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3 avril 2020

Que ferons-nous de cette épreuve ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 18 h 23 min

Que ferons-nous de cette épreuve ?


Image saisissante et unique dans l’histoire de Rome : le 27 Mars, le pape, tout seul au milieu de l’esplanade du Vatican, prie à haute voix pour l’humanité affrontée à la tempête de la pandémie. Fidèle à la tradition chrétienne qui voit dans toute crise un appel à la conversion, François nous invite à faire le tri, à filtrer (crisis = tamis en grec) l’essentiel de l’accessoire à la lumière des événements liés au Coronavirus :

« Le soir venu » (Mc 4, 35). Ainsi commence l’Évangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble » (Moment extraordinaire de prière en temps d’épidémie, présidée par le pape François, Parvis de la basilique Saint-Pierre, Vendredi 27 mars 2020).

Le pape François prononce la traditionnelle bénédiction \"Urbi et Orbi\" devant une place Saint-Pierre totalement vide à cause de la pandémie de coronavirus, vendredi 27 mars 2020.

Il n’est pas trop tôt - sans nous démobiliser du combat actuel - pour évoquer quelques pistes où changer d’habitudes va devenir vital. C’est encore un peu une liste à la Prévert, car ce n’est qu’après coup que nous verrons réellement se dessiner les lignes de force du monde nouveau façonné par cette épreuve. Mais s’y préparer dès maintenant n’est pas inutile pour le faire advenir.

Voici quelques chantiers, trop rapidement listés, qui devrait nous occuper après l’épidémie, si nous voulons qu’elle soit utile malgré tout.

 

1.   Reconsidérer la nature, « alliée hostile » de l’homme.

Coronavirus : le jour où les animaux se révoltèrent contre les humains…Tout a commencé lorsque des hommes, sur des marchés chinois douteux et humides (« wet markets ») ont acheté chauve-souris et pangolin. Le Covid 19 relève donc de ce qu’on appelle une zoonose, une maladie d’origine animale qui se transmet à l’homme (comme le SRAS et Ebola). Certains en tirent la conclusion qu’il y a continuité entre animaux et humains, et même une certaine hybridation. D’autres pensent au contraire que l’abolition de la frontière naturelle entre l’humain et l’animal peut causer notre perte. Les vegan et antispécistes suivront le premiers avis et souligneront la continuité du vivant, la communauté de destin entre les êtres sensibles. Les humanistes préféreront la deuxième interprétation, rappelant que les interdits culinaires sont tout autant structurants que l’interdit de l’inceste ou du meurtre dans les civilisations traditionnelles : l’homme doit maintenir une distance avec l’animal s’il veut survivre, physiquement comme moralement.

Plus généralement, nous redécouvrons que la nature est très souvent hostile à l’homme, et pas seulement à cause de ses errements. Nos ancêtres préhistoriques vivaient peu d’années, confrontés au froid glaciaire, aux animaux dangereux, à des famines, des sécheresses, des conditions de survie épouvantables dont ils n’étaient pas responsables. Domestiquer la nature inhospitalière a été la grande affaire des premiers millénaires de l’humanité, on l’oublie trop facilement. L’écologie moderne ne peut reposer sur une vision naïve de notre environnement naturel. Il nous manque pour cela une philosophie de la nature, que les notions de droit naturel ou de loi naturelle assuraient autrefois, et qui sont à refonder aujourd’hui.

Comme la grippe espagnole de 1919 ou la grande peste du XIV° siècle, la pandémie du Covid 19 nous réapprend notre fragilité, notre insignifiance aux yeux de l’univers : une bestiole microscopique peut nous décimer sans que les étoiles s’en émeuvent un instant.

La nature est certes une alliée, une amie prodiguant ressources et beauté. Mais c’est une alliée hostile, devant laquelle la moindre défaillance de vigilance de notre part se paie cash.

 

2. Revaloriser les métiers au bas de l’échelle des salaires.

Au Super U de Châteaubourg, les hôtesses de caisses sont séparées des clients par une protection en plexiglas.Nous célébrons tous - à juste titre -l’héroïsme ordinaire des soignants en les applaudissant à nos fenêtres à 20 heures chaque soir. Cette reconnaissance s’étend également aux hôtesses de caisse, aux employés des hypers et supermarchés sans lesquels nous mourrions de fin : ils risquent leur vie derrière leur mince plexiglas en caisses ou leur masque - quand ils en ont - en rayons. Sans oublier les éboueurs qui continuent à travailler pour notre hygiène, alors que les poubelles regorgent de sources de contamination. Et encore les routiers, la logistique, les policiers, les aides à domicile, les pompiers… C’est la revanche des métiers les plus humbles, et souvent les plus mal payés. Sans eux le pays s’effondrerait. Alors que les traders ne sont guère utiles en cette période… Il faudra donc après la crise réfléchir au statut de ces ‘invisibles’ dont nous avons redécouvert l’importance vitale. Les revaloriser supposera de mieux les payer (comment vivre avec deux enfants et un temps partiel au SMIG actuel en région parisienne ?). Cela demandera également de mieux les écouter : infirmières et soignants étaient en grève depuis quasiment un an dans l’indifférence générale, sans rien obtenir. La prime de 1000 € nets versés par de nombreuses entreprises à ceux qui continuent à travailler en physique est un premier signe en ce sens. Il en faudra beaucoup d’autres.

 

3. Revaloriser les activités gratuites, sources de liens et de solidarité.

L’homme ne se nourrit pas que de pain. Avec le confinement, l’arrêt des activités bénévoles nous fait ressentir cette autre pénurie : l’absence de visites des personnes âgées ou isolées, l’absence de soupes populaires et autres Restos du cœur, le manque de rendez-vous sportifs qui fédèrent etc. La France compte des millions de bénévoles qui incarnent la fraternité à travers un tissu associatif remarquable. Cela nous manque terriblement, et plus encore aux démunis qui attendent qui secours et amitié. C’est cela le fameux tissu des corps intermédiaires dont nous ne pouvons pas nous passer, sinon l’individu reste seul face à l’État. Compter sur ces corps intermédiaires, les faire participer aux décisions sociales qui ont besoin d’être co-construites avec elles, voilà un objectif d’après crise qu’il ne faudra pas oublier.

 

4. Travailler autrement.

Trois conseils pour être performant en télétravailLe 17 mars, en 48 heures, environ un tiers des salariés français ont été mis en télétravail, alors qu’on croyait cela impossible la veille. On leur a trouvé ou acheté du matériel, ouvert des accès informatiques, et finalement fait confiance pour s’autogérer à la maison. Plus de trajet domicile-bureau consommateur de temps, d’énergie, de pollution urbaine ! Le comble est que toutes les études montrent que les télétravailleurs font plus et mieux qu’au bureau. Parce que chez soi, on module ses horaires en fonction de ses impératifs familiaux et privés, parce qu’on est moins dérangé par d’incessantes petites demandes, parce que du coup on peut se concentrer mieux qu’au bureau etc. Bien sûr, il faudrait conserver un ou deux jours présentiels par semaine pour les réunions d’équipe et les contacts réels. Mais on peut imaginer que ce télétravail massif se poursuivra après la crise : les entreprises, les salariés et l’écologie y trouveraient bien des avantages. Le XIX° siècle avait séparé le paysan de son domicile en le transformant en ouvrier à l’usine. Puisse ce XXI° siècle ramener le travailleur chez lui (pour les métiers qui le peuvent et pour les volontaires), tout en gardant les liens collectifs nécessaires.

Au-delà du télétravail, les enjeux de vie et de mort imposée par la pandémie nous obligent à nous poser à nouveau la question de l’utilité réelle de notre travail. Quelle est la raison d’être de mon activité professionnelle ? De mon entreprise ? Contribue-t-elle au bien commun (santé, alimentation, éducation, culture etc.) ou au contraire dégrade-t-elle la planète et notre humanité ? Choisir la finalité de son travail redevient une attente de ceux qui constatent, immobilisés par le confinement, que leur savoir-faire professionnel n’est pas si essentiel que cela puisque le pays peut bien s’en passer un mois ou deux.

 

5. Consommer autrement

L’origine animale de la pandémie nous montre que nous en sommes arrivés à manger n’importe quoi… Le jeûne  financier qu’engendre le confinement nous est bon pour notre portefeuille : même si nous craquons encore sur Internet pour acheter, nous dépensons beaucoup moins que d’habitude (vêtements, chaussures, carburants, transports, voyages…). Le confinement nous oblige à une désintoxication forcée de notre surconsommation de masse ; ce pourrait être salutaire. Un bon livre, une musique inspirante, un jeu de société en famille, une balade près de chez nous : il n’y a pas besoin d’être sans cesse dans un cycle d’achat pour être heureux ! La frugalité est une vertu de crise que nous pouvons goûter avec bonheur. Au lieu de relancer la surconsommation destructrice dès la fin du confinement (ce qui hélas est le plus probable), nous devrions réfléchir à une vie plus sobre.

semaine développement durable 2014 

6. Cultiver le goût de l’intériorité

Un mois sans sortir ou presque ! Les personnes vivant seules (10 millions de Français quand même) ont dû puiser en elles les ressources pour habiter leur solitude sans la subir. Alors que des familles entassées à trois ou quatre dans quelques mètres carrés d’un HLM de banlieue parisienne auraient bien voulu avoir un peu d’espace pour s’isoler de temps en temps. Nous devons apprendre aux plus jeunes l’art de « cultiver notre jardin » intérieur (comme l’écrivait Voltaire). Le divertissement pascalien prend aujourd’hui la forme des écrans, des consoles, des réseaux sociaux. Heureux ceux qui savent briser cet asservissement du toujours connecté ! « Tout le malheur de l’homme vient de ce qu’il ne sait pas rester au repos dans sa chambre » (Blaise Pascal). Cela s’apprend. Éduquer à l’intériorité faite aussi partie des impératifs d’après crise. Sinon, nous fabriquerons des générations abruties de numérique compulsif, incapables de s’arrêter pour contempler, réfléchir, faire silence, sans avoir peur de la solitude.

moissac 

7. Réorienter la mondialisation

C’est l’une des conversions les plus spectaculaires de la crise ! Voilà que des mots auparavant tabous deviennent raisonnables. On entend Emmanuel Macron ou Édouard Philippe parler de relocalisations, de souveraineté nationale, d’indépendance, de productions vitales, planification d’État, de contrôle des frontières, voire même de nationalisations, et d’un ‘autre capitalisme’ ! La pandémie nous a mis sous les yeux les failles d’une mondialisation devenue folle : faire venir de Chine ou de si loin tant de produits essentiels, voyager autant en consommant tant d’énergie et en polluant autant, imbriquer nos économies au point d’en faire des colosses aux pieds d’argile, quelle folie !

Saurons-nous réformer le système actuel des échanges une fois la crise passée ?
Rien n’est moins sûr : la crise de 2008 devrait nous amener à transformer le système bancaire, et nous n’avons rien fait…

Rationalité économique et mondialisation

8. Réhabiliter le long terme

Que ferons-nous de cette épreuve ? dans Communauté spirituelle ThumbPara227187Pénurie de masques, de tests de dépistage, d’appareils de ventilation, de médicaments, de personnel ad hoc : la dégradation de notre santé publique est la conséquence de 40 ans de politiques court-termistes. La rentabilité financière, l’obsession du résultat comptable ont transformé nos services publics en entreprise soi-disant marchandes soumises à des impératifs qui n’ont plus rien à voir avec leur mission initiale. Or la santé n’est pas une marchandise ! De même l’éducation, la police, la culture etc. Le marché est incapable de raisonner à long terme. Il ne produit pas automatiquement le bien commun, au contraire ! On ne gouverne pas un hôpital comme une entreprise du CAC 40.

Réhabiliter le long-terme en politique et en économie après la crise demanderait tant de conversion que cela semble presque impossible, sauf à changer radicalement de système (et donc de leaders !).
En aurons-nous le courage ?

 

9. L’homme est bon, mais pas que.

518QjwEzp3L._SX373_BO1,204,203,200_ coronavirus dans Communauté spirituelleChaque soir à 20 heures nous applaudissons les soignants, véritable héros de guerre. Nous admirons à juste titre tous ceux qui, de l’hôtesse de caisse au livreur en passant par les éboueurs etc. se dévouent au risque de leur vie. Oui il y a des élans extraordinaires de solidarité, de don de soi, de générosité en ces temps difficiles. C’est la part lumineuse de l’homme. Mais les policiers ont également dressé 360 000 contraventions pour non-respect de confinement en 15 jours ; le marché noir des masques ou de la chloroquine profite aux mafias ; des États peu scrupuleux vont surenchérir pour les emporter sur le tarmac des aéroports ; certains voisins veulent éloigner les soignants de leur immeuble par peur de la contamination etc. Les égoïsmes ne sont pas qu’individuels : des régimes autoritaires mentent à leur peuple sur l’état de santé du pays, l’Afrique et l’Inde vont devoir se débrouiller toutes seules, les riches fuient dans leur résidence secondaire au début du confinement sans souci de la dissémination du virus (plus d’un million de parisiens ont rejoint le 16 Mars la Bretagne, l’Île de Ré ou le Lavandou !) etc. La pandémie met en lumière quelque chose de très banal en fait : chacun de nous est capable du meilleur comme du pire, l’homme est bon grain et ivraie inextricablement mêlés. Loin de la vision rousseauiste de l’homme qui voudrait nous faire croire que c’est la société qui corrompt la bonté foncière de l’homme, loin également des pessimistes et des cyniques ne voyant en l’homme qu’une bête à contenir, ce temps de crise nous redit que l’homme est mélangé, et qu’il faut en tenir compte avec réalisme. Manager un peuple comme un âne - à la carotte et au bâton - est indigne et inefficace. Faire l’impasse sur le mal, la méchanceté, l’égoïsme dont nous sommes capables serait une erreur tout aussi grande. L’Église catholique assume cette tension en affirmant que l’homme est à l’image de Dieu, même si cette image est troublée et déformée par le péché, dès les origines, se transmettant de génération en génération plus massivement qu’un virus hélas.
Impossible que cette dualité n’ait pas de conséquences dans la vie à société, en entreprise, en famille etc.

 

Une deux pistes supplémentaires pour les chrétiens.

10. Faire signe à tous.

Si l’Église doit être « sacrement du salut » (Vatican II), elle doit être un signe public de compassion, de fraternité, de don de soi. Cela passe par le Secours catholique, Emmaüs, les hôpitaux et les écoles catholiques, les réseaux au plus près des souffrants etc. Cela passe également par une parole publique forte dont nous manquons cruellement : pour éclairer la situation, encourager le bien, soutenir l’espérance, mobiliser les énergies, dénoncer les mensonges.

 

11. Ne pas recourir à la pensée magique pour expliquer ou encore moins traiter l’épidémie.

Dieu n’est pour rien là-dedans ! S’il y a un lien avec le péché humain, c’est notre manque de sagesse et d’intelligence pour gouverner le monde en évitant ce genre de propagation. Mais un virus n’a rien d’un châtiment divin. Et ni la prière (souvenez-vous qu’un culte évangélique de 2000 personnes a disséminé le virus dans toute la France à partir de Mulhouse), ni les pèlerinages, ni les processions, ni les médailles miraculeuses ou autres pratiques superstitieuses ne pourront protéger ! Ne reproduisons pas les erreurs de l’Église des crises passées qui essayait d’instrumentaliser la peste, la grippe ou les catastrophes naturelles pour asseoir son emprise…

Image associée

 

Cette liste de chantiers à la Prévert n’est pas exhaustive. Le pape François nous invite la créativité :

« Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance. »

On croirait entendre Paul : « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28).

Préparons dès maintenant l’après-crise, sinon tout reprendra très vite comme si de rien n’était…

 

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3 novembre 2019

D’Amazonie monte une clameur

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

D’Amazonie monte une clameur

Homélie du 32° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
10/11/2019

Cf. également :

Mourir pour une côtelette ?
Aimer Dieu comme on aime une vache ?
N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?
Sur quoi fonder le mariage ?

document préparatoire synode Amazonie spiritualités païennes anticolonialismeAmazonie, Allemagne : de ces deux immenses régions du monde - l’une par sa taille, l’autre par son poids historique et économique - monte une immense clameur qui retentit jusqu’à Rome : donnez-nous la possibilité d’ordonner des hommes mariés et de confier des ministères ordonnés à des femmes ! Le synode de l’Amazonie qui s’est conclu au Vatican les 26 et 27 octobre dernier a remis au pape François cette demande express (avec d’autres demandes concernant l’écologie, la déforestation, les inégalités sociales etc.) : « établir des critères et des dispositions par l’autorité compétente, d’ordonner des prêtres appropriés et reconnus de la communauté qui ont un diaconat permanent fécond et reçoivent une formation adéquate pour le sacerdoce, pouvant avoir une famille légitimement constituée et stable, pour soutenir la vie de la communauté chrétienne par la prédication de la Parole et la célébration des sacrements dans les zones les plus reculées de la région amazonienne ». Ce Document final a recueilli 128 voix pour et 40 contre.

L’une des raisons de ce vote est la dispersion géographique des communautés chrétiennes dans l’immense territoire amazonien : beaucoup ne voient un prêtre qu’une fois par an, de passage. Sauf à dire que le ministère ordonné n’est pas essentiel à la croissance d’une communauté chrétienne, on voit mal comment cette situation pourrait durer sans compromettre l’avenir de cette Église particulière. D’autant que - et c’est la deuxième raison - la concurrence des évangéliques se fait pressante. Ils pourraient devenir majoritaires en quelques décennies si rien n’est décidé.

En Allemagne, c’est le départ massif des catholiques qui inquiète, suite notamment aux scandales sexuels. En 2018, 216078 catholiques ont quitté l’Église. Ordonner des hommes mariés est un enjeu de santé affective pour le clergé selon les Allemands. La place des femmes dans l’animation et la vitalité des paroisses/aumôneries etc. est si importantes que l’opinion publique ne comprend plus qu’elles soient exclues des ministères et donc des prises de décision au plus haut niveau de l’Église. Ordonner des femmes diacres serait pour une majorité d’Allemands une juste réponse à la légitime aspiration à l’égalité hommes/femmes.

À vrai dire, il n’y a pas que l’Amazonie et l’Allemagne pour désirer une réforme des ministères ordonnés et du gouvernement de l’Église…

La dispute de Jésus avec les Sadducéens en ce dimanche peut nous aider à réfléchir sur cette brûlante question d’actualité. Bien sûr la pointe de cette controverse porte sur la résurrection des morts. Mais au passage, nous en apprenons beaucoup sur le statut conjugal et son avenir en Dieu. En nous appuyant sur ce texte, développons un raisonnement en trois temps : le mariage dit l’intensité de l’amour divin ; le célibat annonce l’universalité de cet amour ; les ministères ordonnés ont donc besoin des deux.

 

1. Le mariage dit l’intensité de l’amour divin.

page_le_mariageDe la création du monde au Cantique des cantiques, l’alliance homme/femme s’enracine dans la communion d’amour trinitaire. C’est ensemble et diiférents que l’homme et la femme sont « à l’image de Dieu », l’Unique et le Tout-Autre (d’où d’ailleurs la réticence biblique envers l’homosexualité qui ne peut porter cette symbolique d’altérité). Parce qu’ils sont différents et pourtant appelés à s’unir, l’homme et la femme dans le mariage disent quelque chose de cette intensité de relation qui unit le Père au Fils dans l’Esprit. Saint Paul élèvera cette union au rang de mystère (mysterion en grec = sacramentum en latin), c’est-à-dire de symbole désignant et rendant présent l’amour qui unit le Christ à son Église :

« C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne seront qu’une seule chair. Ce mystère est grand : moi, je déclare qu’il concerne le Christ et l’Église » (Ep 5,31-32).

L’incarnation de l’amour divin dans le couple est si forte qu’elle débouche naturellement sur la fécondité. Être ensemble à l’image de Dieu se traduit naturellement par cette générosité divine de donner la vie. D’où la loi du lévirat (Dt 25, 5-10) que les Sadducéens utilisent fort habilement dans l’Évangile de ce dimanche pour tendre un piège à Jésus. Laisser la femme de son frère sans enfant après son veuvage serait un affront, une humiliation, reléguant la veuve à une grande précarité matérielle et sociale. Le frère se devait donc autrefois d’assurer une descendance à la femme du défunt. Après sept tentatives infructueuses, le piège est alors en place : à la résurrection des morts, de qui cette femme sera-t-elle l’épouse puisqu’elle a eu les sept comme mari ? La réponse de Jésus est très claire : 

« Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. »

Autrement dit, le mariage est pour ici-bas. Le mariage est un sacrement de l’amour divin qui s’arrête avec la mort, ou plutôt qui sera transfiguré à travers la mort. Il ne peut donc être absolutisé. Il a besoin de l’autre état de vie - le célibat - pour signifier la plénitude de l’amour. Car la limite de l’amour humain est de devoir privilégier une relation (et une seule à la fois de préférence !) pour atteindre cette intensité. Or l’amour divin ne se limite pas à un seul peuple, ni au roi seul, ni même aux seuls juifs ou chrétiens. Il faut donc qu’une autre manière d’aimer signifie cette ouverture à tous que le mariage ne peut porter.

 

2. Le célibat annonce l’universalité de l’amour divin.

Le Célibat religieuxViendra un temps où il n’y aura plus besoin de privilégier une relation pour aimer.

Pour annoncer le monde de la résurrection, certain(e)s restent célibataires, afin de témoigner de notre espérance en un monde où « Dieu sera tout en tous » (1Co 15,28). Le célibat de Jésus - anormal pour un juif d’une trentaine d’années, rabbin de surcroît - puise ses racines dans son espérance en la résurrection. Signe eschatologique, le célibat conteste la prétention du mariage à épuiser la réalité de l’amour par sa conjugalité et sa fécondité. Il annonce un monde où il n’est plus besoin d’exclure pour aimer, d’engendrer pour survivre. D’ici là, le mariage symbolise la puissance de l’amour trinitaire, et lutte contre l’extinction de la famille humaine à travers l’engendrement de ses enfants.

Mariage et célibat ont besoin l’un de l’autre : le premier atteint une telle intensité – corporelle surtout - qu’il rend présent le feu de l’amour divin ; le second atteint une telle universalité qu’il empêche le lien amoureux de s’enclore sur lui-même. Le célibat annonce un monde où l’intensité de toutes les relations sera élevée à l’intensité amoureuse, et même mille fois au-delà !

 

3. Les ministères ordonnés ont besoin des deux.

Quelle est la finalité des ministères ? C’est d’ordonner l’Église au Christ, collectivement et personnellement. C’est-à-dire de permettre à l’épouse (l’Église) d’être unie à l’Époux (le Christ) comme le corps à sa tête, selon une équation du type :

diacres/prêtres/évêques  Ξ     Christ

assemblée (ekklèsia)                Église

pere yuriy et sa famille petit

C’est un rapport d’équivalence et non d’identité : les ministres ne sont pas le Christ (ni d’autres christs) mais permettent à l’assemblée (dont ils font partie) de s’éprouver comme unie au Christ. Comme ce lien est d’amour, les ministres mariés signifient l’intensité de cette communion (dans le lien mariage/eucharistie par exemple), alors que les ministres célibataires rappellent l’universalité de ce lien, et la nécessaire ouverture à tous (catholicité) de l’assemblée.

Les orthodoxes ont gardé la tradition la plus ancienne : clergé marié et clergé célibataire coexistent (non sans tension parfois) depuis 2000 ans. Les protestants ont abandonné la sacramentalité du ministère pour en faire une simple fonction ; c’est pourquoi ils ont moins de mal à instituer des pasteurs mariés, des femmes pasteurs ou diaconesses. Si l’Église catholique franchissait le pas d’ordonner prêtres des hommes mariés/célibataires, et diaconesse des femmes mariées/célibataires, ce ne serait finalement que le retour à la tradition la plus ancienne, que l’Occident a infléchi au Moyen Âge pour des raisons essentiellement économiques (les problèmes liés à l’héritage des clercs !) mais pas de manière irréversible. D’ailleurs, les prêtres mariés des Églises catholiques de rite oriental (maronites, melkites etc. au Liban et ailleurs) en témoignent avec noblesse depuis toujours.

En outre, ce serait une autre manière d’annoncer le monde de la résurrection cher à Jésus. Car, comme le rappelle saint Paul : « en Christ, il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni l’homme ni la femme » (Ga 3,28). Ces distinctions sont pour un temps seulement ; elles seront abolies dans le monde à venir. Anticiper cette espérance en conjuguant mariage/célibat, masculin/féminin au sein de tous les ministères serait un témoignage très fort rendu à la résurrection !

 

4. Pour que les brebis du Christ ne meurent pas de faim…

Un dernier argument pour l’ordination d’hommes (et de femmes) mariés pourrait venir… du Concile de Trente ! En effet, ce concile au XVI° siècle a réaffirmé la célébration en latin (et non en langue vernaculaire) pour l’Occident - à l’exception notable des Églises ayant déjà l’autorisation de célébrer en langue locale - . Pourtant, il a introduit l’obligation pour les prêtres d’expliquer fréquemment en langue locale au cours de la messe et même de prononcer l’homélie en cette langue. L’argument était le besoin des fidèles de se nourrir des paroles de la messe et de ses lectures bibliques :

Bien que la messe contienne un grand enseignement pour le peuple fidèle, il n’a pas cependant paru bon aux pères qu’elle soit célébrée çà et là en langue vulgaire. C’est pourquoi, tout en gardant partout le rite antique propre à chaque Église et approuvé par la sainte Église romaine, Mère et maîtresse de toutes les Églises, pour que les brebis du Christ ne meurent pas de faim et que les petits ne demandent pas du pain et que personne ne leur en donne (Lm 4,4), le saint concile ordonne aux pasteurs et à tous ceux qui ont charge d’âme de donner quelques explications fréquemment, pendant la célébration des messes, par eux-mêmes ou par d’autres, à partir des textes lus à la messe, et, entre autres, d’éclairer le mystère de ce sacrifice, surtout les dimanches et les jours de fête. (Concile de Trente, 22° session, ch8 n° 1749&1759)

Ce même argument vaut pour l’Amazonie aujourd’hui : pour que les brebis du Christ ne meurent pas de faim, pour que les communautés ne demandent le pain eucharistique sans que personne leur en donne, il est urgent d’ordonner des prêtres parmi les hommes mariés de ces communautés, afin qu’elles puissent baptiser, se nourrir de l’eucharistie et assumer leur croissance numérique et spirituelle.

D’Amazonie monte une clameur dans Communauté spirituelle

Le pape François donnera sa réponse vers Noël ou au printemps 2020 : prions pour qu’il entende la clameur qui monte des fidèles d’Amazonie, d’Allemagne et d’ailleurs, avant qu’ils ne se détournent de l’Église catholique, engendrant une déforestation ecclésiale dramatique…

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » (2 M 7, 1-2.9-14)

Lecture du deuxième livre des Martyrs d’Israël

En ces jours-là, sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. » Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. » Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

 

PSAUME
(Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15)

R/ Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur. (Ps 16, 15b)

Seigneur, écoute la justice !
Entends ma plainte, accueille ma prière.
Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit,
tu m’éprouves, sans rien trouver.

J’ai tenu mes pas sur tes traces,
jamais mon pied n’a trébuché.
Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond :
écoute-moi, entends ce que je dis.

Garde-moi comme la prunelle de l’œil ;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi,
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Que le Seigneur vous affermisse « en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien » (2 Th 2, 16 – 3, 5)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien. Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous. Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous : vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ.

 

ÉVANGILE

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Lc 20, 27-38)
Alléluia. Alléluia.Jésus Christ, le premier-né d’entre les morts, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Alléluia. (Ap 1, 5a.6b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : Si un homme a un frère qui meurten laissant une épouse mais pas d’enfant,il doit épouser la veuvepour susciter une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; de même le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »
Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »
Patrick BRAUD

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15 avril 2019

Incendie de Notre Dame de Paris : « Le sanctuaire, c’est vous »

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 23 h 43 min

Incendie de Notre Dame de Paris : « Le sanctuaire, c’est vous »

L’incendie de « la forêt » (la charpente) de Notre Dame de Paris nous bouleverse, nous émeut aux larmes. En ce début de semaine sainte, elle est déjà crucifiée, l’effondrement de sa charpente la marquant d’un immense stigmate rouge flamboyant dans le ciel de Paris. Des milliers de parisiens la contemplent, incrédules, dans un impressionnant silence qu’on aurait auparavant qualifié « de cathédrale ». Des millions de par la terre entière se sont joints à eux par leurs écrans envahis de reportages en direct. Choqués, ils ont fait bruisser les réseaux sociaux d’une immense rumeur de stupéfaction, de chagrin, de colère aussi.

Incendie Notre Dame de Paris

Viendra le temps du bilan, puis de l’analyse des causes, des responsabilités, et ensuite de la reconstruction.

Ce soir c’est une immense tristesse qui étreint les amoureux de la beauté de cette cathédrale, des œuvres d’art qu’elle recèle, de l’histoire de France qui lui est intimement liée.

Cependant, la foi chrétienne sait bien que les demeures des hommes ne sont pas éternelles. Jésus lui-même a choqué les habitants de Jérusalem en annonçant qu’il ne resterait pas pierre sur pierre de son Temple pourtant magnifique (Lc 21, 5-11). Et Paul nous demande de ne pas nous tromper de sanctuaire :

« Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, cet homme, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous. » (1Co 3,16)

Non, la nature n’est pas sacrée, ni les bois, ni les pierres. Non, le sanctuaire n’est pas fait d’or ou d’argent, mais de chair et le sang, car « le sanctuaire c’est vous ».

Le peuple hébreu se l’est entendu dire dès le début de l’Exode :

« Ils me feront un sanctuaire, et j’habiterai au milieu d’eux » (Ex 25,8)

Vous avez bien lu. Le texte ne commet pas de faute. Normalement, on aurait dû lire : « vous construirez ce sanctuaire afin que j’habite en lui ». Mais non ! Israël a construit le Temple pour que Dieu habite dans le cœur de chacun, et non dans les pierres. L’Église construit des cathédrales, non pour y enfermer l’Esprit du Christ, mais pour que l’Esprit du Christ habite en nous. Les bâtiments sont des symboles, des médiations, pour que Dieu fasse de nous son Temple vivant. Même si Notre-Dame de Paris était détruite dans l’incendie ou dans une prochaine guerre, la foi chrétienne n’en serait pas détruite pour autant, car l’inhabitation de Dieu en chacun n’est pas liée au sort de nos cathédrales.

Reste que notre attachement à ce symbole de notre peuple nous fait tous désirer que la reconstruction ne tarde pas. Les collectes, les élans de générosité, les solidarités de tous bords ne manqueront pas, soyons en sûrs. L’espérance non plus.

Puisse ces flammes raviver le désir de devenir nous-mêmes le vrai sanctuaire de Dieu parmi les hommes.

NB : Dans son roman « Notre-Dame de Paris » publié en 1831, Victor Hugo avait décrit, avec une imagination qui fait froid dans le dos ce soir, la possibilité de cette destruction de Notre Dame :

 « Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. À mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’œil. Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle. »

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3 février 2019

La seconde pêche

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

La seconde pêche


Homélie pour le 5° dimanche du temps ordinaire / Année C
10/02/2019

Cf. également :

Du hérisson à la sainteté, puis au management
Porte-voix embarqué
Dieu en XXL
Ruptures et continuités : les conversions à vivre pour répondre à un appel

 

« Ils lavaient leurs filets »

C’est bien connu : la nuit, il est plus facile de prendre des poissons. Attirés par la lumière des barques ou des bateaux, ils viennent se jeter dans les filets ou sur la ligne plus qu’ils ne le feraient le jour. À tel point qu’en France la pêche est interdite la nuit pour éviter des massacres menaçant les espèces : « la pêche ne peut s’exercer plus d’une demi-heure avant le lever du soleil, ni plus d’une demi-heure après son coucher » (article R.436.13  du  code  de  l’environnement). Or cette nuit-là, sur le lac de Tibériade, les barques de Simon et de ses associés avaient sillonné le plan d’eau sans rien prendre. De quoi décourager les plus optimistes. On sent d’ailleurs une certaine résignation de retour sur le rivage : « les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets ». Si vous avez déjà observé ce patient labeur des marins-pêcheurs à terre, vous savez combien il peut être déprimant si aucun tas de poissons à côté ne justifie ce long examen maille par maille afin d’enlever les algues, les coquillages, les petits organismes qui engluent le filet et parfois l’abîment. Non seulement ils sont rentrés bredouilles, mais en plus ils se voient infliger cette minutieuse corvée longue et lente, d’autant plus désespérée et désespérante qu’elle est stérile cette fois-ci.

La seconde pêche dans Communauté spirituelle

Combien de fois nous est-il arrivé à nous aussi de laver nos filets sur le bord du lac ? Après une tentative ratée, après un échec cuisant, une aventure prometteuse qui tourne court… La défaite est d’autant plus amère si nous y avions mis toute notre intelligence et notre savoir-faire, comme Simon & Co la nuit. Lorsque l’effort retombe et qu’il n’y a rien dans la besace après tant d’investissement, il y a ce moment de décompensation un peu désabusée qui peut durer : nous « lavons nos filets », comme on reprend lentement contact avec la réalité en salle de réveil après une opération, comme si le geste mécanique mille fois répété allait un peu anesthésier notre déception de n’avoir pas réussi.

 barque dans Communauté spirituelleC’est dans ce sentiment d’échec, alors que leur compétence professionnelle n’a servi à rien, que Simon & Co sont rejoints par Jésus. Évidemment, si leurs barques avaient été pleines de poissons, il n’y aurait pas eu de place pour lui à bord. Comme s’il fallait être vide de soi pour porter la parole d’un autre. D’ailleurs, la foule ne se trompait pas en se massant autour de Jésus pour écouter, non pas sa parole, mais « la parole de Dieu » (Lc 5,1). Jésus se manifeste comme Christ (= l’Oint de Dieu) lorsqu’il est riche de ce que son Père lui donne, et non par lui-même. Ses apôtres font la même expérience : c’est parce que leur pêche a échoué qu’ils peuvent embarquer le Verbe et l’abondance qu’il procure. Ce n’est pas un éloge de l’échec humain, c’est l’éloge de la réussite selon le cœur de Dieu et avec lui.

Quand nous est-il arrivé de laver ainsi nos filets avec déception, résignation ou ressentiment ? Avons-nous alors saisi les opportunités de faire monter le Christ à notre bord plutôt que de persévérer à vouloir réussir à la seule force du poignet ?

Lors la prochaine pêche infructueuse, méditons en lavant nos filets les appels qui pourraient nous relancer autrement, comme celui du Christ sur le rivage.

BD-fishermen filet

Jetez vos filets !

Vient alors l’ordre apparemment insensé, surtout provenant d’un charpentier ignorant tout de la pêche ! : « Jetez les filets ». Simon aurait dû répondre : « d’accord l’ami, tu parles bien et on t’écoute avec plaisir. Mais chacun son métier et tu ne vas pas m’apprendre le mien ! Après une nuit à trimer comme des forcenés, si on a rien pris, c’est que ça ne veut pas mordre, et tu n’y peux rien changer ». La voie de la raison aurait bien été de contester ainsi la prétention de ce prophète-prédicateur à commander les marins-pêcheurs du coin. Simon pressent pourtant que sa rationalité à lui doit s’incliner devant celle de Jésus. Il fait confiance sur parole, sans doute parce qu’il a déjà été fasciné et rassasié par la parole de son passager improvisé quand il enseignait les foules depuis son embarcation transformée en porte-voix.

pechemiraculeuse6 pêcheIl obéit presque sans discuter. Certes, il semble avancer une objection : « nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ». Mais c’est tout au plus pour se dédouaner, au cas où : « je t’aurais prévenu, on risque de ne rien pêcher cette fois encore ». Il obéit quand même, comme il nous arrive d’obéir au conseil d’un autre, alors que ce n’est normalement pas la chose à faire. Mais, « parce que c’est lui » [1], j’obéis. La rationalité ici est dans la confiance dans la personne plus que dans l’analyse de son ordre.

D’ailleurs, c’est vraiment un impératif : « Jetez vos filets ». Comme s’il fallait un électrochoc pour sortir les désabusés de leur spirale dépressive. Pas facile de se laisser commander, surtout après un échec où l’amour-propre a été blessé. Mais Simon fait confiance. Sans bien savoir pourquoi ni comment, il refait ce geste cent fois répété la nuit dernière, en se demandant bien ce qui va en sortir. Cette fois-ci, c’est le jackpot ! Les filets se déchirent presque sous le poids de la prise, et la crainte saisit les pêcheurs devant une telle abondance après une telle disette : ce n’est pas normal…

La différence entre les deux pêches est simple : la première se fait sans le Christ, en ne comptant chacun que sur ses propres forces, sa propre intelligence ; la seconde se fait avec le Christ à bord de nos vies, nourris de sa parole, remplis de confiance dans sa stratégie à lui.

Pêcheur jeter le filet de pêche — PhotoJeter les filets à nouveau, c’est pour des parents ne pas désespérer de leur enfant délinquant ou transgressif, et reprendre mille fois avec amour le dialogue et l’éducation qui peu à peu le rendront libre.

Jeter les filets après la nuit stérile, c’est pour un chercheur apprendre de ses échecs, explorer d’autres pistes, approfondir sa quête.

Jeter les filets à nouveau, c’est après une rupture, un divorce, se rendre disponible pour aimer encore, sans laisser le passé empêcher l’inconnu de monter à bord.

Jeter les filets malgré la peine accumulée, c’est sur des chantiers humanitaires continuer  d’accumuler les micro-sauvetages, peut-être autrement, alors que la situation globale empire.

Jeter les filets alors qu’ils étaient vides, c’est pour une PME croire que son carnet de commandes peut se remplir à nouveau, peut-être en s’y prenant autrement.

Jeter les filets avec un inconnu de passage, c’est peut-être pratiquer l’hospitalité d’un soir, la solidarité pendant un coup dur, la générosité dans des combats sans fin contre la maladie, la misère, la tyrannie…

Jeter les filets avec ses associés, c’est savoir persuader ses proches et ses relations de tenter l’impossible, de prendre des risques apparemment insensés.

Ce courage de la seconde pêche - celle avec le Christ - nous le trouverons si d’abord nous buvons ces paroles, si nous rassasions de sa présence, comme Simon, Jacques et Jean refaisant leurs forces en écoutant ce passager étrange qui s’était invité à bord alors qu’ils étaient en vrac…

 


[1]. Selon la belle formule de Montaigne pour évoquer la raison de son amitié si forte avec La Boétie.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Me voici : envoie-moi ! » (Is 6, 1-2a.3-8)

Lecture du livre du prophète Isaïe

L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée. Je dis alors : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. » J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Me voici : envoie-moi ! »

Psaume

(Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 4-5, 7c-8)
R/ Je te chante, Seigneur, en présence des anges.
(cf. Ps 137, 1c)

De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne.

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.

Tous les rois de la terre te rendent grâce
quand ils entendent les paroles de ta bouche.
Ils chantent les chemins du Seigneur :
« Qu’elle est grande, la gloire du Seigneur ! »

Ta droite me rend vainqueur.
Le Seigneur fait tout pour moi !
Seigneur, éternel est ton amour :
n’arrête pas l’œuvre de tes mains.

Deuxième lecture
« Voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez » (1 Co 15, 1-11)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Évangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants.
Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont endormis dans la mort –, ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis.
Car moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi.
Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez.

Évangile
« Laissant tout, ils le suivirent » (Lc 5, 1-11)
Alléluia. Alléluia.
« Venez à ma suite, dit le Seigneur, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » Alléluia. (Mt 4, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth. Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules. Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. » Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer. Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient. à cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.
Patrick BRAUD

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