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16 mai 2012

Une Ascension un peu taquine : le temps de l’autonomie

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Une Ascension un peu taquine :
le temps de l’autonomie

 

Homélie pour la fête de l’Ascension

17/05/12

 

Un vide un peu taquin

Connaissez-vous le jeu de pousse-pousse (également appelé jeu de taquin, non sans humour) ? Le pousse-pousse est un rectangle dans lequel figurent les lettres de l’alphabet inscrites sur de petits carrés mobiles.

Une Ascension un peu taquine : le temps de l'autonomie dans Communauté spirituelle taquinL’ensemble revêt l’aspect de mots croisés. Mais il y a un vide, il y a un carré vide, un trou, une absence, un manque de lettre.

Grâce à ce vide, à ce manque, on peut bouger les autres lettres une à une, et ainsi former des mots. Grâce à ce vide, ça fonctionne. Tout le jeu de pousse-pousse fonctionne autour de ce manque : le boucher, le refuser, le combler, c’est tuer le jeu en bloquant tout mouvement.

L’Ascension est l’équivalent de ce vide dans l’histoire humaine : le Christ s’absente, l’Église est majeure. Grâce à ce départ, il y a un manque constitutif de notre liberté, à l’image de la case vide du jeu de pousse-pousse qui permet le mouvement des autres pièces.


L’Ascension, source de note autonomie

Le Christ enlevé de terre est la chance de notre liberté, de notre responsabilité, de notre autonomie. C’est son départ vers le Père qui va provoquer l’envoi d’en mission des apôtres et la naissance de l’Église. « Il est bon  pour vous que je m’en aille ».

Oui, Jésus, lorsqu’il disparaît, nous laisse exister en adultes avec la force de l’Esprit Saint et non plus en petits enfants à qui il faut tout dire. S’il était resté là, devant nos yeux, nous nous tournerions sans cesse vers lui pour lui demander : que faut-il faire ? qu’en penses-tu ? dis-nous où aller ! Alors que, devant son absence physique, nous ne pouvons compter que sur son Esprit pour inventer la route qui nous est propre.

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Alors, célébrer l’Ascension, c’est célébrer le pouvoir de création que nous recevons de Dieu : nous sommes créés, créateurs à son image !

Célébrer l’Ascension, c’est célébrer le temps de l’autonomie que nous recevons aussi des mains de Dieu.

C’est remercier le Dieu Trinité de nous avoir créés et de nous créer sans cesse responsables de notre vie.

C’est le louer pour son amour un peu fou, puisqu’il aime l’homme au point de prendre le risque de lui laisser inventer le Royaume.

 

Célébrer le temps de l’autonomie, c’est accepter comme une dignité, mais aussi une exigence, notre rôle de chrétien. Jésus n’a jamais vécu en Europe, n’a pas connu les problèmes spécifiques au XXI° siècle : il est parti et nous fait confiance pour nous y affronter, avec courage et imagination. Il nous donne son inspiration, l’Esprit qui respecte notre liberté tout en la nourrissant. Si nous ne sommes pas à notre poste, personne ne viendra nous supplanter par miracle. Il est parti, et pourtant, en retroussant ses manches, nous découvrons chaque jour que c’est lui que nous rencontrons à travers les autres vers qui il nous envoie, à travers la vie fraternelle en Église qu’il nous appelle à vivre.


Célébrer le temps de l’autonomie, c’est refuser de brader notre liberté au plus offrant, c’est refuser d’aliéner notre responsabilité en s’en remettant trop facilement à certains systèmes de pensée ou d’action, nous chrétiens, que ce soit en économie, en politique, en morale ou ailleurs. C’est répondre de ses actes soi-même. C’est prendre le risque de vivre, et donc risquer de se tromper.

« Pourquoi restez-vous là les yeux fixés au ciel ? »

 

 

 

1ère lecture : L’Ascension du Seigneur (Ac 1, 1-11)

Commencement du livre des Actes des Apôtres

Mon cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel après avoir, dans l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’était montré vivant après sa Passion : il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu. 

Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis. Il leur disait : « C’est la promesse que vous avez entendue de ma bouche. Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours. » Réunis autour de lui, les Apôtres lui demandaient : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine. Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Psaume : 46, 2-3, 6-7, 8-9

R/ Dieu monte parmi l’acclamation, le Seigneur aux éclats du cor.

Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable,
le grand roi sur toute la terre. 

Dieu s’élève parmi les ovations, 
le Seigneur, aux éclats du cor. 
Sonnez pour notre Dieu, sonnez, 
sonnez pour notre roi, sonnez ! 

Car Dieu est le roi de la terre,
que vos musiques l’annoncent ! 
Il règne, Dieu, sur les païens, 
Dieu est assis sur son trône sacré.

2ème lecture : Nous sommes appelés à une seule espérance (Ep 4, 1-16)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères, moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous encourage à suivre fidèlement l’appel que vous avez reçu de Dieu : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à c?ur de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il n’y a qu’un seul Corps et un seul Esprit. Il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui règne au-dessus de tous, par tous, et en tous. Chacun d’entre nous a reçu le don de la grâce comme le Christ nous l’a partagée.

C’est pourquoi l’Écriture dit : Il est monté sur la hauteur, emmenant des prisonniers, il a fait des dons aux hommes. Que veut dire : Il est monté ? ? Cela veut dire qu’il était d’abord descendu jusqu’en bas sur la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au plus haut des cieux pour combler tout l’univers.

Et les dons qu’il a faits aux hommes, ce sont d’abord les Apôtres, puis les prophètes et les missionnaires de l’Évangile, et aussi les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, le peuple saint est organisé pour que les tâches du ministère soient accomplies, et que se construise le corps du Christ. Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ. Alors, nous ne serons plus comme des enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d’idées, au gré des hommes, eux qui emploient leur astuce à nous entraîner dans l’erreur. Au contraire, en vivant dans la vérité de l’amour, nous grandirons dans le Christ pour nous élever en tout jusqu’à lui, car il est la Tête. Et par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux connexions internes qui le maintiennent, selon l’activité qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l’amour.

Evangile : Jésus donne ses dernières consignes aux Apôtres et monte au ciel (Mc 16, 15-20)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur s’élève parmi l’acclamation, il s’élève au plus haut des cieux. Alléluia. (cf. Ps 46, 6.10)

 Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus ressuscité dit aux onze Apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »

Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.
Patrick Braud

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5 mai 2012

La parresia, ou l’audace de la foi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La parresia, ou l’audace de la foi

Homélie du 5° Dimanche de Pâques – Année B
06/05/2012

Un mot revient 3 fois dans nos lectures de ce Dimanche : assurance.

Non pas l’assurance financière dont les compagnies sont en difficulté avec la crise économique actuelle. Non pas la belle assurance d’une top model très « people » en défilé officiel.

C’est d’une autre assurance dont nous parle Saint Jean : « mes bien-aimés, nous nous tenons avec assurance devant Dieu ». (1 Jn 3, 18 ? 24).

D’où vient cette assurance ?

Non de nous-mêmes, de nos capacités ou de nos talents.

Cette assurance vient de ce que « Dieu est plus grand que notre coeur ».

Lorsqu’un alpiniste assure son escalade sur une paroi très raide, cela veut dire qu’il fait confiance à ses pitons solidement enfoncés dans la roche, à son harnais et sa corde qui le retiendraient au cas où.

La confiance de St Jean est celle de l’alpiniste qui a planté sa foi en Dieu, pas en lui d’abord.

Du coup, l’assurance que donne cet enracinement en Dieu, par son Esprit, devient dans les Actes des Apôtres un formidable courage pour annoncer l’Évangile. Le passage d’aujourd’hui nous montre Paul : « à Damas, il avait prêché avec assurance au nom de Jésus ». A Jérusalem, « il prêche avec assurance au nom du Seigneur et débat avec les Juifs de langue grecque ». Malgré le danger latent, Paul ose librement annoncer la Résurrection de Jésus (le « kérygme »). De Paul, vu sa personnalité et son immense culture, cela ne nous étonne pas trop. Mais cette assurance pleine de courage et de liberté n’est pas réservée qu’à Paul. À tel point que cela intrigue les accusateurs des apôtres : « considérant l’assurance de Pierre et de Jean, et se rendant compte que c’étaient des gens sans instruction ni culture, les membres du Grand Conseil étaient dans l’étonnement ». (Ac 4, 13).

12 fois (et 12 est évidemment un chiffre symbolique de l’Église) ce mot « assurance » est ainsi employé dans le livre des Actes. Du premier kérygme de Pierre : « Frères, il est permis de vous le dire en toute assurance : Dieu l’a ressuscité, ce Jésus ». (Ac 2, 29) jusqu’à la belle finale du livre : « Paul recevait tous ceux qui venaient le trouver (à Rome), proclamant le Royaume de Dieu et enseignant ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ avec pleine assurance et sans obstacle » (Ac 28, 30).

Ce mot « assurance » traduit le terme grec : parresia, qui vient de pan (=tout) et rema (= parole). C’est une parole qui assume le tout de ce qu’elle signifie. La parresia, c’est donc une parole courageuse, libre, entière, vraie, pleine d’assurance. Dans la société démocratique d’Athènes, seul le citoyen libre avait le droit de parler ainsi en public, avec parresia. Eh bien : dans l’Église, chaque baptisé reçoit de l’Esprit saint ce courage prophétique de parler la tête haute avec audace.

C’est de cette force intérieure qu’étaient animés les martyrs chrétiens, de Blandine devant les lions au Père Popielusko devant la terreur soviétique. C’est cette parresia qui animait Jeanne d’Arc devant ses juges, ou Bernadette Soubirous devant le Curé de Lourdes plutôt sceptique?

 La parresia, ou l'audace de la foi dans Communauté spirituelle

Cette assurance est toujours à l’?uvre chez les baptisés qui dénoncent la corruption en Afrique, les intérêts militaro-industriels en Amérique Latine, où le non-respect de la vie en Occident. Ils savent qu’il y aura un prix à payer pour une telle parole libre, mais ils l’assument, sans haine ni violence. Car c’est en un Autre qu’eux-mêmes qu’ils mettent leur confiance. La parresia est sûrement un fruit de l’Esprit Saint : cette assurance tranquille, cette audace de la parole, cette franchise, cette affirmation de l’essentiel de la foi, sereine et respectueuse des autres? C’est être fort à la manière de Jésus qui parle vrai, sans arrogance, sans mépris.

La parresia, c’est finalement être soi, parce que l’on vit d’un Autre !

Les chrétiens rendront service à l’ensemble de la société s’ils sont fidèles à ce charisme de leur baptême : avoir le courage de parler vrai, et oser l’audace d’une proclamation confiante, même à contre-courant, parce que s’appuyant sur un Autre.

De la démocratie en AmériqueAlexis De Tocqueville (De la Démocratie en Amérique, 1835) faisait remarquer que les démocraties étaient tentées par un affadissement général. Elles ne peuvent durer que si certains réagissent contre une certaine lâcheté et une démission ambiantes :

« J’ai déjà fait observer plus haut que les législateurs de l’Union avaient presque tous été remarquables par leurs lumières, plus remarquables encore par leur patrio­tisme.

Ils s’étaient tous élevés au milieu d’une crise sociale, pendant laquelle l’esprit de liberté avait eu continuellement à lutter contre une autorité forte et dominatrice. La lutte terminée, et tandis que, suivant l’usage, les passions excitées de la foule s’atta­chaient encore à combattre des dangers qui depuis longtemps n’existaient plus, eux s’étaient arrêtés; ils avaient jeté un regard plus tranquille et plus pénétrant sur leur patrie; ils avaient vu qu’une révolution définitive était accomplie, et que désormais les périls qui menaçaient le peuple ne pouvaient naître que des abus de la liberté. Ce qu’ils pensaient, ils eurent le courage de le dire, parce qu’ils sentaient au fond de leur coeur un amour sincère et ardent pour cette même liberté; ils osèrent parler de la restreindre, parce qu’ils étaient sûrs de ne pas vouloir la détruire *. »

Et Alexandre Soljenitsyne, prix Nobel de littérature (1970) avertissait l’Occident  à Harvard le 8 juin 1978.

« Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société toute entière. (..) Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ? »

Proclamer le kérygme avec une pleine assurance est donc un service à rendre à la société toute entière ! 

Ce temps pascal qui nous prépare à Pentecôte nous prépare en même temps au courage de la foi.

Que chacun réfléchisse :

- dans quel domaine de mes responsabilités cette parresia me manque-t-elle ?

- comment retrouver cette force intérieure ?

Il y va du témoignage prophétique de notre Église dans la société actuelle.

 


* A cette époque, le célèbre Alexandre Hamilton, l’un des rédacteurs les plus influents de la Constitution, ne craignait pas de publier ce qui suit dans Le Fédéraliste, nº 71: « Il est arrivé plus d’une fois qu’un peuple, sauvé ainsi des fatales conséquences de ses propres erreurs, s’est plu à élever des monuments de sa reconnaissance aux hommes qui avaient eu le magnanime courage de s’exposer à lui déplaire pour le servir. »

1ère lecture : Paul se joint aux Apôtres témoins du Christ (Ac 9, 26-31)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

Après sa conversion, Paul vint à Jérusalem. Il cherchait à entrer dans le groupe des disciples, mais tous avaient peur de lui, car ils ne pouvaient pas croire que lui aussi était un disciple du Christ. Alors Barnabé le prit avec lui et le présenta aux Apôtres ; il leur raconta ce qui s’était passé : sur la route, Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé ; à Damas, il avait prêché avec assurance au nom de Jésus. Dès lors, Saul allait et venait dans Jérusalem avec les Apôtres, prêchant avec assurance au nom du Seigneur. Il parlait aux Juifs de langue grecque, et discutait avec eux. Mais ceux-ci cherchaient à le supprimer. Les frères l’apprirent ; alors ils l’accompagnèrent jusqu’à Césarée, et le firent partir pour Tarse.
L’Église était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie. Dans la crainte du Seigneur, elle se construisait et elle avançait ; elle se multipliait avec l’assistance de l’Esprit Saint.

Psaume : 21, 26-27ab, 28-29, 31-32
R/ À toi, Dieu, notre louange, au milieu de l’Église

Tu seras ma louange dans la grande assemblée ;
devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ;
ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent. 

La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, 
chaque famille de nations se prosternera devant lui : 
« Oui, au Seigneur la royauté, 
le pouvoir sur les nations ! » 

Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ; 
on annoncera le Seigneur aux générations à venir. 
On proclamera sa justice au peuple qui va naître : 
« Voilà son oeuvre ! »

2ème lecture : Aimer en vérité (1Jn 3, 18-24)

Lecture de la première lettre de saint Jean
Mes enfants, nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. En agissant ainsi, nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous aurons le c?ur en paix ; notre c?ur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre c?ur, et il connaît toutes choses. 

Mes bien-aimés, si notre coeur ne nous accuse pas, nous nous tenons avec assurance devant Dieu. Tout ce que nous demandons à Dieu, il nous l’accorde, parce que nous sommes fidèles à ses commandements, et que nous faisons ce qui lui plaît.
Or, voici son commandement : avoir foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Et celui qui est fidèle à ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné son Esprit.

Evangile : La vigne et les sarments (Jn 15, 1-8)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Heureux qui demeure vivant dans le Seigneur : il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps. Alléluia. (cf. Ps 1, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie, pour qu’il en donne davantage.
Mais vous, déjà vous voici nets et purifiés grâce à la parole que je vous ai dite : Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu’on a jeté dehors, et qui se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.
Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit : ainsi, vous serez pour moi des disciples. »
Patrick Braud

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21 avril 2012

Bon foin ne suffit pas

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Bon foin ne suffit pas

 Homélie du 3° Dimanche de Pâques  22/04/2012

 

La parabole du foin et du râtelier

« Qu’importe que le foin soit bon, si le râtelier est trop élevé ? »

Mgr. Bernard Podvin, porte-parole des évêques de France, rapporte cette anecdote savoureuse de la dernière assemblée épiscopale tenue à Lourdes. Un conférencier devait tenir éveillés les évêques en un début d’après-midi : lourde tâche à laquelle il n’a pu satisfaire. Son propos théologique était sans doute construit et sérieux, mais son propos Bon foin ne suffit pas dans Communauté spirituelle pour-comprendre-les-media_150est passé très haut au-dessus des têtes mitrées qui plongeaient alors en méditation horizontale accentuée… À la sortie, l’un des assoupis rapportait cette vérité du foin : « le foin était sans doute très bon, mais le râtelier était trop haut ».

En termes techniques, on pourrait dire que le faire-savoir est aussi important que le savoir-faire. « Medium is message » comme l’écrivait le pionnier des théoriciens des médias, Marshall MacLuhan. La façon de communiquer fait partie du message délivré.

 

L’inculturation du kérygme

Dans les Actes des Apôtres que nous lirons pendant tout le temps pascal, Pierre, Paul et les autres ont bien compris cet énorme enjeu : si l’annonce de la Résurrection n’est pas adaptée à la culture des auditeurs, elle sera incompréhensible ou irrecevable.

Par chance, ce livre des Actes a recueilli plus d’une vingtaine de ces annonces pascales. On les appelle kérygme, d’un mot grec qui signifie crier, annoncer publiquement une nouvelle très importante.

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Que constate-t-on en étudiant ces kérygmes en détail ? Qu’ils varient dans leur style, leur argumentation, les mots choisis. De Pierre parlant aux pèlerins de la Pentecôte à Jérusalem à Paul s’adressant aux sages grecs de l’Aréopage d’Athènes, l’annonce de la joie de Pâques s’adapte à la culture de ses auditeurs.

Cette inculturation s’impose donc aux apôtres comme une nécessité spirituelle : aimer l’autre exige de le rejoindre dans sa culture pour lui révéler la résurrection du Christ de l’intérieur, sans autre violence que celle du choc de Pâques.

 

Relisez le kérygme de Pierre en ce troisième dimanche de Pâques (Ac 3,13-19). Pierre sait qu’il parle des juifs pratiquants. Il reconnaît leur qualité en les appelant « hommes d’Israël », et en rappelant que Dieu est celui « d’Abraham, Isaac et Jacob », « le Dieu de nos pères », s’incluant ainsi lui-même dans le peuple à qui il parle. Puis il dit vous lorsqu’il évoque la Passion de Jésus, livré, rejeté, dédaigné pour Barabbas par cette foule de Jérusalem. Tout de suite il adoucit cette charge en les appelant « frères », et en rappelant que c’est « dans l’ignorance » qu’ils ont agi (« ils ne savent pas ce qu’ils font », a fort justement plaidé Jésus en leur faveur).

Il fera ensuite référence à Moïse, à l’Alliance, aux prophètes, pour convaincre ses frères juifs que Jésus est bien le Messie humilié annoncé par les Écritures.

Vers la fin du livre (Ac 17,22-34), Paul s’appuiera quant à lui sur les philosophes grecs et une statue dédiée « au dieu inconnu » à Athènes, car il s’adresse à Aréopage qui ne connaît pas les écritures juives.

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On peut faire l’étude exhaustive de tous ces kérygmes : ils ont une structure commune, mais s’adaptent toujours à la culture de leurs auditeurs.

C‘est donc une loi normative pour l’Église encore aujourd’hui : ne pas annoncer le Christ ressuscité en Afrique avec les mêmes mots qu’en Europe. Enraciner la joie de Pâques dans les cultures africaines, orales et concrètes, pleines de magie et d’invisible, ne se fait pas de la même façon qu’en France par exemple, dans une culture marquée par la rationalité et l’abstraction. Le grand succès des Églises baptistes et évangéliques dans nos métropoles tient d’ailleurs largement à une inculturation réussie auprès des minorités ethniques : miracles, ferveur, émotion alliant la fête, le corps et l’expérience. La désaffection des jeunes générations pour les assemblées catholiques vient en grande partie d’un déficit d’inculturation : pas d’images PowerPoint ou multimédia, une musique exculturée, des mots difficiles, peu de participation… Il n’en faut pas plus pour transformer en corvée ce qui est au départ une joyeuse annonce !

 

 

La pédagogie du Ressuscité

Plus que jamais, il nous faut décrypter les valeurs et les codes des nouvelles cultures technologiques et urbaines qui émergent autour de nous. Plus que jamais il ne faut faire confiance à l’Esprit de Pentecôte pour s’appuyer sur les « semences du Verbe » répandues dans les cultures actuelles. Répéter un message ancien ne suffit pas : il faut le traduire sans cesse, le nettoyer de sa gangue d’autrefois pour en retrouver le noyau vital.

D’ailleurs, c’est ce que fait le ressuscité dans l’Évangile d’aujourd’hui (Luc 24).

Il commence par rejoindre ces deux hommes sur leur route d’Emmaüs, allant même jusqu’à s’éloigner avec eux de Jérusalem, ce qui est symbolique de leur état d’esprit désabusé après le vendredi maudit. Il les écoute, et laisse parler, pour s’imprégner de leurs références, pour comprendre leurs espoirs déçus. Après seulement, il leur annonce comme aux apôtres apeurés la joie de Pâques, mais à partir de ce qu’ils connaissent tous, à partir de leur identité profonde : Moïse, les prophètes, les psaumes, le Messie, l’Écriture.

Voilà ce que toute l’Église devrait commencer par faire : cheminer avec, écouter, comprendre la culture de l’autre de l’intérieur, lui parler avec ses mots pour que l’annonce de la Résurrection le touche au plus profond, le bouleverse dans ses entrailles.

 

Sommes-nous à la hauteur de ce défi ?

Que connaissons-nous de nos cultures environnantes ? des langues, des langages, des images et des références de nos contemporains ?

Question de génération, d’origines ethniques, d’éducation ou de milieu social : comment annoncer l’Évangile sans l’inculturer dans le monde de l’autre ?

Faisons l’effort de mieux connaître au moins l’une de ces cultures que nous ignorons (et que nous dénigrons sans doute); nous y découvrirons le Ressuscité, selon sa promesse : « je vous précède en Galilée » (Mc 14,28; 16,7), c’est-à-dire dans une culture que vous ne connaissez pas.

 

1ère lecture : Dieu a donné sa gloire à son serviteur Jésus (Ac 3, 13-15.17-19)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

Devant tout le peuple, Pierre prit la parole :
« Hommes d’Israël, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a donné sa gloire à son serviteur Jésus, alors que vous, vous l’aviez livré ; devant Pilate, qui était d’avis de le relâcher, vous l’aviez rejeté.
Lui, le saint et le juste, vous l’avez rejeté, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier.
Lui, le Chef des vivants, vous l’avez tué ; mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins.
D’ailleurs, frères, je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs.
Mais Dieu qui, par la bouche de tous les prophètes, avait annoncé que son Messie souffrirait, accomplissait ainsi sa parole.
Convertissez-vous donc et revenez à Dieu pour que vos péchés soient effacés. »

Psaume : Ps 4, 2, 7, 9

R/ Révèle-nous, Seigneur, ton visage de lumière

Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice !
Toi qui me libères dans la détresse,
pitié pour moi, écoute ma prière ! 

Beaucoup demandent : 
« Qui nous fera voir le bonheur ? » 
Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage ! 

Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, 
car tu me donnes d’habiter, Seigneur, 
seul, dans la confiance.

2ème lecture : Le Christ victime offerte pour nos péchés (1Jn 2, 1-5a)
Lecture de la première lettre de saint Jean
Mes petits enfants, je vous écris pour que vous évitiez le péché. Mais, si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste. Il est la victime offerte pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais encore pour ceux du monde entier. Et voici comment nous pouvons savoir que nous le connaissons : c’est en gardant ses commandements. Celui qui dit : « Je le connais », et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Mais en celui qui garde fidèlement sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection.

Evangile : Le Christ ressuscité envoie les Apôtres en mission(Lc 24, 35-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur ressuscité est apparu à ses Apôtres, il leur a donné sa paix. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s »était passé sur la route, et comment ils avaient reconnu le Seigneur quand il avait rompu le pain.
Comme ils en parlaient encore, lui-même était là au milieu d’eux, et il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit.
Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. »
Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé.
Il le prit et le mangea devant eux.
Puis il déclara : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures.
Il conclut : « C’est bien ce qui était annoncé par l’Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem.
C’est vous qui en êtes les témoins. »
Patrick Braud

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14 avril 2012

Au confluent de trois logiques ecclésiales : la communauté, l’assemblée, le service public

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Au confluent de trois logiques ecclésiales :

la communauté, l’assemblée, le service public

Homélie du 2° Dimanche de Pâques
15/04/2012


Nos manières de vivre l’Église sont traversées et influencées par plusieurs courants différents, voire contradictoires.
Trois logiques semblent marquer notre vie ecclésiale, et singulièrement nos paroisses ; mais quel type d’initiation engendrent-elles ?

 

* la communauté

Au confluent de trois logiques ecclésiales : la communauté, l'assemblée, le service public dans Communauté spirituelle repas-moines 

Le vocabulaire de type communautaire a connu un succès extraordinaire après Vatican II. Il traduit une aspiration à des relations plus personnelles, une foi plus engagée, une mise en commun qui va parfois très loin, un idéal de liens profonds et fraternels entre tous.

Le modèle (« l’idéal-type », selon la sociologie de Max Weber) de ce vécu ecclésial est la première cellule d’Église à Jérusalem, décrite dans le livre des Actes des Apôtres en 4,32-35 (ainsi qu’en 2,42-47) dans la 1° lecture de ce 2° Dimanche de Pâques.

On en connaît les quatre piliers : mise en commun des biens assez radicale (cf. Ananie et Saphire qui trichent et sont exclus !) au point qu’on a pu parler d’un « communisme chrétien », prière publique, enseignement apostolique, eucharisties domestiques?

« La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul c?ur et une seule âme ; et personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en commun. C’est avec une grande force que les Apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et la puissance de la grâce était sur eux tous.

Aucun d’entre eux n’était dans la misère, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix pour le mettre à la disposition des Apôtres. On en redistribuait une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins. »

Les Actes des Apôtres témoignent de sa formidable puissance d’attraction pour les chercheurs de Dieu de l’époque : « Chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés » (Ac 2, 47).
Ce vécu communautaire, lorsqu’il existe réellement, est un puissant « bouillon de culture » pour que, à tout âge, un participant ou un invité à cette intensité relationnelle progresse sur le chemin de l’initiation chrétienne.
Les dangers de l’absolutisation de ce modèle sont également bien connus : impossibilité de gérer un grand nombre de catéchumènes si la communauté est petite, risque d’élitisme, de communautarisme, dérive possible vers une foi idéologique confondant les particularités d’une communauté locale avec les grands fondamentaux de la foi chrétienne?
De plus, beaucoup de nouveaux-venus à la foi refuseront d’entrer dans une logique communautaire trop stricte et trop forte pour eux. 

Reste que l’aspiration communautaire est un puissant garde-fou contre la dépersonnalisation ou la froideur qui guette l’ordinaire ecclésial. Il semble légitime, et même nécessaire, de favoriser la multiplication de noyaux de ce type, qui sauront appeler et accompagner des catéchumènes, à condition qu’ils le fassent en communion avec les autres formes de vie d’Église, dans un réel partenariat d’évangélisation.

 

* l’assemblée

En contraste avec Jérusalem, l’Église d’Antioche dans les Actes des Apôtres (11, 19-30) présente d’autres caractéristiques, intéressantes également quant à leurs conséquences sur l’initiation chrétienne.

Ce n’est guère une communauté, au sens défini plus haut, mais plutôt une assemblée.

C’est d’ailleurs l’étymologie même du mot ekklésia, qui vient du grec ek-kaleo : appeler au-dehors. L’Église est l’assemblée qui naît de la convocation de ceux qui sont appelés à sortir d’eux-mêmes pour entrer en communion avec l’Autre (Dieu) / les autres (les membres de l’assemblée).

Cette assemblée (ekklésia) d’Antioche n’est pas fondée par les apôtres, mais par les juifs hellénistes fuyant la persécution consécutive au martyre d’Étienne. 

Elle se construit de l’extérieur, alors que Jérusalem attirait de l’intérieur.
Elle est en lien avec Jérusalem, considérée comme Église-mère (à travers notamment l’envoyé Barnabé qui admire et se réjouit !).
Elle a des enseignants attitrés, Barnabé et Saul, qui y donnent une catéchèse continue sur un an, et qui sont ensuite envoyés en mission par une assemblée de prière (Ac 13, 1-3).

On les appelle « chrétiens », et ils acceptent ce nom des gens du dehors.

Il n’y a plus de communauté de biens, mais une entraide matérielle. La collecte (koïnonia) pour Jérusalem traduit bien l’autre façon de vivre le partage : non pas mettre en commun, mais être solidaires.

L’assemblée d’Antioche vit donc son dynamisme ecclésial bien différemment de la communauté de Jérusalem. L’initiation chrétienne y est visiblement pensée pour un grand nombre, sans les obliger à une intégration totale. L’enseignement apostolique, le lien avec les non-chrétiens, la communion avec les autres Églises en sont dès le départ des éléments-clés.

Quand on sait la fécondité de « l’école d’Antioche » pour la théologie et la spiritualité lors des controverses christologiques des premiers siècles, on se dit que ce modèle ecclésial a ses lettres de noblesse, tout autant que le premier.

Parler d’assemblée met l’accent sur le caractère catholique de l’Église : ne pas se choisir, être convoqués par un Autre, se recevoir d’une tradition vivante, en communion avec les autres assemblées, dans le temps et dans l’espace? À ce titre, l’importance du territoirepour une paroisse est capitale (comme pour un diocèse): recevoir la mission d’annoncer l’Évangile à toute la population d’un territoire donné oblige à ne pas se choisir à la manière des membres d’un club fermé. Être catholique suppose de vivre une réelle ouverture à l’universel, et le lien avec un territoire géographique (social et culturel) donné est un précieux levier pour cela.
Ces éléments font partie intégrante du programme de l’initiation chrétienne : à ce titre, des assemblées ?ordinaires’ sont des lieux incontournables pour devenir chrétien. 

 

* le service public

Cette notion n’est pas a priori négative, surtout dans la tradition française ! Nous constatons en paroisse que beaucoup viennent nous demander des sacrements, des liturgies, des services, comme on vient demander un papier ou un remboursement au guichet d’un service public, « parce qu’on y a droit ».

C’est la trace, dans l’inconscient collectif, de la période historique où l’Église catholique ‘encadrait’ la vie territoriale, et les grands moments de l’existence. On s’adresse encore à elle, indépendamment de la question de la foi personnelle ou de la pratique religieuse, pour sacraliser une naissance, l’amour humain, la mort.

Au lieu de jeter un regard négatif de soupçon sur cette demande, on peut croire qu’il est possible de la travailler pour qu’elle évolue en un chemin d’inspiration catéchuménale.

Au lieu de disqualifier un réflexe sociologique qui vient de loin, on peut y discerner la chance d’un appel à lancer, d’une expérience à vivre, d’un désir à éveiller. D’autant plus que ce type de demandes constitue encore une interface sociale très large et très nombreuse, véritable ‘champ à moissonner’ qui nous manquerait si nous venions à le dédaigner.
Beaucoup de diocèses par exemple ont fait un tel travail sur la préparation au mariage. Ils ont changé de regard sur les fiancés, et leur proposent désormais un parcours de type catéchuménal, sur six à neuf mois, pour que leur demande de mariage devienne une réponse à l’appel de l’Église.
Nous devons en effet changer notre regard sur les futurs mariés qui s’adressent à l’Église. Baptisés ou non, ils doivent être accueillis comme autant de chercheurs de Dieu. Notre mission est de les accompagner avec l’Évangile pour guide, pour aller avec eux à la rencontre de Dieu présent dans l’expérience d’amour qu’ils sont en train de vivre.

Il y a urgence à prendre en compte tous ces jeunes couples qui s’adressent à l’Église à l’occasion de leur mariage, d’une demande de baptême pour leur enfant, d’une inscription au catéchisme. Le plus souvent, ils ne participent pas à la vie habituelle de nos communautés, mais ils sont en attente d’une Parole qui puisse donner sens à leur vie.

Le but est clair : passer d’une pastorale de l’accueil des personnes et des demandes à une véritable pastorale de la proposition de la foi, dans le cadre d’une prise en charge commune inspirée de la démarche catéchuménale.

Une véritable initiation peut alors être vécue, de façon organique et systématique, en croisant les paroisses, les équipes de préparation au mariage, les ministres ordonnés et d’autres compétences locales (bibliques, témoignages?).

Pourquoi ne pas convertir ainsi notre pastorale pour les autres demandeurs d’un « service religieux » ? (obsèques, parents du caté, du baptême etc…) 

 

* articuler ces trois modes d’ecclésialité

Chacune de ces trois modalités de vie d’Église est légitime : si une communauté vit plutôt selon l’une, elle devra reconnaître et encourager les autres à exister et se développer. Elle évitera d’absolutiser ses choix pastoraux. Elle aura le courage de renvoyer des demandeurs vers d’autres formes ecclésiales si elle ne peut répondre. Un diocèse aura à coeur de tisser des liens et d’articuler les efforts missionnaires entre ces différentes manières d’évangéliser. Un projet pastoral d’ensemble sera utile pour ne pas en marginaliser ni en oublier une. Des instances de communion seront nécessaires pour que chacune se réjouisse et s’enrichisse de ce qui est donné à l’autre.

 

Communauté, assemblée, servie public : à quelle forme d’Église avons-nous besoin de nous ouvrir, personnellement et collectivement là où nous sommes ?

 

 

1ère lecture : Le partage dans la communauté des premiers chrétiens (Ac 4, 32-35)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul c?ur et une seule âme ; et personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en commun. C’est avec une grande force que les Apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et la puissance de la grâce était sur eux tous.
Aucun d’entre eux n’était dans la misère, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix pour le mettre à la disposition des Apôtres. On en redistribuait une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins.

Psaume : Ps 117, 1.4, 16-17, 22-23, 24-25

R/ Éternel est son amour !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! 
Éternel est son amour ! 
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur : 
Éternel est son amour ! 

Le bras du Seigneur se lève, 
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai, 
pour annoncer les actions du Seigneur. 

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs 
est devenue la pierre d’angle ;
c’est là l’?uvre du Seigneur, 
la merveille devant nos yeux. 

Voici le jour que fit le Seigneur, 
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! 
Donne, Seigneur, donne le salut ! 
Donne, Seigneur, donne la victoire !

2ème lecture : Celui qui croit est né de Dieu (1Jn 5, 1-6)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Tout homme qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est vraiment né de Dieu ; tout homme qui aime le Père aime aussi celui qui est né de lui. 
Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements.
Car l’amour de Dieu, c’est cela :garder ses commandements. Ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Et ce qui nous a fait vaincre le monde, c’est notre foi.
Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?
C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : pas seulement l’eau, mais l’eau et le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité.

Evangile : Apparition du Christ huit jours après Pâques (Jn 20, 19-31)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Thomas a vu le Seigneur : il a cru. Heureux celui qui croit sans avoir vu ! Alléluia. Alléluia. (cf. Jn 20,29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

1l y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre.
Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.
Patrick BRAUD

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