L'homélie du dimanche (prochain)

  • Accueil
  • > Recherche : film passion du christ

23 novembre 2016

Encore un Avent…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Encore un Avent…

Homélie pour le 1° Dimanche de l’Avent / Année A
27/11/2016

Cf. également :

Bonne année !

Gravity, la nouvelle arche de Noé ?

L’absence réelle

La limaille et l’aimant

La « réserve eschatologique »

 

Vous connaissez sans doute la chanson de Jean-Jacques Goldman : « Encore un matin ».

Encore un matin
Un matin pour rien
Une argile au creux de mes mains
Encore un matin
Sans raison ni fin
Si rien ne trace son chemin

Matin pour donner ou bien
Matin pour prendre
Pour oublier ou pour apprendre
Matin pour aimer, maudire ou mépriser
Laisser tomber ou résister

Encore un matin
Qui cherche et qui doute
Matin perdu cherche une route
Encore un matin
Du pire ou du mieux
À éteindre ou mettre le feu

Un matin, ça ne sert à rien
Un matin
Sans un coup de main
Ce matin
C’est le mien, c’est le tien
Un matin de rien
Pour en faire
Un rêve plus loin

Remplacez le mot matin par Avent et vous aurez de quoi vous redonner de l’énergie pour entrer en Avent aujourd’hui !

En effet, année après année, la nouveauté liturgique de ce temps si particulier pourrait bien s’émousser. Après 10, 30 ou 50 Avents ayant pris toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, les plus anciens d’entre nous peuvent s’interroger : encore un Avent ? Que vais-je en faire ? Est-ce que vraiment cela va changer quelque chose ? La réponse de Goldman n’était pas une inintéressante : « un matin de rien, pour en faire un rêve plus loin ».

Explorons justement cette piste qui rejoint celle de l’Évangile de ce premier dimanche de l’Avent :« restez éveillés ; tenez-vous prêts ».

 

Anticiper demain

Veiller, c’est d’abord lutter contre l’assoupissement spirituel qui nous guette tous : la routine, les emplois du temps formatés, le manque de disponibilité à l’imprévu etc.

Afficher l'image d'origine

Veiller, c’est ensuite guetter dans la nuit des signes de vie qu’on n’entendait pas auparavant. Tel volet qui claque au vent, telle chouette qui elle aussi a les yeux grand  ouverts, tel animal dont le pas signale la chasse nocturne, et tous ces bruits étrangers qui peuplent la nuit d’une activité incroyable. Si vous avez déjà veillé non loin d’un marigot en Afrique, vous avez immédiatement dans les oreilles ce vacarme invisible où le petit peuple du marigot – grenouilles, criquets et autres phacochères – s’en donne à cœur joie !

Veiller nous introduit donc dans une autre perception du monde : voir sans voir, entendre sans savoir, découvrir des sons et des ombres inconnues.

Le veilleur d’Avent sera celui qui devine un autre monde en train de palpiter en filigrane de l’actuel. Il sera attentif à ce qui naît plus qu’à ce qui se dégrade, aux forces de renouveau plus qu’aux fissures de crise, aux solutions inédites plus qu’aux problèmes angoissants, aux alternatives prometteuses plus qu’aux impasses désespérantes.

 

Demain dès aujourd’hui

Prenez le film « Demain » [1]. Un phénomène. Au début, ce documentaire militant et sérieux était conçu comme une bouteille à la mer, sans trop d’illusions. Mais le bouche-à-oreille a fait son succès : plus d’un million d’entrées en salles de cinéma, d’innombrables conférences, le César 2016 du meilleur documentaire.

De quoi s’agit-il ? D’une enquête menée par une petite équipe de passionnés sur toutes les initiatives fleurissant aux quatre coins du monde pour imaginer une autre manière de vivre demain. On rencontre avec eux de drôles de cinglés qui ont créé leur monnaie locale, en Angleterre, avec des billets de 21 livres ! (pied de nez à l’orthodoxie monétaire…) Et ça marche ! Les échanges dans cette monnaie soutiennent une économie circulaire locale qui la rend plus résiliente aux crises environnantes.

On se balade dans Détroit, gigantesque friche industrielle vidée de la moitié de sa population depuis la débâcle de General Motors et autres compagnies d’automobiles. Les habitants cultivent des jardins urbains partout, avec fruits et légumes, et le fol espoir de nourrir tous les Détroisiens avec les récoltes de ces cultures omniprésentes en ville. Et c’est bien parti ! La permaculture permet d’ailleurs d’obtenir sur 100 m² et les rendements d’un hectare de monoculture industrielle : incroyable !

Vous découvrirez encore dans ce film la démocratie participative novatrice d’un petit village d’Inde où même les castes se mélangent ; l’étonnante usine Pochéco (fabricant d’enveloppe) près de Lille, entièrement végétalisée, autonome en énergie, avec un écart de salaire de un à quatre seulement [2]. Vous entendrez parler de l’objectif « zéro déchet » de San Francisco [3], du pari à vélo de Copenhague, de la révolution des casseroles en Islande, du  mouvement des villes en transition, des « Incroyables comestibles » etc.

On ressort de ce film avec plein de questions sur son propre mode de vie, de consommation, de travail mais également avec un moral d’acier : enfin des pistes pour anticiper le monde de demain, et pas seulement pour se lamenter sur le monde actuel et ses problèmes !

 

Anticiper Demain

Afficher l'image d'origineToutes proportions gardées, c’est à cette attitude de ‘reporter anticipateur’ que nous invite l’Avent, sur le plan spirituel.
Enquêter sur les soifs, les aspirations nouvelles autour de nous.
Détecter ce qui semble déjà prometteur de fraternité, d’intériorité, de recherche de Dieu.
Accompagner ce qui s’expérimente, même maladroitement, à travers des initiatives au début toute petites.
En parler autour de nous.
Chercher d’autres compagnons d’aventure pour développer et améliorer ces initiatives.
À travers tout cela, faire advenir les conditions d’un monde nouveau, où le changement des mentalités prépare le changement des façons de travailler, de consommer, se détendre, de se rencontrer…

Bien sûr, la venue ultime du Christ « à la fin » dont il est question en Avent n’est identifiable à aucun de ces phénomènes. Mais en attendant, l’Avent est cette période favorable pour laisser la venue du Christ transformer ce monde en ce à qu’il est appelé à devenir.

Saint Augustin répétait à ceux qui venaient de communier pour la première fois : « soyez ce que vous voyez, devenez ce que vous recevez ». Nous communions pour devenir le Christ reçu ! L’Avent a exactement ce rôle d’anticipation eschatologique : prendre conscience que nous nous transformons déjà en ce que nous serons un jour pour l’éternité.

C’est vrai de la réalité sociale évoquée par le film Demain, c’est vrai également de notre réalité la plus personnelle et la plus intime.

À nous d’encourager toutes les initiatives qui explorent une autre manière de vivre, de travailler, d’aimer.

À chacun de travailler son jardin intérieur, pour cultiver en lui-même toutes les jeunes pousses qui ne demandent qu’à le transfigurer du dedans.

Encore un Avent !

Cet Avent
C’est le mien, c’est le tien
Un Avent de rien
Pour en faire
Un rêve plus loin

 


[1]Demain, documentaire 2015 cosigné par Mélanie Laurent et Cyril Dion, cofondateur du mouvement Colibris (avec Pierre Rabhi)

[2]. « Il est plus économique de produire de manière écologique. » Tel est le leitmotiv d’Emmanuel Druon, PDG de Pocheco, entreprise du Nord-Pas-de-Calais spécialisée dans les enveloppes. Depuis vingt ans, il applique des principes « écolonomiques » à son activité, c’est à dire guidés par les trois piliers du développement durable : préservation de l’environnement, respect des salariés et du dialogue social, gains de productivité.

[3]. Objectif affiché : recycler 100% des déchets à l’horizon 2020. Le défi semble à la portée de la ville : en quelques années, San Francisco est parvenue à détourner 80% des déchets enfouis vers la réutilisation, le compostage et le recyclage.

 

1ère lecture : Le Seigneur rassemble toutes les nations dans la paix éternelle du royaume de Dieu (Is 2, 1-5)
Lecture du livre du prophète Isaïe

 Parole d’Isaïe, – ce qu’il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem.
Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez ! Montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. » Oui, la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du Seigneur.
Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre.
Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.

Psaume : Ps 121 (122), 1-2, 3-4ab, 4cd-5, 6-7, 8-9

R/ Dans la joie, nous irons à la maison du Seigneur. (cf. Ps 121, 1)

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs :
ville où tout ensemble ne fait qu’un !
C’est là que montent les tribus,
les tribus du Seigneur.

C’est là qu’Israël doit rendre grâce
au nom du Seigneur.
C’est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.

Appelez le bonheur sur Jérusalem :
« Paix à ceux qui t’aiment !
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais ! »

À cause de mes frères et de mes proches,
je dirai : « Paix sur toi ! »
À cause de la maison du Seigneur notre Dieu,
je désire ton bien.

2ème lecture : « Le salut est plus près de nous » (Rm 13, 11-14a)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ.

Évangile : Veillez pour être prêts (Mt 24, 37-44)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut.
Alléluia. (Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , ,

1 juin 2016

La déradicalisation selon saint Paul

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La déradicalisation selon saint Paul

 

Cf. également :

Naïm, ou la rétroactivité en marche

Homélie pour le 10° dimanche du temps ordinaire / Année C
05/06/2016

 

Le gouvernement de Manuel Valls a publié le 9 mai dernier 80 mesures pour lutter contre la radicalisation islamique qui chaque année pousse des centaines de Français à partir faire le djihad en Syrie ou ailleurs. La deuxième lecture de ce dimanche rejoint cette actualité. Paul raconte avec force détails combien il était fanatique avant d’avoir rencontré le Ressuscité :

« Vous avez entendu parler du comportement que j’avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. » (Ga 1, 11-19)

Dans ces longs passages en forme de confession publique, on peut mettre en valeur deux éléments, deux dimensions de la conversion de Paul qui correspondent assez bien à ce qu’on appelle aujourd’hui le processus de déradicalisation.

 

Les personnes avant les idées

Afficher l'image d'origineLe pharisaïsme de Paul, c’était d’abord son attachement à la loi juive et aux coutumes dont les maîtres pharisiens l’avaient habillé. Pour l’ultra-religieux qu’il était devenu, le plus important était l’observance extérieure de tout ce qu’il fallait soi-disant faire pour être un bon juif : la circoncision évidemment, mais aussi le respect absolu du shabbat (jusque dans ses détails les plus absurdes et les plus contradictoires), le lavage des coupes, des mains, la manière de s’habiller (les hadissim contemporains sont toujours très sourcilleux de leurs papillotes, chapeaux de fourrure, les tephillim et autres distinctions vestimentaires) etc. Les islamistes n’ont rien inventé hélas : les intégristes juifs ont depuis longtemps enserré la vie quotidienne dans un carcan de règles frisant l’obsession pathologique. Le film Timbuktu raconte l’étonnement et l’incompréhension des villageois à qui les djihadistes demandent de porter des gants pour manipuler du poisson, de ne pas écouter de musique non religieuse, de ne pas jouer au football…

Des humoristes irakiens croquent régulièrement sur la télévision publique ce délire des fanatiques musulmans dans une émission appelée « Al-Basheer Show, l’émission qui combat Daech avec le rire » …. On y voit par exemple des « barbus » menacer ceux qui oseraient utiliser des W.C. dits ‘à l’occidentale’ parce qu’ils utilisent du papier au lieu de l’eau, seule purification autorisée par l’islam des djihadistes etc.

Les fanatiques sont obsédés par les choses à faire et en oublient les personnes à aimer. Ainsi a été Paul, barbu pharisien plus intransigeant que les terroristes, puisqu’il obtenait du pouvoir légal le droit de pourchasser, d’emprisonner et de faire tuer ces chrétiens « kouffars » (mécréants en arabe) comme diraient les terroristes aujourd’hui.

Ce qui l’a fait changer, c’est justement la rencontre d’une personne, de quelqu’un de vivant. « Je suis Jésus que tu persécutes » (Ac 9,5 ; 22,8 ; 26,15) : cette rencontre éblouissante va lui révéler dans quel aveuglement il s’égarait. Sa cécité passagère traduit alors sa prise de conscience des ténèbres de la pensée où il se perdait. À force de vouloir aimer la Loi, il ne respirait plus que haine et meurtre envers les chrétiens. On a connu ce même aveuglement avec les Allemands, pourtant intelligents et cultivés, qui avaient épousé l’idéologie nazie. Ou bien avec les Russes, les Chinois, les Cambodgiens qui voulaient imposer la révolution communiste façon Staline, Mao ou Pol Pot… Même Che Guevara dont on a fait un mythe romantique était dans la lignée de ce terrorisme violent et haineux, où les idées priment sur les personnes. « Il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple » (Jn 11,50) disait déjà le grand prêtre Caïphe en légitimant ainsi le meurtre de Jésus au nom de la raison d’État. La raison de l’État islamique légitime l’assassinat d’innocents au nom de la charia, cette loi idolâtrée qui ressemble à celle qui fascinait Paul autrefois.

 

Un élément de la déradicalisation - des jeunes notamment - tentés par le fanatisme religieux est donc la rencontre de personnes bien concrètes, en chair et en os, qui témoignent de la réalité des victimes du terrorisme. « Je suis Jésus que tu persécutes » se conjugue aujourd’hui en : « Je suis la mère de l’enfant qu’a tué Mohamed Merah en 2012 à Toulouse, et je peux te raconter la souffrance qui s’est installée dans ma vie depuis » (cf. le témoignage de Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad, tué par Mohamed Merah).

Les 80 mesures de Valls contiennent cette recommandation de faire témoigner et circuler le témoignage concret des victimes. Afin que la violence terroriste ne reste pas virtuelle, idéalisée, magnifiée, mais terriblement proche et personnelle, donnons la parole à ceux qui souffrent de la dictature des religieux de tous bords sur leur vie quotidienne, par l’imposition de règles vestimentaires, de coutumes culinaires, d’interdits culturels de toutes sortes.

 

Rompre l’enfermement algorithmique

« Enfermement algorithmique » : l’expression est dans les 80 mesures [1].

Elle désigne le processus maintenant connu où Internet joue comme un multiplicateur et un accélérateur de fanatisme. Lorsque vous cliquez sur un lien qui vous amène à une vidéo sur l’islam, par le jeu des analyses croisées, Youtube ou Google vous proposent immédiatement 10 autres vidéos sur le même sujet, allant plus loin dans la logique d’exposition. Et ainsi, de clic en clic, de lien en lien, de site en site, l’internaute rebondit sans cesse à l’intérieur d’un univers de pensée qui ne renvoie plus qu’à lui-même. Les algorithmes de recommandations peuvent réellement enfermer le surfeur dans une seule vague de pensée, de plus en plus radicale, de plus en plus étroite.

Paul a vécu quelque chose de cet enfermement algorithmique avant sa rencontre du Ressuscité. Il ne mangeait qu’avec ses coreligionnaires, il discutait avec des pharisiens ultra-convaincus, il ne lisait que des ouvrages sur l’observance de la Loi. À l’école de Gabriel, il devait encore être un étudiant ouvert à plusieurs courants de pensée. Pourtant il avait assisté et approuvé la lapidation d’Étienne. Son cercle des relations s’est sans doute rétréci, ses lectures également, et il a peu à peu devenu prisonnier d’un petit univers ne renvoyant qu’à lui-même.

Quand un jeune sélectionne ses amis au point de ne plus fréquenter qu’un seul style, quand il n’écoute plus qu’une seule musique ou ne s’habille que d’une seule mode vestimentaire, on peut craindre pour lui.

 

Rompre l’enfermement algorithmique est donc un autre atout essentiel à la déradicalisation.

Cela passe par la production d’un contre-discours idéologique apportant des arguments factuels, historiques, littéraires, théologiques, exégétiques…

Cela demande également de pratiquer l’ouverture d’esprit avec les jeunes dont on est en charge, avant qu’ils ne se durcissent et les refusent par principe. Le cinéma, l’art, d’autres lectures et surtout d’autres rencontres seront des pare-feu utiles pour éviter que l’embrigadement des esprits ne prolifère.

 

Afficher l'image d'originePour Paul, la rupture de l’enfermement algorithmique va se faire dans un premier temps chez Ananie, ce chrétien de Tarse qui l’a accueilli, écouté, soigné, baptisé. Jamais il ne serait entré dans une maison de non-pharisiens auparavant. Puis il a fallu à Paul trois ans de solitude, en Arabie, pour faire le point sur ses années pharisiennes, ouvrir les yeux sur ses égarements passés, et choisir de donner un nouveau sens à sa vie. Comme quoi l’intériorité, le silence, et un certain retour sur soi à travers une solitude habitée sont des aides puissantes pour se désintoxiquer du fanatisme et se retrouver pleinement. On aurait tort de négliger les ressources que représentent les monastères, de toutes religions, dans la lutte contre la radicalisation des esprits. Ils ont toujours été des lieux de relecture de son histoire, de reprise de soi, de conscientisation sur ses propres contradictions, d’aspiration à une unité intérieure non-violente, authentique.

 

Faire passer les personnes avant les idées.
Lutter contre l’enfermement algorithmique.

Ces deux éléments de la conversion de Paul ne valent pas que pour les djihadistes. Chacun de nous a besoin de travailler sur ses propres tentations dans ces deux domaines.

Qui peut dire qu’il ne s’est pas installé dans un système de croyance et de pensée qui l’empêche de rencontrer en vérité des personnes nouvelles ou différentes ?

Qui peut affirmer qu’il reste ouvert alors que les algorithmes sociaux nous poussent à fréquenter nos semblables uniquement et à penser comme eux ?

Travaillons à la déradicalisation du fanatique qui sommeille en chacun de nous.

 

________________________________

[1]. Mesure 59 : Lutter contre l’enfermement algorithmique.
Si les mécanismes de radicalisation chez les jeunes sont complexes, et divers, et qu’ils font généralement intervenir des contacts humains à un moment donné, Internet peut jouer un rôle dans le renforcement des convictions radicales des personnes fragiles et leur motivation jusqu’au départ vers les zones de combat. Les algorithmes de recommandation de certains réseaux sociaux ou plateformes vidéo ont l’effet imprévu d’enfermer l’utilisateur dans des contenus systématiquement orientés dans le même sens. La visualisation préalable d’un contenu vu ou aimé conduit mécaniquement à ce que la personne concernée s’en voit proposer 10 de nature similaire, puis 10 autres, jusqu’à ce que l’offre présentée à l’utilisateur soit parfois entièrement consacrée à ces contenus de haine. Ce phénomène d’enfermement algorithmique ne peut être combattu que par les acteurs économiques concernés, qui devront prendre en compte d’autres facteurs dans leurs mécanismes techniques de recommandation, comme par exemple les signalements et éventuels retraits passés de contenus similaires. Le Gouvernement a entamé un dialogue stratégique et technique avec les principaux acteurs concernés afin de parvenir à circonscrire ce phénomène, et aboutir à une limitation de l’enfermement pour les contenus de haine, voire à la recommandation de contre-discours dans l’offre de contenus.
Plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) – 9 mai 2016

 

 

1ère lecture : « Regarde, ton fils est vivant ! » (1 R 17, 17-24)
Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, le fils de la femme chez qui habitait le prophète Élie tomba malade ; le mal fut si violent que l’enfant expira. Alors la femme dit à Élie : « Que me veux-tu, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! » Élie répondit : « Donne-moi ton fils ! » Il le prit des bras de sa mère, le porta dans sa chambre en haut de la maison et l’étendit sur son lit. Puis il invoqua le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, lui veux-tu du mal jusqu’à faire mourir son fils ? » Par trois fois, il s’étendit sur l’enfant en invoquant le Seigneur : « Seigneur, mon Dieu, je t’en supplie, rends la vie à cet enfant ! » Le Seigneur entendit la prière d’Élie ; le souffle de l’enfant revint en lui : il était vivant ! Élie prit alors l’enfant, de sa chambre il le descendit dans la maison, le remit à sa mère et dit : « Regarde, ton fils est vivant ! » La femme lui répondit : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole du Seigneur est véridique. »

Psaume : Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (Ps 29, 2a)

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

2ème lecture : « Dieu a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations » (Ga 1, 11-19)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, je tiens à ce que vous le sachiez, l’Évangile que j’ai proclamé n’est pas une invention humaine. Ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par révélation de Jésus Christ. Vous avez entendu parler du comportement que j’avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. Mais Dieu m’avait mis à part dès le sein de ma mère ; dans sa grâce, il m’a appelé ; et il a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l’annonce parmi les nations païennes. Aussitôt, sans prendre l’avis de personne, sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui étaient Apôtres avant moi, je suis parti pour l’Arabie et, de là, je suis retourné à Damas. Puis, trois ans après, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre, et je suis resté quinze jours auprès de lui. Je n’ai vu aucun des autres Apôtres sauf Jacques, le frère du Seigneur.

Evangile : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi » (Lc 7, 11-17)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Un grand prophète s’est levé parmi nous : et Dieu a visité son peuple. Alléluia. (Lc 7, 16)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme. Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. » Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , , ,

26 mars 2016

La Passion du Christ selon Mel Gibson

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 50 min

La Passion du Christ selon Mel Gibson

 

« Ils sont finis les jours de la Passion… » : cette annonce solennelle de la veillée pascale résonne encore à nos oreilles, et nous délivre de toute fascination morbide.

Mais, justement, à la lumière de l’espérance de ce Dimanche matin de Pessah, le temps pascal n’est-il pas une période favorable pour revenir sur la passion du Christ ? Comme l’écrit Paul, c’est armé de la communion à la Résurrection du Christ que nous pouvons plonger dans sa Passion, et non l’inverse : « le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts » (Ph 3, 10-11). Sans cette ‘lampe de mineur’ qu’est la lueur du matin de Pâques, comment pourrions-nous descendre avec Jésus dans les galeries souterraines de sa Passion sans en être broyé, anéanti ?

Afficher l'image d'origine

Essayez donc de (re)visionner ce film si controversé de Mel Gibson (2005). Vous le trouverez facilement sur Youtube. Ou mieux encore en DVD pour en profiter sur votre home cinéma…

Attention : si vous n’avez pas le moral ce jour-là, si vous avez des enfants à la maison, si vous détournez le regard pour ne pas être éclaboussé par le sang qui jaillit, mieux vaut programmer autre chose…

Pendant des siècles (jusqu’au V° au moins), on n’a pas osé représenter Jésus crucifié, car le spectacle était si terrifiant pour les Romains, si scandaleux pour les Juifs (ou les musulmans aujourd’hui) qu’on évitait le réalisme de la Passion. On préférait représenter le Christ en gloire (Pantocrator), le Bon Pasteur, ou la Croix sans le Christ (ce que font encore bon nombre d’Églises protestantes, pour ne pas s’arrêter à la mort et aller jusqu’à la Résurrection ; elles refusent également le signe de la Croix tracé sur le corps). On comprend alors que le film de Mel Gibson dérange, suscite des controverses : car le réalisme physique avec lequel il traite la Passion est aux antipodes d’un Christ en majesté…

Les trouvailles cinématographiques de Mel Gibson

 

Le personnage de Marie est très touchant, très présent. Avec Marie-Madeleine (superposée au personnage de la femme adultère), elle accompagne Jésus jusqu’à la fin. Elle pleure, et est forte à la fois. Elle est un appui pour son fils abandonné de tous. Il y a même un lien étrange de compassion entre elle et la femme de Ponce Pilate…

 Afficher l'image d'origine

Les flash-backs

Au lieu de raconter la vie de Jésus de manière linéaire, comme le font beaucoup d’autres films sur Jésus, Mel Gibson utilise les flash-backs pour relire ses faits et paroles à la lumière de sa Passion. En accrochant ces retours en arrière à un élément symbolique, il nous fait retrouver le processus même d’écriture des Évangiles :

·         Marie rencontrant son fils sur son chemin de Croix // Marie relevant son enfant tombé à la maison à Nazareth

·         Les rictus de haine des soldats // les paroles sur l’amour des ennemis

·         La sandale des soldats le frappant // la sandale des disciples pour le lavement des pieds à la Cène

·         Marie-Madeleine essuyant le sol de la flagellation à laquelle Jésus est innocemment condamné // la femme adultère aux pieds de Jésus, au moment où il ne la condamne pas

·         l’eau dans laquelle Pilate se lave les mains // l’eau des ablutions rituelles du début de la Cène

·         le corps déchiré par les fouets // le pain de la Cène, « corps livré pour vous »

·         le sang qui dégouline de la Croix // le vin de la Cène, « sang versé pour vous »

·         la foule qui le méprise // la foule des Rameaux qui l’adule

·         lorsque Jésus tombe pour la troisième fois, de sa bouche tuméfiée il murmure à sa mère cette parole de l’Apocalypse : « Je fais toute chose nouvelle ». Là l’image effleure le sublime de la Passion.

etc…

C’est bien ainsi qu’ont été écrits les évangiles : on a relu la vie de Jésus de Nazareth à la lumière de la Résurrection, car c’est seulement après coup qui les évènements de son enfance et de son ministère public se sont éclairés d’une signification plus profonde que sur l’instant. Le film nous remet devant ce travail de mémoire pour écrire et raconter, et déchiffrer ainsi ce qui arrive. La véritable eucharistie est bien de donner sa vie pour ses amis et ses ennemis, plus que ‘pratiquer’ formellement : le film renvoie toujours les gestes liturgiques au sacrifice existentiel de cet homme humilié.

 

Le diable

Afficher l'image d'origineUn personnage d’allure androgyne extrêmement ambiguë flotte comme en surimpression des scènes du début à la fin du film. Il rappelle d’ailleurs le personnage de la mort dans le film de Bergman : « le septième sceau ».

Il est à Gethsémani pour tenter Jésus : « cette voie est trop  lourde pour toi ; quelle folie de croire que tu peux à toi seul porter tous les péchés… ! » Jésus écrase le serpent qui sort de ce corps glacé. Belle exégèse que d’actualiser l’épisode des tentations tout au long de la Passion, jusqu’à l’ultime tentation : « sauve-toi toi-même et descend de la Croix si tu es le Messie ! »

Il se mêle à la foule pour se réjouir de la déchéance du Fils.
Il croise le regard de Marie dans un face à face terrible, où Marie ne faiblit pas…
Il pousse Judas à la folie suicidaire.
Il crie de rage lorsqu’il constate que ce Fils est mort sans haine ni reniement de sa relation au Père…
Certes, il est trop présent par rapport aux Écritures, mais son rôle de tentateur est réellement bien rendu.

 

L’araméen et le latin en version ‘originale’ sous-titrée

Les spécialistes diront sans doute que l’accent ou la qualité du latin et de l’araméen des acteurs laisse à désirer, mais entendre Jésus, le peuple, les soldats parler en langue étrangère nous remet devant le récit d’une histoire orientale.

Le christianisme n’est pas occidental à sa racine : il vient d’Orient ; sans la culture juive, il est incompréhensible…

 

Le personnage de Simon de Cyrène est remarquable : protestant au début de son innocence, il se laisse gagner par le regard de Jésus, et finit par prendre sa défense devant la foule et les soldats. Le jeu de la caméra tourne autour des deux porteurs de croix, jusqu’à un plan extraordinaire où Jésus et Simon sont vus de dessus, bras entrecroisés, sans savoir qui porte qui…

Si vous rajoutez à ces trouvailles la beauté des paysages, le jeu des acteurs, la musique, vous avez au final une œuvre qui mérite un travail réel d’interprétation et d’analyse, et non une critique trop facile et trop rapide.

À vous de juger !

 

Mel Gibson en a-t-il fait trop ?

N’en déplaise aux belles âmes qui tordent le nez devant le sang qui gicle, la boucherie de la torture infligée par l’homme est bien celle-là : du Golgotha à Dachau, de la flagellation de Jésus aux camps de Pol Pot ou aux geôles de Pinochet, du couronnement d’épines aux goulags de Saline ou aux atrocités de Daech, la barbarie humaine défigure le visage du supplicié, torture son corps, et veut anéantir sa dignité.

La crucifixion n’avait rien d’une partie de plaisir !

Mel Gibson fait ainsi éclater sur l’écran que Dieu n’est pas du côté des vainqueurs.

En Jésus, Dieu n’est pas du côté des puissants, des beautés admirées, des réussites humaines.

Le récit de la Passion est ce que le théologien Jean-Baptiste Metz appelle un « souvenir dangereux » : la « mémoire des vaincus » empêche l’homme d’écrire l’histoire du seul point de vue des rescapés, des vainqueurs. L’élimination du « maillon faible » est toujours oubliée : Jésus est ce maillon faible qui vient prendre la défense des victimes, des oubliés de l’histoire, en s’identifiant à eux, en luttant contre le mal par le refus du mensonge, par le pardon et l’amour des ennemis (ceci est très bien rendu dans le film).

Le film est violent certes (à la limite du ‘gore’ parfois) ; mais c’est la réalité qui est violente.

Les images du génocide du Rwanda ou des horreurs commises en Syrie et ailleurs nous montrent chaque jour une humanité plus barbare encore que la foule ou les soldats torturant Jésus.

C’est vrai, la scène de la flagellation est longue et difficile (contrairement aux évangélise : là, Mel Gibson exagère…), mais dans un rapide moment du début, le Serviteur souffrant d’Isaïe s’impose fortement : « J’ai rendu mon visage dur comme pierre ». Il ne faut pas rater ce court instant, sinon le Christ apparaît effectivement complètement écrasé.

Contrairement aussi à ce qui a été dit, on voit que Jésus, même accablé et écrasé de souffrance humaine, reste maître de sa vie et qu’effectivement il la donne. Les paroles prononcées par les uns et les autres sont d’ailleurs très fidèles aux textes des évangiles.

Comme dans n’importe quel film sur Jésus il y a bien quelques libertés prises ici ou là. On peut regretter notamment la nuée d’enfants diaboliques façon Jérôme Bosch qui vient tourmenter Judas pour le pousser au suicide. Et Belzéboul, le « dieu des mouches » est un peu trop présent, jusqu’à cette carcasse d’âne (le même que les Rameaux ?) dévorée par les mouches qui fournit à Judas l’idée et la corde pour se pendre. Mel Gibson a également forcé tellement le trait sur la flagellation qu’il est impossible à vue humaine que Jésus ait pu résister à un tel traitement sans tomber dans le coma, et encore plus impossible qu’il ait pu porter sa croix après. Le sang tout seul est malsain. Le sang tout seul tue le sens et, avec lui, la sensibilité. Le sang tout seul ne fait pas sens : ce qui fait sens, seulement, c’est l’amour (indescriptible) qui le verse, en toute liberté.

Les outrances de Mel Gibson sur la souffrance physique sont inutiles, voire dangereuses si elles bloquent le spectateur sur une culpabilité ou une compassion stériles. On pourra brasser toute l’hémoglobine que l’on voudra, cela ne fera jamais une Passion. 

Afficher l'image d'origine

Quelle théologie de la souffrance ?

Le Christ n’est pas soumis. Il va jusqu’au bout, car il l’a choisi volontairement.
Ce choix n’efface rien de sa souffrance, au contraire: l’humanité du Christ l’a assumée en allant jusqu’au bout.
Quand nous voyons un frère souffrir, sa souffrance nous atteint. La solidarité en­tre nous nous touche, nous accuse, peut même nous rendre impuissants. Que nous détournions ou non les yeux et les oreilles de la souffrance de l’autre, nous sommes convoqués par cette souffrance, sans avoir choisi de l’être. Cette solidarité nous oblige à répondre à son appel: soit nous l’igno­rons et la refoulons, soit nous la recevons en plein visage. Le résultat est le même: nous sommes défaits, souffrants avec lui, et finalement impuissants. Coupables de ne pouvoir rien faire! Coupables de ne pas souffrir à sa place !
La souffrance du frère est chargée de reproches.

La souffrance du Christ, elle, est sans reproche.
Il souffre et il donne.

C’est la grande différence.

Ce n’est pas que sa souffrance soit autre de celle de notre frère ni qu’il ait fait semblant. Il souffre sans rien me reprocher, car il a déjà pris en lui ma cul­pabilité. Sa Passion n’est que don total, et c’est en cela qu’elle murmure à l’avance le chant de la Résurrection. C’est en cela que sa souffrance sauve. Sinon, nous se­ rions comme les victi­mes d’un chantage. « Je te tiens dans ma souffrance, tu ne peux pas faire autrement !  »

Ce n’est pas la manière du Verbe. Toutes les souffrances des hommes, tous ces émiettements dont nous souffrons nous mêmes et dont souffrent nos frères, ont été rassemblées patiemment à l’inté­rieur de son corps, à l’intérieur de chacune de ses blessures.

Chaque fois que Jésus tombe, qu’il reçoit les coups qui le mènent à la mort, il assume, il souffre, il l’offre. Il ne reproche rien: « Pardonne leur, ils ne savent ce qu’ils font. » Aujourd’hui comme hier. Ce refrain lancinant qui fonde son invincible dignité ajoute encore à l’insoutenable. Car non seulement il a pris sur lui tout ce que l’homme pouvait souffrir, mais aussi le reproche de cette souffrance.

Nous ne sommes pas une religion de la douleur, car la Passion du Christ est le dernier mot de la douleur. Quelqu’un l’a fait pour nous, définitivement. Désormais, le ciel est ouvert, et le Père accueille chacun comme un fils. Car le grand secret de la Passion, c’est le Père. Non pas qu’il vienne corriger ou aider le Fils à souffrir (pourquoi le Fils se serait il alors plaint de se sentir abandonné ?), mais il participe pleinement, en signifiant à travers son Fils le don total de l’amour qu’il éprouve. Il n’a pas d’autre moyen de nous le dire qu’en donnant son Fils, sans rien nous reprocher.

Afficher l'image d'origine 

Antisémite ?

L’accusation ne tient pas : la foule des Juifs est partagée.

Certains réclament la mort de Jésus, d’autres non. Gamaliel parmi les pharisiens, Simon de Cyrène, la famille et les amis de Jésus sont les figures du peuple juif qui ont accepté la révélation du Christ. Et la main qui tient le clou de la mise en Croix est bien celle de Mel Gibson lui-même… Les scènes contestées (fabrication de la Croix par les juifs, parole de la foule : ‘que son sang retombe sur nous et nos enfants’… Mt 27,25) ont été enlevées de la version finale.

Les soldats romains eux sont montrés capables de férocité et de brutalité animale et inutile, comme hélas une armée d’occupation ordinaire…

 

Traditionaliste ?

Mel Gibson inclut dans son récit des éléments de la tradition orale (celle du Chemin de Croix notamment) : 3 chutes, Véronique… Il fait appel au diable ; il est très marial… Mais rien de contraire à Vatican II dans cela.

Le côté ‘traditionaliste’ est plutôt dans la surexploitation de la citation d’Esaïe 53 (4° poème dit du ‘serviteur souffrant’) mise en exergue du film :

Isaïe  53,5 :
« Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes.
Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. »

Mel Gibson retient le thème sacrificiel comme clé de lecture unique de la Passion, et la dimension sanglante de ce sacrifice occulte la dimension d’offrande.

Or la Croix n’est pas d’abord la souffrance physique, mais l’identification aux pécheurs, aux maudits de Dieu. Selon la vieille malédiction juive du Deutéronome, le crucifié est comme rayé du peuple d’Abraham dont il ne peut plus se prétendre le fils :

Deutéronome 21,22-23 :
« Si l’on fait mourir un homme qui a commis un crime digne de mort, et que tu l’aies pendu à un bois,  son cadavre ne passera point la nuit sur le bois; mais tu l’enterreras le jour même, car celui qui est pendu est un objet de malédiction auprès de Dieu, et tu ne souilleras point le pays que Yahvé, ton Dieu, te donne pour héritage ».

Sur la Croix, le Béni de Dieu va faire corps avec les maudits, en partageant leur abandon loin de Dieu, pour les faire remonter avec lui lors de sa Pâques. Le ‘bon larron’ est le premier à en bénéficier (et le film est là très fidèle).

À trop exalter la souffrance physique, Mel Gibson risque de faire oublier l’essentiel : « Christ a été fait péché pour nous », selon la forte expression de St Paul (2 Co 5,21).

C’est sans doute pour cela que la Résurrection est trop rapidement et trop mal traitée dans le film : si tout se joue dans la souffrance de la Passion, alors Pâques n’est qu’une formalité. Alors que si tout se joue dans la « descente aux enfers » du Christ, Pâques est la remontée victorieuse qui donne seule tout son sens à la manière dont le Christ a vécu sa Passion.

 

Clap de fin

Afficher l'image d'origine

Laissez-vous gagner par l’émotion tout en avançant dans ce récit cinématographique si fortement construit. Revisitez vos représentations sur le Christ, sur sa souffrance, sur la croix…

Et posez-vous la question : et moi, comment aurais-je envie de raconter la Passion du Christ ? quel film me fais-je à moi-même dans ma tête, dans mon cœur, dans ma foi pensante et agissante ?….

Patrick BRAUD

 

 

Mots-clés : , , , , , , ,

7 février 2016

Déchirez vos cœurs et non vos vêtements

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Déchirez vos cœurs et non vos vêtements

Homélie pour le mercredi des Cendres / Année C
10/02/2016

Cf. également :

Mercredi des cendres : de Grenouille à l’Apocalypse, un parfum d’Évangile
La radieuse tristesse du Carême
Carême : quand le secret humanise
Mercredi des Cendres : 4 raisons de jeûner
Le symbolisme des cendres

Le geste est fort et rarement utilisé aujourd’hui : déchirer ses vêtements en signe de deuil ou de pénitence. Le prophète Joël en fait une préparation à la fête de Yom Kippour (le Grand Pardon). Il va plus loin en l’intériorisant au maximum :
« Déchirez vos cœurs, et non pas vos vêtements ; et revenez à moi » (Joël 2,13).
Jésus dans l’évangile de ce Mercredi des Cendres reprend ce thème de l’intériorisation de la conversion, avec la répétition par 3 fois du mot « secret ».

Déchirer ?

Le symbole parle de lui-même.

Afficher l'image d'origineDéchirer un tissu, c’est rompre son unité, l’éparpiller en plusieurs morceaux qui ne sont plus que des lambeaux de l’original.

Déchirer une djellaba ou une tunique de l’époque de Joël (IV° siècle avant Jésus-Christ), c’est incarner un cri de douleur où l’identité personnelle se découvre clivée, partagée, où l’unité intérieure vole en éclats sous le choc d’un deuil ou du remords.

Déchirer ses vêtements, c’est reconnaître publiquement être soi-même déchiré, morcelé, fragmenté par l’absence d’un proche ou la conscience d’un reproche légitime.

Des parents sont déchirés lorsque le corps inerte de leur petit gît entre leurs bras.

Des passants ont le coeur serré devant le carnage des attentats de 2015. La République met ses drapeaux en berne, comme autrefois les prêtres juifs déchiraient leurs habits sacerdotaux. On portait encore dans les années 50 un brassard en crêpe noir pour indiquer à tous qu’on portait le deuil d’un parent. Les immenses catafalques noirs eux aussi, recouvraient les linteaux des maisons où la mort avait passé, pendant une semaine au moins.

De tout temps il a fallu trouver les gestes qui permettent d’exorciser l’angoisse et la douleur devant la mort.

En Israël, c’était vrai également devant le repentir. Prendre conscience d’une faute grave s’accompagnait de cette déchirure des vêtements, en se mettant également de la cendre dans les cheveux en signe d’humilité et de repentance.

Comprenant qu’il ne pourrait finalement pas délivrer son frère Joseph parce qu’il avait été vendu en esclavage, Ruben « déchira ses vêtements ». Croyant que Joseph avait été dévoré par une bête sauvage, leur père, Jacob, « déchira ses manteaux » (Gn 37, 18-35). Apprenant que tous ses enfants étaient morts, Job « déchira son manteau » (Job 1,18-20). Pour informer le grand prêtre Éli qu’Israël avait subi une défaite, que ses deux fils avaient été tués et que l’arche de l’alliance avait été prise, un messager s’est présenté « les vêtements déchirés » (1 Sa 4,12-17). Lorsqu’on lui lut les paroles de la Loi et qu’il reconnut les fautes de son peuple, le roi Josias « déchira ses vêtements » (2R 22,8-13). Il y a plus d’une vingtaine d’occurrences de ce geste dans la Bible, avec très souvent celui de répandre de la cendre sur la tête en signe de deuil (cf. 1Ma 2,14 ; 3,47 …).

La tunique du Christ quant à elle demeure d’un seul morceau alors qu’il est cloué en croix. Tunique sans couture nous précise saint Jean, donc difficile à déchirer. Elle symbolise l’unité de l’Église, puisque habillant de beauté le Corps du Christ. Si Dieu déchire son coeur, c’est justement pour que l’Église reste unie ; pour que l’identité humaine de chacun soit garantie, même à travers le combat contre le mal qui divise, disperse et déshumanise.

Aujourd’hui, le langage commun a gardé quelques traces de ce symbolisme du déchirement. Quand des jeunes disent d’un groupe musical qu’il déchire, ils expriment sa capacité à les transporter ailleurs, hors d’eux-mêmes. Parfois, c’est la drogue ou le sport extrême qui engendre cette étrange ivresse de ne plus d’être soi-même. Être déchiré, s’éclater : les mots employés traduisent la recherche d’un oubli de soi dans un univers plus vaste, comme si la petite identité individuelle devait être disloquée pour renaître en de multiples facettes éparpillées à la façon d’un puzzle.

Afficher l'image d'origineLe film « La déchirure » a immortalisé un autre aspect de ce symbole lorsqu’il concerne un pays, le Cambodge en l’occurrence. Lorsqu’un peuple ne parvient plus à maintenir son unité, lorsqu’éclate la guerre civile, le génocide ethnique ou des persécutions fratricides, la déchirure est telle qu’il faudra des années, des décennies avant que les enfants d’une même patrie réapprennent à vivre ensemble, recousent le tissu commun d’une fraternité ordinaire. Des guerres de religion à la Terreur, de 1905 aux attentats de Daech, la France doit sans cesse apprendre à ré-unir ceux que la haine a déchiré…

Déchirer ses vêtements à l’approche de Yom Kippour a donc une signification très forte : chacun reconnaît pour lui-même être divisé, fragmenté, dispersé, et demande à Dieu la grâce de l’unité retrouvée. Israël reconnaît également collectivement que cette déchirure le traverse : il se détourne trop souvent du Dieu-Un et du coup se met à courir après tant d’idoles qu’il en perd son identité.

Le grand prêtre Caïphe déchire ses vêtements lorsqu’il entend le Christ affirmer son intimité avec Dieu lors de l’interrogatoire de sa Passion (Mt 26, 59-66). C’est pour lui un blasphème insupportable, et il veut en demander pardon à Dieu. En déchirant ses vêtements, il exprime symboliquement sans le vouloir le deuil du peuple qui va mettre à mort son sauveur.

Jésus ne renie rien de ce symbolisme du déchirement. Il demande simplement d’aller au bout de ce que symbolise ce geste. La division ne vient pas de l’extérieur : elle vient du coeur de l’homme, partagé et infidèle. La perte de l’unité n’est pas seulement due à des facteurs extérieurs (le contexte social, la loi, la crise économique…) mais d’abord à une attitude spirituelle intérieure : délaisser YHWH pour de vaines idoles.

Déchirer son coeur est alors éprouver au plus profond de soi les clivages, les contradictions, les vanités qui éparpillent notre être. Et regretter amèrement tout ce qui nous lie à ces facteurs de division intérieure.

Déchirer son coeur va de pair avec pleurer sur ses péchés. Les cendres du carême sur le front rappellent la cendre sur la tête de David ou de Job reconnaissant leur outrecuidance, l’un d’avoir tué pour prendre la femme d’autrui, l’autre d’avoir refusé le caractère insondable de la grandeur divine.

Entrer en carême va de pair avec ce déchirement intérieur : si la conscience de nos incohérences ne nous vrillait pas le coeur, comment pourrions-nous avoir le désir de changer ? Si l’inventaire des dégâts causés par nos péchés ne vient pas nous attrister au point de prendre le deuil de notre dignité intérieure, où trouver la force de changer et de nous convertir ?

 

Quand Dieu déchire ses vêtements

Afficher l'image d'origineLe premier à nous montrer la voie de cette déchirure (du carême) est bien Dieu en personne. Rappelez-vous le rideau du saint des saints, dans le Temple de Jérusalem :  il s’est déchiré en deux lors de la mort de Jésus en croix. Or c’est un rideau très lourd, très grand, très haut, tressé dense à l’horizontale, si bien qu’il est quasi impossible à déchirer ou même à couper.

Ce rideau qui pourtant se déchire, c’est  l’image de Dieu lui-même déchirant ses vêtements, comme un père prenant à l’instant le deuil de son fils. Dieu a le coeur déchiré par la mort de Jésus de Nazareth ; il vit ce drame de toutes les fibres de son être et porte publiquement son deuil. Avec comme conséquence le libre accès désormais au saint des saints : aucun rideau n’en voile plus l’accès, la Shekina divine n’est plus inaccessible, la présence de Dieu peut se répandre sur tout le peuple, car aucun tissu ne la contient plus dans l’espace vide. En déchirant ce rideau du Temple, Dieu ouvre le saint des saints et laisse son Esprit se répandre sur tout homme pour lequel le Christ est mort.

Le carême est un double déchirement : du coeur de l’homme qui éprouve combien Dieu lui manque, du coeur de Dieu qui est prêt à tout pour que la mort du Christ atteigne en tout homme son achèvement.

Saurons-nous déchirer notre coeur ?
Saurons-nous prendre le deuil de nos fautes meurtrières ?
Oserons-nous prendre conscience de notre dispersion intérieure ?

 

 1ère lecture : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (Jl 2, 12-18)
Lecture du livre du prophète Joël

Maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction : alors, vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu. Sonnez du cor dans Sion : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! Entre le portail et l’autel, les prêtres, serviteurs du Seigneur, iront pleurer et diront : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple, n’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra- t-il qu’on dise : “Où donc est leur Dieu ?” »
Et le Seigneur s’est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple.

Psaume : 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17
R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché ! (cf. 50, 3)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave- moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends- moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

2ème lecture : « Laissez- vous réconcilier avec Dieu. Voici maintenant le moment favorable » (2 Co 5, 20 – 6, 2)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui- même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez- vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. Car il dit dans l’Écriture : Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.

Evangile : « Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6, 1-6.16-18)
Acclamation :  Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (cf. Ps 94, 8a.7d)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps- là, Jésus disait à ses disciples : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.
 Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.
 Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.
 Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,
1234567