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28 mai 2018

Les deux épiclèses eucharistiques

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les deux épiclèses eucharistiques


Homélie pour la fête du Corps et du Sang du Christ / Année B
03/06/2018

Cf. également :

Les trois blancheurs
Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier
Comme une ancre jetée dans les cieux
Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger
Impossibilités et raretés eucharistiques
Je suis ce que je mange
L’eucharistie selon Melchisédek
 

- « Elle était bien, votre messe, M. l’Abbé ! »
Le paroissien enthousiaste croit faire plaisir au prêtre qui présidait l’eucharistie de dimanche.
Une autre paroissienne renchérit :
- « J’aime bien quand c’est vous qui célébrez. »
La mine renfrognée, le prêtre se dit qu’il est temps de se lancer dans une catéchèse solide  sur l’eucharistie… Car qui célèbre, sinon l’Église tout entière ? Qui consacre, sinon l’Esprit Saint lui-même ? Qui fait l’eucharistie sinon l’Église !

Alors, en cette fête du Saint-Sacrement, dite également du Corps et du Sang du Christ, reprenons quelques éléments théologiques fondamentaux sur l’eucharistie.

 

La théologie des trois corps

Où est le corps du Christ ?
Nous en avons perdu l’habitude, mais le Moyen Âge avait popularisé une très belle conception du corps du Christ appelé théologie des trois corps.

Les deux épiclèses eucharistiques dans Communauté spirituelle 119299804_oEn effet, il y a d’abord le corps personnel de Jésus ressuscité.

Celui avec lequel il a été élevé dans la gloire du père. Ce corps glorieux, ou spirituel, est ajusté au monde de la Résurrection. Il est à la fois radicalement nouveau (les apôtres ne le reconnaissent pas tout de suite) et fidèlement hérité de sa vie humaine (cf. les traces des clous qu’exige de voir Thomas). Ce corps-là du Christ ressuscité est absent, invisible. Il échappe à notre espace-temps car il appartient au monde nouveau à venir.

Il y a ensuite le corps ecclésial du Christ.

« Vous êtes le corps du Christ » ne cesse de répéter Saint-Paul, plaçant le Christ à la Tête de cet organisme vivant dont nous sommes membres les uns des autres, reliés par le lien de la paix et de la charité dans l’Esprit. Ce corps ecclésial a pour vocation d’être uni au Christ-Tête pour rayonner de son amour à travers le monde.

Il y a enfin le corps sacramentel du Christ, sous les espèces eucharistiques du pain et du vin. C’est ce corps que nous fêtons aujourd’hui. Notons au passage qu’au Moyen Âge, on appelait corps vrai le corps ecclésial, et corps mystique le corps eucharistique. Puis, sous l’influence de crises successives contestant la transformation eucharistique, on a (malheureusement) inversé les deux termes.

On peut par exemple lire chez Guillaume de St Thierry (XI°-XII° siècles) :

Chaque fois que le prudent lecteur trouvera dans les livres quelque chose concernant la chair ou le corps du Dieu Jésus, qu’il ait recours à cette triple définition de sa chair ou de son corps, telle que je ne l’ai pas trouvée dans ma présomption ni forgée par mon sens propre, mais telle que je l’ai tirée des sentences des Pères…
Il faut en effet se représenter autrement cette chair ou ce corps qui pendit au bois et est sacrifié sur l’autel, – autrement sa chair ou son corps qui est Vie demeurant en celui qui l’a mangé, – autrement enfin sa chair ou son corps, qui est l’Église : car l’Église est dite la chair du Christ…  […]
Car le corps du Christ pour autant qu’il est en lui, se livre à tous en nourriture de vie éternelle, et il fait que ceux qui le reçoivent fidèlement vivent en unité avec lui, et par l’amour spirituel et par le partage de sa propre nature, à lui qui est la Tête du Corps de l’Église [1].

L’eucharistie sym-bolise, c’est-à-dire met ensemble, réunit les deux autres corps du Christ, personnel et ecclésial, de façon à ce que le Christ soit réellement présent en plénitude dans notre humanité sans quitter pour autant sa divinité.

On peut voir une trace de ce travail sacramentel de l’eucharistie dans les deux épiclèses  des prières eucharistiques. On appelle épiclèse une invocation de l’Esprit au-dessus de personnes ou d’objets. Or, écoutez bien : il y a deux épiclèses dans les prières eucharistiques (sauf le canon romain, la Prière eucharistique n° 1, qui illustre ainsi le déficit d’importance accordée à l’Esprit en Occident pendant des siècles).

La 1° épiclèse est faite sur le pain et le vin : « Dieu notre Père, nous te prions : Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit ; qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur » (Prière Eucharistique n° 2).

La 2°est faite sur l’assemblée (sur l’ekklèsia = l’Église) : « Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps » (PE n° 2).

On a donc la structure suivante pour les prières eucharistiques, où se joue liturgiquement l’union du Christ et de son Église :

a) 1° épiclèse sur les dons (épiclèse consécratoire)

b) récit de l’Institution (+ anamnèse)

c) 2° épiclèse, sur l’assemblée – ekklèsia (épiclèse de communion)

d) intercession-supplication dans la communion de toute l’Église, du ciel et de la terre.

On pourrait faire une lecture ecclésiologique de cette structure fondamentale, en se souvenant de la théologie des trois corps qui présidait à la compréhension de l’Église.

3 corps 2 épiclèses

d) intercession

a) La première épiclèse invoque l’Esprit pour sanctifier les dons, le pain et le vin, « afin que le Christ Jésus réalise au milieu de nous la présence de son corps et de son sang ». Le repas va « prendre corps », grâce à l’Esprit, afin que l’offrande de Jésus, son unique sacrifice accompli une fois pour toutes, continue de s’actualiser dans et par son Église, l’ekklèsia localement rassemblée. En rigueur de termes, c’est donc l’Esprit-Saint qui est l’acteur principal de la transformation des espèces eucharistiques. Le lien Église-Esprit est ici évident, et le sera encore plus en c), soulignant la dimension épiclétique de l’assemblée qu’est l’Église.

b) le récit de l’Institution est bâti comme une sorte de contraction et d’arrangement des quatre textes principaux (Mt, Mc, Lc, 1Co). Il fait donc partie intégrante de la PE. Impossible d’être chrétien sans cet ancrage historique.

c) la deuxième épiclèse a une portée ecclésiologique capitale. L’Église invoque le Christ pour qu’elle devienne une seule offrande avec le Christ. Elle désire être envahie par l’Esprit, afin de se laisser entraîner dans l’offrande sacrificielle de son Sauveur, dans la communion avec le Père. L’Église, par la puissance de l’Esprit, devient une seule offrande, dans le Christ, à la louange de la gloire du Père. C’est l’enlacement symbolique du Christ et de l’Église qui s’effectue ainsi dans l’eucharistie, selon la si belle formule de St Augustin: « soyez ce que vous voyez, recevez ce que vous êtes ». C’est l’Esprit qui fait de l’Église le corps ecclésial du Christ, « rassemblée par l’Esprit-Saint en un seul corps, pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ une vivante offrande à la louange de ta gloire » (PE 4). On ne peut donc séparer le corps eucharistique du corps ecclésial : celui-ci est fait pour celui-là, celui-là devient lui-même grâce à celui-ci. Les conséquences, notamment pour le culte de l’eucharistie en-dehors de la messe, sont énormes : toute césure entre l’eucharistie et l’Église serait « meurtrière », pour reprendre l’expression du Père de Lubac.

19237_apercu corps dans Communauté spirituelle

 Qui consacre, qui célèbre ?

L’épiclèse souligne avec une précision superbe l’humilité du ministère sacerdotal. Parfois on dit que le prêtre consacre. En rigueur de termes, l’affirmation ne tient pas. L’épiclèse révèle en tout cas très exactement ce que fait le prêtre : il dit la prière par laquelle la communauté célébrante demande au Père d’envoyer son Esprit Saint sur le pain et sur le vin pour qu’ils deviennent le corps et le sang de Jésus.

La Prière eucharistique III dit explicitement : « Nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons. Sanctifie-les par ton Esprit pour qu’elles deviennent le corps et le sang de ton Fils. » C’est donc le Père qui consacre par son Esprit. Il revient au prêtre de dire la prière, au nom de la communauté, pour qu’il en soit ainsi.

Pie XII, citant Bellarmin dans Mediator Dei (20/11/1947), redit la foi commune de l’Église depuis les origines : « le sacrifice est offert principalement dans la personne du Christ. C’est pourquoi l’offrande qui suit la consécration atteste en quelque sorte que toute l’Église consent à l’oblation faite par le Christ et offre avec Lui ». L’hésitation de la Prière eucharistique n° 1 (« nous t’offrons pour eux, ou ils t’offrent pour eux-mêmes ») est la trace de cette conviction, malgré la survalorisation sacrificielle du rôle du prêtre.

D’ailleurs, le « nous » de la PE n’est pas un pluriel de majesté : même s’il est seul ministre ordonné, le prêtre dit « nous » pour exprimer qu’il dit la prière de l’Église, au nom de l’Église et avec elle. Encore une fois; répétons que tous célèbrent, mais pas de la même manière. Le Catéchisme de l’Église catholique est là-dessus très clair : « La liturgie est ‘action’ du ‘Christ tout entier’ (Christus totus). Ceux qui dès maintenant la célèbrent au-delà des signes sont déjà dans la liturgie céleste, là où la célébration est totalement communion et Fête. » (CEC n° 1136, question : Qui célèbre ?)

Les numéros suivants développent l’argumentation, qui est eschatologique : parce que la liturgie anticipe la louange finale, tous y sont associés, et tous célèbrent.

« C’est à cette liturgie éternelle que l’Esprit et l’Église nous font participer lorsque nous célébrons le mystère du salut dans les sacrements. C’est toute la Communauté, le Corps du Christ uni à son Chef (Caput = sa Tête) qui célèbre. ‘Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est le ‘sacrement de l’unité’, c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques. C’est pourquoi elles appartiennent au Corps tout entier de l’Église, elles le manifestent et elles l’affectent; mais elles atteignent chacun de ses membres, de façon diverse, selon la diversité des ordres, des fonctions et de la participation effective’ (SC 26).

C’est pourquoi aussi ‘chaque fois que les rites, selon la nature propre de chacun, comportent une célébration commune, avec fréquentation et participation active des fidèles, on soulignera que celle-ci, dans la mesure du possible, doit l’emporter sur leur célébration individuelle et quasi privée’ (SC 27).

L’assemblée qui célèbre est la communauté des baptisés qui, ‘par la régénération et l’onction de l’Esprit Saint, sont consacrés pour être une maison spirituelle et un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels’ (LG 10).

Ce ‘sacerdoce commun’ est celui du Christ, unique Prêtre, participé par tous ses membres. » (CEC nos 1139-1141)

« Ainsi, dans la célébration des sacrements, c’est toute l’assemblée qui est ‘liturge’, chacun selon sa fonction, mais dans ‘l’unité de l’Esprit’ qui agit en tous. ‘Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques’ (SC 28). » (CEC n° 1144)

Au Moyen-Âge, on affirmait avec audace: « Le prêtre ne sacrifie pas seul, ne consacre pas seul, mais toute l’assemblée des fidèles qui assistent consacre avec lui, sacrifie avec lui [2] ». Le Père Congar confirme : « Toute l’assemblée liturgique est célébrante et consacrante. » Et il ajoute : « Mais ce serait une erreur ecclésiologique et une hérésie liturgique de faire dire les paroles de la consécration par toute l’assemblée. Elle a son président, qui y fonctionne comme président. Et cependant elle est tout entière sacerdotale et célébrante [3]. »

Fêtons donc le Saint Sacrement, en ne séparant pas l’eucharistie de l’Eglise, en nous impliquant dans chaque messe en tant que concélébrants, grâce au prêtre qui préside…

 

 


[1]. Guillaume de Saint-Thierry, Sur le sacrement de l’Autel, ch. 12 (P. L. 180, 361-362) in Catholicisme, Les aspects sociaux du dogme, Œuvres complètes VII, pp. 345-346, tr. fr. Henri de Lubac, Cerf, Paris, 2003.

[2]. Attribué à Guerric d’Igny, Sermo 5,15; PL 185,87 AB : cité par CONGAR Y., Vatican II, Cerf, coll. Unam Sanctam 66, Paris, 1967, p. 252.

[3]. CONGAR Y., Le Concile de Vatican II, Cerf, coll. Théologie Historique 71, Paris, 1984, p. 113.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu t’a donné cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue » (Dt 8, 2-3.14b-16a)

Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple d’Israël : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure. C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne – cette nourriture inconnue de tes pères. »

PSAUME
(Ps 147 (147 B), 12-13, 14-15, 19-20)
R/ Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! (Ps 147, 12a)

Glorifie le Seigneur, Jérusalem !
Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

Il fait régner la paix à tes frontières,
et d’un pain de froment te rassasie.
Il envoie sa parole sur la terre :
rapide, son verbe la parcourt.

Il révèle sa parole à Jacob,
ses volontés et ses lois à Israël.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés.

DEUXIÈME LECTURE
« Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps » (1 Co 10, 16-17)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, la coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.

SÉQUENCE
Cette séquence (ad libitum) peut être dite intégralement ou sous une forme abrégée à partir de : « Le voici, le pain des anges ».
Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants. Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer. Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges. Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères. Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs ! C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution. À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne. L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit. Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui. Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut. C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang. Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature. L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin. Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces. On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier. Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître. Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort. Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent ! Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout. Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué. * Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens. D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères. Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants. Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.

ÉVANGILE
« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson » (Jn 6, 51-58)
Alléluia. Alléluia. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.

Alléluia. (Jn 6, 51.58)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
 En ce temps-là, Jésus disait aux foules des Juifs :  « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »  Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »  Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.  Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.  En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.  Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.  De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.  Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Patrick BRAUD

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1 novembre 2017

Ils disent et ne font pas

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

Ils disent et ne font pas

Homélie du 31° Dimanche ordinaire / Année A
05/11/2017

Cf. également :

Une autre gouvernance

L’Eglise et la modernité: sel de la terre ou lumière du monde ? 

Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde

 

« Ils disent et ne font pas »

Le reproche adressé par Jésus aux autorités juives de son temps (Mt 23, 1-12) vaut hélas pour les autorités ecclésiales de tous les temps !

La liste est longue des reproches semblables que nos contemporains nous objectent à longueur de repas en ville ou de réunions de famille. L’Église (catholique en l’occurrence, mais les autres Églises peuvent également faire leur liste) n’a pas fait ce qu’elle dit lorsqu’elle a institutionnalisé l’Inquisition, obligé Galilée à se rétracter, nourri un antisémitisme meurtrier, collaboré avec Pétain ou Pinochet, cautionné l’esclavage, entretenu des conflits interconfessionnels. Elle a été infidèle à l’Évangile qu’elle proclame lorsqu’elle n’a pas dénoncé et combattu les méfaits des puissances d’argent, les haines ethniques au Rwanda, les exactions de la Mafia, les discriminations contre les homosexuels, les gens du voyage. Elle a organisé en son sein des disciplines et des coutumes contraires à l’Esprit de liberté qui animait Jésus : la mise à l’égard des femmes, l’enrichissement de certains dans le clergé et les monastères, et aujourd’hui encore lorsqu’elle ne donne pas toute leur place aux divorcés remariés, aux couples de même sexe, aux pécheurs publics condamnés comme tels par la société où l’opinion catholique.

Cette longue liste n’est pas exhaustive !

Bien sûr, elle en appelle une autre, bien plus longue encore : la liste de tout ce que l’Église a pu apporter à l’humanité : intériorité, sens du pardon et de l’amour vrai, effort civilisationnel sans précédent, saints et saintes à la fécondité sociale extraordinaire, peinture, sculpture, architecture, littérature, musique etc. Reste que l’institution ecclésiale (quelle que soit l’Église) est structurellement frappée de cette contradiction impossible à éliminer complètement : « ils disent et ne font pas ». Comme un défaut de fabrication qui empêche un objet d’être parfait, l’incohérence native qui affecte la pratique historique de l’Église ne peut être gommée, ni encore moins niée.

Tertio millennio adveniente: carta apostólica de Juan Pablo II:comentario teológico pastoralLors de la préparation du Jubilé de l’an 2000, Jean-Paul II a écrit en 1994 dans Tertio Millennio adveniente :

« Il est donc juste que, le deuxième millénaire du christianisme arrivant à son terme, l’Église prenne en charge, avec une conscience plus vive, le péché de ses enfants, dans le souvenir de toutes les circonstances dans lesquelles, au cours de son histoire, ils se sont éloignés de l’Esprit du Christ et de son Évangile, présentant au monde, non point le témoignage d’une vie inspirée par les valeurs de la foi, mais le spectacle de façons de penser et d’agir qui étaient de véritables formes de contre-témoignage et de scandale. » (n° 35)

« L’institution de l’Inquisition a été abolie. Comme j’ai eu l’occasion de le dire aux participants au Symposium, les fils de l’Église ne peuvent manquer de revenir dans un esprit de repentir sur « le consentement donné, surtout en certains siècles, à des méthodes d’intolérance et même de violence dans le service de la vérité » (15 juin 2004).

Quelle conclusion tirer de cette grave incohérence entre les Églises et leur message évangélique ?

 

1. Le réflexe du rejet

Rejeter en bloc ces institutions est le réflexe le plus tentant.

Ils  disent et ne font pas dans Communauté spirituelle page1-808px-L%C3%A9o_Taxil_-_%C3%80_bas_la_calotte.pdfC’est d’ailleurs le réflexe majoritaire en France où seuls 5 % se disent pratiquants alors que 50 % se disent catholiques. Le risque est grand de jeter le bébé avec l’eau du bain ! S’il n’est plus d’Église, qui annoncera l’Évangile ? Être chrétien sans Église devient vite très compliqué, et dérive en une sorte de vague sentiment religieux sans régulation, sans échange de confrontation avec d’autres. Bref, une petite religion à soi, dans l’air du temps individualiste, bricolé avec ce que chacun peut tirer du zapping entre tous les discours religieux disponibles.

 

2. L’enfouissement silencieux

Intimer aux institutions de se taire est une autre réaction tentante : puisque les appareils religieux se disqualifient eux-mêmes par leurs pratiques, qu’ils se taisent !

Mais Jésus, portant très lucide sur cette distorsion entre la parole et les actes, n’a jamais demandé aux scribes, aux chefs des synagogues ou aux prêtres juifs de ne pas parler. Au contraire : « faites ce qu’ils disent ». C’est donc qu’ils doivent continuer à enseigner dans la chaire de Moïse. S’ils ont conscience de leur incohérence, ils sauront prêcher avec humilité, sans jugement, en demandant pardon pour toutes les fois où ils n’incarnent pas un message plus grand qu’eux.

Résultat de recherche d'images pour "jean paul II mur de jérusalem"C’est le sens de la repentance ecclésiale initiée par Jean-Paul II au seuil du troisième millénaire. Pour reprendre l’image de Paul (2 Co 4, 5-7), nous savons que nous apportons au monde un trésor inestimable, mais c’est dans un vase d’argile, sans valeur. Le contenant doit s’effacer devant le contenu et reconnaître qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il est indigne de porter le Christ. Alors ceux qui le reçoivent reconnaîtront que ce vase ne vaut rien par lui seul, mais que sans lui le trésor ne lui serait pas offert.

C’est ce que le concile Vatican II appelle la sacramentalité de l’Église : elle est signe d’une réalité autre, plus grande qu’elle-même, et cependant elle est le moyen privilégié pour être uni à ce Christ qu’elle désigne à tous.
C’est également ce que le Credo appelle la sainteté de l’Église. Si l’Église est (une) sainte (catholique et apostolique), ce n’est pas en raison de la sainteté de ses pratiques ou de ses institutions, massivement frappées d’incohérence, mais en raison de l’unique sainteté de Dieu qui diffuse à travers elle sans venir d’elle, qui se communique à l’humanité sans être possédée par quiconque. Dieu seul est saint, chantons-nous dans le Gloria et le Sanctus, et c’est cette unique sainteté qui se diffracte à travers l’Église pécheresse, pour le bien de l’humanité. En cela, l’Église est sainte de la sainteté de Dieu, non de la splendeur de ses bâtiments, de ses liturgies, de ses œuvres ou de ses institutions.

Laisser grandir l’ivraie et le bon grain est donc l’attitude que Jésus prône face aux pouvoirs religieux. Tout en dénonçant régulièrement les conséquences inhumaines des doctrines et des autorités en place : « Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. »

Que ce soit par rapport à l’argent, la sexualité, le pouvoir politique, les coutumes, le respect de l’autre etc. il est clair que chaque Église a besoin de réformer sa propre pratique sans cesse si elle veut ne pas être condamnée par l’Évangile d’aujourd’hui qu’elle proclame.

Et cela vaut pour chacun de nous. Nous avons tous des messages importants à faire passer.  Il serait coupable de se taire. Mais il serait tout aussi grave de ne pas s’appliquer ces messages à soi-même, de croire qu’il ne concernerait que les autres. Sans cette vertu cardinale qu’est l’humilité, c’est impossible. Avec l’humilité, nous acceptons d’être nous-mêmes remis en cause par ce que nous annonçons. Et l’humilité produit la miséricorde, pour les autres comme pour soi…

« L’Église, forte de la sainteté qu’elle reçoit de son Seigneur, s’agenouille devant Dieu et implore le pardon des péchés passés et présents de ses fils. […] Les chrétiens sont invités à prendre en charge, devant Dieu et devant les hommes offensés par leur comportement, les fautes qu’ils ont commises. […] Qu’ils le fassent sans rien demander en échange, forts du seul “amour de Dieu qui a été répandu dans nos cœurs” (Rm 5, 5) » (Jean-Paul II, 1998)

 

3. Faire sans dire ?

La troisième tentation serait de faire sans dire.

Comme si notre exemple était plus important que le message. conjugaison-verbe-enfouir-1 cohérence dans Communauté spirituelleComme si la parole n’ajoutait rien aux actes. Comme si la morale primait sur la foi. Comme s’il suffisait de voir pour croire. Or la foi naît de la prédication ! S’enfouir sans rien dire a été la réaction des années postconciliaires à l’ex-triomphalisme de l’Église en Occident. C’était une période nécessaire, après le déluge de leçons moralisatrices dont l’Église abreuvait le monde du haut de sa chaire. Cette période semble maintenant derrière nous. Si peu de personnes ont entendu parler du Christ qu’il redevient urgent de parler de lui, explicitement, pas de nous.
La foi ne se réduit pas à une vie morale ou solidaire ou respectueuse de la planète. La personne du Christ est plus grande que nos combats, et c’est vers elle que nous invitons à tourner l’oreille et les regards.
Faire sans dire reviendrait aujourd’hui à priver nos contemporains d’un accès explicite à l’Évangile. La question est brûlante en Algérie, en Égypte, au Yémen et dans tant de pays musulmans où la liberté religieuse est réduite au minimum. Elle est pleine d’avenir en Chine où la soif religieuse va exploser. Elle est lourde d’enjeux en Asie, où le dialogue interreligieux ne peut suffire. Reconnaissons que les protestants, et singulièrement des évangéliques, ont bien souvent plus de courage missionnaire que les autres chrétiens dans ce contexte contemporain difficile.

Impossible de faire sans dire ! À condition que l’annonce demeure humble, pleine de miséricorde, sans calcul ecclésial.

« Ils disent et ne font pas » : prenons cet avertissement du Christ d’abord pour nous-mêmes. Si nous mesurons avec réalisme et humilité cet écart en nous, nous pourrons aider nos Églises à faire de même, et en tirer toutes les conséquences…

 

 

LECTURES DE LA MESSE
Première lecture
« Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute » (Ml 1, 14b – 2, 2b.8-10)
Lecture du livre du prophète Malachie
Je suis un grand roi – dit le Seigneur de l’univers –, et mon nom inspire la crainte parmi les nations. Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement : Si vous n’écoutez pas, si vous ne prenez pas à cœur de glorifier mon nom – dit le Seigneur de l’univers –, j’enverrai sur vous la malédiction, je maudirai les bénédictions que vous prononcerez. Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude, vous avez détruit mon alliance avec mon serviteur Lévi, – dit le Seigneur de l’univers. À mon tour je vous ai méprisés, abaissés devant tout le peuple, puisque vous n’avez pas gardé mes chemins, mais agi avec partialité dans l’application de la Loi. Et nous, n’avons-nous pas tous un seul Père ? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi nous trahir les uns les autres, profanant ainsi l’Alliance de nos pères ?

Psaume
(Ps 130 (131), 1, 2, 3)
R/ Garde mon âme dans la paix près de toi, Seigneur.

Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais.

Deuxième lecture
« Nous aurions voulu vous donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais même nos propres vies » (1 Th 2, 7b-9.13)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens
Frères, nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. Ayant pour vous une telle affection, nous aurions voulu vous donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais jusqu’à nos propres vies, car vous nous étiez devenus très chers. Vous vous rappelez, frères, nos peines et nos fatigues : c’est en travaillant nuit et jour, pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous, que nous vous avons annoncé l’Évangile de Dieu. Et voici pourquoi nous ne cessons de rendre grâce à Dieu : quand vous avez reçu la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre en vous, les croyants.

Évangile
« Ils disent et ne font pas » (Mt 23, 1-12)
Alléluia. Alléluia. Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux ; vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. Alléluia. (cf. Mt 23, 9b.10b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples, et il déclara : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges ; ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ; ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi. Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »
Patrick BRAUD

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1 juin 2016

La déradicalisation selon saint Paul

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La déradicalisation selon saint Paul

 

Cf. également :

Naïm, ou la rétroactivité en marche

Homélie pour le 10° dimanche du temps ordinaire / Année C
05/06/2016

 

Le gouvernement de Manuel Valls a publié le 9 mai dernier 80 mesures pour lutter contre la radicalisation islamique qui chaque année pousse des centaines de Français à partir faire le djihad en Syrie ou ailleurs. La deuxième lecture de ce dimanche rejoint cette actualité. Paul raconte avec force détails combien il était fanatique avant d’avoir rencontré le Ressuscité :

« Vous avez entendu parler du comportement que j’avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. » (Ga 1, 11-19)

Dans ces longs passages en forme de confession publique, on peut mettre en valeur deux éléments, deux dimensions de la conversion de Paul qui correspondent assez bien à ce qu’on appelle aujourd’hui le processus de déradicalisation.

 

Les personnes avant les idées

Afficher l'image d'origineLe pharisaïsme de Paul, c’était d’abord son attachement à la loi juive et aux coutumes dont les maîtres pharisiens l’avaient habillé. Pour l’ultra-religieux qu’il était devenu, le plus important était l’observance extérieure de tout ce qu’il fallait soi-disant faire pour être un bon juif : la circoncision évidemment, mais aussi le respect absolu du shabbat (jusque dans ses détails les plus absurdes et les plus contradictoires), le lavage des coupes, des mains, la manière de s’habiller (les hadissim contemporains sont toujours très sourcilleux de leurs papillotes, chapeaux de fourrure, les tephillim et autres distinctions vestimentaires) etc. Les islamistes n’ont rien inventé hélas : les intégristes juifs ont depuis longtemps enserré la vie quotidienne dans un carcan de règles frisant l’obsession pathologique. Le film Timbuktu raconte l’étonnement et l’incompréhension des villageois à qui les djihadistes demandent de porter des gants pour manipuler du poisson, de ne pas écouter de musique non religieuse, de ne pas jouer au football…

Des humoristes irakiens croquent régulièrement sur la télévision publique ce délire des fanatiques musulmans dans une émission appelée « Al-Basheer Show, l’émission qui combat Daech avec le rire » …. On y voit par exemple des « barbus » menacer ceux qui oseraient utiliser des W.C. dits ‘à l’occidentale’ parce qu’ils utilisent du papier au lieu de l’eau, seule purification autorisée par l’islam des djihadistes etc.

Les fanatiques sont obsédés par les choses à faire et en oublient les personnes à aimer. Ainsi a été Paul, barbu pharisien plus intransigeant que les terroristes, puisqu’il obtenait du pouvoir légal le droit de pourchasser, d’emprisonner et de faire tuer ces chrétiens « kouffars » (mécréants en arabe) comme diraient les terroristes aujourd’hui.

Ce qui l’a fait changer, c’est justement la rencontre d’une personne, de quelqu’un de vivant. « Je suis Jésus que tu persécutes » (Ac 9,5 ; 22,8 ; 26,15) : cette rencontre éblouissante va lui révéler dans quel aveuglement il s’égarait. Sa cécité passagère traduit alors sa prise de conscience des ténèbres de la pensée où il se perdait. À force de vouloir aimer la Loi, il ne respirait plus que haine et meurtre envers les chrétiens. On a connu ce même aveuglement avec les Allemands, pourtant intelligents et cultivés, qui avaient épousé l’idéologie nazie. Ou bien avec les Russes, les Chinois, les Cambodgiens qui voulaient imposer la révolution communiste façon Staline, Mao ou Pol Pot… Même Che Guevara dont on a fait un mythe romantique était dans la lignée de ce terrorisme violent et haineux, où les idées priment sur les personnes. « Il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple » (Jn 11,50) disait déjà le grand prêtre Caïphe en légitimant ainsi le meurtre de Jésus au nom de la raison d’État. La raison de l’État islamique légitime l’assassinat d’innocents au nom de la charia, cette loi idolâtrée qui ressemble à celle qui fascinait Paul autrefois.

 

Un élément de la déradicalisation - des jeunes notamment - tentés par le fanatisme religieux est donc la rencontre de personnes bien concrètes, en chair et en os, qui témoignent de la réalité des victimes du terrorisme. « Je suis Jésus que tu persécutes » se conjugue aujourd’hui en : « Je suis la mère de l’enfant qu’a tué Mohamed Merah en 2012 à Toulouse, et je peux te raconter la souffrance qui s’est installée dans ma vie depuis » (cf. le témoignage de Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad, tué par Mohamed Merah).

Les 80 mesures de Valls contiennent cette recommandation de faire témoigner et circuler le témoignage concret des victimes. Afin que la violence terroriste ne reste pas virtuelle, idéalisée, magnifiée, mais terriblement proche et personnelle, donnons la parole à ceux qui souffrent de la dictature des religieux de tous bords sur leur vie quotidienne, par l’imposition de règles vestimentaires, de coutumes culinaires, d’interdits culturels de toutes sortes.

 

Rompre l’enfermement algorithmique

« Enfermement algorithmique » : l’expression est dans les 80 mesures [1].

Elle désigne le processus maintenant connu où Internet joue comme un multiplicateur et un accélérateur de fanatisme. Lorsque vous cliquez sur un lien qui vous amène à une vidéo sur l’islam, par le jeu des analyses croisées, Youtube ou Google vous proposent immédiatement 10 autres vidéos sur le même sujet, allant plus loin dans la logique d’exposition. Et ainsi, de clic en clic, de lien en lien, de site en site, l’internaute rebondit sans cesse à l’intérieur d’un univers de pensée qui ne renvoie plus qu’à lui-même. Les algorithmes de recommandations peuvent réellement enfermer le surfeur dans une seule vague de pensée, de plus en plus radicale, de plus en plus étroite.

Paul a vécu quelque chose de cet enfermement algorithmique avant sa rencontre du Ressuscité. Il ne mangeait qu’avec ses coreligionnaires, il discutait avec des pharisiens ultra-convaincus, il ne lisait que des ouvrages sur l’observance de la Loi. À l’école de Gabriel, il devait encore être un étudiant ouvert à plusieurs courants de pensée. Pourtant il avait assisté et approuvé la lapidation d’Étienne. Son cercle des relations s’est sans doute rétréci, ses lectures également, et il a peu à peu devenu prisonnier d’un petit univers ne renvoyant qu’à lui-même.

Quand un jeune sélectionne ses amis au point de ne plus fréquenter qu’un seul style, quand il n’écoute plus qu’une seule musique ou ne s’habille que d’une seule mode vestimentaire, on peut craindre pour lui.

 

Rompre l’enfermement algorithmique est donc un autre atout essentiel à la déradicalisation.

Cela passe par la production d’un contre-discours idéologique apportant des arguments factuels, historiques, littéraires, théologiques, exégétiques…

Cela demande également de pratiquer l’ouverture d’esprit avec les jeunes dont on est en charge, avant qu’ils ne se durcissent et les refusent par principe. Le cinéma, l’art, d’autres lectures et surtout d’autres rencontres seront des pare-feu utiles pour éviter que l’embrigadement des esprits ne prolifère.

 

Afficher l'image d'originePour Paul, la rupture de l’enfermement algorithmique va se faire dans un premier temps chez Ananie, ce chrétien de Tarse qui l’a accueilli, écouté, soigné, baptisé. Jamais il ne serait entré dans une maison de non-pharisiens auparavant. Puis il a fallu à Paul trois ans de solitude, en Arabie, pour faire le point sur ses années pharisiennes, ouvrir les yeux sur ses égarements passés, et choisir de donner un nouveau sens à sa vie. Comme quoi l’intériorité, le silence, et un certain retour sur soi à travers une solitude habitée sont des aides puissantes pour se désintoxiquer du fanatisme et se retrouver pleinement. On aurait tort de négliger les ressources que représentent les monastères, de toutes religions, dans la lutte contre la radicalisation des esprits. Ils ont toujours été des lieux de relecture de son histoire, de reprise de soi, de conscientisation sur ses propres contradictions, d’aspiration à une unité intérieure non-violente, authentique.

 

Faire passer les personnes avant les idées.
Lutter contre l’enfermement algorithmique.

Ces deux éléments de la conversion de Paul ne valent pas que pour les djihadistes. Chacun de nous a besoin de travailler sur ses propres tentations dans ces deux domaines.

Qui peut dire qu’il ne s’est pas installé dans un système de croyance et de pensée qui l’empêche de rencontrer en vérité des personnes nouvelles ou différentes ?

Qui peut affirmer qu’il reste ouvert alors que les algorithmes sociaux nous poussent à fréquenter nos semblables uniquement et à penser comme eux ?

Travaillons à la déradicalisation du fanatique qui sommeille en chacun de nous.

 

________________________________

[1]. Mesure 59 : Lutter contre l’enfermement algorithmique.
Si les mécanismes de radicalisation chez les jeunes sont complexes, et divers, et qu’ils font généralement intervenir des contacts humains à un moment donné, Internet peut jouer un rôle dans le renforcement des convictions radicales des personnes fragiles et leur motivation jusqu’au départ vers les zones de combat. Les algorithmes de recommandation de certains réseaux sociaux ou plateformes vidéo ont l’effet imprévu d’enfermer l’utilisateur dans des contenus systématiquement orientés dans le même sens. La visualisation préalable d’un contenu vu ou aimé conduit mécaniquement à ce que la personne concernée s’en voit proposer 10 de nature similaire, puis 10 autres, jusqu’à ce que l’offre présentée à l’utilisateur soit parfois entièrement consacrée à ces contenus de haine. Ce phénomène d’enfermement algorithmique ne peut être combattu que par les acteurs économiques concernés, qui devront prendre en compte d’autres facteurs dans leurs mécanismes techniques de recommandation, comme par exemple les signalements et éventuels retraits passés de contenus similaires. Le Gouvernement a entamé un dialogue stratégique et technique avec les principaux acteurs concernés afin de parvenir à circonscrire ce phénomène, et aboutir à une limitation de l’enfermement pour les contenus de haine, voire à la recommandation de contre-discours dans l’offre de contenus.
Plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) – 9 mai 2016

 

 

1ère lecture : « Regarde, ton fils est vivant ! » (1 R 17, 17-24)
Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, le fils de la femme chez qui habitait le prophète Élie tomba malade ; le mal fut si violent que l’enfant expira. Alors la femme dit à Élie : « Que me veux-tu, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! » Élie répondit : « Donne-moi ton fils ! » Il le prit des bras de sa mère, le porta dans sa chambre en haut de la maison et l’étendit sur son lit. Puis il invoqua le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, lui veux-tu du mal jusqu’à faire mourir son fils ? » Par trois fois, il s’étendit sur l’enfant en invoquant le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, je t’en supplie, rends la vie à cet enfant ! » Le Seigneur entendit la prière d’Élie ; le souffle de l’enfant revint en lui : il était vivant ! Élie prit alors l’enfant, de sa chambre il le descendit dans la maison, le remit à sa mère et dit : « Regarde, ton fils est vivant ! » La femme lui répondit : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole du Seigneur est véridique. »

Psaume : Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (Ps 29, 2a)

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

2ème lecture : « Dieu a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations » (Ga 1, 11-19)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, je tiens à ce que vous le sachiez, l’Évangile que j’ai proclamé n’est pas une invention humaine. Ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par révélation de Jésus Christ. Vous avez entendu parler du comportement que j’avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. Mais Dieu m’avait mis à part dès le sein de ma mère ; dans sa grâce, il m’a appelé ; et il a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations païennes. Aussitôt, sans prendre l’avis de personne, sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui étaient Apôtres avant moi, je suis parti pour l’Arabie et, de là, je suis retourné à Damas. Puis, trois ans après, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre, et je suis resté quinze jours auprès de lui. Je n’ai vu aucun des autres Apôtres sauf Jacques, le frère du Seigneur.

Evangile : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi » (Lc 7, 11-17)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Un grand prophète s’est levé parmi nous : et Dieu a visité son peuple. Alléluia. (Lc 7, 16)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme. Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. » Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région.
Patrick BRAUD

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16 février 2013

L’homme ne vit pas seulement de pain

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L’homme ne vit pas seulement de pain

Homélie du 1° Dimanche de Carême / Année C
17/02/2013

« L’homme ne vit pas seulement de pain » (Lc 4,1-13).

Célébrissime phrase de Jésus, devenue comme bien d’autres un adage.

L'homme ne vit pas seulement de pain dans Communauté spirituelle tttRéflexion qui prend tout son sens en temps de crise économique. Parce que les temps sont difficiles (plans sociaux, baisse du pouvoir d’achat etc.), certains voudraient nous faire croire que les seules questions importantes sont d’ordre économique : chômage, croissance, austérité, réduction des déficits publics etc.

Bien sûr, ces préoccupations sont centrales et majeures.
Bien sûr, lutter pour que chacun puisse subvenir aux besoins matériels de sa famille est une priorité.

Mais cela ne disqualifie pas pour autant les autres aspirations humaines. Et cela ne met pas hors-jeu les autres débats sur les questions sociétales tout aussi importantes : aujourd’hui le « mariage pour tous » ; demain les lois sur la PMA, la GPA ; et après-demain les débats sur la fin de vie, la bioéthique etc.

Si l’homme ne vit pas seulement de pain, cela implique que les questions de société l’intéressent autant que l’emploi et le salaire. Ce serait revenir un matérialisme pur et dur que de dénier à ceux qui souffrent économiquement le droit d’avoir en même temps d’autres aspirations.

Citons quelques exemples de faims différentes :

- Une association d’accueil de SDF organise régulièrement des sorties à l’Opéra, grâce à des billets offerts par la municipalité. Pourquoi offrir l’Opéra à des SDF au lieu de les inviter au restaurant ? Les participants répondaient eux-mêmes : « c’était beau ! » ; ou « on était transporté ailleurs » ; ou « jamais je n’aurais cru pouvoir entrer là ».

Si l’homme ne vit pas seulement de pain, alors il vit également de culture, de beauté.

- Le père Joseph Wrezinski, fondateur d’ATD Quart-monde, a créé une université populaire du quart-monde rue des Grands Degrés à Paris. Pourquoi une université avec et pour les familles du quart-monde ? Parce que ce peuple vit de son histoire, de son identité, de ses valeurs affirmées tout au long de ces combats, et pas seulement des aides aux subventions qu’il pourrait quémander. Les bibliothèques de rue d’ATD qui sillonnent les bas d’immeubles des cités d’urgence ouvrent aujourd’hui encore les gamins des abris de fortune à la faim de lire, à la soif de découvrir, de savoir.

- Marx voulait remettre Hegel les pieds sur terre, en affirmant – contre l’idéalisme allemand – que le moteur de l’histoire était dans les luttes sociales et pas dans les idées. Pour les marxistes avec lui, les valeurs morales sont le reflet des rapports sociaux où certains dominent les autres et imposent leur conception de l’existence. La religion n’est alors qu’une superstructure produite par les infrastructures économiques et tout entière dépendante d’elles.

Ce matérialisme historique, qui se voulait scientifique, on le croyait mort avec la chute du mur de Berlin en 1989. Et pourtant son cadavre bouge encore chez les dogmatiques de gauche comme chez les ultralibéraux qui s’alignent dessus sans le savoir. Croire que la tâche du politique ne réside que dans les transformations économiques relève d’un matérialisme étonnant. Croire que la morale, la spiritualité ou la culture n’appartiennent qu’à la vie privée suppose une vision très matérialiste de l’être humain.

- Réduire le développement de l’Afrique à des programmes humanitaires de productions agricoles ou industrielles peut se révéler meurtrier du génie africain, et finalement très colonialiste.

- Si l’homme ne vit pas seulement de pain, alors il faut se battre pour que la lecture des grandes oeuvres littéraires, l’écoute des chefs-d’oeuvre de la musique classique ou l’initiation aux impressionnistes ne soit pas réservée à des élites.

On attribue (faussement) à Goebbels cette phrase traduisant le mépris du nazisme vis-à-vis de toute forme de spiritualité : « quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver »  L’extrême droite comme le marxisme méprisent ce qu’ils appellent des oeuvres décadentes ou des valeurs bourgeoises.

Le Christ – lui - sait bien qu’au coeur de tout homme réside une autre faim que le matériel.
Il a vu que le lépreux désire sa réintégration sociale tout autant que sa guérison (Mc 1,40-45).
Il connaît la soif de communion qui habite Zachée, le collabo mis à l’écart (Lc 19,1-10).
Il devine chez la femme hémorroïsse le désir d’être désirée que lui interdit sa perte de sang chronique (Mt 9,20-21).
Il entend dans la demande matérielle des mendiants une autre demande, plus fondamentale, de reprendre leur place dans la famille sociale (Mc 10,46-52).

Pierre sera dans cette droite ligne lorsqu’il fixera le paralysé mendiant de la Belle Porte du Temple de Jérusalem dans les yeux en lui disant : « de l’or ou de l’argent je n’en ai pas, mais ce que j’ai je te le donne : au nom de Jésus le Nazôréen, marche ! » (Ac 3,6)

Jésus lui-même, à nouveau confronté à cette tentation de la faim et de la soif, suppliera sur la croix : « j’ai soif » (Jn 19,28). Les chrétiens ont toujours entendu dans cette plainte l’écho des psaumes : « mon âme a soif du Dieu vivant : quand le verrai-je face à face ? » (Ps 42,3 ; 63,2)

Patrick Braud

La faim et la soif qui ont tenaillé Jésus aux entrailles n’étaient pas uniquement matérielles : son besoin le plus fondamental résidait dans la relation à son Père. Sa faim était spirituelle, au sens où il désirait que l’Esprit soit son lien indissoluble à Dieu.

« L’homme ne vit pas seulement de pain ».
Nous appartenons à cette humanité-là.
Culture, vie associative, beauté et communion avec le monde : à nous d’explorer les vraies faims qui sommeillent en nous.

Que ce Carême nous y aide !


[1]. Fausse citation faussement attribuée à Goebbels (ou Goering). En fait, il s’agit d’une réplique tirée d’une pièce de théâtre d’un nazi, Hanns Johst. Soucieux de plaire à son Führer, il concocta, à l’occasion de son anniversaire de 1933, un drame apologétique (Schlageter) où figure cette tirade : « Quand j’entends parler de culture, j’enlève le cran de sécurité de mon Browning. » Baldur von Schirach (chef des jeunesses hitlériennes), a utilisé cette citation, lors d’un meeting, avec un certain succès. 

 

1ère lecture : La profession de foi du peuple d’Israël (Dt 26, 4-10)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël : Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes, le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu.
Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen vagabond, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse.
Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage.
Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions pauvres, malheureux, opprimés.
Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte par la force de sa main et la vigueur de son bras, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges.
Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel.
Et voici maintenant que j’apporte les prémices des produits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

Psaume : Ps 90, 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab

R/ Reste avec nous, Seigneur, dans notre épreuve.

Quand je me tiens sous l’abri du Très Haut
et repose à l’ombre du Puissant
Je dis au Seigneur : « Mon Refuge
mon Rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

Le malheur ne pourra te toucher
ni le danger approcher de ta demeure
Il donne mission à Ses anges
de te garder sur tous tes chemins

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres
tu marcheras sur la vipère et le scorpion
tu écraseras le lion et le dragon

« Puisqu’il s’attache à Moi, Je le délivre
Je le défends car il connaît Mon Nom
il m’appelle et Moi Je lui réponds
Je suis avec lui dans son épreuve. »

2ème lecture : La profession de foi en Jésus Christ (Rm 10, 8-13)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frère, nous lisons dans l’Écriture : La Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton c?ur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons.
Donc, si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton c?ur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé.
Celui qui croit du fond de son c?ur devient juste ; celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut.
En effet, l’Écriture dit : Lors du jugement, aucun de ceux qui croient en lui n’aura à le regretter.
Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent.
Il est écrit en effet, tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés.

Evangile : La tentation de Jésus (Lc 4, 1-13)

Acclamation : Ta parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole venant de la bouche de Dieu.
Ta parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.(cf. Mt 4, 4)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Après son baptême, Jésus, rempli de l’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l’Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le démon. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le démon lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. »
Le démon l’emmena alors plus haut, et lui fit voir d’un seul regard tous les royaumes de la terre.
Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »
Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. »
Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
Jésus répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le démon s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Patrick Braud

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