L'homélie du dimanche (prochain)

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3 novembre 2012

Simplifier, Aimer, Unir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Simplifier, Aimer, Unir

 

Homélie du 31° Dimanche du temps ordinaire / Année B
04/11/2012

 

 

Il y a trois appels dans cet évangile.

 Trois appels qui tournent autour de 3 verbes :

 

1) SIMPLIFIER

Le 1er appel, c'est un appel à simplifier.

Simplifier beaucoup de choses dans notre vie.

On pose la question à Jésus : « quel est le plus grand commandement ? »

Vous savez sans doute que pour être juif, il faut respecter 613 commandements à la lettre, et ceci de manière pointilleuse, voire scrupuleuse, au point que çà peut en devenir obsessionnel. Et voilà que Jésus simplifie : au lieu de 613 commandements, il va en donner 2 qui n'en font qu'un.

Je crois que c'est une habitude profondément sage : nous sommes appelés à simplifier votre vie, à simplifier notre manière de pratiquer notre foi.

 

Simplifiez votre vie.
C'est à dire : allez à l'essentiel de ce qui vous unit aux autres, ne vous laissez pas arrêter par ce qui est secondaire, parce ce qui n'est finalement que détail.

Simplifier sa vie, cela peut vouloir dire aussi avoir le courage de mener une vie simple, de refuser une vie qui serait trop superficielle ou trop mondaine, où les facilités financières vous entraîneraient à être loin de vous-mêmes.

Avoir le goût des choses simples et ensemble goûter le bonheur simple que Dieu vous donne.

Cela veut dire aussi simplifier votre relation à Dieu.
La foi chrétienne n'est pas compliquée, elle est très simple. Il s'agit de faire confiance ; lorsqu'on aime quelqu'un, au point de lui donner sa vie dans le mariage, c'est la même chose avec Dieu : on peut lui faire confiance et lui remettre sa vie.

Simplifiez votre relation à Dieu pour qu'elle devienne profonde, moins intellectuelle et plus existentielle, plus personnelle.

Simplifiez aussi les relations entre nos Églises.

Quelquefois, entre les Églises, on se perd dans des détails historiques ou des controverses de points virgules ou de points d'exclamation?.

Il nous faut un tissu conjonctif entre nos Églises, des personnes, des familles qui nous redisent que l'essentiel est d'aimer, ou plutôt que l'essentiel c'est de se laisser aimer par quelqu'un de plus grand que nous.

Nous avons besoin d'avoir des « couples mixtes » comme l'on dit dans notre jargon, pour qu'entre les Églises pentecôtiste et catholique, et aussi les autres Églises protestantes ou orthodoxes nous sachions revenir à l'essentiel et simplifier la foi autour de ce qu'il y a de plus fondamental : le Christ, mort et ressuscité, qui nous aime et qui nous ouvre un chemin de vie.

Voilà le 1er appel qui résonne ce Dimanche.

 

Simplifiez, ne vous laissez pas envahir par ce qui est secondaire, restez attachés à ce qu'il y a de plus important… : cela demande un grand discernement.
Savoir discerner ce qui est le plus important pour savoir faire des choix : choix professionnels, choix de maison, choix d'engagements sociaux ou ecclésiaux…

Gardez au c?ur cet appel du Christ qui passe de 613 à 2, c'est dire qui simplifie la Foi.

 

2) « TU AIMERAS »

Le second appel contenu dans ce texte, c'est l'appel du Christ à l'impératif : « Tu aimeras ».
Patrick BraudCe n'est pas : « si tu ressens quelque chose pour l'autre, alors oui, aime le ! »
Ce n'est pas : « écoute ton c?ur battre, suis ton c?ur qui bat et tu verras bien où il t'emmènera ».
C'est l'impératif qui va jusqu'à dire : « choisis d'aimer, aie en toi la volonté d'aimer »,  et d'aimer l'autre même lorsqu'il ne sera plus aimable?

Car il y a des moments – interrogez les vieux couples – où le conjoint / l'ami n'est pas toujours aimable ! Il y a des moments où le conjoint / l'ami fait souffrir. Il y a des moments où le sentiment seul ne suffit pas, où le sentiment sera peut être un peu loin?..
C'est inévitable sur 50 ans, 60 ans de vie commune ou d'amitié.

Aimer, c'est d'abord vouloir aimer ; à la manière du Christ : vouloir aimer.

Le sentiment est utile mais il ne suffit pas pour construire une vie à deux ou pour tenir dans l'amitié. Il faut s'appuyer sur un projet, une construction. Peut être faut-il avoir la même rigueur dans l'amour / l'amitié que celle que vous avez dans votre vie professionnelle. Pour construire un projet, il faut régulièrement s'appuyer sur des bases solides et objectives sur lesquelles on peut revenir.

Tu aimeras… : et cela ira même jusqu'à aimer ses ennemis : preuve que le sentiment n'est pas l'amour…

 

3) UNIR TROIS AMOURS EN UN SEUL

 Le 3èmeappel qui est contenu dans ce texte, c'est l'appel à unir trois Amours en un seul.

 Les 3 amours dont parle le Christ, vous les avez entendus :
« - Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
- Tu aimeras ton prochain ? comme toi-même ».

Simplifier, Aimer, Unir dans Communauté spirituelle fig5-1C'est donc qu'il y a dans l'ordre : l'amour de Dieu, l'amour de soi et l'amour du prochain.
Les deux premiers sont peut être les plus importants car c'est ceux que l'on oublie avec le temps. Par exemple, on croit qu'on se marie parce qu'on aime l'autre. Or on se marie surtout pour aimer l'autre, pour l'aimer mieux, pour l'aimer davantage. Pourquoi ?

Parce qu'il y a d'abord l'ouverture à l'amour de Dieu lui même, l'ouverture à cet amour infini qui dilate en nous notre capacité de nous laisser aimer par quelqu'un plus grand que nous et qui est à la source de tous nos amours humains, de toutes nos amitiés humaines.

« Tu aimeras ton Seigneur ton Dieu »

Si vous avez cette chance – car je crois que c'est une chance – de partager dans votre couple cet amour de Dieu, cette recherche de Dieu, ce désir de Dieu, alors profitez-en au maximum. C'est une chance car il y a beaucoup de couples où un seul membre partage cette recherche.
Quel bonheur, quelle joie, mais aussi quelle force de se tourner à deux vers celui qui est plus grand que nous et de laisser de la place entre nous pour un ami, un compagnon, un sauveur sur notre route.

S'ouvrir à l'infini de Dieu : voilà pourquoi le premier amour est l'amour de Dieu lui-même. Il conditionne quelque part les autres.


L'amour de soi
Il est la fondation de tous les autres amours et de manière paradoxale du second amourqui vient dans l'évangile : l'amour de soi. Plus je laisse Dieu m'aimer, plus je suis réconcilié avec moi-même. Plus je peux m'accepter moi même en vérité.

Vous avez sûrement déjà fait cette expérience, dans votre couple ou dans l'amitié. Lorsqu'on est aimé par quelqu'un, on commence à pouvoir être en paix avec son passé, avec les blessures de son histoire personnelle, avec les blessures de son histoire familiale (et qui d'entre nous n'en a pas ?). Mais aussi grâce aux grandes rencontres, aux grandes joies, aux grands témoins qui ont balisé notre route.

Être en paix avec soi-même, s'aimer soi-même grâce à l'amour que Dieu, nous porte.

Il est illusoire de croire que l'on peut aimer l'autre si l'on ne peut pas s'aimer soi-même. Vous le savez bien : beaucoup de couples se divisent et se séparent parce qu'ils n'ont pas résolu leurs propres questions personnelles. Ils croyaient utiliser l'autre pour mieux trouver la paix ; et puis l'instrumentalisation de l'autre débouche tôt ou tard sur une déception ou sur une désillusion. Seule la réconciliation avec soi-même permet d'aimer l'autre en vérité. Ce travail n'est pas fini avec le mariage, il continue à partir de là.

 

L'amour du prochain

Et enfin bien sûr, ces deux amours convergent vers l'amour du prochain.
Aimer son prochain surtout quand il n'est pas aimable. Et le prochain est très concrètement celui à côté de qui on vit (quartier, travail, famille) : il est trop facile d'être humaniste pour les grandes causes lointaines et de ne pas voir ceux qui sont à côté.

Aimer son prochain jusqu'au pardon.
Aimer son prochain comme Dieu aime ; et Dieu est sans doute le plus court chemin pour aller vers l'autre.
Aimer à la manière du Christ et nous allons le signifier dans l'eucharistie??
Lui, Il verse son sang pour l'autre ; Lui, il livre son corps pour l'autre.
Vous êtes appelés vous aussi à verser votre sang, à livrer votre corps pour que l'autre vive, pour que l'autre ait en plénitude, la joie promise par le Christ.

 

Simplifiez votre vie, osez conjuguer le verbe aimer à l'impératif et unissez les trois amours : Amour de Dieu, Amour de Soi, Amour de l'Autre.

Par l'eucharistie, le Christ nous donne la force de devenir les témoins de ce que :
- la communion est possible entre nous.
- la communion est possible entre nos Églises, entre religions différentes.
- la communion c'est Dieu lui même qui se donne, dans le respect de la différence et en même temps dans la proximité, pour devenir inséparables.

Puissions-nous devenir ainsi des signes de cet amour finalement trinitaire : être unis tout en respectant les différences.

C'est ce que Dieu vit en lui-même : le Père et le Fils, dans le baiser commun qui est l'Esprit.

 

Puissions-nous aller boire à la source de cet amour et en devenir des signes vivants.

 

1ère lecture : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » 

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël :
« Tu craindras le Seigneur ton Dieu. Tous les jours de ta vie, toi, ainsi que ton fils et le fils de ton fils, tu observeras tous ses commandements et ses ordres, que je te prescris aujourd’hui, et tu auras longue vie.

Israël, tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t’apportera bonheur et fécondité, dans un pays où ruissellent le lait et le miel, comme te l’a promis le Seigneur, le Dieu de tes pères.

Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c?ur, de toute ton âme et de toute ta force.

Ces commandements que je te donne aujourd’hui resteront dans ton c?ur. »

 

Psaume : 118, 97.99, 101-102, 103-104, 105-106

R/ Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c?ur, et tu auras la vie.

De quel amour j’aime ta loi :
tout le jour je la médite !
Je surpasse en sagesse tous mes maîtres,
car je médite tes exigences.

Des chemins du mal, je détourne mes pas, 
afin d’observer ta parole. 
De tes décisions, je ne veux pas m’écarter, 
car c’est toi qui m’enseignes. 

Qu’elle est douce à mon palais ta promesse : 
le miel a moins de saveur dans ma bouche ! 
Tes préceptes m’ont donné l’intelligence : 
je hais tout chemin de mensonge. 

Ta parole est la lumière de mes pas, 
la lampe de ma route. 
Je l’ai juré, je tiendrai mon serment, 
j’observerai tes justes décisions.

 

2ème lecture : « Le sacerdoce qui ne passe pas » (He 7, 23-28)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Dans l’ancienne Alliance, un grand nombre de prêtres se sont succédé parce que la mort les empêchait de durer toujours.

Jésus, lui, puisqu’il demeure éternellement, possède le sacerdoce qui ne passe pas.

C’est pourquoi il est en mesure de sauver d’une manière définitive ceux qui s’avancent vers Dieu grâce à lui, car il vit pour toujours, afin d’intercéder en leur faveur.

C’était bien le grand prêtre qu’il nous fallait : saint, sans tache, sans aucune faute ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux.

Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même.

Dans la loi de Moïse, ce sont des hommes remplis de faiblesse qui sont désignés comme grands prêtres. Mais plus tard, quand Dieu s’engage par serment, il désigne son Fils qu’il a pour toujours mené à sa perfection.

 

Evangile : Les trois amours (Mc 12, 28b-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Dieu est amour. Celui qui aime est né de Dieu : il connaît Dieu. Alléluia. (1 Jn 4, 8.7)


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? »

Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c?ur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as raison de dire que Dieu est l’Unique et qu’il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son c?ur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. »

Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger. 

Patrick Braud

31 octobre 2012

Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas

 

Homélie pour la fête de la Toussaint / Année B
01/11/2012

 

« Je crois à la communion des saints ».

Une ligne dans le Symbole des Apôtres que nous proclamons souvent le dimanche. Une ligne qui prend tout son sens en cette fête de tous les saints.

En effet, quel est l’impact pour chacun de cette communion des saints qui est à l’origine de ce jour férié ?

 

Et d’abord, qui sont les saints que nous fêtons ?

La liturgie oriente notre regard vers la « foule immense » que nul ne peut dénombrer, la foule de ceux et celles qui sont déjà dans l’intimité du Dieu vivant (Apocalypse 7, 2-14). La piété populaire nous fait regarder vers les amis de Dieu vénérés localement (saint Antoine de Padoue, si populaire, mais aussi sainte Rita, sainte Thérèse, et tant d’autres figures de sainteté dont les statues sont toujours garnies de fleurs dans nos églises).

La Bible orienterait plutôt notre regard vers les visages de notre assemblée, de nos Églises. Car les « saints » dont parle l’Écriture sont d’abord les membres du peuple de l’Alliance pour l’Ancien Testament, et les baptisés des assemblées locales dans le Nouveau Testament.

Paul est sans doute celui qui fait le plus souvent usage du mot « saints » pour désigner les fidèles d’une Église locale : les « convoqués saints » de l’Église de Rome (Rm 1,7) ; les « saints » qui sont à Éphèse (Ep 1,1), à Philippe (Ph 1,1), à Colosses (Col 1,1) ; les « saints » de Corinthe au service desquels se sont mis Stéphanas et les siens (1Co 16,15-18) ; les « saints » à qui les veuves lavent les pieds (1 Ti 5,10) suivant l’exemple du Christ au soir du Jeudi saint ; « les saints et les guides » des communautés judéo-chrétiennes (He 13,24).

Dans les Actes des Apôtres, Ananie a entendu parler du mal que Saul faisait aux « saints » de Jérusalem (Ac 9,13 ; 26,10).  « Pierre, qui passait partout, descendit également chez les saints qui habitaient Lydda » (Ac 9,32). Et lorsqu’il relève Tabitha, il la présente aux « saints » de Lydda (Ac 9,41).

Toussaint d'en-haut, Toussaint d'en-bas dans Communauté spirituelle voyage_paul_3bis

Plus encore, le terme employé par Luc pour désigner la collecte organisée en faveur de l’Église de Jérusalem en détresse matérielle est le mot koïnonia=communion. Faite pour aider les « saints » de Jérusalem, cette collecte est donc la première ?communion des saints’ concrètement réalisée entre Églises : « La Macédoine et l’Achaïe ont trouvé bon de faire une collecte (koïnonia) pour les pauvres des saints à Jérusalem » (Rm15,26).

Sans exclure – loin de là – la formidable puissance d’intercession qui réside dans la communion avec les saints de l’au-delà, la Toussaint peut également nous inviter à bâtir une communion entre les saints de l’ici-bas, à compter sur ce formidable soutien pour traverser « la grande épreuve » (Ap 7,13) de nos vies.

Il y a – il devrait y avoir – entre les membres de nos assemblées de tels liens de fraternité, de soutien mutuel, d’appui réciproque que la communion entre nous est ? devrait être - quelque chose de palpable, de physique, de visible. Lorsque par malheur cette communion n’existe pas, lorsque l’anonymat prévaut, lorsque chacun ne prie que pour soi ou n’agit pas pour les autres, alors le témoignage ecclésial est abîmé, blessé. Si l’assemblée ne ressemble pas à une petite Toussaint d’en-bas, alors il ne faut pas s’étonner que les parents du catéchisme n’y reviennent pas, que les jeunes la désertent, qu’elle soit placée au rang de survivance folklorique d’un passé révolu.

 

La Toussaint d’ici-bas, c’est le verre de l’amitié à la sortie pour que nul ne ressorte sans une parole ou un geste fraternel ; c’est l’intention de prière où on laisse la parole à celui qui est concerné plutôt que de prier sur lui avec condescendance ; c’est la promesse d’une visite, d’une prière en écho à une confidence ; c’est l’invitation à rejoindre tel petit groupe biblique liturgique ou d’entraide ; ce sont des liens finalement si forts de dimanche en dimanche qu’ils en finissent par être plus forts que le temps et l’espace.

Cette communion-là est un témoignage vivant rendu à l’Esprit Saint. « Voyez comme ils s’aiment » (cf. Jn 13,35). Ne pas pratiquer ces liens-là entre nous (entre les « saints »), c’est peut-être ce que Jésus appelait le péché contre l’Esprit.

Car c’est à l’intérieur du troisième article du Credo, celui consacré à la foi au Saint Esprit, que vient la confession de foi en la communion des saints. D’ailleurs, en latin, on ne peut croire qu’en Dieu (credo in unum Deum / in unum Dominum Jesum Christum / in Spiritum sanctum) alors qu’on croit à l’Église, à la communion des saints (credo ecclesiam). C’est donc que les liens qui existent entre tous les saints sont les fruits de l’Esprit Saint, relation personnelle unissant le Père et le Fils. Parce que nous sommes le Temple de l’Esprit Saint, personnellement et collectivement, la Toussaint est une fête pour maintenant et pour demain, unissant les membres de l’assemblée historique aux membres de l’assemblée ultime que décrit l’Apocalypse.

 

La Toussaint d’en-haut nourrit celle d’en-bas, qui la reflète et l’anticipe. C’est du moins la vocation de nos assemblées…

Sommes-nous à la hauteur de cette vocation ?

Croyons-nous assez à la communion des saints de l’aujourd’hui ?

 

Celui qui aura éprouvé la force que donne la prière invisible d’autres pour lui témoignera : oui, j’ai été porté, soutenu dans l’épreuve par le courant d’intercession de ceux qui importunaient Dieu en ma faveur (cf. la parabole de la veuve importune en Lc 18, 1-8).

Celui qui aurait été secouru, grâce à l’assemblée, par l’écoute gratuite, par la solidarité en actes, témoignera : oui la solitude et la précarité ont reculé dans ma vie grâce à l’intervention de quelques-uns.

Celui qui à des milliers de kilomètres de là se sait soutenu devant la persécution, la justice ou la haine grâce à l’engagement de prière ou d’opinion publique de groupes comme l’ACAT, le CCFD où l’AED témoignera : oui, il y a des gens en communion avec moi très loin d’ici qui sont pour moi « un frère, une soeur, une mère » (Mt 12,49).

e4004a4d communion dans Communauté spirituelle 

Alors, fêtons la Toussaint avec enthousiasme !

Célébrons la douceur de vivre unis à cette foule immense de tous les temps et de tous les espaces, à commencer par le nôtre.

Et que jamais la Toussaint d’en-haut ne vienne nous dispenser de la Toussaint d’en-bas, au contraire !

 

1ère lecture : La foule immense des rachetés (Ap 7, 2-4.9-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de dévaster la terre et la mer : « Ne dévastez pas la terre, ni la mer, ni les arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. 

Après cela, j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! »

Tous les anges qui se tenaient en cercle autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »

L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »

Je lui répondis : « C’est toi qui le sais, mon seigneur. » Il reprit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. »

Psaume : 23, 1-2, 3-4ab, 5-6

R/ Voici le peuple immense de ceux qui t’ont cherché.

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots. 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur 
et se tenir dans le lieu saint ? 
L’homme au c?ur pur, aux mains innocentes, 
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, 
et de Dieu son Sauveur, la justice. 
Voici le peuple de ceux qui le cherchent,
qui recherchent la face de Dieu !

2ème lecture : Nous sommes enfants de Dieu et nous lui serons semblables (1 Jn 3, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu ? et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu’il n’a pas découvert Dieu.

Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est. Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

Evangile : Les Béatitudes (5, 1-12a)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Venez au Seigneur, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau : il vous donnera le repos. Alléluia. (cf. Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :

« Heureux les pauvres de c?ur : le Royaume des cieux est à eux !

Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !

Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !

Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !

Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu !

Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !

Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »
Patrick Braud

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20 octobre 2012

Donner sens à la souffrance

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Donner sens à la souffrance

Homélie du 29° dimanche ordinaire / Année B
21/10/12

« Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur » (Es 53,10).

Tous ceux qui ont été à un moment donné de leur histoire « broyés par la souffrance » se demanderont comment on peut plaire au Seigneur lorsqu’on est défiguré par la souffrance ! Que ce soit la douleur physique qui tord le corps au plus intime, la souffrance morale de la solitude, de la séparation, ou la déchirure intérieure devant un échec absolu, qui pourrait faire l’éloge de ces moments affreux ?

Le jansénisme du XVI° siècle, le dolorisme du XX° ont bien essayé, mais heureusement nous ne pouvons plus les suivre aujourd’hui.

Prétendre que la souffrance rapproche de Dieu nous révolte ; à juste titre, car le Serviteur en personne  (le servant leader) qu’est Jésus nous révèle justement une autre voie. « En toutes choses, il a connu l’épreuve comme nous, et il n’a pas péché » (He 4,14-16). Ce n’est donc pas l’épreuve qui a de la valeur, mais le fait de ne pas pécher dans l’épreuve.

 

Que serait « pécher dans l’épreuve » ?

Ce n’est pas le combat pour échapper à la souffrance, car le Christ l’a mené, pour soulager celle de ses contemporains (malades, possédés, exclus).

Ce n’est pas le débat intérieur où le doute se mêle à la foi, car le Christ a connu ce débat à Gethsémani (« que cette coupe s’éloigne de moi »).

Ce n’est pas non plus la révolte et l’indignation, du moment qu’elle ne rompt pas le dialogue avec Dieu, car le Christ lui-même a crié sur la croix (« mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »).

Pécher dans l’épreuve serait plutôt se laisser vaincre par elle, c’est-à-dire nous détourner de notre vocation la plus profonde.

L’évangile de ce dimanche nous dit que la vocation du Christ est d’être le Serviteur par excellence (Mc 10,35-45), et lui-même veut nous donner d’avoir part à son service. « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ». La souffrance gagne sur nous lorsqu’elle nous fait croire que nous ne pouvons plus être serviteurs, que nous serions devenus inutiles. « Je ne sers plus à rien » est l’une des plaintes qui traduisent le désespoir des malades.

« La société n’a pas besoin de moi » est l’amer constat des chômeurs ou des exclus. « Plus personne n’attend rien de moi » est le sentiment d’abandon qui engendre tant de solitude chez les personnes âgées.

Ne plus servir à rien est profondément déshumanisant.

Bien sûr, « ceux que l’on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir ». Mais ils ignorent qu’au plus profond d’eux-mêmes existe la soif de servir, plus réelle que les envies de domination qui les tiennent en esclavage.

Si « le Fils de l’homme est venu pour servir et non pour être servi », c’est donc qu’il en est de même pour chacun de nous, créé à son image. Comme l’écrivait si bien le poète hindou Rabrindranath Tagore : « Je dormais et je rêvais que la vie n’était que joie. Je m’éveillais et je vis que la vie n’est que service. Je servis et je compris que le service est joie ».

Or l’épreuve – quelle qu’elle soit – cherche à nous détourner de notre vocation au service. Elle veut nous réduire à n’être plus qu’un ayant-droit : aide médicale, aide sociale, aide compassionnelle… C’est bien ce qu’on commence à reprocher sans oser le dire à des êtres handicapés par exemple : ils n’auraient pas dû naître car ils ne pourront apparemment pas être utiles à la société ; au contraire, ils sont une charge inutile, un fardeau insupportable. Bientôt on le dira aux personnes âgées… C’est du moins ce qu’on voudrait nous faire croire. Car quiconque a eu dans sa famille des enfants handicapés sait quelle saveur d’humanité, quelle lumière nouvelle ils apportent à tous ceux qui les approchent, rien que par leur présence. Cela ne supprime en rien la douleur ou le poids énorme que cet handicap fait peser sur les parents, sur les frères et soeurs. Mais reconnaître aux personnes handicapées la capacité d’être eux aussi des serviteurs transforme ceux qui sont à leur contact.

Un chef d’entreprise – une PME – confiait récemment avoir embauché une personne en fauteuil roulant, pour satisfaire au quota légal de 6% de travailleurs handicapés, afin d’éviter de payer l’amende légale… Quelques mois après, il racontait comment l’accueil de ce salarié pas comme les autres avait transformé l’ambiance au travail dans les équipes. Les collègues devenaient plus attentifs, plus humains, et se mettaient à parler eux-mêmes de leur faiblesse. Bref, il se disait finalement qu’il avait fait une bonne affaire ! En fait, il avait juste rendu à cette personne handicapée son rôle social, dû à chacun : pouvoir être utile à d’autres, apporter sa compétence, son intelligence, et son handicap comme autant de manières d’être au service des autres.

La Bonne Nouvelle est alors d’annoncer à ceux qui sont dans l’épreuve qu’ils peuvent donner un sens à ce qui leur arrive (même s’il faut du temps pour y arriver). La vraie charité n’est pas d’abord de les plaindre, de les aider, mais de leur proposer de devenir utiles autrement, serviteurs à leur manière. On se souvient que lorsqu’un SDF avait demandé de l’aide à l’Abbé Pierre (après une tentative de suicide) au moment où il créait les compagnons d’Emmaüs, l’abbé ne lui avait rien donné mais lui avait dit : « viens me donner un coup de main, on a besoin de toi ».

Les témoignages sont légion de ceux qui, broyés par la souffrance, ont réussi à la traverser en en faisant une source de services des autres.

C’est Martin Gray perdant sa femme et ses enfants dans un incendie et témoignant de son amour de la vie, « au nom de tous les miens ».

C’est tant de parents frappés par le malheur innocent d’un enfant : accident, suicide, drogue, maladie. Au lieu de se laisser anéantir, ils ont réagi en fondant une association pour accompagner et soutenir ceux qui sont confrontés à une épreuve semblable.

C’est le secret des premiers martyrs chrétiens tout au long des trois premiers siècles : ne pas laisser gagner la fureur meurtrière de la foule des jeux du cirque, mais pardonner à ses bourreaux, aimer ses ennemis qui vous traitent moins dignement que leurs bêtes. Les martyrs serviront la société romaine et l’aideront à abandonner son goût pour le meurtre. Etc.

Quand l’épreuve arrive, elle coupe le souffle, elle tétanise, elle fait frôler la mort. Le Christ, en nous associant à son baptême et à sa coupe, nous donne de tenir bon dans l’épreuve, sans nous laisser vaincre par elle. Lui – le Serviteur - ouvre un horizon à notre souffrance. Nous ne savons pas pourquoi l’épreuve arrive, mais nous pouvons deviner vers quoi elle peut nous conduire, pour quoi (en deux mots) elle nous arrive.

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Donner sens à la souffrance permet de ne plus se lamenter en regardant toujours en arrière, pour trouver des coupables ou pour accuser Dieu (qui n’y est pour rien le pauvre !).

Donner sens à la souffrance nous tourne vers demain : que puis-je faire de ce qui en ce moment broie ma vie ?

Le Christ sur la croix lui a donné le sens de l’abandon filial et de l’amour des ennemis. Il a ainsi été le Serviteur, jusqu’au bout. Assimilé à un criminel pour les Romains, à un maudit pour les juifs, il a annoncé à tous les damnés de la terre que leur exclusion n’est pas stérile, qu’ils peuvent faire de leur épreuve un service de toute l’humanité.

Utopique ?

Non : terriblement efficace.

 

À nous d’en témoigner en parole et en actes : la souffrance n’est pas le dernier mot de l’épreuve. Le dernier mot, c’est le service.

Et nul n’est si éprouvé qu’il ne puisse devenir serviteur des autres, pour peu qu’on lui en donne les moyens.

 

 

1ère lecture : « Mon serviteur justifiera les multitudes » (Is 53, 10-11)

Lecture du livre d’Isaïe

Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. Mais, s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours : par lui s’accomplira la volonté du Seigneur.
À cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu’il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés.

 

Psaume : 32, 4-5, 18-19, 20.22

R/ Seigneur, ton amour soit sur nous, comme notre espoir est en toi !

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent, 
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort, 
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur : 
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous 
comme notre espoir est en toi !

2ème lecture : Le grand prêtre compatissant (He 4, 14-16)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi.
En effet, le grand prêtre que nous avons n’est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il a connu l’épreuve comme nous, et il n’a pas péché.
Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

Evangile : Le Fils de l’homme est venu pour servir (brève : 42-45) (Mc 10, 35-45)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Fils de l’homme est venu pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Alléluia. (Mc 10, 45)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande. »
Il leur dit : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? »
Ils lui répondirent : « Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. »
Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? »
Ils lui disaient : « Nous le pouvons. » Il répond : « La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder, il y a ceux pour qui ces places sont préparées. »
Les dix autres avaient entendu, et ils s’indignaient contre Jacques et Jean.
Jésus les appelle et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir.
Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur.
Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Patrick Braud

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6 octobre 2012

Le mariage et l’enfant : recevoir de se recevoir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 00 min

Le mariage et l’enfant : recevoir de se recevoir

Homélie du 27° Dimanche ordinaire / Année B
07/10/2012

APPRENDRE À RECEVOIR

Un passage très célèbre sur le mariage (« ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas »), et juste après un autre passage, non moins célèbre (« laissez les enfants venir à moi »), mais complètement différent.

Pourquoi Luc l’évangéliste a-t-il mis ces deux passages l’un à côté de l’autre ? Est-ce un pur hasard de rédaction ? Ou y aurait-il un lien entre le mariage et l’enfant (autre que le lien naturel de la procréation) ?

Explorons cette deuxième hypothèse.

Le premier passage parle de la réussite du mariage. Comment peut-on réussir à garder le même conjoint toute une vie durant ? Même les pharisiens n’y croient qu’à moitié : devant tout le monde, s’ils posent la question du divorce, c’est qu’ils y sont confrontés de près. Les disciples eux-mêmes interrogeront à nouveau Jésus sur cette question « de retour à la maison ». C’est donc qu’ils n’avaient pas compris sa réponse, ou n’était pas persuadés de son bien-fondé.

Le deuxième passage parle de l’accueil.
Un double accueil : l’accueil des enfants, et l’accueil du royaume de Dieu à la manière des enfants qui savent accueillir.
Car, contrairement aux idées reçues, Jésus ne vante pas ici une soi-disant innocence des enfants, mais leur extraordinaire capacité à accueillir. C’est parce qu’ils ouvrent leurs bras et leurs coeurs sans restriction pour recevoir ce que les adultes leur donnent que les enfants peuvent nous apprendre à recevoir d’eux-mêmes le royaume de Dieu. L’injonction de leur ressembler (« le royaume de Dieu est à ce qui leur ressemblent ») n’a rien de romantique, ni de régressif : c’est l’appel à savoir recevoir.

En accueillant des enfants qui savent accueillir, nous serons nous-mêmes à bonne école pour accueillir à notre tour ce qui nous est donné (par la vie, par les autres, par Dieu).

Peut-être cette attitude fondamentale d’accueil est-elle la clé de la réussite du mariage évoquée plus haut ?

Car l’indissolubilité du mariage est au-dessus de nos seules forces humaines, semblent dire les pharisiens et les disciples. C’est vrai leur répond Jésus ; c’est pourquoi si vous n’accueillez pas la capacité de durer des mains de Dieu lui-même, vous n’entrerez pas dans la promesse faite au mariage.

Dans le débat actuel sur le mariage civil homosexuel, et dans le contexte où le PACS a déjà supplanté le mariage, sans oublier qu’un mariage sur deux se termine par un divorce, on mesure ce que la parole du Christ a d’exigeant et de libérant tout à la fois.

Si vous vous basez sur la foi chrétienne, si vous avez le désir de recevoir de Dieu la grâce de la durée, alors vous pourrez accueillir la joie d’une vie entière placée sous le signe de la communion de deux êtres. Si vous vous basez sur vos sentiments, votre volontarisme ou vos seules forces humaines, si vous voulez prendre au lieu d’accueillir, alors il y a des chances pour que cela ne dure pas 50 ans…

L’essentiel serait donc de recevoir.

Humblement recevoir comme un enfant. Recevoir de Dieu la force d’accueillir son mari/sa femme pour toute la vie.

Et si grandir, c’était d’abord recevoir ?

On a réduit l’amour à l’acte de donner. On nous chante qu’aimer c’est donner sans retour (F. Pagny, P. Obispo?) ; le Téléthon nous invite à donner notre argent par solidarité (et nous culpabilise si le record n’est pas dépassé !) ; les parents se croient obligés de donner beaucoup de cadeaux à leurs enfants pour montrer leur amour (j’ai entendu à la radio qu’on dépense environ en moyenne 249 euros par enfant lors des fêtes de Noël? ? mais est-ce encore Noël ?)? N’oublie-t-on pas quelque chose de plus fondamental, en amont du don : savoir recevoir ?

Recevoir le vie avant de la donner ; recevoir ce que Dieu veut me donner avant de me prendre pour Dieu ; recevoir ma famille, mon métier comme un cadeau de l’existence ; recevoir mon corps même ? tel qu’il est ? recevoir mon histoire personnelle ? telle qu’elle est ? pour m’aimer en vérité.

L’évangile de Noël nous met sur la piste : « il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Lc 2,7). La crèche, la mangeoire et l’étable ne sont pas des guirlandes roses pour endormir les enfants : ce sont le symboles de l’exclusion des hommes, si durs, si orgueilleux que bien souvent ils refusent de recevoir l’amour qui leur offert. « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1,11)? Autrement dit, l’enfant fragile mis à l’écart relève plus ? hélas ? de la logique du « Maillon faible » que celle de « Star Académie » !

Et si le premier appel à lancer était l’invitation à accepter de recevoir ??

 

SE RECEVOIR

Accepter de recevoir, c’est déjà beaucoup. Mais la croissance humaine de Jésus nous Le mariage et l'enfant : recevoir de se recevoir dans Communauté spirituelle p_2020_110308130853_250entraîne encore plus loin. Il ne reçoit pas seulement la vie. Il se reçoit lui-même, sans cesse. Jésus n’a jamais voulu se suffire à lui-même ; il ne croit pas à la sacro-sainte indépendance d’aujourd’hui, qui tourne si vite à l’individualisme ou à la solitude. Lui sait que pour devenir un homme, une femme, il faut accepter de se recevoir des autres, de ceux que l’on rencontre, qui nous façonnent, qui nous blessent, qui nous font grandir en humanité. Lui sait que recevoir de Dieu son identité la plus intime n’est pas humiliant, bien au contraire : il a l’humilité de recevoir de Dieu sa vocation, sa mission, son existence, le but de sa vie, sa raison de vivre la plus vraie (cf. Jn 4,34 ; 14,10 ; 16,32 …). C’est pour cela qu’il ose appeler Dieu « Abba » = Père, papa ! C’est pour cela que par analogie nous l’appelons « Fils de Dieu » parce qu’il se reçoit continuellement d’un Autre que lui-même, et qu’il puise sa joie à devenir lui-même en se recevant d’un Autre qui l’aime. Tout le contraire du repli sur soi ! Tout le contraire de l’in-dépendance où je voudrais ne rien devoir à personne. L’enfant de la crèche – tout comme le crucifié abandonné – sait qu’il y a des liens d’amour sans lesquels nous ne pourrions pas devenir ce que nous sommes.

La communion d’amour trinitaire à laquelle nous sommes tous appelés n’est-elle pas le dynamisme le plus intime à la vie de Dieu : se recevoir ?

Et si l’appel à la vie divine passait par l’appel à se recevoir ??

 

RECEVOIR DE SE RECEVOIR?

Recevoir, se recevoir?

Franchissons encore une étape, au risque de nous perdre : et si grandir, c’était recevoir de se recevoir ? ?

Car il y a un piège : je pourrais croire que j’y arriverai tout seul (à me recevoir des autres). On essaie d’ailleurs de nous inculquer qu’en serrant les dents, en n’en parlant à personne et à la seule force des poignets, on devrait pouvoir surmonter les difficultés de la vie. Combien c’est illusoire !

La capacité de me recevoir, je la reçois elle aussi ; comme un enfant reçoit la vie et plus tard la capacité de la donner, le langage et la capacité de se laisser éduquer à la parole, l’amour et la capacité de se laisser aimer.

Prenez l’image des bateaux qui naviguent en flottilles : ils sont les symboles de notre traversée de l’existence, de nos voyages intérieurs, des tempêtes essuyées, des longs bords paisibles où nous avons taillé la route vers Dieu? Le Christ n’est pas le vaisseau amiral ni le vaisseau pilote de cette flottille : non, il s’invite à bord de chaque bateau, pour être notre mât, notre gouvernail, pour que l’Église soit notre équipage et l’Esprit le vent dans nos voiles. Si le Christ n’était que le navire de tête, ce serait désespérant, car je n’arriverais jamais à l’imiter et à le suivre par moi-même : il est bien trop fort pour moi ! Si le Christ embarque à mon bord, s’il devient ma boussole, mon gréement, alors tout devient possible?

Il est à bord de nos vies, pour nous ouvrir au don de Dieu, jour après jour. C’est ce que nos chantons au sommet de la prière eucharistique : « par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit ? ». Par le Christ, avec le Christ et en Christ, nous devenons peu à peu ce que nous sommes réellement : enfants de Dieu, dans le Fils unique.

Fils et filles de Dieu, c’est-à-dire : faits pour se recevoir dans l’amour, comme des enfants devraient pouvoir se recevoir de leur parents. Enfants de Dieu, en faisant Corps avec Celui qui ne cesse de se recevoir, et nous entraîne ainsi dans l’offrande qu’il fait de lui-même à son Père.

Nous sommes davantage le satellite accroché au dos de la fusée Ariane que le pétard mouillé bricolé au fond du jardin, et qui voudrait toucher le ciel en ne comptant que sur lui?

Recevoir, se recevoir, recevoir de se recevoir : en réfléchissant à l’appel qui est constitutif de la personne humaine, n’oublions pas que le plus beau cadeau à faire à quelqu’un, à tout âge, c’est désirer se recevoir de lui ?

Éduquer, c’est en ce sens initier l’autre à la joie de cette dépendance d’amour ? et non fabriquer des adultes auto-suffisants.

Et si c’était l’enjeu de toute eucharistie : recevoir du Christ la capacité de nous recevoir de Dieu lui-même ??

 

1ère lecture : Origine du mariage (Gn 2, 18-24)

Lecture du livre de la Genèse

Au commencement, lorsque le Seigneur Dieu fit la terre et le ciel, il dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra. »
Avec de la terre, le Seigneur Dieu façonna toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les amena vers l’homme pour voir quels noms il leur donnerait. C’étaient des êtres vivants, et l’homme donna un nom à chacun.
L’homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde.
Alors le Seigneur Dieu fit tomber sur lui un sommeil mystérieux, et l’homme s’endormit. Le Seigneur Dieu prit de la chair dans son côté, puis il le referma.
Avec ce qu’il avait pris à l’homme, il forma une femme et il l’amena vers l’homme.
L’homme dit alors : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes oset la chair de ma chair ! On l’appellera : femme. »
À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.

Psaume : 127, 1-2, 3, 4.5c.6a

R/ Que le Seigneur nous bénisse tous les jours de notre vie !

Heureux qui craint le Seigneur
et marche selon ses voies !
Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! À toi, le bonheur !

Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.

Voilà comment sera béni
l’homme qui craint le Seigneur.
Que le Seigneur te bénisse tous les jours de ta vie,
et tu verras les fils de tes fils.

2ème lecture : Jésus, notre Sauveur et notre frère (He 2, 9-11)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Jésus avait été abaissé un peu au-dessous des anges, et maintenant nous le voyons couronné de gloire et d’honneur à cause de sa Passion et de sa mort. Si donc il a fait l’expérience de la mort, c’est, par grâce de Dieu, pour le salut de tous.
En effet, puisque le créateur et maître de tout voulait avoir une multitude de fils à conduire jusqu’à la gloire, il était normal qu’il mène à sa perfection, par la souffrance, celui qui est à l’origine du salut de tous.
Car Jésus qui sanctifie, et les hommes qui sont sanctifiés, sont de la même race ; et, pour cette raison, il n’a pas honte de les appeler ses frères.

Evangile : L’indissolubilité du mariage ? L’accueil des enfants (brève : 2-12) (Mc 10, 2-16)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Si nous demeurons dans l’amour, nous demeurons en Dieu : Dieu est amour. Alléluia. (cf. 1 Jn 4, 16

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Un jour, des pharisiens abordèrent Jésus et pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? »
Jésus dit : « Que vous a prescrit Moïse ? »
Ils lui répondirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. »
Jésus répliqua : « C’est en raison de votre endurcissement qu’il a formulé cette loi.
Mais, au commencement de la création, il les fit homme et femme.
À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un.
Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! »
De retour à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question.
Il leur répond : « Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d’adultère envers elle.
Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d’adultère. »

On présentait à Jésus des enfants pour les lui faire toucher ; mais les disciples les écartèrent vivement.
Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent.
Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. »
Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
Patrick Braud

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