate lui demandait à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate s’en étonnait.
À chaque fête de Pâque, il relâchait un prisonnier, celui que la foule demandait. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour avoir tué un homme lors de l’émeute. La foule monta donc, et se mit à demander à Pilate la grâce qu’il accordait d’habitude. Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
(Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les chefs des prêtres l’avaient livré.)
Ces derniers excitèrent la foule à demander plutôt la grâce de Barabbas. Et comme Pilate reprenait : « Que ferai-je donc de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », ils crièrent de nouveau : « Crucifie-le ! » Pilate leur disait : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » Mais ils crièrent encore plus fort : « Crucifie-le ! » Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas, et après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du Prétoire, c’est-à-dire dans le palais du gouverneur. Ils appellent toute la garde, ils lui mettent un manteau rouge, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des révérences : « Salut, roi des Juifs ! »
Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau rouge, et lui remirent ses vêtements. 

Puis, ils l’emmenèrent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter la croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus à l’endroit appelé Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne, ou Calvaire. Ils lui offraient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.
Il était neuf heures lorsqu’on le crucifia.
L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».
Avec lui on crucifie deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête : « Hé ! toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »
De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Que le Messie, le roi d’Israël, descende maintenant de la croix ; alors nous verrons et nous croirons. »
Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient. 

Quand arriva l’heure de midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusque vers trois heures. Et à trois heures, Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lama sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l’entendant : « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! » L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! » Mais Jésus, poussant un grand cri, expira. 

Le rideau du Temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, s’écria : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! »
Il y avait aussi des femmes, qui regardaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Déjà le soir était venu ; or, comme c’était la veille du sabbat, le jour où il faut tout préparer, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le royaume de Dieu. Il eut le courage d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.
Pilate, s’étonnant qu’il soit déjà mort, fit appeler le centurion, pour savoir depuis combien de temps Jésus était mort. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps.
Joseph acheta donc un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un sépulcre qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, regardaient l’endroit où on l’avait mis.
Patrick BRAUD

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16 avril 2011

C’est l’outrage et non pas la douleur

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C’est l’outrage et non pas la douleur

Homélie pour le Dimanche des Rameaux / Année A
17/04/2011

Pourquoi réduire la Passion à la douleur physique ?

La flagellation, les coups, la crucifixion, l’asphyxie de la croix : beaucoup de commentaires de la Passion du Christ ont insisté sur la souffrance qu’il a endurée dans sa chair. Le dolorisme était aux siècles derniers une spiritualité extrémiste s’appuyant sur la contemplation de cette souffrance physique : c’est en proportion de sa douleur que Jésus aurait « mérité » le plus grand salut pour tous.

Le corollaire de cette position doloriste est inquiétant : plus nous souffrons, nous nous serions associés à la Passion du Christ, et donc plus nous contribuerions au salut du monde. D’où des excès insupportables, comme chaque année les crucifiés  des Philippines le Vendredi saint, les pénitents fouettés jusqu’au sang, et tous les vieux discours encore entendus sur le thème : « réjouissez-vous si vous souffrez. Offrez votre souffrance. Le Christ vous associe à sa Passion. »

Il peut arriver à des chrétiens de resservir ce discours doloriste révoltant aux malades ou à leurs familles. Comment offrir à Dieu quelque chose qui est mauvais en soi : la douleur ? « Ce que Dieu aime à recevoir, ce ne sont pas nos souffrances, mais la foi, l’espérance, l’amour que Dieu préserve en nous au coeur de nos souffrances » (Xavier Thévenot).

 

C’est l’outrage et non pas la douleur

Relisons la Passion telle que ce Dimanche des Rameaux nous l’a fait entendre chez Mathieu. C’est essentiellement un drame de la dérision, aboutissant à une solitude extrême. Aucun terme ne traduit une douleur physique exprimée par Jésus, aucun ! Nulle part il est écrit qu’il avait mal, qu’il criait ou pleurait de douleur. Il y a à peine quelques termes évoquant cette dimension : « ils le rouèrent de coups » (Mt 26,67).

Même la crucifixion n’est mentionnée qu’après coup, presque discrètement : « après l’avoir crucifié… » (27,35). On ne peut en faire moins sur cet instant pourtant terriblement douloureux.

Par contre, relevez toutes les expressions qui évoquent la dérision, la moquerie, l’insulte, ou la déréliction (sentiment d’abandon) :

C'est l'outrage et non pas la douleur dans Communauté spirituelle- mon âme est triste à en mourir 26,38
- s’il est possible que cette coupe passe loin de moi 26,42
- livré aux mains des pécheurs 26,45
- trahi 26,46. 50
- suis-je donc un brigand ? 26,55
- il a blasphémé 26,65
- ils lui crachaient au visage 26,68
- ils le giflaient en disant : fais-nous le prophète, Messie ! 26, 68
- la foule lui préfère Barabbas, un criminel 27,22
- on lui impose la nudité, le manteau rouge, la couronne d’épines, le roseau en guise de sceptre, les agenouillements, tout cela pour se moquer de lui 27, 28-31
- vêtements tirés au sort 27,35
- écriteau parodiant une royauté lamentable 27,37
- insultes des passants, des chefs religieux, des brigands en croix avec lui 27,39-44
- cri de déréliction : Eli, Eli, lama sabbachtani 27,46
- grand cri final 27,50

Cette liste est impressionnante car elle fait ressortir que la Passion du Christ est une descente aux enfers en matière d’injures, d’insultes, de mépris, de moquerie, de dérision et de solitude.

Cette liste est également impressionnante car bon nombre de « moins que rien » de nos sociétés peuvent s’y reconnaître, hélas. 

Or cette liste ne parle pas de douleur physique. Jésus n’est pas le champion de la douleur, mais de l’amour offert jusqu’au bout, même à travers la souffrance.

C’est l’outrage, et non pas la douleur, qui est au coeur de la Passion du Christ.

Ce qui caractérise l’attitude du Fils ici, c’est d’aller partager la condition des méprisés, des maudits, des sans-Dieu. Et, pour lui qui est dans l’intimité du Père plus que nul autre, cette séparation est la souffrance la plus haute. Elle est spirituelle. Par amour, le Fils de Dieu va jusqu’au bout de la volonté de son Père : faire corps avec les damnés de la terre pour les ramener à lui ; aller chercher aux enfers et sauver ceux qui étaient perdus, en remontant avec eux.

Pour accomplir cette oeuvre de salut, Jésus va jusqu’à endurer la malédiction juive qui s’attache au crucifié : « maudit soit quiconque pend au bois de la croix » (Ga 3,13 ; Dt 21,23). Les maudits vont ainsi avoir Dieu lui-même comme compagnon de galère?

 

Au plus bas

 croix dans Communauté spirituelleVoilà le déchirement intérieur qui parcourt Jésus dans sa Passion : lui – le saint – fait corps avec les damnés ; lui – le Fils – est considéré comme un sans-Dieu ; lui - le juste - est assimilé au criminel ; lui - sur qui repose l’Esprit de communion - fait l’expérience de la solitude absolue (« pourquoi m’as-tu abandonné ? »).

En allant ainsi « jusqu’à l’extrême », Jésus va rejoindre les pécheurs, ceux qui se croyaient exclus de toute espérance, de toute considération humaine, de toute bienveillance divine. Avec lui, ils sortiront de leurs tombeaux : de la haine, de l’exclusion, de la dérision, du mépris, de la solitude, parce que le Christ aura eu la force de les rejoindre au plus bas.

 

L’offrande véritable

Arrêtons donc de faire l’éloge de la douleur ! Il n’y a rien à offrir dans la souffrance physique.

Par contre, le désir d’aimer peut traverser la douleur et devenir source de vie. Répétons-le : ce n’est pas par la douleur que le Christ a sauvé le monde, mais par sa solidarité avec les damnés de la terre, jusqu’à devenir l’un d’entre eux, et même le pire (blasphémateur et maudit).

 

Passionnés

Entendre la Passion du Christ, c’est entendre l’appel qu’il nous lance à aller avec lui faire corps avec ceux que l’on considère comme « perdus », ceux dont on se moque, ceux qui sont abandonnés.

Ou bien croire qu’il partage notre condition si nous faisons ces expériences terribles.

Impossible d’avoir ce courage sans la force de l’Esprit en nous ! Supplions donc l’Esprit de nous passionner, en étroite communion avec le Christ outragé, humilié, abandonné, et pourtant en cela vainqueur du mal.

 

 

 

 

Lecture de la Passion selon St Matthieu

  14 Alors l’un des Douze, appelé Judas Iscariote, se rendit auprès des grands prêtres  15 et leur dit: « Que voulez-vous me donner, et moi je vous le livrerai? » Ceux-ci lui versèrent 30 pièces d’argent.  16 Et de ce moment il cherchait une occasion favorable pour le livrer.

Préparatifs du repas pascal

  17 Le premier jour des Azymes, les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent: « Où veux-tu que nous te préparions de quoi manger la Pâque? »  18 Il dit: « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui: Le Maître te fait dire: Mon temps est proche, c’est chez toi que je vais faire la Pâque avec mes disciples. »  19 Les disciples firent comme Jésus leur avait ordonné et préparèrent la Pâque.

Annonce de la trahison de Judas

  20 Le soir venu, il était à table avec les Douze.  21 Et tandis qu’ils mangeaient, il dit: « En vérité je vous le dis, l’un de vous me livrera. »  22 Fort attristés, ils se mirent chacun à lui dire: « Serait-ce moi, Seigneur? »  23 Il répondit: « Quelqu’un qui a plongé avec moi la main dans le plat, voilà celui qui va me livrer!  24 Le Fils de l’homme s’en va selon qu’il est écrit de lui; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître! »  25 A son tour, Judas, celui qui allait le livrer, lui demanda: « Serait-ce moi, Rabbi » — « Tu l’as dit », répond Jésus.

Institution de l’Eucharistie

  26 Or, tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna aux disciples en disant: « Prenez, mangez, ceci est mon corps. »  27  Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna en disant: « Buvez-en tous;  28 car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés.  29 Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le Royaume de mon Père. »

Prédiction du reniement de Pierre

  30 Après le chant des psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.  31 Alors Jésus leur dit: « Vous tous, vous allez succomber à cause de moi, cette nuit même. Il est écrit en effet: Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées.  32 Mais après ma résurrection je vous précéderai en Galilée. »  33 Prenant la parole, Pierre lui dit: « Si tous succombent à cause de toi, moi je ne succomberai jamais. »  34 Jésus lui répliqua: « En vérité je te le dis: cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. »  35 Pierre lui dit: « Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples en dirent autant.

A Gethsémani

  36 Alors  Jésus parvient avec eux  à un domaine appelé Gethsémani, et il dit aux disciples: « Restez ici, tandis que je m’en irai prier là-bas. »  37 Et prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et angoisse.  38 Alors il leur dit: « Mon âme est triste à en mourir, demeurez ici et veillez avec moi. »  39 Etant allé un peu plus loin, il tomba face contre terre en faisant cette prière: « Mon Père, s’il est possible, que  cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. »  40 Il vient vers les disciples et les trouve en train de dormir; et il dit à Pierre: « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi!  41 Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation: l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »  42 A nouveau, pour la deuxième fois, il s’en alla prier: « Mon Père, dit-il, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite! »  43 Puis il vint et les trouva à nouveau en train de dormir; car leurs yeux étaient appesantis.  44 Il les laissa et s’en alla de nouveau prier une troisième fois, répétant les mêmes paroles.  45 Alors il vient vers les disciples et leur dit: « Désormais vous pouvez dormir et vous reposer: voici toute proche l’heure où le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs.  46 Levez-vous! Allons! Voici tout proche celui qui me livre. »

L’arrestation de Jésus

  47 Comme il parlait encore, voici Judas, l’un des Douze, et avec lui une bande nombreuse  armée de glaives et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple.  48 Or le traître leur avait donné ce signe: « Celui à qui je donnerai un baiser, c’est lui; arrêtez-le. »  49 Et aussitôt il s’approcha de Jésus en disant: « Salut, Rabbi » , et il lui donna un baiser.  50 Mais Jésus lui dit: « Ami, fais ta besogne. » Alors, s’avançant, ils mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent.  51 Et voilà qu’un des compagnons de Jésus, portant la main à son glaive, le dégaina, frappa le serviteur du Grand Prêtre et lui enleva l’oreille.  52 Alors Jésus lui dit: « Rengaine ton glaive; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive.  53 Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges?  54 Comment alors s’accompliraient les Ecritures d’après lesquelles il doit en être ainsi? »  55 A ce moment-là Jésus dit aux foules: « Suis-je un brigand, que vous vous soyez mis en campagne avec des glaives et des bâtons pour me saisir? Chaque jour j’étais assis dans le Temple, à enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. »  56 Or tout ceci advint pour que s’accomplissent les Ecritures des prophètes. Alors les disciples l’abandonnèrent tous et prirent la fuite.

Jésus devant le Sanhédrin

  57 Ceux qui avaient arrêté Jésus l’emmenèrent chez Caïphe le Grand Prêtre, où se réunirent les scribes et les anciens.  58 Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu’au palais du Grand Prêtre; il pénétra à l’intérieur et s’assit avec les valets, pour voir le dénouement.

  59 Or, les grands prêtres  et le Sanhédrin tout entier cherchaient un faux témoignage contre Jésus, en vue de le faire mourir;  60 et ils n’en trouvèrent pas, bien que des faux témoins se fussent présentés en grand nombre. Finalement il s’en présenta deux,  61 qui déclarèrent: « Cet homme a dit: Je puis détruire le Sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours. »  62 Se levant alors, le Grand Prêtre lui dit: « Tu ne réponds rien? Qu’est-ce que ces gens attestent contre toi? »  63 Mais Jésus se taisait. Le Grand Prêtre lui dit: « Je t’adjure par le Dieu Vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu » –  64  »Tu l’as dit, lui dit Jésus. D’ailleurs je vous le déclare: dorénavant, vous verrez le Fils de l’homme siégeant à droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel. »  65 Alors le Grand Prêtre déchira ses vêtements en disant: « Il a blasphémé! qu’avons-nous encore besoin de témoins? Là, vous venez d’entendre le blasphème!  66 Qu’en pensez-vous? » Ils répondirent: « Il est passible de mort. »

  67 Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent; d’autres lui donnèrent des coups  68 en disant: « Fais le prophète, Christ, dis-nous qui t’a frappé. »

Reniements de Pierre

  69 Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour. Une servante s’approcha de lui en disant: « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. »  70 Mais lui nia devant tout le monde en disant: « Je ne sais pas ce que tu dis. »  71 Comme il s’était retiré vers le porche, une autre le vit et dit à ceux qui étaient là: « Celui-là était avec Jésus le Nazôréen. »  72 Et de nouveau il nia avec serment: « Je ne connais pas cet homme. »  73 Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre: « Sûrement, toi aussi, tu en es: et d’ailleurs ton langage te trahit. »  74 Alors il se mit à jurer avec force imprécations: « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta.  75 Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite: « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Et, sortant dehors, il pleura amèrement.

Jésus est livré à Pilate

                27  1 Le matin étant arrivé, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent un conseil contre Jésus, en sorte de le faire mourir.  2 Et, après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate le gouverneur.

Mort de Judas

  3 Alors Judas, qui l’avait livré, voyant qu’il avait été condamné, fut pris de remords et rapporta les 30 pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens:  4  »J’ai péché, dit-il, en livrant un sang innocent. » Mais ils dirent: « Que nous importe? A toi de voir. »  5 Jetant alors les pièces dans le sanctuaire, il se retira et s’en alla se pendre.  6 Ayant ramassé l’argent, les grands prêtres dirent: « Il n’est  pas permis de le verser au trésor, puisque c’est le prix du sang. »  7 Après délibération, ils achetèrent avec cet argent le « champ du potier » comme lieu de sépulture pour les étrangers.  8 Voilà pourquoi ce champ-là s’est appelé jusqu’à ce jour le « Champ du Sang. »  9 Alors s’accomplit l’oracle de Jérémie le prophète: Et ils prirent les 30 pièces d’argent, le prix du Précieux qu’ont apprécié des fils d’Israël,  10 et ils les donnèrent pour le champ du potier, ainsi que me l’a ordonné le Seigneur.

Jésus devant Pilate

  11 Jésus fut amené en présence du gouverneur et le gouverneur l’interrogea en disant: « Tu es le Roi des Juifs? » Jésus répliqua: « Tu le dis. »  12 Puis, tandis qu’il était accusé par les grands prêtres et les anciens, il ne répondit rien.  13 Alors Pilate lui dit: « N’entends-tu pas tout ce qu’ils attestent contre toi? »  14 Et il ne lui répondit sur aucun point, si bien que le gouverneur était fort étonné.

  15 A chaque Fête, le gouverneur avait coutume de relâcher à la foule un prisonnier, celui qu’elle voulait.  16 On avait alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas.  17 Pilate dit donc aux gens qui se trouvaient rassemblés: « Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus que l’on appelle Christ? »  18 Il savait bien que c’était par jalousie qu’on l’avait livré.

  19 Or, tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire: « Ne te mêle point de l’affaire de ce juste; car aujourd’hui j’ai été très affectée dans un songe à cause de lui. »

  20 Cependant, les grands prêtres et les anciens persuadèrent aux foules de réclamer Barabbas et de perdre Jésus.  21 Prenant la parole, le gouverneur leur dit: « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche? » Ils dirent: « Barabbas. »  22 Pilate leur dit: « Que ferai-je donc de Jésus que l’on appelle Christ? » Ils disent tous: « Qu’il soit crucifié! »  23 Il reprit: « Quel mal a-t-il donc fait? » Mais ils criaient plus fort: « Qu’il soit crucifié! »  24 Voyant alors qu’il n’aboutissait à rien, mais qu’il s’ensuivait plutôt du tumulte, Pilate prit de l’eau et se lava les mains en présence de la foule, en disant: « Je ne suis pas responsable de ce sang; à vous de voir! »  25 Et tout le peuple répondit: « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants! »  26 Alors il leur relâcha Barabbas; quant à Jésus, après l’avoir fait flageller, il le livra pour être crucifié.

Le couronnement d’épines

  27 Alors les soldats du gouverneur prirent avec eux Jésus dans le Prétoire et ameutèrent sur lui toute la cohorte.  28 L’ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate,  29 puis, ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite. Et, s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant: « Salut, roi des Juifs! »  30 et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête.  31 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la chlamyde, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier.
Patrick Braud

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30 octobre 2010

Zachée : le juste, l’incisé et la figue

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Zachée : le juste, l’incisé et la figue

 

Homélie du 31/10/2010

31° Dimanche du temps ordinaire / Année C

 

 

Zachée dans le sycomore : histoire top connue, rabâchée depuis le CE 2 au caté… Comment pourrait-elle encore nous surprendre ?

Je vous propose trois détours pour essayer de libérer l’effet de surprise que la Bible veut souvent jouer avec nous.

 

Zachée le juste

Le nom de Zachée vient de Zaccaï en araméen = le juste.

Ce n’est pas précisément ce qu’est Zachée au début du récit : il est loin d’être juste ! Mais, « justement », devenir juste est au coeur de la rencontre entre Jésus (?Dieu sauve’) et Zachée (?le juste’, ou du moins celui qui est appelé à le devenir).

De manière étonnante, le prénom arabe dérivé de Zachée, Zacca, garde la trace du lien entre Zachée, sa justification et l’argent, puisque l’aumône légale dans l’islam se dit « Zakat », de la même racine que Zachée !

 

Comment Zachée devient-il juste ? Non pas en faisant l’aumône (vs islam), car ce n’est dans l’évangile qu’une conséquence (d’ailleurs non exigée par Jésus) et non un préalable.

Zachée devient juste grâce au double mouvement qui caractérise bien des rencontres de Jésus : chercher / être appelé.

Chercher : « il cherchait à voir qu’il était Jésus ».

Être appelé : « Zachée, descend vite. Aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi ».

 

Chercher / se laisser appeler : où en suis-je de ce chemin de justification ?

 

Zachée l’incisé

Cherchant à voir qui est Jésus, Zachée monte dans le sycomore.

Drôle d’arbre que ce sycomore dont les feuilles rappellent celles du mûrier (syco-morus = ressemblant au mûrier). Il est grand, avec des branches basses assez horizontales (c’est pourquoi le petit Zachée l’a choisi pour s’élever). Il a des fruits bizarres, qui poussent sur le tronc et non sur les rameaux des branches.

 

Mais surtout, ces fruits ne sont pas comestibles à l’état naturel. Il faut y pratiquer une incision, à l’aide d’un petit outil tranchant, pour laisser s’écouler un suc laiteux inconsommable. Ensuite, avec le temps, ils mûrissent en une sorte de grosses prunes / figues comestibles et goûteuses.

D’ailleurs, Amos précise bien qu’il était « un sacrificateur de sycomores » (Amos 7,14-15) lorsque Dieu l’a appelé pour devenir son prophète.

 

Zachée, en montant dans ce sycomore, va en devenir lZachée : le juste, l'incisé et la figue dans Communauté spirituelle Sycamore_fruits‘un de ses fruits, assis à même le tronc, au plus près du Christ. Il va se laisser « inciser », « transpercer » par son appel à venir manger chez lui. Du coup, comme le suc laiteux, il laisse s’écouler la richesse accumulée injustement et qui lui devient insupportable (il rend quatre fois ce qu’il a volé). Et avec le temps, il mûrira en disciple et apôtre du Christ (jusqu’à Rocamadour ! Cf. infra).

 

Quel « coup tranchant » vient dans mon existence accomplir ce que l’appel du Christ a fait pour Zachée, ce que le couteau d’Amos faisait pour les figues de sycomore ?

 

Les crises qui nous déstabilisent ne peuvent-elles pas devenir ce geste chirurgical où le scalpel des événements nous pousse à produire du fruit autrement (et du meilleur !) ?

Sans faire l’éloge du malheur, peut-on au moins le subvertir en y faisant résonner un appel à revenir à l’essentiel : « descends vite » et à tisser d’autres liens : « il faut que j’aille  demeurer chez toi » ?

De la catastrophe personnelle à la crise économique, en passant par tant de faillites collectives ou privées, Zachée dans le sycomore ne figure-t-il pas la possibilité de porter du fruit autrement, à travers le scalpel de la parole de Dieu, acérée et à double tranchant (Ap 1,16 ; He 4,12) ?

 

Zachée la figue (de Rocamadour) !

Le résultat de cette blessure symbolique qui touche Zachée, c’est justement de le transformer, avec le temps, en apôtre du Christ (comme une bonne figue de sycomore bien mûrie…).

On en trouve la trace dans la région du sanctuaire de Rocamadour !

La légende veut que Zachée soit arrivé dans ce site extraordinaire. Devenu ermite, sa recherche de solitude l’a amené à vivre dans ces rochers. D’où le nom Roc (rocher) ? Amadour (amator = amateur) : celui qui aime le rocher, c’est-à-dire celui qui aime la solitude de ce lieu sauvage. Le nom Amadour proviendrait peut-être également de l’arabe Amad – Aour = le juste, ce qui rappelle bien l’araméen Zaccaï = le juste = Zachée.

Il aurait apporté avec lui une statue de la Vierge en bois noirci, sculptée par saint Luc lui-même ! (analogie avec la légende de l’icône peinte par saint Luc ?)

 

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En tout cas, très tôt, les pèlerinages s’organisent sur le lieu de l’ermitage de Zachée. Les miracles se succèdent sur la tombe de Rocamadour dont on avait retrouvé le corps momifié intact en 1166. Aujourd’hui encore, même si la Vierge noire a pris le pas sur l’ermite, les pèlerinages à Rocamadour reprennent de la vigueur (un million et demi de visiteurs par an) et portent de très beaux fruits spirituels.

 

Comme la figue incisée devient un fruit comestible sur le tronc du sycomore, ainsi Zachée continue-t-il de porter du fruit à Rocamadour…

 

Et moi (et nous), sur quel rocher Dieu nous appelle-t-il à devenir une figue savoureuse pour le plaisir des passants ?…

 

 

1ère lecture : Dieu aime toutes ses créatures (Sg 11, 23-26; 12, 1-2)

Lecture du livre de la Sagesse

Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent.
Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes oeuvres, car tu n’aurais pas créé un être en ayant de la haine envers lui.
Et comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment aurait-il conservé l’existence, si tu ne l’y avais pas appelé ?
Mais tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes la vie, toi dont le souffle impérissable anime tous les êtres.
Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal, et qu’ils puissent croire en toi, Seigneur.

 

Psaume : Ps 144, 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14

R/ La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant !

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié, 
lent à la colère et plein d’amour ; 
la bonté du Seigneur est pour tous, 
sa tendresse, pour toutes ses oeuvres. 

Que tes oeuvres, Seigneur, te rendent grâce 
et que tes fidèles te bénissent ! 
Ils diront la gloire de ton règne, 
ils parleront de tes exploits. 

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit, 
fidèle en tout ce qu’il fait. 
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, 
il redresse tous les accablés.

2ème lecture : Préparer dans la paix la venue du Seigneur(2Th 1, 11-12; 2, 1-2)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Frères, nous prions continuellement pour vous, afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi.
Que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. Ainsi, notre Seigneur Jésus aura sa gloire en vous, et vous en lui ; voilà ce que nous réserve la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.
Frères, nous voulons vous demander une chose, au sujet de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui :
si l’on nous attribue une révélation, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer.

 

Evangile : Zachée : la conversion d’un riche (Lc 19, 1-10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus traversait la ville de Jéricho.
Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche.
Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il n’y arrivait pas à cause de la foule, car il était de petite taille.
Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là.
Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l’interpella : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »
Vite, il descendit, et reçut Jésus avec joie.
Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un pécheur. »
Mais Zachée, s’avançant, dit au Seigneur : « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham.
En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
Patrick BRAUD

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