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7 mai 2011

Béatification de Karol Wojtyla : trois acquis de Jean-Paul II

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Béatification de Karol Wojtyla :

trois acquis de Jean-Paul II


Homélie pour le 3° Dimanche de Pâques / Année A

08/05/2011

 

L'événement est immense : la béatification de Jean-Paul II dimanche dernier 1° Mai 2011 Béatification de Karol Wojtyla : trois acquis de Jean-Paul II dans Communauté spirituelle 82707489jean-paul-ii-jpg (fête de St Joseph travailleur et jour des défilés ouvriers : tout un symbole) aura eu un écho énorme, et pas seulement dans les anciens pays de l'Est qu'il a contribué à libérer du joug communiste. Des émissions rétrospectives fort bien faites où un quart de siècle de notre histoire défilait sous nos yeux avec le visage de Karol Wojtyla avaient préparé ce rendez-vous.

 

Je voudrais vous partager trois caractéristiques de ce pontificat, trois traits marquants qui me semblent toujours pertinents pour notre époque :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Une « mondialisation du bien »

(L’expression est de Jacques Attali)

philippines-jean-paul2 dans Communauté spirituellePour beaucoup, la mondialisation galopante est synonyme de dangers, de menace : menace de délocalisation, d’immigrations non contrôlées, de pertes d’identité?


Il y avait à l'époque trois champions de la mondialisation qui marquaient les esprits : Ben Laden et la mondialisation du terrorisme, Bush et la mondialisation du marché? et presque à l’inverse, Jean-Paul II qui symbolisait l’aspiration à une autre mondialisation, celle
du bien.
Ses pèlerinages planétaires, ses visites dans toutes les cultures et toutes les langues (sauf la Chine ! et la Russie?), ses paroles de paix et de réconciliation pour tous les peuples ont soulevé un immense espoir que le monde devenu village pouvait aussi s’unifier sur le dialogue, le respect mutuel, et pas seulement sur l’économique ou la violence.

2. Une réhabilitation de l’émotion

(C’est Max Gallo qui fait ce commentaire)

Avant Jean-Paul II, (souvenez-vous notamment de Paul VI sur la fin), l’Église était sur une pente très rationnelle, mais desséchée ; une liturgie qui devenait très intellectuelle, mais inaccessible et desséchante.

Il était de bon ton de se méfier de l’émotion, du corps, et on parlait beaucoup, longtemps?
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Les rassemblements et les liturgies de Jean-Paul II sont devenues très physiques : des danses, des applaudissements, des costumes locaux (de la coiffe indienne aux fourrures esquimaudes !), des images fortes (avec les enfants, les malades, son assassin Ali Agça?)? On retrouvait cette évidence : le catholicisme n’est pas qu’une religion de la parole, mais aussi de la chair.

Ou plutôt de la Parole qui s’est faite chair, de la chair qui devient parole.

L’émotion physique qui parcourait les foules réunies autour de lui nous a donné des idées dans nos diocèses : JMJ locales, assemblées plus vivantes qui osent bouger, danser, applaudir, des choses à voir, à sentir, à toucher, et pas seulement à comprendre.

En Amérique du Sud ou en Afrique, l’annonce de l’Évangile demande de parler au corps, de susciter le rire, les pleurs, le silence, l’explosion de joie. Et la foule de St Pierre de Rome, en criant « Santo subito » (qu’il soit saint tout de suite) ou « Giovanni Paulo » en tapant des mains, montrait un catholicisme joyeux, populaire, simple.

 

Pensez aux gestes qui ont marqué ce pontificat: embrasser le sol à la descente d’avion, embrasser un enfant sidéen à St Pierre de Rome dans les années 80, prier à genoux en silence devant la grotte de Lourdes, glisser un billet dans le Mur du Temple à Jérusalem, aller dans la prison d’Ali Agça?


 le-pape-au-mur-des-lamentations-300x206Sans renoncer à l’intelligence de la foi, tout en continuant l’effort théologique, la formation exégétique, il ne faudra pas oublier ce que nous avons appris avec Jean-Paul II : l’émotion peut être un des chemins vers le Christ.

 


3) Conjuguer « Mémoire et identité »

Là, l’expression est de Jean-Paul II lui-même : c’est le titre de son dernier livre, ultime message.
jean-paul-ii-memoire-et-p759i1Il nous rappelle que pour être nous-mêmes, il ne faut pas nous couper de nos racines. Pour préparer l’avenir, il faut savoir d’où l’on vient.

Et il médite particulièrement sur les idéologies du mal qui ont tant séduit des millions de personnes au XX° siècle.

 

Voici quelques extraits pour mesurer l’importance de l’analyse spirituelle et politique qu’il fait du siècle passé:

 

« Il m’a été donné de faire l’expérience personnelle des ‘idéologies du mal’.

C’est une chose qui ne peut s’effacer de ma mémoire. Ce fut tout d’abord le nazisme. Ce que l’on pouvait voir en ces années-là était quelque chose de terrible. A ce moment, pourtant, beaucoup d’aspects du nazisme demeuraient encore cachés. La véritable dimension du mal qui se déchaînait en Europe ne fut pas perçue de tous, ni même de ceux d’entre nous qui étaient au centre de ce tourbillon. Nous vivions plongés dans une grande éruption du mal et ce n’est que peu à peu que nous avons commencé à nous rendre compte de sa réelle importance [?].

Plus tard, en réalité une fois la guerre finie, je pensais en moi-même : ‘Le Seigneur Dieu a accordé 12 années d’existence au nazisme et après 12 années, ce système s’est écroulé [?]. Si le communisme a survécu plus longtemps et s’il a encore devant lui une perspective de développement ultérieur, c’est qu’il doit y avoir un sens à tout cela.’ » (Mémoire et identité, 2005)


Jean-Paul%20II%20&%20Ali%20AgcaDans l’un des chapitres, intitulé « démocratie contemporaine », le Pape écrit:

« Un Parlement régulièrement élu a porté Hitler au pouvoir, ce même Parlement lui a ouvert la route pour la politique d’invasion de l’Europe, pour l’organisation des camps de concentration et la mise en oeuvre de la solution finale. Il suffit de rappeler à la mémoire ces seuls événements [...] pour comprendre clairement que la loi établie par l’homme a des limites précises ».

Et le Pape poursuit : « c’est dans cette perspective que nous devons nous interroger au début d’un nouveau siècle et d’un nouveau millénaire sur certains choix législatifs, ce qui vient immédiatement à l’esprit, ce sont les législations sur l’avortement », « les parlementaires qui autorisent de telles lois doivent être conscients d’outrepasser leurs compétences et de se mettre en conflit ouvert avec la loi de Dieu et la loi de la nature ».

Jean-Paul II sait sans doute qu'il ne se fait pas que des amis lorsqu'il prend ainsi des postions courageuses à contre-courant pour dénoncer les « nouvelles idéologies du mal ». La force prophétique de ses appels à la conscience doit longtemps encore venir troubler les évidences culturelles de nos sociétés occidentales notamment.

 

Mondialiser le bien, réhabiliter l'émotion en religion, conjuguer mémoire et identité : Karol Wojtyla a porté bien d'autres trésors au monde' (cf. la réunion interreligieuse d'Assise en 1996, le fameux « n’ayez pas peur », la lutte contre le communisme, la visite à  la synagogue de Rome etc?). Mais ces trois acquis-là font partie de son héritage vivant. A nous de ne pas l'oublier !

Et rendez-vous pour la canonisation dans quelques années…. 

 

Patrick Braud

 

 

1ère lecture : Pierre annonce le Christ ressuscité (Ac 2, 14.22b-33)

 

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, prit la parole ; il dit d’une voix forte : « Habitants de la Judée, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, comprenez ce qui se passe aujourd’hui, écoutez bien ce que je vais vous dire.
Il s’agit de Jésus le Nazaréen, cet homme dont Dieu avait fait connaître la mission en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez bien.
Cet homme, livré selon le plan et la volonté de Dieu, vous l’avez fait mourir en le faisant clouer à la croix par la main des païens.
Or, Dieu l’a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir.
En effet, c’est de lui que parle le psaume de David :J e regardais le Seigneur sans relâche, s’il est à mon côté, je ne tombe pas.
Oui, mon coeur est dans l’allégresse, ma langue chante de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance :
tu ne peux pas m’abandonner à la mort ni laisser ton fidèle connaître la corruption.
Tu m’as montré le chemin de la vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence.
Frères, au sujet de David notre père, on peut vous dire avec assurance qu’il est mort, qu’il a été enterré, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous.
Mais il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un de ses descendants.
Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas connu la corruption.
Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins.
Élevé dans la gloire par la puissance de Dieu, il a reçu de son Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous : c’est cela que vous voyez et que vous entendez. »

 

Psaume : Ps 15, 1-2a.5, 7-8, 9-10, 2b.11

 

R/ Tu m’as montré, Seigneur, le chemin de la vie

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon coeur m’avertit. 
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable. 

Mon coeur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance : 
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Je n’ai pas d’autre bonheur que toi.
Tu m’apprends le chemin de la vie : 
devant ta face, débordement de joie !
A ta droite, éternité de délices !

 

2ème lecture : Le Christ ressuscité donne à notre vie son vrai sens (1P 1, 17-21)

 

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères,
vous invoquez comme votre Père celui qui ne fait pas de différence entre les hommes, mais qui les juge chacun d’après ses actes ; vivez donc, pendant votre séjour sur terre, dans la crainte de Dieu.
Vous le savez : ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or et l’argent, car ils seront détruits ; c’est le sang précieux du Christ, l’Agneau sans défaut et sans tache.
Dieu l’avait choisi dès avant la création du monde, et il l’a manifesté à cause de vous, en ces temps qui sont les derniers.
C’est par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

 

Evangile : Apparition aux disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35)

 

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Seigneur Jésus, fais-nous comprendre les Écritures ! Que notre c?ur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s’était passé.

Or, tandis qu’ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux.
Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas.
Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes.
L’un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci. »
Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos dirigeants l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié.
Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.
A vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu’elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu’il est vivant.
Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Il leur dit alors : « Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre coeur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes !
Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? »
Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin.
Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna.
Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.
Alors ils se dirent l’un à l’autre : « Notre coeur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? »
A l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent :
« C’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »
A leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain.

16 avril 2011

C’est l’outrage et non pas la douleur

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C’est l’outrage et non pas la douleur

Homélie pour le Dimanche des Rameaux / Année A
17/04/2011

Pourquoi réduire la Passion à la douleur physique ?

La flagellation, les coups, la crucifixion, l’asphyxie de la croix : beaucoup de commentaires de la Passion du Christ ont insisté sur la souffrance qu’il a endurée dans sa chair. Le dolorisme était aux siècles derniers une spiritualité extrémiste s’appuyant sur la contemplation de cette souffrance physique : c’est en proportion de sa douleur que Jésus aurait « mérité » le plus grand salut pour tous.

Le corollaire de cette position doloriste est inquiétant : plus nous souffrons, nous nous serions associés à la Passion du Christ, et donc plus nous contribuerions au salut du monde. D’où des excès insupportables, comme chaque année les crucifiés  des Philippines le Vendredi saint, les pénitents fouettés jusqu’au sang, et tous les vieux discours encore entendus sur le thème : « réjouissez-vous si vous souffrez. Offrez votre souffrance. Le Christ vous associe à sa Passion. »

Il peut arriver à des chrétiens de resservir ce discours doloriste révoltant aux malades ou à leurs familles. Comment offrir à Dieu quelque chose qui est mauvais en soi : la douleur ? « Ce que Dieu aime à recevoir, ce ne sont pas nos souffrances, mais la foi, l’espérance, l’amour que Dieu préserve en nous au coeur de nos souffrances » (Xavier Thévenot).

 

C’est l’outrage et non pas la douleur

Relisons la Passion telle que ce Dimanche des Rameaux nous l’a fait entendre chez Mathieu. C’est essentiellement un drame de la dérision, aboutissant à une solitude extrême. Aucun terme ne traduit une douleur physique exprimée par Jésus, aucun ! Nulle part il est écrit qu’il avait mal, qu’il criait ou pleurait de douleur. Il y a à peine quelques termes évoquant cette dimension : « ils le rouèrent de coups » (Mt 26,67).

Même la crucifixion n’est mentionnée qu’après coup, presque discrètement : « après l’avoir crucifié… » (27,35). On ne peut en faire moins sur cet instant pourtant terriblement douloureux.

Par contre, relevez toutes les expressions qui évoquent la dérision, la moquerie, l’insulte, ou la déréliction (sentiment d’abandon) :

- mon âme est triste à en mourir 26,38
- s’il est possible que cette coupe passe loin de moi 26,42
- livré aux mains des pécheurs 26,45
- trahi 26,46. 50
- suis-je donc un brigand ? 26,55
- il a blasphémé 26,65
- ils lui crachaient au visage 26,68
- ils le giflaient en disant : fais-nous le prophète, Messie ! 26, 68
- la foule lui préfère Barabbas, un criminel 27,22
- on lui impose la nudité, le manteau rouge, la couronne d’épines, le roseau en guise de sceptre, les agenouillements, tout cela pour se moquer de lui 27, 28-31
- vêtements tirés au sort 27,35
- écriteau parodiant une royauté lamentable 27,37
- insultes des passants, des chefs religieux, des brigands en croix avec lui 27,39-44
- cri de déréliction : Eli, Eli, lama sabbachtani 27,46
- grand cri final 27,50

Cette liste est impressionnante car elle fait ressortir que la Passion du Christ est une descente aux enfers en matière d’injures, d’insultes, de mépris, de moquerie, de dérision et de solitude.

Cette liste est également impressionnante car bon nombre de « moins que rien » de nos sociétés peuvent s’y reconnaître, hélas. 

Or cette liste ne parle pas de douleur physique. Jésus n’est pas le champion de la douleur, mais de l’amour offert jusqu’au bout, même à travers la souffrance.

C’est l’outrage, et non pas la douleur, qui est au coeur de la Passion du Christ.

Ce qui caractérise l’attitude du Fils ici, c’est d’aller partager la condition des méprisés, des maudits, des sans-Dieu. Et, pour lui qui est dans l’intimité du Père plus que nul autre, cette séparation est la souffrance la plus haute. Elle est spirituelle. Par amour, le Fils de Dieu va jusqu’au bout de la volonté de son Père : faire corps avec les damnés de la terre pour les ramener à lui ; aller chercher aux enfers et sauver ceux qui étaient perdus, en remontant avec eux.

Pour accomplir cette oeuvre de salut, Jésus va jusqu’à endurer la malédiction juive qui s’attache au crucifié : « maudit soit quiconque pend au bois de la croix » (Ga 3,13 ; Dt 21,23). Les maudits vont ainsi avoir Dieu lui-même comme compagnon de galère?

 

Au plus bas

Voilà le déchirement intérieur qui parcourt Jésus dans sa Passion : lui – le saint – fait corps avec les damnés ; lui – le Fils – est considéré comme un sans-Dieu ; lui - le juste - est assimilé au criminel ; lui - sur qui repose l’Esprit de communion - fait l’expérience de la solitude absolue (« pourquoi m’as-tu abandonné ? »).

En allant ainsi « jusqu’à l’extrême », Jésus va rejoindre les pécheurs, ceux qui se croyaient exclus de toute espérance, de toute considération humaine, de toute bienveillance divine. Avec lui, ils sortiront de leurs tombeaux : de la haine, de l’exclusion, de la dérision, du mépris, de la solitude, parce que le Christ aura eu la force de les rejoindre au plus bas.

 

L’offrande véritable

Arrêtons donc de faire l’éloge de la douleur ! Il n’y a rien à offrir dans la souffrance physique.

Par contre, le désir d’aimer peut traverser la douleur et devenir source de vie. Répétons-le : ce n’est pas par la douleur que le Christ a sauvé le monde, mais par sa solidarité avec les damnés de la terre, jusqu’à devenir l’un d’entre eux, et même le pire (blasphémateur et maudit).

 

Passionnés

Entendre la Passion du Christ, c’est entendre l’appel qu’il nous lance à aller avec lui faire corps avec ceux que l’on considère comme « perdus », ceux dont on se moque, ceux qui sont abandonnés.

Ou bien croire qu’il partage notre condition si nous faisons ces expériences terribles.

Impossible d’avoir ce courage sans la force de l’Esprit en nous ! Supplions donc l’Esprit de nous passionner, en étroite communion avec le Christ outragé, humilié, abandonné, et pourtant en cela vainqueur du mal.

 

 

 

 

Lecture de la Passion selon St Matthieu

  14 Alors l’un des Douze, appelé Judas Iscariote, se rendit auprès des grands prêtres  15 et leur dit: « Que voulez-vous me donner, et moi je vous le livrerai? » Ceux-ci lui versèrent 30 pièces d’argent.  16 Et de ce moment il cherchait une occasion favorable pour le livrer.

Préparatifs du repas pascal

  17 Le premier jour des Azymes, les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent: « Où veux-tu que nous te préparions de quoi manger la Pâque? »  18 Il dit: « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui: Le Maître te fait dire: Mon temps est proche, c’est chez toi que je vais faire la Pâque avec mes disciples. »  19 Les disciples firent comme Jésus leur avait ordonné et préparèrent la Pâque.

Annonce de la trahison de Judas

  20 Le soir venu, il était à table avec les Douze.  21 Et tandis qu’ils mangeaient, il dit: « En vérité je vous le dis, l’un de vous me livrera. »  22 Fort attristés, ils se mirent chacun à lui dire: « Serait-ce moi, Seigneur? »  23 Il répondit: « Quelqu’un qui a plongé avec moi la main dans le plat, voilà celui qui va me livrer!  24 Le Fils de l’homme s’en va selon qu’il est écrit de lui; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître! »  25 A son tour, Judas, celui qui allait le livrer, lui demanda: « Serait-ce moi, Rabbi » — « Tu l’as dit », répond Jésus.

Institution de l’Eucharistie

  26 Or, tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna aux disciples en disant: « Prenez, mangez, ceci est mon corps. »  27  Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna en disant: « Buvez-en tous;  28 car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés.  29 Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le Royaume de mon Père. »

Prédiction du reniement de Pierre

  30 Après le chant des psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.  31 Alors Jésus leur dit: « Vous tous, vous allez succomber à cause de moi, cette nuit même. Il est écrit en effet: Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées.  32 Mais après ma résurrection je vous précéderai en Galilée. »  33 Prenant la parole, Pierre lui dit: « Si tous succombent à cause de toi, moi je ne succomberai jamais. »  34 Jésus lui répliqua: « En vérité je te le dis: cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. »  35 Pierre lui dit: « Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples en dirent autant.

A Gethsémani

  36 Alors  Jésus parvient avec eux  à un domaine appelé Gethsémani, et il dit aux disciples: « Restez ici, tandis que je m’en irai prier là-bas. »  37 Et prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et angoisse.  38 Alors il leur dit: « Mon âme est triste à en mourir, demeurez ici et veillez avec moi. »  39 Etant allé un peu plus loin, il tomba face contre terre en faisant cette prière: « Mon Père, s’il est possible, que  cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. »  40 Il vient vers les disciples et les trouve en train de dormir; et il dit à Pierre: « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi!  41 Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation: l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »  42 A nouveau, pour la deuxième fois, il s’en alla prier: « Mon Père, dit-il, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite! »  43 Puis il vint et les trouva à nouveau en train de dormir; car leurs yeux étaient appesantis.  44 Il les laissa et s’en alla de nouveau prier une troisième fois, répétant les mêmes paroles.  45 Alors il vient vers les disciples et leur dit: « Désormais vous pouvez dormir et vous reposer: voici toute proche l’heure où le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs.  46 Levez-vous! Allons! Voici tout proche celui qui me livre. »

L’arrestation de Jésus

  47 Comme il parlait encore, voici Judas, l’un des Douze, et avec lui une bande nombreuse  armée de glaives et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple.  48 Or le traître leur avait donné ce signe: « Celui à qui je donnerai un baiser, c’est lui; arrêtez-le. »  49 Et aussitôt il s’approcha de Jésus en disant: « Salut, Rabbi » , et il lui donna un baiser.  50 Mais Jésus lui dit: « Ami, fais ta besogne. » Alors, s’avançant, ils mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent.  51 Et voilà qu’un des compagnons de Jésus, portant la main à son glaive, le dégaina, frappa le serviteur du Grand Prêtre et lui enleva l’oreille.  52 Alors Jésus lui dit: « Rengaine ton glaive; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive.  53 Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges?  54 Comment alors s’accompliraient les Ecritures d’après lesquelles il doit en être ainsi? »  55 A ce moment-là Jésus dit aux foules: « Suis-je un brigand, que vous vous soyez mis en campagne avec des glaives et des bâtons pour me saisir? Chaque jour j’étais assis dans le Temple, à enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. »  56 Or tout ceci advint pour que s’accomplissent les Ecritures des prophètes. Alors les disciples l’abandonnèrent tous et prirent la fuite.

Jésus devant le Sanhédrin

  57 Ceux qui avaient arrêté Jésus l’emmenèrent chez Caïphe le Grand Prêtre, où se réunirent les scribes et les anciens.  58 Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu’au palais du Grand Prêtre; il pénétra à l’intérieur et s’assit avec les valets, pour voir le dénouement.

  59 Or, les grands prêtres  et le Sanhédrin tout entier cherchaient un faux témoignage contre Jésus, en vue de le faire mourir;  60 et ils n’en trouvèrent pas, bien que des faux témoins se fussent présentés en grand nombre. Finalement il s’en présenta deux,  61 qui déclarèrent: « Cet homme a dit: Je puis détruire le Sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours. »  62 Se levant alors, le Grand Prêtre lui dit: « Tu ne réponds rien? Qu’est-ce que ces gens attestent contre toi? »  63 Mais Jésus se taisait. Le Grand Prêtre lui dit: « Je t’adjure par le Dieu Vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu » –  64  »Tu l’as dit, lui dit Jésus. D’ailleurs je vous le déclare: dorénavant, vous verrez le Fils de l’homme siégeant à droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel. »  65 Alors le Grand Prêtre déchira ses vêtements en disant: « Il a blasphémé! qu’avons-nous encore besoin de témoins? Là, vous venez d’entendre le blasphème!  66 Qu’en pensez-vous? » Ils répondirent: « Il est passible de mort. »

  67 Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent; d’autres lui donnèrent des coups  68 en disant: « Fais le prophète, Christ, dis-nous qui t’a frappé. »

Reniements de Pierre

  69 Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour. Une servante s’approcha de lui en disant: « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. »  70 Mais lui nia devant tout le monde en disant: « Je ne sais pas ce que tu dis. »  71 Comme il s’était retiré vers le porche, une autre le vit et dit à ceux qui étaient là: « Celui-là était avec Jésus le Nazôréen. »  72 Et de nouveau il nia avec serment: « Je ne connais pas cet homme. »  73 Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre: « Sûrement, toi aussi, tu en es: et d’ailleurs ton langage te trahit. »  74 Alors il se mit à jurer avec force imprécations: « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta.  75 Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite: « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Et, sortant dehors, il pleura amèrement.

Jésus est livré à Pilate

                27  1 Le matin étant arrivé, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent un conseil contre Jésus, en sorte de le faire mourir.  2 Et, après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate le gouverneur.

Mort de Judas

  3 Alors Judas, qui l’avait livré, voyant qu’il avait été condamné, fut pris de remords et rapporta les 30 pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens:  4  »J’ai péché, dit-il, en livrant un sang innocent. » Mais ils dirent: « Que nous importe? A toi de voir. »  5 Jetant alors les pièces dans le sanctuaire, il se retira et s’en alla se pendre.  6 Ayant ramassé l’argent, les grands prêtres dirent: « Il n’est  pas permis de le verser au trésor, puisque c’est le prix du sang. »  7 Après délibération, ils achetèrent avec cet argent le « champ du potier » comme lieu de sépulture pour les étrangers.  8 Voilà pourquoi ce champ-là s’est appelé jusqu’à ce jour le « Champ du Sang. »  9 Alors s’accomplit l’oracle de Jérémie le prophète: Et ils prirent les 30 pièces d’argent, le prix du Précieux qu’ont apprécié des fils d’Israël,  10 et ils les donnèrent pour le champ du potier, ainsi que me l’a ordonné le Seigneur.

Jésus devant Pilate

  11 Jésus fut amené en présence du gouverneur et le gouverneur l’interrogea en disant: « Tu es le Roi des Juifs? » Jésus répliqua: « Tu le dis. »  12 Puis, tandis qu’il était accusé par les grands prêtres et les anciens, il ne répondit rien.  13 Alors Pilate lui dit: « N’entends-tu pas tout ce qu’ils attestent contre toi? »  14 Et il ne lui répondit sur aucun point, si bien que le gouverneur était fort étonné.

  15 A chaque Fête, le gouverneur avait coutume de relâcher à la foule un prisonnier, celui qu’elle voulait.  16 On avait alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas.  17 Pilate dit donc aux gens qui se trouvaient rassemblés: « Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus que l’on appelle Christ? »  18 Il savait bien que c’était par jalousie qu’on l’avait livré.

  19 Or, tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire: « Ne te mêle point de l’affaire de ce juste; car aujourd’hui j’ai été très affectée dans un songe à cause de lui. »

  20 Cependant, les grands prêtres et les anciens persuadèrent aux foules de réclamer Barabbas et de perdre Jésus.  21 Prenant la parole, le gouverneur leur dit: « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche? » Ils dirent: « Barabbas. »  22 Pilate leur dit: « Que ferai-je donc de Jésus que l’on appelle Christ? » Ils disent tous: « Qu’il soit crucifié! »  23 Il reprit: « Quel mal a-t-il donc fait? » Mais ils criaient plus fort: « Qu’il soit crucifié! »  24 Voyant alors qu’il n’aboutissait à rien, mais qu’il s’ensuivait plutôt du tumulte, Pilate prit de l’eau et se lava les mains en présence de la foule, en disant: « Je ne suis pas responsable de ce sang; à vous de voir! »  25 Et tout le peuple répondit: « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants! »  26 Alors il leur relâcha Barabbas; quant à Jésus, après l’avoir fait flageller, il le livra pour être crucifié.

Le couronnement d’épines

  27 Alors les soldats du gouverneur prirent avec eux Jésus dans le Prétoire et ameutèrent sur lui toute la cohorte.  28 L’ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate,  29 puis, ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite. Et, s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant: « Salut, roi des Juifs! »  30 et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête.  31 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la chlamyde, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier.
Patrick Braud

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9 avril 2011

Une puanteur de 4 jours

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Une puanteur de 4 jours

 

Homélie pour le 5° dimanche de Carême / Année A

Dimanche 10 Avril 2011

 

Flash-post sur le parfum

Dans ce récit de la résurrection de Lazare, Jean a recours à un curieux procédé littéraire, symétrique du flash-back au cinéma. Il fait en quelque sorte une avance sur image, un flash-post et précise que Marie, la soeur de Lazare, versera du  parfum odoriférant lors de l’onction à Béthanie qui débutera la Semaine Sainte de Jésus en Jn 12.

Pourquoi ?

Sans doute à cause de l’odeur du parfum que Marie versera sur les pieds de Jésus. Le contraste entre le nard  précieux et la senteur fétide du cadavre est si fort qu’il ne peut pas ne pas être voulu.

Une puanteur de 4 jours dans Communauté spirituelle- Le corps de Lazare sent la mort.

- Le corps de Jésus sera oint d’un parfum de grand prix.


- Jésus fait ouvrir le tombeau en roulant la pierre, et la puanteur de la décomposition s’échappe au nez de la foule.

- Marthe ouvrira le flacon de parfum, et « toute la pièce en est remplie ».

 

- Lorsque coulent des larmes de Jésus, des témoins de la scène protestent (v37) contre le gaspillage de temps (v6) qui du coup n’a pas empêché Lazare de mourir.

- Judas protestera contre le gaspillage d’argent que représentera le geste de Marie.

 Lazare dans Communauté spirituelle

 

Marie-parfum / Marthe-senteur

Bizarrement, ce flash-post ne mentionne que pour Marie le lien de famille avec Lazare, alors que Marthe est également sa soeur (11,2) ! Le rédacteur signale ainsi que Marie est du côté du parfum de vie, alors que Marthe est liée à l’odeur de mort (v39). Le verset 45 ne mentionne à nouveau Marie comme soeur de Lazare qu’à la fin de l’épisode.

 

Dure discrimination entre Marie et Marthe, que Jésus aime pourtant toutes les deux (v5).

 

Cette différenciation sur l’odeur n’est donc pas anodine : la figure de Marthe ici sert d’avertissement pour tous ceux qui se laisseraient fasciner par le morbide, par ce qui se décompose, par ce qui va du côté de la mort.

Les déclinologues en tout genre se reconnaîtront dans cette figure…

Hélas, cette tendance morbide est toujours à l’oeuvre, individuellement et collectivement.

À l’inverse, la figure de Marie sert d’invitation à dilater le parfum de vie à toutes les pièces de nos existences, jusqu’à les remplir de « la bonne odeur du Christ ».

 

Les quatre jours

Pourquoi alors insister sur le caractère affreux de l’état du cadavre avec la précision des quatre jours ? ! On se croirait à un épisode de la série « Les Experts », qui vont passer le cadavre au crible et faire parler la chair décomposée.

 

v 17 : Jésus, étant arrivé, trouva que Lazare était déjà depuis quatre jours dans le sépulcre.

v 39 : Marthe, la soeur du mort, lui dit: Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu’il est là.

 

Plusieurs hypothèses sont possibles.

- Une croyance populaire de l’époque décrivait l’âme du défunt tournant autour du corps, tant qu’elle peut le reconnaître. Après quatre jours, quand le visage se décompose, l’âme quittait pour toujours ? pensait-on – les alentours de la tombe.

 

- Trois jours, c’est la durée de la résurrection dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau. Après trois jours donc, normalement, « c’est plié », c’est impossible.

 

Mais rien n’est impossible à Dieu !

Même lorsque la mort paraît avoir gagné à ce point, ce n’est pas encore fini. « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » là où n’y avait plus d’espoir.

Car lorsqu’il n’y a plus d’espoir humain, il y a encore l’espérance (à la manière de Dieu).

Vous voyez comment il laisse le champ libre à la mort, il donne ses chances au tombeau, il permet à la décomposition de s’exercer, il n’empêche ni la pourriture ni l’odeur infecte. Il accepte que le séjour des morts se saisisse de Lazare, l’engloutisse, le garde prisonnier. Il agit pour que tout espoir humain soit perdu, et que toute la violence de la désespérance terrestre se déchaîne, afin qu’on voie bien que ce qui va se passer est l’oeuvre de Dieu, non de l’homme. Il reste au même endroit à attendre la mort de Lazare jusqu’à ce qu’il puisse l’annoncer lui-même et déclarer qu’il ira vers lui (saint Pierre Chrysologue : sermon LXIII).

 

« Sors ! »

L’ordre du Christ est extraordinairement efficace pour nous sortir de nos « 4 jours », de notre fascination pour les odeurs de mort, de nos reproches envers le silence de Dieu devant notre détresse.

 

« Sors ! » : cet ordre est salutaire.

C’est la voix du Maître, l’ordre du Roi, le commandement du Souverain : « Sors ! » Dépose la corruption et retrouve ta peau dans l’incorruption : « Lazare, sors ! » Que les Juifs sachent que l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et vivront : « Sors ! » La pierre d’achoppement est ôtée, avance vers moi qui t’appelle : « Sors ! » Je m’adresse à toi comme un ami, mais je t’ordonne comme un maître : « Sors ! » Moi qui fais lever du tombeau un mort de quatre jours, les Juifs sauront qu’à bien plus forte raison je ressusciterai moi-même après trois jours, si je dois goûter à la mort : « Lazare, sors ! » La mort n’est pas une fin. Sors enveloppé de bandelettes et entouré d’un suaire, que les Juifs ne croient pas ta mort simulée. Ils verront tes mains et tes pieds liés, tes yeux recouverts ; qu’ils ne restent pas incrédules devant ce miracle : « Sors ! » L’odeur fétide de ton corps sera le garant de ce que tu es bien revenu à la vie. Les Juifs délieront eux-mêmes les bandelettes qui t’entourent, et reconnaîtront celui qu’ils avaient déposé dans le tombeau : « Sors ! » Recouvre la vie, reprends haleine et marche hors de ton cercueil. Montre comment, en un instant, les morts se retrouvent avec un corps entièrement animé, au son de l’ultime trompette de la résurrection générale des morts : « Sors ! »(saint André de Crète : Discours VIII sur Lazare le mort de quatre jour).

 

·       Quels sont les tombeaux dans lesquels une partie de nous-mêmes est prisonnière, comme le corps de Lazare enserré de bandelettes ?

Quelles sont nos fascinations pour ce qui se décompose ?

Où aller respirer le parfum de vie de Marie ?

Qu’avons-nous enfoui depuis plus de « 4 jours » ?

Pourquoi ne pas croire que Dieu a le pouvoir en Jésus-Christ de réveiller nos Lazares perdus ?

 

 

Résurrection de Lazare

 

Jean  11  1  Il y avait un homme malade, Lazare, de Béthanie, village de Marie et de Marthe, sa soeur.  2  C’était cette Marie qui oignit de parfum le Seigneur et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux, et c’était son frère Lazare qui était malade.  3  Les soeurs envoyèrent dire à Jésus: Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade.  4 Après avoir entendu cela, Jésus dit: Cette maladie n’est point à la mort; mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle.

  5 Or, Jésus aimait Marthe, et sa soeur, et Lazare.

  6 Lors donc qu’il eut appris que Lazare était malade, il resta deux jours encore dans le lieu où il était,  7 et il dit ensuite aux disciples: Retournons en Judée.  8 Les disciples lui dirent: Rabbi, les Juifs tout récemment cherchaient à te lapider, et tu retournes en Judée!

  9 Jésus répondit: N’y a-t-il pas douze heures au jour? Si quelqu’un marche pendant le jour, il ne bronche point, parce qu’il voit la lumière de ce monde;

  10 mais, si quelqu’un marche pendant la nuit, il bronche, parce que la lumière n’est pas en lui.

  11  Après ces paroles, il leur dit: Lazare, notre ami, dort; mais je vais le réveiller.  12  Les disciples lui dirent: Seigneur, s’il dort, il sera guéri.  13  Jésus avait parlé de sa mort, mais ils crurent qu’il parlait de l’assoupissement du sommeil.  14 Alors Jésus leur dit ouvertement: Lazare est mort.  15 Et, à cause de vous, afin que vous croyiez, je me réjouis de ce que je n’étais pas là. Mais allons vers lui.  16 Sur quoi Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples: Allons aussi, afin de mourir avec lui.

  17  Jésus, étant arrivé, trouva que Lazare était déjà depuis quatre jours dans le sépulcre.  18 Et, comme Béthanie était près de Jérusalem, à quinze stades environ,  19  beaucoup de Juifs étaient venus vers Marthe et Marie, pour les consoler de la mort de leur frère.  20  Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie se tenait assise à la maison.  21  Marthe dit à Jésus: Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort.  22 Mais, maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera.  23 Jésus lui dit: Ton frère ressuscitera.  24 Je sais, lui répondit Marthe, qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour.

  25 Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort;

  26 et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela?

  27 Elle lui dit: Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir dans le monde.

  28  Ayant ainsi parlé, elle s’en alla. Puis elle appela secrètement Marie, sa soeur, et lui dit: Le maître est ici, et il te demande.  29 Dès que Marie eut entendu, elle se leva promptement, et alla vers lui.  30 Car Jésus n’était pas encore entré dans le village, mais il était dans le lieu où Marthe l’avait rencontré.  31  Les Juifs qui étaient avec Marie dans la maison et qui la consolaient, l’ayant vue se lever promptement et sortir, la suivirent, disant: Elle va au sépulcre, pour y pleurer.

  32 Lorsque Marie fut arrivée là où était Jésus, et qu’elle le vit, elle tomba à ses pieds, et lui dit: Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort.  33   Jésus, la voyant pleurer, elle et les Juifs qui étaient venus avec elle, frémit en son esprit, et fut tout ému.  34 Et il dit: Où l’avez-vous mis? Seigneur, lui répondirent-ils, viens et vois.  35 Jésus pleura.  36 Sur quoi les Juifs dirent: Voyez comme il l’aimait.  37 Et quelques-uns d’entre eux dirent: Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourût point?  38  Jésus frémissant de nouveau en lui-même, se rendit au sépulcre. C’était une grotte, et une pierre était placée devant.  39 Jésus dit: Ôtez la pierre. Marthe, la soeur du mort, lui dit: Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu’il est là.  40 Jésus lui dit: Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu?

  41 Ils ôtèrent donc la pierre. Et Jésus leva les yeux en haut, et dit: Père, je te rends grâces de ce que tu m’as exaucé.

  42  Pour moi, je savais que tu m’exauces toujours; mais j’ai parlé à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé.

  43  Ayant dit cela, il cria d’une voix forte: Lazare, sors!  44 Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus leur dit: Déliez-le, et laissez-le aller.
Patrick BRAUD

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2 avril 2011

Rousseur et cécité : la divine embauche !

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Rousseur et cécité : la divine embauche !

Homélie pour le 4° dimanche de Carême / Année A
Dimanche 03 Avril 2011

Construire avec ceux qui ont été déconstruits par la vie.

Appeler ceux qui sont à l’écart, hors candidature.

Embaucher ceux à qui personne ne pense.

Faire le pari de révéler le roi ou l’apôtre caché sous  la rousseur ou la cécité…

Tels sont les paris des textes liturgiques de ce Dimanche de carême.

Le futur roi est le fils auquel même le père ne pensait pas, et en plus il est roux !

L’apôtre qui va proclamer que Jésus est l’envoyé de Dieu (Siloé) est un ancien aveugle mis au ban de la société.

 

Pourquoi hurler aux roux ?

- Pourquoi les roux ont-ils toujours fait peur ?

Pourquoi cette couleur de cheveux suffit-elle à évoquer de sulfureuses alliances ? À inspirer de la peur irrationnelle ?

Dans l’Egypte ancienne, le sombre dieu Seth régnait sur le désert, qui se dit ‘dashre’ en arabe, ce qui signifie aussi : ‘terre rouge’. Plutarque raconte que lors de certaines fêtes en l’honneur de Seth, on n’hésitait pas à maltraiter des roux en les jetant dans la boue.

En Israël comme ailleurs, un garçon roux suscite la méfiance et rejet. Dans une société encore fortement imprégnée de magie, malgré le monothéisme récent, la rousseur de David joue en sa défaveur. Au point que son père ne pense même pas à lui dans le défilé de ses fils candidats à l’onction royale !

Une rumeur persistante a ensuite attribué à Judas le traître une chevelure rousse, bien adaptée à son rôle…

Au Moyen Âge, on attribuait aux roux une complicité avec le diable, sans doute à cause de la couleur des flammes de l’enfer qui se reflète dans leur chevelure (la rousseur est souvent ‘flamboyante’ !)… On disait alors qu’ils sentaient mauvais, qu’ils avaient une sexualité débridée (un feu dévorant), que c’étaient des êtres à part.

- Pire qu’un CV handicapé d’un nom imprononçable, pire qu’une domiciliation dans une banlieue infréquentable, la non-candidature de David résonne comme la stigmatisation - intolérable pour Dieu – des gens différents dont on a peur, sans trop savoir pourquoi.

Rousseur et cécité : la divine embauche ! dans Communauté spirituelle samuel+oint+davidAu cinéma, de ‘Poil de Carotte’ souffre-douleur à ‘Carrie (rousse) au bal du diable’ jusqu’à David Caruso – ‘l’expert de Miami’ – les roux sont auréolés de cette fascination inquiétante.

La rousseur fait tache, et les taches de rousseur deviennent vite ‘malignes’ !

- Le choix de David est donc à contre-courant de ces représentations anti-roux.

Mieux qu’un combat pour reconnaître la diversité (terme pudique pour appeler positivement les minorités sociales, ethniques ou religieuses peu considérées), la discrimination positive dont Dieu fait preuve ici vis-à-vis de David est devenue l’une des missions prioritaires des croyants.

 

Les roux dans la Bible

- Ésaü était roux (Gn 25,25). C’était le premier jumeau sorti du ventre de sa mère, avant  cécité dans Communauté spirituelleJacob. Parce qu’il était habile chasseur, il était le préféré de son père Isaac. Dans un jeu de mot célèbre de (Gn 25,30), Ésaü demanda Jacob de manger « de ce roux-là », qui est en fait le célèbre plat de lentilles. En réalité, il demande de se manger lui-même, à s’auto-dévorer ! Le roux Ésaü n’a pas bonne presse. C’est de son frère Jacob et pas de lui que sortira ensuite la descendance d’Israël.

 

- Le prophète Zacharie parle lui d’un songe où il voit un homme montant un cheval roux (Za 1,8) : c’est un ange de Yahvé qui intercède pour Jérusalem. Le roux est ici la couleur mystérieuse de celui qui transmet un message de la part de Dieu.

woodmeuh embauche 

- C’est une vache rousse qui doit être sacrifiée à Éléazar le grand prêtre, afin de que ses cendres servent à produire l’eau lustrale qui rendra purs tous ce qui se sont souillés rituellement (Nb 19,1).

 

On voit donc que dans la Bible la rousseur n’est pas si négative que cela. Elle est même le signe de la préférence paternelle (Ésaü), du sacrifice qui purifie le peuple (la vache rousse), du message qui est envoyé par Dieu (le cheval roux de l’ange).

 

C’est cité dans le texte

Quant à la cécité qui frappe notre aveugle de la piscine de Siloé, elle est une maladie qui également fait peur à l’époque. Car on croyait que c’était un châtiment pour quelque faute cachée que Dieu seul connaît. Ou alors une faute qui remonterait à la génération d’au-dessus.

Toujours cette vieille idée – encore vivante – de voir dans la nature des forces divines invisibles, mystérieuses et redoutables.

En plus, on soupçonnait les aveugles de voir à l’intérieur d’eux-mêmes des choses que les autres ne peuvent pas voir. De là à les accuser de sorcellerie, en leur prêtant des pouvoirs étranges (comme aux roux), il n’y avait qu’un pas

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Or Jésus est très clair : la cécité est faite pour être combattue. Elle ne vient pas de Dieu. La guérison de cet aveugle manifeste ainsi la vraie nature de Jésus, l’envoyé (Siloé) du Père pour nous libérer de la soumission magique aux forces naturelles.

 

 

Le choix du roi David va dans le même sens : Dieu ne se laisse pas piéger par les craintes irrationnelles devant les gens « différents ». Dieu appelle tout être humain. Il aurait même tendance – comme pour David le roux, l’aveugle craint ou  Jésus la pierre rejetée des bâtisseurs – à choisir des intouchables, à s’appuyer sur les rebuts de l’humanité, à bâtir avec ceux que les bâtisseurs ont exclus…

Ni rousseur, ni cécité : rien ne peut empêcher Dieu de renverser les préjugés, les superstitions, les peurs magiques qui pèsent encore aujourd’hui sur les « différents » de nos villes et de nos communautés…

Saurons-nous nous aussi, avec le Christ, appeler les ‘roux’ et les ‘aveugles’ qui nous entourent ?

Si nous sommes nous-mêmes marqués par la ‘rousseur’ ou la ?cécité’, osons-nous croire que Dieu nous appelle de manière privilégiée sans s’arrêter à ce que les autres considèrent comme un handicap ou une menace ?

 



1ère lecture : Dieu choisit le roux David comme roi de son peuple (1S 16, 1b.6-7.10-13a)

Lecture du premier livre de Samuel

Le Seigneur dit à Samuel : « J’ai rejeté Saül. Il ne règnera plus sur Isaraël. Je t’envoie chez Jessé de Bethléem, car j’ai découvert un roi parmi ses fils. Prends une corne que tu rempliras d’huile, et pars ! »
En arrivant, Samuel aperçut Éliab, un des fils de Jessé, et il se dit : « Sûrement, c’est celui que le Seigneur a en vue pour lui donner l’onction ! »
Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le coeur. »
Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : « Le Seigneur n’a choisi aucun de ceux-là. N’as-tu pas d’autres garçons ? »
Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau. »
Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé. »
Jessé l’envoya chercher : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau.
Le Seigneur dit alors : « C’est lui ! donne-lui l’onction. »
Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là.

Psaume : Ps 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ; 
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom. 

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal, 
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure. 

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ; 
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante. 

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ; 
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : Vivre dans la lumière (Ep 5, 8-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtres aux Éphésiens

Frères,
autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière – or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité – et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur.
Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt.
Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte d’en parler.
Mais quand ces choses-là sont démasquées, leur réalité apparaît grâce à la lumière, et tout ce qui apparaît ainsi devient lumière. C’est pourquoi l’on chante :
Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.

Evangile : L’aveugle-né (Jn 9, 1-41 [Lecture brève : 9, 1.6-9.13-17.34-38])

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. Lumière du monde, Jésus Christ, celui qui marche à ta suite aura la lumière de la vie. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Jn 8, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? »
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui.
Il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé, pendant qu’il fait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir.
Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha sur le sol et, avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle, et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » (ce nom signifie : Envoyé). L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.

Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui affirmait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-il ouverts ? »
Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il m’en a frotté les yeux et il m’a dit : ‘Va te laver à la piscine de Siloé.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
A leur tour, les pharisiens lui demandèrent : « Comment se fait-il que tu voies ? » Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois. »
Certains pharisiens disaient : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres répliquaient : « Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. »
Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme, qui maintenant voyait, avait été aveugle. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents
et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’il voie maintenant ? »
Les parents répondirent : « Nous savons que c’est bien notre fils, et qu’il est né aveugle.
Mais comment peut-il voir à présent, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, les Juifs s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie.
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien ; mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et maintenant je vois. »
Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; quant à celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Comme chacun sait, Dieu n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire qu’un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
Il dit : « Je crois, Seigneur ! », et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »
Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’ votre péché demeure. »
Patrick Braud

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