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1 février 2015

“Charlie Hebdo”: la revue de presse des prises de position philosophiques

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min
“Charlie Hebdo”: la revue de presse des prises de position philosophiques

Cédric Enjalbert, sur le site de Philosophie Magazine, avait réalisé à chaud une petite revue de presse des différentes relectures philosophiques qui ont été faites de l’événement des attentats contre Charlie Hebdo :

http://www.philomag.com/lepoque/breves/charlie-hebdo-la-revue-de-presse-des-prises-de-position-philosophiques-11011

Intéressant à relire après coup, et pertinent, comme toujours avec cette revue.

 

Le 13/01/2015

Mahomet en une du Charlie Hebdo du mercredi 14 janvier 2015

L’attentat qui a visé la rédaction de “Charlie Hebdo” mercredi 7 janvier 2015 n’a pas seulement suscité un émoi sans précédent dans le pays. Cette atteinte à l’un des fondements de la République et à un pan de l’esprit français des Lumières – l’impertinence de la satire – a immédiatement alimenté une masse d’interprétations philosophiques dans les médias. Tour d’horizon de ces prises de positions.

 

Liberté contre sécurité

« Un attentat abominable » qui doit « nous ouvrir les yeux ».C’est ainsi que s’exprime Pascal Bruckner dans Le Figaro, le soir de l’attentat qui a fait douze morts à la rédaction de Charlie Hebdo. Ouvrir les yeux, soit. Sur quoi? Sur la « complaisance coupable » que la société aurait à l’égard de l’islam radical selon l’essayiste, pour lequel « le seul moyen de combattre ce genre de menace est d’étendre le pouvoir de la police »

Contre ces mesures d’exception nullement souhaitables et contre tout risque de dérive sécuritaire, Robert Badinter réitère la mise en garde« Les terroristes nous tendent un piège politique ». Car « ce n’est pas par des lois et des juridictions d’exception qu’on défend la liberté contre ses ennemis. Ce serait là un piège que l’histoire à déjà tendu aux démocraties. »

Dont acte. À l’unisson de l’ancien Garde des sceaux, Bernard-Henri Lévy reprend avec emphase« La France doit – se doit – de mettre en œuvre un antiterrorisme sans pouvoirs spéciaux, un patriotisme sans Patriot Act, une gouvernementalité qui ne tombera dans aucun des pièges où manquèrent de se perdre les États-Unis de l’après-11-Septembre. »


 

Un 11-Septembre français?

Le spectre d’un 11-Septembre français hante quelques esprits. L’analogie tente Alain Finkielkraut qui identifie au micro d’Élisabeth Lévy pour Causeur.fr, dans l’attaque terroriste qui a bouleversé le pays, une « césure historique »Michel Onfray se livre, lui, dans Le Point à une ample analyse géopolitique du dramatique événement, dans la foulée du Tweet dont il s’est fendu dans l’urgence: « Mercredi 7 janvier 2015 : notre 11-Septembre ». Il creuse l’analogie: « À qui peut-on faire croire qu’hier le régime des talibans en Afghanistan, celui de Saddam Hussein en Irak ou de Kadhafi en Libye, aujourd’hui celui des salafistes au Mali ou du califat de l’État islamique menaçaient réellement la France avant que nous ne prenions l’initiative de les attaquer ? Que maintenant, depuis que nous avons pris l’initiative de les bombarder, ils ripostent, c’est, si l’on me permet cette mauvaise formule, de bonne guerre ! »
 


 

Mauvaise formule et ressemblance trompeuse comme le souligne notamment Régis Debray au micro d’Europe 1 et le chercheurOlivier Roy, spécialiste de l’Islam. Selon ce dernier, « l’enjeu, au-delà d’une dimension purement sécuritaire qui est parfaitement gérable (non, il ne s’agit pas du 11-Septembre français, – un peu de tenue et de retenue !), est celui de la présence musulmane en France. »

Il poursuit, distinguant les deux discours qui se partagent l’espace public. Le premier entend démontrer que le terrorisme n’est que« l’expression exacerbée d’un “vrai” islam qui se ramènerait en fait au refus de l’autre, à la suprématie de la norme (charia) et au djihad conquérant ». Le second, plus minoritaire, renvoie à l’Islam dit des Lumières, progressiste, qui incarnerait « une religion de paix et de tolérance ». Or « Les deux discours opposés sont fondés en fait sur le même fantasme d’une communauté musulmane imaginaire. Il n’y a pas de communauté musulmane, mais une population musulmane. Admettre ce simple constat serait déjà un bon antidote contre l’hystérie présente et à venir. »

Ali Benmakhlouf cite à son tour Olivier Roy dans les dix points qu’il dresse pour « éviter quelques crampes mentales pouvant naître à la suite des évènements meurtriers qui se sont produits dans les locaux de Charlie Hebdo, en pleine rue à Montrouge et dans l’épicerie casher de la porte de Vincennes. » Parmi eux, cesser de « faire de l’islam un critère explicatif des malaises ou des difficultés que rencontre la société française » et « éviter de mettre quelqu’un ou de se mettre soi-même dans la boîte miniaturisée de l’appartenance religieuse. »

Réforme spirituelle

Abdennour Bidar renchérit sur cette absence d’unité, qu’il faut cultiver et enrichir comme antidote au fanatisme ainsi qu’aux délires religieux et racistes. L’auteur de la Lettre ouverte au monde musulman, publiée le 9 janvier 2015, écrit : « Il y a en Terre d’islam et partout dans les communautés musulmanes du monde des consciences fortes et libres, mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans assurance […]. Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l’une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l’un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier. » 

Et l’auteur de conclure sa lettre par un appel à une réforme spirituelle, à laquelle Étienne Balibar appelle lui aussi : « À l’exploitation de l’islam par les réseaux djihadistes – dont, ne l’oublions pas, des musulmans partout dans le monde et en Europe même sont les principales victimes – ne peut répondre qu’une critique théologique, et finalement une réforme du “sens commun” de la religion, qui fasse du djihadisme une contre-vérité aux yeux des croyants. Sinon, nous serons tous pris dans le mortel étau du terrorisme, susceptible d’attirer à lui tous les humiliés et offensés de notre société en crise, et des politiques sécuritaires, liberticides, mises en œuvre par des États de plus en plus militarisés. Il y a donc une responsabilité des musulmans, ou plutôt une tâche qui leur incombe. Mais c’est aussi la nôtre, non seulement parce que le “nous” dont je parle, ici et maintenant, inclut par définition beaucoup de musulmans, mais aussi parce que les chances d’une telle critique et d’une telle réforme, déjà ténues, deviendraient carrément nulles si nous nous accommodions encore longtemps des discours d’isolement dont, avec leur religion et leurs cultures, ils sont généralement la cible. »

DJihad, c’est l’un des trois mots explorés par le philosophe « pour les morts et les vivants », aux côtés de communauté et d’imprudence. Communauté – préférée à « union nationale », un concept qui « n’a pratiquement jamais servi qu’à des buts inavouables : imposer le silence aux questions dérangeantes et faire croire à l’inévitabilité de mesures d’exception » – dont la France a fait la preuve ce dimanche 11 janvier. En descendant dans les rues, des millions de citoyens républicains ont retrouvé, au propre comme au figuré selon la formule du médiologue Régis Debray invité de France Culture, le « chemin de la République à la Nation ».

Imprudence, est le troisième terme posé par Étienne Balibar, sur lequel il faudra continuer de se pencher pour comprendre comment articuler le « mépris du danger » des tenants courageux de la liberté d’expression et leur « indifférence envers les conséquences éventuellement désastreuses d’une saine provocation ».

Liberté d’offenser

Le philosophe Ruwen Ogien propose une précision philosophique pour mener à bien cette tâche d’utilité démocratique, se demandant : « Que reste-t-il de la liberté d’offenser ? » dans Libérationopérant une distinction entre la liberté d’offenser contenue dans la liberté d’expression et le préjudice. « Il serait difficile en effet de défendre la liberté d’expression sans reconnaître la pleine liberté d’offenser, celle que l’équipe décimée de Charlie Hebdo a si bien pratiquée en se moquant des croyances absurdes et des préjugés racistes ou xénophobes, sans jamais causer le moindre préjudice concret à qui que ce soit en particulier. » 

À en croire la prochaine couverture du numéro exceptionnel de Charlie Hebdoà paraître demain, la rédaction meurtrie n’a rien perdu de sa liberté, d’expression et d’offenser, elle qui représente le prophète larme à l’oeil, une pancarte à la main. Y est inscrit : « Je suis Charlie ». Et au-dessus, surmontant ironiquement l’ensemble: « Tout est pardonné ». Ce pied de nez à la bêtise et au fanatisme sera tiré à trois millions d’exemplaires et distribué partout en Europe dès mercredi.

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21 janvier 2015

Qui est votre Ananie ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 00 min

Qui est votre Ananie ?

Fête de la Conversion de St Paul
Dimanche 25 Janvier 2014 – Année B

cf. également : Quel Éli élirez-vous ?

Qui est votre Ananie ?

Saint Paul raconte sa conversion par 3 fois !  : Ac 9, 1-19 / Ac 22, 1-21 / Ac 26, 1-29. C’est donc que c’est pour lui le vrai tournant de son existence. A l’écouter, on est frappé de l’importance jouée par ce personnage nommé Ananie, ce syrien de Damas, inconnu autrement des Écritures. Ananie a joué pour Paul le rôle de « frère aîné dans la foi », dirait-on avec nos mots actuels.

C’est grâce à Ananie – dont le nom signifie : ‘Dieu est favorable’ – que des écailles tombèrent des yeux de Saul et qu’il retrouva la vue. Ce qui veut dire sans doute qu’Ananie a aussi éclairé Paul sur la lecture des Écritures et son aveuglement d’autrefois.

C’est grâce à Ananie et par lui qu’il est baptisé, car Paul ne peut se baptiser tout seul : il découvre que c’est l’Église qui le baptise, cette même Église qu’il persécutait avant…

C’est grâce à Ananie qu’il prend de la nourriture, lui qui ne pouvait plus rien avaler depuis ce choc intérieur sur la route de Damas. Ananie le sauve de l’anorexie, tant physique que spirituelle, en lui donnant les aliments de la foi. On pense à la nourriture que l’on donne depuis toujours aux catéchumènes pour les fortifier sur leur route vers le baptême : l’imposition des mains lors des scrutins du Carême, la transmission du Notre Père et du Credo, la remise du livre des Évangiles…

Il est intéressant de ne pas dissocier Paul d’Ananie, ni Ananie de Paul.
Paul ne serait jamais devenu chrétien sans ce syrien, cet étranger de passage dans sa vie suite à une chute célèbre sur le chemin de Damas…

Il est intéressant également de se souvenir de l’autre Ananie, qui avec sa femme Saphire  a voulu tricher avec le partage dans la première communauté chrétienne de Jérusalem (Ac 5, 1-11) : là où l’Ananie de Paul donnera gratuitement (le baptême, la grâce), l’Ananie de Saphire a menti et gardé pour lui ce qu’il voulait soustraire au partage…

 

Et vous, qui a été votre Ananie ?

Qui est votre Ananie ? dans Communauté spirituelleFaites mémoire dans votre prière de ceux et celles qui ont joué ce rôle « d’aîné dans la foi » pour vous. Rendez grâce dans l’Eucharistie pour ces visages qui sont passés dans votre vie, quelquefois très vite, mais à qui vous devez tant…

Alors vous pourrez devenir à votre tour, un Ananie pour vos frères !

Comment ?

En acceptant de vous laisser envoyer vous aussi vers des étrangers et des gens de passage.

En surmontant votre peur de l’autre, comme Ananie surmontant sa peur du persécuteur juif qu’était Saul avant d’être Paul.

En accompagnant les catéchumènes et les chercheurs de Dieu d’aujourd’hui.

En les éclairant avec l’Évangile, en les nourrissant de la foi de l’Église, en leur redonnant des forces par un soutien fraternel…

Car Ananie symbolise le lien indissoluble qui existe entre Jésus et son Église.

Une même phrase revient dans les 3 récits que Paul fait de sa conversion : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes ». Impossible d’être plus clair sur le lien qui unit le Christ-Tête à son Corps qu’est l’Église ! Faire du mal à l’Église, en paroles ou en actes, c’est persécuter Jésus lui-même. Mépriser l’Église, c’est faire insulte au Christ en personne. Serait-ce aimer que d’aimer la Tête de quelqu’un sans aimer son corps ? Et réciproquement… Imaginez – disait Saint Augustin – que vous vous approchez du Christ pour l’embrasser au visage alors que vous lui écrasez les pieds avec de gros souliers ferrés. Eh bien – s’écriait St Augustin – « le Christ criera plus fort pour ses pieds qu’on écrase que pour sa tête qu’on honore » !

Impossible d’être chrétien sans Église dans l’expérience de Paul, impossible d’être croyant sans avoir de lien avec une communauté, car le Christ et l’Église sont unis comme la Tête et le Corps, comme l’Époux et l’Épouse…

Cette découverte est tellement énorme pour Paul qu’il la raconte 3 fois dans le livre des Actes ! Trois fois, avec des variantes, des différences, et des points communs. Car celui qui a vécu une expérience forte de conversion ne se lasse pas de raconter ce qui lui est arrivé. Il en a besoin : pour lui-même, afin de mettre des mots sur cette rencontre éblouissante ; pour les autres, afin de les inviter eux aussi à raconter les grands virages, les grands tournants de leur existence. Avec les années, ce même récit se transforme : on se souvient d’autre chose, on mesure mieux la portée de tel détail, on va y puiser d’autres courages…

Et vous, pouvez-vous faire le récit des grands tournants de votre existence ?

Quand s’est-il passé pour vous quelque chose qui ressemble au chemin de Damas pour Paul ?

Ne dites pas : ‘moi je n’ai rien à raconter ; je n’ai rien vécu d’extraordinaire.’ Souvenez-nous de la ferveur première de votre couple si vous êtes à deux, souvenez-vous des premières expériences de la mort, de la beauté du monde, de la grandeur de votre moi intérieur, de la brûlure de certains textes bibliques… Racontez-vous à vous-mêmes, puis racontez à d’autres, les chutes éblouissantes qui vous ont laissé le souffle court, les yeux aveuglés, l’estomac noué devant l’indicible…

 

Alors vous retrouverez les Ananie qui on jalonné votre route.

Alors vous pourrez devenir des Ananie pour vos frères…

 

 

1ère lecture : Saint Paul raconte sa conversion (Ac 22, 3-16)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
Paul, menacé de mort par les Juifs de Jérusalem leur parlait ainsi : « Je suis Juif : né à Tarse, en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville, j’ai reçu, à l’école de Gamaliel, un enseignement strictement conforme à la Loi de nos pères ; je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse, comme vous le faites tous aujourd’hui. J’ai persécuté à mort les adeptes de la Voie que je suis aujourd’hui ; je les arrêtais et les jetais en prison, hommes et femmes ; le grand prêtre et tout le conseil des Anciens peuvent en témoigner. Eux-mêmes m’avaient donné des lettres pour nos frères et j’étais en route vers Damas : je devais faire prisonniers ceux qui étaient là-bas et les ramener à Jérusalem pour qu’ils subissent leur châtiment. 

Donc, comme j’étais en route et que j’approchais de Damas, vers midi, une grande lumière venant du ciel m’enveloppa soudain. Je tombai sur le sol, et j’entendis une voix qui me disait : ‘Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?’ Et moi je répondis : ‘Qui es-tu, Seigneur ? — Je suis Jésus le Nazaréen, celui que tu persécutes.’ » Mes compagnons voyaient la lumière, mais ils n’entendaient pas la voix de celui qui me parlait, et je dis : ‘Que dois-je faire, Seigneur ?’ Le Seigneur me répondit : ‘Relève-toi, va jusqu’à Damas, et là on t’indiquera tout ce qu’il t’est prescrit de faire.’ Comme je n’y voyais plus, à cause de l’éclat de cette lumière, mes compagnons me prirent par la main, et c’est ainsi que j’arrivai à Damas. Or, Ananie, un homme religieux et fidèle à la Loi, estimé de tous les Juifs habitant la ville, vint me trouver et, arrivé auprès de moi, il me dit : ‘Saul, mon frère, retrouve la vue.’ Et moi, au même instant, je retrouvai la vue, et je le vis. Il me dit encore : ‘Le Dieu de nos pères t’a destiné à connaître sa volonté, à voir celui qui est le Juste et à entendre la parole qui sort de sa bouche. Car tu seras pour lui, devant tous les hommes, le témoin de ce que tu as vu et entendu. Et maintenant, pourquoi hésiter ? Lève-toi et reçois le baptême, sois lavé de tes péchés en invoquant le nom de Jésus.’ »

Psaume : Ps 116, 1,2
R/ Allez par le monde entier annoncer la Bonne Nouvelle !

Louez le Seigneur, tous les peuples ;
fêtez-le, tous les pays !

Son amour envers nous s’est montré le plus fort ;
éternelle est la fidélité du Seigneur !

Evangile : « Allez dans le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle » (Mc 16, 15-18)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Gloire au Christ qui est au dessus de tout, Dieu béni éternellement ! Alléluia. (Rm 9, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
Jésus ressuscité dit aux onze Apôtres :
« Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création.
Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné.
Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »
Patrick BRAUD

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11 janvier 2015

Prier pour les victimes, prier pour les assassins

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 19 h 57 min

Prier pour les victimes, prier pour les assassins


Deux messages d’autorités religieuses, parmi tant d’autres, appellent à prier bien sûr pour toutes les victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo et leurs familles, mais aussi à prier pour leurs assassins. Car la pointe du christianisme, que nulle autre religion n’ose affirmer ainsi, est bien d’aimer ses ennemis : seul l’amour peut vaincre la haine.

 « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,  bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament » (Lc 6,27-28).

« Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense alors sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants » (Lc 6,35).

 

« Nous avons ensemble quelque chose à défendre »

Mgr. André Vont Trois, cardinal archevêque de Paris, dans un message qui a été lu dans les paroisses de Paris ce dimanche, s’adresse en fait à toute la nation qu’il appelle à l’unité et non à « la haine ».

Initiative rare mais liée aux circonstances dramatiques que traverse la France le cardinal André Vingt-Trois a publié samedi un message qui a été lu dans toutes les paroisses du diocèse de Paris à l’issue des messes de dimanche.

 

Le cardinal André Vingt-Trois a publié un message qui sera lu dans toutes les paroisses

A r c h e v ê c h é d e P a r i s
Aux catholiques de Paris
Paris, le 10 janvier 2015

Notre pays, notre ville de Paris en particulier, ont été cette semaine le théâtre d’actes de violence et de barbarie inouïes. Depuis de nombreuses années pour nous, la guerre, la mort, c’était toujours ailleurs même si, pendant ce temps, des soldats français étaient engagés en différents pays pour essayer d’apporter un peu de paix. Certains l’ont payé de leur vie.
Mais la mort violente s’est invitée brusquement chez nous. En France, et bien au-delà de nos frontières, tous sont en état de choc. La majeure partie de nos concitoyens ont vécu cette situation comme un appel à redécouvrir un certain nombre de valeurs fondamentales de notre République comme la liberté de religion ou la liberté d’opinion. Les rassemblements spontanés
de ces derniers jours ont été marqués par un grand recueillement, sans manifestation de haine ni de violence. La tristesse du deuil et la conviction que nous avons ensemble quelque chose à défendre unissent les Français.

Une caricature, même de mauvais goût, une critique même gravement injuste, ne peuvent être mises sur le même plan qu’un meurtre. La liberté de la presse est, quel qu’en soit le coût, le signe d’une société mûre. Que des hommes nés dans notre pays, nos concitoyens, puissent penser que la seule réponse juste à une moquerie ou une insulte soit la mort de leurs auteurs place notre société devant de graves interrogations.

Que des Français juifs paient encore une fois un tribut aux troubles qui agitent notre communauté nationale redouble encore leur gravité. Nous rendons hommage aussi aux policiers morts en exerçant jusqu’au bout leur fonction.

J’invite les catholiques de Paris à prier le Seigneur pour les victimes des terroristes, pour leurs conjoints, pour leurs enfants et leurs familles. Prions aussi pour notre pays : que la modération, la tempérance et la maîtrise dont tous ont fait preuve jusqu’à présent se confirment dans les semaines et les mois qui viennent ; que personne ne se laisse aller à l’affolement ou à la haine ; que nul ne se laisse aller à la facilité d’identifier quelques fanatiques avec une religion tout entière. Et prions aussi pour les terroristes qui découvrent la vérité du jugement de Dieu. Demandons la grâce d’être des artisans de paix. Il ne faut jamais désespérer de la paix, si on construit la justice.

+ André cardinal VINGT-TROIS
Archevêque de Paris

Source : 

http://www.paris.catholique.fr/IMG/pdf/message_du_cardinal_vingt-trois_aux_paroisses_-_messes_du_10_et_11_janvier_2015.pdf

 

  L’église épiscopalienne anglaise a également publié ce message :   We Are All Charlie’  

Thursday, January 8, 2015

Via Episcopal News Service and the Convocation of Episcopal Churches in Europe, the Rt. Ret. Pierre Whalon writes about the terrorist attack on Charlie Hebdo:

 Prier pour les victimes, prier pour les assassins dans Communauté spirituelle I%20Am%20Charlie1

Alors même que j’écris ces mots, des manifestations spontanées pour les victimes se déroulent partout en France, montrant que cette tentative de division et d’intimidation a échoué. Charlie Hebdo est un journal satirique, certes, une revue qui se moque des religions, y compris la mienne. Mais il se moque également de toutes sortes de sujets et de personnalités. Ils sont dans leurs droits. La liberté d’expression est le seul garant de la liberté elle-même, y compris la liberté de culte.

Après l’attentat couard ici à Paris aujourd’hui contre la revue, avec l’exécution à bout portant d’un policier blessé, les premières voix à s’élever pour exprimer leurs colères étaient les imams musulmans. Parmi eux se trouvait l’Imam Hassen Chalghoumi, que je connais et que j’admire depuis des années. Je le rejoins pour déplorer cette attaque impie, “indigne de l’islam,” et je répète son appel de ne pas faire l’amalgame entre ces “criminels” et l’islam.

J’appelle toute personne de bonne volonté de prier pour le repos des victimes, pour leurs familles et leurs amis, dont la vie a changé ce matin pour toujours.

Il nous faut aussi prier pour les assassins, qu’ils se retournent contre la violence et se rendent. Et nous devons aussi accompagner nos prières par l’action, pour que la nation puisse guérir et la solidarité se renforcer.

 ‘Nous sommes tous Charlie.’

Source : http://www.livingchurch.org/we-are-all-charlie

 

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7 janvier 2015

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 00 min

Le plongeur de Dieu


Homélie du Baptême du Seigneur
Dimanche 11 Janvier 2014 – Année B

cf. également :

« Laisse faire » : éloge du non-agir

Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »

« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus

Lot de consolation

 

En cette froide et (enfin !) neigeuse saison d’hiver, transportons-nous par la pensée en plein été, au bord d’une immense piscine bleu lagon…

Souvenez-vous des jeux d’eau que l’on organise pour les enfants au bord de la piscine.

Un de ces jeux consiste à laisser tomber des billes au fond de la piscine, et les enfants doivent plonger pour aller les repêcher. Pour y arriver, ils plongent le plus profond possible, jusqu’à toucher le carrelage du fond, ramasser la bille, et remonter ensuite en donnant un vigoureux coup de pied contre le fond de la piscine.

 

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu dans Communauté spirituelle 

C’est ce que l’Esprit fait faire à Jésus aujourd’hui dans le Jourdain.

Il lui donne assez de souffle pour plonger au plus profond de notre humanité, se ranger dans la file des pécheurs publics sans se noyer dans le péché. Il lui donne assez d’amour pour aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus, comme le plongeur ramassant l’objet perdu au fond de l’eau…

Au sud du lac de Tibériade, l’endroit où Jésus est plongé dans le Jourdain n’est pas une belle piscine d’eau immaculée, mais le lieu où l’eau est la plus polluée par les villes du bord du lac, car tous les égouts y convergent. Dans son baptême, Jésus accepte donc de « faire les poubelles » de l’humanité, d’être compté parmi les pécheurs. Il descend au plus bas, au plus sordide. Il descendra même aux enfers, au séjour des morts, nous dit le Credo, pour que même les morts remontent à la surface dans le sillage de ce plongeur étonnant.

 

 cf. Yardén : le descendeur


Voilà – dès le début de l’évangile de Marc – de quoi nous révéler la véritable identité de Jésus.

- Parce qu’il est le Fils bien-aimé, il peut aller rejoindre ceux qui ne se croient plus des fils/filles.

- Parce qu’il est rempli d’Esprit (ruah = souffle en hébreu) Saint, il peut faire corps avec ceux qui sont à bout de souffle et désespèrent d’eux-mêmes.

- Parce qu’il est l’Homme en plénitude, il n’a pas peur de se ranger avec ceux qu’on ne considère plus comme des êtres humains (les silhouettes fantomatiques qui errent au milieu de nos poubelles pour y récupérer de quoi survivre…).

 

C’est pour sauver ceux qui étaient perdus que Jésus descend dans cette décharge publique, dans cette poubelle de l’humanité qu’était devenu le Jourdain à l’endroit du baptême de Jean. Pourquoi lui refuserais-je de descendre aujourd’hui dans ma déchetterie intérieure, dans ces zones d’ombre en moi, où moi-même je n’ose plus m’aventurer ?

C’est pour sauver ceux qui étaient perdus que le Christ n’a cessé toute sa vie d’aller au plus bas de la condition humaine : en accueillant les putains, les collabos, les mendiants, les samaritains (ces hérétiques), les païens (ces étrangers), les lépreux (ces impurs).
Descendant toujours plus bas, le Christ a fait corps avec l’homme abîmé, dégradé par le mal commis ou subit. Saint Paul dira : « Il a été fait péché pour nous » (2 Co 5,21). Dans le Jourdain, c’est ce qui se passe : il est identifié aux pécheurs.

Lui, le Saint de Dieu, se soumet à un rite destiné aux impurs !

 

Il nous révèle ainsi un Dieu à contre-courant de nos représentations morales instinctives.
Nous, nous aurions envoyé Jésus prêcher aux pécheurs, mais pas se mélanger avec eux !
imgscan-contrepoints-990.jpg-morale-811x1024 baptême dans Communauté spirituelleNous, nous aurions d’abord exigé de Zachée qu’il rende l’argent volé, de la femme adultère qu’elle regrette son infidélité, de la prostituée qu’elle arrête son commerce avant de verser des larmes sur les pieds de Jésus… Eh bien Jésus fait exactement l’inverse : il va rejoindre le pécheur, lui révèle qui est Dieu « riche en miséricorde » – et l’appelle après, en réponse, à ajuster sa vie au don gratuit qu’il vient de recevoir sans condition préalable.

« Le Dieu de Jésus-Christ n’est pas une récompense que la religion serait chargée d’accorder aux vertueux et de refuser aux pécheurs. »

« Le Dieu de Jésus Christ n’est pas une récompense pour le pécheur converti, qui semble au contraire être une récompense pour Dieu » (J. Pohier) selon les mots même de Jésus : « il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15,7).

 


Dans le baptême de Jésus au Jourdain, comme dans son accueil fait aux pécheurs, vous avez un renversement formidable de la morale. La morale chrétienne n’est pas une morale de préalable : « fais ceci et alors tu seras proche de Dieu ». C’est une morale de réponse : « éprouve combien Dieu est proche de toi, puis alors ajuste ta vie en conséquence ».

La morale chrétienne ne fait pas de Dieu une récompense pour les justes, mais elle proclame que ceux qui étaient perdus sont la récompense pour Dieu qui va les rechercher, à la manière du plongeur ramassant l’agate coulée au fond de la piscine pour la sortir hors de l’eau…

 

Méditons là-dessus : le baptême du Christ dans le Jourdain nous invite à une morale de réponse et non de préalable.

Les conséquences dans le domaine de l’éducation des enfants, dans la gestion de la culpabilité, dans l’accueil des pécheurs d’aujourd’hui etc. sont incalculables…

 

 

1ère lecture : « Venez, voici de l’eau ! Écoutez, et vous vivrez » (Is 55, 1-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur :
Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David. Lui, j’en ai fait un témoin pour les peuples, pour les peuples, un guide et un chef.  Toi, tu appelleras une nation inconnue de toi ; une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, à cause du Saint d’Israël, car il fait ta splendeur.

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur  qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu  qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission

Cantique : (Is 12, 2, 4bcd, 5-6)

Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.

Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits !
Redites-le : « Sublime est son nom ! »

Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence,
et toute la terre le sait.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

2ème lecture : « L’Esprit, l’eau et le sang » (1 Jn 5, 1-9)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés,

celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ;  celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui. Voici comment nous reconnaissons  que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ;  et ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu  est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit  que Jésus est le Fils de Dieu ? C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité. En effet, ils sont trois qui rendent témoignage, l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un. Nous acceptons bien le témoignage des hommes ; or, le témoignage de Dieu a plus de valeur, puisque le témoignage de Dieu,  c’est celui qu’il rend à son Fils.

– Parole du Seigneur.

Evangile : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » (Mc 1, 7-11)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.  Voyant Jésus venir à lui, Jean déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Alléluia.  (Jn 1, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jean le Baptiste proclamait : « Voici venir derrière moi  celui qui est plus fort que moi ;  je ne suis pas digne de m’abaisser  pour défaire la courroie de ses sandales.  Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ;  lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée,  et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.  Et aussitôt, en remontant de l’eau,  il vit les cieux se déchirer  et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.  Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ;  en toi, je trouve ma joie. »
Patrick BRAUD

 

 

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