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24 avril 2022

Mais pourquoi diable Pierre était-il tout nu ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Mais pourquoi diable Pierre était-il tout nu ?

Homélie du 3° Dimanche de Pâques / Année C
01/05/2022

Cf. également :
Les 153 gros poissons
Quand tu seras vieux…
Le devoir de désobéissance civile
Les 7 mercenaires
L’agneau mystique de Van Eyck

Mais pourquoi diable Pierre était-il tout nu ? dans Communauté spirituelle IMG_1032-e1414437391837-768x1024Tous ceux qui aiment la voile savent qu’il faut bien se capeler avant de prendre la mer. Les étourdis qui embarqueraient pieds nus le regretteraient vite : il y a tant d’aspérités, d’angles et d’objets contondants sur un bateau qu’on a vite fait de se cogner un orteil, de se prendre une écharde ou de se déchirer la plante des pieds sur un rail d’écoute ou une manille… Il n’y a guère que les nudistes invétérés qui osent rester nus sur un voilier, et encore : en Méditerranée, par mer très calme, sur un catamaran !
Alors, quand notre évangile du jour (Jn 21,1-19) nous dit que Pierre était nu dans sa barque de pêche, on ouvre de grands yeux ! « Quand Simon Pierre entendit que c’était le Seigneur, il mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu (γυμνς = gymnos), et se jeta dans la mer » (Jn 21,7).
Le matériel de pêche – filets, hameçons, lignes, épuisettes – n’est certes pas le meilleur allié du nudisme. Un vrai pêcheur se capèle pour aller brasser son matériel en mer, et Pierre est un vrai pêcheur. Pourquoi diable Jean mentionne-t-il la nudité invraisemblable de son ami en pleine campagne de pêche ?

Écartons tout de suite une réponse trop facile, trop simpliste, du style : c’était l’habitude des pêcheurs de l’époque. Nous n’avons aucune trace de cette soi-disant habitude, et répétons-le elle est invraisemblable. Allez essayer de pêcher tout nu dans une barque en bois pleine d’hameçons et de filets, et vous ne rapporterez pas que des palourdes… C’est bigrement dangereux de ne pas être couvert sur un bateau !
Ce détail est d’autant plus troublant que Pierre se rhabille pour se jeter à l’eau. Normalement c’est l’inverse, car nager avec des vêtements n’est ni facile ni naturel.
Évidemment, ce détail est voulu. Essayons d’en décliner quelques interprétations possibles, en lien avec la résurrection de Jésus qui fait l’objet du chapitre 21 de Jean, avec les conséquences pour nous lecteurs.

 

1. Vêtir ceux qui sont nus et d’abord soi-même

martin-of-tours barque dans Communauté spirituelleJean connaît l’Évangile de Matthieu lorsqu’il écrit vers 90. Il a déjà lu la fresque grandiose du Jugement dernier de Mt 25 : « j’étais nu et vous m’avez habillé ». Vêtir ceux qui sont nus est un des critères du Jugement qui annonce la venue du Fils de l’homme à la fin des temps. La venue du Ressuscité sur le rivage du lac provoque Pierre à se vêtir pour paraître devant lui : charité bien ordonnée commence par soi-même… Un premier sens de ce détail du texte pourrait alors être - de manière inattendue – l’amour de soi, le self care. Un peu comme on dit à une personne âgée de ne pas se négliger, de ne pas se laisser aller, de se pomponner au lieu de rester toute la journée en robe de chambre et pantoufles. Pierre s’habille, et on peut penser que c’est le Christ qu’il revêt ainsi symboliquement avec ce pagne de lin serré autour de sa taille. Prendre soin de soi, c’est revêtir la dignité et les mœurs du Christ, au lieu de rester dans un état de nature ne conduisant qu’à des œuvres stériles, à l’image de la pêche infructueuse de Pierre lorsqu’il était nu. Les nouveaux baptisés savent qu’ils revêtent le Christ en rentrant dans l’eau baptismale où ils ont été plongés nus : en sortant du bain, on les enveloppait d’un ample vêtement blanc symbolisant la vie nouvelle en Christ.

Pierre réactualise en quelque sorte sa participation à la Passion du Christ dans laquelle il vient d’être plongé les semaines précédentes, il prend soin de lui-même en ne restant pas nu pour aller vers le Christ.

 

2. La nudité, signe du désarroi humain

jardindesdelicesgaucheg nuditéDans les cités grecques ou dans l’Empire romain, la nudité était pourtant bien vue. Songez aux thermes, aux sportifs, aux athlètes nus des Jeux Olympiques. D’ailleurs en grec, le mot nu(γυμνς = gymnos) qu’emploie notre évangile en Jn 21,7 a donné en français le mot gymnase, endroit où l’on pratique les sports en étant nu.
Dans la Bible, la nudité ne glorifie pas la force ou la beauté de l’être humain comme chez les Grecs. Elle est plutôt le signe d’une faiblesse radicale, et d’un désarroi existentiel. On pense immédiatement à Adam et Ève dans le jardin d’Éden après le premier péché où ils ont décidé par eux-mêmes ce qui est bien ou mal : « ils virent qu’ils étaient nus ». Cette nudité nourrit la peur de l’homme de paraître devant Dieu : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché » (Gn 3,10). Pierre comme Adam aurait peur de paraître devant le Ressuscité en restant nu.

Depuis la Genèse, la nudité a toujours été dans la Bible associée à la faiblesse et à la honte.
- Ainsi Noé maudit son fils Cham parce qu’il l’a vu nu sous sa tente après s’être saoulé. Les deux autres fils ont couvert la nudité de leur père sans la regarder, et cela leur fut compté comme justice. « Noé, homme de la terre, fut le premier à planter la vigne. Il en but le vin, s’enivra et se retrouva nu au milieu de sa tente. Cham, le père de Canaan, vit que son père était nu et il en informa ses deux frères qui étaient dehors. Sem et Japhet prirent le manteau, le placèrent sur leurs épaules à tous deux et, marchant à reculons, ils en couvrirent leur père qui était nu. Comme leurs visages étaient détournés, ils ne virent pas la nudité de leur père » (Gn 9,20-23).
Pierre couvre sa nudité comme pour dessaouler de son reniement…

joseph-tunique-450x450 pêche- Ainsi Joseph est dépouillé de sa tunique par ses frères pour l’humilier et le vendre comme esclave. « Dès que Joseph eut rejoint ses frères, Ils le dépouillèrent de sa tunique, la tunique de grand prix qu’il portait » (Gn 37,23). La tunique prise à Jacob fait penser à la tunique qu’on enlèvera à Jésus pour le crucifier.
Pierre revêtira la tunique dont l’avait dépouillé sa triple trahison.

- Ainsi le prophète Osée compare Israël à une prostituée qui se vend nue aux idoles de Canaan, et que Dieu va venir confondre en mettant son cœur à nu devant tous : « Accusez votre mère, accusez-la, car elle n’est plus ma femme, et moi, je ne suis plus son mari ! Qu’elle écarte de son visage ses prostitutions, et d’entre ses seins, ses adultères ; sinon, je la déshabille toute nue, je l’expose comme au jour de sa naissance, je la rends pareille au désert, je la réduis en terre aride et je la fais mourir de soif. […] C’est pourquoi je reviendrai […] ; j’arracherai ma laine et mon lin dont elle couvrait sa nudité. Alors je dévoilerai sa honte aux yeux de ses amants, et nul ne la délivrera de ma main » (Os 2,4–12).
La honte de Pierre devant sa faute va lui permettre de retrouver son alliance avec le Christ.

- Ainsi le prophète Isaïe choisit symboliquement de marcher nu sur les chemins de Palestine pendant trois ans, pour annoncer la défaite des puissants de l’époque, qui seraient bientôt mis à nu par YHWH : « Le Seigneur dit : De même que mon serviteur Isaïe est allé dévêtu, les pieds nus, pendant trois ans, signe et présage pour l’Égypte et l’Éthiopie, de même le roi d’Assour emmènera les prisonniers d’Égypte et les déportés d’Éthiopie, les jeunes et les vieux, dévêtus, les pieds nus, les fesses découvertes – telle sera la nudité de l’Égypte » (Is 20,3‑4).
Pierre pêchant nu pourrait actualiser ce geste d’Isaïe, en annonçant la défaite de la mort dans la Résurrection de Jésus…

- Ainsi on dépouille Jésus de sa tunique pour le crucifier, nu comme un ver (Jn 19,23‑24).
La nudité de Pierre dans la barque renvoie à la nudité du crucifié, en attente du vêtement de la Résurrection.

- Et Jean dans son Apocalypse fera lui aussi le lien entre la venue du Christ en gloire et le fait de ne pas être nu : « Voici que je viens comme un voleur. Heureux celui qui veille et garde sur lui ses vêtements pour ne pas aller nu en laissant voir sa honte » (Ap 16,15).
Pierre est le premier des Douze à ne pas aller nu vers le Fils de l’homme…

Il peut certes y avoir des nudistes chrétiens ! Mais difficile de faire l’éloge de cet état de nature sur le plan symbolique lorsque la foi demande justement de changer de nature pour être rendue « participant de la nature divine » (2P 1,4). Entre Pâques et Pentecôte, la nudité de Pierre dans la barque renvoie à un entre-deux de désarroi stérile (cf. la pêche infructueuse) qui ne doit pas durer. Se rhabiller est la courageuse décision de revêtir le Christ pour le rejoindre sur la rive.

 

3. Le lien résurrection-pardon

ReconciliationAprès avoir été habillés de blanc, les nouveaux baptisés étaient aussitôt admis à l’eucharistie, pour alimenter leur communion au Ressuscité. Dans notre Évangile, Pierre lui aussi après s’être rhabillé participe au repas préparé par Jésus sur le rivage, à la teneur eucharistique évidente. C’est ensuite seulement que le triple reniement de Pierre lui sera trois fois pardonné, avec ce célèbre dialogue : « M’aimes-tu ? sois le pasteur… »
Revêtir la tunique du Christ, communier à sa Passion-Résurrection, être pardonné et recevoir une mission nouvelle sont les quatre maillons de la chaîne pascale chez Jean. D’ailleurs, se préparer à partir, ceinture aux reins, est la disposition requise pour fêter la Pâque juive : « Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur » (Ex 12,11).
Le lien résurrection-pardon est si fort que les chrétiens inventeront au fil des siècles le sacrement de réconciliation, réactualisation du baptême, comme en écho à ce triple pardon que Pierre a reçu à Tabgha.
La nudité du premier péché cède ainsi la place à la tunique du pardon, tunique sans couture que les soldats n’ont pas osé déchirer, annonçant la grâce du pardon toujours disponible.
Bonne nouvelle : lorsque nous sommes pardonnés, nous retrouvons comme Pierre la mission qui est la nôtre (« sois le pasteur… ») ; lorsque nous pardonnons à notre tour, nous ressuscitons littéralement celui qui nous a fait du mal et à qui son offense avait enlevé sa dignité. Nous le chargeons d’une nouvelle mission, avec ou sans nous : continuer à vivre au-delà de l’offense.
Pardonner, c’est vêtir l’autre de la tendresse de Dieu pour mener une vie nouvelle, une vie éternelle.

 

4. Pierre est comme le jeune homme nu de Marc

Correggio%2C_giovane_che_fugge_dalla_cattura_di_Cristo PierreLa nudité de Pierre dans la barque fait immanquablement penser à une autre nudité célèbre, détail qu’on trouve chez Marc cette fois, pendant l’arrestation de Gethsémani : « un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu » (Mc 14,51 52). Détail curieux, car les autres évangiles n’en parlent pas. Jean devait l’avoir lu quand il rédige son texte. Une explication simpliste le réduit à un détail autobiographique où Marc parle de lui. Mais Marc n’est pas l’homme des détails superflus sans importance. On le voit mal mentionner cette scène sans avoir une visée théologique.
Marc emploie le mot « jeune homme » (neoniskos) qu’il réutilise quand les femmes entrent au tombeau après la résurrection : un « jeune homme » est assis à droite, et cette fois-ci il n’est plus tout nu, il a revêtu le vêtement blanc (Mc 16,5). De plus, ce drap qui habille le jeune homme est un linceul (sindona) dans lequel Joseph d’Arimathie va envelopper le corps crucifié (Mc 15,46). Le sens du détail apparaît alors : le jeune homme nu de Gethsémani a échappé à la mort en laissant son drap blanc, comme le supplicié du Golgotha échappera à la mort en laissant son linceul. Le disciple vit la Passion du Christ pour être associé à sa résurrection [1].
La nudité de Pierre dans la barque pourrait être la version johannique du jeune homme nu de Marc. Pierre a failli être détruit par son triple reniement, mais le pardon du Christ le rhabille en quelque sorte pour accomplir sa mission de pasteur.
Chaque fois que nos reniements nous mettent à nu, en plein désarroi, tournons-nous vers le pardon du Christ pour recevoir de lui la nouvelle mission qu’il nous confiera à partir de là.

 

5. Servir, c’est ressusciter

 serviceUne dernière interprétation enfin nous est fournie par le verbe utilisé par Jean pour décrire Pierre se ceignant d’un vêtement pour plonger vers le Christ : διεζώσατο (diezōsato), se nouer un vêtement autour de la taille. « Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement (διεζωσμένος), car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau » (Jn 21,7). Il n’y a que deux autres usages de ce verbe dans toute la Bible, et c’est Jean encore qui y a recours, dans la scène du lavement des pieds : « Jésus se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture (διέζωσεν) ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture (διεζωσμένος) » (Jn 13,4-5).
Pierre fait donc le même geste que Jésus serviteur de ses disciples lors de la Cène : il enlève son vêtement, nu dans la barque, et se noue ensuite un vêtement à la ceinture pour devenir le pasteur des brebis. De même que le « Maître et Seigneur » lave les pieds de ses soi-disant subordonnés, Pierre apprendra à exercer sa mission de pasteur comme un service et non comme une domination.
Comme on est loin de toute forme de cléricalisme ! Toute responsabilité dans l’Église – et dans la société finalement – s’accepte après avoir pris conscience de sa nudité, et après avoir revêtu la tenue de service du Christ.
Les conséquences de ce vêtement noué autour de la taille sur les ministères actuels devraient nous appeler à réformer l’exercice du pouvoir, de la prise de décision, du statut et même de l’appel des responsables. Pierre revêt la tenue de service (la tenue diaconale pourrait-on dire) pour plonger vers le Ressuscité et recevoir de lui son pardon et sa mission.

Servir, c’est donc être associé à la vie nouvelle en Christ.
Servir, c’est plonger vers le Christ, être pardonné, recevoir de lui des responsabilités nouvelles.
Servir, c’est ressusciter.
Si nos dirigeants – aussi bien dans la société que dans l’Église – pouvaient prendre conscience de leur nudité réelle… ! Ils revêtiraient alors leur tenue de service pour servir au lieu de se servir.
Et chacun de nous est dans la barque ; chacun de nous reçoit sa part de service à accomplir.

 

Résumons-nous :

La nudité de Pierre dans la barque nous appelle à prendre soin de nous-mêmes en revêtant le Christ,
à prendre conscience de notre désarroi fondamental,
à croire en la puissance du pardon qui nous rhabille pour communier au Ressuscité,
à croire la puissance du baptême qui nous fait échapper à la mort,
et surtout à revêtir la tenue du service pour laver les pieds de nos frères.
Qu’à cela l’Esprit du Christ nous aide !

 


Lectures de la messe

Première lecture
« Nous sommes les témoins de tout cela avec l’Esprit Saint » (Ac 5, 27b-32.40b-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, les Apôtres comparaissaient devant le Conseil suprême. Le grand prêtre les interrogea : « Nous vous avions formellement interdit d’enseigner au nom de celui-là, et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement. Vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ! » En réponse, Pierre et les Apôtres déclarèrent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice. C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. » Après avoir fait fouetter les Apôtres, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent. Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus.

Psaume
(Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13)
R/ Je t’exalte, Seigneur, tu m’a relevé. ou : Alléluia.
 (Ps 29, 2a)

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi ;
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

Deuxième lecture
« Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse » (Ap 5, 11-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai vu : et j’entendis la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ; ils étaient des myriades de myriades, par milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. » Toute créature dans le ciel et sur la terre, sous la terre et sur la mer, et tous les êtres qui s’y trouvent, je les entendis proclamer : « À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. » Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » ; et les Anciens, se jetant devant le Trône, se prosternèrent.

Évangile
« Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson » (Jn 21, 1-19)
Alléluia. Alléluia. 
Le Christ est ressuscité, le Créateur de l’univers, le Sauveur des hommes. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment. Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.
Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré. Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson. C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »
Patrick BRAUD

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3 avril 2022

Rameaux : la Passion du Christ selon Mel Gibson

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Rameaux: la Passion du Christ selon Mel Gibson

Homélie du Dimanche des Rameaux / Année C
10/04/2022

Cf. également :

Rameaux : vous reprendrez bien un psaume ?
Rameaux : la Passion hallucinée de Jérôme Bosch
Rameaux : le conflit ou l’archipel
Comment devenir dépassionnés
Rameaux : assumer nos conflits
Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs  

La Passion selon St Luc que nous venons d’entendre insiste sur l’innocence de Jésus, lui le juste injustement condamné.
Pour en retrouver la force, allez visionner à nouveau le film controversé de Mel Gibson, qui s’intitule « La Passion » (2005). Vous le trouverez facilement sur Youtube. Ou mieux encore en DVD pour en profiter sur votre home cinéma…

Attention : si vous n’avez pas le moral ce jour-là, si vous avez des enfants à la maison, si vous détournez le regard pour ne pas être éclaboussé par le sang qui jaillit, mieux vaut programmer autre chose…

Pendant des siècles (jusqu’au V° au moins), on n’a pas osé représenter Jésus crucifié, car le spectacle était si terrifiant pour les Romains, si scandaleux pour les Juifs (ou les musulmans aujourd’hui) qu’on évitait le réalisme de la Passion. On préférait représenter le Christ en gloire (Pantocrator), le Bon Pasteur, ou la Croix sans le Christ (ce que font encore bon nombre d’Églises protestantes, pour ne pas s’arrêter à la mort et aller jusqu’à la Résurrection ; elles refusent également le signe de la Croix tracé sur le corps). On comprend alors que le film de Mel Gibson dérange, suscite des controverses : car le réalisme physique avec lequel il traite la Passion est aux antipodes d’un Christ en majesté…

Les trouvailles cinématographiques de Mel Gibson

 

Le personnage de Marie est très touchant, très présent. Avec Marie-Madeleine (superposée au personnage de la femme adultère), elle accompagne Jésus jusqu’à la fin. Elle pleure, et est forte à la fois. Elle est un appui pour son fils abandonné de tous. Il y a même un lien étrange de compassion entre elle et la femme de Ponce Pilate…

 Rameaux : la Passion du Christ selon Mel Gibson dans Communauté spirituelle

Les flash-backs

Au lieu de raconter la vie de Jésus de manière linéaire, comme le font beaucoup d’autres films sur Jésus, Mel Gibson utilise les flash-backs pour relire ses faits et paroles à la lumière de sa Passion. En accrochant ces retours en arrière à un élément symbolique, il nous fait retrouver le processus même d’écriture des Évangiles :
·         Marie rencontrant son fils sur son chemin de Croix // Marie relevant son enfant tombé à la maison à Nazareth
·         Les rictus de haine des soldats // les paroles sur l’amour des ennemis
·         La sandale des soldats le frappant // la sandale des disciples pour le lavement des pieds à la Cène
·         Marie-Madeleine essuyant le sol de la flagellation à laquelle Jésus est innocemment condamné // la femme adultère aux pieds de Jésus, au moment où il ne la condamne pas
·         l’eau dans laquelle Pilate se lave les mains // l’eau des ablutions rituelles du début de la Cène
·         le corps déchiré par les fouets // le pain de la Cène, « corps livré pour vous »
·         le sang qui dégouline de la Croix // le vin de la Cène, « sang versé pour vous »
·         la foule qui le méprise // la foule des Rameaux qui l’adule
·         lorsque Jésus tombe pour la troisième fois, de sa bouche tuméfiée il murmure à sa mère cette parole de l’Apocalypse : « Je fais toute chose nouvelle ». Là l’image effleure le sublime de la Passion.
etc…

C’est bien ainsi qu’ont été écrits les évangiles : on a relu la vie de Jésus de Nazareth à la lumière de la Résurrection, car c’est seulement après coup qui les évènements de son enfance et de son ministère public se sont éclairés d’une signification plus profonde que sur l’instant. Le film nous remet devant ce travail de mémoire pour écrire et raconter, et déchiffrer ainsi ce qui arrive. La véritable eucharistie est bien de donner sa vie pour ses amis et ses ennemis, plus que ‘pratiquer’ formellement : le film renvoie toujours les gestes liturgiques au sacrifice existentiel de cet homme humilié.

 

clt_040528a Christ dans Communauté spirituelle

Le diable

Un personnage d’allure androgyne extrêmement ambiguë flotte comme en surimpression des scènes du début à la fin du film. Il rappelle d’ailleurs le personnage de la mort dans le film de Bergman : « le septième sceau ».

Il est à Gethsémani pour tenter Jésus : « cette voie est trop  lourde pour toi ; quelle folie de croire que tu peux à toi seul porter tous les péchés… ! » Jésus écrase le serpent qui sort de ce corps glacé. Belle exégèse que d’actualiser l’épisode des tentations tout au long de la Passion, jusqu’à l’ultime tentation : « sauve-toi toi-même et descend de la Croix si tu es le Messie ! »

Il se mêle à la foule pour se réjouir de la déchéance du Fils.
Il croise le regard de Marie dans un face à face terrible, où Marie ne faiblit pas…
Il pousse Judas à la folie suicidaire.
Il crie de rage lorsqu’il constate que ce Fils est mort sans haine ni reniement de sa relation au Père…
Certes, il est trop présent par rapport aux Écritures, mais son rôle de tentateur est réellement bien rendu.

 

L’araméen et le latin en version ‘originale’ sous-titrée

Les spécialistes diront sans doute que l’accent ou la qualité du latin et de l’araméen des acteurs laisse à désirer, mais entendre Jésus, le peuple, les soldats parler en langue étrangère nous remet devant le récit d’une histoire orientale.
Le christianisme n’est pas occidental à sa racine : il vient d’Orient ; sans la culture juive, il est incompréhensible…

 

Le personnage de Simon de Cyrène est remarquable : protestant au début de son innocence, il se laisse gagner par le regard de Jésus, et finit par prendre sa défense devant la foule et les soldats. Le jeu de la caméra tourne autour des deux porteurs de croix, jusqu’à un plan extraordinaire où Jésus et Simon sont vus de dessus, bras entrecroisés, sans savoir qui porte qui…
Si vous rajoutez à ces trouvailles la beauté des paysages, le jeu des acteurs, la musique, vous avez au final une œuvre qui mérite un travail réel d’interprétation et d’analyse, et non une critique trop facile et trop rapide.

À vous de juger !

 

Mel Gibson en a-t-il fait trop ?

N’en déplaise aux belles âmes qui tordent le nez devant le sang qui gicle, la boucherie de la torture infligée par l’homme est bien celle-là : du Golgotha à Dachau, de la flagellation de Jésus aux camps de Pol Pot ou aux geôles de Pinochet, du couronnement d’épines aux goulags de Saline ou aux atrocités de Daech, la barbarie humaine défigure le visage du supplicié, torture son corps, et veut anéantir sa dignité.
La crucifixion n’avait rien d’une partie de plaisir !

Mel Gibson fait ainsi éclater sur l’écran que Dieu n’est pas du côté des vainqueurs.
En Jésus, Dieu n’est pas du côté des puissants, des beautés admirées, des réussites humaines.

Le récit de la Passion est ce que le théologien Jean-Baptiste Metz appelle un « souvenir dangereux » : la « mémoire des vaincus » empêche l’homme d’écrire l’histoire du seul point de vue des rescapés, des vainqueurs. L’élimination du « maillon faible » est toujours oubliée : Jésus est ce maillon faible qui vient prendre la défense des victimes, des oubliés de l’histoire, en s’identifiant à eux, en luttant contre le mal par le refus du mensonge, par le pardon et l’amour des ennemis (ceci est très bien rendu dans le film).

Le film est violent certes (à la limite du ‘gore’ parfois) ; mais c’est la réalité qui est violente.
Les images du génocide du Rwanda ou des horreurs commises en Syrie, en Ukraine et ailleurs nous montrent chaque jour une humanité plus barbare encore que la foule ou les soldats torturant Jésus.

C’est vrai, la scène de la flagellation est longue et difficile (contrairement aux évangélistes : là, Mel Gibson exagère…), mais dans un rapide moment du début, le Serviteur souffrant d’Isaïe s’impose fortement : « J’ai rendu mon visage dur comme pierre ». Il ne faut pas rater ce court instant, sinon le Christ apparaît effectivement complètement écrasé.

Contrairement aussi à ce qui a été dit, on voit que Jésus, même accablé et écrasé de souffrance humaine, reste maître de sa vie et qu’effectivement il la donne. Les paroles prononcées par les uns et les autres sont d’ailleurs très fidèles aux textes des évangiles.

Comme dans n’importe quel film sur Jésus il y a bien quelques libertés prises ici ou là. On peut regretter notamment la nuée d’enfants diaboliques façon Jérôme Bosch qui vient tourmenter Judas pour le pousser au suicide. Et Belzéboul, le « dieu des mouches » est un peu trop présent, jusqu’à cette carcasse d’âne (le même que les Rameaux ?) dévorée par les mouches qui fournit à Judas l’idée et la corde pour se pendre. Mel Gibson a également forcé tellement le trait sur la flagellation qu’il est impossible à vue humaine que Jésus ait pu résister à un tel traitement sans tomber dans le coma, et encore plus impossible qu’il ait pu porter sa croix après. Le sang tout seul est malsain. Le sang tout seul tue le sens et, avec lui, la sensibilité. Le sang tout seul ne fait pas sens : ce qui fait sens, seulement, c’est l’amour (indescriptible) qui le verse, en toute liberté.
Les outrances de Mel Gibson sur la souffrance physique sont inutiles, voire dangereuses si elles bloquent le spectateur sur une culpabilité ou une compassion stériles. On pourra brasser toute l’hémoglobine que l’on voudra, cela ne fera jamais une Passion. 

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Quelle théologie de la souffrance ?

Le Christ n’est pas soumis. Il va jusqu’au bout, car il l’a choisi volontairement.
Ce choix n’efface rien de sa souffrance, au contraire: l’humanité du Christ l’a assumée en allant jusqu’au bout.
Quand nous voyons un frère souffrir, sa souffrance nous atteint. La solidarité en­tre nous nous touche, nous accuse, peut même nous rendre impuissants. Que nous détournions ou non les yeux et les oreilles de la souffrance de l’autre, nous sommes convoqués par cette souffrance, sans avoir choisi de l’être. Cette solidarité nous oblige à répondre à son appel: soit nous l’igno­rons et la refoulons, soit nous la recevons en plein visage. Le résultat est le même: nous sommes défaits, souffrants avec lui, et finalement impuissants. Coupables de ne pouvoir rien faire! Coupables de ne pas souffrir à sa place !
La souffrance du frère est chargée de reproches.

La souffrance du Christ, elle, est sans reproche.
Il souffre et il donne.

C’est la grande différence.

Ce n’est pas que sa souffrance soit autre de celle de notre frère ni qu’il ait fait semblant. Il souffre sans rien me reprocher, car il a déjà pris en lui ma cul­pabilité. Sa Passion n’est que don total, et c’est en cela qu’elle murmure à l’avance le chant de la Résurrection. C’est en cela que sa souffrance sauve. Sinon, nous se­ rions comme les victi­mes d’un chantage. « Je te tiens dans ma souffrance, tu ne peux pas faire autrement !  »

Ce n’est pas la manière du Verbe. Toutes les souffrances des hommes, tous ces émiettements dont nous souffrons nous mêmes et dont souffrent nos frères, ont été rassemblées patiemment à l’inté­rieur de son corps, à l’intérieur de chacune de ses blessures.

Chaque fois que Jésus tombe, qu’il reçoit les coups qui le mènent à la mort, il assume, il souffre, il l’offre. Il ne reproche rien: « Pardonne leur, ils ne savent ce qu’ils font. » Aujourd’hui comme hier. Ce refrain lancinant qui fonde son invincible dignité ajoute encore à l’insoutenable. Car non seulement il a pris sur lui tout ce que l’homme pouvait souffrir, mais aussi le reproche de cette souffrance.

Nous ne sommes pas une religion de la douleur, car la Passion du Christ est le dernier mot de la douleur. Quelqu’un l’a fait pour nous, définitivement. Désormais, le ciel est ouvert, et le Père accueille chacun comme un fils. Car le grand secret de la Passion, c’est le Père. Non pas qu’il vienne corriger ou aider le Fils à souffrir (pourquoi le Fils se serait il alors plaint de se sentir abandonné ?), mais il participe pleinement, en signifiant à travers son Fils le don total de l’amour qu’il éprouve. Il n’a pas d’autre moyen de nous le dire qu’en donnant son Fils, sans rien nous reprocher.

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Antisémite ?

L’accusation ne tient pas : la foule des Juifs est partagée.
Certains réclament la mort de Jésus, d’autres non. Gamaliel parmi les pharisiens, Simon de Cyrène, la famille et les amis de Jésus sont les figures du peuple juif qui ont accepté la révélation du Christ. Et la main qui tient le clou de la mise en Croix est bien celle de Mel Gibson lui-même… Les scènes contestées (fabrication de la Croix par les juifs, parole de la foule : ‘que son sang retombe sur nous et nos enfants’… Mt 27,25) ont été enlevées de la version finale.
Les soldats romains eux sont montrés capables de férocité et de brutalité animale et inutile, comme hélas une armée d’occupation ordinaire…

 

Traditionaliste ?

Mel Gibson inclut dans son récit des éléments de la tradition orale (celle du Chemin de Croix notamment) : 3 chutes, Véronique… Il fait appel au diable ; il est très marial… Mais rien de contraire à Vatican II dans cela.
Le côté ‘traditionaliste’ est plutôt dans la surexploitation de la citation d’Esaïe 53 (4° poème dit du ‘serviteur souffrant’) mise en exergue du film :

Isaïe  53,5 :
« Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes.
Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. »

Mel Gibson retient le thème sacrificiel comme clé de lecture unique de la Passion, et la dimension sanglante de ce sacrifice occulte la dimension d’offrande.

Or la Croix n’est pas d’abord la souffrance physique, mais l’identification aux pécheurs, aux maudits de Dieu. Selon la vieille malédiction juive du Deutéronome, le crucifié est comme rayé du peuple d’Abraham dont il ne peut plus se prétendre le fils :

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Deutéronome 21,22-23 :
« Si l’on fait mourir un homme qui a commis un crime digne de mort, et que tu l’aies pendu à un bois,  son cadavre ne passera point la nuit sur le bois; mais tu l’enterreras le jour même, car celui qui est pendu est un objet de malédiction auprès de Dieu, et tu ne souilleras point le pays que Yahvé, ton Dieu, te donne pour héritage ».

Sur la Croix, le Béni de Dieu va faire corps avec les maudits, en partageant leur abandon loin de Dieu, pour les faire remonter avec lui lors de sa Pâques. Le ‘bon larron’ est le premier à en bénéficier (et le film est là très fidèle).

À trop exalter la souffrance physique, Mel Gibson risque de faire oublier l’essentiel : « Christ a été fait péché pour nous », selon la forte expression de St Paul (2 Co 5,21).

C’est sans doute pour cela que la Résurrection est trop rapidement et trop mal traitée dans le film : si tout se joue dans la souffrance de la Passion, alors Pâques n’est qu’une formalité. Alors que si tout se joue dans la « descente aux enfers » du Christ, Pâques est la remontée victorieuse qui donne seule tout son sens à la manière dont le Christ a vécu sa Passion.

 

Clap de fin

Laissez-vous gagner par l’émotion tout en avançant dans ce récit cinématographique si fortement construit. Revisitez vos représentations sur le Christ, sur sa souffrance, sur la croix…

Et posez-vous la question : et moi, comment aurais-je envie de raconter la Passion du Christ ? quel film me fais-je à moi-même dans ma tête, dans mon cœur, dans ma foi pensante et agissante ?….

 

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Procession des Rameaux
Entrée messianique (Lc 19, 28-40)
En ce temps-là, Jésus partit en avant pour monter à Jérusalem. Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près de l’endroit appelé mont des Oliviers, il envoya deux de ses disciples, en disant : « Allez à ce village d’en face. À l’entrée, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous demande : ‘Pourquoi le détachez-vous ?’ vous répondrez : ‘Parce que le Seigneur en a besoin.’ » Les envoyés partirent et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit. Alors qu’ils détachaient le petit âne, ses maîtres leur demandèrent : « Pourquoi détachez-vous l’âne ? » Ils répondirent : « Parce que le Seigneur en a besoin. » Ils amenèrent l’âne auprès de Jésus, jetèrent leurs manteaux dessus, et y firent monter Jésus. À mesure que Jésus avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin. Alors que déjà Jésus approchait de la descente du mont des Oliviers, toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus, et ils disaient : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, réprimande tes disciples ! » Mais il prit la parole en disant : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront. »

Messe de la Passion
Première lecture (Is 50, 4-7)
Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume (21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a)

Tous ceux qui me voient me bafouent ;
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure ;
Ils me percent les mains et les pieds, je peux compter tous mes os.
Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

Deuxième lecture (Ph 2 6-11)

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Évangile (Lc 22, 14 – 23, 56)
Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants : X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. Quand l’heure fut venue, Jésus prit place à table, et les Apôtres avec lui. Il leur dit : X « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement accomplie dans le royaume de Dieu. » L. Alors, ayant reçu une coupe et rendu grâce, il dit : X « Prenez ceci et partagez entre vous. Car je vous le déclare : désormais, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu. » L. Puis, ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : X « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » L. Et pour la coupe, après le repas, il fit de même, en disant : X « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. Et cependant, voici que la main de celui qui me livre est à côté de moi sur la table. En effet, le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux cet homme-là par qui il est livré ! » L. Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres quel pourrait bien être, parmi eux, celui qui allait faire cela. Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ? Mais il leur dit : X « Les rois des nations les commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel ! Au contraire, que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves. Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi. Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël. Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères. » L. Pierre lui dit : D. « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. » L. Jésus reprit : X « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que toi, par trois fois, tu aies nié me connaître. » L. Puis il leur dit : X « Quand je vous ai envoyés sans bourse, ni sac, ni sandales, avez-vous donc manqué de quelque chose ? » L. Ils lui répondirent : D. « Non, de rien. » L. Jésus leur dit : X « Eh bien maintenant, celui qui a une bourse, qu’il la prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une. Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : Il a été compté avec les impies. De fait, ce qui me concerne va trouver son accomplissement. » L. Ils lui dirent : D. « Seigneur, voici deux épées. » L. Il leur répondit : X « Cela suffit. » L. Jésus sortit pour se rendre, selon son habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Arrivé en ce lieu, il leur dit : X « Priez, pour ne pas entrer en tentation. » L. Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. S’étant mis à genoux, il priait en disant : X « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. » L. Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait. Entré en agonie, Jésus priait avec plus d’insistance, et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient sur la terre. Puis Jésus se releva de sa prière et rejoignit ses disciples qu’il trouva endormis, accablés de tristesse. Il leur dit : X « Pourquoi dormez-vous ? Relevez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. » L. Il parlait encore, quand parut une foule de gens. Celui qui s’appelait Judas, l’un des Douze, marchait à leur tête. Il s’approcha de Jésus pour lui donner un baiser. Jésus lui dit : X « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? » L. Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent : D. « Seigneur, et si nous frappions avec l’épée ? » L. L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Mais Jésus dit : X « Restez-en là ! » L. Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit. Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l’arrêter, grands prêtres, chefs des gardes du Temple et anciens : X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous n’avez pas porté la main sur moi. Mais c’est maintenant votre heure et le pouvoir des ténèbres. » L. S’étant saisis de Jésus, ils l’emmenèrent et le firent entrer dans la résidence du grand prêtre. Pierre suivait à distance. On avait allumé un feu au milieu de la cour, et tous étaient assis là. Pierre vint s’asseoir au milieu d’eux. Une jeune servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : A. « Celui-là aussi était avec lui. » L. Mais il nia : D. « Non, je ne le connais pas. » L. Peu après, un autre dit en le voyant : F. « Toi aussi, tu es l’un d’entre eux. » L. Pierre répondit : D. « Non, je ne le suis pas. » L. Environ une heure plus tard, un autre insistait avec force : F. « C’est tout à fait sûr ! Celui-là était avec lui, et d’ailleurs il est Galiléen. » L. Pierre répondit : D. « Je ne sais pas ce que tu veux dire. » L. Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre. Alors Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement. Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le rouaient de coups. Ils lui avaient voilé le visage, et ils l’interrogeaient : F. « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t’a frappé ? » L. Et ils proféraient contre lui beaucoup d’autres blasphèmes. Lorsqu’il fit jour, se réunit le collège des anciens du peuple, grands prêtres et scribes, et on emmena Jésus devant leur conseil suprême. Ils lui dirent : F. « Si tu es le Christ, dis-le nous. » L. Il leur répondit : X « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; et si j’interroge, vous ne répondrez pas. Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite de la Puissance de Dieu. » L. Tous lui dirent alors : F. « Tu es donc le Fils de Dieu ? » L. Il leur répondit : X « Vous dites vous-mêmes que je le suis. » L. Ils dirent alors : F. « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes, nous l’avons entendu de sa bouche. » L. L’assemblée tout entière se leva, et on l’emmena chez Pilate. On se mit alors à l’accuser : F. « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le trouble dans notre nation : il empêche de payer l’impôt à l’empereur, et il dit qu’il est le Christ, le Roi. » L. Pilate l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Pilate s’adressa aux grands prêtres et aux foules : A. « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. » L. Mais ils insistaient avec force : F. « Il soulève le peuple en enseignant dans toute la Judée ; après avoir commencé en Galilée, il est venu jusqu’ici. » L. À ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen. Apprenant qu’il relevait de l’autorité d’Hérode, il le renvoya devant ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là. À la vue de Jésus, Hérode éprouva une joie extrême : en effet, depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu’il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle. Il lui posa bon nombre de questions, mais Jésus ne lui répondit rien. Les grands prêtres et les scribes étaient là, et ils l’accusaient avec véhémence. Hérode, ainsi que ses soldats, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d’un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate. Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu’auparavant il y avait de l’hostilité entre eux. Alors Pilate convoqua les grands prêtres, les chefs et le peuple. Il leur dit : A. « Vous m’avez amené cet homme en l’accusant d’introduire la subversion dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation. D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. » L. Ils se mirent à crier tous ensemble : F. « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. » L. Ce Barabbas avait été jeté en prison pour une émeute survenue dans la ville, et pour meurtre. Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole. Mais ils vociféraient : F. « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » L. Pour la troisième fois, il leur dit : A. « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. » L. Mais ils insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient. Alors Pilate décida de satisfaire leur requête. Il relâcha celui qu’ils réclamaient, le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, et il livra Jésus à leur bon plaisir. L. Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : X « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : ‘Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !’ Alors on dira aux montagnes : ‘Tombez sur nous’, et aux collines : ‘Cachez-nous.’ Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? » L. Ils emmenaient aussi avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter. Lorsqu’ils furent arrivés au lieu dit : Le Crâne (ou Calvaire), là ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : X « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » L. Puis, ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort. Le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : F. « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » L. Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : F. « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » L. Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : A. « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » L. Mais l’autre lui fit de vifs reproches : A. « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » L. Et il disait : A. « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » L. Jésus lui déclara : X « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » L. C’était déjà environ la sixième heure (c’est-à-dire : midi) ; l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure, car le soleil s’était caché. Le rideau du Sanctuaire se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri : X « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » L. Et après avoir dit cela, il expira. Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant) À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : A. « Celui-ci était réellement un homme juste. » L. Et toute la foule des gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, observant ce qui se passait, s’en retournaient en se frappant la poitrine. Tous ses amis, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, se tenaient plus loin pour regarder. Alors arriva un membre du Conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste, qui n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le règne de Dieu. Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Puis il le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un tombeau taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé. C’était le jour de la Préparation de la fête, et déjà brillaient les lumières du sabbat. Les femmes qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.
Patrick BRAUD

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27 mars 2022

Une spiritualité zéro déchet

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Une spiritualité zéro déchet

Homélie du 5° Dimanche de Carême / Année C
03/04/2022

Cf. également :
La première pierre
Lapider : oui, mais qui ?
L’adultère, la Loi et nous
L’oubli est le pivot du bonheur
Le Capharnaüm de la mémoire : droit à l’oubli, devoir d’oubli
Comme l’oued au désert
Jésus face à la violence mimétique
Les sans-dents, pierre angulaire

TZDZG

La production de déchets municipaux par région en 2016, 2030 et 2050. © Céline Deluzarche, d’après Banque Mondiale

San Francisco fut l’une des premières. La ville a voté en 2002 l’objectif d’atteindre le 100% recyclé ou composté. Mobilisation générale des élus, associations, quartiers et habitants : en 2012, le seuil de 80 % est dépassé. La ville vise 90% en 2030 et 100% à terme. En comparaison, les autres villes américaines ont environ 35% seulement de déchets recyclés ou compostés. C’est donc possible de vivre sans déchets !

En France, le Ministère de l’Environnement a lancé en 2014 un appel à projet « Territoires Zéro Déchet Zéro Gaspillage », affectueusement nommé TZDZG par nos technocrates gourmands d’acronymes étranges. Plus de 135 intercommunalités ont répondu à l’appel. Miramas et Roubaix par exemple font figure de villes prototypes pour avancer sur cette voie.

C’est donc possible de vivre sans déchets !

Il y a derrière cette démarche une belle possibilité de spiritualité écologique : devenir les bons gestionnaires de la Création que Dieu nous a confiée, ne pas dilapider l’héritage naturel ni mépriser le vivant. On se souviendra avec malice que Jésus lui-même a voulu ramasser ce qui restait de la multiplication des pains, remplissant ainsi 12 paniers symboliques de l’Église (Jn 6,13). « Faut pas gâcher ! » comme disaient nos grands-parents qui avaient connu les tickets de rationnement d’après-guerre. La tâche est lourde, car chaque habitant produit en moyenne 0,74 kg de déchets par jour (un chiffre qui cache de fortes disparités, de 0,11 kg au Lesotho à 4,50 kg aux Bermudes).

 

La voirie spirituelle selon Paul

Gérard et Cédric, les deux rippers de la tournée du centre-ville  qui a débuté à 5 heures du matin. Ils ont ramassé 4,5 tonnes de sacs jaunes.

La deuxième lecture de ce dimanche (Ph 3,8-14) peut nous donner l’opportunité d’inverser la proposition : si le zéro déchet peut s’appuyer sur une démarche spirituelle, pourquoi la spiritualité ne pourrait-elle pas s’inspirer du zéro déchet ? Paul nous met sur la voie en employant un vocabulaire lié à la gestion des ordures pour évoquer son attachement au Christ. Il fait la liste des avantages et privilèges que sa naissance lui a octroyés : il est juif, circoncis, de la tribu de Benjamin, hébreu fils d’hébreux, de la race d’Israël, pharisien irréprochable, élève du prestigieux Gamaliel (Ph 3,4-8). Il aurait pu ajouter comme il le fera devant le procureur : citoyen romain, donc dispensé du châtiment des esclaves (la Croix), ayant le droit d’être jugé à Rome selon le droit romain. Cette liste de privilèges est facile à actualiser et chacun de nous peut énumérer les avantages qui ont été conférés par sa famille, le hasard, la nature (intelligence, force, habilité…) ou la société de son pays (éducation, santé, vieillesse…).

Eh bien, tout cela pour Paul c’est du déchet ! Des surplus qui filent tout droit à la poubelle ! Voire des obstacles à éliminer pour progresser dans la connaissance du Christ !

Paul parle de pertes (ζημία = zēmia en grec) par 3 fois, c’est-à-dire non seulement de déchets inutiles mais aussi d’obstacles qui font régresser. « Tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte. Oui, je considère tout cela comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ » (Ph 3,7-8).

C’est donc que les avantages dont les hommes sont friands d’habitude deviennent en réalité des pièges pour celui qui désire accueillir la grâce du Christ. Observez autour de vous : le ruban rouge porté au revers des vestes signale la ‘distinction’ de quelques-uns parmi les meilleurs ; les médailles militaires assoient l’autorité des gradés ; les innombrables avantages en nature des politiques les mettent à l’écart du peuple ; les Bac + 8 font sentir aux autres combien ils manquent de culture ; les riches héritiers ne comprennent pas comment on peut vivre avec moins de 5 000 € par mois etc.

Paul : naufrage et échouage à MalteTout ce que l’orgueil social considère comme une distinction (au sens de Bourdieu) devient vite un piège spirituel, une perte (zēmia) pour qui se fie au Christ et non à lui-même. Un vrai naufrage spirituel guette ceux qui n’auraient pas le courage de traiter ces avantages comme des déchets à recycler ! Naufrage est d’ailleurs le sens des 2 autres usages du mot zēmia dans le Nouveau Testament : un naufrage en mer, navire en perdition, équipage en détresse. Ainsi Paul lors de la tempête qui met son bateau en péril vers la Crète : « Mes amis, je vois que la navigation ne se fera pas sans dommages ni beaucoup de pertes, non seulement pour la cargaison et le bateau, mais encore pour nos vies » (Ac 27,10). Le centurion responsable de ce prisonnier hors du commun fait plus confiance au pilote du bateau qu’à Paul, et le naufrage dû à ce manque de foi-confiance devient inévitable (ce qui vaudra à Paul d’échouer sur une plage de Malte, posant ainsi les fondations de la future Église maltaise si vivante encore aujourd’hui !) : « Les gens n’avaient plus rien mangé depuis longtemps. Alors Paul, debout au milieu d’eux, a pris la parole : Mes amis, il fallait m’obéir et ne pas quitter la Crète pour gagner le large : on aurait évité ces dommages et ces pertes ! » (Ac 27,21)

Pertes, naufrage : Paul emploie un autre terme pour désigner ses privilèges de naissance : σκβαλον (skubalon) qu’on peut traduire par boue, ordures. « Je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ » (Ph 3,8). Comme c’est le seul usage de ce mot dans toute la Bible, il a ici une force singulière : courir après les hochets du pouvoir et de la gloire, c’est se rouler dans la boue comme un porc, c’est habiter au milieu d’une décharge d’ordures pire que celles des chiffonniers du Caire ou les latrines de Calcutta…
Quelle folie de dépenser son énergie et ses talents pour ce que les Anglais appellent garbage, bulshitt !

 

Les bousillés

Un bousillé

Une bonne politique écologique vise à recycler les déchets, mais surtout à en diminuer le volume le plus possible. Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Ce principe pourrait s’appliquer également à la vie spirituelle. Ne pas se rouler dans la boue, c’est éradiquer de son cœur le désir d’être supérieur, la convoitise qui rend jaloux, le mimétisme qui abrutit et rend violent, l’orgueil de la trop grande confiance en soi seul. Refuser les honneurs, se concentrer sur l’unique nécessaire, attendre tout du Christ et s’y engager pleinement : le zéro déchet spirituel ressemble davantage à Gandhi en sandales et sari qu’à Bokassa harnaché de diamants !

L’idéal de la sainteté est de ne produire aucune de ces scories. Vous objecterez - à juste titre – qu’il est impossible de ne pas hériter d’avantages ou de privilèges physiques, sociaux, intellectuels, familiaux, nationaux etc. Alors, pour qu’il y ait bien zéro déchet au final, il nous faut transformer les inévitables déchets en sources d’énergie reconvertible pour brûler de l’amour du Christ.

Allez visiter la ‘salle des bousillés’ du Musée de verre de Sars-Poteries (en Thiérache). On y admire le savoir-faire des 800 ouvriers de l’importante usine de verrerie du village, de 1802 à 1937. Les déchets de verre tombaient des machines et des cuves. Les ouvriers pendant leur temps de pause s’amusaient - par passion de leur métier qui était un art - à transformer ces chutes de verre en objets décoratifs fins et travaillés. Rivalisant de créativité, de fantaisie et de virtuosité, les ouvriers faisaient de ces bousillés de véritables œuvres d’art. Un tour de main, et ce verre qui allait être jeté devenait une figurine, une lampe, un vase, un petit bijou de finesse ! Le curé du village - tiens, ce n’est pas anodin - découvrait chez ses paroissiens ces trésors de récupération. En 1967, 30 ans après la fermeture de l’usine, il a eu l’idée de les rassembler pour créer un musée associatif, aujourd’hui Mus’Verre en pleine expansion.

Voilà peut-être une allégorie du double rôle social et spirituel de l’Église : comme les verriers, transformer nos déchets en chef-d’œuvre, nos chutes en créations nouvelles ; comme le curé Louis Mériaux, valoriser ces transformations de déchets opérées par les gens pour redonner espoir et fierté.

Récupérer les chutes pour les transformer : le Livre de la Sagesse connaît cet usage des artisans, autrefois dédié aux idoles :

Une spiritualité zéro déchet dans Communauté spirituelle gland-jeux-toupies-bois-jouet« Malheureux, car ils espèrent en des choses mortes, ceux qui ont appelé ‘divinités’ des ouvrages de mains humaines, de l’or et de l’argent travaillés avec art, figurant des êtres vivants, ou une pierre quelconque, ouvrage d’une main d’autrefois ! Ainsi un bûcheron, qui a scié un arbre facile à transporter, il en a raclé toute l’écorce selon les règles, et, avec tout l’art qui convient, il a fabriqué un objet, pour les besoins de la vie courante. Les chutes de son ouvrage, il les a fait brûler pour préparer sa nourriture, puis il s’est rassasié. Quant à la chute qui ne pouvait servir à rien, ce bout de bois tordu et plein de nœuds, il s’est mis à le tailler pour occuper ses loisirs, et, en amateur, il l’a sculpté, il lui a donné une figure humaine ou la ressemblance d’un quelconque animal. Il l’a recouvert de vermillon, en passant la surface au rouge ; tous les défauts du bois, il les a recouverts. Il lui a fait une digne résidence et l’a installé dans le mur, bien fixé avec du fer. Il a pris grand soin qu’il ne tombe pas, le sachant incapable de se soutenir lui-même : ce n’est en effet qu’une image qui a besoin de soutien. Et pourtant, quand il prie pour acquérir des biens, pour se marier et avoir des enfants, il n’a pas honte de s’adresser à cet objet inanimé ; pour obtenir la santé, il invoque ce qui est faible » (Sg 13,10-17).

Au lieu de fabriquer des idoles en bois figées, les artisans chrétiens mettront tout leur savoir-faire à transformer les chutes en icônes…

La matière première des bousillés de nos parcours spirituels sont les inévitables chutes jalonnant notre vie chrétienne : qui peut prétendre un parcours sans rien à jeter ? La salle des bousillés du Mus’Verre nous dit qu’il est pensable de recycler nos déchets spirituels en merveilles de finesse et de transparence !

Prenez l’orgueil de Paul : il est bien servi de ce côté-là ! Eh bien, il réussit à le transformer en revendication de justice pour faire valoir ses droits à Rome et ainsi faire de la publicité (rendre publique) à sa foi chrétienne. Ou bien il se targue de sa naissance et de son éducation pharisienne pour clouer le bec aux nostalgiques de la Loi juive. Il devait être assez insupportable de caractère, au point que Barnabas se fâchera avec lui ! Ils seront obligés de se séparer : « L’exaspération devint telle qu’ils se séparèrent l’un de l’autre. Barnabé emmena Marc et s’embarqua pour Chypre » (Ac 15,39). Même ce trait de caractère servira finalement l’Évangile, puisque Barnabas deviendra un apôtre infatigable de son côté à Chypre, jusqu’au martyr.

Paul est conscient qu’une écharde est fichée dans sa chair (handicap ? maladie ?) : « ces révélations dont il s’agit sont tellement extraordinaires que, pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime » (2Co 12,7). Ce qui aurait pu conduire à sa perte devient finalement la source de son entière remise entre les mains de Dieu : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.’ C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure » (2Co 12,9).

Des bousillés, des échardes, qui n’en a pas ?
Plutôt que de nous lamenter, utilisons-les en les recyclant pour nous abandonner à Dieu.
Plutôt que de les nier, transformons-les en rappels de nos limites et freins à notre orgueil.
Plutôt que de nous y habituer, traitons-les comme nous traitons nos déchets : en triant nos poubelles spirituelles, en compostant nos ordures, en recyclant nos chutes…

 

L’inversion des ordures

20112472-entladen-lkw-in-einem-berg-von-m%C3%BCll bousillés dans Communauté spirituelle

Terminons par un phénomène étonnant. Selon Paul, plus nous évitons les déchets spirituels, plus nous sommes nous-mêmes considérés comme des déchets. Ainsi aux yeux du monde, nous devenons des balayures, des ordures, le rebut de l’humanité : « On nous calomnie, nous réconfortons. Jusqu’à présent, nous sommes pour ainsi dire l’ordure du monde, le rebut de l’humanité » (1Co 4,13).

Ordure et rebut : les mots sont forts ! Paul parle d’expérience : il est arrêté comme un criminel, méprisé comme un hérétique, traîné de geôle en geôle avec humiliation, puis décapité comme un citoyen déchu. Il incarne cette étrange inversion de perspective que tout chrétien rencontrera tôt ou tard : moins vous produirez de déchets spirituels, plus on vous regardera vous-même comme un déchet ! Car ne pas courir après la richesse peut paraître folie ; délaisser les honneurs c’est être très vite méprisé ; renoncer à ses privilèges est incompréhensible aux yeux du monde.

La source de bien des persécutions antichrétiennes aujourd’hui est en partie dans le rayonnement spirituel des baptisés qui gêne considérablement les pouvoirs en place. Les Romains caricaturaient les premiers chrétiens des catacombes en les décrivant adorer un crucifié à tête d’âne. Les régimes autoritaires de ce siècle les accusent de trahison à la patrie, à la religion nationale, et les menacent, les déportent, les éliminent comme on élimine les détritus.

Que la grâce du Christ nous soutienne pour progresser dans ce double dépouillement : ne plus produire de déchets spirituels ou du moins les recycler, affronter courageusement le mépris de ceux qui alors nous traiteront comme le rebut de l’humanité.

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Voici que je fais une chose nouvelle, je vais désaltérer mon peuple » (Is 43, 16-21)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Ainsi parle le Seigneur, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes, lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; les voilà tous couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, consumés comme une mèche. Le Seigneur dit : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Les bêtes sauvages me rendront gloire – les chacals et les autruches – parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer mon peuple, celui que j’ai choisi. Ce peuple que je me suis façonné redira ma louange. »

Psaume
(Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6)
R/ Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !
 (Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

Deuxième lecture
« À cause du Christ, j’ai tout perdu, en devenant semblable à lui dans sa mort » (Ph 3, 8-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens
Frères, tous les avantages que j’avais autrefois, je les considère comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ, et, en lui, d’être reconnu juste, non pas de la justice venant de la loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ, la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi. Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa Passion, en devenant semblable à lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts. Certes, je n’ai pas encore obtenu cela, je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.

Évangile
« Celui d’entre-vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à jeter une pierre » (Jn 8, 1-11)
Gloire à toi, Seigneur.
 Gloire à toi. Maintenant, dit le Seigneur, revenez à moi de tout votre cœur, car je suis tendre et miséricordieux. Gloire à toi, Seigneur. Gloire à toi. (cf. Jl 2, 12b.13c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus s’en alla au mont des Oliviers. Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre. Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
Patrick BRAUD

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27 février 2022

Mercredi des Cendres : notre Psaume 50

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Mercredi des Cendres : notre Psaume 50

Homélie du Mercredi des Cendres / Année C
02/03/2022

Cf. également :

Cendres : « Revenez à moi ! »
Cendres : une conversion en 3D
Cendres : soyons des justes illucides
Mercredi des Cendres : le lien aumône-prière-jeûne
Déchirez vos cœurs et non vos vêtements
Mercredi des cendres : de Grenouille à l’Apocalypse, un parfum d’Évangile
La radieuse tristesse du Carême
Carême : quand le secret humanise
Mercredi des Cendres : 4 raisons de jeûner
Le symbolisme des cendres

Voilà sans doute le psaume le plus utilisé par les chrétiens : chaque matin, des milliers de moines, moniales, clercs, religieux et religieuses commencent leur première prière du jour par ce verset : « Seigneur ouvre mes lèvres / et ma bouche annoncera ta louange ». Chaque vendredi matin, à l’office de Laudes, c’est ce même psaume 50 qui revient dans la liturgie. Chaque Mercredi des Cendres nous l’entendons à nouveau pour nous préparer à entrer en Carême avec la même disposition de cœur que celle du psalmiste. Pénitentiel par excellence, ce psaume 50 est donc au top du « Top 10 » du psautier !

Regardons-le de plus près, pour en discerner quelques enjeux actuels, notamment autour de la notion de péché.

 

S’orienter vers la fin ultime

Mercredi des Cendres : notre Psaume 50 dans Communauté spirituelle 27773748-ic%C3%B4ne-illustration-montrant-un-affichage-de-la-boussole-pointant-du-nordLes 2 premiers versets sont rarement indiqués sur nos feuilles de chant ! Pourtant ils conditionnent la lecture :
« Du maître de chant. Psaume de David.
Quand Natân le prophète vint à lui parce qu’il était allé vers Bethsabée ».
Le psaume est donc destiné au chef des chantres (לַמְנַצֵּ֗חַ, de la racine natsach = conduire en hébreu), c’est-à-dire celui qui conduit le chœur, qui le mène vers une exécution parfaite de l’œuvre musicale. En grec, la Septante a traduit ce terme par τέλος, telos = le but ultime, l’achèvement, la fin de toutes choses. Il y a donc un enjeu d’accomplissement ultime à chaque fois qu’un psaume est adressé au chef des chantres (55 fois !). Chanter le psaume, c’est hâter la fin ultime de toutes choses. Psalmodier, c’est ordonner sa vie entière à sa finalité la plus vraie. L’enjeu est donc de laisser le chant de cette prière transformer mes choix, ma manière de vivre, pour qu’elle s’ajuste toujours mieux à sa vocation ultime.

Psalmodier, c’est s’aligner sur le sens ultime de mon existence.

On retrouve ici la disposition intérieure d’Ignace de Loyola qui la conseillait pour entrer dans ses Exercices spirituels : « L’homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, notre Seigneur, et, par ce moyen, sauver son âme. Et les autres choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l’homme et pour l’aider dans la poursuite de la fin que Dieu lui a marquée en le créant. D’où il suit qu’il doit en faire usage autant qu’elles le conduisent vers sa fin, et qu’il doit s’en dégager autant qu’elles l’en détournent » (Exercices spirituels, Principe et Fondement).

 

L’auteur du psaume, c’est moi

a-IMG_0471rec-681x1024 Carême dans Communauté spirituelleL’auteur désigné est David. Les circonstances indiquées situent cette prière juste après que David ait pris conscience grâce au prophète Nathan de sa triple iniquité (2S 12) : adultère (il a couché avec Bethsabée, femme mariée), viol (il l’a forcée ; il est roi, il a tous les droits !), assassinat (il a organisé la mort du mari de Bethsabée, général d’armée, en l’envoyant au front en première ligne).
Insistons sur ce point : le psaume prend place après la prise de conscience par David de son triple péché. Rien ne sert de demander pardon tant qu’on n’a pas identifié la faute commise ! Il faut pour cela l’aide des autres (Nathan pour David) afin qu’ils nous ouvrent les yeux sur notre propre responsabilité : « cet homme (qui a péché avec Bethsabée) c’est toi », dira Nathan à David pour le sortir de sa fausse bonne conscience royale.

L’attribution de ce psaume à David pose pourtant quelques problèmes. Les derniers versets 20 et 21 semblent se situer après la catastrophe de la chute de Jérusalem, pendant l’exil à Babylone, puisqu’on y demande de reconstruire les murs de Jérusalem. Ce ne peut donc être David qui prie le verset 20. D’autres exégètes voient encore dans le verset 6 une difficulté pour l’attribuer à David : « contre toi et toi seul j’ai péché ». Or David a péché d’abord contre Bethsabée et Uri en leur faisant du mal ! Une solution en deux temps existe pour résoudre ce problème de l’attribution du psaume :
– c’est bien David, car le roi n’a de comptes à rendre qu’à Dieu de par ses prérogatives. Il demande d’être libéré du sang versé, celui d’Uri (v. 16). Il enseigne au peuple (v. 15).
– par la suite, les croyants se sont approprié cette supplication royale, notamment en temps d’exil à Babylone pour espérer un retour à Jérusalem et la reconstruction de son Temple.

Nous mettons donc nos pas de priants dans ceux du grand roi David, si prestigieux et pourtant pécheur de tant de manières. C’est moi qui ai versé le sang, c’est moi qui ai fait le mal : je ne suis pas plus grand que David, alors je fais mienne sa prière pour tenir bon dans les exils qui sont les miens.

 

Nos 3 façons de pécher

Tel que nous le lisons en entier, le psaume 50 est admirablement construit : selon une structure classique avec une belle symétrie à A-B-A’ qui met en évidence la pointe du texte, le verset 11 :

Ps 50 Structure

Quand on regarde de près le texte hébreu, on constate que 3 mots, 3 racines sont utilisées pour désigner l’acte de pécher :

 

1. Hatta’t : manquer sa cible

archer-orientant-la-cible-12495721 cendresLa racine hébreu חַטָּאָה = chatta’ah est employée 7 fois dans notre psaume 50. Elle signifie : manquer sa cible. 7 est bien sûr le chiffre de la première création en 7 jours. Notre condition de créature est ici évoquée de manière réaliste à travers l’inévitable répétition de nos manquements, 7 fois par jour comme l’écrit symboliquement Pr 24,16 : « le juste tombe 7 fois mais se relève, alors que les méchants s’effondrent dans le malheur ». Celui qui croirait être à l’abri de toute démarche pénitentielle ferait bien de se répéter : « le juste tombe 7 fois par jour ». Celui qui désespérerait sous le poids de ses fautes se redira : « le juste tombe 7 fois par jour et se relève ». Le réalisme biblique devant la condition humaine nous évite d’idéaliser notre action comme d’en désespérer. Impossible de ne pas commettre le mal ; mais c’est possible de s’en relever ! Le verset 7 le dit avec la froideur d’un constat scientifique : « j’étais pécheur dès le sein de ma mère ». Car la vie intra-utérine est déjà une vie relationnelle, où les interactions avec la mère d’abord, et l’univers à travers elle, marquent le futur être humain, en positif comme en négatif. Les rousseauistes qui prétendent que l’homme naît bon puis est abîmé par la société en sont pour leurs frais ! Les jansénistes également, qui prétendaient notre noirceur incurable.

Manquer sa cible : peut-être pouvons-nous retenir cette définition de notre péché. La bonne nouvelle est que le désir humain n’est pas condamné, au contraire ! Il se trompe de cible, comme Don Juan se trompe lui-même en multipliant les aventures amoureuses. L’élan à la base du péché n’est pas mauvais en soi : il suffit de lui donner une autre cible ! Il suffit d’assigner un autre sens à notre existence, un but différent à nos décisions, une finalité meilleure à notre quête. À l’archer qui manque sa cible il n’est pas demandé de casser son arc, mais de mieux viser, ou de mieux choisir sa cible.

Voilà pourquoi Jésus aimait tant les pécheurs et préféraient leur compagnie à celle des purs et des parfaits : au moins eux ont des désirs forts, au moins eux cherchent quelque chose intensément ! Certes ils se trompent de cible, mais ce sera plus facile de réorienter leur énergie vitale chez eux que de la ressusciter chez les pharisiens et les scribes… Aujourd’hui encore, les pécheurs recèlent plus d’humanité et de soif d’absolu que les gardiens figés d’une morale majoritaire…

Chatta’ah : quelle cible allons-nous choisir ? Quand nous arrive-t-il de la manquer ? Nous faut-il la maintenir ou en changer ?

 

2. Avon : tordre le réel

ca5384_9d3be3fe58c94975b7950deafc99b0a0~mv2 DavidLe deuxième terme employé par le psaume 50 pour décrire notre péché vient de la racine hébreu : עָוֹן = avon, qui signifie tordre, pervertir. Le pécheur est dans le déni, comme David ne voulant pas voir son triple crime en toute bonne conscience. Notre péché appelle bien ce qui est mal, lumière ce qui est obscur. Pensez à l’avortement que l’idéologie dominante actuelle présente comme un acquis des Droits de l’Homme ; ou bien à l’esclavage autrefois présenté comme naturel et juste ; ou bien à la ‘vérité’ soviétique (pravda) qui appelait ‘progrès’ les purges staliniennes etc.

Nous sommes, chacun, capables de tordre le réel pour le faire entrer de force dans nos catégories, nos préjugés, nos visions idéologiques. La perversité du mal n’est pas tant dans le vicieux qui se cache que dans les puissants qui osent dire au grand jour que le mal est un bien. Ou qui cachent les terribles conséquences de leurs décisions, comme Mao ou Pol Pot cachaient leurs dissidents dans des camps de ‘rééducation’. Comme Poutine accusant les Ukrainiens ‘nazis’de ‘génocide’ envers les russophones…
Faire du tort à quelqu’un, c’est tordre la relation avec lui jusqu’à lui faire mal.

Avon : quand tordons-nous le réel pour qu’il se plie à nos intérêts, à nos idées, à nos habitudes ?

 

3. Pesha : rompre la relation avec Dieu

Le troisième terme utilisé pour le péché dans le psaume 50 est פֶשַׁע = pesha, qui signifie transgression, rébellion. Le mot vise surtout le résultat de cette transgression : le pécheur se détourne de Dieu et ne veut plus rien à voir avec lui. Cette rupture de la relation est une mort spirituelle. Un peu comme le fils prodigue qui a claqué la porte est mort à l’amour de son père. Ou comme Judas qui coupe les ponts et se condamne lui-même.

Péter un câble

C’est donc que le péché est d’abord théologal avant d’être moral : « contre toi (Dieu) et toi seul j’ai péché » (v. 6). C’est dans le cadre de la relation à Dieu qu’il y a péché. Hors de cette dimension spirituelle, il n’y a pas péché, mais faute morale ou infraction légale. En rigueur de terme, un athée ne peut pas pécher ! Distinguer le péché de l’immoral ou de l’illégal est essentiel ! C’est toute la différence entre le pardon et l’excuse. Le croyant devant Dieu peut se reconnaître pécheur là où le citoyen ne se reconnaîtra aucune infraction devant la morale ou la loi. Et inversement, il y a des infractions à la moralité ou à la légalité qui ne sont pas des péchés (pensez à l’objection de conscience, à la désobéissance civile, au refus des coutumes barbares etc.).
C’est devant Dieu que nous péchons.
La conséquence du péché est la rupture de relation avec lui ; le fruit du pardon est le rétablissement d’une communion plus grande donnée par-delà la séparation (par–donnée).

La première racine chatta’ah (faute) se trouve 7 fois dans le psaume Les deux autres racines décrivant le péché, avon et pesha s’y trouvent chacune 3 fois, comme on trouve aussi trois fois la racine ÇDQ qui désigne la justice et le juste (tsedaqah). C’est bien l’action de Dieu qui fait du pécheur un juste, au moyen des trois attributs divins cités : la grâce, la bonté, la tendresse. Trois attributs cités une fois et une seule, comme la racine QDSh de la sainteté : seul le Dieu unique est trois fois saint.

 

Offrir le vrai sacrifice

Un prêtre de l’Israël antique amène un animal à l’autel pour le sacrifierUn mot pour finir sur le verset 21 : « alors tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ; alors on offrira des taureaux sur ton autel ».
Offrir des taureaux sur l’autel de Jérusalem semble contredire le verset précédent : « si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste » (v. 18). Et qui est le sujet de cette offrande qui soudain est au pluriel alors qu’avant c’est David (moi) qui prie au singulier ?
Une première explication – on l’a vu – est d’attribuer ce verset aux juifs de l’exil à Babylone, qui s’appropriaient la prière de David et y rajoutaient leur espérance du Temple rebâti à Jérusalem.

Une autre exégèse va regarder de près le mot employé pour l’objet du sacrifice : פָרִֽים = parim en hébreu. On peut le traduire par taureaux comme le fait la liturgie en s’appuyant sur les 5 autres usages similaires du mot hébreu dans la Bible (Nb 23,1 ; 23,29 1Ch 15,26 2Ch 29,21 Jb 42,8). On peut également le traduire par « sacrifice de louange », en allant copier-coller le 4° usage du mot (chez le prophète Osée) : « enlève tous nos péchés, reçois-nous dans ton amour, et nous t’offrirons en sacrifice (parim) les paroles de nos lèvres » (Os 14,2-3), qui est sur la même ligne que notre psaume. On a alors l’annonce du peuple sacerdotal célébré par le Nouveau Testament : chacun et tous peuvent offrir des sacrifices d’action de grâces par la louange de leurs lèvres ! Tous, pas seulement David. Par des paroles et un cœur contrit et non par des taureaux. La traduction serait alors : chacun t’offrira le sacrifice d’action de grâces par la louange de ses lèvres. Ce qui est bien plus cohérent avec l’ensemble du psaume 50, et notamment les versets 16-19. Ce qui annonce l’eucharistie chrétienne où tous s’offrent sur l’autel avec le Christ, par lui et en lui (et pas seulement le prêtre, et pas seulement l’hostie).
Quel dommage que la traduction liturgique n’ait pas eu  cette audace !

 

Conclusion

Manquer sa cible / tordre le réel / rompre la relation : passons à ce triple tamis du Psaume 50 nos actions et nos pensées de ce jour, et nous prendrons conscience comme David de ce pourquoi nous allons recevoir les cendres du Carême…

 

Lectures de la messe

Première lecture
La profession de foi du peuple élu (Dt 26, 4-10)

Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple : Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes, le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu. Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen nomade, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse. Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage. Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression. Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte à main forte et à bras étendu, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges. Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel. Et maintenant voici que j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

Psaume
(Ps 90 (91), 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab)
R/ Sois avec moi, Seigneur, dans mon épreuve. (cf. Ps 90, 15)

Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut
et repose à l’ombre du Puissant,
je dis au Seigneur : « Mon refuge,
mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

Le malheur ne pourra te toucher,
ni le danger, approcher de ta demeure :
il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins.

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres ;
tu marcheras sur la vipère et le scorpion,
tu écraseras le lion et le Dragon.

« Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ;
je le défends, car il connaît mon nom.
Il m’appelle, et moi, je lui réponds ;
je suis avec lui dans son épreuve. »

Deuxième lecture
La profession de foi en Jésus Christ (Rm 10, 8-13)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, que dit l’Écriture ? Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. En effet, l’Écriture dit : Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Évangile
« Dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où il fut tenté » (Lc 4, 1-13)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. 
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »
Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »
Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Patrick BRAUD

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