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8 janvier 2023

La portée animalière du sacrifice du Christ

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La portée animalière du sacrifice du Christ

 

Homélie pour le 2° Dimanche du temps ordinaire / Année A 

15/01/2023

 

Cf. également :

Alors Clarice, les agneaux se sont tus ?

Lumière des nations

Révéler le mystère de l’autre

Réinterpréter Jean-Baptiste 

Dès le sein de ta mère… 

 

Halte au massacre des nouveau-nés !

Jean-Baptiste désigne aujourd’hui Jésus comme l’Agneau de Dieu (Jn 1,29-34). Par un contresens effarant dont l’Histoire a le secret, des générations de chrétiens se sont crues obligées – et aujourd’hui encore – de manger un bon gigot d’agneau en hommage au sacrifice du Christ pour fêter Pâques ! Les statistiques officielles du Ministère de l’Agriculture évoquent environ 450 000 agneaux abattus pour la seule semaine pascale, plus de 4 millions sur l’année ! Cette frénésie meurtrière – qui fait penser à celle d’Hérode – envers les nouveau-nés des chèvres est d’autant plus inacceptable qu’elle est cruelle. L’association L214 a diffusé des vidéos insoutenables, filmées en caméra cachée, dans des abattoirs : on y voit des agneaux tremblant de peur, entassés les uns sur les autres, se débattant dans leurs excréments, malades, agonisants, achevés en plusieurs fois par des ouvriers écœurés obligés de s’endurcir devant ce spectacle de torture et de mort au quotidien… Comment un tel massacre pourrait-il se réclamer du Christ ? Comment une viande ainsi obtenue peut-elle honorer dans nos assiettes la vie promise par le Christ, elle qui provient d’une mort atroce ? Et encore, à la cruauté du massacre en abattoir il faut ajouter le sadisme de faire naître des petits pour les séparer de leur mère après 3 mois, les entasser dans des camions ou des wagons à bestiaux, les maltraiter sans eau ni nourriture, leur couper la queue ou les castrer sans analgésiques etc. Bien sûr, c’est la même chose pour les veaux : les enfants qui verraient leur supplice en abattoir refuseraient de toucher à leur viande dans l’assiette ensuite !

Les musulmans avec leurs moutons ne font pas mieux que les chrétiens avec leurs agneaux. Pour la fête de l’Aïd, ce sont des dizaines de milliers de moutons qui sont égorgés dans des conditions particulièrement cruelles, puisque la coutume halal veut que l’animal soit conscient, égorgé vivant par un couteau aiguisé qui laisse le sang se vider de la bête agonisante… Quelle est cette soi-disant pureté rituelle qui inflige à un animal une telle souffrance inutile ?

Plutôt que de faire feu sur la corrida, les députés feraient mieux de se pencher sur les conditions de l’abattage industriel en France ! Un tiers des abattoirs ne respecte pas les normes européennes en la matière… L’enjeu est autrement plus important pour le respect de la vie animale.

S’habituer à tuer les nouveau-nés des bêtes prépare les hommes à éliminer leurs propres nouveau-nés sans aucune objection de leur conscience, au contraire… Par quel obscurcissement de la raison en est-on venu à massacrer la vie à peine éclose au nom de Dieu, ou au nom du goût ? !

 

Du sacrifice humain à l’offrande de soi

Le mouvement historique de l’éveil spirituel humain va pourtant en sens inverse, quand on l’observe sur le temps long. L’humanité a commencé par croire que les dieux exigeraient du sang humain pour leur être favorables, ou pour se nourrir, ou pour rétablir l’ordre du monde. Les marches ruisselantes de sang des pyramides cultuelles des Olmèques, des Aztèques, des Incas racontent les milliers de sacrifices humains que les dieux exigeaient régulièrement pour soi-disant maintenir l’harmonie du cosmos, l’abondance des récoltes, la victoire sur les ennemis. Alors on décapitait, on éviscérait, on arrachait le cœur palpitant avec allégresse dans un culte sanglant, qui avait en outre l’immense avantage d’étendre le règne de la terreur… 

 

La portée animalière du sacrifice du Christ dans Communauté spirituelle En6yrmKVEAAV2ES-1Ces mentalités archaïques existent encore dans la Bible : même Abraham est tenté par le sacrifice humain, et croit comme les autres qu’immoler son fils sur l’autel plaira au nouveau Dieu qu’il commence à découvrir. La substitution Isaac-bélier (ou Ismaël-mouton selon la version coranique inventée par Mohamed pour arabiser le récit) était donc déjà un immense progrès : le peuple juif disait au monde entier que les sacrifices humains ne peuvent honorer Dieu. « Tu ne tueras pas » s’adresse d’abord à ces sacrificateurs barbares qui croient qu’éliminer une vie humaine peut glorifier Dieu !

Hélas, cette folie n’a pas disparu tout de suite, ni entièrement, de la Bible. Même le grand prêtre y cède lorsqu’il avoue un calcul sordide de tous les âges : « il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple » (Jn 11,50)… Sacrifions l’innocent pour sauver les coupables !
Staline affamant les ukrainiens par millions en 1932 (l’Holodomor), ou Poutine justifiant les mi
lliers de morts, de viols, de tortures et les millions d’exilés au nom de la « Sainte Russie » sont sans le savoir dans cette logique sacrificielle archaïque : il vaut mieux que quelques ukrainiens meurent pour préserver la Sainte Russie… Les Aztèques arrachant le cœur de leurs victimes sacrificielles étaient hélas des petits joueurs à côté des monstres de ces deux derniers siècles !

 

image026 agneau dans Communauté spirituelleReste que le peuple juif a réussi progressivement à substituer l’animal à l’homme dans le sacrifice rituel. Mais sans réfréner son ardeur pour faire pression sur Dieu afin d’obtenir ses faveurs : la fumée des holocaustes a tellement envahi le Temple qu’elle a fini par incommoder les narines divines : « Que m’importe le nombre de vos sacrifices ? – dit le Seigneur. Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’y prends pas plaisir » (Is 1, 11).

 

Il faut saluer ici le travail des prophètes qui ont inlassablement œuvré à spiritualiser le sacrifice : ce n’est pas la multiplication des carcasses fumantes qui compte, mais la disposition du cœur qui se présente devant l’autel du Temple : « Le Seigneur aime-t-il les holocaustes et les sacrifices autant que l’obéissance à sa parole ? Oui, l’obéissance vaut mieux que le sacrifice, la docilité vaut mieux que la graisse des béliers » (1 S 15, 22). « Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, je ne les accueille pas ; vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde même pas. Éloignez de moi le tapage de vos cantiques ; que je n’entende pas la musique de vos harpes. Mais que le droit jaillisse comme une source ; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais ! » (Am 5, 22‑24)

Le prophète Jérémie semble même suggérer que les sacrifices d’animaux n’ont pas été voulus par Dieu, mais ne relèvent que d’une tradition purement humaine : « Je n’ai rien dit à vos pères, ni rien ordonné, à propos des holocaustes et des sacrifices, le jour où je les fis sortir du pays d’Égypte. Mais voici l’ordre que je leur ai donné : ‘Écoutez ma voix : je serai votre Dieu, et vous, vous serez mon peuple ; vous suivrez tous les chemins que je vous prescris, afin que vous soyez heureux’ » (Jr 7,22‑23).

 

Peu à peu s’est imposée l’idée que tuer les animaux étaient aussi peu agréable à Dieu que tuer des humains, et que le vrai sacrifice est de lui offrir un cœur humble et désireux d’aimer : « Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé » (Ps 51,18‑19). 

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À tel point que, même si les juifs bâtissaient un troisième Temple à Jérusalem, les rabbins disent tous que leur interprétation de la Torah n’obligerait plus à y sacrifier des bœufs, des moutons, des agneaux ou des colombes en offrande rituelle. Car le véritable sacrifice n’est pas d’offrir quelque chose d’extérieur à soi, mais bien de s’offrir soi-même : « En entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté » (He 10,4‑10).

Il est clair que par rapport à cette longue évolution de la conscience humaine, le retour au sacrifice du mouton par les musulmans à partir du VII° siècle est une régression historique difficilement supportable pour qui accorde du prix à la vie et veut échapper à l’archaïsme de l’échange païen troquant un animal contre une faveur divine… Et les animistes en Afrique noire continuent d’égorger des bœufs, des poulets etc. pour se concilier les bonnes grâces des ancêtres ou des esprits…

 

Le respect du bien-être animal et l’urgence écologique sont deux prises de conscience majeures du XXI° siècle (avec le féminisme en Occident), comme le furent l’abolition de l’esclavage au XVIII° siècle ou la décolonisation au XX° siècle. Les chrétiens s’en réjouissent, et y participent de tout cœur !

Par contre, l’Occident s’entête à faire du non-respect de la vie humaine à naître un droit individuel érigé en absolu, ce qui semble en contradiction totale avec le respect du vivant prôné pour l’animal ou l’écosystème… Incohérence flagrante qui sera jugée sévèrement par les générations futures.

 

La portée animalière de l’agneau de Dieu

Mais revenons à nos moutons, si l’on peut dire ! En désignant Jésus comme l’Agneau de Dieu, Jean-Baptiste le revêt d’un symbolisme universel : la douceur (sa laine, sa frimousse), son innocence (il n’est ni ne sera le prédateur de personne), son obéissance (il fait confiance à sa mère), son sens du collectif (le troupeau), sa promesse d’abondance (lait, laine, viande). Le contraste est alors saisissant avec l’Agneau immolé de l’Apocalypse : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange » (Ap 5,12). Si le Christ en croix est cet agneau immolé par la méchanceté humaine, comment continuer à mettre des agneaux à mort pour le plaisir de l’assiette ? Comment prétendre fêter l’Agneau de Dieu par un gigot pascal ?

 

Agneau Mystique (Gand) des frères Van EyckD’ailleurs, le terme grec mis par Jean sur les lèvres de Jean-Baptiste pour désigner l’agneau (μνς = amnos) n’est pas celui que la liturgie juive emploie pour l’agneau du sacrifice rituel (πρβατον = probaton). La liturgie au Temple sacrifiait matin et soir deux beaux agneaux à Dieu : « Voici ce que tu mettras sur l’autel : des agneaux de l’année, deux par jour, perpétuellement. Le premier agneau (πρβατον), tu le mettras le matin ; et le second agneau (πρβατον), au coucher du soleil. (…) Tel sera l’holocauste perpétuel que vous ferez d’âge en âge » (Ex 29,38‑42). Les chrétiens ont peut-être identifié trop vite ces deux sortes d’agneau. Il n’y a en effet que 2 occurrences du mot μνς dans les Évangiles, et c’est dans la bouche de Jean qui parle de l’Agneau de Dieu (sens filial). Les deux autres usages sont déjà des relectures sacrificielles après coup. Ainsi les Actes des Apôtres attestent que les premières communautés chrétiennes ont relu Isaïe et son serviteur–agneau à la lumière de la déclaration de Jean-Baptiste. Le diacre Philippe explique à l’eunuque éthiopien dans son char la lecture d’Isaïe qui l’intrigue : « Le passage de l’Écriture qu’il lisait était celui-ci : Comme une brebis (πρβατον), il fut conduit à l’abattoir ; comme un agneau (μνς) muet devant le tondeur, il n’ouvre pas la bouche » (Ac 8,32 citant Is 53,7). Ce qui superpose clairement les deux interprétations : filiale (μνς) et sacrificielle (πρβατον). 

 

Pour l’Exode, Moïse demande de sacrifier un agneau sans tache : « Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. » (Ex 12, 5). Pierre y verra la préfiguration du sacrifice du Christ : « Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ » (1 P 1, 18‑19). Jean renforcera ce sens sacrificiel en mentionnant que, comme pour l’agneau pascal, « les soldats ne brisèrent pas les jambes à Jésus, [...] Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé » (Jn 19,33.36 citant Ex 12,46 et Ps 34, 21). Le sang qui jaillit de son côté ouvert rappelle le sang de l’agneau sur le linteau des maisons des hébreux, les protégeant de la mort des nouveau-nés etc.

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Le mot agneau évoque donc irrésistiblement un sens sacrificiel : animal égorgé (sacrifice de communion) ou brûlé (holocauste). Quand on projette l’interprétation sacrificielle sur l’Agneau de Dieu de Jean-Baptiste, cela renforce encore davantage la portée animalière de ce sacrifice : trancher la gorge à des agneaux pour fêter le Christ serait l’immoler une deuxième fois ! Tuer le nouveau-né innocent, c’est annuler la dénonciation de la violence meurtrière que symbolise l’Agneau immolé toujours vivant de l’Apocalypse !

 

Si le vrai sacrifice est l’offrande de soi, uni au Christ, comment continuer les pratiques archaïques et finalement idolâtres des sacrifices d’animaux ?

 

Chaque fois qu’on vous servira une assiette d’un délicieux gigot aillé, d’une brochette rôtie ou d’une épaule juteuse, redites-vous la phrase de Jean-Baptiste : « voici l’Agneau de Dieu », et voyez alors si vous êtes capable de cautionner la violence qui a tué le Christ.…

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49, 3.5-6)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Et il dit : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

 

PSAUME

(Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd)
R/ Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté. (cf. Ps 39, 8a.9a)

 

D’un grand espoir j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi
Dans ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.

 

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice,
tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime,
alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

 

Dans le livre, est écrit pour moi
ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
ta loi me tient aux entrailles.

 

Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
Seigneur, tu le sais.
J’ai dit ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

 

DEUXIÈME LECTURE

« À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ » (1 Co 1, 1-3)

 

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, et Sosthène notre frère, à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre.
À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

 

ÉVANGILE

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29-34)
Alléluia. Alléluia.« Le Verbe s’est fait chair, il a établi parmi nous sa demeure. À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » Alléluia. (cf. Jn 1, 14a.12a)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Patrick Braud

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18 décembre 2022

Noël, l’anti kodokushi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 46 min

Noël, l’anti kodokushi

 

Homélie pour la fête de Noël / Année A 

25/12/2022 

 

Cf. également :

Noël : assumer notre généalogie

Noël : La contagion du Verbe
Y aura-t-il du neuf à Noël ?
Noël : évangéliser le païen en nous
Tenir conte de Noël
Noël : solstices en tous genres
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Noël : la trêve des braves
Noël : croyance dure ou croyance molle ?
Le potlatch de Noël
La bienveillance de Noël
Noël « numérique », version réseaux sociaux…
Noël : « On vous écrira… »
Enfanter le Verbe en nous…


La solitude des personnes âgées

En France, 2 millions de personnes âgées n’ont plus aucun contact avec leurs proches.

Si la détresse de la solitude n’a pas de saison, le soir de Noël c’est encore plus dur.

« Vous savez très bien que nous sommes les oubliés, nous sommes invisibles. Quand la douleur est là, quand vous êtes dehors, qui appeler, qui demander ? Le meilleur cadeau, c’est votre présence. À cause de la honte, on ne peut même pas aller vers ses propres enfants, vers sa propre famille. On se cache », sourit Jeanne-Rachel, 73 ans.

FPFP SolitudeD’ordinaire, Anne-Marie, 80 ans, vit les fêtes de fin d’année dans une grande solitude. « J’ai perdu mon mari en 1986 et ma sœur deux ans plus tard. Mon frère Maurice, âgé de 87 ans, habite trop loin. Le soir du réveillon, à qui parler ? » Cette année, cette ancienne aide-ménagère a acheté un élégant pantalon noir, un chemisier à frou-frou et des boucles d’oreilles. Elle sourit : « Quand on est invitée, il faut être coquette ». Grâce aux Petits Frères des Pauvres, elle partagera le réveillon de Noël avec 40 autres personnes âgées isolées et une dizaine de bénévoles qui leur ont préparé une soirée chaleureuse.

Ils pourront ensemble dîner joyeusement, danser, chanter… s’évader, loin de leurs soucis du quotidien et oublier cette solitude qu’ils ne connaissent que trop bien.

Anne-Marie sait que le soir du réveillon sera difficile. Mais le souvenir de ce moment extraordinaire l’allégera un peu. Cette période, exaltant l’esprit de famille, est très douloureuse pour ces personnes souvent veuves et n’ayant plus aucun proche. Aussi, elle nous confie que cette invitation au réveillon des Petits Frères des Pauvres lui met du baume au cœur : « J’ai ressenti un immense soulagement : je ne suis pas seule. Je compte pour quelqu’un ».

Les Petits Frères des Pauvres ont publié en 2021 leur baromètre de l’isolement en France [1]. Les résultats font peur : le fléau de la « mort sociale » concerne désormais 530 000 personnes âgées qui vivent coupées des quatre principaux cercles de proximité (famille, amis, voisinage et réseaux associatifs) contre 300 000 en 2017, alerte le baromètre 2021 « Solitude et isolement, quand on a plus de 60 ans en France ». Le nombre de seniors qui ne voient plus ni famille ni amis a plus que doublé, passant de 900 000 à 2 millions d’aînés, soit l’équivalent d’une ville comme Paris, alerte cette étude réalisée avec l’institut CSA Research.

Pire encore, les Petits Frères des Pauvres ont rassemblé une quarantaine d’articles de presse locale se faisant l’écho de macabres découvertes. Comme cet homme de 71 ans, retrouvé dans son appartement à Nîmes, en janvier 2020, cinq ans après son décès. Ou ce couple d’octogénaires nantais dont le double trépas est passé inaperçu pendant plusieurs mois…

Que ce soit en ville ou à la campagne, dans des milieux aisés ou pauvres, des personnes âgéePFP Baromètre 2021s meurent seules, sans que personne ne s’en aperçoive.

Le phénomène est hélas bien connu au Japon, où il a pris une ampleur particulière. Parce que la population japonaise est vieillissante, parce qu’il n’est pas dans la culture japonaise de demander de l’aide, parce que la vie moderne a coupé les liens familiaux etc., il y a eu en 2009 environ 30000 morts solitaires officiellement recensées, dont 3000 rien qu’à Tokyo, capitale de la solitude. On a même forgé un nom pour ces fins de vie à l’écart de tous, dont les corps ne sont découverts qu’après une longue période de temps, véritable phénomène social : 孤独死, kodokushi, « mort solitaire« .

Pourquoi rappeler cette triste et douloureuse réalité d’isolement en cette fête de Noel où tout devrait être léger et joyeux, comme le rire des enfants déballant les cadeaux au pied du sapin ?

Justement pour montrer que fêter Noël est un engagement à faire reculer la solitude autour de nous.

L’enfant de Bethléem est né à l’écart pour que plus personne ne vive ni ne meure à l’écart, isolé de tous.

Le Prince de la Paix est né au milieu des animaux pour que plus personne ne soit traité comme un animal abattu dans l’indifférence générale.

Le Verbe de Dieu entre dans la vie humaine entouré de ses seuls parents pour que plus personne n’en sorte esseulé.

Nos sourires attendris autour de la crèche devraient engendrer des sourires affectueux autour des vieillards qui meurent seuls. Comment embrasser le nouveau-né et ne pas tenir la main du mourant ?

Les débats actuels sur la fin de vie en France pourraient s’arrêter longuement sur la crèche de Noël : accueillir la vie qui vient de Dieu demande de l’accompagner jusqu’au bout, avec amour et compassion. Que l’autre ne soit pas seul face à la mort, quelle que soit sa décision : voilà un enjeu spirituel qui s’enracine pour nous dans l’Incarnation du Verbe de Dieu.

 

La mairie d’Agen : « aller vers »

En 2020, profondément choqué par le décès d’une vieille dame retrouvée deux ans après son décès, à 100 mètres de l’hôtel de ville, le maire d’Agen, Jean Dionis, a lancé des pistes de réflexion. « Ce drame nous a fait réfléchir et nous avons fait de la lutte contre l’isolement un engagement municipal », a-t-il confié à l’association des Petits Frères des Pauvres. Un chantier délicat alors que les plus de 80 ans soit plus de 3 000 personnes dans la ville perdent souvent l’envie d’aller vers les autres. La mairie travaille donc à un système d’« aller vers » grâce à la solidarité de voisinage et davantage de visites à domicile. « Chaque quartier volontaire aura un service civique dont le rôle sera de recenser les personnes de plus de 80 ans, de favoriser la mise en relation entre personnes âgées et citoyens, de piloter les visites à domicile », détaille Jean Dionis, qui souhaite mettre les bailleurs sociaux dans la boucle.

Aller vers : n’est-ce pas le mouvement même de Noël ? Après des siècles où l’homme allait vers Dieu en tâtonnant, par le biais des religions et des sagesses, Dieu lui-même a décidé d’aller vers l’homme !

Renversement d’initiative, renversement de perspective !

Fêter Noël nous rend alors capable d’aimer comme Dieu à Bethléem : en allant vers l’autre, sans attendre qu’il ose le demander. Les vieillards japonais meurent seuls parce qu’ils ont honte de demander. Seul le mouvement d’aller vers peut conjurer cette auto-isolement mortifère.

Concrètement, cela se traduit par un rôle et un nombre accru d’acteurs sociaux pour dépister en amont les situations de solitude dangereuse (infirmières, assistantes sociales, chargés de clientèle bancaire, aides-soignantes, agents administratifs etc.).

Les petits Frères des Pauvres - bénévolatCela passe également par un investissement des Comités de quartier (ou équivalent) pour recenser localement les personnes en difficultés relationnelles et susceptible de s’isoler. On est bien capable pendant les périodes de canicule de visiter ou de téléphoner systématiquement aux personnes âgées pour prendre de leurs nouvelles, leur demander de boire, de s’hydrater etc. Pourquoi ne serait-on pas capable de cette surveillance attentive et bienveillante en temps ordinaire, afin de prévenir les solitudes avant qu’elles ne deviennent dangereuses ?

Les Petits Frères des Pauvres l’ont bien compris, qui ont mis la visite régulière de personnes âgées au cœur de leur raison d’être. Chaque bénévole s’engage visiter deux personnes, une par semaine, en alternance avec un autre bénévole, et ces personnes âgées ont alors un binôme qui leur rend une visite hebdomadaire régulière. La régularité et la durée sont des conditions essentielles à la rupture de l’isolement. Un peu comme le petit Prince avec le renard : il faut du temps pour s’apprivoiser, avoir confiance, se sentir entouré, se livrer. La devise des Petits Frères des Pauvres est : « des fleurs devant le pain », car ils sont convaincus que les personnes âgées ont d’abord besoin de relations, d’affection, de signes d’estime et d’amitié. L’homme ne vit pas seulement de pain… : c’est si vrai qu’il est capable de mourir de solitude.

Célébrer Noël, c’est s’engager à aller vers comme Dieu l’a fait pour nous. Aller au-devant de l’autre, sans attendre.

 

Le fils de Dieu s’est uni à chaque homme

Fra Angelico NativitéLe concile Vatican II écrivait : « par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché » (GS n° 22). Et le Compendium de la Doctrine sociale de l’Église commente (n° 105) : « Le Christ, Fils de Dieu, « par son incarnation, s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme »; voilà pourquoi l’Église reconnaît comme son devoir fondamental de faire en sorte que cette union puisse continuellement se réaliser et se renouveler ». Cette mission exige de nous le combat contre la solitude.

Ce combat est également une aventure intérieure, éminemment personnelle.

Un chrétien, même abandonné de tous, peut croire en son cœur que Dieu s’est uni à lui pour toujours, et ne le laissera pas tomber comme savent le faire les humains. Même oublié sur un lit d’hôpital, tout baptisé peut écouter en lui la résonance de la promesse divine : ‘tu n’es pas seul, et je te promets que tu le seras encore moins à travers la mort’. La foule immense tous les saints sera ta famille, pour toujours’.

Autrement dit : comment fêter Noël sans déjà fêter Pâques par anticipation ? Aller vers, c’est l’attention que nous devons porter à ce monde si au nom de l’Incarnation. Aller au-delà, c’est l’espérance invincible que notre action s’inscrit sur un horizon infini. Réduire la foi chrétienne au seul moteur pour aller vers les autres serait trahir l’espérance de Noël–Pâques ! C’est une tentation très contemporaine : séculariser la foi chrétienne pour l’utiliser au service de notre action dans le monde.

Un seul exemple : Bruno Latour, pape de la philosophie écologique, confesse être largement inspiré par sa foi chrétienne, mais à condition qu’elle ne s’intéresse qu’à ici-bas, sinon elle deviendrait selon lui un divertissement illusoire.

Interview à Philosophie Magazine n° 147 (Février 2021) :

Noël, l’anti kodokushi dans Communauté spirituelle pmfr147p1couvsmall« - Vous prenez de grandes libertés vis-à-vis du catéchisme, vous décapez le message en disant qu’il faut cesser de croire au Ciel, ne s’intéresser qu’à l’ici-bas…

- Ce n’est pas moi, c’est mon pape qui s’est lancé dans une sacrée entreprise, avec son encyclique de 2015 Laudato si sur la « sauvegarde de la maison commune », donc sur la dégradation environnementale et le réchauffement climatique. Le médiéviste américain Lynn White [1907-1987] a montré dans un article retentissant paru en 1967 que saint François d’Assise était en son temps une sorte d’hérétique, maintenu au sein de l’Église alors qu’il proposait une écologie avant l’heure. En choisissant le nom de François, le pape actuel renoue avec cette dissidence. Pensez aussi au psaume 104« Seigneur, tu renouvelles la face de la Terre ». Plus largement, il y a dans le christianisme tout un mouvement de descente, d’incarnation, qui nous amène à comprendre que notre tâche est ici-bas. Comme institution, l’Église catholique est dans un état catastrophique, et la crise écologique peut être l’occasion d’une transformation, d’un renoncement à l’idée de transcendance et d’un intérêt plus grand porté à l’immanence. »

Bigre : le pape de l’écologie nous invite à renoncer à la transcendance ?

Carl Schmitt disait que les grandes idées politiques ne sont jamais que des concepts théologiques sécularisés… D’ailleurs, Bruno Latour parle de Gaïa au lieu de nature, environnement, Terre, ce qui évoque irrésistiblement une référence païenne excluant toute transcendance, là où les chrétiens persistent à parler de Création dont l’homme est le gérant.

Faut-il renoncer à toute transcendance pour fêter Noël ? Faut-il ne s’intéresser qu’à ce monde sous prétexte que l’autre monde nous détournerait de notre responsabilité ? Devant ces réductions trop horizontales de Noël au seul présent, Paul s’écrie : « Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes ! » (1 Co 15, 19).

 

Noël n’est pas une fête sucrée

Décidément, l’enfant de la crèche nous engage à un rude combat : faire reculer la solitude, retisser des liens là où ils ont cédé, inclure au lieu d’exclure…

Fêter Noël demande à la fois de tenir l’immanence (la foi comme moteur pour agir ici-bas) et la transcendance (la foi comme espérance d’un au-delà de notre action).

Qu’autour de nous la kodokushi – la mort solitaire - s’efface grâce à nos visites, nos accompagnements, notre sollicitude !

Allons vers ceux qui n’attendent plus rien, et nous serons attablés au meilleur réveillon de Noël : celui qui fait naître à la communion fraternelle, qui pour nous provient de la communion trinitaire.

______________________________________

[1]. Téléchargeable ici : https://www.petitsfreresdespauvres.fr/informer/prises-de-positions/mort-sociale-luttons-contre-l-aggravation-alarmante-de-l-isolement-des-aines

 

MESSE DE LA NUIT


PREMIÈRE LECTURE
« Un enfant nous est né » (Is 9, 1-6)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a dévorés.
Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !

 

PSAUME

(Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc)
R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : ’est le Christ, le Seigneur. (cf. Lc 2, 11)

 

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

 

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

 

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

 

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
car il vient pour juger la terre.

Il jugera le monde avec justice
et les peuples selon sa vérité.

 

DEUXIÈME LECTURE

« La grâce de Dieu s’est manifestée pour tous les hommes » (Tt 2, 11-14)

 

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite

Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

 

ÉVANGILE

« Aujourd’hui vous est né un Sauveur » (Lc 2, 1-14)
Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie : Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ! Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
Patrick Braud

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2 octobre 2022

Jésus, Élisée et moi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Jésus, Élisée et moi

 

Homélie pour le 28° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
09/10/2022

 

Cf. également :

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Quel sera votre sachet de terre juive ?

De la santé au salut en passant par la foi

Faire miniane

Fréquenter les infréquentables

Pour en finir avec les lèpres

 

Méfiez-vous des charlatans !

La période de confinement a fait fleurir sur les réseaux sociaux des milliers de soi-disant alternatives aux vaccins contre le Covid. Les antivax y présentaient force plantes, décoctions, rituels savants et autres manipulations ésotériques pour conjurer le virus…
Rien de nouveau sous le soleil ! 
Un historien du XIX° siècle relate par exemple comment les guérisseurs soignaient les verrues  [1] :

Jésus, Élisée et moi dans Communauté spirituelle« En Corrèze, on frotte les verrues contre la veste d’un cocu ou on les frictionne avec du suc de chélidoine (herbe locale), ou on peut aussi les toucher avec une limace rouge. 

En Haut-Limousin, il faut enterrer à deux heures du matin, sans être vu et à la pleine lune, une pomme ou une touffe de cheveux ou bien mettre deux grains de sel dans un linge et le jeter ensuite au milieu d’un chemin : celui qui le ramassera prend les verrues. On peut aussi les frictionner avec des feuilles de saule que l’on enfouit ensuite dans du fumier. 

En Charente, il faut uriner sur les verrues au milieu d’un chemin, puis verser sur celles-ci du lait que l’on fait lécher par un chat, puis ramasser un os abandonné par un chien et trois matins de suite avant le lever du soleil, en frotter les verrues et jeter dans un puits une pierre ou autant de haricots que l’on a de verrues, en courant de façon à ne pas entendre le bruit de leur chute. » 

Même les tumeurs cancéreuses pouvaient trouver un traitement magique, pourvu qu’il fût suffisamment obscur :

« Pour faire disparaître les tumeurs : Il faut appliquer sur celle-ci un crapaud âgé de 7 ans. D’ailleurs, il n’est pas rare d’entendre dire que tous les médecins en possèdent un, mais ne veulent pas le prêter. » 

Consciemment ou non, les antivax essaient régulièrement de mettre à l’honneur de vieilles techniques qu’on appelait autrefois sorcellerie, chamanisme, magie, occultisme etc.

 

Rien de nouveau sous le soleil ! Notre première lecture (2R 5,14-17) nous montre un général syrien, Naaman, être déçu lorsque le prophète Élisée ne lui prodigue pas des soins magiques, avec des rituels compliqués et obscurs pour le guérir de la lèpre :

« Naaman se mit en colère et s’éloigna en disant : ‘Je m’étais dit : Sûrement il va sortir, et se tenir debout pour invoquer le nom du Seigneur son Dieu ; puis il agitera sa main au-dessus de l’endroit malade et guérira ma lèpre. Est-ce que les fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar, ne valent pas mieux que toutes les eaux d’Israël ? Si je m’y baignais, est-ce que je ne serais pas purifié ?’ Il tourna bride et partit en colère » (2R 5,11-12).

Se baigner dans le Jourdain, même 7 fois, est nettement moins mystérieux que les onguents de crapaud, les passes de la main sur les bubons, ou les gestes légèrement effrayants que le chaman est censé faire sur le corps du possédé etc.

 

Dans l’Évangile (Lc 17,11-19), les 10 lépreux auraient pu réagir de même, en étant eux aussi très déçus : ‘ce grand guérisseur qu’est réputé être Jésus ne nous a même pas touché, ni prescrit aucune cure compliquée, ni accompli aucun geste impressionnant ! « Allez voir les prêtres au Temple de Jérusalem ». C’est tout ? Pas la peine d’en faire un fromage ! On aurait pu trouver ça tout seul. Cet homme n’est pas à la hauteur de sa réputation…’

Eh bien non ! Méfiez-vous des charlatans qui vous embobinent avec des soi-disant soins opaques, irrationnels… et chers !

« Grand marabout venu d’Afrique ; travail sur photo pour retrouver l’amour, succès, argent. Réussite garantie ». Qui n’a jamais eu sur son pare-brise ou dans sa boîte aux lettres un de ces flyers dérisoires, bourrés de fautes d’orthographe, chaluts labourant la misère sociale pour y ferrer les gogos et leur extorquer un maximum d’argent ?

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Méfiez-vous des charlatans, même et surtout s’ils se présentent sous des apparences très religieuses. La simplicité de l’Évangile cadre mal avec des rituels alambiqués, des prières rabâchées, des superstitions qui mélangent des noms de saints  avec des demandes peu louables.

 

Les multiples retournements de Naaman

ob_2b2319_naaman-obeit-a-dieu EliséeLa première conversion de Naaman est bien là : il voulait un charlatan et il trouve un prophète. Dans un premier temps, il s’en va, déçu, dépité. Avouez que cela vous est déjà arrivé : s’éloigner de Dieu lorsque la liturgie ne vous semble pas assez nimbée de mystère, lorsque le message biblique paraît trop simple, lorsqu’on ne vous propose pas de pratiques étranges ou la révélation de secrets cachés etc. D’ailleurs, beaucoup tordent leur religion jusqu’à ce qu’elle leur permette de garder ces habitudes païennes d’autrefois. En Afrique, on appelle cela le syncrétisme. Les Pères Blancs disent avec humour qu’un baptisé de plus ne fait pas toujours un animiste de moins… Cela a donné par exemple le vaudou, la santeria, la magie blanche, le gnosticisme etc.

Rien de tel entre Élisée et Naaman. Il faudra l’intervention de ses serviteurs pour le convaincre de descendre à la rivière. Habilement, ils font appel à son orgueil : ‘tu aurais accompli des rituels difficiles et compliqués, et tu ne veux pas accomplir une simple baignade ?’ Piqué au vif, Naaman consent à se détourner du spectaculaire, du tremendum (l’effroi qui caractérise le sacré ; Rudolf Otto l’appelait le ‘numineux’) et fait confiance à un ordre simple : « va te baigner au Jourdain ». Sans le savoir, il préfigure ainsi le baptême, la plongée de Jésus dans le Jourdain qui sera la guérison pour l’humanité de la lèpre de son péché. Il va s’y baigner 7 fois. 7 est le symbole de la Création du monde, en 7 jours. C’est une nouvelle création de chacun qui est en jeu dans le baptême. Nous en sortons purifiés, comme la chair de Naaman devenue celle « d’un petit enfant » qui vient de naître, alors qu’elle était envahie de pustules lépreuses auparavant.

La première conversion de Naaman est donc de se détourner du charlatanisme, pour faire confiance à la parole de Dieu transmise par le prophète.

 

Car c’est bien de conversion qu’il s’agit dans notre texte :

Obligation de faire demi-tourLe mot שׁוּב (shuv) revient 3 fois.

2R 5,10 Élisée lui fit dire par un messager : Va, et lave-toi sept fois dans le Jourdain; ta chair redeviendra (שׁוּב) saine, et tu seras pur.

2R 5,10 Il descendit alors et se plongea sept fois dans le Jourdain, selon la parole de l’homme de Dieu; et sa chair redevint (שׁוּב) comme la chair d’un jeune enfant, et il fut pur.

2R 5,15 Naaman retourna (שׁוּב) vers l’homme de Dieu, avec toute sa suite. Lorsqu’il fut arrivé, il se présenta devant lui, et dit : Voici, je reconnais qu’il n’y a point de Dieu sur toute la terre, si ce n’est en Israël. Et maintenant, accepte, je te prie, un présent de la part de ton serviteur.

C’est un mot qui signifie en hébreu : prendre un tournant, se retourner, se détourner (des idoles) pour revenir à Dieu. Par extension, le mot techouva qui en découle en est venu à désigner la démarche de repentance qui nous prépare à recevoir la guérison en revenant vers Dieu. La techouva est donc un retour aux sources, aux origines, à son moi profond, qui, dès lors, se révèle et dirige sa vie.

« Tu reviendras (שׁוּב) au Seigneur ton Dieu, toi et tes fils, tu écouteras sa voix de tout ton cœur et de toute ton âme, tu observeras tout ce que je te commande aujourd’hui. Alors le Seigneur ton Dieu fera revenir (שׁוּב) tes déportés et aura compassion de toi. Il te fera revenir (שׁוּב) et te rassemblera encore du milieu de tous les peuples parmi lesquels il t’aura lui-même dispersé » (Dt 30,2).

Les dix jours de retournement (techouva) entre les fêtes juives de Roch Hachana et Yom Kippour sont un peu l’équivalent de notre Carême chrétien, chemin de conversion essentiel pour que les juifs reçoivent réellement le Grand Pardon dont la guérison de Naaman au Jourdain était un signe, une figure.

 

Quand Naaman retourne voir Élisée une fois guéri, il reconnaît qu’« il n’y a pas de Dieu sur toute la terre, si ce n’est en Israël » (v. 15). Belle profession de foi ! Naaman marque ainsi son adhésion à YHWH, même s’il vivra sa foi nouvelle au milieu des païens à Damas.

Quand Élisée invite Naaman à se baigner dans le Jourdain, il lui promet une techouva physique : « Élisée envoya un messager lui dire : ‘Va te baigner sept fois dans le Jourdain, et ta chair redeviendra nette, tu seras purifié.’ » (2R 5,10). Et c’est bien ce qui arrive : la guérison de la chair lépreuse est qualifiée de retour, comme on souhaite bon rétablissement à un convalescent. Il s’agit de retrouver en nous notre pureté d’avant, celle que le péché a défigurée.

 

Choisir qui servir

La conversion de Naaman va encore plus loin.

Il est intéressant d’observer le début et la fin du texte : celui qui était général avec une escorte se proclame par 5 fois (signe de sa nouvelle obéissance à la Loi juive, 5 étant le chiffre de la Torah) « serviteur » עֶ֫בֶד (e.ved (vv 15.17) d’Élisée alors qu’avant il était désigné comme « mon serviteur » par le roi de Syrie ou comme « père » par ses propres serviteurs.

« Accepte, je te prie, un présent de la part de ton serviteur (עֶ֫בֶד) » (v.15).

« Alors Naaman dit : Puisque tu refuses, permets que l’on donne de la terre à ton serviteur (עֶ֫בֶד), une charge de deux mulets; car ton serviteur (עֶ֫בֶד) ne veut plus offrir à d’autres dieux ni holocauste ni sacrifice, il n’en offrira qu’à YHWH (v. 17).

Voici toutefois ce que je prie YHWH de pardonner à ton serviteur (עֶ֫בֶד). Quand mon maître entre dans la maison de Rimmon pour s’y prosterner et qu’il s’appuie sur ma main, je me prosterne aussi dans la maison de Rimmon : veuille YHWH pardonner à ton serviteur (עֶ֫בֶד), lorsque je me prosternerai dans la maison de Rimmon ! (v18) »

Il a donc changé de maître (Élisée au lieu du roi syrien), et de Dieu (YHWH au lieu de Rimmon) pourrait-on dire. Sauf que le premier lui était imposé, alors que le second est librement choisi. Même si Naaman sera obligé de se prosterner devant l’idole Rimmon comme le fait son roi à Damas, il aura emporté avec lui un peu de la terre juive qui lui permettra de rester attaché au service de YHWH en son cœur, sans pour autant déroger aux obligations de la cour royale.

Choisir de servir le Dieu d’Israël rend libre comme lui. C’est tout l’enjeu de l’Exode : passer de la servitude au service, des travaux forcés au culte du vrai Dieu, des marmites de viande égyptiennes à la manne des affranchis.

 

 JésusQui voulons-nous servir ?

Acceptons-nous qu’on nous impose d’être le serviteur de tel ou tel intérêt ? Pensez aux objectifs que l’on fixe pour vous au travail, aux rôles sociaux qu’on vous fait jouer par simple pression ambiante etc. On dit que le nombre de démissions en CDI n’a jamais été aussi important en France qu’en cette année 2022 (520 000 au 1° trimestre !). Les enquêtes montrent que les Français qui démissionnent le font parce qu’ils ont découvert la vacuité de leur boulot, notamment pendant le confinement. Un travail qui n’a pas de sens, ou qui n’a qu’un sens marchand, financier, ou qui détruit la planète, ou qui se fait dans une ambiance détestable, ou qui dévore la vie privée… un tel travail est insensé ! Servir un tel maître est épuisant et désespérant à la longue. Il est alors urgent de changer de job, et de choisir qui l’on veut servir ! Quand les rapports de force du marché du travail s’inversent dans certains secteurs (informatique, BTP, santé, restauration), le salarié a plus de latitude pour bouger, évoluer, changer, ne pas subir. Démissionner peut être salutaire ! Naaman nous invite à choisir quels intérêts nous voulons servir. Nul ne doit le décider à notre place !

 

Jésus, Élisée et moi

Jesus-Christ-guerit-dix-lepreux NaamanLes ressemblances entre la première lecture et l’Évangile de ce dimanche sont évidentes :

- un ou des lépreux adressent une demande de guérison à l’homme de Dieu

- Élisée comme Jésus refusent le charlatanisme. Ils n’en font pas des tonnes : une simple parole suffit. La foi en cette parole est plus puissante que toutes les magies ou sorcelleries du monde.

- Élisée comme Jésus guérissent à distance. Cette distance est aujourd’hui manifeste entre moi et le Christ : il n’est pas là devant mes yeux, et pourtant il guérit !

- Naaman, cet étranger, revient pour remercier Élisée. Le lépreux samaritain, cet hérétique, revient pour rendre gloire à Jésus. Le retour vers Dieu leur est commun. La gratitude ignore les frontières des Églises. L’ingratitude guette les pratiquants en règle.

 

Pour Naaman comme pour le lépreux samaritain, c’est un véritable chemin de techouva, de retournement. C’est un grand tournant de leur vie. Le samaritain va passer de la lèpre à la santé, du Temple à Jésus, de la guérison au salut. Luc – en bon médecin qu’il n’a cessé d’être – fait de cette guérison une catéchèse : Jésus est le nouvel Élisée, et moi lecteur je suis Naaman se détournant de mes idoles, je suis le samaritain découvrant que la louange me sauve, plus encore que la foi ne me purifie de mes lèpres.

 

Quelle sera ma techouva ?

La conversion de Naaman (car même un païen peut faire techouva, c’est-à-dire retourner à son vrai moi intérieur) est donc multiple :

- renoncer au charlatanisme et aux superstitions païennes

- retourner à une chair d’enfant, pure de toute lèpre, comme une nouvelle naissance

- se détourner des idoles

- pour s’attacher au Dieu d’Israël

- choisir de servir la parole de Dieu plutôt que de subir un service imposé, même prestigieux.

 

Nous aussi, faisons techouva avec Naaman !

Il y a sûrement un retournement, une conversion qui nous concerne de près dans celles qu’il a vécues…

__________________________________

[1]Sorciers, croyances et formules magiques relatives à la maladie, en Limousin au XIX° siècle par J.-L MONIEZ et M. BOUCHER, Lyon.
Cf. : https://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1977x011x003/HSMx1977x011x003x0120.pdf 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Naaman retourna chez l’homme de Dieu et déclara : Il n’y a pas d’autre Dieu que celui d’Israël » (2 R 5, 14-17)

 

Lecture du deuxième livre des Rois

En ces jours-là, le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. » Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. »

 

PSAUME

(Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4)
R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. (Ps 97, 2)

 

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

 

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

 

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons » (2 Tm 2, 8-13)

 

Lecture de la deuxième lèpre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile. C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle.
Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

 

ÉVANGILE

« Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 11-19)
Alléluia. Alléluia.Rendez grâce à Dieu en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. Alléluia. (1 Th 5, 18) 

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.

L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Patrick Braud

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29 mai 2022

La séquence de Pentecôte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La séquence de Pentecôte

Homélie pour la fête de Pentecôte / Année C
05/06/2022

Cf. également :

Pentecôte : un universel si particulier !
Le déconfinement de Pentecôte

Les langues de Pentecôte
Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

Les impérios des Açores

Imperios - Ilha TerceiraAprès deux années de crise Covid, le tourisme redécolle ! Essayez la destination Açores, vous ne serez pas déçus. Un archipel d’îles volcaniques au charme fou, des cachalots et des baleines à quelques encablures, des hortensias magnifiques partout, des « fajãs » en bas des falaises, des « miradouros » panoramiques pour contempler le paysage, une température constante de 20°–22°C, des côtes et rivages d’une beauté à couper le souffle… Vous remarquerez inévitablement les dizaines de petites chapelles ultra colorées dans les villages. Un français se dit au premier abord que ce sont des chapelles mariales comme il y en a tant en Bretagne ou dans le Nord. Pas du tout ! Ce sont des chapelles dédiées au Saint Esprit ! Enfin un pays où le culte du Saint Esprit passe avant celui de la Vierge Marie… C’est assez rare dans le catholicisme, où les « trois blancheurs » (la Vierge, l’eucharistie, le pape) ont souvent pris le pas sur l’adoration de l’Esprit Saint ! À tel point que les théologiens pointent depuis longtemps que l’Esprit Saint est le grand oublié des catholiques, alors qu’il est ultra présent chez les protestants ou les orthodoxes.

Aux Açores, l’Esprit a donc un extraordinaire réseau de chapelles appelées impérios, toutes plus pimpantes et joyeuses les unes que les autres ! La vénération populaire à l’Esprit vient de loin aux Açores. Importée du Portugal catholique des XIV°-XV° siècles, elle est très liée à la fête de Pentecôte d’aujourd’hui, et même à toute la période pascale. Les rituels n’ont presque pas été modifiés. Un ‘Empereur’ est couronné à l’église paroissiale. Avec un sceptre et une plaque en argent, en guise de symbole d’Espírito Santo, il préside les fêtes tous les dimanches pendant sept semaines après Pâques. Le dimanche de Pentecôte, il y a une grande fête dans la ville. Le lieu des cérémonies est une petite chapelle, ou « império« , utilisée pour la distribution de la soupe d’Espírito Santo, avec de la viande et des légumes, destinée aux pauvres et aux isolés. C’est là que la couronne, la plaque et le sceptre sont exposés, sur l’autel de l’império. Bel exemple de l’esprit communautaire qui règne dans l’archipel !

Ces impérios assument donc plusieurs fonctions : enraciner le peuple dans une foi trinitaire (c’est si rare !), lier le culte à l’Esprit au soin des pauvres. La dimension sociale de la foi est indissociable de la liturgie ; les fêtes du Saint Esprit aux Açores le manifestent de façon éclatante, joyeuse et populaire !

En bons portugais, les Açoriens sont également très attachés à la Vierge Marie, mais ce n’est finalement que l’ombre portée de l’adoration de l’Esprit qui seul est Dieu, et dont Marie est tout entière emplie.

Voilà de quoi redresser nos coutumes et nos pratiques en France, afin de mieux réaffirmer la prééminence de l’Esprit sur les créatures qu’il anime. La fête de Pentecôte nous invite à cette conversion.

 

Les séquences liturgiques

Vous l’avez entendue juste avant l’Évangile (ce qui est bizarre pour une séquence, qui comme son nom l’indique devrait suivre et non précéder !) : la séquence de Pentecôte Veni sancte Spiritus, appelée parfois la séquence dorée, est un poème d’invocation à l’Esprit Saint. Nous avions déjà parlé de la séquence de Pâques Victimae paschali (avec le labyrinthe de Chartres cf. La danse pascale du labyrinthe). Il ne reste en effet que 4 séquences dans la liturgie romaine, depuis que le missel de 1570 issu du Concile de Trente a supprimé les innombrables séquences (plus de 4500 !) qui polluaient les offices auparavant, car constituées de textes non bibliques de piètre qualité, à la poésie douteuse et à la théologie approximative. Comme quoi on n’a pas attendu Vatican II pour opérer un retour à l’Écriture et simplifier en taillant à grands coups de serpe dans l’accumulation liturgique sédimentée au cours des siècles. Il n’est pas sûr cependant que l’abondante production actuelle d’éphémères chansons liturgiques soit de meilleure facture que les séquences d’autrefois…

La séquence de Pentecôte dans Communauté spirituelle Veni_Sancte_Spiritus%2C_et_emitte

Qu’on en n’ait conservé que quatre dit l’importance des fêtes auxquelles ces séquences sont dédiées : Pâques, Pentecôte, Fête-Dieu (Lauda Sion), Notre Dame des douleurs (Stabat mater, remplaçant le Dies irae après Vatican II). Elles expriment le besoin de composer sa propre prière à partir de la bonne nouvelle annoncée par la fête : avec les mots de sa culture, de son génie poétique. Elles ont pour but de résumer et d’actualiser le contenu célébré, pour le rendre accessible au plus grand nombre. Autrefois, on mémorisait facilement les séquences en les chantant, et la liturgie devenait ainsi une catéchèse simple et active. De quoi trouver des sources d’inspiration pour nos chants et nos hymnes actuels !

 

La séquence de Pentecôte

Elle est moins connue que le Veni creator avec lequel elle est souvent confondue. Le Veni creator est chanté à chaque ordination, ce qui souligne le lien entre l’Esprit Saint et les ministères dans l’Église. Le Veni sancte Spiritus est assez différent. En voici le texte, pour en dégager quelques grandes lignes :

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen

 

S’adresser à l’Esprit en personne

170px-Triandrique-Avignon-ms111-f23r Açores dans Communauté spirituelleDans cette séquence, on tutoie l’Esprit Saint ! L’Église s’adresse à lui en lui parlant comme à une personne. Or les représentations catholiques de l’Esprit souffrent d’une figuration trop animalière (la colombe) ou trop chosifiante (le feu, les langues, le souffle, les rayons de lumière etc.). Cherchez bien : sur nos vitraux, dans nos tableaux, sur nos statues, l’Esprit est rarement représenté comme une personne. Il a fallu la redécouverte de l’icône de la Trinité de Roublev en Occident, ou le Renouveau charismatique inspiré du pentecôtiste américain pour que les latins se réhabituent à prier l’Esprit en personne. Et encore, ce n’est pas gagné ! C’est évidemment le culte marial qui a absorbé pourrait-on dire l’énergie catholique normalement dirigée vers l’Esprit. Il vaudrait mieux parler de vénération mariale, car en termes techniques c’est un culte dit d’hyperdulie (supérieur au culte de dulie rendu aux saints, mais inférieur au culte rendu à Dieu qu’on appelle latrie) et non un culte divin. Or les deux ne s’opposent pas, au contraire : la vénération due à Marie se comprend comme l’hommage au travail de l’Esprit en elle, de sa conception à son Assomption en passant par son Annonciation. Rappelons-nous également que l’Esprit est féminin en hébreu (ruah) : prier l’Esprit, c’est s’adresser à la part féminine qui en Dieu prend soin de ses enfants comme une mère.

Fêter Pentecôte, c’est donc tutoyer l’Esprit pour lui parler comme à une conseillère, une mère, une compagne, « plus intime à moi-même que moi-même » (saint Augustin). Chanter la séquence de Pentecôte, c’est s’adresser à l’Esprit en personne pour lui demander son amitié, sa présence, le lien vivant de communion avec lui qui va féconder toutes nos activités. Viens Esprit Saint pourrait être la prière qui monte à nos lèvres le plus naturellement du monde lorsque nous désirons louer ou implorer, nous réjouir ou gémir, recevoir ou donner.

D’ailleurs, d’innombrables compositeurs l’ont mis en musique : Guillaume Dufay, Josquin des Prés, Adrien Willaert, Giovanni Pierluigi da Palestrina, Roland (Orlandus) de Lassus et Tomás Luis de Victoria, Arvo Pärt etc…

 

Père des pauvres

L'Abbé Pierre 1912-2007 Frère des pauvres, provocateur de PaixSurprenante appellation de la séquence ! On est plus habitué à utiliser ce nom de père pour Dieu première personne de la Trinité ! Comme quoi la paternité est une qualité bien partagée entre les Trois.

Les pauvres dans la Bible sont ceux qui n’ont pas d’autres ressources que Dieu pour s’en sortir : pas de fortune, pas d’amis capables de les sauver, pas de défenseur pour garantir leur droit. Est « père des pauvres » celui qui prend soin d’eux, leur fournit concrètement de quoi survivre, les rétablit dans leur droit, leur honneur, leur dignité. Job correspond à ce portrait (« Pour les pauvres, j’étais un père » Jb 29,16) ; mais c’est Dieu lui-même qui l’incarne au plus haut point : « Père des orphelins, défenseur des veuves, tel est Dieu dans sa sainte demeure » (Ps 68,6). « Tu es le Dieu des humbles, secours des opprimés, protecteur des faibles, refuge des délaissés, sauveur des désespérés » (Jdt 9,11). Attribuer ce rôle à l’Esprit revient à formuler le salut des pauvres en termes de liens de communion qui les unissent à Dieu, car c’est le propre de l’Esprit que de créer et de nourrir la relation au Dieu vivant. Dans cette relation de communion, les pauvres trouvent leur salut. Cette communion vivante les rend plus forts, leur inspire les paroles et les actes pour se défendre, le courage pour résister. Prier l’Esprit comme père des pauvres nous prépare à désirer ce lien de communion, en reconnaissant que seuls nous ne pouvons rien. Remède à l’autosuffisance, désir de vivre en communion, le Veni sancte Spiritus nous rend disponibles pour expérimenter l’action du père des pauvres en nous.

 

Les autres titres donnés à l’Esprit dans la séquence

- dispensateur des dons

7-dons-du-Saint-EspritOn pense évidemment aux dons de l’Esprit listés par Isaïe (Is 11,1-3) puis Paul (1Co 12,4-7), et qu’on a mémorisés sous la forme d’un septénaire. Les 7 dons de l’Esprit manifestent sa présence en nous. Et finalement nous apprendrons à passer des dons au Donateur, des grâces offertes à l’Esprit qui en est la source. Selon le mot de Jésus : « si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Lc 11,13).

 

- consolateur souverain

C’est Isaïe encore qui est en filigrane dans ce titre : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu… » (Is 40,1).
N’ayons aucune honte à désirer être consolé, cajolé par l’Esprit de Dieu comme un enfant sur les genoux de sa mère (c’est l’étymologie du mot berakah, bénédiction). Souvenez-vous que l’Esprit est féminin…

 

- hôte très doux

L’Esprit est celui qui fait passer de l’extérieur à l’intérieur. De la pratique extérieure de la Loi à la pratique intérieure de la charité. De l’obligation morale à la libre inspiration : « aime et fait ce que tu veux » (Augustin). Car l’Esprit habite au plus intime de notre être, plus intime à moi-même que moi-même. Il n’est pas dans les textes, dans les règlements, dans les institutions figées, mais dans le mouvement intérieur, dans la création sans cesse renouvelée, dans la fidélité capable d’inventer et de faire du neuf.

 

Les verbes de la séquence

 Esprit- un premier verbe est lié à la Pentecôte : « viens remplir… ». Rappelez-vous que Judas se vide vers l’extérieur (« il tomba la tête la première, son ventre éclata, et toutes ses entrailles se répandirent » Ac 1,16-19), que les apôtres à l’inverse sont remplis de l’Esprit Saint qui pénètre en eux (« Tous furent remplis d’Esprit Saint…» Ac 2,4). L’Esprit de Pentecôte a horreur du vide ! Le vide de sens, le sentiment de vide qu’engendre un travail inutile, le vide d’un couple désuni, le vide d’un cœur qui s’attache trop aux choses et pas assez aux gens etc.

- les 3 verbes suivants sont plutôt liés au baptême où l’Esprit lave du péché en nous baignant dans la grâce, ce qui nous guérit de notre inclination à faire le mal.

- Les 3 verbes qui viennent alors sont liés au renouvellement du baptême dans le sacrement de réconciliation, travail dans lequel l’Esprit excelle ! Assouplir nos raideurs, réchauffer ce qui est froid et mort en nous, rendre droit ce que nous avons tordu par nos calculs et nos stratégies égoïstes compliquées, telle est l’œuvre de l’Esprit en ceux qui se laissent faire.

- Les 3 derniers verbes sont un seul en fait : donne. L’Esprit est par nature celui qui donne : le Père au Fils et réciproquement, le baptisé à son Dieu, la grâce au baptisé, la vie éternelle dans les sacrements, les 7 dons qui caractérisent la vie dans l’Esprit etc.

On a ainsi une liste de 10 verbes, ce qui n’est évidemment pas un hasard, pour cartographier la Loi nouvelle qu’instaure l’Esprit : se laisser conduire par Lui qui est communion, lien vivant d’amour entre les êtres.

En cette fête de Pentecôte, chantant avec cœur le Veni sancte Spiritus, relisons-le à tête reposée cette semaine. Qu’il monte sur nos lèvres pour implorer dans la joie comme dans la détresse.

Conjuguons-le à la première personne pour lui parler face-à-face :

Viens, Esprit Saint en mon cœur et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en moi, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de mon cœur.
Consolateur souverain, hôte très doux de mon âme, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, mon repos ; dans la fièvre, ma fraîcheur ; dans les pleurs, mon réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir mon cœur jusqu’à l’intime.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en moi, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui en moi est souillé, baigne ce qui en moi est aride, guéris ce qui en moi est blessé.
Assouplis ce qui en moi est raide, réchauffe ce qui en moi est froid, rends droit ce qui en moi est faussé.
Amen !


 
   

MESSE DU JOUR

Première lecture
« Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

Psaume
(Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia !
 (cf. Ps 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
la terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

Deuxième lecture
« Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8, 8-17)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains
Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n’est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez. En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

Séquence
Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen

Évangile
« L’Esprit Saint vous enseignera tout » (Jn 14, 15-16.23b-26)
Alléluia. Alléluia. Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »
Patrick BRAUD

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