L'homélie du dimanche (prochain)

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3 décembre 2023

Consolation = illusion ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Consolation = illusion ?

Homélie pour le 2° Dimanche de l’Avent / Année B
10/12/2023

Cf. également :
Justice et Paix s’embrassent
Réinterpréter Jean-Baptiste
Consolez, consolez mon peuple !
Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Res et sacramentum
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Dieu est un chauffeur de taxi brousse
Le polythéisme des valeurs

La guerre de l’opium
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L’épisode historique est bien connu : le Royaume-Uni a utilisé l’opium pour affaiblir l’économie chinoise au XIX° siècle. Par deux fois, en 1839 et 1856, le conflit éclata : les Britanniques voulaient garder le monopole du commerce de l’opium en Chine, qu’ils détenaient depuis 1773. Ils voulaient l’imposer en paiement des marchandises qu’ils importaient de Chine. Alors ils ont noyé la population chinoise sous les exportations illégales d’opium produit en Inde britannique…
Pour échapper un temps à la misère sociale qui sévissait dans les villes, on voyait des hordes de Chinois allongés sur les nattes des fumoirs d’opium, hébétés, le regard fixe, ou étrangement agités lors de crises violentes. Pour affaiblir un peuple et le coloniser de l’intérieur, rien ne vaut une bonne addiction généralisée et entretenue à la poudre blanche… Se consoler de la misère par l’opium était bien sûr une illusion, et les Chinois ont longtemps été traités d’’homme malade de l’Asie’ à cause de cet épisode tragique qui a fait des millions de victimes.

karl-marx-155733-1280 consolation dans Communauté spirituelleKarl Marx avait-il en tête cette colonisation par l’opium lorsqu’il écrivit en 1843 :

« La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses sans esprit.
Elle est l’opium du peuple »
(Karl Marx, Introduction à la Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843).

Cette phrase est devenue un slogan : la religion est l’opium du peuple ; elle promet une consolation illusoire en faisant le lit de la domination des puissants.

Isaïe tomberait-il sous le coup de cette critique radicale lorsqu’il proclame dans notre première lecture (Is 40,1-5.9-11) : « consolez, consolez mon peuple… »
L’Église joue-t-elle le rôle du marchand de rêves détournant l’attention des pauvres vers un monde surnaturel pour canaliser leur colère ?
Attendre une seconde venue du Christ à la fin des temps, n’est-ce pas nourrir une illusion qui permet aux défavorisés de supporter leur condition sans broncher ? Avouons que l’Église a parfois succombé à cette tentation dans son histoire…

 

Les maîtres du soupçon
 illusion
Marx n’est pas seul dans ses critiques d’une religion-consolation illusoire. Freud a dénoncé l’usage régressif que les religions font de la consolation, en ramenant le sujet à un état infantile de fusion maternelle. « L’avenir d’une illusion » est le titre de son ouvrage plus incisif sur l’analyse de cette pathologie. Nietzsche quant à lui a proclamé la mort de Dieu : les tenants de la consolation religieuse prêchent en fait une morale d’esclaves qui les empêchent d’accéder au surhomme qui est en eux.

Ces trois maîtres du soupçon du XIX° siècle ne sont plus guère à la mode intellectuellement : le religieux prolifère partout, instrumentalisé par Poutine ou Trump, radicalisé par les djihadistes, servant de prétexte à tous les communautarismes en Inde et ailleurs. Tous promettent un avenir meilleur à ceux qui se sacrifient au nom de leur Dieu. Ils consolent les veuves et les mères par la promesse d’un paradis pour leurs défunts. Ils font miroiter une vie éternelle de délices à leurs combattants. Ils recouvrent les cercueils de drapeaux, de crucifix et de médailles alors qu’ils couvrent de chaux leurs charniers de guerre.

Relire les maîtres du soupçon serait fort utile pour purifier ces représentations idolâtres d’une consolation religieuse hypocrite et sordide. On découvrirait alors que la Bible ne confond jamais consolation et résignation, et qu’elle en fait au contraire un moteur pour agir dès maintenant.

 

Une consolation efficace
La Bible se méfie des consolations trop rapides, trop intéressées. Ainsi les amis de David lui prêtent de mauvaises intentions lorsqu’il envoie des consolateurs présenter ses condoléances au fils d’un roi défunt : « les chefs des fils d’Ammon dirent à Hanun, leur maître : Penses-tu que ce soit pour honorer ton père que David t’envoie des consolateurs ? N’est-ce pas pour reconnaître et explorer la ville, et pour la détruire, qu’il envoie ses serviteurs auprès de toi ? » (2S 10,3). Les ennemis de David le soupçonnaient de pratiquer ce qu’eux-mêmes savaient faire à merveille : utiliser le chagrin de l’autre pour l’affaiblir, lui faire regarder ailleurs pendant qu’on prépare l’invasion. David ne mange pas de ce pain-là. Mais ses adversaires, si. Méfions-nous de ceux qui viennent nous consoler avec de grands airs de compassion, car tous n’ont pas le cœur aussi pur que David : « Les terafim ont fait de fausses prédictions, les devins ont eu des visions mensongères, ils ont débité des songes trompeurs et donné de vaines consolations, voilà pourquoi le peuple est parti comme un troupeau malheureux faute de berger » (Za 10,2).

Loin de détourner l’affligé de sa condition, la consolation biblique se révèle terriblement performante pour le remettre en selle et reprendre ses combats.
Ainsi David est navré de la mort subite du nouveau-né de sa conquête Bethsabée. La consoler n’est pas lui faire accepter d’en rester là : David console sa femme en lui donnant le courage d’enfanter à nouveau : « David consola Bethsabée sa femme : il la retrouva et coucha avec elle. Elle lui donna un fils qu’il nomma Salomon. Le Seigneur l’aima » (2S 12,24).
La vraie consolation est celle qui rend fort, qui fait naître à nouveau le désir de vivre.
Les psaumes de David reprennent ce thème à l’envie : la consolation divine nourrit l’engagement contre la justice, le mal, la mort.
« Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me console » (Ps 23,4).
« Tu m’élèveras et me grandiras, tu reviendras me consoler » (Ps 71,21).
Cette consolation permet de reprendre le combat sans baisser les bras : « Que j’aie pour consolation ton amour selon tes promesses à ton serviteur ! » (Ps 119,76).
Le sage constate amèrement que si personne ne console les opprimés, ils subissent sans fin l’exploitation, sans trouver le courage de se révolter : « J’ai regardé encore et j’ai vu toutes les oppressions pratiquées sous le soleil. Voyez les pleurs des opprimés : ils n’ont pas de consolateur ; des oppresseurs leur font violence : ils n’ont pas de consolateur » (Qo 4,1).

Consolez, consolez mon peuple IsaïeIsaïe est le champion de la consolation d’Israël, après le désastre de la prise du Temple par Nabuchodonosor en -587, et la déportation (déjà !) des juifs de Jérusalem vers Babylone. Cette catastrophe nationale – équivalente à la Shoah – aurait pu, aurait dû détruire Israël à jamais. Par dix fois, Isaïe utilise le verbe consoler (נָחַם = nacham) pour insuffler au peuple en exil le courage de résister, de tenir bon, d’attendre l’improbable, d’espérer un salut impossible. Et l’édit du roi Cyrus en -527 permettant aux juifs de revenir à Jérusalem sonnera comme l’éclatante réalisation de cette promesse insensée. « YHWH console son peuple » est le leitmotiv du livre d’Isaïe (40,1 ; 49,13 ; 66,13).
Cette consultation chasse la peur du tyran : « C’est moi, c’est moi qui vous console. Qui es-tu pour craindre l’homme qui doit mourir, un fils d’homme périssable comme l’herbe ? » (Is 51,12). Et bien avant La Boétie, la Bible savait que ne plus avoir peur, c’est ne plus consentir à la servitude, c’est déjà être libre.
Cette consolation préfigure le jour de la libération à venir : « YHWH m’a envoyé proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur, et un jour de vengeance pour notre Dieu, consoler tous ceux qui sont en deuil » (Is 61,2).

Nulle dimension régressive donc dans la consolation biblique ! Elle est une remise en état de marche, une source nouvelle de courage pour agir, une responsabilité confiée pour transformer l’histoire.

Le Nouveau Testament confirme cette conception opérative de la consolation, en nommant justement Consolateur l’Esprit de Dieu : l’Esprit rend témoignage au Christ, il enseigne, il ravive notre mémoire des paroles du Christ, il nous conduit vers la vérité tout entière (Jn 14,16. 26;16,7.13).
Appeler Consolateur l’Esprit de Dieu lui-même dit assez que cette consolation n’est pas une nostalgie maladive, mais une ouverture au présent que Dieu nous fait de lui-même ! Quand Jésus promet : « heureux les affligés, car ils seront consolés » (Mt 5,4), il ne prêche pas la soumission, mais il se met du côté des affligés, à leurs côtés, pour que leur affliction n’ait pas le dernier mot. Quand Paul écrit aux Corinthiens sa deuxième lettre, il emploie 11 fois le mot consolation, si bien que cette épître est parfois appelée l’épître de la consolation, que Paul conjugue au présent : « Si nous sommes affligés, c’est pour votre consolation et pour votre salut; si nous sommes consolés, c’est pour votre consolation, qui se réalise par la patience à supporter les mêmes souffrances que nous endurons. Et notre espérance à votre égard est ferme, parce que nous savons que, si vous avez part aux souffrances, vous avez part aussi à la consolation » (2Co 1,6–7).

 

Ceux qui refusent d’être consolés
Jésus sait pertinemment d’expérience que, à certains moments, toute consolation est factice. Le silence, la présence valent mieux que de vaines tentatives pour sécher trop vite les larmes de quelqu’un qui souffre trop : « On a entendu des cris à Rama, Des pleurs et de grandes lamentations : Rachel pleure ses enfants, et n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont plus » (Mt 2,18 citant Jr 31,15).
202016123_univ_cnt_1_md IsaïeCe n’est pas sans rappeler le silence que les compagnons de Job observent, assis par terre avec lui, une semaine entière, avant de prendre la parole : « Et ils se tinrent assis à terre auprès de lui sept jours et sept nuits, sans lui dire une parole, car ils voyaient combien sa douleur était grande » (Jb 2,13). Hélas, ils débitent ensuite des tonnes de bondieuseries moralisantes pour soi-disant expliquer à Job les causes de son malheur, ce qui exaspère Job : « J’ai souvent entendu pareilles choses; Vous êtes tous des consolateurs fâcheux » (Jb 16,2). « Pourquoi donc m’offrir de vaines consolations? Ce qui reste de vos réponses n’est que perfidie » (Jb 21,34). Job refuse les explications toutes faites de son malheur innocent. Il gémit comme le psalmiste : « Au jour de ma détresse, je cherche le Seigneur; La nuit, mes mains sont étendues sans se lasser ; mon âme refuse toute consolation » (Ps 77,2).

Refuser toute consolation trop facile est alors la marque d’un désir plus grand : le chagrin en excès ne peut être apaisé par un simple pansement rapide. Il doit tourner, encore et encore, jusqu’à creuser au cœur une plaie agrandie, nettoyée, purifiée, que Dieu seul pourra toucher. Un peu comme la Bien-aimée du Cantique des cantiques est blessée d’amour, et refuse d’être guérie…

Jésus lui-même n’a-t-il pas lutté à Gethsémani pour ne pas chercher d’autre consolation pendant l’épreuve de sa Passion que le seul désir d’accomplir la volonté de son Père, sans bien savoir comment ?

 

Consolez, consolez mon peuple
Ce 2e dimanche de l’Avent nous met avec Jean-Baptiste devant l’exigence de préparer le chemin du Seigneur, car il vient au-devant de chacun (Mc 1,1-8). Réjouissons-nous que la consolation fasse partis de ce chemin en nous.
Accepter d’être consolé demande beaucoup d’humilité et de simplicité, pour laisser une main nous relever, une parole nous raffermir, un visage nous redonner confiance en l’avenir.
Consoler demande beaucoup d’effacement de soi, beaucoup de respect pour discerner quand se taire et quand parler, comment soulager, que faire, que dire à côté de l’affligé.

Mais quelle est votre expérience de la consolation ?
Faites mémoire d’un de ces moments où quelqu’un vous a entouré, avec tendresse et compassion, et vous a aidé à revivre.
Puis demandez-vous qui dans votre entourage a besoin de cette consolation, et priez pour en être un acteur selon le cœur du Christ.
Que l’Esprit Saint - le Consolateur par excellence - nous souffle nos gestes, nos paroles, pour réconforter et être réconfortés nous-mêmes.

 

Handel’s Young Messiah – Comfort Ye My People
« Consolez, consolez mon peuple… »

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Préparez le chemin du Seigneur » (Is 40, 1-5.9-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »
Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.
 
PSAUME
(84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. (84, 8)

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.
 
DEUXIÈME LECTURE
« Ce que nous attendons, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle » (2 P 3, 8-14)

Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, il est une chose qui ne doit pas vous échapper : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper. Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion. Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix.
 
ÉVANGILE
« Rendez droits les sentiers du Seigneur » (Mc 1, 1-8)
Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.
Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés.
Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »
Patrick BRAUD

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8 octobre 2023

Quand le travail ou l’habit nous coupent de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Quand le travail ou l’habit nous coupent de Dieu

Homélie pour le 28° Dimanche du temps ordinaire / Année A
15/10/2023

Cf. également :
Paul et Coldplay, façon Broken
Le festin obligé
Tenue de soirée exigée…

Allez venez, Milord
Un festin par-dessus le marché
Je vis tranquille au milieu des miens
La sobriété heureuse en mode Jésus
Ecclésia permixta


Une fois n’est pas coutume, nous reproduisons ici l’excellente prédication du Pasteur Louis Pernot du 17/06/2018, de l’Église protestante Unie de l’Étoile (75017, Paris), qui parcourt les différentes interprétations possibles de la parabole de ce dimanche (Mt 22,1-14) [1].

La parabole des noces est particulièrement difficile, il y est question de gens égorgés pour avoir refusé l’invitation du maître, et dans la version de Matthieu se trouve la difficile question du cas du pauvre invité qui n’avait pas d’habit de noce à se mettre et qui se trouve chassé dehors. Comme pour toute parabole, il n’y a pas une seule explication, mais une multitude, et on peut donc en présenter quelques-unes.

Lecture historique
Parabole des invités à la noce (Évangile)
La première est une lecture historico-critique, c’est celle que l’on trouve le plus souvent dans les commentaires protestants d’aujourd’hui, et c’est peut-être la moins intéressante. Elle consiste à replacer la parabole dans le contexte dans lequel elle a été écrite (certains pensant même qu’elle ne serait pas l’œuvre du Christ, mais d’un rédacteur postérieur issu d’une des premières communautés chrétiennes). On se trouvait donc dans une situation historique de conflit entre les juifs et les chrétiens qui ouvraient leurs portes aux non juifs. Ainsi on verrait Dieu qui inviterait d’abord les juifs dans son programme de salut lié au Christ qui est l’époux, mais ceux-ci ne voulant pas, finalement, Dieu les renvoie dans leurs ténèbres et ouvre le Royaume aux païens.

Peut-être est-ce juste, mais cela n’a aucun intérêt herméneutique pour nous aujourd’hui. Nous ne sommes plus dans cette situation, et cette lecture ne peut donner aucun sens à notre vie. Il faut donc la laisser aux historiens s’ils en veulent.

 
Lecture sociale
Quand le travail ou l'habit nous coupent de Dieu dans Communauté spirituelle QWZT4GSSIVBD5CJJRDV2YVE3P4
Dans les années 70, il y a eu une mode de chercher dans l’Évangile des leçons de politique. On a alors pu faire une lecture sociale de cette parabole. Cette lecture pour séduisante qu’elle peut être est encore plus dangereuse que la précédente parce qu’elle semble donner du sens. Le banquet est alors vu comme l’image d’un pays, d’une société. Tout le monde y est bienvenu, il n’y a pas de mérite à faire partie d’un pays et il ne doit pas y avoir d’examen d’entrée, tout le monde étant accueilli, « méchants et bons ». Cela fait plaisir à ceux qui ont une sensibilité de gauche, mais les autres se réjouiront de la fin : l’invité qui est renvoyé parce qu’il n’avait pas d’habit de noces nous montre que ce n’est pas le tout d’être accueilli, il faut encore respecter les modes de vies et les manières de la société dans laquelle on prétend être, il faut en respecter le codes, sinon on s’exclue soi-même ; on ne peut pas profiter d’un pays sans en suivre les règles et les normes sociales. Cette histoire de vêtement risque de résonner particulièrement dans notre société actuelle où se pose la question du port du voile islamique, et tendrait alors à dire qu’il ne faudrait pas le tolérer.

Mais ce genre de lecture est malhonnête, elle consiste à faire dire au texte ce qu’il ne veut pas dire. Les problématiques sociales ou politiques sont différentes, les contextes ne sont pas les mêmes, il ne faut pas instrumentaliser la Bible pour la mettre au service de ses propres convictions politiques.

 
Lecture ecclésiologique
le bon grain et l'ivraie : une Eglise mélangée
Dans les débuts du christianisme, les Pères de l’Église faisaient, eux, de cette parabole une lecture ecclésiologique. Ce banquet de noces était vu comme une image de l’Église rassemblant des fidèles autour du Christ qui est l’époux. Se pose alors la question de savoir qui peut faire partie de l’Église. A priori, Dieu préférerait que ce soit les justes. Mais comme tous ne veulent pas faire partie de l’Église alors il invite largement « méchants et bons ». La condition d’appartenance à l’Église n’est donc pas un jugement moral ou sur les œuvres, mais simplement de se sentir appelé. C’est ainsi que l’Église n’est pas une communauté de purs, mais un corpus permixtum selon l’expression de saint Augustin : un corps mélangé de bons et de mauvais. Mais on voit que bon ou mauvais, il y a une seule condition pour être accepté dans l’Église : revêtir le vêtement de noces, habit que les Pères de l’Église regardaient comme étant le vêtement blanc du baptême. Ainsi pour eux, tout le monde est appelé à faire partie de l’Église, bons et mauvais, et pour en faire partie, il faut être baptisé.

 
Lecture apocalyptique
On en arrive alors à une lecture que l’on pourrait appeler apocalyptique, ou eschatologique, c’est-à-dire où l’enjeu ne serait non pas l’appartenance à l’Église comme institution ou société, mais d’être accueilli dans le Royaume de Dieu, d’avoir la chance d’être dans la présence de Dieu, et ainsi de trouver cette joie, cette communauté chaleureuse et nourrissante réunie autour du maître pour participer à une fête donnant plénitude, bonheur et communion fraternelle.

Noces festin dans Communauté spirituelleCette présentation du Royaume comme un banquet de noces est déjà en soi une affirmation importante : Dieu ne nous demande pas des privations, des renoncements, des souffrances pour mériter d’être accueilli par lui, mais simplement d’accepter de venir, et sa présence est ensuite une fête.

C’est certes une bonne nouvelle mais cela peut aussi nous interroger sur notre vie spirituelle : est-ce que la religion, la foi dans notre, vie sont vécues comme des pensum, des obligations, des contraintes ? La vérité c’est que la foi dans notre vie doit être non pas de l’ordre du devoir, mais comme une source de joie extraordinaire.

Reste donc la question de savoir comment accéder à cette joie extraordinaire d’être dans cette fête qui est la présence de Dieu, quelles sont les conditions pour en faire partie ?

Il ne faut pas aller trop vite dans l’universalisme, certes, à la fin tout le monde est invité, mais on voit au début que Dieu privilégie tout de même ceux qui sont les plus proches de lui. Il y en a tout certains qui sont invités avant les autres : ceux sans doute qui ont une vie plutôt bien réglée, ou qui sont, culturellement, familialement ou traditionnellement proches de la religion, de la foi ou de Dieu. Mais la parabole nous montre ce que nous observons souvent, c’est que ceux qui sont a priori les plus baignés dans la foi chrétienne en négligent souvent les dons et n’en reconnaissent pas les merveilles, ils les méprisent ou les sous-estiment, tout cela leur semblant ordinaire. Tant pis pour eux, ils s’excluent eux-mêmes de la joie du Royaume. Pour en bénéficier, il ne suffit pas d’être d’une famille chrétienne, il faut vouloir soi-même s’extraire un temps de son activité, de son commerce, de ses loisirs pour aller concrètement dans la présence de Dieu, prendre conscience de la chance d’être invité et entrer dans la noce.

Ce problème de notre temps était donc déjà celui du temps de Jésus et c’est pourquoi il fustige souvent les pharisiens, professionnels de la pratique religieuse, incapables de voir la joie que peut donner la grâce de Dieu, et il leur dit ainsi : « beaucoup de prostitués et de péagers vous devanceront dans le royaume de Dieu… ». Parce que ces pécheurs, eux, ils sont capables de recevoir et ils savent que Dieu a beaucoup à leur donner. La parabole va même très loin, puisqu’elle dit que ceux qui avaient le plus de raisons d’être invités en premier finalement n’étaient « pas dignes  » de ce banquet. Ainsi la seule dignité que nous pouvons avoir n’est pas notre mérite personnel ou notre bonne situation, sociale ou religieuse, notre bonne pratique, mais la disponibilité par rapport à Dieu, accepter de recevoir quelque chose de lui. La joie du Royaume ne vient pas de nos propres mérites, mais de notre capacité à nous ouvrir à ce que Dieu nous donne par grâce. C’est une révolution absolue dans la manière de voir la valeur spirituelle de notre vie.

 
Maintenant les punitions…
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Cela dit les punitions du verset 7 semblent montrer un Dieu tout à fait éloigné de l’image de bonté et de grâce que nous avons. Mais comme souvent, quand la Bible nous montre ainsi ce qui semble des punitions divines, il faut comprendre qu’il s’agit plutôt de mises en garde concernant les conséquences de certains comportements ou façons d’être ou de penser, conséquences inévitables plutôt que punitions rageuses d’un Dieu jaloux. La vérité, c’est que celui qui refuse la joie qu’on lui propose se condamne lui-même à la tristesse. Dieu veut accueillir tout le monde dans sa présence, mais celui qui refuse de répondre à cet appel, évidemment que Dieu ne le fera pas venir de force. Celui qui refuse la vie éternelle pour ne rester que dans une sorte d’égoïsme animal n’est pas tué par Dieu, mais restant dans le règne animal mourra comme un animal qu’il est. Et n’être mû que pas son propre intérêt pour ses activités matérielles, son plaisir, refusant d’entrer en relation avec d’autres, même sans utilité, pour le simple plaisir de la relation, ne permet pas de construire une « ville ». Une société ne peut pas tenir uniquement sur des motivations utilitaires et égoïstes. Il y a là quelque chose d’infiniment vrai dans l’avertissement des conséquences du refus de prendre part au banquet.

 
Et le plus gros problème : le vêtement de noces.
Robe de mariée traditionnelle chinoise
Mais par contre, il semble plus difficile de défendre l’attitude du maître qui après avoir invité tout le monde renvoie dehors le convive ne possédant pas l’habit de noces. On imagine l’injustice vis-à-vis de ce pauvre hère ramassé sur les chemins et n’ayant pas les moyens de se payer un habit correct. Si c’était pour le mettre dehors, le maître aurait mieux fait de ne pas l’inviter du tout.

Il y a cependant une explication assez simple que l’on entend parfois. Il paraît que le vêtement de noces était prêté par l’hôte à ses invités. Les gens venaient en effet de loin, et arrivaient souvent à pieds avec un vêtement de voyage poussiéreux, et à l’entrée de la salle des noces, il y avait donc un vestiaire où l’on offrait un vêtement de noces à chaque invité entrant dans la salle. Ainsi ce n’est pas que le convive n’avait pas eu les moyens de s’offrir un bel habit, mais il a refusé le cadeau qui lui était offert à l’entrée. Ou plutôt il a refusé de jouer le jeu de la noce, alors même que cela ne lui coûtait rien.

Ce convive représente donc le mauvais usage de la grâce : il voulait profiter simplement, mais en gardant une distance et sans s’associer à la logique du banquet qui était celle de la grâce. On reproche ainsi parfois à la théologie de la grâce des protestants d’être un peu trop facile : si tout est pardonné, si nous sommes acceptés sans condition, alors chacun peut faire n’importe quoi. Mais ce n’est pas la conception de la grâce proposée par l’Évangile, et ce n’est pas celle que nous prêchons. La grâce n’est pas un laxisme permettant de faire n’importe quoi, c’est une logique dans laquelle il faut entrer. Certes, chacun est bienvenu et accueilli, mais pour rester dans cette grâce et qu’elle devienne efficace, il faut vouloir la revêtir, en faire son habit, la montrer comme recouvrant notre vie imparfaite, en faire son identité, le cœur de sa vie, sa logique d’existence.

On ne peut pas prendre qu’une partie de la grâce, (comme le convive qui se contente d’être content de manger gratuitement au banquet), la grâce est un cadeau formidable, mais on ne peut pas en profiter indéfiniment pour faire n’importe quoi. Elle ne devient efficiente et on ne peut y rester que si on l’accepte pour qu’elle devienne une part de nous-mêmes. Il faut accepter de changer de vêtement, dépouiller le vieil homme pour revêtir l’homme nouveau. (Ep 4,17-24). Il n y a aucune condition pour pouvoir faire cela, aucun mérite demandé, il faut simplement le vouloir.

 
Problème du vêtement offert : un peu facile.
L’explication par le vêtement offert est séduisante, mais elle a des défauts. D’abord, les prédicateurs se la repassent comme une aubaine, mais personne ne dit d’où cela vient, ni n’est capable de citer une source, un texte antique expliquant cela. Peut-être est-ce vrai, mais cela sème le doute. Cette explication ne serait-elle pas trop plaisante pour être vraie ? Et d’ailleurs elle est dommage : elle ramollit le texte en le rendant facile et plausible. Or peut-être que précisément la difficulté du texte est intéressante. C’est tout de même souvent le cas dans la prédication du Christ, et on pourrait se demander si justement ce qui est dit là, c’est que le roi demande à son hôte quelque chose d’impossible pour lui.

On peut alors trouver plusieurs solutions. La première se trouve en regardant bien le texte. Le maître en effet voit l’hôte sans vêtement de noces, et ce n’est pas pour ça qu’il le met dehors : il lui parle, il lui dit : « mon ami, pourquoi n’as-tu pas de vêtement de noces ? ». Il n’y a aucune hostilité, au contraire, il l’appelle « ami » ce qui n’est pas rien. Et le texte dit qu’il ne répondit rien. C’est alors qu’il est mis dehors. L’hôte n’est donc pas mis dehors parce qu’il n’avait pas le bon vêtement, mais parce qu’il n’a pas parlé au maître. C’est cela qui est grave, certes il n’était pas parfait, ce qui peut être une image du péché, mais aucun de nous n’est parfait, ce qui est grave, c’est qu’il n’ait rien dit. Il aurait pu demander pardon. Personne ne nous reproche d’être imparfait, mais il faut avoir conscience de sa pauvreté, la reconnaître, la « confesser », ce qui veut dire la dire publiquement à Dieu et aux hommes. Dieu ne nous demande pas d’être sans péché, mais simplement d’accepter de rester en relation avec lui par la parole. Refuser de répondre, c’est se couper de Dieu, or c’est la relation avec Dieu qui nous sauve, c’est la parole qui s’échange entre Dieu et nous qui permet de dépasser toute notre imperfection et notre péché.

 nocesUne deuxième solution consiste à se rappeler qu’il ne s’agit pas d’une histoire vraie, mais d’une parabole, c’est-à-dire d’une comparaison. Dans la réalité, on sait bien qu’un pauvre n’a pas forcément les moyens de s’acheter un bel habit, mais là il ne s’agit pas de vêtement matériel, mais d’habit spirituel. Or tout le monde, quelle que soit sa richesse matérielle, peut s’habiller spirituellement pour rencontrer Dieu. Pour être dans la joie de la présence de Dieu, il faut s’habiller le cœur, il y a une démarche spirituelle pour essayer, tant que possible, d’élever son âme à Dieu. Ça c’est possible pour tous. Celui qui ne veut faire aucun chemin vers Dieu, mais juste se dire qu’il peut en profiter sans aucune démarche personnelle risque fort de ne pas comprendre la richesse de la grâce.

Revêtir un vêtement de noces pour rencontrer Dieu, c’est spirituellement ne pas rester en vêtement de travail, ou de voyage, mais s’habiller seulement pour la fête, pour Dieu. C’est le sens aussi du Sabbat : il faut garder du temps pour Dieu seul et ne pas toujours et sans cesse travailler, sinon on risque de passer à côté de Dieu. Il faut que dans sa vie on ne soit pas toujours en vêtement de travail, ou même en vêtements ordinaires, mais qu’on mette parfois un beau vêtement pour ne rien faire et juste se présenter devant Dieu, garder un temps pour entrer en relation avec Dieu pour la joie et la fête. Et cela n’est pas une question d’habit matériel donc, mais de disposition mentale et spirituelle, c’est possible à tous, et même aux plus pauvres.

L’Église d’une certaine manière concrétise cela, c’est un lieu où l’on va pour se reposer du chemin que l’on parcourt, ou du travail que l’on accomplit, juste pour savourer la joie et le bonheur d’être avec des frères et des sœurs. L’Église comme lieu de la présence de Dieu est un lieu de ressourcement, d’altérité par rapport au quotidien où l’on s’ouvre à l’extraordinaire. Et dans la présence de Dieu chacun est comme une mariée ou un marié à la noce, entouré de joie, de fête, d’amitié, de tendresse et d’amour. « Venez dit le Seigneur… car tout est prêt ! »

 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Le Seigneur préparera un festin ; il essuiera les larmes sur tous les visages » (Is 25, 6-10a)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé.
Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Car la main du Seigneur reposera sur cette montagne.

PSAUME
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ J’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. (Ps 22, 6cd)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi,
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

DEUXIÈME LECTURE
« Je peux tout en celui qui me donne la force » (Ph 4, 12-14.19-20)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens
Frères, je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force. Cependant, vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j’étais dans la gêne. Et mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, magnifiquement, dans le Christ Jésus. Gloire à Dieu notre Père pour les siècles des siècles. Amen.

ÉVANGILE
« Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce » (Mt 22, 1-14)
Alléluia. Alléluia. Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux pharisiens, et il leur dit en paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : ‘Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.’ Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : ‘Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.’ Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’ Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »
Patrick BRAUD

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24 septembre 2023

Vaut-il mieux dire ou faire ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Vaut-il mieux dire ou faire ?

Homélie pour le 26° Dimanche du temps ordinaire / Année A
01/10/2023

Cf. également :
L’évangile de la seconde chance
Justice punitive vs justice restaurative
Changer de regard sur ceux qui disent non
Les collabos et les putains
Rameaux, kénose et relèvement

1. Ils disent et ne font pas
Vaut-il mieux dire ou faire ? dans Communauté spirituelle mome-mosquée
La parabole des deux enfants (Mt 21,28-32) de ce dimanche semble claire, et elle satisfait notre mentalité moderne sécularisée très factuelle : peu importe les croyances religieuses des gens, seuls comptent leurs actes. Qui plus est, on se méfie des gens qui font de grandes déclarations la main sur le cœur mais qui en finale n’agissent pas. Notre époque est à l’orthopraxie, diraient les spécialistes, c’est-à-dire que nous accordons une importance majeure à ce qui est fait plus qu’à ce qui est dit ou pensé. Peu importe la religion ou la philosophie de quelqu’un : le seul critère est son action. Débattre de ce qu’il pense ou croit pour savoir si c’est vrai est superflu et inutile.

Les catholiques sont relativement à l’aise avec cette importance majeure donnée aux œuvres de quelqu’un. Ils s’appuient sur de nombreuses paroles de Jésus comme celle-ci : « ce ne sont pas ceux qui disent : ‘Seigneur,  Seigneur !’ qui entreront dans le royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père » (Mt 7,21).
Notre parabole semble nous encourager à dénoncer toute hypocrisie religieuse ‘à la pharisienne’ qui dit ‘oui’ des lèvres et ‘non’ de la main. La violente critique de Jésus à l’encontre des religieux de son époque rejoint celle de la parabole contre le premier fils : « ils disent et ne font pas » (Mt 23,3). Et pour une part, c’est vrai que ce divorce croissant entre l’enseignement de l’Église (sur l’amour, la morale, le pardon etc.) et ses pratiques institutionnelles (omerta sur les abus, hypocrisie face à l’argent et aux pouvoirs en place etc.) devient insupportable aux yeux de nos contemporains, et suffit à disqualifier son message.

L’affaire serait donc bouclée : la parabole des deux fils nous conforte dans l’idée qu’il vaut mieux faire que dire. « On juge l’arbre à ses fruits » (Mt 7,16-20), point barre.

 

2. Le débat entre la foi et les œuvres
Évidemment, les protestants sont moins à l’aise avec cette lecture univoque de la parabole. Car ce serait trancher le vieux débat entre la foi et les œuvres en faveur des œuvres.

la%2Bfoi%2Bou%2Bles%2Boeuvres dire dans Communauté spirituelleEst-ce mon action qui me sauve ? Ce serait contredire l’une des thèses majeures du Nouveau Testament : la gratuité du salut, don de Dieu. « Si ta bouche proclame que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a relevé d’entre les morts, alors tu seras sauvé » (Rm 10,9). Paul ne cesse de proclamer la supériorité – et l’antériorité – de l’action en nous de l’Esprit sur toutes nos actions. Pour lui, seule la foi justifie : « nous pensons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la Loi » (Rm 3,28). Il s’oppose ainsi – quasi frontalement – au frère de Jésus, Jacques, premier évêque de Jérusalem, qui rappelle en bon juif l’importance de l’observance de la Loi : « Vous voyez que l’homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement » (Jc 2,24). Pour Paul, observer la Torah sans croire au Christ ne sert à rien, ce sont des « œuvres mortes » : « Tendons la perfection d’adultes, au lieu de poser une nouvelle fois les fondements, à savoir : la conversion,  avec le rejet des œuvres mortes et la foi en Dieu » (He 6,1).   « Combien plus le sang de Christ, qui, par un esprit éternel, s’est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il votre conscience des œuvres mortes, afin que vous serviez le Dieu vivant ! » (He 9,14).
D’ailleurs, le premier qui entre au paradis dans les Évangiles n’est ni Pierre ni même Marie, mais un criminel qui n’a rien fait de bien dans sa vie sinon dire sa foi en Jésus au moment de mourir : « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23,42). Cette parole l’a sauvé, alors que ses actes le condamnaient.

Soutenir avec notre parabole qu’il vaut mieux dire ‘non’ à Dieu mais faire sa volonté, c’est basculer dans le camp de Jacques, pour qui le plus important est d’agir. Pourrait-on l’interpréter autrement ?

 

3. La parabole à l’envers
C’est bien sûr un protestant – le pasteur Marc Perrot – qui nous met sur la voie d’une autre interprétation possible de la parabole [1]. Il fait remarquer que de nombreux manuscrits, et non des moindres, ont interverti les deux fils dans leurs versions. Si bien que dans ces manuscrits c’est celui qui dit ‘oui Seigneur’ qui est conforme à la volonté du Père, même s’il ne va pas ensuite travailler à la vigne. La note de la TOB sur Mt 21,29 précise par exemple : « Certains manuscrits intervertissent l’ordre des réponses aux v. 29 et 30 ».
À la lecture de ces manuscrits, les copistes ont cru à une erreur : c’était impossible pour eux que la parabole loue celui qui dit ‘oui’ sans rien faire ! C’était contraire à la morale commune.

Et si c’était pourtant cette version qui était la plus intéressante, car plus radicale, plus à rebrousse-poil de nos représentations ? Il n’y a pas besoin de révélation pour louer celui qui va travailler à la vigne ! Alors que l’inverse…
publicains-prostituees-precedent-cl faireIntervertir les deux fils serait alors reconnaître que dire ‘oui Seigneur’ est plus important que de faire un tas de bonnes œuvres ; clamer son rejet : ‘je ne veux pas’ est plus grave que de ne pas aller à la vigne. D’ailleurs, les publicains et les prostituées ne font pas les œuvres de Dieu, et pourtant ils précèdent les pharisiens dans le royaume de Dieu ! Ceux qui reconnaissent Jésus ne changent pas de métier pour autant (sauf justement Lévy-Mathieu qui du coup comprend la difficulté de ses collègues à changer de métier !) : ils lui disent oui, avec passion et amour, mais ne peuvent gagner leur vie autrement. Ils confessent leur foi de tout leur cœur, mais ne deviennent pas pour autant de bons juifs religieux observant toute la Loi. Zachée par exemple rembourse quatre fois ce qu’il a volé dans son métier de publicain, mais ne renonce pas à ce métier, impur par essence aux yeux des juifs. De même on ne sait pas ce qu’a fait la prostituée qui a versé un parfum précieux sur les pieds de Jésus pour lui exprimer sa foi et son désir d’être pardonnée. Il n’est pas sûr qu’elle ait cessé de se prostituer ! Jésus n’a rien exigé d’elle pour lui accorder le salut. On ne sait rien non plus de ce qu’a fait le publicain de la parabole en descendant du Temple où son humble prière l’avait justifié, à l’inverse du pharisien se glorifiant de ses bonnes œuvres nombreuses et méritantes (Lc 18,9-14). Il n’est pas sûr qu’il ait cessé d’être publicain !
Remarquons en outre que Jésus dans la finale de la parabole loue les publicains et les prostituées qui ont cru (en la parole de Jean-Baptiste) même s’ils n’ont pas fait les bonnes œuvres justes. Comme quoi croire – dire oui – est plus important que faire…
Les publicains et les prostituées ne font pas la volonté du Père mais ils lui disent oui dans leur cœur de toutes leurs forces. Les pharisiens eux font la volonté de Dieu en obéissant à la Loi et en accomplissant tout ce qu’elle prescrit, mais ils ne disent pas oui à Jésus, ni ne le reconnaissent comme Seigneur. L’humble désir confiant des pécheurs contrits incapables d’observer la Loi vaut mieux que l’orgueilleuse fidélité des pharisiens aux œuvres de la Loi tout en disant non à Jésus.

En outre, le comportement de celui qui dit non puis change d’avis n’est pas au-dessus de tout soupçon. La traduction liturgique écrit : « s’étant repenti, il y alla ». Petite erreur de traduction : le verbe employé par Mathieu en grec n’est pas se repentir (μετανοέω = metanoeo), mais se rétracter, revenir en arrière (μεταμέλομαι = metamelomai). Autant le repentir est bien vu car lié au salut, autant la rétractation est mal vue car contraire à la fidélité. Ainsi Dieu ne se rétracte jamais quand il engage sa parole : « Le Seigneur l’a juré, et il ne se rétractera (μεταμέλλομαι = metamellomai) pas : ‘Tu es prêtre pour toujours à la manière de Melchisédech’ » (Ps 110,4 LXX).
Le seul autre usage du verbe « se rétracter » dans l’Évangile de Matthieu est pour… Judas : « en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, se rétracta (μεταμεληθεὶς) ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens » (Mt 27,3). Judas s’aperçoit qu’il s’est trompé dans son calcul politique, lui qui avait imaginé être le médiateur d’une alliance entre Jésus et les chefs juifs pour chasser les Romains d’Israël. Voyant que cela ne marche pas, il revient en arrière, il se rétracte, et ne veut rien garder de l’accord passé auparavant, d’où la reddition des 30 deniers. Mais ensuite, il va se pendre ! Se rétracter ne conduit donc pas forcément au salut…

Comparer à Judas le fils qui dit non n’est vraiment pas en sa faveur, quoi qu’il fasse ensuite.
Par contre le fils qui dit oui proclame sa foi en appelant son père ‘Seigneur’, profession de foi reconnaissant le Christ comme tel. « Si ta bouche proclame que Jésus est Seigneur… »
Retourner ainsi à l’envers cette parabole permet de ne pas contredire la gratuité du salut, qui ne s’obtient pas par les œuvres, mais par la foi.

Marc Perrot commente : « C’est comme cela que cette parabole permet de comprendre la suite de ce que Jésus dit à ses disciples : il compare les prostituées, les pécheurs, qui certes ne font pas les bonnes œuvres de la Loi, mais qui, peut-être de tout leur cœur, aimeraient aimer, et demandent pardon à Dieu, avec les pharisiens, professionnels des bonnes œuvres, mais qui se placent eux-mêmes au centre de leur religion avec leurs mérites ».

 

4. La dialectique de la foi et des œuvres
La Tradition a retenu la première version du texte, apparemment favorable au salut par les œuvres. La mémoire de l’autre version n’a pas pour autant totalement disparue. Et tout le Nouveau Testament est parcouru par cette tension entre la foi et les œuvres : des centaines de passages vont dans le premier sens, des centaines dans le second.
Le pasteur Marc Perrot rassemble les deux interprétations de la parabole : « Nous sommes sauvés, non par les œuvres, mais par la foi… mais néanmoins ne nous contentons pas de paroles ou de pseudo bonne volonté, et accomplissons la volonté de notre Père, nous avons bien là deux paraboles non pas contraires, mais complémentaires. Et il n’y a peut-être pas à choisir un sens ou l’autre, les deux sont importants et justes ».
Massacre de la St Barthélémy (1572)N’oublions pas que le débat de la Réforme autour de la foi et des œuvres a mis l’Europe à feu et à sang ! Au XVI° siècle, il n’a pas été résolu de manière satisfaisante, car les anathèmes et excommunications réciproques ont fracturé l’Église d’Occident et bientôt les colonies lointaines en de multiples Églises  apparemment irréconciliables.

Heureusement, l’œcuménisme a effectué un formidable travail exégétique, historique, théologique et spirituel au XX° siècle. On peut dire aujourd’hui que cette querelle est – sur le fond – désormais dépassée. En témoigne la « Déclaration commune sur la justification par la foi », de la Fédération luthérienne mondiale et de l’Église catholique en 1999, signée également par les anglicans en 2017.

N° 15. « Nous confessons ensemble : c’est seulement par la grâce au moyen de la foi en l’action salvifique du Christ, et non sur la base de notre mérite, que nous sommes acceptés par Dieu et que nous recevons l’Esprit Saint qui renouvelle nos cœurs, nous habilite et nous appelle à accomplir des œuvres bonnes ».
N° 19. « Nous confessons ensemble que la personne humaine est pour son salut entièrement dépendante de la grâce salvatrice de Dieu. »
N° 20. « Lorsque les catholiques affirment que, lors de la préparation en vue de la justification et de son acceptation, la personne humaine « coopère » par son approbation à l’agir justifiant de Dieu, ils considèrent une telle approbation personnelle comme étant une action de la grâce et non pas le résultat d’une action dont la personne humaine serait capable. »

Luthériens, catholiques et anglicans ont levé leurs excommunications, et partagent ce qu’on appelle un ‘consensus différencié’ sur l’enjeu de notre parabole. Tous proclament que le salut est gratuitement donné par Dieu sans que personne ne puisse le mériter. Les catholiques insistent cependant sur la vitalité de la foi agissant au cœur de l’homme renouvelé par Dieu, et produisant des œuvres de charité et de justice. Les protestants insistent quant à eux sur l’entière dépendance de l’homme vis-à-vis de l’Esprit pour accomplir ce qui est bien.

dialectique-foi-oeuvres-bocal1 foiN° 38. « Selon la conception catholique, les bonnes œuvres qui sont réalisées par la grâce et l’action du Saint-Esprit contribuent à une croissance dans la grâce afin que la justice reçue de Dieu soit préservée et la communion avec le Christ approfondie. Lorsque les catholiques affirment le « caractère méritoire » des bonnes œuvres, ils entendent par-là que, selon le témoignage biblique, un salaire céleste est promis à ces œuvres. Loin de contester le caractère de ces œuvres en tant que don ou, encore moins, de nier que la justification reste un don immérité de grâce, ils veulent souligner la responsabilité de la personne pour ses actions ».

C’est un peu comme l’enfant et le poisson rouge de l’image ci-contre [2] : l’enfant regarde le poisson de l’extérieur du bocal-aquarium, et déclare à raison que ce bocal est convexe. Le poisson rouge regarde l’enfant de l’intérieur du bocal, et déclare à raison celui-ci concave. Ainsi Jacques, regardant les choses extérieurement, dit que nous sommes sauvés par les œuvres. Tandis que Paul, regardant les choses de l’intérieur, proclame que nous sommes justifiés par la foi. Les deux ne sont pas en désaccord. Ils sont en tension dialectique. C’est dire qu’il faut changer de point de vue pour comprendre comment les deux s’opposent et s’articulent, selon un processus qu’on qualifierait aujourd’hui de systémique : la foi procure gratuitement le salut, faisant ainsi du croyant une créature nouvelle capable de produire  – dans la force de l’Esprit – des œuvres de charité et de prière qui font grandir davantage encore la grâce, qui se répand à nouveau par la foi etc. Et cette boucle ne finit jamais.

On peut tenter de schématiser cette dialectique ainsi :

Dialectique Foi Oeuvres 

Alors, au final, vaut-il mieux dire ou faire ?
Au lieu de répondre trop vite, parcourons la parabole des deux fils dans un sens puis dans l’autre, puis à l’envers, puis à nouveau etc., jusqu’à ce que la question s’efface au profit de la seule joie d’entendre l’appel du Seigneur : « mon enfant, va travailler à ma vigne ».

 


[1]. Pasteur de l’Église protestante unie de l’Étoile, à Paris ; cf. https://etoile.pro/accueil-2?view=article&id=915:la-parabole-des-deux-fils&catid=22:catechisme

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Si le méchant se détourne de sa méchanceté, il sauvera sa vie » (Ez 18, 25-28)

Lecture du livre du prophète Ézékiel
Ainsi parle le Seigneur : « Vous dites : ‘La conduite du Seigneur n’est pas la bonne’. Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui n’est pas la bonne ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, commet le mal, et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra. Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Il a ouvert les yeux et s’est détourné de ses crimes. C’est certain, il vivra, il ne mourra pas. »

PSAUME
(Ps 24 (25), 4-5ab, 6-7, 8-9)
R/ Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse. (Ps 24, 6a)

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

DEUXIÈME LECTURE
« Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 1-11)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens
Frères, s’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage avec amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la compassion, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres.
Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : ayant la condition de Dieu, il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

ÉVANGILE
« S’étant repenti, il y alla » (Mt 21, 28-32)
Alléluia. Alléluia. Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ; moi, je les connais, et elles me suivent. Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. »
Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. »
Patrick BRAUD

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3 septembre 2023

Avertir le méchant

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Avertir le méchant

Homélie pour le 23° Dimanche du temps ordinaire / Année A
10/09/2023

Cf. également :
Allez venez, Milord
Lier et délier : notre pouvoir des clés

La correction fraternelle
L’Esprit saint et nous-mêmes avons décidé que…
L’Aujourd’hui de Dieu dans nos vies

« Nous sommes en 1938 ! »
Avertir le méchant dans Communauté spirituelle
C’est le titre d’une tribune de l’essayiste Nicolas Baverez dans le Figaro du 28 février 2022, quelques jours après la tentative d’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine. Il y traçait un parallèle convaincant entre les erreurs des diplomaties européennes dans les années 30 envers Hitler et les erreurs actuelles de l’Europe et de ses alliés envers Poutine. Hitler n’est pas apparu du jour au lendemain sur la scène internationale. Il est monté progressivement en puissance sans que personne n’ose mettre un coup d’arrêt à son ascension tant que cela était possible. Rappelez-vous : les lois antijuives ne suscitèrent que des protestations verbales sans conséquences, la remilitarisation de la Rhénanie ne rencontra aucune opposition réelle, l’annexion de l’Autriche sous prétexte qu’ils parlaient allemand et que les Sudètes étaient des Allemands à protéger (argument repris par Poutine pour la Crimée et le Donbass !), l’annexion de la Tchécoslovaquie et finalement de la Pologne : toutes ces étapes d’un projet délirant se sont accomplies sans réelle intervention des démocraties européennes. On raconte qu’Hitler lui-même aurait reconnu être surpris par la lâcheté française : si on l’avait stoppé manu militari dès le début, il se serait retiré. Ces coups de bluff ont été payants, grâce à la lâcheté des démocraties européennes.

La conférence de Munich en 1938 consacra cette diplomatie de l’impuissance, acceptant toutes les concessions diplomatiques pour éviter une guerre que la couardise des Français et des Anglais avaient rendue inévitable. D’où le célèbre reproche cinglant de Churchill à Chamberlain en mai 1940 : “Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre”.

Le parallèle entre l’impuissance de 1938 et celle de 2022 est saisissant. Poutine devient premier ministre de la Russie en 1999. Il commence par intensifier la guerre contre les tchétchènes qualifiés de terroristes qu’il va « buter jusque dans leurs chiottes ». Il installe une marionnette pro-russe à la tête de la Tchétchénie : Kadirov jouera, avec Loukachenko l’autre marionnette biélorusse, le rôle de ‘bad cop’ dans la guerre contre l’Ukraine. Poutine  ne s’arrête pas là : en 2008, il prend prétexte des revendications pro-russes des régions séparatistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud pour déclencher une guerre contre la Géorgie. Avec déjà les mêmes méthodes : ‘protéger’ les russophiles en envahissant les territoires, délivrer un maximum de passeports russes, exiler les récalcitrants etc. Biélorussie, Tchétchénie, Géorgie… : pendant ce temps, il s’assurait de la neutralité bienveillante de son voisin chinois, qui lui laisse les mains libres à l‘Ouest. Si on ajoute à cela l’intervention militaire en Libye, en Syrie et maintenant en Afrique de l’Ouest (via Wagner), et la modernisation d’une armée de 900 000 hommes, on a le tableau d’une montée en puissance à laquelle personne n’a osé s’opposer vraiment avant l’invasion de l’Ukraine. Et encore ! La riposte défensive que soutiennent les alliés de l’Ukraine laisse  perplexe. Imagine-t-on soutenir un pays agressé en lui interdisant de vaincre son agresseur ? Pouvait-on défendre Paris sans bombarder Berlin ?

Une affiche montrant le visage de Poutine et d'Hitler, lors d'une manifestation pour l'Ukraine à Barcelone.Nicolas Baverez a hélas raison de comparer 1938 et 2022 :
« L’histoire ne se répète pas mais nous livre des enseignements précieux. Si notre monde diffère de celui de l’entre-deux-guerres, la configuration géopolitique présente des ressemblances troublantes. La stratégie de Vladimir Poutine pour remettre en question l’ordre international, assouvir sa soif de revanche et reconstruire l’empire soviétique épouse les étapes de la constitution par Hitler d’un espace vital pour le III° Reich… »

Pourquoi cette longue introduction historique ? Parce que la première lecture (Ez 33,7-9) de ce dimanche ne s’applique pas qu’aux relations interpersonnelles seulement : elle vaut également pour les nations. « Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang ».

Ne pas avertir le méchant, Hitler ou Poutine ou tout autre tyran, c’est devenir complice du malheur à venir, c’est se condamner à subir le déshonneur et la guerre. L’avertissement doit être rigoureux, et d’ailleurs Jésus dans l’Évangile de ce dimanche (Mt 18,15-20) va jusqu’à envisager l’exclusion de la communauté si la correction fraternelle ne fait pas changer celui qui commet le mal. Paul appliquera cette pédagogie jusqu’au bout en demandant d’exclure de la communauté de Corinthe un incestueux qui ne voulait pas changer de conduite (1Co 5,1-13).

Étouffer le mal dans l’œuf, l’éradiquer avant qu’il ne soit trop fort : voilà une responsabilité spirituelle qui demande courage, discernement, et force d’intervention !

 

Socrate versus Augustin

Nul n’est méchant volontairement”
 Augustin dans Communauté spirituelle
Mais qui est le méchant qu’Ézéchiel et nous-mêmes devons avertir ?
On n’ose plus guère employer ce terme de méchant, peut-être par peur du jugement moral, ou pour éviter tout conflit. Socrate trouve même une excuse pour ne pas essentialiser le méchant, pour ne pas le réduire à sa méchanceté : “Nul n’est méchant volontairement”, affirme-t-il (dans le Protagoras de Platon).

Si la méchanceté peut être définie comme le fait de causer du tort à quelqu’un délibérément, alors pour Socrate, elle ne peut constituer un trait de caractère humain. Selon lui, en effet, les personnes méchantes agissent par aveuglement, sans savoir qu’elles font le mal : « Nul n’est méchant volontairement ». Comment comprendre cette formule étonnante ? Le philosophe précise que tout le monde désire le bien et que personne ne peut vouloir le mal pour le mal. Le bien est la source de toutes nos actions. Il arrive ainsi que certains commettent le mal malgré eux par ignorance, parce qu’ils ont pris le mal pour le bien ou parce que leur point de vue était mal renseigné : ils ne comprennent pas, par exemple, qu’en se comportant de manière injuste se rendent malheureux et se font du mal à eux-mêmes. Dans ces conditions, ce qu’on prend pour de la méchanceté ne repose finalement que sur un malentendu ou un défaut de connaissance. Être méchant pour Socrate, c’est tout au plus commettre une erreur d’appréciation sur la véritable nature du bien. Si Socrate continue de nous parler, c’est que nous savons que la liberté ne consiste pas (seulement) à vouloir, mais aussi à savoir ce que nous faisons.

C’est une piste que suit la traduction grecque d’Ézéchiel (la LXX) en employant le nom pécheur au lieu de méchant. Or le pécheur est celui qui commet un péché, mais ne s’y réduit pas. Alors que le méchant l’est par essence, et c’est sa nature de commettre le mal. D’ailleurs en grec le mot péché ἁμαρτία (hamartia) signifie : manquer sa cible. Le pécheur (méchant) se trompe lui-même en poursuivant une autre cible que celle qui lui permettrait de devenir lui-même. Il manque sa cible en se trompant de cible. Il confond la gloire et l’amour, la richesse et le bonheur, la domination et la reconnaissance, la soumission et la fidélité, la force et l’efficacité… Aucun homme ne fait le mal volontairement, car le mal est essentiellement nuisible à qui le commet. Or aucun homme ne saurait vouloir se nuire à lui-même. Celui qui fait le mal croit forcément faire le bien, mais se trompe sur la réalité du bien. Quant à celui qui fait le mal, tout en prétendant connaître le bien, il se leurre sur la réalité de sa connaissance.

ze-conseil-du-jeudi-20180621-1024x1024 HitlerC’est pourquoi Jésus cloué sur la croix prie pour les soldats qui sont alors les méchants du Calvaire : « Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Et Paul renchérit : « s’ils avaient su, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire » (1Co 2,8). Pour tout une tradition chrétienne, avertir le méchant c’est lui ouvrir les yeux sur la réalité de ses actes, afin qu’il s’en détourne et qu’il vive, selon la parole d’Isaïe que Jésus aime à répéter : « je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive » (Ez 18,23;33,11). Car le méchant est un aveugle qui s’ignore. Il ne sait pas ce qu’il fait. Par exemple, le roi David est dans le rôle du méchant lorsqu’il désire Bethsabée, puis la viole, et fait tuer son mari militaire en l’envoyant au front ! Aveuglé par son désir qu’il confondait avec l’amour, David se trompait de cible en poursuivant cette liaison adultère, assassine et violente. Il faudra le courage du prophète Nathan pour lui ouvrir les yeux, grâce à la parabole d’un riche qui dépouille un pauvre vigneron de sa vigne unique : « cet homme, c’est toi » (2S 12,7). Là enfin, David prend conscience de ce qu’il a fait, et change radicalement.

Avertir le méchant, si l’on suit cette ligne Socrate–Ézéchiel–Nathan–Jésus, c’est d’abord croire en sa dignité humaine, voilée par son péché, mais potentiellement réactivable. Puis c’est avoir le courage de lui dire ses quatre vérités en lui mettant sous les yeux la réalité du mal commis. Et enfin lui ouvrir une voie de changement radical (techouva = retour à Dieu) pour qu’il reprenne sa place dans la communion fraternelle (cf. Ez 18,21.27;33,14–15).

Attention cependant : les justes risquent de trouver cette miséricorde injuste ! Israël a très vite pensé que la miséricorde de YHWH envers les païens était exagérée : « si le méchant se détourne de sa méchanceté, pratique le droit et la justice, et en vit, alors vous dites : ‘La conduite du Seigneur est étrange’ » (Ez 33,19-20). Dans l’évangile de Luc, le fils aîné de la parabole s’indigne de la possibilité offerte à son frère prodigue de revenir à la table familiale, fêté en héros avec du veau gras à profusion. Jésus a dû souvent répéter ce passage d’Ézéchiel à ceux que scandalisait son bon accueil des pécheurs : « Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (Mt 9,13).
Avertir le méchant, c’est paradoxalement s’exposer à la colère des « gentils » qui ne veulent pas que d’autres obtiennent par grâce ce que eux ont eu tant de mal à acquérir par le mérite…

 

Le simple plaisir de faire ce qui est défendu”
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Saint Augustin quant à lui prend l’exact contre-pied de Socrate ! Il incarne une autre tradition chrétienne – tout aussi légitime – plus réaliste, voire pessimiste. Il observe : « Nul n’est méchant que par le fait de sa volonté propre. Qui le nie ? » Pour lui, le mal est toujours accompli par un coupable pécheur. Et il sait de quoi il parle, puisqu’il raconte dans les Confessions comment il a volé des poires dans un verger alors qu’il était adolescent, non par gourmandise puisqu’elles n’étaient ni belles ni bonnes et qu’il ne les a pas mangées, mais par volonté de transgression, c’est-à-dire par pure malice : « Ce n’est pas de l’objet convoité par mon larcin, mais du larcin même et du péché que je voulais jouir », écrit-il. Comme il se le reproche des années plus tard, une fois converti au Christ, Augustin dit alors avoir éprouvé une étrange volupté à accomplir ce qui était interdit et s’étonne d’avoir aimé sa propre « difformité ». Cette expérience lui a donc permis de découvrir sa propre méchanceté et de s’interroger sur l’origine de ce plaisir pris à commettre le mal.
Dans son Traité du libre arbitre, il écrit: «Dieu a conféré à sa créature, avec le libre arbitre, la capacité de mal agir, et par-là même, la responsabilité du péché.» Ou encore : «Ce qui ne serait pas fait volontairement ne serait ni péché, ni bonne action; et ainsi, le châtiment aussi bien que la récompense serait injuste, si lhomme navait pas une volonté libre.» Il ne peut y avoir de justice si l’on ne peut pas attribuer une volonté libre et donc une responsabilité à celui qui agit. Ce qui est devenu une évidence pour nous a nécessité une véritable révolution philosophique. Il aura fallu introduire l’idée du péché pour ouvrir la porte à celle de la responsabilité morale. Socrate pouvait concevoir que l’agir soit infléchi par les désirs les plus irrationnels. Il ne pouvait imaginer une âme qui se donnerait pour visée explicite le mal. Une fois l’idée de la nature pécheresse de l’homme établie, l’articulation du mal et de la liberté devenait pensable.

HannibalFinal1.0 PoutinePour autant, les humains sont-ils condamnés à faire le mal lorsque la situation semble l’imposer ? Pas nécessairement. Le mal n’est que la conséquence logique de notre faculté à être libres. Même si nous « voulons » le bien, nous restons toujours et irréductiblement libres d’agir autrement, de nous soustraire aux injonctions de la morale et donc de faire le mal. Être méchant, c’est donc plutôt être faible et faillible, céder à ce que Kant appelle « une fragilité de la nature humaine ».

Augustin n’en tire pas la conclusion que nous serions par nature totalement méchants. Il pose les bases de ce qu’on appellera après lui le péché originel. C’est d’abord le triste constat que tout être humain est traversé par l’inclination au mal, et qu’il peut prendre plaisir à y céder.
Ne soyons donc pas naïfs. Excuser le mal ne sert à rien. Il faut le combattre, et cela commence par appeler un chat un chat, à ne pas travestir le mal en bien, et à avertir le méchant que sa conduite le mène à sa perte. Le mal n’est pas commis involontairement, mais en toute conscience, lucidement. Il y en chacun de nous une inclination à aimer le mal pour lui-même, à y prendre du plaisir en sachant que c’est mal.
Étaler sous les yeux de Poutine les centaines de milliers de morts, de blessés, d’exilés de la guerre qu’il mène ne suffira pas à le détourner du mal. Il en faudra davantage.

Avertir le méchant demande alors de l’empêcher de nuire et non pas de se contenter de lui ouvrir les yeux. Et s’il a fallu pour cela bombarder Berlin, c’était un moindre mal par rapport aux millions de morts et de déportés qu’aurait engendré une non-intervention complice. En 1945, c’était déjà hélas trop tard…

 

Avertis, sinon tu mourras !
 Socrate
Quelle que soit la ligne choisie, Socrate ou Augustin, Ézéchiel prévient : si tu ne le fais pas, le méchant finira par mourir de sa méchanceté mais à toi « je demanderai compte de son sang ». Si par contre tu avertis le méchant, quelle que soit sa réponse, toi tu auras sauvé la vie. Voilà l’effet boomerang de l’avertissement : il revient à son expéditeur en cause de salut, alors que l’inaction condamne celui qui laisse le mal se propager.
Même sur la pelouse d’un stade, l’arbitre ne doit pas hésiter à sortir le carton jaune, voire rouge, pour avertir un joueur de son comportement hors-jeu.

Si nous avons peur du méchant – en entreprise, en famille, en Église, dans la vie associative etc. – qu’au moins la peur de mourir nous-même (moralement, spirituellement) nous pousse à l’interpeller !

Avertir le méchant est une question de vie ou de mort.
Prions pour trouver en nous le courage de dénoncer le mal sans trembler, sans oublier que nous sommes aussi capables d’être le méchant d’un autre…

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Si tu n’avertis pas le méchant, c’est à toi que je demanderai compte de son sang » (Ez 33, 7-9)

Lecture du livre du prophète Ézékiel
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

PSAUME
(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

DEUXIÈME LECTURE
« Celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi » (Rm 13, 8-10)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère,tu ne commettras pas de meurtre,tu ne commettras pas de vol,tu ne convoiteras pas. Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour.

ÉVANGILE
« S’il t’écoute, tu as gagné ton frère » (Mt 18, 15-20)
Alléluia. Alléluia. Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui : il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation. Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
 Patrick BRAUD

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