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3 novembre 2021

L’éducation changera le monde

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 30 min

L’éducation changera le monde

Homélie du 32° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
07/11/2021

Cf. également :

Quelle est la vraie valeur de ce que nous donnons ?
Le Temple, la veuve, et la colère
Les deux sous du don…
Défendre la veuve et l’orphelin
De l’achat au don
Épiphanie : l’économie du don
Le potlatch de Noël

Invictus« L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde » (Nelson Mandela).
Il en savait quelque chose : du fond de sa prison, pendant 30 ans, Nelson Mandela a appris à renoncer à la violence de ses années de jeunesse. Il a transformé son regard sur ses geôliers, sur les blancs en général, au point de choisir des gardes du corps blancs une fois élu Président ensuite ! Ne plus voir dans l’adversaire du moment un ennemi irréductible mais un partenaire potentiel ; ne plus considérer la lutte armée comme le seul salut mais explorer toutes les voies de réconciliation… Dans le célèbre film Invictus, Mandela apprend au capitaine de l’équipe nationale de rugby d’Afrique du Sud à voir autrement le match qui s’annonce : il s’agit de gagner la coupe du monde avec cette équipe ‘Black and White’, pour sceller la réconciliation nationale, et pas seulement de participer. Par contre, Mandela portera une lourde responsabilité dans l’épidémie du sida qui endeuillera son pays de façon si meurtrière, car il n’a pas su en voir la gravité ni les remèdes. Le visionnaire avait ses angles morts…

 

Changer de regard

Apprendre à voir les choses et les gens autrement est un patient travail d’éducation, que chacun doit faire sur lui-même d’abord. Les éducateurs, parents, animateurs et professeurs ont à former le regard des jeunes qui leur sont confiés. Les maîtres de sagesse éveillent leurs disciples aux dimensions cachées du monde. Les leaders authentiques, que ce soit en politique, en économie, dans l’univers de la culture ou autres, défrichent pour leurs partisans de nouvelles analyses et compréhensions des forces en présence. Si De Gaulle n’avait pas vu en 1940 que l’avenir de la France ne pouvait se réduire à la collaboration avec les nazis, qui aurait relevé le flambeau ?

Jésus ne se dérobe pas à cette mission qui incombe à tout responsable : éduquer le regard d’autrui. Dans notre épisode de ce dimanche (Mc 12, 38-44), il va demander à ses disciples de voir autrement la scène des offrandes au Temple de Jérusalem. Là où les Douze sont hypnotisés par les grosses sommes déposées dans les troncs, Jésus va les forcer à regarder le détail qu’ils ne voyaient plus : cette pauvre veuve et ses deux pièces. Cela avait commencé avant, lorsque les disciples s’extasiaient sur la beauté du Temple. Jésus les invitait à ne pas se laisser éblouir par la splendeur du moment, car elle est appelée à disparaître : « Comme certains parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara : ‘Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit’ » (Lc 21, 5 6). Là où les la foules voyaient les scribes écrire la Loi ou des pharisiens vivre en ultra-religieux, Jésus invite à voir au-delà des apparences : il y a tant d’hypocrisie derrière ces belles façades ! Ouvrez les yeux ! « Dans son enseignement, il disait : ‘Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés’ » (Mc 12, 38 40).

L’éducation du regard est au cœur de l’Évangile de ce dimanche : changez de lunettes, de perspective, ne voyez pas les actions des hommes à la manière mondaine, allez plutôt repérer les petits gestes qui passent inaperçus mais ont une grande valeur !

Les InvisiblesDétourner son regard des riches pour porter attention aux petits : voilà le premier déplacement que Jésus opère, avec pédagogie, en braquant le projecteur sur ceux que l’on ne voit pas. Souvenez-vous du film : Les Invisibles. On y suivait l’aventure d’une bande de femmes SDF et de paumées qui réagissaient face à l’annonce de la fermeture de leur centre d’accueil. Soudain, ces assistées, ces perpétuelles quémandeuses se révèlent capables de chercher et trouver du travail, des logements, une activité, et même de fonder leur entreprise ! Le Christ nous apprend à mettre en lumière les invisibles de notre époque, dont la pauvre veuve aux deux pièces est comme l’icône.
Plus tard, dans l’Église naissante, les apôtres se souviendront de regarder les veuves, et institueront des diacres à leur service (Ac 6,1-6).

 

L’interprétation morale

La pédagogie de Jésus dans ce changement de regard sur les invisibles est d’autant plus remarquable qu’il n’impose aucune conclusion à ses disciples. Il ne dit pas : ‘quelle générosité !’ Mais : ‘elle a donné de son nécessaire’. Il n’en tire pas de « leçon » de morale, du style : ‘faites comme elle’, mais il constate factuellement que son offrande représente proportionnellement infiniment plus que les gros chèques des riches. Aux disciples d’en tirer leurs propres conclusions ! À nous lecteurs d’interpréter cette séquence quasi cinématographique qui zoome soudain sur un geste à la dérobée.

La plupart des commentaires se précipitent sur l’interprétation morale : donner de son superflu a beaucoup moins de valeur que donner de son nécessaire. Avis donc aux donateurs de tout poil : Dieu voit ce que vous donnez, et le poids réel de votre offrande. Et l’on renchérit ensuite en citant le Christ en exemple, lui qui a tout donné, jusqu’à sa vie même, pour notre salut. La pauvre veuve annonce le pauvre Christ qui fait de sa vie une offrande d’amour à Dieu son Père pour sauver tous les hommes, allant jusqu’à mourir pour offrir la vie éternelle à ses bourreaux ou ses compagnons de châtiment sur la croix.

Cette interprétation est bien sûr légitime, et traditionnelle. Elle a le mérite d’attirer l’attention sur la responsabilité personnelle. Elle oublie cependant de regarder ce que Jean-Paul II appelait les « structures de péché » qui enserrent les acteurs dans des règles ou comportements injustes (ici le don obligatoire pour le Temple).
Est-elle pour autant la seule ? Ne peut-on pas voir autrement le focus de Jésus sur les deux sous du don de la veuve ?

 

L’interprétation « justice sociale »

L’éducation changera le monde dans Communauté spirituelle veuve2Car juste avant (Mc 12,38-40), Jésus dénonce avec violence l’hypocrisie des ‘gens bien’ et religieux sous tous rapports : « Méfiez-vous des scribes (…) Ils dévorent les biens des veuves… » Comment dévorent-ils les biens des veuves ? Notre passage en donne un exemple typique : au nom de l’institution du Temple, ils forcent les juifs à payer un impôt, quelques soient leurs ressources. Cette femme doit payer, alors qu’elle est pauvre et qu’elle est veuve, double précarité. Première injustice flagrante : quelle est cette institution soi-disant religieuse qui en fait pressure le petit peuple et lui extorque des contributions financières sans cesse ? On croirait lire les revendications des cahiers de doléances avant la révolution de 1789, où les paysans se plaignaient des exactions des évêques, abbés et autre princes de l’Église levant impôt sur impôt…
Jésus lui-même sera broyé par la machine religieuse du Temple en action : c’est pour blasphème qu’on réussira finalement à le condamner au terme d’un procès truqué. « ‘Celui-là a dit : ‘Je peux détruire le Sanctuaire de Dieu et, en trois jours, le rebâtir. » [...] Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème ! » (Mt 26, 61.65)

L’injustice est plus d’autant plus grande que cette oppression des pauvres se fait au nom de la religion. Car Jésus dénonce l’absurdité de cette obligation de l’offrande : le Temple va bientôt être détruit, les sacrifices d’animaux vont bientôt disparaître, les prêtres (Cohen) seront bientôt inutiles, alors à quoi bon appauvrir les pauvres pour nourrir une institution qui va s’écrouler ? Le sacrifice consenti par la veuve est en réalité inutile et absurde. Elle donne à fonds perdu pour une institution en faillite. En faisant réaliser à ses disciples que la veuve se soumet à une obligation absurde, Jésus les invite également à ne pas accepter cette domination injuste. Et il pourrait inviter la pauvre veuve à ne pas se soumettre volontairement à cette coutume, mais au contraire à se révolter pour en dénoncer l’hypocrisie, l’inutilité, l’absurdité. La pauvre veuve est prisonnière de ce que La Boétie appellera plus tard la servitude volontaire, l’intériorisation de la domination qui conduit à consentir à son propre asservissement. Les esclaves finissent par aimer leur chaîne et leur maître. Il n’y a donc pas que les yeux des disciples à ouvrir : ceux de la veuve aussi qui devrait, avec les autres victimes du Temple, voir autrement ce défilé d’offrandes et refuser avec Jésus d’en être complice ! Souvenez-vous: Jésus a refusé de payer l’impôt du Temple, et a mystérieusement substitué à son paiement les deux pièces d’argent trouvées dans la bouche d’un poisson ! « Comme ils arrivaient à Capharnaüm, ceux qui perçoivent la redevance des deux drachmes pour le Temple vinrent trouver Pierre et lui dirent : ‘Votre maître paye bien les deux drachmes, n’est-ce pas ?’ Il répondit : ‘Oui.’ Quand Pierre entra dans la maison, Jésus prit la parole le premier : ‘Simon, quel est ton avis ? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils les taxes ou l’impôt ? De leurs fils, ou des autres personnes ?’ Pierre lui répondit : ‘Des autres.’ Et Jésus reprit : ‘Donc, les fils sont libres. Mais, pour ne pas scandaliser les gens, va donc jusqu’à la mer, jette l’hameçon, et saisis le premier poisson qui mordra ; ouvre-lui la bouche, et tu y trouveras une pièce de quatre drachmes. Prends-la, tu la donneras pour moi et pour toi.’ » (Mt 17, 24 27) Il est clair que Jésus contestait ouvertement ce système d’imposition pour le Temple, pas seulement pour lui, mais également pour ses disciples (il évite également à Pierre de payer de sa poche !).

Second-Temple-Herode02 invisibles dans Communauté spirituelleÉvidemment, cette deuxième interprétation de notre texte est plus subversive que la première, et donc beaucoup moins traditionnelle… Qui pourrait dire pour autant qu’elle n’est pas légitime ? Puisque le Christ lui-même laisse ouverte la conclusion à son focus sur l’offrande de la pauvre veuve, pourquoi irions-nous imposer une seule « leçon » de ce passage ? Sans compter qu’il y a sans doute d’autres interprétations possibles encore. Notamment celle – symbolique – où la pauvre veuve serait une figure de l’humanité confiant son image et sa ressemblance divines (les 2 pièces) au seul vrai Temple qu’est le Christ en personne.

 

Regarder autrement nos servitudes volontaires

Réduire l’Évangile à une « leçon » de morale appauvrit le champ des interprétations.
Méditons donc sur la dénonciation que Jésus ose faire publiquement des institutions religieuses dévorant le bien des veuves.
Réfléchissons sur les injustices cachées dans les collectes d’argent pour nos temples  modernes.
Examinons nos propres servitudes volontaires, lorsque nous nous habituons et consentons à des pratiques absurdes ou inutiles.
Éduquons le regard de ceux qui nous entourent à discerner ce qui est invisible pour les médias, les réseaux sociaux, les commentateurs autorisés.
Apprenons à voir autrement, et notre vie changera.


Lectures de la messe

Première lecture
« Avec sa farine la veuve fit une petite galette et l’apporta à Élie » (1 R 17, 10-16)

Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? » Elle alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. » Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. » Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. » La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. Et la jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d’huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie.

Psaume
(Ps 145 (146), 6c.7, 8-9a, 9bc-10)
R/ Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur !
(Ps 145, 1b)

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

Deuxième lecture
« Le Christ s’est offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude » (He 9, 24-28)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, figure du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu. Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ; car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis la fondation du monde. Mais en fait, c’est une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice. Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés, ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude ; il apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent.

Évangile
« Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres » (Mc 12, 38-44) Alléluia. Alléluia.

Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait aux foules : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Patrick BRAUD

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1 août 2021

L’antidote absolu, remède d’immortalité

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

L’antidote absolu, remède d’immortalité

Homélie pour le 19° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
08/08/2021

Cf. également :

Bonne année !
Le peuple des murmures
Le caillou et la barque
Traverser la dépression : le chemin d’Elie
Reprocher pour se rapprocher
Ascension : « Quid hoc ad aeternitatem ? »

L’eucharistie, quel cirque !

Pendant les trois premiers siècles, demander le baptême ou aller à l’assemblée du dimanche était risqué. Une dénonciation, une rafle, quelques légionnaires romains encerclant une communauté rassemblée, et les fauves du cirque se léchaient les babines… Les martyrs chrétiens de ces persécutions nous ont laissé des témoignages bouleversants, notamment sur l’importance de l’eucharistie pour affronter la mort imminente. Ainsi Ignace d’Antioche, troisième évêque de cette ville de l’actuelle Turquie où les disciples reçurent pour la première fois le nom de ‘chrétiens’ (Ac 11,26) : vers 107-110, il marche au supplice, sachant que le cirque de Rome va bientôt résonner des clameurs de la foule fascinée par le massacre, et des rugissements des bêtes transformées en bourreaux, bouchers, nettoyeurs de la fange chrétienne…

L’antidote absolu, remède d’immortalité dans Communauté spirituelle 1280px-Jean-L%C3%A9on_G%C3%A9r%C3%B4me_-_The_Christian_Martyrs%27_Last_Prayer_-_Walters_37113

Pour Ignace, l’eucharistie est source d’une force extraordinaire, non-violente et miséricordieuse. Il y trouve le courage d’affronter la condamnation injuste, l’humiliation du cirque, la fin prochaine dans les souffrances physiques infligées par les dents des fauves. Plus encore, il considère que la mort a déjà perdu la partie, malgré l’assassinat légal tout proche, à cause de la présence de vie que l’eucharistie lui procure :
« Vous vous réunissez dans une même foi, et en Jésus-Christ « de la race de David selon la chair » (Rm 1,3), fils de l’homme et fils de Dieu, pour obéir à l’évêque et au presbyterium, dans une concorde sans tiraillements, rompant un même pain qui est remède d’immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus-Christ pour toujours » (Lettre d’Ignace d’Antioche aux Éphésiens).

Antidote, remède d’immortalité : les mots d’Ignace d’Antioche font écho à ceux de Jésus dans notre Évangile de ce dimanche (Jn 6, 41-51) : « le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde ».

Pour Jésus, faire eucharistie c’est se livrer corps et âme par amour, pour que l’autre vive, fut-il le pire des bourreaux. Nourrir la foule, c’est lui distribuer le pain de la Parole et devenir soi-même pain rompu pour la vie du monde.

Ignace d'AntiocheEn écrivant aux chrétiens de Rome qui vont le voir périr dans l’arène, Ignace fait le parallèle entre son supplice à venir et l’eucharistie plus forte que la mort :
« Moi, j’écris à toutes les Églises, et je mande à tous que moi c’est de bon cœur que je vais mourir pour Dieu, si du moins vous vous ne m’en empêchez pas. Je vous en supplie, n’ayez pas pour moi une bienveillance inopportune. Laissez-moi être la pâture des bêtes, par lesquelles il me sera possible de trouver Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes, pour être trouvé un pur pain du Christ. Flattez plutôt les bêtes, pour qu’elles soient mon tombeau, et qu’elles ne laissent rien de mon corps, pour que, dans mon dernier sommeil, je ne sois à charge à personne. C’est alors que je serai vraiment disciple de Jésus-Christ, quand le monde ne verra même plus mon corps. Implorez le Christ pour moi, pour que, par l’instrument des bêtes, je sois une victime offerte à Dieu » (Lettre d’Ignace d’Antioche aux Romains).

Voilà pourquoi on cherchait toujours à enchâsser une petite relique d’un martyr dans le nouvel autel à consacrer dans une église : pour rappeler que la véritable eucharistie est de faire de sa vie une offrande d’amour, gratuitement, jusqu’à se donner entièrement soi-même s’il le faut.

Un peu après Ignace, Irénée de Lyon attestera lui aussi que la communion eucharistique est remède d’immortalité : « De même que le pain terrestre, après avoir reçu l’invocation de Dieu, n’est plus du pain ordinaire mais Eucharistie, de même nos corps qui participent à l’Eucharistie ne sont plus corruptibles puisqu’ils ont l’espérance de la résurrection » (Adversus haereses 4,18).

 

Mourir à chaque messe

Jean-Marie Vianney, curé d'Ars, montrant ç un enfant le chemin du cielL’eucharistie et la mort sont tellement liées ! On se souvient du mot du curé d’Ars : « si on savait ce qu’est la messe, on en mourrait ». Et c’est vrai que chaque eucharistie est une petite mort, transition déjà accomplie vers la vie éternelle. « Nul ne peut voir Dieu sans mourir », affirme la Torah (Ex 33,20). Or en chaque eucharistie, Dieu se laisse voir, sacramentellement, et nous fait ainsi passer dans une autre façon de penser, d’agir, d’aimer, ce qui nous demande de mourir à nos anciennes manières de faire. Lorsque Jésus nous promet que « celui qui mangera de ce pain ne mourra jamais », nous savons bien qu’il ne parle pas de la mort physique - la première mort – mais de l’autre mort – la seconde – bien plus redoutable (cf. « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises. Le vainqueur ne pourra être atteint par la seconde mort » Ap 2, 11). Nous pourrions presque renverser le programme que Montaigne fixait à la philosophie : « que philosopher c’est apprendre à mourir », en affirmant simplement : communier, c’est apprendre à vivre, d’une vie plus forte que ce que nous en voyons matériellement.

Associés à la Passion du Christ dont nous faisons mémoire en chaque célébration, nous mourons avec lui pour ressusciter avec lui, dès maintenant. L’Évangile de Jean le fait dire non sans humour à Thomas : « allons mourir avec lui ! » (Jn 11, 16). Dès maintenant nous avons part à sa mort-résurrection, dès maintenant et pas seulement à la fin des temps ! La vie éternelle est déjà commencée en chaque eucharistie…

 

Souviens-toi de ton futur

Souviens-toi de ton futurLes rabbins aimaient déjà rappeler à Israël que c’est le futur qui est déterminant, pas le passé. Le présent n’est jamais pour la Torah que l’irruption eschatologique de l’intervention de Dieu dans l’histoire, pour nous conformer à notre vocation ultime : être un peuple de fils et de filles, vivant dans l’Alliance avec Dieu et entre nous. « Souviens-toi de ton futur » : cette maxime rabbinique trouve un accomplissement, une plénitude extraordinaire dans l’eucharistie de Jésus. L’Église est un peuple d’appelés, dont la vocation est de vivre la communion d’amour même qui unit le Père et le Fils dans l’Esprit. « Devenir participants de la nature divine » (2P 1,4) est à ce titre la raison profonde de toute l’action sacramentelle.

Nous ne venons pas à la messe offrir notre passé, mais recevoir notre avenir : devenir Dieu. En communiant, nous n’assimilons pas le Christ, au contraire : nous le laissons nous assimiler à lui, faire de nous son corps, pour devenir par lui avec lui et en lui une vivante offrande à la louange de la gloire de Dieu le Père (prière eucharistique n° 3). Saint Augustin avait bien compris que c’est de l’avenir que nous vient notre dignité, et que c’est notre union au Ressuscité qui nous transforme peu à peu, irréversiblement, en Celui avec qui nous sommes appelés à ne plus faire qu’un. Dans ses Confessions, il fait dire au Christ : « Je suis la nourriture des forts : grandis et tu me mangeras. Tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ton corps, c’est toi qui seras changé en moi ». C’est bien Lui qui aimante notre histoire, et nous attire en Dieu-Trinité.

 

La communion des temps

Il s’opère donc dans l’eucharistie une inversion des temps dont l’enjeu est la transformation de notre présent, pour toujours. En écho à la communion des saints du Credo, la célébration de la messe accomplit une communion des temps où chacun reçoit de quoi anticiper la façon de vivre qui est celle du Christ : sa vie devient nôtre, par anticipation, pour toujours.

Le temps liturgique n’est pas fermé, mais ouvert, au sens mathématique du terme : il ouvre le temps humain sur une limite qui n’appartient pas au temps humain.
En chaque eucharistie, nous fêtons un évènement qui n’est pas encore arrivé : la venue du Christ dans la gloire (cf. l’anamnèse) ! Nous nous souvenons de notre avenir, pour qu’il transforme notre présent, en s’appuyant sur le passé où tout s’est joué.
Le temps eucharistique n’est donc pas un temps linéaire, ni un temps cyclique.
La liturgie opère une « communion des temps » très originale.
En racontant ce qui s’est passé avec Israël ou Jésus, elle nous rend contemporains des « merveilles » de Dieu accomplies pour son peuple. En faisant ainsi mémoire, l’Église s’ouvre à l’avenir, à l’ad-venir de Dieu, elle s’ouvre à tous les possibles de l’Histoire. Elle proclame que c’est la fin qui informe le présent et non l’inverse ; c’est le terme de l’histoire qui transforme l’aujourd’hui, selon la très belle intuition du sage : « Hâte le temps, rappelle-toi le terme, et que soient racontées tes merveilles ! » (Si 36, 7).

L’eucharistie contient toute une philosophie du temps, irréductible aux autres philosophies humaines.
Les civilisations traditionnelles croient qu’il y a eu un âge d’or auquel il faudrait revenir pour retrouver l’harmonie primordiale (in illo tempore = en ce temps-là) : un temps cyclique.
La civilisation moderne des Lumières et du Progrès industriel croit que le temps est linéaire, et que le progrès permet d’aller toujours de l’avant. Ce mythe du Progrès a nourri aussi bien le marxisme que la recherche scientifique et les Trente Glorieuses…
Les catastrophistes actuels, collapsologues écologistes ou nihilistes, nous prédisent un temps d’effondrement qui nous conduit à la perte de l’homme dans l’univers.

Les chrétiens quant à eux reçoivent de leur liturgie une philosophie du temps qui ne ressemble à aucune autre. On pourrait l’appeler « la communion des temps » en référence à la communion des saints qui est à l’œuvre dans la communion eucharistique. Raconter le passé, en faire mémoire, permet de s’ouvrir à l’avenir ouvert dans la Résurrection de Jésus, et cet avenir reflue dès maintenant sur notre présent pour le transformer à l’image de ce qu’il sera un jour en plénitude, lorsque le Christ viendra, Roi de gloire, tout récapituler en lui.

Dans l’eucharistie, nous faisons mémoire de la Passion du Christ, nous rendant ainsi contemporains de sa Pâque qui nous ouvre à l’avenir en Dieu qui nous attend.

On peut risquer la schématisation suivante :

Communion des temps 

Quelques petites conséquences au passage de cette conception du temps :

- Nous ne sommes pas surdéterminés par notre passé. C’est notre avenir qui nous transforme : « Soyez ce que vous voyez (sur l’autel eucharistique), et recevez ce que vous êtes » (St Augustin). Le passé ne suffit pas pour guérir de ses blessures : l’ouverture à l’avenir compte encore plus.
- L’espérance est le moteur qui maintient notre vie ouverte sur l’avenir. Sans l’espérance, ni la foi ni la charité ne peuvent tenir.
- Si le temps humain est ouvert sur la venue du Christ, alors notre société doit devenir une société ouverte, et non fermée, ainsi que nos familles, nos paroisses.

Communier change notre rapport au temps, et l’agrandit à la mesure de notre immense espérance : la venue du Christ, Roi de gloire, à la plénitude des temps…
Communier nous repose la question de notre rapport au temps : quelle est notre philosophie du temps qui passe ? Vivons-nous dans la mémoire et le souvenir ? ou tendus vers les buts que nous nous sommes fixés ? ou goûtons-nous le présent sans penser à autre chose ?
Ni cyclique quoique mémoriel, ni linéaire quoique eschatologique, le temps liturgique nous invite à nous recevoir du futur promis, afin de transformer le présent à son image, appuyés sur ce que Dieu a déjà réalisé dans le passé pour nous.

Prenons le temps de méditer sur le temps à la lumière de l’eucharistie !
- Ne pas sacraliser le passé avec nostalgie, mais y relire l’action de Dieu qui a commencé en nous. Car comme dit le psaume, Dieu n’arrêtera pas l’œuvre de ses mains.
- Ne pas construire l’avenir, mais l’accueillir comme une promesse que Dieu va réaliser pour nous, avec nous. C’est là sans doute le point le plus difficile pour l’Occident : se laisser façonner par l’avenir qui reflue au-devant de nous, au lieu de croire que nous pouvons comme des dieux fabriquer notre destinée tout seuls.
- Ne pas éviter le présent, mais l’habiter comme ouvert à tous les possibles qu’il nous faut nous orienter vers la fin, l’accomplissement de l’histoire.

Il y a bien une idolâtrie païenne du temps dont l’eucharistie nous délivre.
Plus que jamais, les chrétiens sont des dissidents temporels : ils ne s’affolent pas avec le temps médiatique, ils ne s’engloutissent pas dans le court-terme du temps financier ou de la consommation, ils résistent aux futurs idéologiques construits par les hommes contre eux-mêmes.

Ils se tiennent, libres et indéterminés, sur la ligne de crête eucharistique qui unit l’avenir et le passé en un présent d’une intensité redoublée.

 

Tout voir à partir de Dieu

quid hoc ad aeternitatem : voir les choses d'un autre point de vue, à partir de la finCette notion d’anticipation eschatologique, dont l’eucharistie est source et sommet, nous permet dès lors de ne plus voir les choses et les gens à la manière purement humaine. Comme un drone révèle tout à coup l’ordonnancement des géoglyphes sur le sol du désert chilien d’Atacama en prenant de la hauteur, la communion eucharistique nous donne de lire les lignes de force que Dieu dessine dans notre histoire personnelle et collective.

Une abbesse à qui ses sœurs venaient se plaindre des multiples mesquineries ordinaires de la vie monastique les invitaient à changer de point de vue : ‘quid hoc ad aeternitatem ?’ Qu’est-ce que cela par rapport à l’éternité ? Et si vous vous placez du côté de l’éternité, à partir d’elle, cela donne quoi ?

Voir les choses à partir de Dieu permet de relativiser l’anecdotique et de goûter l’essentiel, de déchiffrer le fatras de l’histoire, de laisser notre vocation nous transformer en celui/celle que nous sommes appelés à devenir ultimement.

Grâce à l’eucharistie, nous ne voyons plus les choses ni les gens tels qu‘ils sont actuellement, mais tels qu’ils seront en Dieu, de façon ultime, en plénitude. Voilà pourquoi nous ne désespérons de personne, jusqu’à son souffle final.

Bien des virus contaminent notre existence ; bien des poisons polluent notre nourriture physique et spirituelle. Voir dans l’eucharistie l’antidote absolu aux poisons anti-évangéliques nous permet d’y puiser le courage du martyre. Croire que le pain eucharistique est remède d’immortalité nous ouvre à une vie plus intense, dès maintenant, à jamais.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Fortifié par cette nourriture, il marcha jusqu’à la montagne de Dieu » (1 R 19, 4-8)

Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, le prophète Élie, fuyant l’hostilité de la reine Jézabel, marcha toute une journée dans le désert. Il vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson, et demanda la mort en disant : « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. » Puis il s’étendit sous le buisson, et s’endormit. Mais voici qu’un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange ! » Il regarda, et il y avait près de sa tête une galette cuite sur des pierres brûlantes et une cruche d’eau. Il mangea, il but, et se rendormit. Une seconde fois, l’ange du Seigneur le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange, car il est long, le chemin qui te reste. » Élie se leva, mangea et but. Puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu.

 

PSAUME
(Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7, 8-9)

R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (Ps 33, 9a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

L’ange du Seigneur campe alentour
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Vivez dans l’amour, comme le Christ » (Ep 4, 30 – 5, 2)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, n’attristez pas le Saint Esprit de Dieu, qui vous a marqués de son sceau en vue du jour de votre délivrance. Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, s’offrant en sacrifice à Dieu, comme un parfum d’agréable odeur.

 

ÉVANGILE
« Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel » (Jn 6, 41-51)
Alléluia. Alléluia.Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Alléluia. (Jn 6, 51)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, les Juifs récriminaient contre Jésus parce qu’il avait déclaré : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. » Ils disaient : « Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : ‘Je suis descendu du ciel’ ? » Jésus reprit la parole : « Ne récriminez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. Certes, personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. Amen, amen, je vous le dis : il a la vie éternelle, celui qui croit. Moi, je suis le pain de la vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »
.Patrick Braud

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20 juin 2021

Toucher les tsitsits de Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Toucher les tsitsits de Jésus

Homélie pour le 13° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
27/06/2021

Cf. également :

La générosité de Dieu est la nôtre
Les matriochkas du 12

Patience ! N’allez pas vous imaginer n’importe quoi sur un tel titre ! L’explication en vient bientôt…

Concentrons-nous d’abord sur la femme de l’Évangile de ce dimanche (Mc 5, 21-43). On a déjà étudié ailleurs son lien avec la fillette de 12 ans dans ce récit bâti en poupées russes (cf. Les matriochkas du 12). Regardons-la maintenant pour elle-même. On la dit hémorroïsse. Vous devinez que ce n’est pas d’un simple saignement de nez dont il s’agit ! Non : cette femme est atteinte de ce qu’on appelle aujourd’hui une ménorragie chronique, perte de sang due à des règles anormalement longues et abondantes. Et cette maladie a des conséquences multiples sur sa vie, dans lesquelles nous pouvons peut-être nous reconnaître, au moins partiellement.

 

- Elle souffre beaucoup, continûment

Catacombes de RomeCe saignement anormal et constant provoque gènes et douleurs incessantes. Si vous avez déjà connu de telles périodes, vous savez ce qu’elle éprouve. Une arthrose chronique, une déformation qui s’installe, un cancer qui se généralise… et la douleur devient une présence lancinante, épuisante, physiquement et moralement.

Cette femme est anonyme, et au fond elle peut prendre le nom de chacun d’entre nous lorsque nous souffrons trop, trop souvent, trop longtemps, sans trêve. L’Évangile précise que cela fait 12 ans qu’elle se traîne ainsi, douloureuse, de médecins en charlatans, de gourous en guérisseurs. Et là encore nous nous reconnaissons : épuisé par la persistance du mal, nous devenons prêt à tout pour obtenir le moindre répit. Les plus rationnels courent de spécialistes en chirurgiens, plus pointus les uns que les autres. La majorité essaye tous les remèdes que le bouche-à-oreille leur suggère, et finissent souvent dans les griffes de soi-disant thérapeutes aggravant leur état, comme l’indique malicieusement notre récit. C’est bien ce qui nous arrive : sur le plan de notre santé, lorsque nous avalons tous les remèdes et théories censées nous guérir ; sur le plan spirituel, lorsque la douleur de vivre nous fait essayer les communautés religieuses les plus sectaires ou délirantes ; sur le plan professionnel, lorsque la souffrance au travail devient telle qu’on envisage le pire etc.

 

- Elle souffre depuis longtemps

Le texte précise : 12 ans qu’elle court de médecin en médecin ! Évidemment, 12 est symbolique d’Israël (les 12 tribus) capable de se remettre entre les mains des dieux étrangers pour obtenir davantage. Mais c’est également une durée si longue qu’on ne voit plus le bout du tunnel, que l’espoir d’aller mieux s’est amenuisé au point de disparaître. Lorsque nous souffrons, le temps nous use aussi sûrement que les cailloux brassés par le flot dans une marmite de géant.
Peut-être y a-t-il là un avertissement : n’attendez pas 12 ans avant de réagir ! Ne vous habituez pas à souffrir. Ne vous résignez pas devant ce qu’on présente comme inéluctable, inguérissable.

 

- Elle perd beaucoup d’argent pour se soigner

Eh oui : pas de Sécurité Sociale à l’époque de Jésus ! Se soigner est toujours onéreux, aujourd’hui encore. Bien des soins, accessoires, interventions chirurgicales, matériels médicaux etc. ne sont pas remboursés à 100 %. Faites le calcul : en 12 ans de rendez-vous et actes médicaux en tous genres avec des spécialistes, la facture s’alourdit très vite. À tel point que bon nombre de SDF par exemple renoncent à se soigner. Ils ont mal aux dents - encore une douleur lancinante –, ils ont des problèmes de marche, d’audition, de vue, mais ne peuvent pas en pratique accéder aux soins nécessaires. Il faut les minibus ambulants d’associations de médecins bénévoles pour aller dans les quartiers apporter gratuitement un peu de soulagement aux populations trop désargentées ou trop décalées culturellement pour entamer un parcours de soins.

Il y a peut-être une allusion dans le texte au parallélisme entre le sang et l’argent, qui en hébreu sont désignés par le même mot : damim. La femme perd son sang et son argent en même temps : les deux flux, les deux appauvrissements semblent se nourrir l’un de l’autre. Dès que nous dépensons de manière trop importante, il y a là un flux sortant aussi grave qu’une hémorragie interne. Cela devrait nous alerter, servir de symptôme pour diagnostiquer une pathologie spirituelle grave avant qu’elle ne dégénère. Faites donc attention aux grosses dépenses récurrentes de votre budget ! Elles en disent beaucoup sur vous… Ainsi l’addiction au pari sportif pendant l’Euro 2020 a été mise en lumière par les médias,  montrant des milliers de gens dépensant leur argent sur des pronostics de matchs.

 

- Elle est blessée dans sa féminité

Toucher les tsitsits de Jésus dans Communauté spirituelleSon cycle menstruel n’existe plus, ou plutôt est permanent. Comment espérer avoir des relations sexuelles normales avec un tel flux de sang permanent ? Comment espérer avoir une vie sentimentale même ? Comment espérer avoir un enfant lorsque l’infertilité devient permanente ? La gêne des règles devient quotidienne, insupportable. Et sa féminité en est défigurée. L’identité féminine/masculine peut ainsi être aussi perturbée à tel point que le sujet ne sait plus comment s’en sortir.


- Elle se vide de son sang

Littéralement. Physiquement. Et cela nous fait penser à toutes les façons que nous avons de nous vider de notre sang. Spirituellement : le doute se fiche en nous, nourrit des questions sans réponse, et détruit peu à peu notre confiance en Dieu. Moralement : un peuple se vide de son sang lorsqu’il admet l’inadmissible, s’habitue au déni, laisse partir ses valeurs à vau-l’eau, élimine les plus petits sans état d’âme…
Se vider de son sang, c’est encore l’exténuation progressive de notre joie de vivre, dévorée par un souci continuel, une angoisse perpétuelle etc.
De quel sang est-ce que je me vide en ce moment ?

 

- Impure, elle est mise à l’écart

Illustration de couverture par Catel Muller du livre d’Elise Thiébaut, Ceci est mon sang, éditions La Découverte.La Torah est très claire sur ce point (heureusement que les chrétiens n’obéissent plus à ces commandements d’un autre âge !) :

« Lorsqu’une femme a un écoulement, que du sang s’écoule de son corps, elle restera pendant sept jours dans sa souillure. Quiconque la touchera sera impur jusqu’au soir. Toute couche sur laquelle elle s’étendra durant ses règles sera impure ; tout ce sur quoi elle s’assiéra sera impur. Quiconque touchera son lit devra laver ses vêtements, se baigner dans l’eau, et restera impur jusqu’au soir. Quiconque touchera quelque objet sur lequel elle se sera assise, devra laver ses vêtements, se baigner dans l’eau, et restera impur jusqu’au soir. Si quelqu’un touche ce qui se trouve sur le lit ou ce sur quoi elle s’est assise, il sera impur jusqu’au soir. Si un homme couche avec elle, la souillure de ses règles l’atteindra. Il sera impur pendant sept jours, et tout lit sur lequel il se couchera sera impur. Lorsqu’une femme aura un écoulement de sang pendant plusieurs jours, hors de la période de ses règles, ou si elle a un écoulement qui se prolonge au-delà de la période de ses règles, elle sera impure tant que durera cet écoulement, de la même manière que pendant ses règles. Tant que durera cet écoulement, tout lit sur lequel elle se couchera sera impur comme il en est pour son lit pendant ses règles, et tout ce sur quoi elle s’assiéra sera impur comme pendant ses règles. Quiconque les touchera sera impur, il devra laver ses vêtements et se baigner dans l’eau ; il restera impur jusqu’au soir. Lorsque la femme sera délivrée de son écoulement, elle comptera sept jours : alors elle sera pure. Le huitième jour, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons qu’elle apportera au prêtre, à l’entrée de la tente de la Rencontre. De l’un des oiseaux le prêtre fera un sacrifice pour la faute, et de l’autre un holocauste. Le prêtre accomplira ainsi sur elle le rite d’expiation, devant le Seigneur, pour l’écoulement qui la rendait impure. [ch.18] Tu ne t’approcheras pas d’une femme dans la souillure de ses règles pour découvrir sa nudité. [ch.20] Quand un homme couche avec une femme pendant ses règles et découvre sa nudité, il met à nu la source du sang, et la femme dévoile cette source : tous deux seront retranchés du milieu de leur peuple. » (Lv 15, 19 30 ; 18, 19 ; 20, 18)

Ces textes ont donné lieu à un ensemble de lois religieuses juives appelées taharat hamishpa’ha, c’est-à-dire des lois de pureté familiale. Le principe en est que la femme mariée est considérée comme rituellement (indépendamment de la morale) impure pendant la période de ses règles et cela implique une séparation physique temporaire du couple. La visée positive de ces commandements écartant les femmes de la vie sociale, religieuse, conjugale pendant leurs règles est connue : attention religieuse portée au corps féminin, développement d’une relation affective détachée de la sexualité entre les conjoints, renouvellement du désir chez les époux, ‘retrouvailles’ sexuelles du couple rendues plus intenses par la séparation.
Dans les mentalités anciennes, l’expulsion des traces de l’œuf non fécondé était signe d’échec et de mort : la fécondation n’a pas eu lieu ou elle n’a pas réussi, la vie n’a pas pu s’accrocher au ventre de la femme qui en expulse les restes, inutiles. Le bain rituel (mikvé) de la femme après ces règles vient alors la restaurer dans sa féminité pour la préparer au cycle suivant. Rien d’hygiénique ni de sanitaire dans cette ablution du mikvé : c’est le bain lavant la blessure symbolique, marquant rituellement le renouveau du corps prêt à donner la vie.

Avec son flux de sang continuel, la femme de l’Évangile était impure, tout le temps. Donc mise à l’écart. Donc condamnée à ne pas avoir de vie sentimentale ou sexuelle. Donc méprisée car ne pouvant devenir mère. Encore une fois, la rencontre de Jésus va vaincre cette impureté rituelle désignée par la Loi juive. Mais les chrétiens feront bien mieux : à la manière du Christ, ils aboliront cette distinction entre le pur et l’impur qui gangrène encore le statut des femmes dans le judaïsme, dans l’islam et dans bien d’autres religions. En christianisme, est impur ce qui sort du cœur de l’homme, pas ce qui sort de son corps : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur » (Mt 15, 11). Révolution subvertissant le pur et l’impur, toujours actuelle !

 

Toucher les franges du vêtement de Jésus

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Voilà donc quelle est la femme oppressée par la foule sur le chemin de Jésus : en souffrance depuis longtemps, appauvrie, se vidant de son sang, déclarée impure et mise à l’écart. C’est elle qui a l’idée de toucher Jésus ou au moins son vêtement. Elle est prête à tout tenter pour aller mieux : qu’a-t-elle à perdre à essayer ce prophète itinérant ? Jésus – lui - ne la voit pas, entouré par la foule. Mais il sent une force qui sort de lui, ‘à l’insu de son plein gré’ pourrait-on dire avec humour. Au flux de sang qui sort du corps de la femme répond le flux de force qui sort du corps de Jésus… et, telle une marée qui s’inverse, le deuxième flot l’emporte sur le premier, le faisant refluer jusqu’à l’obliger à reprendre son rythme normal.

Comment s’opère cette guérison ? Par le contact du corps de Jésus ? Non. Bien des auteurs chrétiens ont glosé sur le contact avec le corps du Christ pour évoquer la puissance de guérison qui lui est liée. Contact avec son corps ecclésial (entrée dans l’Église par le baptême), contact avec son corps eucharistique (par la communion, la bénédiction du Saint-Sacrement)… Mais notre texte ne dit pas cela. Il précise bien que la femme touche seulement la frange du vêtement de Jésus. La frange. Jésus, comme tout juif pratiquant, porte sans aucun doute sur lui un talit court (qatan), sorte de tunique en forme de poncho rectangulaire, ou bien un châle de prière sur sa tête. Ce vêtement obligatoire (talit) doit comporter 4 franges très spéciales aux 4 coins de sa toile : les tsitsits. Ces commandements vestimentaires sont toujours respectés par les juifs portant un talit  court dans leur pantalon, avec les 4 franges (tsitsits) qui en dépassent aux 4 coins, ou sur leur tête à la synagogue (ou au Mur occidental du Temple de Jérusalem actuellement) comme un châle de prière.

La Torah explique le sens de ces obligations vestimentaires :

« Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : Parle aux fils d’Israël. Tu leur diras qu’ils se fassent une frange aux pans de leurs vêtements, et ceci d’âge en âge, et qu’ils placent sur la frange du pan de leur vêtement un cordon de pourpre violette. Vous aurez donc une frange ; chaque fois que vous la regarderez, vous vous rappellerez tous les commandements du Seigneur et vous les mettrez en pratique ; vous ne vous laisserez pas entraîner, comme les explorateurs, par vos cœurs et vos yeux qui vous mèneraient à l’infidélité » (Nb 15, 37 39).
« Tu mettras des franges aux quatre côtés du vêtement dont tu te couvriras. » (Dt 22, 12)

La femme touche donc les franges (tsitsits) du châle (talit) de Jésus, et c’est ce contact qui la guérit Or que représente ces franges symboliquement ? L’amour de la Loi.

Selon la Kabbale, les cinq nœuds du tsitsit correspondent aux cinq premiers mots du Shema Israël, qui dans la religion juive est la « confession de foi » essentielle. La femme exprime sa foi en s’accrochant eux tsitsits de Jésus.
Ces franges sont enroulées et nouées de manière à nous rappeler toutes les mitsvot (commandements). La valeur numérique des lettres hébraïques qui forment le mot tsitsit donne une somme de 600. Ajoutez-y les 8 fils et les 5 nœuds de chaque tsitsit, et le total est 613, ce qui est le nombre de commandements à respecter dans la Loi juive. Laisser pendre les tsitsits à la ceinture, de manière visible est ainsi un rappel tangible des mitsvot  qui renforcent notre capacité à contrôler les élans de notre cœur.

Cette femme que la Loi met à l’écart veut vénérer cette Loi et croire que, revêtue par Jésus, la Loi la transformera à son contact. Elle en qui la vie refuse de s’accrocher à chaque cycle, elle s’accroche aux 613 commandements pour qu’enfin la vie réussisse en elle. S’accrocher à la Loi est source de vie, selon le mot du rabbin Nahman de Bratslav (XVIII°-XIX°) : « celui qui se tourne (teshouva = conversion) vers Dieu mérite de s’accrocher à Lui, tout comme les tsitsits s’accrochent à un vêtement » (Likutey Moharan I, 8:9). Les autres nombres impliqués dans la confection des tsitsits sont abondamment commentés par la Kabbale et la mystique juive [1]

Normalement, les femmes sont dispensées de porter les tsitsits, justement à cause de leur rapport au temps différent de celui des hommes, que leurs règles expriment. L’hémorroïsse – « déréglée » – renoue par son geste de toucher les tsitsits de Jésus avec l’obligation de la Loi de se rappeler les commandements en toute circonstance.

Tsitsit femmeToucher les tsitsits de Jésus, c’est pour cette femme accomplir la Loi et croire que la manière dont Jésus la porte, l’incarne, sera sa source de salut, de santé.

D’ailleurs, la surprise de Jésus devant la force qui est sortie de lui le conduit à faire ce constat étonnant : « ta foi t’a sauvée ». Il aurait pu dire : « reconnais en moi le Messie qui t’a sauvé ». Mais non ! C’est comme s’il disait : ‘ce n’est pas moi qui t’ai guéri, c’est toi qui as été l’auteure de ton salut (santé) en faisant confiance à la puissance de la Loi telle que je la porte et l’incarne. Je n’y suis pas pour grand-chose. Bravo : tu as su trouver en toi la source de ta guérison !’

« Ta foi t’a sauvée ». Jésus refera ce même constat 7 fois dans les Évangiles :
3 fois pour la femme hémorroïsse (Mt 9,22 ; Mc 5,34 ; Lc 8,48)
2 fois pour l’aveugle Bartimée (Mc 10, 52; Lc 18,42)
1 fois pour la femme de l’onction à Béthanie (Lc 7,50)
1 fois pour le seul lépreux reconnaissant parmi les dix guéris (Lc 17,19).
Ces gens ont été les auteurs de leur salut, par la puissance de leur foi en actes.

Par contre, de retour dans son pays natal de Nazareth, Jésus constatera, navré, que le manque de foi de ses compatriotes les empêche d’accéder aux miracles : « Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Et il s’étonna de leur manque de foi » (Mc 6, 5 6).

Aujourd’hui encore, la foi sauve.
Dès lors que nous retrouvons la confiance en la puissance vitale qui est en nous.
Dès lors que nous exprimons notre adhésion au triple commandement de l’amour (aimer Dieu / soi-même / le prochain), auquel nous nous accrochons comme à des tsitsits chrétiens.
Dès lors que nous recevons du Christ la juste compréhension de l’Écriture pour notre situation personnelle, pour notre siècle.
Une telle foi–confiance fait des miracles et guérit l’inguérissable.

« Ta foi t’a sauvée ». Lorsque nous sommes cette femme exténuée de se vider de son sang, rappelons-nous son geste : toucher les tsitsits de Jésus, s’accrocher au triple commandement de l’amour, croire que sa Parole peut en nous beaucoup plus que ce que nous n’oserions imaginer.

 


[1].  « Quel que soit le niveau que nous atteignons, Dieu sera toujours infiniment plus saint et transcendant que ses créatures. Il est le Talit qui nous entoure. Mais, dans une autre perspective, quel que soit le niveau de bassesse dans lequel on peut tomber, Dieu ‘’descend‘’ vers nous. Dieu est, pour ainsi dire, ces Tsitsit que l’on saisit et embrasse avec tendresse.
Les 4 tsitsits contiennent 32 fils. En hébreu le chiffre 32 s’écrit au moyen de deux lettres : lamed (30) et beth (2). Ces deux lettres, formant le mot Lev ( » cœur « ), pour insister sur le fait que notre relation à D.ieu et aux hommes implique une attitude où le cœur a une place centrale.
Le double nœud que nous faisons aux franges représente notre union permanente avec D.ieu par un double pacte d’alliance. D.ieu ne nous abandonnera jamais, et nous non plus nous n’abandonnerons jamais D.ieu.
Les 7 « anneaux » dans la partie supérieure des 4 fils symbolisent les 7 jours de la semaine. Nous pensons à D.ieu tout au long des sept jours de la semaine.
Les « 8 anneaux » de la seconde partie des fils des tsitsits nous rappellent (en plus des ‘7  cieux ‘’ auxquels s’ajoute la terre) la Mitsvah de Mila, la circoncision, opérée le huitième jour.
Les 11 « anneaux » de la troisième partie symbolisent les 5 parties du Pentateuque et les 6 traités de la Michna, c’est- à dire la Tora Ecrite et la Tora Orale.
Les 13 « anneaux » de la quatrième partie symbolisent l’Unité de D.ieu, car le mot hébraïque E’hade (« un ») a la valeur numerique de 13. Treize est également une allusion aux 13  attributs de la miséricorde divine.
Les trois premières parties des tsitsit totalisent donc « 26″, qui est égal à la valeur numérique du Nom de D.ieu, et toutes les quatre parties forment un total de 39, égalant la valeur numérique de l’expression HaChem E’hade ( » D.ieu est Un « ). »
Cf. https://www.aish.fr/sp/ph/Le-talit-Des-fils-de-lumiere.html

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24)

Lecture du livre de la Sagesse

Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle.
Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience, ceux qui prennent parti pour lui.

 

PSAUME
(29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13)
R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (29, 2a)

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé,
tu m’épargnes les rires de l’ennemi.
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie.

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

DEUXIÈME LECTURE
« Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres » (2Co 8, 7.9.13-15)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l’égalité, comme dit l’Écriture à propos de la manne : Celui qui en avait ramassé beaucoupn’eut rien de trop,celui qui en avait ramassé peune manqua de rien.

 

ÉVANGILE
« Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » (Mc 5, 21-43)
Alléluia. Alléluia.Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ; il a fait resplendir la vie par l’Évangile. Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.
.Patrick Braud

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4 octobre 2020

Paul et Coldplay, façon Broken

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Paul et Coldplay, façon Broken

Homélie pour le 28° Dimanche du temps ordinaire / Année A
11/10/2020

Cf. également :

Le festin obligé
Tenue de soirée exigée…
Un festin par-dessus le marché
Christ-Roi : Reconnaître l’innocent
Premiers de cordée façon Jésus
Jésus et les « happy few » : une autre mondialisation est possible
Ascension : « Quid hoc ad aeternitatem ? »
Quelle est votre écharde dans la chair ?

Le vélo envolé !

11h30. Je garde mon vélo électrique récemment acheté devant la Poste centrale. Magnifique, rouge cerise, efficace et écolo : pas peu fier ! Le temps de déposer un chèque, je ressors une demi-heure après. Hélas, consterné, je vois tout de suite le cadenas gisant au sol, désossé, et le vélo volé, envolé ! Une « incivilité » de plus, mais celle-là me contrarie particulièrement, sur tous les plans : finances, transport, insécurité… Je sens la colère grandir en moi. Pourtant, sans savoir comment, une chanson recouvre progressivement le tumulte intérieur et me rend léger, voire joyeux. Je fredonne Broken, du groupe Coldplay, dont j’ai appris les paroles par cœur, ce qui est bien utile en ce moment. Car ce sont des paroles qui invitent à s’établir en Dieu pour trouver la paix même dans l’adversité :

Lord, when I’m broken
And I’m in need
Feel that ocean
Swallowing me
Head is hanging
So sorrowfully
Oh Lord
Come shine your light on me

On that morning
Scared and blue
When I’m hungry
And thirsty too
Send this raindrop
Down to the sea
Oh Lord
Come shine your light on me

Oh, shine your light
Oh, shine a light
And I know
That in the darkness I’m alright
See there’s no sun rising
But inside I’m free
‘Cause the Lord will shine a light for me
Oh, the Lord will shine a light on me
Sing it now

Seigneur quand je suis brisé
Et en détresse
Quand je sens cet océan
M’engloutir
Ma tête est si lourde
Si douloureuse
Oh Seigneur
Fais briller sur moi ta lumière

Ce matin
Effrayé et perdu
Quand j’ai faim
Et soif aussi
Renvoie cette goutte d’eau
À la mer
Oh Seigneur
Fais briller sur moi ta lumière

Oh, Fais briller ta lumière
Oh, Fais briller une lumière
Et je sais
Que dans la ténèbre je suis en paix
Regarde : il n’y a aucune lueur d’espoir
Mais au fond de moi je suis libre
Car le Seigneur va faire briller une lumière pour moi
Oui le Seigneur va faire briller une lumière sur moi.
À toi de chanter maintenant.


Faire face dans le dénuement comme dans l’abondance

J’avais déjà fait cette expérience avec les paroles des psaumes : lorsqu’on connaît des psaumes par cœur (par le cœur), l’inconscient va facilement y puiser ce dont il a besoin en cas de grande difficulté ou de grande joie. « Dieu tu es mon Dieu je te cherche dès l’aube ». « Mon refuge, mon rempart, mon Dieu dans je suis sûr ! » « Dans cette nuit où je crie en ta présence… ». « Des profondeurs je crie vers toi Seigneur ». « Chante ô mon âme la louange du Seigneur ! » etc.

Il se produit alors une dilatation de tout l’être : la douleur est sublimée par le chant et la prière, la joie est magnifiée et décuplée en la rapportant à Dieu. Après tout, un vélo électrique n’est jamais qu’un objet, dont je pourrai me passer s’il m’est enlevé. Quid hoc ad aeternitatem ? : qu’est-ce que cela par rapport à l’éternité ?

Bon, vous me direz peut-être : un vélo, ce n’est pas grand-chose. Si c’était un divorce, un cancer… Évidemment. Mais s’habituer à trouver sa joie en Dieu au milieu des contrariétés petites peut nous aider à nous préparer aux grandes détresses. En tout cas, je me suis surpris à devenir joyeux, allégé du vélo envolé, et je n’en reviens toujours pas…

Paul et Coldplay, façon Broken dans Communauté spirituelle philippiens-412Cette sérénité est celle de Paul lorsqu’il écrit aux Philippiens : « je peux tout en celui qui me fortifie » (Ph 4,13). Notre deuxième lecture (Ph 4, 12-14. 19-20) est empreinte de ce lâcher-prise intérieur de Paul qui ne fait pas dépendre sa joie des aléas extérieurs : « je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force ».

Question dénuement, Paul en connaît un rayon ! À cause de sa ‘grande gueule’ pour le Christ, il a connu une longue série d’oppositions hostiles : arrestations, procès, fouet, lapidation, menaces… Sa lettre aux Philippiens est dictée à Timothée alors qu’ils sont en prison, avec des perspectives assez sombres. La communauté chrétienne de Philippes a été fondée par Paul lors de son deuxième voyage missionnaire. Elle a toujours été chère au cœur de l’Apôtre. De cette Église, seulement, Paul a accepté jadis une aide financière : « Quand je quittai la Macédoine, aucune Église ne m’assista par mode de contribution pécuniaire ; vous fûtes les seuls, vous qui, dès mon séjour à Thessalonique, m’avez envoyé, et par deux fois, ce dont j’avais besoin. Je ne recherche pas les dons ; ce que je recherche, c’est le bénéfice qui s’ajoutera à votre compte. » (Ph 4,15-17)

Cette générosité et cette affection des Philippiens se manifestent encore lors de la captivité de Paul : ils lui font parvenir des subsides par l’intermédiaire de l’un d’entre eux : Épaphrodite, que Paul appelle son frère et son collaborateur. Celui-ci est ensuite tombé malade, frôlant la mort. Les Philippiens ont appris cette nouvelle. Une fois Épaphrodite rétabli, Paul le renvoie à Philippes, sans doute porteur de la lettre, pour rassurer la communauté de la ville et la remercier. Cette lettre est aussi remplie d’une atmosphère de joie, qui dit bien le cœur de Paul malgré la prison. Les mots « joie »ou « réjouir » reviennent 14 fois dans la lettre. « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous. » (Ph 4,4) Qui de nous oserait dire cela alors qu’il est en prison, en chimiothérapie ou au chômage ?

Ne pas se laisser déstabiliser par l’épreuve est l’une des grandes forces de Paul. Le secret de cette force, c’est – nous dit-il – que ce n’est pas la sienne, mais celle du Christ en lui : « je peux tout en celui qui me rend fort ». Il ne s’agit pas ici d’une toute-puissance délirante, mais de pouvoir faire face à l’adversité (la prison, le dénuement) sans se laisser détruire par elle. À l’opposé de la trop célèbre phrase de Nietzsche : « ce qui ne me tue pas me rend plus fort », Paul sait bien qu’il y a des épreuves d’où l’on sort amoindri, blessé à vie, handicapé ou détruit. Vivant certes, mais détruit. Allez vivre avec des SDF, des personnes âgées en EHPAD, discutez avec ceux que la dépression a défigurés, que le burn-out a fragilisés : il est des épreuves dont il vaudrait mieux ne pas sortir vivant… Le mythe du surhomme nietzschéen qui – à la force du poignet – transforme tout en occasion de progrès est aux antipodes de l’humble confiance de Paul en un Autre que lui-même. Il le répète inlassablement dans ses lettres :« ce n’est plus moi qui vis, mais Christ qui vit en moi ». « C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les insultes, dans les détresses, dans les persécutions, dans les angoisses pour Christ, car quand je suis faible, c’est alors que je suis fort »  (2 Co 12,10). « À celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment plus que tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l’Église [et] en Jésus-Christ, pour toutes les générations, aux siècles des siècles ! Amen ! » (Ep 3, 20-21).

L’Ancien Testament ne cesse de le rappeler à Israël :
« En effet, ce n’est pas par leur épée qu’ils se sont emparés du pays, ce n’est pas leur bras qui les a sauvés, mais c’est ta main droite, c’est ton bras, c’est la lumière de ton visage, parce que tu les aimais » (Ps 44,4).

La sagesse des nations a pressenti que le détachement de l’instinct de possession était la clé de cette sérénité face à l’adversité :
Savoir se contenter de ce que l’on a, c’est être riche (Lao-Tseu).
Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as (kôan zen).
Soyez content de votre sort, ami, c’est là la sagesse (Horace).
De la possessivité naît le manque ; du non-attachement, la satisfaction (Bouddha ; Les sentences bouddhistes)
Savoir se contenter de ce que l’on a constitue le plus haut degré de bonheur (Yoga Sûtra).

La foi chrétienne valide ces intuitions en les ancrant en Dieu même : c’est lui qui nous libère de notre convoitise, de notre volonté de maîtrise, de notre instinct de possession.

 

Un footballeur très paulinien

Plus de tatouagesOlivier Giroud (attaquant de l’équipe de France de football) s’est fait tatouer sur le bras un verset du psaume 22 de ce dimanche : « le Seigneur est mon Berger. Je ne manque de rien. » Et de fait, quelle richesse pourrait faire envie à celui qui est dans l’intimité de Dieu. ? Il raconte comment sa foi évangélique l’a aidé pendant les moments de doute dans sa carrière * :
« Le dernier mercato hivernal a été très dur, je ne savais pas dans quel club j’allais jouer. J’ai beaucoup prié, pour avoir une réponse. Et j’ai aussi demandé à ma mère de prier, et à Nicole, une personne qui reçoit des prophéties. On n’est pas seul dans la prière. Je l’ai compris au fil des années. Pendant le confinement, j’ai réuni un groupe d’amis avec qui nous avons suivi un parcours Alpha (sessions de formation à la foi chrétienne, NDLR). Nous prions ensemble, c’est d’une telle puissance! »
Il témoigne également de la reconnaissance toute paulinienne qui l’habite lorsqu’il réussit :
« Jésus est là quand je marque un but, mais il est encore là quand on échoue, bien sûr! Je prie très souvent dans un souci de reconnaissance par rapport à la santé de ma famille, pour la chance que j’ai de vivre de ma passion. Dans la prière, je veux remercier, confier mes projets, mais aussi demander pardon pour mes erreurs. »

Faire face dans l’abondance n’est pas si facile ! Beaucoup s’y sont brûlés les ailes en oubliant d’où ils venaient, qui les avait faits roi, et la fragilité de leur succès. Par contre, nous connaissons tous des gens riches qui ne le font jamais peser sur leurs invités, ayant gardé une humilité, une simplicité, une ouverture du cœur qui met à l’aise l’employé comme le banquier invités à leur table. L’abondance peut être matérielle, ou bien culturelle, spirituelle, intellectuelle etc. : ceux qui sont à l’aise comme Saint Paul avec cette abondance-là sauront facilement en témoigner, la partager, s’en réjouir simplement, en faire un cadeau pour les autres et non une domination.

Une bénédiction lors des célébrations de mariage appelle cette sérénité en toutes circonstances sur les mariés :
« Que votre travail à tous deux soit béni, sans que les soucis vous accablent, sans que le bonheur vous égare loin de Dieu ».
Car le bonheur peut éloigner de Dieu ! Il y a des gens si satisfaits de leur sort, de leur  réussite, de leur équilibre, qu’ils en deviennent athées en pratique, car ils avaient confondu Dieu avec le remède à leurs manques. Lorsqu’ils ne manquent plus de rien, ils n’ont plus besoin de lui… Or Dieu est au-delà du besoin. Il est plus grand que toutes nos projections sur lui. Le jeune homme riche lui au moins était travaillé par le désir de la vie éternelle. Zachée savait bien que sa richesse sentait mauvais. Mais l’homme qui remplit ses greniers à ras bord croit qu’il peut se reposer et jouir de la vie : « insensé, cette nuit même on va te demander ton âme ! » (Lc 12,20). Les psaumes répètent à l’oreille des puissants : « l’homme comblé ne dure pas, il ressemble au bétail qu’on abat » (Ps 48,13).

Le secret pour ne pas laisser le bonheur nous égarer loin de Dieu est sans doute cette non-possession vécue et prônée par Paul : « que ceux qui pleurent soient comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment » (1 Co 7, 30-31).

 

Posséder sans posséder, être heureux sans être heureux.
Réjouissons-nous de ce qui nous est donné. Abandonnons à Dieu ce qui nous est enlevé. Fut-ce le plus beau vélo électrique ! Et nous goûterons à l’incroyable résilience de Paul : « je peux tout en celui qui me rend fort ».

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* Cf. le quotidien La Croix du 18/09/2020, pp. 11-13 : « Jésus est avec moi sur le terrain ».

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Le Seigneur préparera un festin ; il essuiera les larmes sur tous les visages » (Is 25, 6-10a)

Lecture du livre du prophète Isaïe

 Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé.
Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Car la main du Seigneur reposera sur cette montagne.

 

PSAUME

(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ J’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. (Ps 22, 6cd)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi,
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

DEUXIÈME LECTURE
« Je peux tout en celui qui me donne la force » (Ph 4, 12-14.19-20)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Frères, je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force. Cependant, vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j’étais dans la gêne. Et mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, magnifiquement, dans le Christ Jésus. Gloire à Dieu notre Père pour les siècles des siècles. Amen.

ÉVANGILE
« Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce » (Mt 22, 1-14)
Alléluia. Alléluia.Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux pharisiens, et il leur dit en paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : ‘Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.’ Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : ‘Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.’ Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’ Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »
Patrick BRAUD

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