L'homélie du dimanche (prochain)

  • Accueil
  • > Recherche : historique homelie

4 janvier 2026

Devenez colombophiles !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Devenez colombophiles !

 

Homélie pour la Fête du Baptême du Seigneur / Année A
11/01/26

Cf. également :

La voix de la résilience
Ces moments où le ciel s’ouvre 

L’Esprit de la colombe
Une parole performative 

Jésus, un somewhere de la périphérie
De Star Wars au baptême du Christ
Baptême du Christ : le plongeur de Dieu
« Laisse faire » : éloge du non-agir
Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »
« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus
Lot de consolation
Yardén : le descendeur
Rameaux, kénose et relèvement
Il a été compté avec les pécheurs
Le principe de gratuité

 

1. Lâcher de colombes

Devenez colombophiles ! dans Communauté spirituelle Colombe-Pape-Francois-193x300Un monastère tout proche de la frontière turque : ce samedi 26 juin 2016, le pape François terminait sa visite en Arménie par un lâcher de colombes. Il venait de s’attirer les foudres du régime d’Ankara pour avoir osé rappeler la réalité et l’historicité du génocide arménien de 1945, commis essentiellement par des musulmans (turcs) sur les chrétiens (arméniens). Le chef de l’Église apostolique arménienne, Karenine II, a lui aussi lancé avec François une colombe en direction du Mont Ararat, lieu supposé du refuge pour l’arche de Noé après le déluge.

Comme quoi on peut être artisan de paix sans être naïf : pas de paix sans justice, pas d’amour des ennemis sans vérité historique. La colombe que Noé a envoyée par trois fois avant qu’elle lui rapporte un rameau d’olivier annonçant la fin du déluge (Gn 8) ne cache pas les crimes commis avec les ailes de l’excuse : un génocide est un génocide ; le reconnaître permettrait aux Turcs de s’engager sur un authentique chemin de réconciliation.

 

La colombe qui fait ce dimanche le trait d’union entre Jésus et son Père au Jourdain (Mt 3, 13-17) est bien sûr le rappel de la colombe de Noé : le baptême est bien ce déluge spirituel qui noie nos péchés ; l’Esprit est bien ce trait d’union entre nous et Dieu, qui annonce la paix avec soi-même, les autres, l’univers, grâce au pardon reçu dans les eaux du baptistère.

 

La colombe est un bel animal gracile au symbolisme si riche !

Lâcher de colombes pour un mariage : une tradition pleine d'émotionJ’ai eu la joie d’expérimenter la tradition nuptiale du lâcher de colombes au sortir d’un mariage, au lieu des jets de poignées de riz cinglantes et païennes (censées apporter fécondité et prospérité) : l’assemblée sortant de l’église a pu s’émerveiller de ces dizaines d’ailes blanches se déployant vers le ciel en un bruissement libre et joyeux.

Les colombes symbolisent en premier lieu l’amour et la fidélité. En effet, l’oiseau est connu pour garder le même conjoint jusqu’à sa mort. Le couple se partage les tâches, notamment la couvaison, en occupant le nid l’un après l’autre. On retrouve cette notion dans la fameuse expression “couple de tourtereaux”.

Selon la tradition, deux colombes libérées par les mariés représentent leur future vie ensemble pendant qu’elles volent vers le haut dans l’air. La présence de colombes le jour du mariage est synonyme d’amour, de paix, de prospérité, de foi et d’espérance.

Le Cantique des cantiques regorge de comparaisons entre la bien-aimée et la colombe :

Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes (Ct 1,15).

Ma colombe, cachée au creux des rochers, en des retraites escarpées, montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix; car ta voix est douce et charmant ton visage (Ct 2,14)

Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes, derrière ton voile… (Ct 4,1).

Je dors, mais mon cœur veille. J’entends mon bien-aimé qui frappe. « Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite! Car ma tête est couverte de rosée, mes boucles, des gouttes de la nuit » (Ct 5,2).

Ses yeux sont des colombes, au bord des cours d’eau se baignant dans le lait, posées au bord d’une vasque (Ct 5,12).

Unique est ma colombe, ma parfaite. Elle est l’unique de sa mère, la préférée de celle qui l’enfanta (Ct 6,9). 

Pas étonnant que la colombe soit devenue le symbole de l’amour nuptial !

 

Dans de nombreuses cultures, les colombes étaient considérées comme des symboles de pureté, de douceur et de paix. Ces attributs s’alignent magnifiquement sur la compréhension chrétienne du rôle de l’Esprit Saint dans nos vies, en purifiant nos cœurs, en nous guidant doucement et en apportant la paix qui dépasse toute compréhension.

La capacité de la colombe à voler vers le ciel en a fait un symbole naturel pour le divin. Dans les mentalités anciennes, les oiseaux étaient des créatures qui pouvaient traverser la frontière entre la terre et le ciel, entre les royaumes de l’humain et du divin. Le Saint-Esprit, en tant que présence de Dieu actif dans notre monde, est parfaitement représenté par cette créature qui franchit les frontières.

Psychologiquement, l’image d’une colombe parle de notre besoin profond de douceur et d’éducation. Le Saint-Esprit, souvent décrit comme le Consolateur ou l’Avocat, trouve une représentation visuelle appropriée dans la colombe, une créature associée aux soins maternels et à la présence apaisante.

 

En hébreu, le mot pour Esprit (ruah) est féminin. Il atteste d’un pôle féminin en Dieu-même, et peut avoir Ruah ; recevez l'Esprit Saint !influencé le choix d’une colombe – souvent associée à des qualités féminines – comme symbole de l’Esprit.

L’imagerie de la colombe relie également le Saint-Esprit au concept de nouvelle création. Tout comme une colombe annonçait le nouveau départ après le déluge du temps de Noé, l’apparition de l’Esprit comme colombe au baptême de Jésus annonce l’inauguration d’une nouvelle ère dans l’histoire du salut.

Le retour de la colombe avec la feuille d’olivier signifie une nouvelle vie et une nouvelle fertilité. Après une inondation catastrophique qui a détruit toute la végétation, cette petite feuille verte était un signe puissant que la terre devenait à nouveau habitable. C’est une belle métaphore du renouveau et de la régénération, qui nous rappelle que même après les expériences les plus dévastatrices, une nouvelle vie peut émerger. La colombe au Jourdain annonce un monde enfin réconcilié en Jésus.

 

Le fait que la colombe ait été envoyée trois fois est également majeur. L’action de YHWH « trois fois saint » demande souvent trois jours pour se déployer, et les chrétiens ont bien compté trois jours entre le Vendredi Saint et la Dimanche de Pâques. La colombe au Jourdain préfigure ainsi la Résurrection du Christ, le début d’une nouvelle ère dans l’histoire du salut.

 

Les colombes nous enseignent la pureté et la simplicité. Jésus lui-même a exhorté ses disciples à être « aussi innocents que les colombes » (Mt 10,16). Cela ne signifie pas être naïf ou ignorer les complexités du monde. Il s’agit plutôt de cultiver un cœur et un but uniques, en se concentrant sur ce qui compte vraiment dans notre vie spirituelle. Dans notre société de consommation, la simplicité de la colombe nous met au défi d’examiner nos attachements et nos priorités. Sommes-nous en train d’encombrer nos vies avec des possessions ou des préoccupations inutiles ? Pouvons-nous, comme la colombe, trouver la joie dans la simplicité?

 

3770025340203_1 baptême dans Communauté spirituelleLes colombes sont connues pour leur instinct de homing (comme les saumons !), leur capacité à retourner dans leurs nids en volant sur de grandes distances. Les poilus de 14-18 s’en servaient comme de fidèles messagers volant au-dessus des lignes de front pour communiquer avec l’arrière…  Cela peut nous en apprendre sur le retour spirituel, sur le retour à Dieu, peu importe jusqu’où nous nous sommes peut-être égarés. Le prophète Osée utilise l’image de colombes revenant de terres lointaines pour décrire le peuple de Dieu revenant à Lui : « Comme un oiseau, tout tremblants, ils viendront de l’Égypte, et comme une colombe, du pays d’Assour ; je les ferai habiter dans leurs maisons, – oracle du Seigneur » (Os 11,11). Dans notre propre vie, nous pouvons parfois nous sentir éloignés de Dieu, mais comme la colombe, nous avons toujours la capacité de revenir.

 

Les colombes nous enseignent encore la douceur. Dans un monde qui valorise souvent l’agressivité et la domination, la colombe nous rappelle la force que l’on retrouve dans la douceur. Comme l’a dit saint François de Sales, « rien n’est aussi fort que la douceur, rien n’est aussi doux que la force réelle ». Cette douceur n’est pas une faiblesse, mais une force puissante pour le bien dans nos relations et dans notre approche du monde.

Enfin, les colombes peuvent nous enseigner la communauté. De nombreuses espèces de colombes s’accouplent pour la vie et sont connues pour leur dévouement envers leurs partenaires et leur progéniture. En tant que chrétiens, nous sommes appelés à construire des communautés fortes et aimantes, en nous soutenant mutuellement dans nos voyages spirituels. L’exemple de la colombe nous met au défi d’approfondir nos engagements envers nos familles, nos communautés ecclésiales et l’humanité tout entière.

 

2. La colombe eucharistique

colombe eucharistiqueAu musée de Limoges, vous pouvez admirer un étrange oiseau recouvert d’émail champlevé, magnifique et gracieux : une colombe eucharistique. C’est qu’au Moyen-Âge on n’avait pas encore inventé l’adoration eucharistique. On ne conservait quelques hosties consacrées que pour les porter aux malades ou aux absents, selon l’antique tradition que les orthodoxes ont gardée. Alors, pour éviter que les rats ne les grignotent ou que l’humilité ne les moisisse, on gardait quelques hosties consacrées dans une pyxide (petite boîte) en forme de colombe, richement décorée, qu’on élevait au-dessus de l’autel à l’aide de chaînes pour qu’elle y demeure suspendue.

 

Planant ainsi au-dessus de l’autel eucharistique, cette colombe rappelait le rôle de l’Esprit dans la messe : c’est lui l’acteur de la transformation du pain/vin en corps sacramentel du Christ ; c’est lui l’acteur de la transformation de l’assemblée en « corps vrai » (comme on disait au Moyen-Âge) du Christ.


Relisez les deux épiclèses d’une prière eucharistique :

Taille-image-article-SNCC-12-300x231 colombe1ère épiclèse, sur les dons (épiclèse consécratoire) : « Sanctifie ces offrandes, en répandant sur elles ton Esprit; qu´elles deviennent pour nous le corps  et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur ».

2ème épiclèse, sur l’assemblée (épiclèse de communion) : « Humblement, nous te demandons qu´en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l´Esprit Saint en un seul corps ».

Ces deux épiclèses que toutes les prières eucharistiques doivent comporter (l’ancien canon romain y déroge, mais son déficit pneumatologique est bien connu [1]) l’affirment avec force : il arrive rien d’autre au pain et au vin que ce qui arrive à l’assemblée ; et il n’arrive rien d’autre à l’assemblée que ce qui arrive au pain et au vin, à savoir être unis au Christ ressuscité, par lui, avec lui et en lui. C’est l’Esprit commun du Père et du Fils qui opère cet enlacement amoureux des « trois corps du Christ », selon le processus ainsi résumé :

 colombe eucharistique

La colombe planant au-dessus de la tête de Jésus au Jourdain est déjà notre colombe eucharistique de Limoges : l’annonce que le culte véritable est de s’offrir soi-même « en vivante hostie », uni à Jésus qui fait l’offrande de lui-même à son Père : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre » (He 10,5-7).

Plongeons avec Jésus dans les eaux de notre baptême pour y noyer nos péchés.

Laissons l’Esprit comme une colombe soutenir notre envol vers le Père et faire de nous « une vivante offrande à la louange de sa gloire » (Prière eucharistique n° 4)… 

____________________________

[1] La liturgie romaine avait supprimé pendant longtemps les épiclèses, mais les a heureusement réintégrées  dans les diverses versions du canon de la messe à la suite de la réforme entreprise en 1963. En fait, la différence de pratique liturgique à ce sujet entre l’Orient et l’Occident reposait sur une dissension concernant le sacerdoce. Pour la théologie orientale, le prêtre ne s’identifie pas avec le Christ et il ne prononce pas les paroles : « Ceci est mon corps » in persona Christi, comme le suppose l’Église latine. Il parle au nom de la communauté, in persona Ecclesiae. Et pour que ses paroles aient une efficacité, on invoque l’Esprit, seul capable de donner le Christ. C’est par l’Esprit Saint que le Christ lui-même réalise les paroles prononcées par le prêtre et les siennes, l’Eucharistie actuelle et la Cène. L’épiclèse se trouve ainsi, plus encore que le Filioque, au centre d’un des sujets les plus importants pour l’œcuménisme : celui de la place et du sens du sacerdoce dans la communauté chrétienne.

=====================================================================================================

Petit excursus sur « les trois corps du Christ »

 

La théologie dite ‘des trois corps’ était très populaire au Moyen-Âge.

La réflexion chrétienne des premiers siècles parle de l’unique Corps du Christ, sous trois formes, dans la ligne du Nouveau Testament :

  • le corps historique de Jésus, né de Marie (devenu corps « spirituel », glorifié dans la Résurrection).
  • le corps eucharistique, qualifié de corps mystique, au sens du mystère biblique, c’est-à-dire d’une réalité imprégnée de grâce divine, pour le salut des fidèles. Il n’y avait pas alors d’objectivation de la réalité eucharistique; c’était sa finalisation qui importait, le fait que le pain soit vraiment une nourriture « non pas matériellement ou sous des espèces visibles, mais par une force et une puissance spirituelle » (Florus de Lyon au IXème siècle) qui fait que ce pain devienne en nous le mystère même du salut.
  • le corps du Christ qui est l’Église, qualifié de corpus verum (corps vrai), au sens biblique du mot vérité, c’est-à-dire ce vers quoi on tend, la finalité et la plénitude du mystère. La communion eucharistique n’a d’autre but que de nourrir les saints pour établir entre eux une vraie communion, et qu’ainsi l’Église (= l’assemblée des saints) devienne le verum corpus Christi. 

 

Il a avait donc là trois formes de présence du corps du Christ, indissociables: la réalité visée était d’établir la communion des saints qui constitue l’Église dans sa plénitude de corpus verum, ceci en se fondant sur les paroles et les gestes de la personne historique de Jésus, et grâce à la nourriture eucharistique qui recevait le nom de sacramentum corporis ou encore de corpus mysticum. Le lien entre corps eucharistique et corps ecclésial est alors très fort. Mais le débat en Occident sur les erreurs de Béranger de Tours (1088) va provoquer un véritable chassé-croisé : le vrai corps deviendra l’Eucharistie, et le Corps mystique l’Église. 

=====================================================================================================

 

 


LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« Voici mon serviteur, qui a toute ma faveur » (Is 42, 1-4.6-7)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit. Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois.
 Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice ; je te saisis par la main, je te façonne, je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations : tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. »

 

PSAUME

(Ps 28 (29), 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10)
R/ Le Seigneur bénit son peuple en lui donnant la paix. (Ps 28, 11b)

 

Rendez au Seigneur, vous, les dieux,
rendez au Seigneur gloire et puissance.
Rendez au Seigneur la gloire de son nom,
adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.

 

La voix du Seigneur domine les eaux,
le Seigneur domine la masse des eaux.
Voix du Seigneur dans sa force,
voix du Seigneur qui éblouit.

 

Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre,
Et tous dans son temple s’écrient : « Gloire ! »
Au déluge le Seigneur a siégé ;
il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours !

 

DEUXIÈME LECTURE

« Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint » (Ac 10, 34-38)

 

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée, chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Telle est la parole qu’il a envoyée aux fils d’Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous. Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. »

 

ÉVANGILE

« Dès que Jésus fut baptisé, il vit l’Esprit de Dieu venir sur lui » (Mt 3, 13-17)
Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui, le ciel s’est ouvert, l’Esprit descend sur Jésus, et la voix du Père domine les eaux : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ! » Alléluia. (cf. Mt 3, 16-17, Ps 28, 3)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. »
Patrick Braud

 

Mots-clés : , ,

12 octobre 2025

Étonnez-vous du juge inique !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Étonnez-vous du juge inique !


Homélie pour le 29° dimanche du Temps ordinaire / Année C
19/10/25

Cf. également :
La pédagogie du « combien plus ! »
Lutte et contemplation
À temps et à contretemps
Ne baissez pas les bras !
La grenouille qui ne se décourageait jamais


1. De Dreyfus au ‘Mur des cons’

La dégradation du Capitaine Dreyfus dans la Cour d'honneur de l'Ecole MilitaireLe 22 décembre 1894, les sept juges militaires chargés de « l’affaire Dreyfus » condamnent le capitaine pour « intelligence avec une puissance étrangère ». Ils prononcent la peine maximale : déportation à vie dans le bagne de l’Île du Diable (Guyane française), destitution de son grade et dégradation militaire. Grâce au scandale qui s’en suivit (cf. Le « J’accuse » de Zola), on découvrit que les juges avaient complaisamment validé de faux documents fabriqués par des officiers supérieurs, sur fond d’atmosphère complotiste (contre l’Empire allemand) et antisémite largement partagé par ces juges peu éthiques…

 

Étonnez-vous du juge inique ! dans Communauté spirituelle beltramo-mur-1Ne croyez pas que ce type de juges est révolu. Souvenez-vous récemment de l’affaire du ‘Mur des cons’ en 2013 : des journalistes avaient découvert et diffusé un mur de photographies dans le local du conseil syndical de la Magistrature épinglant une liste de personnalités publiques – hommes politiques, intellectuels ou journalistes, majoritairement de droite – de hauts magistrats ou de syndicalistes policiers, signalées comme étant des « cons », ainsi que des victimes et des proches de victimes d’affaires sordides.

Être jugé par ces juges auteurs du ‘Mur des cons’ ne garantissait certes pas un procès équitable…
Le débat sur « les juges iniques » a ressurgi lors des condamnations prononcées dans les procès contre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen.

Et la liste s’allonge sans cesse : des juges iniques ont condamné Boualem Sansal en Algérie, Cécile Kohler et Jacques Paris en Iran etc. sans raisons autres que politiques…


veuveetjuge juge dans Communauté spirituelleCette corruption des juges est si ancienne que Jésus lui-même y fait référence dans notre parabole de ce dimanche (Lc 18,1-8) :

« Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes ».

Et là, il faudrait nous étonner, nous indigner, nous révolter en entendant ce constat : il existe donc des juges iniques ? ! C’est un oxymore, une contradiction dans les termes : ce juge « dépourvu de justice » peut-il encore être en poste ? Accepteriez-vous un commissaire de police qui ne respecterait pas la loi, un professeur qui ne connaîtrait pas sa matière, un chirurgien ayant horreur du sang ?

Banksy : une nouvelle œuvre retirée du Royal Courts of Justice à Londres

Banksy, Royal Courts of Justice, Londres

Si nous nous étonnons qu’un juge puisse être inique, alors nous sommes conduits à réfléchir, et à nous poser la question : d’où vient cette conduite mauvaise ? Comment réagir à ce scandale ?

Souffrir du mal qui vient de la nature, c’est… naturel. Cela relève de notre finitude, de nos limites, de notre condition de créature au milieu d’un monde nécessairement imparfait. Mais souffrir du mal provoqué par l’homme, c’est un défi terrible.

Que faire de ce constat troublant : il existe des juges iniques ?


2. La réponse de droite (libérale)

Elle tient en quelques mots-clés, puisant à l’héritage catholique (car en Europe, les pensées politiques ne sont jamais que des sécularisations de pensées théologiques antérieures…) : péché originel, liberté, responsabilité individuelle, répression.


71s1c+g94vL._SL1429_ paraboleLes philosophes libéraux (Hobbes, Machiavel, Smith etc.) constatent avec réalisme que l’être humain est traversé par l’égoïsme, l’intérêt, la concupiscence. La violence et la justice prennent selon eux naissance dans le cœur de chacun, inéluctablement. Nous sommes libres d’y céder ou pas. C’est de la responsabilité de chacun d’éviter le mal et de faire le bien. La société est là pour punir ceux qui s’écartent du droit chemin.


Ce réalisme pousse souvent jusqu’au pessimisme social : il est vain de croire qu’on peut faire disparaître la pauvreté, la délinquance, les injustices. Tout au plus peut-on les réguler, grâce à la répression. Et conférer à l’état « le monopole de la violence légitime » (Max Weber) pour qu’il soit l’arbitre de nos conflits.


Si elle avait été de droite, notre veuve de la parabole aurait dû multiplier les recours, dépenser une fortune en avocats, et dénoncer médiatiquement cet individu comme planche  pourrie de sa profession.


3. La réponse de gauche (socialiste)

Pour Rousseau, Marx et les penseurs socialistes des XVIII°–XIX° siècles, c’est une illusion libérale de croire que 61wFft4IaOL._SL1500_ veuvele mal vient du cœur de l’homme. Il est produit par des structures injustes d’inégalité, de domination et de légitimation des puissants par la « morale bourgeoise ». Éradiquer le mal est possible, si l’on change nos structures économiques et sociales grâce à une révolution populaire. Pas de péché originel dans la pensée rousseauiste, car c’est la société qui corrompt l’homme supposé naturellement bon. Les socialistes adoptent une version sécularisée de la rédemption : le remplacement des structures iniques sauvera les opprimés. Agir sur les causes économiques et sociales vaut mieux que d’appeler à l’humanité des ennemis.


Face à l’énigme du mal, les maîtres-mots de gauche sont sans surprise symétrique de ceux de droite : déterminismes socio-économiques (vs péché originel), réformes et révolutions structurelles (vs conversion individuelle), responsabilité collective (vs individuelle), prévention (vs répression).

Si notre veuve de la parabole avait été de gauche, elle aurait monté un collectif de veuves opprimées et aurait milité pour une réforme de la magistrature…


Voilà le drame des Européens face à l’injustice : ceux de droite ne croient pas en la rédemption, ceux de gauche ne croient pas au péché originel…


4. La réponse chrétienne

Ni de droite, ni de gauche, la voie empruntée par Jésus nous conduit à tenir à la rédemption sans nier le péché originel, à miser sur la prévention sans renoncer à la répression, à affirmer les deux dimensions du péché ainsi que de la responsabilité : dimension personnelle / dimension communautaire.


Les structures de péché dans le monde contemporain - 1Prenez par exemple la notion de péché. Loin de toute culture de l’excuse, la Bible ne cesse d’affirmer la responsabilité de celui ou celle qui rompt l’Alliance avec Dieu. « C’est moi qui ai péché », et je ne peux me défausser sur autrui.
Tout en affirmant cette dimension singulière irréductible du péché humain, l’Église constate qu’il existe des structures injustes qui poussent chacun à pécher, contre sa volonté profonde parfois. Pensez à la corruption, à la mafia, à l’occupation nazie, au narcotrafic etc. : je suis parfois manipulé par des systèmes qui aliènent une part de ma liberté et de ma responsabilité propres.

C’est ce que Jean-Paul II appelait les « structures de péché » :

Quand elle parle de situations de péché ou quand elle dénonce comme péchés sociaux certaines situations ou certains comportements collectifs de groupes sociaux plus ou moins étendus, (…) l’Église sait et proclame que ces cas de péché social  sont le fruit, l’accumulation et la concentration de nombreux péchés personnels (Reconciliatio et paenitentia n° 16).


Si la situation actuelle relève de difficultés de nature diverse, il n’est pas hors de propos de parler de « structures de péché », lesquelles, comme je l’ai montré dans l’exhortation apostolique Reconciliatio et paenitentia, ont pour origine le péché personnel et, par conséquent, sont toujours reliées à des actes concrets des personnes, qui les font naître, les consolident et les rendent difficiles à abolir (Sollicitudo rei socialis n° 36).


Le diagnostic qu’il posait à l’époque de la guerre froide redevient hélas d’actualité :

Il faut souligner qu’un monde divisé en blocs régis par des idéologies rigides, où dominent diverses formes d’impérialisme au lieu de l’interdépendance et de la solidarité, ne peut être qu’un monde soumis à des « structures de péché (ibid.).


51CvQsP7a1L._SL1500_Les chrétiens affirment donc il y a une responsabilité inaliénable de chacun, tout en reconnaissant qu’il y a des systèmes et des structures injustes qui s’auto-reproduisent en nous manipulant.

Ces structures de péché se renforcent, se répandent et deviennent sources d’autres péchés, et elles conditionnent la conduite des hommes (ibid.).


Contre les libéraux, nous préférons la personne à l’individu, car la personne est un être en relation (per-sona en latin) alors que l’individu est un atome social supposé insécable et indépendant des autres.

Contre les socialistes, nous préférons la communauté au collectif, car la communauté est personnalisante alors que le collectif nivelle et uniformise. Nous voyons chaque être humain comme une personne en communauté, et non comme un individu ou un collectif.
C’est la dimension trinitaire de notre vision de l’homme qui nous oblige à critiquer toutes les pensées réductrices ne retenant qu’une de ces dimensions [1].


Essayons alors de lire comment la parabole fait face au scandale du juge inique.

Ce juge a peut-être le cœur mauvais, ou bien il est corrompu, ou bien il est prisonnier d’un système judiciaire vicié. Jésus ne s’attarde pas en réalité sur les causes de l’iniquité de ce juge, il n’explique pas pourquoi « il ne respecte ni Dieu ni les hommes ». Il part du constat que ce juge est inique. Il indique un chemin pour qu’émerge de cette iniquité une pratique de miséricorde, même si elle est inspirée par des motifs égoïstes. Et il invite ses disciples à manier cette habileté plus que la force : « Soyez habiles comme les serpents, et simples comme les colombes »  (Mt 10,16).


Citation d'Adam Smith sur les business tirée de La Richesse des nations - Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts.Avec un brin d’humour et de malice, on pourrait même dire que Jésus anticipe une stratégie bien connue des libéraux comme Adam Smith : faire appel à l’intérêt égoïste de mon interlocuteur est parfois plus efficace que de solliciter sa bonté, ou le droit, ou la force.

Adam Smith écrivait :

« Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur, ou du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais de leur souci de leur propre intérêt. Nous nous adressons, non à leur humanité mais à leur amour-propre (self-love) ».
« Ne leur parlez jamais de nos propres nécessités, mais de leur avantage » (Enquête sur les causes de la richesse des nations, 1776).

C’est parce que cette veuve lui casse les oreilles et lui pourrit la vie que le juge inique va enfin accéder à sa demande. Sachons donc parler au portefeuille de nos ennemis autant qu’à leur cœur, à leur égoïsme autant qu’à leur compassion.

Si Poutine a intérêt (ne serait-ce que pour éviter des sanctions trop lourdes) à arrêter sa guerre contre l’Ukraine, il stoppera l’invasion. Sinon, les appels à son humanité ou à sa bonté resteront lettre morte…


Selon Luc, notre parabole nous invite à prier Dieu sans nous décourager.

Il n’est pas illégitime d’y lire également un appel à prier nos ennemis sans désespérer, en sollicitant avec réalisme (péché originel) leur humanité, leur conversion (rédemption), voire  leur intérêt égoïste…

À qui allons-nous « casser les oreilles » cette semaine pour obtenir justice ?…

________________________________

[1] Cf. le dossier historique publié par François Huguenin, docteur en histoire et en sciences sociales, enseignant l’histoire des idées politiques à l’Ircom de Lyon et à l’Institut catholique de Paris (ICP) : Le Je & le Nous : Une histoire de la pensée politique des origines à nos jours, Cerf, 2025.

 


LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
« Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort » (Ex 17, 8-13)

 

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, le peuple d’Israël marchait à travers le désert. Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. » Josué fit ce que Moïse avait dit : il mena le combat contre les Amalécites. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au fil de l’épée.

 

PSAUME
(Ps 120 (121), 1-2, 3-4, 5-6, 7-8)
R/ Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. (Ps 120, 2)

 

Je lève les yeux vers les montagnes :
d’où le secours me viendra-t-il ?
Le secours me viendra du Seigneur
qui a fait le ciel et la terre.

 

Qu’il empêche ton pied de glisser,
qu’il ne dorme pas, ton gardien.
Non, il ne dort pas, ne sommeille pas,
le gardien d’Israël.

 

Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage,
se tient près de toi.
Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper,
ni la lune, durant la nuit.

 

Le Seigneur te gardera de tout mal,
il gardera ta vie.
Le Seigneur te gardera, au départ et au retour,
maintenant, à jamais.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Grâce à l’Écriture, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien » (2 Tm 3, 14 – 4, 2)

 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, demeure ferme dans ce que tu as appris : de cela tu as acquis la certitude, sachant bien de qui tu l’as appris. Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Écritures : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien.
Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire.

 

ÉVANGILE
« Dieu fera justice à ses élus qui crient vers lui » (Lc 18, 1-8) *Alléluia. Alléluia. 

Elle est vivante, efficace, la parole de Dieu ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Alléluia. (cf. He 4, 12)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager : « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’ Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.’ » Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Patrick BRAUD

 

Mots-clés : , ,

21 septembre 2025

Lazare à toutes les sauces

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Lazare à toutes les sauces

Homélie pour le 26° dimanche du Temps ordinaire / Année C
28/09/25

Cf. également :
Au moins les miettes ! 
Professer sa foi
Qui est votre Lazare ?
Le pauvre Lazare à nos portes
La bande des vautrés n’existera plus
Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?
Chameau et trou d’aiguille
À quoi servent les riches ?
Plus on possède, moins on est libre

Les interprétations de notre célébrissime parabole de ce dimanche (Lc 16,19-31) sont quasi infinies : appel au partage, développement du Tiers-Monde, accès à la vie éternelle, existence de l’enfer, statut des richesses, condition des pauvres etc.
Examinons 5 ou 6 pistes de lecture qui viennent enrichir ce panorama déjà si foisonnant [1].

1. Faire peur aux riches
On le constate chaque semaine avec Donald Trump : les riches sont arrogants, ils tordent le bras des plus faibles pour imposer leurs conditions ; ils se muent en prédateurs, jamais rassasiés. Notre parabole dénonce cette arrogance qui, non contente de ne pas aider le pauvre, ne supporte pas sa vue et ne se laisse pas même attendrir par les blessures de Lazare. Les chiens eux-mêmes plaident contre le riche, car ils sont plus doux que lui envers le pauvre. Le riche est plus bienveillant envers ses chiens qu’il nourrit qu’envers Lazare !  Et d’ailleurs Lazare a été plus généreux envers les chiens que le riche lui-même, puisqu’il les a nourris de sa chair. Même dans l’au-delà, l’arrogance du riche ne diminue pas, puisqu’il attend encore que ce soit Lazare qui vienne le servir et rafraîchir sa langue !

Lazare à toutes les sauces dans Communauté spirituelleDans les premiers siècles, les Pères de l’Église ont essayé d’avertir les riches du danger que présentent pour eux-mêmes leurs comportements inhumains. Puisqu’ils ne cherchent  que leur intérêt, on va parler à leur égo plus qu’à leur cœur : « si vous persévérez à ne pas donner aux pauvres, vous finirez en enfer ! »
Effrayer les riches est une stratégie relativement efficace. La Bible ne dit-elle pas que « la crainte est le commencement de la sagesse » ? (Pr 9,10 ; Ps 111,10)
Si le riche ne donne rien à Lazare à cause de son aveuglement, qu’au moins il donne par peur des flammes éternelles !

Évidemment, aujourd’hui, dans un monde matérialiste où la question de la vie éternelle disparaît, enfouie sous les écrans, les crypto-monnaies et les fortunes enivrantes, cette menace éternelle peine à convaincre. Mais au Moyen Âge, elle est encore très impressionnante. Faire peur aux riches pour qu’ils partagent est un objectif majeur des prédicateurs et maîtres spirituels. En témoigne par exemple au XI° siècle Bruno de Segni :
« C’est pourquoi le Seigneur dit : ‘Malheur à vous les riches qui avez votre consolation’  (Lc 6,24), et : ‘Heureux les pauvres, car le royaume des cieux est à eux’ (Lc 6,20 et Mt 5,3). Les richesses mènent donc à la misère, et la pauvreté à la béatitude. Le ciel est ouvert aux pauvres ; l’enfer l’est pour les riches. Pour les riches, du moins, qui font un mauvais usage de leurs richesses » (Commentaria in Lucam, PL 165, col. 422).

Ne remisons pas trop vite aux vitrines des musées cette arme évangélique : en vieillissant, bien des riches commencent à s’interroger sur leur avenir, et on a vu dans l’Histoire des puissants changer du tout au tout suite à une prise de conscience de leur possible damnation éternelle… ! Il faudrait d’abord pour cela réhabiliter la perspective de l’enfer comme une possibilité réelle, ce qui heurte de plein fouet l’irresponsabilité contemporaine (« on ira tous au paradis »)…

2. Légitimer l’ordre social
De l’avertissement salutaire lancé aux riches, les commentateurs de la parabole sont très vite passés à la résignation prêchée aux pauvres. Ils s’appuient souvent sur Proverbes 22,2 pour demander à chacun de rester là où le sort les a placés : « Un riche et un pauvre se rencontrent : l’un comme l’autre, le Seigneur les a faits ».

ce60535b8bf9b6a150f862720157fb3b interprétation dans Communauté spirituelleD’après eux, Lazare doit supporter sa pauvreté sans se révolter, avec patience, en comptant sur la générosité du riche pour alléger ses souffrances. Et le riche ne doit pas cesser d’être riche, mais seulement laisser tomber quelques miettes de sa fortune.
Que les pauvres restent pauvres, car plus tard ils seront riches, et en attendant ils font le salut des riches en recevant leurs aumônes.
Que les riches restent riches, mais en partageant un peu pour éviter de se retrouver à la place du pauvre dans la vie éternelle.
Que les pauvres supportent leur condition comme une épreuve envoyée par Dieu, sans se plaindre ou se révolter, sans même chercher à en sortir. Au contraire, ils devraient se réjouir de leur sort, comme l’affirme Jérôme, régulièrement cité sous le nom de Jean Chrysostome au XIIIe siècle : « Si nous sommes souffrants, si nous sommes pauvres, réjouissons-nous : nous recevons nos maux en cette vie afin de recevoir des biens plus tard ». Thomas d’Aquin, dans sa Catena aurea, cite une phrase semblable du même auteur : « Lors donc que la violence de la maladie nous accable, que la pensée de Lazare nous fasse supporter avec joie les maux de cette vie ».
Thomas d’Aquin cite d’ailleurs deux fois la même phrase – tantôt attribuée à Ambroise de Milan, tantôt à Jean Chrysostome – au début et à la fin de son commentaire : « Toute pauvreté n’est pas sainte […], c’est la sainteté qui rend la pauvreté digne d’honneurs ».

Albert le Grand s’inscrit dans la même perspective : après avoir indiqué que Lazare a été l’instrument de la condamnation du riche, il cite à son tour Proverbes 22,2 et indique que le pauvre est fait pour la patience, tandis que le riche l’est pour la miséricorde. Et de conclure : « Et donc le pauvre est envoyé pour que s’exercent les mérites du riche, et le riche pour la miséricorde envers le pauvre ».
Augustin demande aux riches de ne pas changer leurs habitudes, de manger les mets délicats ou précieux et de donner aux pauvres ceux qui sont superflus ou grossiers car « ce sont les restes qui appartiennent aux pauvres, et non les délices ». Albert le Grand reprend cette citation augustinienne, qu’il commente ainsi : « En effet, si [Lazare] avait demandé des mets délicieux, ce n’est pas sans raison qu’ils lui auraient été refusés, car les délices ne conviennent pas aux pauvres ».
Hugues de Saint-Cher, dans le début de son commentaire, distingue entre avoir des richesses, ce qui est permis, et les aimer, ce qui est réprouvé. Bonaventure note aussi que « cet homme est dit riche, non seulement à cause de la possession des richesses, mais aussi parce qu’il les aimait ». Nicolas de Gorran reprend la même idée en ajoutant que « ce n’est pas la possession mais l’amour des richesses qui est réprouvé ». Thomas d’Aquin cite deux fois Ambroise affirmant que « toute richesse n’est pas nécessairement criminelle ».

On va même jusqu’à penser que pauvreté et richesse sont toutes deux relatives : c’est en se comparant qu’on sait où on se trouve.
« Mais celui-là [le riche] ne commettrait pas un si grand péché, s’il ne le voyait pas. Et celui-ci [Lazare] ne souffrirait pas autant, s’il n’apercevait ces délices. Chacun est, pour l’autre, la cause du mal : celui- là provoque un mal temporel, celui-ci pour l’éternité » (Bruno de Segni).

Ne sourions pas trop vite devant cette ligne d’interprétation très naïve. Elle revient en force, dans les milieux protestants anglo-saxons – les évangéliques notamment – où la réussite et la richesse sont perçues comme des bénédictions divines (comme dans l’Ancien Testament avant les prophètes comme Amos), et la pauvreté comme un châtiment, la conséquence du péché ou des erreurs du pauvre qui n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même…

Légitimer l’ordre social existant en tordant l’Évangile en ce sens est une instrumentalisation meurtrière des Écritures. Les Églises l’ont suffisamment pratiquée hélas dans les siècles passés pour ne pas retomber dans cette ornière !
Lazare n’est pas là pour assurer le salut du riche par quelques miettes qui ne changeront rien au scandale des inégalités et de la misère !

 

La synagogue, "aveugle"

La synagogue, « aveugle

3. Disqualifier les Juifs

Dans un climat très polémique entre la synagogue et l’Église, Augustin avait forgé un cadre interprétatif simple et clair dans lequel l’homme riche désignait les juifs et Lazare les Gentils ; c’est ce schéma qui domine l’exégèse allégorique au XII° siècle.

Un commentaire développe :
« Le riche qui portait de la pourpre et du lin et festoyait tous les jours de façon fastueuse désignerait le peuple juif qui avait extérieurement le souci de la vie et qui utilisait les délices de la Loi qu’il avait reçue pour son faste et non pour son utilité. Lazare couvert d’ulcères désignerait le peuple des Gentils qui, en confessant ses péchés s’est tourné vers Dieu et a rejeté au-dehors le poison qui se cachait en lui, comme s’il avait fendu sa peau. Et il désirait se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche mais personne ne lui en donnait car ce peuple superbe refusait d’admettre un Gentil à la connaissance de la Loi, car il conservait la science de la Loi pour sa fierté et non pour la charité, comme s’il se gonflait des trésors reçus. Et les paroles qui tombaient de sa science étaient comme des miettes qui tombaient de la table. Mais au contraire, les chiens lèchent les ulcères du pauvre car les prédicateurs, par leur parole, éloignent du péché comme si, en touchant les plaies, ils redonnaient la santé de la même façon que le chien soigne les plaies en les léchant. C’est donc à juste titre que le nom Lazare est interprété comme “aidé”, car ils aident à sa guérison, ceux qui soignent ses plaies en les corrigeant par la parole. »

Une autre glose complète le récit en expliquant que ce « peuple infidèle » est particulièrement puni par sa langue car il a conservé les mots de la Loi dans sa bouche sans les mettre en pratique. Quant aux cinq frères du riche, ils désignent « le peuple juif déjà en grande partie damné » (sic) qui demeure sur terre entièrement soumis à ses cinq sens ou à une intelligence charnelle des livres de Moïse. Ce refus de l’interprétation spirituelle des Écritures explique que le peuple juif refuserait de croire même un homme revenu de la mort, Jésus ressuscité.

Faire de Lazare une machine de guerre idéologique contre les juifs, il fallait y penser !
Ne sourions pas trop vite de cette interprétation aux relents antisémites. On voit cet antisémitisme rejaillir partout, dans le monde musulman comme dans les sphères d’extrême gauche, pour disqualifier le peuple de la Torah : Israël se gaverait des richesses de la Palestine sans voir la famine de Gaza ou la colonisation de Cisjordanie, sans laisser quelques miettes aux Palestiniens privés de tout… C’est là encore tordre l’Évangile pour légitimer une idéologie « antisioniste » visant la disparition pure et simple d’Israël.

4. Les savants et les simples
savants-enluminure-miniature-medievale-psaultier-saint-louis-manuscrit-moyen-age-672x372 LazareNotre parabole vise d’abord les pharisiens, « eux qui aimaient l’argent et tournaient Jésus en dérision » (Lc 16,18). Eux sont riches de leur connaissance de la Torah, des traditions inventées par les Anciens ; eux savent lire et écrire, débattre et commenter. Au Moyen Âge, plusieurs courants mystiques se sont emparés de cette remise en cause des « savants » pour vanter la foi des gens ordinaires. Les mystiques ont mis l’expérience spirituelle personnelle au-dessus de la science théologique : des chrétiens ordinaires vivaient la simplicité fraternelle évangélique, et étaient méprisés ou délaissés par les docteurs scolastiques de la Sorbonne ou de Rome, qui n’accordaient aucun crédit aux prières et supplications de ce petit peuple chrétien écrasé par la domination cléricale. La révolte de la Réforme du XVI° siècle est déjà contenue en germe dans les écrits mystiques du XI° siècle.

Hildegarde de Bingen par exemple a laissé une série de sermons sur les Évangiles. Sur la péricope qui nous occupe, elle propose deux sermons entièrement allégoriques. Le second assimile l’homme riche à la volupté, tandis que Lazare est l’image de l’homme pécheur que les chiens contribuent à rapprocher de Dieu en effaçant en lui l’amour de la chair. Le premier sermon est en revanche plus révélateur d’une utilisation de la parabole contre la culture scolastique. En effet, le riche y est présenté comme l’image des hommes « sages et prudents » et des « sages orgueilleux » (elati sapientes), par opposition aux « ignorants et aux simples » (idiotae et simplices) qui ont choisi l’humilité et la pauvreté en esprit. Hildegarde glose ainsi les propos d’Abraham : « entre nous, qui avons suivi l’humilité dans notre science, et vous qui avez mis votre science au service de votre orgueil, un grand chaos a été élevé […] ». Il est frappant de constater qu’Hildegarde reprend exactement les images et le vocabulaire utilisés habituellement pour désigner le peuple juif et qu’elle les applique ici aux savants. Ce faisant, elle déplace la polémique des juifs vers les maîtres des nouvelles écoles urbaines, confirmant ainsi son hostilité à la scolastique naissante et son appartenance au groupe des auteurs monastiques qui se méfient de l’essor des écoles savantes.

40b7efb_1658492014161-beguine1 parabole

Les béguines

5. Les hommes et les femmes
Cet éloge des simplices et idiotae qui souhaiteraient accéder à la sagesse et à la prudence mais qui, enfermés dans leurs sens, en sont réduits à attendre les explications des savants prélats pourrait aussi viser les femmes que le discours clérical rapproche des cinq sens et qui sont tenues à l’écart des écoles.
Rien ne l’indique explicitement, mais il est difficile de penser qu’une telle description ne tende pas vers une association de Lazare aux béguines qui renouvellent la vie évangélique au nord de l’Europe à partir du XI° jusqu’au XIV° siècle, et aux moniales qui persévèrent dans l’éducation du peuple chrétien, malgré les interdictions qui pèsent sur elles (enseignement, direction spirituelle, autonomie de gouvernement, de finances etc.).

Lazare pourrait bien être une figure des femmes laissées à l’écart de la table cléricale où festoient les princes de l’Église : écartées de l’ordination, de la prédication, suspectes d’impureté mensuelle, incarnant la tentation de la chair, mineures dans le Droit et dans les mœurs…
Lazare, féministe ? Pourquoi pas ?

6. La conversion de Jésus
Rajoutons une dernière interprétation, quelque peu iconoclaste : il se pourrait bien que Jésus parle d’expérience en inventant cette parabole ! Car il a lui-même vécu la conversion demandée au riche de cette histoire.
7163xKXsGIL._SL1500_ richesse C’est le mot « miettes » (ψιχον, ψξ = psichion, psix) employé dans la parabole qui peut nous mettre la puce à l’oreille : « Lazare aurait bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères » (Lc 16,21).
Où est-il question de miettes ailleurs dans les Évangiles ? Il n’y a que 2 autres occurrences de ce mot : dans l’épisode de la cananéenne rapportés par Mc 7,24-30 et Mt 15,21-28. La cananéenne mendie elle aussi les miettes du festin promis par Jésus : « Elle reprit : “Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.” » (Mt 15,27). Alors que Jésus, conscient de sa supériorité juive, était au début légèrement méprisant envers cette étrangère – une femme qui plus est – lui opposant son silence puis sa condescendance : « Il répondit : “Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens.” » (Mt 15,26).

Jésus est juif jusqu’au bout des ongles. Alors il fait un peu de camping touristique, ou du moins alors qu’il prend du repos le long de la côte libanaise (Tyr et Sidon), il semble camper dans un complexe de supériorité si courant chez les rabbins juifs. « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël ». Autrement dit : les étrangers, ce n’est pas mon problème. Isaïe a dû se retourner dans sa tombe ! Heureusement, la ténacité de cette libanaise qui lui réclame des miettes va ébranler l’autosuffisance juive qui n’a pas épargné même Jésus : « les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître ». Là, Jésus stupéfait est obligé de reconnaître que cette femme a raison : les étrangers sont bien invités au festin, et pas que pour des miettes ! C’est sans doute un déclic dans la conscience de Jésus. À partir de la rencontre de cette étrangère, il défendra jusqu’au bout l’universalité de sa mission. Il annoncera le salut pour tous. L’écriteau INRI, rédigé en latin, grec et araméen témoignera de son désir de « rassembler dans l’unité des enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52), étrangers et juifs enfin réunis.

La conscience historique de Jésus de Nazareth était dans son humanité soumise aux mêmes lois psychologiques que la nôtre : il lui a fallu du temps pour réaliser qui il était, et quelle était sa mission. La rencontre avec cette libanaise constitue un tournant dans la conscience de Jésus : grâce à elle, à cause d’elle, il découvre stupéfait qu’en effet les étrangers ont droit eux aussi à la nourriture qu’il dispense aux juifs. Parce que cette femme a insisté, argumenté, parce qu’elle n’a pas lâché prise par amour pour sa fille, elle a provoqué en Jésus une prise de conscience de l’universalité de sa mission. Avant, il croyait n’être envoyé qu’aux « brebis perdues de la maison d’Israël ». Après, il reconnaît la foi de cette cananéenne et saura désormais que tous les peuples attendent de participer au repas messianique à sa table.
Les miettes données par Jésus à la cananéenne rejoignent ainsi les miettes que le riche aurait dû accorder à Lazare…

Si même Jésus de Nazareth a été obligé d’écouter la cananéenne pour se convertir à l’universalité de sa mission, combien plus devrions-nous nous convertir, en écoutant les Lazare gisant à notre porte et à celle de notre Église… !

——————————————————

[1]. Je m’inspire ici quasi intégralement de l’étude précise et documentée d’Emmanuel Blanc : La parabole de Lazare et du mauvais riche entre recherches herméneutiques et appropriations du texte biblique (XIIe-XIIIe siècles), 2021 : cf.  https://amu.hal.science/hal-03552151/document

LECTURES DE LA MESSE
 
1ère LECTURE
« La bande des vautrés n’existera plus » (Am 6, 1a.4-7)

Lecture du livre du prophète Amos

Ainsi parle le Seigneur de l’univers : Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres de l’étable ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ! C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus.
 
PSAUME
Ps 145 (146), 6c.7, 8.9a, 9bc-10
R/ Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur ! ou : Alléluia ! (Ps 145, 1b)
 
Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

 
Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.

 
Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

 
2ÈME LECTURE
« Garde le commandement jusqu’à la Manifestation du Seigneur » (1 Tm 6, 11-16)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Toi, homme de Dieu, recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! C’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as prononcé ta belle profession de foi devant de nombreux témoins.
Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à tous les êtres, et en présence du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate par une belle affirmation, voici ce que je t’ordonne : garde le commandement du Seigneur, en demeurant sans tache, irréprochable jusqu’à la Manifestation de notre Seigneur Jésus Christ. Celui qui le fera paraître aux temps fixés, c’est Dieu, Souverain unique et bienheureux, Roi des rois et Seigneur des seigneurs, lui seul possède l’immortalité, habite une lumière inaccessible ; aucun homme ne l’a jamais vu, et nul ne peut le voir. À lui, honneur et puissance éternelle. Amen.
 
ÉVANGILE
« Tu as reçu le bonheur, et Lazare, le malheur. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance » (Lc 16, 19-31)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Alléluia. (cf. 2 Co 8, 9)

 
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères. Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui. Alors il cria : ‘Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. – Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.’ Le riche répliqua : ‘Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !’ Abraham lui dit : ‘Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! – Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.’ Abraham répondit : ‘S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.’ »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , ,

7 septembre 2025

Quelle croix ? Quelle gloire ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Quelle croix ? Quelle gloire ?

Homélie pour la fête de la Croix glorieuse / Année C
14/09/25

Cf. également :
Que signifie : prendre sa croix ?
Les trois tentations du Christ en croix
Quels sont ces serpents de bronze ?
Prendre sa croix
Ne faisons pas mentir la croix du Christ !
De l’art du renoncement
C’est l’outrage et non pas la douleur
Prendre sa croix chaque jour
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
Rameaux, kénose et relèvement

1. Un oxymore très constantinien
« Lors de mon dernier dîner en ville, j’ai vu une jeune femme porter un magnifique collier avec une guillotine en pendentif. Elle m’a dit appartenir à la secte « de la guillotine radieuse », nouvelle religion très en vogue actuellement. Plus loin, un Américain arborait une magnifique chevalière avec une chaise électrique en or gravée dessus. Il était très fier d’être disciple de la communauté « de la chaise étincelante »… »
Cette scène mondaine imaginaire peut vous mettre sur la piste de l’étrangeté de la fête célébrée ce dimanche : la Croix glorieuse. Quel oxymore ! Car rien de plus honteux ni humiliant que cet infamant supplice de la crucifixion infligé par les Romains aux esclaves, aux humiliores (inférieurs) de l’empire ! La croix inspirait au début du christianisme autant d’horreur que la guillotine de la Terreur ou la chaise électrique d’Alcatraz récemment ! Paul le savait bien, lui qui grâce à sa citoyenneté romaine échappera à l’infamie de la croix pour la mort plus noble de la décapitation par l’épée. Jésus n’a pas eu ce privilège : « Il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice » (He 12,1-4). La croix, dans cette interprétation des plus anciennes, est signe d’humiliation et non pas de souffrance physique. C’est en effet le supplice des classes les plus méprisées du monde romain, le supplice des esclaves, le supplice infamant qui prive tout juif le subissant des promesses faites à Israël, au point de devenir un « maudit de Dieu » dont le corps n’est même pas digne d’être enterré : « Quant à cette malédiction de la Loi, le Christ nous en a rachetés en devenant, pour nous, objet de malédiction, car il est écrit : Il est maudit, celui qui est pendu au bois du supplice » (Ga 3,13 ;cf. Dt 21,23).

Quelle croix ? Quelle gloire ? dans Communauté spirituelle 15Ce supplice des esclaves était connu et redouté dans l’empire romain : en 71 av. JC, 6000 esclaves révoltés avec Spartacus furent crucifiés par Crassus sur les 190 km entre Capoue et Rome. L’historien juif Flavius Josèphe rapporte que vers 88 av. J.-C., 800 pharisiens furent crucifiés au centre de Jérusalem sur ordre d’Alexandre Jannée ; il rapporte également les 2000 crucifiements ordonnés en 4 av. J.-C. par le légat romain Varus. Paul avait déjà vu ces condamnés misérables rayés de l’humanité.
Néron quant à lui fit crucifier plusieurs milliers de chrétiens de tous âges et, histoire d’apporter un peu de distraction, il faisait enduire leurs corps de résine, ce qui lui permettait de s’en servir comme flambeaux la nuit… Au tournant de l’ère chrétienne, on compte des milliers de crucifiés : 2 000 lors de la seule répression de la révolte de Simon, nous dit encore Flavius Josèphe.

L’avertissement du pouvoir romain était clair : ne faites pas comme les crucifiés, sinon vous finirez comme eux. Suspendre au bois de la croix n’était pas seulement éliminer le séditieux, mais aussi son message, son action sociale ou politique, sa doctrine. Ainsi ceux qui ne voulaient pas que le monde change avec Jésus ont voulu en finir avec lui, et la façon dont ils ont décidé de l’exécuter montre qu’ils voulaient faire comprendre que son message ne devait pas continuer. Avis aux disciples : s’ils s’obstinaient à suivre leur maître, ils seraient balayés comme lui, dans la disgrâce et le déshonneur.

 Constantin dans Communauté spirituelleTout change avec la conversion de l’empereur Constantin au christianisme (vers 312).
L’horreur des crucifix est cependant si présente que pendant des siècles encore, Jésus ne fut que rarement représenté sur une croix : c’était trop épouvantable. Un peu comme si on portait maintenant une guillotine avec une chaîne en or autour du cou… Le symbole des chrétiens dans les catacombes était plutôt le poisson (ictus) que la croix, le bon Berger ou l’agneau pascal

Il faut attendre le V° siècle pour voir des crucifix, et encore représentent-ils Jésus habillé « posé » sur une croix, serein et victorieux. Le Christ des mosaïques byzantines est le Pantocrator, le Tout-puissant, et les icônes du crucifié le montrent somptueusement vêtu, rayonnant de gloire, apaisé, déjà hors du monde.

Les textes racontant la découverte de la « vraie croix » fleurent bon la légende et la reconstruction a posteriori. Ces récits merveilleux sont écrits par des soutiens enthousiastes de l’empereur Constantin et de la nouvelle religion qu’il a favorisée. Ils se contredisent d’ailleurs en maints détails, mais peu importe car la visée hagiographique autorisait à l’époque quelques libertés avec ce que nous appellerions aujourd’hui la vérité historique, problématique complètement étrangère aux historiens des premiers siècles.

Quelques doutes planent sur la découverte de la Vraie Croix…
Croix reliquesCertes, l’impératrice Hélène a fait procéder à des fouilles archéologiques sur le lieu-même de la crucifixion lors de son pèlerinage en 326. A-t-elle réellement pu découvrir la Croix de Jésus ? Ou s’agissait-il d’une opération de propagande destinée à renforcer la nouvelle religion de l’empire ? À partir du quatrième siècle, le christianisme devient en effet une arme politique. Dans ce contexte, l’invention et la diffusion d’objets sacrés permet aux souverains successifs d’affirmer leur pouvoir, de renforcer leurs alliances et de souder la société. Il se pourrait donc que toute cette histoire ait été inventée, ce qui n’enlève rien à l’intérêt de son caractère légendaire [1].

Au cours des siècles, la Croix a été découpée en plusieurs parties et a fait l’objet de multiples prélèvements pour la confection de reliques. Le marché des objets saints s’étant considérablement développé au cours du Moyen-Âge, des faux ont commencé à circuler dont certains sont visibles encore aujourd’hui en Europe et dans le monde. À tel point que Calvin a pu ironiser sur la prolifération de ces soi-disant reliques de la vraie croix, car le volume total des fragments vénérés pourrait – disait-il – constituer une forêt ou un navire…

Tout commence en 312 – d’après l’historien Eusèbe de Césarée (265-339), évêque de Césarée en Palestine et proche de l’empereur – lorsque l’empereur Constantin veut éliminer son rival Maxence. Constantin aurait vu en rêve le Christ lui-même (qu’il ne connaissait pas auparavant) lui demander de mettre le Chrismechrisme, constitué de l’entrelacement des deux premières lettres de son nom, le chi (X) et le rho (R)  grecs, sur les étendards de son armée : « Par ce signe tu vaincras ». C’est alors la fameuse bataille du pont Milvius, où Maxence et ses troupes se noient dans le Tibre en fuyant devant Constantin. Celui-ci peut alors devenir le seul empereur d’Occident. Convaincu que c’est le Dieu des chrétiens qui lui a donné la victoire, il ordonne de ne plus persécuter cette nouvelle religion, et d’en favoriser même l’essor (édit de Milan en 313). Il se convertit, mais ne demandera le baptême que sur son lit de mort, pratique courante à l’époque où il n’y a pas de « seconde pénitence » après le baptême (notre confession actuelle). Sachant qu’il commettrait encore beaucoup de meurtres, de guerres et d’abus de pouvoir, Constantin préféra n’utiliser ce one shot qu’à la toute fin de sa vie…

La Vision de Constantin, 1520-1524, Jules Romain, (Rome, palais du Vatican, salle de Constantin)Voilà une première bizarrerie qui aujourd’hui devrait nous choquer : invoquer le Christ pour remporter une victoire militaire ! Le symbole qui aurait permis ce massacre pourrait-il venir de Jésus ? Cette conception archaïque et magique d’un Dieu faisant pencher le sort des batailles pour un camp ou l’autre a la vie dure. Israël se plaignait déjà de « YHWH qui ne sort plus avec nos armées » (Ps 44,10) ; et il se désolait que l’Arche d’Alliance ne lui évite pas des défaites catastrophiques (1S 4). D’ailleurs, en 1187, les Croisés croiront eux aussi qu’un morceau de la vraie Croix leur donnerait la victoire à chaque combat. Mais lors de la bataille de Hattin (près du lac de Tibériade), malgré la relique mise en avant des troupes, le roi Guy de Lusignan est fait prisonnier et des centaines de chevaliers massacrés. Le sultan Saladin s’empare du précieux bois, dont on perd la trace à partir de là. Puis il prend Jérusalem, et le rêve d’une monarchie franque légitimée par la Croix s’écroule à tout jamais…

Voilà donc un premier contresens constantinien à éviter en fêtant la Croix glorieuse : la gloire que procure la Croix n’est pas de ce monde. Elle n’est ni militaire, ni économique, ni même religieuse. Elle appartient à l’autre monde, celui où le Ressuscité est entré après sa mort ignominieuse : « Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice, et il siège à la droite du trône de Dieu » (He 12,2). Elle ne peut légitimer aucun empire, aucune royauté, aucun Président, aucune domination se réclamant de la foi chrétienne !

L’instrumentalisation du Nom de Dieu a fait florès – hélas ! – dans les rangs des Églises se réclamant du Crucifié. Et ce n’est pas fini : Poutine s’invente une mission divine pour la restauration de la Sainte Russie orthodoxe ; Trump se croit l’élu de Dieu parce qu’une balle lui a effleuré l’oreille au lieu de le transpercer ; Netanyahou est persuadé que la force de Tsahal vient de YHWH. Et que dire des instrumentalisations musulmanes, hindoues ou autres, transformant leur religion en machine de guerre… ! ?

« Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi… » (Mt 20,26).

La Croix glorieuse est un oxymore, associant deux contraires, ce qui doit nous interdire d’interpréter la gloire de la Croix selon nos critères.

2. La légende dorée de la vraie Croix
La Légende dorée de Jacques Voragine (1266) raconte au chapitre 66 l’histoire de la découverte du bois de la croix de Jésus, dans une version encore plus rocambolesque (avec d’ailleurs quelques relents antisémites) [2].

Eglise Ste Hélène - Paris (18)L’impératrice Hélène  - nommée augusta par son fils Constantin, c’est dire son influence -, âgée de 80 ans, aurait ordonné des fouilles à Jérusalem pour retrouver le tombeau de Jésus, enseveli sous un forum romain et un temple de Vénus construits par l’empereur Hadrien. Macaire, évêque de Jérusalem, conduit les fouilles (qui dès lors sont « orientées »…). On finit par découvrir une décharge mortuaire avec les morceaux des morceaux de bois pouvant provenir de croix romaines. On isole trois  ensembles  pour correspondre aux trois Croix du Golgotha. Pour identifier celle de Jésus, la légende (Eusèbe de Césarée) voudrait qu’une femme qu’on croyait morte ait été guérie au contact du bois correspondant à la bonne croix. Selon un autre historien (Sozomène, vers 445), c’est lorsqu’un mort ressuscita au contact du bois qu’on a reconnu la vraie Croix. Ambroise de Milan raconte quant à lui en 395 que c’est l’écriteau INRI qui permit à Hélène de distinguer la croix de Jésus des deux autres. D’autres variantes existent encore sous les plumes de Rufin, Sulpice-Sévère, saint Paulin…, où il est également question des clous, du suaire, de la couronne, de la lance et autres outils de la passion. Bref, on aurait tout retrouvé exactement comme dans les Évangiles.

Eglise Ste Hélène - Paris (18)Le noyau historique fiable autour de la vraie Croix est en réalité assez mince : Hélène a sans doute ordonné des fouilles Jérusalem 300 ans après les faits, et est revenue à Rome avec des reliques légitimées par des évêques et historiens acquis à sa cause. Les siècles suivants ont amplifié les légendes autour de ces morceaux de bois. Et l’instrumentalisation royale a perduré au-delà de Constantin, jusqu’à la Sainte-Chapelle bâtie à Paris par saint Louis pour l’abriter.

On voit mal le Seigneur de l’univers prendre parti pour l’armée de Constantin contre Maxence, pour les croisés contre les sultans, ou pour l’empereur byzantin Héraclius massacrant les Perses pour récupérer les reliques de la croix volée à Jérusalem au VII° siècle !

Jésus est mort victime sur la croix, et non bourreau. Devenir bourreau au nom de la Croix est un contresens absolu !
Sur le bois de la croix, Jésus refuse le pouvoir, la domination, la victoire à la manière des hommes. La gloire de sa croix ne viendra pas de ses armées, mais de la résurrection octroyée par son Père.
Tant qu’elle reste constantinienne, la vénération de la croix est absurde, contradictoire, dangereuse, meurtrière : un oxymore. Quand elle adopte la non-violence et l’humiliation du crucifié, alors elle devient source de vie.
La gloire de la croix du Christ n’est pas de ce monde…

3. À nous de subvertir la malédiction en bénédiction
Le sens de la croix du Christ est de faire corps avec les humiliores de chaque époque. Sur le bois, Jésus va « chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10) en se faisant l’un d’entre eux.

La volonté du Christ c’est d’aller au bout de celle de son Père, « jusqu’à l’extrême » (Jn 13,1) : faire corps avec les damnés de la terre pour leur ouvrir un chemin de libération et de vie en Dieu.
96322722_m croixEn allant les rejoindre, il est assimilé à eux. Leur humiliation devient la sienne ; mais il l’assume « sans honte », alors que les puissants ont réussi – en dominant les humiliés – à leur faire intérioriser la honte d’être dominés. Il y a dans ce « sans honte » le début du retournement de la situation d’humiliation, comme on retourne un gant de l’intérieur.

Le Père Joseph Wrézinski l’a bien compris, qui a commencé à redonner un nom et une histoire au peuple du Quart-Monde pour qu’il retrouve la fierté d’être lui-même. Les grands libérateurs ont fait de même : Gandhi avec les colonisés indiens, Martin Luther King avec les ‘nègres’ américains des années 60, Mandela avec les townships souffrant de ségrégation et de misère etc.
Endurer sans honte l’humiliation de ceux qui en sont écrasés est déjà leur ouvrir la possibilité d’une dignité pleinement rétablie.

La gloire de la Croix est celle de celui qui a été maudit par la Loi (Dt 21,23). Impossible de l’assimiler à celle d’un empereur, d’un roi ou d’un dictateur se prétendant chrétien.
Impossible de l’utiliser pour écraser nos ennemis, pour tuer au nom de Dieu, ou imposer  notre religion par la force. Toutes ces trahisons historiques manipulent les symboles – dont la croix, – pour justifier leurs conquêtes.

« Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi ».

Vénérons donc la Croix, pas celle de Constantin ni celle des Croisés, mais celle qui a sauvé le bon larron.
Vénérons la Croix glorieuse, de cette gloire irréductible à toutes nos gloires trop humaines ; la gloire qui nous vient de la résurrection où YHWH a inversé la malédiction qui pesait sur les gueux de Palestine en bénédiction pour tous les peuples !



Lectures de la messe

Première lecture (Nb 21, 4b-9)
En ces jours-là, en chemin à travers le désert, le peuple perdit courage. Il récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! » Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël. Le peuple vint vers Moïse et dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il éloigne de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront ! » Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet du mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie ! – Parole du Seigneur.

Psaume (Ps  77 (78), 3-4a.c, 34-35, 36-37, 38ab.39)
Nous avons entendu et nous savons ce que nos pères nous ont raconté ;
nous le redirons à l’âge qui vient, les titres de gloire du Seigneur.

Quand Dieu les frappait, ils le cherchaient, ils revenaient et se tournaient vers lui :
ils se souvenaient que Dieu est leur rocher, et le Dieu Très-Haut, leur rédempteur.

Mais de leur bouche ils le trompaient, de leur langue ils lui mentaient.
Leur cœur n’était pas constant envers lui ; ils n’étaient pas fidèles à son alliance.

Et lui, miséricordieux, au lieu de détruire, il pardonnait. Il se rappelait :
ils ne sont que chair, un souffle qui s’en va sans retour.

Deuxième lecture (Ph 2, 6-11)
Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Évangile (Jn 3, 13-17)
En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « Nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
Patrick Braud


Mots-clés : , ,
12345...38