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24 novembre 2012

Non-violence : la voie royale

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Non-violence : la voie royale

Homélie pour la fête du Christ Roi
25/11/2012

La preuve suprême de la puissance, c’est de ne pas l’utiliser

« Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici. » (Jn 18,36)

La preuve suprême de la royauté de Jésus réside ici dans sa non-violence.

« Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges ? » (Mt 26,53)

Le refus d’utiliser la force armée, la contrainte, la puissance pour se faire reconnaître cause à la fois sa perte et sa grandeur.

À la différence des rois d’Israël qui voyaient dans leurs succès militaires la preuve de l’élection divine, à la différence de Mahomet qui imposa par l’épée l’islam aux pays arabes, Jésus – lui – a préféré perdre son procès plutôt que de s’imposer, être rayé du monde des vivants plutôt que de tuer lui-même, être assimilé à un maudit plutôt que de maudire.

Or il avait cette puissance, et il aurait pu l’exercer pour dominer ses accusateurs. Mais il préfère garder le silence, se laisser maltraiter, éliminer, plutôt que d’obliger Hérode à croire en lui grâce à des prodiges époustouflants, plutôt que de forcer Pilate à s’incliner devant lui en se montrant dans toute sa gloire.

Étonnante stratégie que cette non-violence royale.

Seul les forts qui n’ont pas de doute sur leur identité peuvent ainsi accepter de ne pas recourir à la violence pour l’imposer.

Seul les forts ne se sentent pas déstabilisés par l’agression d’autrui, au point de n’avoir pas besoin de rétablir la vérité qui finira toujours par triompher d’elle-même tôt ou tard.

Cette non-violence fut caractéristique des premiers témoins du Christ : les martyrs dans l’arène romaine ne criaient pas leur haine et ne se débattaient pas violemment contre leurs ennemis. Non : ils chantaient, ils priaient pour ceux qui les persécutaient. Ils ne prêchaient pas le soulèvement armé pour résister à Néron, car ils savaient que la violence n’aurait alors fait que changer de maître, pas de nature. À la différence des djihadistes et autres kamikazes qui croient servir leur Dieu à travers des attentats, des suicides explosifs, des violences terroristes, les martyrs chrétiens témoignent depuis 2000 ans que la violence ne sert finalement à rien. Elle est non seulement inefficace, mais également contre-productive : la violence nourrit le sentiment de revanche, la force nourrit la haine, la victoire des armes prépare la défaite dans les coeurs.

Et surtout, la violence est contraire à la royauté du Christ : la façon dont le Christ désire régner est celle de l’amour, librement choisi et donné.

Explorons le rôle qu’a joué la violence dans la vie de Jésus, en pensant à la nôtre bien sûr.

 

La violence comme réponse à l’Évangile

Dès sa naissance, Jésus semble déchaîner la violence autour de lui par sa seule présence. Non-violence : la voie royale dans Communauté spirituelle massacre-des-innocents-poussinLe massacre des innocents rapporté par Luc a sûrement pour but de faire un parallèle inversé entre la naissance de Jésus et la libération d’Égypte marquée par la 10° plaie où les premiers-nés égyptiens sont exterminés par l’ange de la mort. Quoi qu’il en soit de la réalité historique, la réaction du roi Hérode à la bonne nouvelle de la naissance du Messie est passée rapidement de la curiosité à la jalousie meurtrière.
Voilà donc un roi qui envoie ses gardes contre celui qui refusera de faire de même…

Par la suite, les paroles et les actes de Jésus susciteront tellement de crainte de la part des puissants qu’ils vont s’allier pour conspirer contre lui, et le faire tomber sous de fausses accusations. Plusieurs fois on veut lapider ce prophète si radical ; plusieurs fois on lui manifeste mépris et exclusion. Et bien sûr, toute cette opposition culminera lors du procès et de la Passion en violence physique, morale, religieuse d’une intensité indicible.

 

La violence de l’Évangile

Jésus refuse de s’imposer par la force, et pourtant il n’hésite pas à utiliser une certaine forme de violence au service de l’Évangile. Quand il chasse les vendeurs du Temple de Jérusalem à coups de fouet (Jn 2,15), on est loin d’un doux Jésus sulpicien et un peu guimauve. Quand il traite les pharisiens d’hypocrites (Mt 23, 13-29) et les scribes de sépulcres blanchis (Mt 23,27) on ne peut pas dire qu’il soit mièvre ou « peace and love » ; quand il défie Hérode, « ce renard » (Lc 13,32), ou les juifs qu’il accuse d’avoir le diable, le menteur pour Père (Jn 8,44), il est plus proche du Jésus de Pasolini (dans le film l’Évangile selon Matthieu, 1964) que de celui de Zeffirelli (dans le film Jésus de Nazareth, 1977).

D’ailleurs Jésus a diagnostiqué que le royaume de Dieu souffre violence : « le Royaume de Dieu est annoncé, et tous s’efforcent d’y entrer par violence » (Lc 16,16).

S’il est non violent, Jésus n’en est pas pour autant dépourvu de combativité : son fighting spirit se traduit en gestes symboliques perçus comme scandaleux et en paroles tranchantes.

 

Le roi non-violent

Reste que la formidable puissance dont il dispose, Jésus n’a jamais voulu l’utiliser contre ses détracteurs. Il a déçu nombre de ses disciples à cause de cela, en refusant de les lancer dans la lutte armée contre l’occupant romain. Judas en sera tellement meurtri qu’il le livrera aux chefs du peuple.

Piètre révolutionnaire qui n’organise pas ses troupes pour la conquête du pouvoir !

Sans doute Jésus sait-il d’expérience – la longue expérience d’Israël remplie de sang et de vengeance – que l’usage de la force n’engendre qu’injustice et ressentiment de génération en génération : « Remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. » (Mt 26,52)

Plus encore, parce qu’il reçoit sa royauté de son Père, Jésus est non violent par nature.

Car Dieu règne lorsque la libre adhésion de ses amis les fait entrer dans son intimité. Pas lorsqu’on veut imposer la foi en forçant les consciences et les libertés.

9782873564599 Christ dans Communauté spirituelleLa non-violence de Jésus, en ce sens, ne ressemble pas à celle de Gandhi ou de Martin Luther King : c’est plutôt l’inverse. La non-violence du Christ est à la source de notre courage non-violent. C’est en le contemplant que nous pouvons trouver la force de ne pas céder à la violence. C’est en le suivant que nous pouvant endurer sans répondre au mal par le mal. C’est en communiant à son être que nous adopterons une juste attitude vis-à-vis de ceux qui nous font souffrir.

Ni vengeance ni lutte armée : la royauté du Christ nous indique une autre voie pour régler nos conflits, nos inévitables dissensions.

Alors, devant Pilate, Jésus est lucide : la violence de la justice romaine va le broyer, il le sait bien ; la haine des responsables juifs va l’humilier, il en a transpiré du sang à Gethsémani ; l’aveuglement de la foule va demander sa crucifixion, il y est préparé. Ce n’est pas en luttant par les armes que lui ou ses disciples pourraient renverser la situation. C’est en aimant jusqu’au bout ceux qui le détestent que la royauté du Christ vaincra le déferlement de violence qui s’abat sur lui.

Le concile Vatican II le dira en une formule-clé : « le Concile déclare [?] que la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance. » (Dignitatis Humane 1)

 

La non-violence évangélique est encore une idée neuve dans notre humanité.

De nos familles aux peuples des nations, en passant par nos entreprises ou nos quartiers, c’est la voie royale pour devenir avec le Christ de véritables artisans de paix autour de nous. 

 

1ère lecture : La royauté du Fils de l’homme (Dn 7, 13-14)

Lecture du livre de Daniel

Moi, Daniel,
je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui.
Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

Psaume : 92, 1abc, 1d-2, 5

R/ Jésus Christ, Seigneur, tu règnes dans la gloire.

Le Seigneur est roi ;
il s’est vêtu de magnificence,
le Seigneur a revêtu sa force. 

Et la terre tient bon, inébranlable ;
dès l’origine ton trône tient bon,
depuis toujours, tu es.

Tes volontés sont vraiment immuables :
la sainteté emplit ta maison,
Seigneur, pour la suite des temps.

2ème lecture : Le sacerdoce royal des sauvés (Ap 1, 5-8)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Que la grâce et la paix vous soient données, de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts, le souverain des rois de la terre.
À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père, à lui gloire et puissance pour les siècles des siècles. Amen.
Voici qu’il vient parmi les nuées, et tous les hommes le verront, même ceux qui l’ont transpercé ; et, en le voyant, toutes les tribus de la terre se lamenteront. Oui, vraiment ! Amen !
Je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, je suis celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant.

Evangile : « Je suis roi » (Jn 18, 33-37)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le règne de David notre Père, le Royaume des temps nouveaux ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Alléluia. (cf. Mc 11, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Lorsque Jésus comparu devant Pilate, celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ? »
Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? »
Jésus déclara : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici. »
Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. »
Patrick Braud

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3 novembre 2012

Simplifier, Aimer, Unir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Simplifier, Aimer, Unir

 

Homélie du 31° Dimanche du temps ordinaire / Année B
04/11/2012

 

 

Il y a trois appels dans cet évangile.

 Trois appels qui tournent autour de 3 verbes :

 

1) SIMPLIFIER

Le 1er appel, c'est un appel à simplifier.

Simplifier beaucoup de choses dans notre vie.

On pose la question à Jésus : « quel est le plus grand commandement ? »

Vous savez sans doute que pour être juif, il faut respecter 613 commandements à la lettre, et ceci de manière pointilleuse, voire scrupuleuse, au point que çà peut en devenir obsessionnel. Et voilà que Jésus simplifie : au lieu de 613 commandements, il va en donner 2 qui n'en font qu'un.

Je crois que c'est une habitude profondément sage : nous sommes appelés à simplifier votre vie, à simplifier notre manière de pratiquer notre foi.

 

Simplifiez votre vie.
C'est à dire : allez à l'essentiel de ce qui vous unit aux autres, ne vous laissez pas arrêter par ce qui est secondaire, parce ce qui n'est finalement que détail.

Simplifier sa vie, cela peut vouloir dire aussi avoir le courage de mener une vie simple, de refuser une vie qui serait trop superficielle ou trop mondaine, où les facilités financières vous entraîneraient à être loin de vous-mêmes.

Avoir le goût des choses simples et ensemble goûter le bonheur simple que Dieu vous donne.

Cela veut dire aussi simplifier votre relation à Dieu.
La foi chrétienne n'est pas compliquée, elle est très simple. Il s'agit de faire confiance ; lorsqu'on aime quelqu'un, au point de lui donner sa vie dans le mariage, c'est la même chose avec Dieu : on peut lui faire confiance et lui remettre sa vie.

Simplifiez votre relation à Dieu pour qu'elle devienne profonde, moins intellectuelle et plus existentielle, plus personnelle.

Simplifiez aussi les relations entre nos Églises.

Quelquefois, entre les Églises, on se perd dans des détails historiques ou des controverses de points virgules ou de points d'exclamation?.

Il nous faut un tissu conjonctif entre nos Églises, des personnes, des familles qui nous redisent que l'essentiel est d'aimer, ou plutôt que l'essentiel c'est de se laisser aimer par quelqu'un de plus grand que nous.

Nous avons besoin d'avoir des « couples mixtes » comme l'on dit dans notre jargon, pour qu'entre les Églises pentecôtiste et catholique, et aussi les autres Églises protestantes ou orthodoxes nous sachions revenir à l'essentiel et simplifier la foi autour de ce qu'il y a de plus fondamental : le Christ, mort et ressuscité, qui nous aime et qui nous ouvre un chemin de vie.

Voilà le 1er appel qui résonne ce Dimanche.

 

Simplifiez, ne vous laissez pas envahir par ce qui est secondaire, restez attachés à ce qu'il y a de plus important… : cela demande un grand discernement.
Savoir discerner ce qui est le plus important pour savoir faire des choix : choix professionnels, choix de maison, choix d'engagements sociaux ou ecclésiaux…

Gardez au c?ur cet appel du Christ qui passe de 613 à 2, c'est dire qui simplifie la Foi.

 

2) « TU AIMERAS »

Le second appel contenu dans ce texte, c'est l'appel du Christ à l'impératif : « Tu aimeras ».
Patrick BraudCe n'est pas : « si tu ressens quelque chose pour l'autre, alors oui, aime le ! »
Ce n'est pas : « écoute ton c?ur battre, suis ton c?ur qui bat et tu verras bien où il t'emmènera ».
C'est l'impératif qui va jusqu'à dire : « choisis d'aimer, aie en toi la volonté d'aimer »,  et d'aimer l'autre même lorsqu'il ne sera plus aimable?

Car il y a des moments – interrogez les vieux couples – où le conjoint / l'ami n'est pas toujours aimable ! Il y a des moments où le conjoint / l'ami fait souffrir. Il y a des moments où le sentiment seul ne suffit pas, où le sentiment sera peut être un peu loin?..
C'est inévitable sur 50 ans, 60 ans de vie commune ou d'amitié.

Aimer, c'est d'abord vouloir aimer ; à la manière du Christ : vouloir aimer.

Le sentiment est utile mais il ne suffit pas pour construire une vie à deux ou pour tenir dans l'amitié. Il faut s'appuyer sur un projet, une construction. Peut être faut-il avoir la même rigueur dans l'amour / l'amitié que celle que vous avez dans votre vie professionnelle. Pour construire un projet, il faut régulièrement s'appuyer sur des bases solides et objectives sur lesquelles on peut revenir.

Tu aimeras… : et cela ira même jusqu'à aimer ses ennemis : preuve que le sentiment n'est pas l'amour…

 

3) UNIR TROIS AMOURS EN UN SEUL

 Le 3èmeappel qui est contenu dans ce texte, c'est l'appel à unir trois Amours en un seul.

 Les 3 amours dont parle le Christ, vous les avez entendus :
« - Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
- Tu aimeras ton prochain ? comme toi-même ».

Simplifier, Aimer, Unir dans Communauté spirituelle fig5-1C'est donc qu'il y a dans l'ordre : l'amour de Dieu, l'amour de soi et l'amour du prochain.
Les deux premiers sont peut être les plus importants car c'est ceux que l'on oublie avec le temps. Par exemple, on croit qu'on se marie parce qu'on aime l'autre. Or on se marie surtout pour aimer l'autre, pour l'aimer mieux, pour l'aimer davantage. Pourquoi ?

Parce qu'il y a d'abord l'ouverture à l'amour de Dieu lui même, l'ouverture à cet amour infini qui dilate en nous notre capacité de nous laisser aimer par quelqu'un plus grand que nous et qui est à la source de tous nos amours humains, de toutes nos amitiés humaines.

« Tu aimeras ton Seigneur ton Dieu »

Si vous avez cette chance – car je crois que c'est une chance – de partager dans votre couple cet amour de Dieu, cette recherche de Dieu, ce désir de Dieu, alors profitez-en au maximum. C'est une chance car il y a beaucoup de couples où un seul membre partage cette recherche.
Quel bonheur, quelle joie, mais aussi quelle force de se tourner à deux vers celui qui est plus grand que nous et de laisser de la place entre nous pour un ami, un compagnon, un sauveur sur notre route.

S'ouvrir à l'infini de Dieu : voilà pourquoi le premier amour est l'amour de Dieu lui-même. Il conditionne quelque part les autres.


L'amour de soi
Il est la fondation de tous les autres amours et de manière paradoxale du second amourqui vient dans l'évangile : l'amour de soi. Plus je laisse Dieu m'aimer, plus je suis réconcilié avec moi-même. Plus je peux m'accepter moi même en vérité.

Vous avez sûrement déjà fait cette expérience, dans votre couple ou dans l'amitié. Lorsqu'on est aimé par quelqu'un, on commence à pouvoir être en paix avec son passé, avec les blessures de son histoire personnelle, avec les blessures de son histoire familiale (et qui d'entre nous n'en a pas ?). Mais aussi grâce aux grandes rencontres, aux grandes joies, aux grands témoins qui ont balisé notre route.

Être en paix avec soi-même, s'aimer soi-même grâce à l'amour que Dieu, nous porte.

Il est illusoire de croire que l'on peut aimer l'autre si l'on ne peut pas s'aimer soi-même. Vous le savez bien : beaucoup de couples se divisent et se séparent parce qu'ils n'ont pas résolu leurs propres questions personnelles. Ils croyaient utiliser l'autre pour mieux trouver la paix ; et puis l'instrumentalisation de l'autre débouche tôt ou tard sur une déception ou sur une désillusion. Seule la réconciliation avec soi-même permet d'aimer l'autre en vérité. Ce travail n'est pas fini avec le mariage, il continue à partir de là.

 

L'amour du prochain

Et enfin bien sûr, ces deux amours convergent vers l'amour du prochain.
Aimer son prochain surtout quand il n'est pas aimable. Et le prochain est très concrètement celui à côté de qui on vit (quartier, travail, famille) : il est trop facile d'être humaniste pour les grandes causes lointaines et de ne pas voir ceux qui sont à côté.

Aimer son prochain jusqu'au pardon.
Aimer son prochain comme Dieu aime ; et Dieu est sans doute le plus court chemin pour aller vers l'autre.
Aimer à la manière du Christ et nous allons le signifier dans l'eucharistie??
Lui, Il verse son sang pour l'autre ; Lui, il livre son corps pour l'autre.
Vous êtes appelés vous aussi à verser votre sang, à livrer votre corps pour que l'autre vive, pour que l'autre ait en plénitude, la joie promise par le Christ.

 

Simplifiez votre vie, osez conjuguer le verbe aimer à l'impératif et unissez les trois amours : Amour de Dieu, Amour de Soi, Amour de l'Autre.

Par l'eucharistie, le Christ nous donne la force de devenir les témoins de ce que :
- la communion est possible entre nous.
- la communion est possible entre nos Églises, entre religions différentes.
- la communion c'est Dieu lui même qui se donne, dans le respect de la différence et en même temps dans la proximité, pour devenir inséparables.

Puissions-nous devenir ainsi des signes de cet amour finalement trinitaire : être unis tout en respectant les différences.

C'est ce que Dieu vit en lui-même : le Père et le Fils, dans le baiser commun qui est l'Esprit.

 

Puissions-nous aller boire à la source de cet amour et en devenir des signes vivants.

 

1ère lecture : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » 

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël :
« Tu craindras le Seigneur ton Dieu. Tous les jours de ta vie, toi, ainsi que ton fils et le fils de ton fils, tu observeras tous ses commandements et ses ordres, que je te prescris aujourd’hui, et tu auras longue vie.

Israël, tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t’apportera bonheur et fécondité, dans un pays où ruissellent le lait et le miel, comme te l’a promis le Seigneur, le Dieu de tes pères.

Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c?ur, de toute ton âme et de toute ta force.

Ces commandements que je te donne aujourd’hui resteront dans ton c?ur. »

 

Psaume : 118, 97.99, 101-102, 103-104, 105-106

R/ Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c?ur, et tu auras la vie.

De quel amour j’aime ta loi :
tout le jour je la médite !
Je surpasse en sagesse tous mes maîtres,
car je médite tes exigences.

Des chemins du mal, je détourne mes pas, 
afin d’observer ta parole. 
De tes décisions, je ne veux pas m’écarter, 
car c’est toi qui m’enseignes. 

Qu’elle est douce à mon palais ta promesse : 
le miel a moins de saveur dans ma bouche ! 
Tes préceptes m’ont donné l’intelligence : 
je hais tout chemin de mensonge. 

Ta parole est la lumière de mes pas, 
la lampe de ma route. 
Je l’ai juré, je tiendrai mon serment, 
j’observerai tes justes décisions.

 

2ème lecture : « Le sacerdoce qui ne passe pas » (He 7, 23-28)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Dans l’ancienne Alliance, un grand nombre de prêtres se sont succédé parce que la mort les empêchait de durer toujours.

Jésus, lui, puisqu’il demeure éternellement, possède le sacerdoce qui ne passe pas.

C’est pourquoi il est en mesure de sauver d’une manière définitive ceux qui s’avancent vers Dieu grâce à lui, car il vit pour toujours, afin d’intercéder en leur faveur.

C’était bien le grand prêtre qu’il nous fallait : saint, sans tache, sans aucune faute ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux.

Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même.

Dans la loi de Moïse, ce sont des hommes remplis de faiblesse qui sont désignés comme grands prêtres. Mais plus tard, quand Dieu s’engage par serment, il désigne son Fils qu’il a pour toujours mené à sa perfection.

 

Evangile : Les trois amours (Mc 12, 28b-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Dieu est amour. Celui qui aime est né de Dieu : il connaît Dieu. Alléluia. (1 Jn 4, 8.7)


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? »

Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c?ur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as raison de dire que Dieu est l’Unique et qu’il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son c?ur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. »

Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger. 

Patrick Braud

31 octobre 2012

Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas

 

Homélie pour la fête de la Toussaint / Année B
01/11/2012

 

« Je crois à la communion des saints ».

Une ligne dans le Symbole des Apôtres que nous proclamons souvent le dimanche. Une ligne qui prend tout son sens en cette fête de tous les saints.

En effet, quel est l’impact pour chacun de cette communion des saints qui est à l’origine de ce jour férié ?

 

Et d’abord, qui sont les saints que nous fêtons ?

La liturgie oriente notre regard vers la « foule immense » que nul ne peut dénombrer, la foule de ceux et celles qui sont déjà dans l’intimité du Dieu vivant (Apocalypse 7, 2-14). La piété populaire nous fait regarder vers les amis de Dieu vénérés localement (saint Antoine de Padoue, si populaire, mais aussi sainte Rita, sainte Thérèse, et tant d’autres figures de sainteté dont les statues sont toujours garnies de fleurs dans nos églises).

La Bible orienterait plutôt notre regard vers les visages de notre assemblée, de nos Églises. Car les « saints » dont parle l’Écriture sont d’abord les membres du peuple de l’Alliance pour l’Ancien Testament, et les baptisés des assemblées locales dans le Nouveau Testament.

Paul est sans doute celui qui fait le plus souvent usage du mot « saints » pour désigner les fidèles d’une Église locale : les « convoqués saints » de l’Église de Rome (Rm 1,7) ; les « saints » qui sont à Éphèse (Ep 1,1), à Philippe (Ph 1,1), à Colosses (Col 1,1) ; les « saints » de Corinthe au service desquels se sont mis Stéphanas et les siens (1Co 16,15-18) ; les « saints » à qui les veuves lavent les pieds (1 Ti 5,10) suivant l’exemple du Christ au soir du Jeudi saint ; « les saints et les guides » des communautés judéo-chrétiennes (He 13,24).

Dans les Actes des Apôtres, Ananie a entendu parler du mal que Saul faisait aux « saints » de Jérusalem (Ac 9,13 ; 26,10).  « Pierre, qui passait partout, descendit également chez les saints qui habitaient Lydda » (Ac 9,32). Et lorsqu’il relève Tabitha, il la présente aux « saints » de Lydda (Ac 9,41).

Toussaint d'en-haut, Toussaint d'en-bas dans Communauté spirituelle voyage_paul_3bis

Plus encore, le terme employé par Luc pour désigner la collecte organisée en faveur de l’Église de Jérusalem en détresse matérielle est le mot koïnonia=communion. Faite pour aider les « saints » de Jérusalem, cette collecte est donc la première ?communion des saints’ concrètement réalisée entre Églises : « La Macédoine et l’Achaïe ont trouvé bon de faire une collecte (koïnonia) pour les pauvres des saints à Jérusalem » (Rm15,26).

Sans exclure – loin de là – la formidable puissance d’intercession qui réside dans la communion avec les saints de l’au-delà, la Toussaint peut également nous inviter à bâtir une communion entre les saints de l’ici-bas, à compter sur ce formidable soutien pour traverser « la grande épreuve » (Ap 7,13) de nos vies.

Il y a – il devrait y avoir – entre les membres de nos assemblées de tels liens de fraternité, de soutien mutuel, d’appui réciproque que la communion entre nous est ? devrait être - quelque chose de palpable, de physique, de visible. Lorsque par malheur cette communion n’existe pas, lorsque l’anonymat prévaut, lorsque chacun ne prie que pour soi ou n’agit pas pour les autres, alors le témoignage ecclésial est abîmé, blessé. Si l’assemblée ne ressemble pas à une petite Toussaint d’en-bas, alors il ne faut pas s’étonner que les parents du catéchisme n’y reviennent pas, que les jeunes la désertent, qu’elle soit placée au rang de survivance folklorique d’un passé révolu.

 

La Toussaint d’ici-bas, c’est le verre de l’amitié à la sortie pour que nul ne ressorte sans une parole ou un geste fraternel ; c’est l’intention de prière où on laisse la parole à celui qui est concerné plutôt que de prier sur lui avec condescendance ; c’est la promesse d’une visite, d’une prière en écho à une confidence ; c’est l’invitation à rejoindre tel petit groupe biblique liturgique ou d’entraide ; ce sont des liens finalement si forts de dimanche en dimanche qu’ils en finissent par être plus forts que le temps et l’espace.

Cette communion-là est un témoignage vivant rendu à l’Esprit Saint. « Voyez comme ils s’aiment » (cf. Jn 13,35). Ne pas pratiquer ces liens-là entre nous (entre les « saints »), c’est peut-être ce que Jésus appelait le péché contre l’Esprit.

Car c’est à l’intérieur du troisième article du Credo, celui consacré à la foi au Saint Esprit, que vient la confession de foi en la communion des saints. D’ailleurs, en latin, on ne peut croire qu’en Dieu (credo in unum Deum / in unum Dominum Jesum Christum / in Spiritum sanctum) alors qu’on croit à l’Église, à la communion des saints (credo ecclesiam). C’est donc que les liens qui existent entre tous les saints sont les fruits de l’Esprit Saint, relation personnelle unissant le Père et le Fils. Parce que nous sommes le Temple de l’Esprit Saint, personnellement et collectivement, la Toussaint est une fête pour maintenant et pour demain, unissant les membres de l’assemblée historique aux membres de l’assemblée ultime que décrit l’Apocalypse.

 

La Toussaint d’en-haut nourrit celle d’en-bas, qui la reflète et l’anticipe. C’est du moins la vocation de nos assemblées…

Sommes-nous à la hauteur de cette vocation ?

Croyons-nous assez à la communion des saints de l’aujourd’hui ?

 

Celui qui aura éprouvé la force que donne la prière invisible d’autres pour lui témoignera : oui, j’ai été porté, soutenu dans l’épreuve par le courant d’intercession de ceux qui importunaient Dieu en ma faveur (cf. la parabole de la veuve importune en Lc 18, 1-8).

Celui qui aurait été secouru, grâce à l’assemblée, par l’écoute gratuite, par la solidarité en actes, témoignera : oui la solitude et la précarité ont reculé dans ma vie grâce à l’intervention de quelques-uns.

Celui qui à des milliers de kilomètres de là se sait soutenu devant la persécution, la justice ou la haine grâce à l’engagement de prière ou d’opinion publique de groupes comme l’ACAT, le CCFD où l’AED témoignera : oui, il y a des gens en communion avec moi très loin d’ici qui sont pour moi « un frère, une soeur, une mère » (Mt 12,49).

e4004a4d communion dans Communauté spirituelle 

Alors, fêtons la Toussaint avec enthousiasme !

Célébrons la douceur de vivre unis à cette foule immense de tous les temps et de tous les espaces, à commencer par le nôtre.

Et que jamais la Toussaint d’en-haut ne vienne nous dispenser de la Toussaint d’en-bas, au contraire !

 

1ère lecture : La foule immense des rachetés (Ap 7, 2-4.9-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de dévaster la terre et la mer : « Ne dévastez pas la terre, ni la mer, ni les arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. 

Après cela, j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! »

Tous les anges qui se tenaient en cercle autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »

L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »

Je lui répondis : « C’est toi qui le sais, mon seigneur. » Il reprit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. »

Psaume : 23, 1-2, 3-4ab, 5-6

R/ Voici le peuple immense de ceux qui t’ont cherché.

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots. 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur 
et se tenir dans le lieu saint ? 
L’homme au c?ur pur, aux mains innocentes, 
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, 
et de Dieu son Sauveur, la justice. 
Voici le peuple de ceux qui le cherchent,
qui recherchent la face de Dieu !

2ème lecture : Nous sommes enfants de Dieu et nous lui serons semblables (1 Jn 3, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu ? et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu’il n’a pas découvert Dieu.

Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est. Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

Evangile : Les Béatitudes (5, 1-12a)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Venez au Seigneur, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau : il vous donnera le repos. Alléluia. (cf. Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :

« Heureux les pauvres de c?ur : le Royaume des cieux est à eux !

Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !

Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !

Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !

Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu !

Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !

Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »
Patrick Braud

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29 septembre 2012

Contre tout sectarisme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Contre tout sectarisme

 

Homélie du 26° Dimanche ordinaire

Année B 30/09/2012

 

Les sectaires ne sont pas toujours là où l’on pense

Imaginez un mormon à la Maison-Blanche ! Pour beaucoup d’Américains d’origine protestante (les WASP = white anglo saxon protestant), cette idée a quelque chose de très choquant. La candidature de Mitt Romney mettant en scène cette éventualité, ils vont partout clamant que l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours (les mormons) est une secte ; qu’ils pratiquaient la polygamie jusqu’au XIXe siècle ; qu’ils ont l’argent facile et facilement corrompu (cf. les jeux olympiques de Salt Lake City), et que leurs groupes religieux n’a rien de chrétien en définitive.

Contre tout sectarisme dans Communauté spirituelle Mormon-Moment

On entend dans leurs critiques l’écho de l’indignation qu’avait suscitée l’élection du très catholique John Fitzgerald Kennedy - être catholique est à un handicap aux yeux des WASP - ou de cet « homme de couleur » qu’est Barak Obama (dont on a utilisé le prénom pour faire croire qu’il est musulman !).

Bref, le sectarisme religieux (avec ici ses conséquences politiques) est aussi vivace à notre époque qu’au temps de Jésus ou de Moïse. L’épisode de Eldad et Médad prophétisants dans le désert sans faire partie des 70 « officiels » avait déjà manifesté que le sectarisme ronge Israël dès ses débuts, comme tout peuple. Heureusement, Moïse avait vertement tancé les jaloux qui voulaient se garder pour eux l’effusion de l’Esprit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! ».

Au passage, c’est bien la jalousie qui est à la racine du sectarisme, qu’il soit religieux, politique ou autre. Au lieu de se réjouir que Dieu se donne au-delà des frontières visibles d’Israël ou d’une Église chrétienne, la jalousie suscite le soupçon, le rejet, la fermeture d’esprit.

 

Le même sectarisme travaille le coeur de Jean – le magnifique, le si noble saint Jean l’évangéliste ! – : il veut empêcher ceux qui ne font pas partie de son groupe de pratiquer des exorcismes au nom de Jésus. Un peu comme si les catholiques voulaient dénier aux évangéliques le droit d’imposer les mains au nom du Christ, ou comme si des baptistes refusaient aux catholiques la vérité des baptêmes des petits-enfants… (ce qui hélas arrive trop souvent)

tranquille25 dans Communauté spirituelle

« Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous » : la règle énoncée par le Christ devrait régir les relations entre Églises chrétiennes. L’oecuménisme qui a porté le concile Vatican II est presque allé jusque-là. Au lieu de préconiser « la conversion des hérétiques » (les intégristes en sont toujours là), l’Église catholique reconnaît maintenant officiellement qu’il y a bien des germes de vérité et de sanctification dans les autres Églises. Elle prône non pas « un oecuménisme du retour », mais une « diversité réconciliée ». Les accords de Balamand  en 1993 l’engagent officiellement et irréversiblement sur cette voie.

10. Progressivement, l’action missionnaire tendit à inscrire parmi ses priorités l’effort de conversion des autres chrétiens, individuellement ou en groupe, pour les faire «retourner» à sa propre Église. Pour légitimer cette tendance, source de prosélytisme, l’Église catholique développa la vision théologique selon laquelle elle se présentait elle-même comme l’unique dépositaire de salut. Par réaction, l’Église orthodoxe, à son tour, en vint à épouser la même vision selon laquelle chez elle seule se trouvait le salut. Pour assurer le salut des «frères séparés», il arrivait même qu’on rebaptisât des chrétiens, et qu’on oubliât les exigences de la liberté religieuse des personnes et de leur acte de foi, perspective à laquelle l’époque était peu sensible. 

11. D’un autre côté, certaines autorités civiles ont fait des tentatives pour ramener des catholiques orientaux dans l’Église de leurs pères. À cette fin, elles n’hésitaient pas, si l’occasion s’en présentait, à utiliser des moyens inacceptables. 

12. À cause de la manière dont catholiques et orthodoxes se considèrent à nouveau dans leur rapport au mystère de l’Église et se redécouvrent comme Églises s?urs, cette forme «d’apostolat missionnaire», décrite ci-dessus, et qui a été appelée «uniatisme», ne peut plus être acceptée ni en tant que méthode à suivre, ni en tant que modèle de l’unité recherchée par nos l’Églises. 

13. En effet, surtout depuis les conférences pan-orthodoxes et le deuxième Concile du Vatican, la redécouverte et la remise en valeur tant par les orthodoxes que par les catholiques, de l’Église comme communion, ont changé radicalement les perspectives et donc les attitudes.

De part et d’autre, on reconnaît que ce que le Christ a confié à son Église ? profession de la foi apostolique, participation aux mêmes sacrements, surtout à l’unique sacerdoce célébrant l’unique sacrifice du Christ, succession apostolique des évêques ? ne peut être considéré comme la propriété exclusive d’une de nos Églises. Dans ce contexte, il est évident que tout re-baptême est exclu. 

14. C’est la raison pour laquelle l’Église catholique et l’Église orthodoxe se reconnaissent mutuellement comme Églises s?urs, responsables ensemble du maintien de l’Église de Dieu dans la fidélité au dessein divin, tout spécialement en ce qui concerne l’unité. Selon les paroles du Pape Jean-Paul II, l’effort ?cuménique des Églises s?urs d’Orient et d’Occident, fondé dans le dialogue et la prière, recherche une communion parfaite et totale qui ne soit ni absorption ni fusion, mais rencontre dans la vérité et l’amour (cf. Slavorum Apostolin. 27). 

Quelle est la différence entre les deux ?

Justement le sectarisme dénoncé par Jésus.

Au lieu de vouloir que les orthodoxes « retournent » dans le patriarcat romain (ce qui est une erreur historique, car Constantinople dès le début était la nouvelle Rome pour les byzantins), l’Église catholique romaine accepte que les orthodoxes aient leurs propres traditions, liturgies, disciplines ecclésiastiques (ordination d’hommes mariés par exemple) sans y voir une contradiction avec ses propres choix. L’important est d’accepter la diversité, en vérifiant ensemble que cette diversité peut être comprise par l’autre et ne dévalorise pas sa propre manière de croire.

Ça, c’est pour le sectarisme au sommet. Mais cette diable de jalousie se niche à tous les étages de notre vie.

Le sectarisme au travail, c’est l’attitude navrante de ceux pour qui seuls les titres, les diplômes, les réseaux ou les grades sont garants de la valeur de chacun.

Le sectarisme dans une association, c’est la volonté de garder ses prérogatives de petit chef (ex : c’est à moi de faire les comptes ou d’organiser ce voyage, pas à lui !), et la fierté débordante d’appartenir au meilleur groupe qui soit.

Le sectarisme dans un quartier, c’est l’arrogance des natifs ou des vieux habitants qui ont du mal à accepter l’arrivée et les suggestions des nouveaux.

Le sectarisme en famille, c’est un certain mépris ou indifférence pour les pièces rapportées (on préfère du coup dire : « valeurs ajoutées » dans ma famille…), et un manque d’humilité flagrant pour admettre les limites du clan familial.

On peut continuer la liste !

L’important est de se souvenir du diagnostic de Moïse : « Serais-tu jaloux pour moi ? » et de l’antidote de Jésus : « Ne l’empêchez pas (?) celui qui n’est pas contre nous est pour nous ».

Le sectarisme s’enracine dans la jalousie et se guérit dans la louange.

schism_paul-athenagorasSavoir s’émerveiller de ce que les autres font, de ce que Dieu fait en eux ; admirer la générosité de Dieu qui n’est pas prisonnier des labels rouges, des marques déposées et autres appellations contrôlées : voilà une pauvreté en esprit qui se réjouit de la richesse de l’autre !

 

Au sommet des Églises, le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras nous avaient déjà donné un signe éblouissant : la levée mutuelle des excommunications entre orthodoxes et catholiques en 1965, le baiser fraternel entre les deux ennemis d’hier, l’humble agenouillement de Paul VI devant Athénagoras, tout cela avait bouleversé le coeur de tous, et tracé le seul vrai chemin de réconciliation : la louange pour la richesse de l’autre, et non la jalousie du sectarisme.

 

Puissions nous en inspirer chaque fois que reviendra en nous la tentation de ce murmure scandalisé : « mais il n’est pas des nôtres celui-là ! »

 


[1]. Cf. « L’uniatisme, méthode d’union du passé, et la recherche actuelle de la pleine communion », Déclaration de Balamand (Liban), 23 Juin 1993,

http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/ch_orthodox_docs/rc_pc_chrstuni_doc_19930624_lebanon_fr.html

 

 

1ère lecture : L’Esprit de Dieu souffle où il veut (Nb 11, 25-29)
Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur descendit dans la nuée pour s’entretenir avec Moïse. Il prit une part de l’esprit qui reposait sur celui-ci, et le mit sur les soixante-dix anciens du peuple. Dès que l’esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas.

Or, deux hommes étaient restés dans le camp ; l’un s’appelait Eldad, et l’autre Médad. L’esprit reposa sur eux ; bien que n’étant pas venus à la tente de la Rencontre, ils comptaient parmi les anciens qui avaient été choisis, et c’est dans le camp qu’ils se mirent à prophétiser.
Un jeune homme courut annoncer à Moïse : « Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! »
Josué, fils de Noun, serviteur de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole : « Moïse, mon maître, arrête-les ! »
Mais Moïse lui dit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! »

Psaume : 18, 8, 10, 12-13, 14

R/ La loi du Seigneur est joie pour le c?ur.

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

La crainte qu’il inspire est pure, 
elle est là pour toujours ; 
les décisions du Seigneur sont justes 
et vraiment équitables.

Aussi ton serviteur en est illuminé ;
à les garder, il trouve son profit. 
Qui peut discerner ses erreurs ? 
Purifie-moi de celles qui m’échappent.

Préserve aussi ton serviteur de l’orgueil : 
qu’il n’ait sur moi aucune emprise. 
Alors je serai sans reproche, 
pur d’un grand péché.

2ème lecture : Contre la richesse (Jc 5, 1-6)
Lecture de la lettre de saint Jacques

Écoutez-moi, vous, les gens riches ! Pleurez, lamentez-vous, car des malheurs vous attendent.
Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille vous accusera, elle dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez amassé de l’argent, alors que nous sommes dans les derniers temps !
Des travailleurs ont moissonné vos terres, et vous ne les avez pas payés ; leur salaire crie vengeance, et les revendications des moissonneurs sont arrivées aux oreilles du Seigneur de l’univers.
Vous avez recherché sur terre le plaisir et le luxe, et vous avez fait bombance pendant qu’on massacrait des gens.
Vous avez condamné le juste et vous l’avez tué, sans qu’il vous résiste.

Evangile : Contre le sectarisme et contre le scandale (Mc 9, 38-43.45.47-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Ta parole, Seigneur, est vérité : dans cette vérité, consacre-nous. Alléluia. (cf. Jn 17, 17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. »
Jésus répondit : « Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous.
Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.
Et si ta main t’entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s’éteint pas.
Si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.
Si ton ?il t’entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne,
là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. »
Patrick Braud

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