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18 décembre 2022

Noël, l’anti kodokushi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 46 min

Noël, l’anti kodokushi

 

Homélie pour la fête de Noël / Année A 

25/12/2022 

 

Cf. également :

Noël : assumer notre généalogie

Noël : La contagion du Verbe
Y aura-t-il du neuf à Noël ?
Noël : évangéliser le païen en nous
Tenir conte de Noël
Noël : solstices en tous genres
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Noël : la trêve des braves
Noël : croyance dure ou croyance molle ?
Le potlatch de Noël
La bienveillance de Noël
Noël « numérique », version réseaux sociaux…
Noël : « On vous écrira… »
Enfanter le Verbe en nous…


La solitude des personnes âgées

En France, 2 millions de personnes âgées n’ont plus aucun contact avec leurs proches.

Si la détresse de la solitude n’a pas de saison, le soir de Noël c’est encore plus dur.

« Vous savez très bien que nous sommes les oubliés, nous sommes invisibles. Quand la douleur est là, quand vous êtes dehors, qui appeler, qui demander ? Le meilleur cadeau, c’est votre présence. À cause de la honte, on ne peut même pas aller vers ses propres enfants, vers sa propre famille. On se cache », sourit Jeanne-Rachel, 73 ans.

FPFP SolitudeD’ordinaire, Anne-Marie, 80 ans, vit les fêtes de fin d’année dans une grande solitude. « J’ai perdu mon mari en 1986 et ma sœur deux ans plus tard. Mon frère Maurice, âgé de 87 ans, habite trop loin. Le soir du réveillon, à qui parler ? » Cette année, cette ancienne aide-ménagère a acheté un élégant pantalon noir, un chemisier à frou-frou et des boucles d’oreilles. Elle sourit : « Quand on est invitée, il faut être coquette ». Grâce aux Petits Frères des Pauvres, elle partagera le réveillon de Noël avec 40 autres personnes âgées isolées et une dizaine de bénévoles qui leur ont préparé une soirée chaleureuse.

Ils pourront ensemble dîner joyeusement, danser, chanter… s’évader, loin de leurs soucis du quotidien et oublier cette solitude qu’ils ne connaissent que trop bien.

Anne-Marie sait que le soir du réveillon sera difficile. Mais le souvenir de ce moment extraordinaire l’allégera un peu. Cette période, exaltant l’esprit de famille, est très douloureuse pour ces personnes souvent veuves et n’ayant plus aucun proche. Aussi, elle nous confie que cette invitation au réveillon des Petits Frères des Pauvres lui met du baume au cœur : « J’ai ressenti un immense soulagement : je ne suis pas seule. Je compte pour quelqu’un ».

Les Petits Frères des Pauvres ont publié en 2021 leur baromètre de l’isolement en France [1]. Les résultats font peur : le fléau de la « mort sociale » concerne désormais 530 000 personnes âgées qui vivent coupées des quatre principaux cercles de proximité (famille, amis, voisinage et réseaux associatifs) contre 300 000 en 2017, alerte le baromètre 2021 « Solitude et isolement, quand on a plus de 60 ans en France ». Le nombre de seniors qui ne voient plus ni famille ni amis a plus que doublé, passant de 900 000 à 2 millions d’aînés, soit l’équivalent d’une ville comme Paris, alerte cette étude réalisée avec l’institut CSA Research.

Pire encore, les Petits Frères des Pauvres ont rassemblé une quarantaine d’articles de presse locale se faisant l’écho de macabres découvertes. Comme cet homme de 71 ans, retrouvé dans son appartement à Nîmes, en janvier 2020, cinq ans après son décès. Ou ce couple d’octogénaires nantais dont le double trépas est passé inaperçu pendant plusieurs mois…

Que ce soit en ville ou à la campagne, dans des milieux aisés ou pauvres, des personnes âgéePFP Baromètre 2021s meurent seules, sans que personne ne s’en aperçoive.

Le phénomène est hélas bien connu au Japon, où il a pris une ampleur particulière. Parce que la population japonaise est vieillissante, parce qu’il n’est pas dans la culture japonaise de demander de l’aide, parce que la vie moderne a coupé les liens familiaux etc., il y a eu en 2009 environ 30000 morts solitaires officiellement recensées, dont 3000 rien qu’à Tokyo, capitale de la solitude. On a même forgé un nom pour ces fins de vie à l’écart de tous, dont les corps ne sont découverts qu’après une longue période de temps, véritable phénomène social : 孤独死, kodokushi, « mort solitaire« .

Pourquoi rappeler cette triste et douloureuse réalité d’isolement en cette fête de Noel où tout devrait être léger et joyeux, comme le rire des enfants déballant les cadeaux au pied du sapin ?

Justement pour montrer que fêter Noël est un engagement à faire reculer la solitude autour de nous.

L’enfant de Bethléem est né à l’écart pour que plus personne ne vive ni ne meure à l’écart, isolé de tous.

Le Prince de la Paix est né au milieu des animaux pour que plus personne ne soit traité comme un animal abattu dans l’indifférence générale.

Le Verbe de Dieu entre dans la vie humaine entouré de ses seuls parents pour que plus personne n’en sorte esseulé.

Nos sourires attendris autour de la crèche devraient engendrer des sourires affectueux autour des vieillards qui meurent seuls. Comment embrasser le nouveau-né et ne pas tenir la main du mourant ?

Les débats actuels sur la fin de vie en France pourraient s’arrêter longuement sur la crèche de Noël : accueillir la vie qui vient de Dieu demande de l’accompagner jusqu’au bout, avec amour et compassion. Que l’autre ne soit pas seul face à la mort, quelle que soit sa décision : voilà un enjeu spirituel qui s’enracine pour nous dans l’Incarnation du Verbe de Dieu.

 

La mairie d’Agen : « aller vers »

En 2020, profondément choqué par le décès d’une vieille dame retrouvée deux ans après son décès, à 100 mètres de l’hôtel de ville, le maire d’Agen, Jean Dionis, a lancé des pistes de réflexion. « Ce drame nous a fait réfléchir et nous avons fait de la lutte contre l’isolement un engagement municipal », a-t-il confié à l’association des Petits Frères des Pauvres. Un chantier délicat alors que les plus de 80 ans soit plus de 3 000 personnes dans la ville perdent souvent l’envie d’aller vers les autres. La mairie travaille donc à un système d’« aller vers » grâce à la solidarité de voisinage et davantage de visites à domicile. « Chaque quartier volontaire aura un service civique dont le rôle sera de recenser les personnes de plus de 80 ans, de favoriser la mise en relation entre personnes âgées et citoyens, de piloter les visites à domicile », détaille Jean Dionis, qui souhaite mettre les bailleurs sociaux dans la boucle.

Aller vers : n’est-ce pas le mouvement même de Noël ? Après des siècles où l’homme allait vers Dieu en tâtonnant, par le biais des religions et des sagesses, Dieu lui-même a décidé d’aller vers l’homme !

Renversement d’initiative, renversement de perspective !

Fêter Noël nous rend alors capable d’aimer comme Dieu à Bethléem : en allant vers l’autre, sans attendre qu’il ose le demander. Les vieillards japonais meurent seuls parce qu’ils ont honte de demander. Seul le mouvement d’aller vers peut conjurer cette auto-isolement mortifère.

Concrètement, cela se traduit par un rôle et un nombre accru d’acteurs sociaux pour dépister en amont les situations de solitude dangereuse (infirmières, assistantes sociales, chargés de clientèle bancaire, aides-soignantes, agents administratifs etc.).

Les petits Frères des Pauvres - bénévolatCela passe également par un investissement des Comités de quartier (ou équivalent) pour recenser localement les personnes en difficultés relationnelles et susceptible de s’isoler. On est bien capable pendant les périodes de canicule de visiter ou de téléphoner systématiquement aux personnes âgées pour prendre de leurs nouvelles, leur demander de boire, de s’hydrater etc. Pourquoi ne serait-on pas capable de cette surveillance attentive et bienveillante en temps ordinaire, afin de prévenir les solitudes avant qu’elles ne deviennent dangereuses ?

Les Petits Frères des Pauvres l’ont bien compris, qui ont mis la visite régulière de personnes âgées au cœur de leur raison d’être. Chaque bénévole s’engage visiter deux personnes, une par semaine, en alternance avec un autre bénévole, et ces personnes âgées ont alors un binôme qui leur rend une visite hebdomadaire régulière. La régularité et la durée sont des conditions essentielles à la rupture de l’isolement. Un peu comme le petit Prince avec le renard : il faut du temps pour s’apprivoiser, avoir confiance, se sentir entouré, se livrer. La devise des Petits Frères des Pauvres est : « des fleurs devant le pain », car ils sont convaincus que les personnes âgées ont d’abord besoin de relations, d’affection, de signes d’estime et d’amitié. L’homme ne vit pas seulement de pain… : c’est si vrai qu’il est capable de mourir de solitude.

Célébrer Noël, c’est s’engager à aller vers comme Dieu l’a fait pour nous. Aller au-devant de l’autre, sans attendre.

 

Le fils de Dieu s’est uni à chaque homme

Fra Angelico NativitéLe concile Vatican II écrivait : « par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché » (GS n° 22). Et le Compendium de la Doctrine sociale de l’Église commente (n° 105) : « Le Christ, Fils de Dieu, « par son incarnation, s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme »; voilà pourquoi l’Église reconnaît comme son devoir fondamental de faire en sorte que cette union puisse continuellement se réaliser et se renouveler ». Cette mission exige de nous le combat contre la solitude.

Ce combat est également une aventure intérieure, éminemment personnelle.

Un chrétien, même abandonné de tous, peut croire en son cœur que Dieu s’est uni à lui pour toujours, et ne le laissera pas tomber comme savent le faire les humains. Même oublié sur un lit d’hôpital, tout baptisé peut écouter en lui la résonance de la promesse divine : ‘tu n’es pas seul, et je te promets que tu le seras encore moins à travers la mort’. La foule immense tous les saints sera ta famille, pour toujours’.

Autrement dit : comment fêter Noël sans déjà fêter Pâques par anticipation ? Aller vers, c’est l’attention que nous devons porter à ce monde si au nom de l’Incarnation. Aller au-delà, c’est l’espérance invincible que notre action s’inscrit sur un horizon infini. Réduire la foi chrétienne au seul moteur pour aller vers les autres serait trahir l’espérance de Noël–Pâques ! C’est une tentation très contemporaine : séculariser la foi chrétienne pour l’utiliser au service de notre action dans le monde.

Un seul exemple : Bruno Latour, pape de la philosophie écologique, confesse être largement inspiré par sa foi chrétienne, mais à condition qu’elle ne s’intéresse qu’à ici-bas, sinon elle deviendrait selon lui un divertissement illusoire.

Interview à Philosophie Magazine n° 147 (Février 2021) :

Noël, l’anti kodokushi dans Communauté spirituelle pmfr147p1couvsmall« - Vous prenez de grandes libertés vis-à-vis du catéchisme, vous décapez le message en disant qu’il faut cesser de croire au Ciel, ne s’intéresser qu’à l’ici-bas…

- Ce n’est pas moi, c’est mon pape qui s’est lancé dans une sacrée entreprise, avec son encyclique de 2015 Laudato si sur la « sauvegarde de la maison commune », donc sur la dégradation environnementale et le réchauffement climatique. Le médiéviste américain Lynn White [1907-1987] a montré dans un article retentissant paru en 1967 que saint François d’Assise était en son temps une sorte d’hérétique, maintenu au sein de l’Église alors qu’il proposait une écologie avant l’heure. En choisissant le nom de François, le pape actuel renoue avec cette dissidence. Pensez aussi au psaume 104« Seigneur, tu renouvelles la face de la Terre ». Plus largement, il y a dans le christianisme tout un mouvement de descente, d’incarnation, qui nous amène à comprendre que notre tâche est ici-bas. Comme institution, l’Église catholique est dans un état catastrophique, et la crise écologique peut être l’occasion d’une transformation, d’un renoncement à l’idée de transcendance et d’un intérêt plus grand porté à l’immanence. »

Bigre : le pape de l’écologie nous invite à renoncer à la transcendance ?

Carl Schmitt disait que les grandes idées politiques ne sont jamais que des concepts théologiques sécularisés… D’ailleurs, Bruno Latour parle de Gaïa au lieu de nature, environnement, Terre, ce qui évoque irrésistiblement une référence païenne excluant toute transcendance, là où les chrétiens persistent à parler de Création dont l’homme est le gérant.

Faut-il renoncer à toute transcendance pour fêter Noël ? Faut-il ne s’intéresser qu’à ce monde sous prétexte que l’autre monde nous détournerait de notre responsabilité ? Devant ces réductions trop horizontales de Noël au seul présent, Paul s’écrie : « Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes ! » (1 Co 15, 19).

 

Noël n’est pas une fête sucrée

Décidément, l’enfant de la crèche nous engage à un rude combat : faire reculer la solitude, retisser des liens là où ils ont cédé, inclure au lieu d’exclure…

Fêter Noël demande à la fois de tenir l’immanence (la foi comme moteur pour agir ici-bas) et la transcendance (la foi comme espérance d’un au-delà de notre action).

Qu’autour de nous la kodokushi – la mort solitaire - s’efface grâce à nos visites, nos accompagnements, notre sollicitude !

Allons vers ceux qui n’attendent plus rien, et nous serons attablés au meilleur réveillon de Noël : celui qui fait naître à la communion fraternelle, qui pour nous provient de la communion trinitaire.

______________________________________

[1]. Téléchargeable ici : https://www.petitsfreresdespauvres.fr/informer/prises-de-positions/mort-sociale-luttons-contre-l-aggravation-alarmante-de-l-isolement-des-aines

 

MESSE DE LA NUIT


PREMIÈRE LECTURE
« Un enfant nous est né » (Is 9, 1-6)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a dévorés.
Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !

 

PSAUME

(Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc)
R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : ’est le Christ, le Seigneur. (cf. Lc 2, 11)

 

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

 

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

 

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

 

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
car il vient pour juger la terre.

Il jugera le monde avec justice
et les peuples selon sa vérité.

 

DEUXIÈME LECTURE

« La grâce de Dieu s’est manifestée pour tous les hommes » (Tt 2, 11-14)

 

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite

Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

 

ÉVANGILE

« Aujourd’hui vous est né un Sauveur » (Lc 2, 1-14)
Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie : Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ! Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
Patrick Braud

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2 octobre 2022

Jésus, Élisée et moi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Jésus, Élisée et moi

 

Homélie pour le 28° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
09/10/2022

 

Cf. également :

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Quel sera votre sachet de terre juive ?

De la santé au salut en passant par la foi

Faire miniane

Fréquenter les infréquentables

Pour en finir avec les lèpres

 

Méfiez-vous des charlatans !

La période de confinement a fait fleurir sur les réseaux sociaux des milliers de soi-disant alternatives aux vaccins contre le Covid. Les antivax y présentaient force plantes, décoctions, rituels savants et autres manipulations ésotériques pour conjurer le virus…
Rien de nouveau sous le soleil ! 
Un historien du XIX° siècle relate par exemple comment les guérisseurs soignaient les verrues  [1] :

Jésus, Élisée et moi dans Communauté spirituelle« En Corrèze, on frotte les verrues contre la veste d’un cocu ou on les frictionne avec du suc de chélidoine (herbe locale), ou on peut aussi les toucher avec une limace rouge. 

En Haut-Limousin, il faut enterrer à deux heures du matin, sans être vu et à la pleine lune, une pomme ou une touffe de cheveux ou bien mettre deux grains de sel dans un linge et le jeter ensuite au milieu d’un chemin : celui qui le ramassera prend les verrues. On peut aussi les frictionner avec des feuilles de saule que l’on enfouit ensuite dans du fumier. 

En Charente, il faut uriner sur les verrues au milieu d’un chemin, puis verser sur celles-ci du lait que l’on fait lécher par un chat, puis ramasser un os abandonné par un chien et trois matins de suite avant le lever du soleil, en frotter les verrues et jeter dans un puits une pierre ou autant de haricots que l’on a de verrues, en courant de façon à ne pas entendre le bruit de leur chute. » 

Même les tumeurs cancéreuses pouvaient trouver un traitement magique, pourvu qu’il fût suffisamment obscur :

« Pour faire disparaître les tumeurs : Il faut appliquer sur celle-ci un crapaud âgé de 7 ans. D’ailleurs, il n’est pas rare d’entendre dire que tous les médecins en possèdent un, mais ne veulent pas le prêter. » 

Consciemment ou non, les antivax essaient régulièrement de mettre à l’honneur de vieilles techniques qu’on appelait autrefois sorcellerie, chamanisme, magie, occultisme etc.

 

Rien de nouveau sous le soleil ! Notre première lecture (2R 5,14-17) nous montre un général syrien, Naaman, être déçu lorsque le prophète Élisée ne lui prodigue pas des soins magiques, avec des rituels compliqués et obscurs pour le guérir de la lèpre :

« Naaman se mit en colère et s’éloigna en disant : ‘Je m’étais dit : Sûrement il va sortir, et se tenir debout pour invoquer le nom du Seigneur son Dieu ; puis il agitera sa main au-dessus de l’endroit malade et guérira ma lèpre. Est-ce que les fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar, ne valent pas mieux que toutes les eaux d’Israël ? Si je m’y baignais, est-ce que je ne serais pas purifié ?’ Il tourna bride et partit en colère » (2R 5,11-12).

Se baigner dans le Jourdain, même 7 fois, est nettement moins mystérieux que les onguents de crapaud, les passes de la main sur les bubons, ou les gestes légèrement effrayants que le chaman est censé faire sur le corps du possédé etc.

 

Dans l’Évangile (Lc 17,11-19), les 10 lépreux auraient pu réagir de même, en étant eux aussi très déçus : ‘ce grand guérisseur qu’est réputé être Jésus ne nous a même pas touché, ni prescrit aucune cure compliquée, ni accompli aucun geste impressionnant ! « Allez voir les prêtres au Temple de Jérusalem ». C’est tout ? Pas la peine d’en faire un fromage ! On aurait pu trouver ça tout seul. Cet homme n’est pas à la hauteur de sa réputation…’

Eh bien non ! Méfiez-vous des charlatans qui vous embobinent avec des soi-disant soins opaques, irrationnels… et chers !

« Grand marabout venu d’Afrique ; travail sur photo pour retrouver l’amour, succès, argent. Réussite garantie ». Qui n’a jamais eu sur son pare-brise ou dans sa boîte aux lettres un de ces flyers dérisoires, bourrés de fautes d’orthographe, chaluts labourant la misère sociale pour y ferrer les gogos et leur extorquer un maximum d’argent ?

2cd5ec0_S6Jc9V6ovT75mlyDskaN3C82 charlatan dans Communauté spirituelle

 

Méfiez-vous des charlatans, même et surtout s’ils se présentent sous des apparences très religieuses. La simplicité de l’Évangile cadre mal avec des rituels alambiqués, des prières rabâchées, des superstitions qui mélangent des noms de saints  avec des demandes peu louables.

 

Les multiples retournements de Naaman

ob_2b2319_naaman-obeit-a-dieu EliséeLa première conversion de Naaman est bien là : il voulait un charlatan et il trouve un prophète. Dans un premier temps, il s’en va, déçu, dépité. Avouez que cela vous est déjà arrivé : s’éloigner de Dieu lorsque la liturgie ne vous semble pas assez nimbée de mystère, lorsque le message biblique paraît trop simple, lorsqu’on ne vous propose pas de pratiques étranges ou la révélation de secrets cachés etc. D’ailleurs, beaucoup tordent leur religion jusqu’à ce qu’elle leur permette de garder ces habitudes païennes d’autrefois. En Afrique, on appelle cela le syncrétisme. Les Pères Blancs disent avec humour qu’un baptisé de plus ne fait pas toujours un animiste de moins… Cela a donné par exemple le vaudou, la santeria, la magie blanche, le gnosticisme etc.

Rien de tel entre Élisée et Naaman. Il faudra l’intervention de ses serviteurs pour le convaincre de descendre à la rivière. Habilement, ils font appel à son orgueil : ‘tu aurais accompli des rituels difficiles et compliqués, et tu ne veux pas accomplir une simple baignade ?’ Piqué au vif, Naaman consent à se détourner du spectaculaire, du tremendum (l’effroi qui caractérise le sacré ; Rudolf Otto l’appelait le ‘numineux’) et fait confiance à un ordre simple : « va te baigner au Jourdain ». Sans le savoir, il préfigure ainsi le baptême, la plongée de Jésus dans le Jourdain qui sera la guérison pour l’humanité de la lèpre de son péché. Il va s’y baigner 7 fois. 7 est le symbole de la Création du monde, en 7 jours. C’est une nouvelle création de chacun qui est en jeu dans le baptême. Nous en sortons purifiés, comme la chair de Naaman devenue celle « d’un petit enfant » qui vient de naître, alors qu’elle était envahie de pustules lépreuses auparavant.

La première conversion de Naaman est donc de se détourner du charlatanisme, pour faire confiance à la parole de Dieu transmise par le prophète.

 

Car c’est bien de conversion qu’il s’agit dans notre texte :

Obligation de faire demi-tourLe mot שׁוּב (shuv) revient 3 fois.

2R 5,10 Élisée lui fit dire par un messager : Va, et lave-toi sept fois dans le Jourdain; ta chair redeviendra (שׁוּב) saine, et tu seras pur.

2R 5,10 Il descendit alors et se plongea sept fois dans le Jourdain, selon la parole de l’homme de Dieu; et sa chair redevint (שׁוּב) comme la chair d’un jeune enfant, et il fut pur.

2R 5,15 Naaman retourna (שׁוּב) vers l’homme de Dieu, avec toute sa suite. Lorsqu’il fut arrivé, il se présenta devant lui, et dit : Voici, je reconnais qu’il n’y a point de Dieu sur toute la terre, si ce n’est en Israël. Et maintenant, accepte, je te prie, un présent de la part de ton serviteur.

C’est un mot qui signifie en hébreu : prendre un tournant, se retourner, se détourner (des idoles) pour revenir à Dieu. Par extension, le mot techouva qui en découle en est venu à désigner la démarche de repentance qui nous prépare à recevoir la guérison en revenant vers Dieu. La techouva est donc un retour aux sources, aux origines, à son moi profond, qui, dès lors, se révèle et dirige sa vie.

« Tu reviendras (שׁוּב) au Seigneur ton Dieu, toi et tes fils, tu écouteras sa voix de tout ton cœur et de toute ton âme, tu observeras tout ce que je te commande aujourd’hui. Alors le Seigneur ton Dieu fera revenir (שׁוּב) tes déportés et aura compassion de toi. Il te fera revenir (שׁוּב) et te rassemblera encore du milieu de tous les peuples parmi lesquels il t’aura lui-même dispersé » (Dt 30,2).

Les dix jours de retournement (techouva) entre les fêtes juives de Roch Hachana et Yom Kippour sont un peu l’équivalent de notre Carême chrétien, chemin de conversion essentiel pour que les juifs reçoivent réellement le Grand Pardon dont la guérison de Naaman au Jourdain était un signe, une figure.

 

Quand Naaman retourne voir Élisée une fois guéri, il reconnaît qu’« il n’y a pas de Dieu sur toute la terre, si ce n’est en Israël » (v. 15). Belle profession de foi ! Naaman marque ainsi son adhésion à YHWH, même s’il vivra sa foi nouvelle au milieu des païens à Damas.

Quand Élisée invite Naaman à se baigner dans le Jourdain, il lui promet une techouva physique : « Élisée envoya un messager lui dire : ‘Va te baigner sept fois dans le Jourdain, et ta chair redeviendra nette, tu seras purifié.’ » (2R 5,10). Et c’est bien ce qui arrive : la guérison de la chair lépreuse est qualifiée de retour, comme on souhaite bon rétablissement à un convalescent. Il s’agit de retrouver en nous notre pureté d’avant, celle que le péché a défigurée.

 

Choisir qui servir

La conversion de Naaman va encore plus loin.

Il est intéressant d’observer le début et la fin du texte : celui qui était général avec une escorte se proclame par 5 fois (signe de sa nouvelle obéissance à la Loi juive, 5 étant le chiffre de la Torah) « serviteur » עֶ֫בֶד (e.ved (vv 15.17) d’Élisée alors qu’avant il était désigné comme « mon serviteur » par le roi de Syrie ou comme « père » par ses propres serviteurs.

« Accepte, je te prie, un présent de la part de ton serviteur (עֶ֫בֶד) » (v.15).

« Alors Naaman dit : Puisque tu refuses, permets que l’on donne de la terre à ton serviteur (עֶ֫בֶד), une charge de deux mulets; car ton serviteur (עֶ֫בֶד) ne veut plus offrir à d’autres dieux ni holocauste ni sacrifice, il n’en offrira qu’à YHWH (v. 17).

Voici toutefois ce que je prie YHWH de pardonner à ton serviteur (עֶ֫בֶד). Quand mon maître entre dans la maison de Rimmon pour s’y prosterner et qu’il s’appuie sur ma main, je me prosterne aussi dans la maison de Rimmon : veuille YHWH pardonner à ton serviteur (עֶ֫בֶד), lorsque je me prosternerai dans la maison de Rimmon ! (v18) »

Il a donc changé de maître (Élisée au lieu du roi syrien), et de Dieu (YHWH au lieu de Rimmon) pourrait-on dire. Sauf que le premier lui était imposé, alors que le second est librement choisi. Même si Naaman sera obligé de se prosterner devant l’idole Rimmon comme le fait son roi à Damas, il aura emporté avec lui un peu de la terre juive qui lui permettra de rester attaché au service de YHWH en son cœur, sans pour autant déroger aux obligations de la cour royale.

Choisir de servir le Dieu d’Israël rend libre comme lui. C’est tout l’enjeu de l’Exode : passer de la servitude au service, des travaux forcés au culte du vrai Dieu, des marmites de viande égyptiennes à la manne des affranchis.

 

 JésusQui voulons-nous servir ?

Acceptons-nous qu’on nous impose d’être le serviteur de tel ou tel intérêt ? Pensez aux objectifs que l’on fixe pour vous au travail, aux rôles sociaux qu’on vous fait jouer par simple pression ambiante etc. On dit que le nombre de démissions en CDI n’a jamais été aussi important en France qu’en cette année 2022 (520 000 au 1° trimestre !). Les enquêtes montrent que les Français qui démissionnent le font parce qu’ils ont découvert la vacuité de leur boulot, notamment pendant le confinement. Un travail qui n’a pas de sens, ou qui n’a qu’un sens marchand, financier, ou qui détruit la planète, ou qui se fait dans une ambiance détestable, ou qui dévore la vie privée… un tel travail est insensé ! Servir un tel maître est épuisant et désespérant à la longue. Il est alors urgent de changer de job, et de choisir qui l’on veut servir ! Quand les rapports de force du marché du travail s’inversent dans certains secteurs (informatique, BTP, santé, restauration), le salarié a plus de latitude pour bouger, évoluer, changer, ne pas subir. Démissionner peut être salutaire ! Naaman nous invite à choisir quels intérêts nous voulons servir. Nul ne doit le décider à notre place !

 

Jésus, Élisée et moi

Jesus-Christ-guerit-dix-lepreux NaamanLes ressemblances entre la première lecture et l’Évangile de ce dimanche sont évidentes :

- un ou des lépreux adressent une demande de guérison à l’homme de Dieu

- Élisée comme Jésus refusent le charlatanisme. Ils n’en font pas des tonnes : une simple parole suffit. La foi en cette parole est plus puissante que toutes les magies ou sorcelleries du monde.

- Élisée comme Jésus guérissent à distance. Cette distance est aujourd’hui manifeste entre moi et le Christ : il n’est pas là devant mes yeux, et pourtant il guérit !

- Naaman, cet étranger, revient pour remercier Élisée. Le lépreux samaritain, cet hérétique, revient pour rendre gloire à Jésus. Le retour vers Dieu leur est commun. La gratitude ignore les frontières des Églises. L’ingratitude guette les pratiquants en règle.

 

Pour Naaman comme pour le lépreux samaritain, c’est un véritable chemin de techouva, de retournement. C’est un grand tournant de leur vie. Le samaritain va passer de la lèpre à la santé, du Temple à Jésus, de la guérison au salut. Luc – en bon médecin qu’il n’a cessé d’être – fait de cette guérison une catéchèse : Jésus est le nouvel Élisée, et moi lecteur je suis Naaman se détournant de mes idoles, je suis le samaritain découvrant que la louange me sauve, plus encore que la foi ne me purifie de mes lèpres.

 

Quelle sera ma techouva ?

La conversion de Naaman (car même un païen peut faire techouva, c’est-à-dire retourner à son vrai moi intérieur) est donc multiple :

- renoncer au charlatanisme et aux superstitions païennes

- retourner à une chair d’enfant, pure de toute lèpre, comme une nouvelle naissance

- se détourner des idoles

- pour s’attacher au Dieu d’Israël

- choisir de servir la parole de Dieu plutôt que de subir un service imposé, même prestigieux.

 

Nous aussi, faisons techouva avec Naaman !

Il y a sûrement un retournement, une conversion qui nous concerne de près dans celles qu’il a vécues…

__________________________________

[1]Sorciers, croyances et formules magiques relatives à la maladie, en Limousin au XIX° siècle par J.-L MONIEZ et M. BOUCHER, Lyon.
Cf. : https://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1977x011x003/HSMx1977x011x003x0120.pdf 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Naaman retourna chez l’homme de Dieu et déclara : Il n’y a pas d’autre Dieu que celui d’Israël » (2 R 5, 14-17)

 

Lecture du deuxième livre des Rois

En ces jours-là, le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. » Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. »

 

PSAUME

(Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4)
R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. (Ps 97, 2)

 

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

 

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

 

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons » (2 Tm 2, 8-13)

 

Lecture de la deuxième lèpre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile. C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle.
Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

 

ÉVANGILE

« Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 11-19)
Alléluia. Alléluia.Rendez grâce à Dieu en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. Alléluia. (1 Th 5, 18) 

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.

L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Patrick Braud

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15 mai 2022

Se réjouir d’un départ

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Se réjouir d’un départ

Homélie du 6° Dimanche de Pâques / Année C
22/05/2022

Cf. également :

L’Esprit saint et nous-mêmes avons décidé que…
Le Paraclet, l’Église, Mohammed et nous
La gestion des conflits
L’Esprit et la mémoire
Dieu nous donne une ville
L’Esprit nous précède
Lier Pâques et paix
La Trinité en actes : le geste de paix
La paix soit avec vous
Les chrétiens sont tous des demeurés
Ton absence…
Ascension : la joyeuse absence

La politique de la chaise vide

En entendant cette expression, les plus anciens d’entre nous penseront immédiatement à la décision du Général De Gaulle de ne plus participer aux réunions du Conseil des ministres de la CEE, pour protester contre la modification du principe de l’unanimité dans la prise de décision au profit de la règle majoritaire. Cette politique française de la chaise vide bloqua de facto toute prise de décision, et le bras de fer dura du 30 juin 1965 au 30 janvier 1966. Le compromis trouvé à Luxembourg en janvier 1966 mit fin à la crise institutionnelle en affirmant la nécessité d’une prise de décision à l’unanimité pour les votes importants.
Comme quoi s’absenter est quelquefois le meilleur moyen de faire bouger les lignes, et de faire évoluer l’histoire !
La génération des années Mitterrand associera plutôt cette expression à la séquence devenue culte où l’on entend l’ex-futur président Giscard d’Estaing battu aux présidentielles de 1981 prononcer un sépulcral « au-revoir » en laissant sa chaise vide après un long silence devant la caméra à la fin de son allocution d’adieu…
Comme quoi laisser sa chaise vide, c’est reconnaître – même forcé ! – qu’il faut partir…

Icône de la PentecôtePlus fondamentalement, il y a dans l’Église orthodoxe une autre symbolique de la chaise vide. Regardez l’icône de la Pentecôte : les apôtres sont réunis autour de la table pour recevoir l’Esprit, et au milieu d’eux, en haut de la couronne qu’ils forment, il y a un vide. Vide central volontaire, qui représente le Christ parti vers son Père. C’est sa place - au sommet de l’Église - et elle doit rester vide. Pour ne jamais mettre quelqu’un à sa place – fut-ce un patriarche, un pape ou un saint – les orthodoxes laissent vide le siège principal dans une cathédrale ou une basilique. On appelle cela l’étimasie, du grec ἑτοιμασία = etoimasia, préparer, selon les termes de Jésus dans l’Évangile de Jean : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : ‘Je pars vous préparer une place’ ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi » (Jn 14,2-3). La chaise vide nous rappelle que le Christ est parti nous préparer une place auprès de son Père, et que personne ne doit prendre sa place d’ici là.

Cette disposition rituelle liturgique est majeure : le Christ seul est la tête du Corps qu’est l’Église. Comme il n’est plus là devant nos yeux, sa place doit rester vide. Comme il s’est absenté de l’histoire depuis l’Ascension, son absence ne doit pas être remplacée, sinon l’idolâtrie nous guette. Souvenons-nous qu’au désert, lorsque Moïse s’est absenté 40 jours au mont Sinaï, le peuple ne supportant plus cette attente avait remplacé YHWH par un veau d’or fabriqué de leurs bijoux et richesses (Ex 32). Ne pas laisser vide la place du Christ, c’est préparer la voie à tous les veaux d’or modernes !
Et comme le Christ doit revenir à la fin des temps, qui prendrait le risque d’occuper son trône en attendant ? qui oserait usurper sa place ?

Dans l’Évangile de ce dimanche (Jn 14,23-29), le Ressuscité rappelle à ses disciples qu’il va bientôt s’en aller : « vous m’avez entendu dire : ‘je pars vers le Père’ » ; « je m’en vais… ». Notre première ascèse pascale est de regarder cette absence en face, de ne pas la masquer par des petits dieux dérisoires, comme on dissimule un trou dans le mur avec un poster recouvrant le vide. Or il est si facile de boucher les vides de notre existence ! Certains le font même avec des objets très religieux, des pratiques très spirituelles, des savoir-faire remarquables, d’autant plus dangereux qu’ils sont excellents, puisqu’ils occultent alors la béance laissée par le Christ de l’Ascension.

 

Partir c’est mourir un peu

Se réjouir d’un départ dans Communauté spirituelle ChatPeurMortS’en aller, partir : en français, c’est une façon pudique de parler de la mort. ‘Il s’en est allé…’ Mais il y a quelque chose de vrai dans ce langage : nos départ ont souvent la couleur du deuil, nos deuils ne sont en fait que de nouveaux départs. Jésus nous dit aujourd’hui qu’il part (πορεύομαι) vers le Père (Jn 14,2). C’est le même verbe que Jean emploie lorsque Jésus se rend au Mont des oliviers (Jn 8,1), ou montre le bon Pasteur sortant de l’enclos devant ses brebis (10,4), ou annonce que son départ est la condition de l’envoi de l’Esprit (16,7). C’est ce verbe encore qui montre Jésus allant réveiller Lazare, son ami mort (11,11). Les juifs hostiles à Jésus vont même jusqu’à imaginer qu’il pourrait quitter Jérusalem et partir pour la Diaspora dispersée chez les Grecs : « Les Juifs se dirent alors entre eux : où va-t-il bien partir (πορεύομαι) pour que nous ne le trouvions pas ? Va-t-il partir (πορεύομαι) chez les nôtres dispersés dans le monde grec, afin d’instruire les Grecs ? » (Jn 7,35). Sans le savoir (mais Jean lui le sait !), ils lient déjà départ et mission, absence et universalité, Ascension et catholicité de l’Église (« élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » Jn 12,32). Avec son humour habituel, Jean dénonce ainsi leur suffisance, puisqu’ils croient pouvoir mettre la main sur Jésus à leur guise !

Tous ces départs de Jésus nous mettent la puce à l’oreille : avec lui, il doit être possible de vivre nos propres départs autrement ! Nous aussi nous allons vers le Père. Nous aussi nous ne cessons de rencontrer et de quitter, d’être intensément présent puis de devoir nous absenter, de partir devant pour que d’autres puissent nous suivre, d’aller réveiller ce qui est mort ailleurs en acceptant de quitter notre zone de confort, d’anticiper pour préparer une place à nos enfants, notre conjoint etc.
Tous ces départs ont la saveur d’une Ascension sans cesse réactualisée ! Impossible de vivre sans quitter, impossible de grandir sans se séparer, impossible d’aimer sans s’absenter. Qui n’a pas connu l’absence ne sait rien de l’amour.

Plutôt que de subir ces départs successifs et de s’en désoler, nous pouvons les transformer selon l’Esprit du Christ en autant de preuves d’amour : partir pour préparer une place à ceux qui nous sont chers, partir en laissant vide notre place, car il ne nous appartient pas de distribuer les rôles de ceux qui restent.
L’absence est à l’amour ce qu’est le vent au feu : il éteint le petit, il allume le grand.
En famille c’est tout un art de savoir s’absenter. En entreprise – surtout une entreprise familiale – c’est encore plus difficile. Entre amis, l’éloignement et les années font leur œuvre, et nous avons du mal à ritualiser ces moments où il faut nous en aller en clôturant le lien. Dans une équipe de partage entre chrétiens, assumer et célébrer la fin de l’équipe est une forme de sagesse peu courante.

Laisserons-nous le départ du Christ vers son Père inspirer nos propres départs ?

 

Se réjouir pour ceux qui partent

9782330124328 absence dans Communauté spirituelleJésus est très clair : « Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie (ἐχάρητε, du verbe χαίρω = chairó, se réjouir) puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi » (Jn 14,28). C’est le même verbe que Luc emploie pour inviter Marie à se réjouir de la présence de Dieu en elle : « Réjouis-toi (chairō) Marie… » (Lc 1,28). Comme quoi se réjouir de la présence et de l’absence ne sont pas incompatibles, au contraire !
Si les disciples aiment le Christ, ils savent que son être est de ne faire qu’un avec celui qu’il appelle son Père. Toute forme d’éloignement – même l’Incarnation ! – est pour lui une souffrance, une déchirure intime. Aller vers le Père est synonyme pour Jésus d’aller vers soi (souvenez-vous de l’appel lancé à Abraham : « leikh lekha » = « va vers toi ! »). Qui ne se réjouirait de voir son ami réaliser sa vocation en plénitude ?
Bien évidemment, nous ne parlons pas ici des départs inhumains imposés par la guerre aux réfugiés, par la famine aux affamés, par la détresse à ceux qui ont tout perdu etc.
Dans l’Évangile de Jean, le verbe χαίρω (chairó, se réjouir) désigne la joie de l’ami de l’époux qui entend sa voix et conduit l’époux à l’épouse pour qu’ils soient ensemble (Jn 3,29). Tel Jean-Baptiste présentant l’époux Jésus à son peuple (féminin en hébreu) au Jourdain, les disciples éprouvent une grande joie en entendant le Ressuscité annoncer qu’il les quitte pour la communion d’amour trinitaire. Se réjouir du bonheur de l’autre, sans aucun regret, sans chercher à le posséder ni le retenir, est au cœur de la dépossession de l’amitié véritable.
De manière ordinaire, que dirait-on de parents qui maintiendraient leurs enfants trop longtemps sur leur coupe ? De managers qui ne feraient pas évoluer leur équipe, jusqu’à ce qu’ils volent de leurs propres ailes ? d’associations ou d’Églises dont on ne pourrait pas partir tellement la culpabilisation y serait forte ?
C’est la trace de la convoitise que de ne pas se réjouir du départ de l’autre vers son accomplissement. C’est vouloir le posséder, mettre la main sur lui, au sens le plus malsain du terme : ne pas être heureux qu’il soit heureux, loin de moi s’il le faut.

Le Christ de l’Ascension nous aide à nous réjouir pour ceux qui partent.

 

Se réjouir pour ceux qui restent

41VZeDij85L._SY291_BO1,204,203,200_QL40_ML2_ AscensionDans notre chapitre 14 de ce dimanche, Jean associe également le départ du Ressuscité à deux conséquences positives pour ceux qui restent :
– une place leur est préparée auprès du Père
– l’Esprit va leur être envoyé pour se souvenir, être conduits vers la vérité tout entière, et tenir bon jusqu’à la fin.
Double effet Kiss Cool de l’absence Christ en quelque sorte !

Il y a donc des absences qui bénéficient à ceux qui restent : « il est bon pour vous que je m’en aille » (Jn 16,7). De façon prosaïque, bien des dirigeants d’entreprises devraient dire cela ! Ou même des parents, car vivre dans l’ombre des générations précédentes ne doit durer qu’un temps. Des hommes politiques devraient aussi avoir cette humilité plutôt que de téter quelques décennies de trop les hochets du pouvoir…

Lorsque quelqu’un part, on peut donc se réjouir pour ceux qui restent. Pas toujours, car certains nous laissent vraiment orphelins. Mais lorsqu’ils ont su préparer leur départ, leur absence ouvre une nouvelle période pleine de nouvelles opportunités.

En Afrique, lorsqu’un vieux meurt, on fait la fête, on danse et on festoie pendant plusieurs jours, on porte son cercueil en dansant jusqu’au cimetière, on rassemble ceux qui restent pour qu’ils mesurent ce qu’ils ont reçu du défunt et continuent son aventure familiale et villageoise. En France, j’ai été maintes fois témoin du travail de mémoire que font les familles préparant des obsèques, avec des rires, des anecdotes, des confidences, une étonnante liberté de critiquer et remercier le défunt, et finalement une forme de paix qui s’installe à travers tout cela. La célébration vient alors comme un point d’orgue : mesurer combien un être cher nous manque, et éprouver le désir de vivre ensemble en faisant fructifier le don reçu de lui.

« Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez parce que je pars vers le Père vous préparer une place ».
Réjouissons-nous de l’absence du Ressuscité qui n’est plus devant nos yeux !
Réjouissons-nous de la place qui nous est préparée auprès du Père.
Réjouissons-nous de l’Esprit de Dieu envoyé par le Christ pour nous inspirer jour après jour.
Réjouissons-nous pour ceux qui partent, et réjouissons-nous pour ceux qui restent…

Et laissons vide la place du Christ au cœur de notre existence.

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci qui s’imposent » (Ac 15, 1-2.22-29)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, des gens, venus de Judée à Antioche, enseignaient les frères en disant : « Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » Cela provoqua un affrontement ainsi qu’une vive discussion engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question. Les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l’Église de choisir parmi eux des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C’étaient des hommes qui avaient de l’autorité parmi les frères : Jude, appelé aussi Barsabbas, et Silas. Voici ce qu’ils écrivirent de leur main : « Les Apôtres et les Anciens, vos frères, aux frères issus des nations, qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut ! Attendu que certains des nôtres, comme nous l’avons appris, sont allés, sans aucun mandat de notre part, tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi, nous avons pris la décision, à l’unanimité, de choisir des hommes que nous envoyons chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul, eux qui ont fait don de leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ. Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent : vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Bon courage ! »

Psaume
(Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8)
R/ Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble !
ou : Alléluia.
 (Ps 66, 4)

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

Deuxième lecture
« Il me montra la Ville sainte qui descendait du ciel » (Ap 21, 10-14.22-23)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai vu un ange. En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu ; son éclat était celui d’une pierre très précieuse, comme le jaspe cristallin. Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes et, sur ces portes, douze anges ; des noms y étaient inscrits : ceux des douze tribus des fils d’Israël. Il y avait trois portes à l’orient, trois au nord, trois au midi, et trois à l’occident. La muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les douze noms des douze Apôtres de l’Agneau. Dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire, car son sanctuaire, c’est le Seigneur Dieu, Souverain de l’univers, et l’Agneau. La ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire, c’est l’Agneau.

Évangile
« L’Esprit Saint vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 23-29)
Alléluia. Alléluia. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. »
 Patrick BRAUD

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20 mars 2022

Une parabole contre le séparatisme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Une parabole contre le séparatisme

Homélie du 4° Dimanche de Carême / Année C
27/03/2022

Cf. également :
Souper avec les putains
Servir les prodigues
Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale
Ressusciter, respirer, se nourrir…
Changer de regard sur ceux qui disent non
Fréquenter les infréquentables
La commensalité du Jeudi saint

Zone interdite

Le documentaire de M6 le 23 janvier 2022 sur l’islamisme radical a fait grand bruit. À cause notamment de deux reportages à Marseille et à Roubaix, dans des quartiers où le séparatisme musulman se fait conquérant et dominateur. Comme toujours, les réactions à ces reportages oscillent entre deux extrêmes :

- le déni.
Il s’exprime par des protestations indignées : le vrai problème est d’abord la pauvreté, la concentration de logements sociaux, le chômage, la discrimination sociale etc. Il n’y aurait pas de problème de séparatisme islamique, mais des questions sociales à l’abandon. Consciemment ou non, ces arguments relèvent d’une analyse marxiste, où le religieux n’est qu’une superstructure déterminée par des fondamentaux relevant de l’économie et du politique. Or bien des minorités subissent ces discriminations sans tomber dans le séparatisme. Nier qu’il existe des dérives d’ordre essentiellement religieux, c’est être aveugle, au nom d’une idéologie qui empêche de voir que l’islam rigoriste isole et replie ses fidèles sur leur communauté, qu’il cherche à étendre géographiquement et démographiquement.

- l’instrumentalisation.
Ce deuxième excès veut à l’inverse faire peur, en généralisant à outrance les dérives de quelques-uns, en diabolisant toute affirmation d’identité religieuse. Or instrumentaliser l’islam rigoriste c’est presque lui rendre service en lui donnant plus de force qu’il en a réellement, et en le posant comme alternative crédible au mode de vie occidental. C’est le biais de ce genre de documentaire : ne rechercher que ce qui va dans le sens du séparatisme, en oubliant de décrire tout le reste, tout le positif de ces quartiers de Marseille ou de Roubaix en matière de vie associative, culturelle et sociale où la fraternité entre origines différentes est vécue avec bonheur.

Reste que l’islam radical existe bel et bien, et tente d’imposer dès qu’il le peut ses mœurs et ses coutumes autour de lui. Ces musulmans ne font d’ailleurs que reproduire sans le savoir l’intégralisme juif, qui pousse les juifs ultras (les hassidim) à se regrouper dans le quartier de Mea Shéarim à Jérusalem par exemple pour y imposer leurs coutumes. Car la Torah juive et le Coran avec la charia ont en commun d’être d’abord une orthopraxie et non une orthodoxie : ce qui compte, c’est la pratique, la soumission à la loi religieuse et non ce que vous pensez ou croyez. Ne pas manger de porc, voiler les femmes et les filles, ne pas mélanger hommes et femmes, faire ses prières, laissez pousser la barbe ou porter des pantalons courts, manger uniquement casher ou halal, ne pas contracter d’impureté rituelle en fréquentant ceux qui sont dans le péché, jouer avec des poupées sans visage… : la liste est longue de ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour être un bon juif ou un bon musulman. Alors qu’être chrétien est d’abord croire, pas faire. Le pape François a raison de rappeler qu’il faut remettre la morale à sa « juste place » : « L’annonce de l’amour salvifique de Dieu est première par rapport à l’obligation morale et religieuse. Aujourd’hui, il semble parfois que prévaut l’ordre inverse ».

« C’est péché » (haram) est le refrain des musulmans qui ne veulent pas boire d’alcool, manger de porc, toucher ou voir le corps des femmes, jouer avec des poupées à visage humain. Et logiquement, il leur faut donc ne pas se joindre à ceux – les pécheurs, les infidèles – qui s’adonnent à ce type de pratiques, sous peine de devenir impurs. Répétons-le : les interdits alimentaires, vestimentaires ou culturels islamiques ou juifs ne sont pas hygiéniques, mais religieux. Il s’agit d’obéir à la Loi (charia), d’être un bon musulman en étant soumis au Coran, à ses obligations et ses interdits qui concernent tous les domaines de la vie de chacun.

En abolissant la circoncision, les interdits alimentaires et autres obligations de la loi de Moïse, le christianisme est devenu la seule religion des trois monothéismes à abolir le séparatisme dans ses textes (pas toujours dans son histoire hélas !).

 

L’enjeu de la parabole de ce Dimanche

Une parabole contre le séparatisme dans Communauté spirituelleC’est bien l’enjeu de la parabole du fils prodigue de ce dimanche (Lc 15, 1-3.11-32). On en fait trop souvent une parabole de la miséricorde, alors que c’est d’abord une parabole de la fraternité religieuse. Pourquoi en effet Jésus invente-t-il cette histoire des 2 fils ? Parce que les pharisiens – l’équivalent des hassidim ou des salafistes d’aujourd’hui – lui reprochent de se mélanger avec tout le monde, même les pécheurs scandaleusement connus comme tels : « cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et va manger avec eux ! » Les pharisiens – dont le nom signifie séparés - sont ainsi dénommés parce qu’ils se coupent des autres et vivent entre eux au nom de la pureté rituelle. Luc alignera trois paraboles de suite (la brebis perdue, la pièce d’argent perdue, le fils perdu) pour justifier ce scandale de la fréquentation des pécheurs ! C’est donc que c’était un gros morceau, difficile à faire avaler aux gens religieux de l’époque…

Fréquenter les pécheurs est encore le reproche de Simon le pharisien à Jésus invité à manger chez lui. Une prostituée ose s’approcher de Jésus en plein repas, pire encore : lui laver les pieds avec ses larmes et les essuyer de ses cheveux. Le bon accueil fait par Jésus à cette putain notoire scandalise les pharisiens : « En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : ‘Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse’ » (Lc 7,39)… 

Dans notre parabole, le repas est révélateur de la fracture opérée par le fils aîné : il refuse de se mettre à table avec son frère pécheur, et se scandalise que le veau gras soit offert au rebelle, revenu par intérêt, et non au fils fidèle. Comme quoi la pureté religieuse tue la convivialité, et l’observance de la Loi nous prive des repas les plus fraternels…

Voilà bien le scandale : Jésus ose se mettre à table avec les mauvais juifs, avec les païens, les voleurs, les collabos et les prostituées ! Or, pour les juifs comme pour les musulmans, on ne peut se mettre à table qu’avec ceux qui observent la Loi, on ne doit pas être vu en mauvaise compagnie sinon on devient impur. Exactement le contraire de ce que fait Jésus ostensiblement ! Il suffit de feuilleter l’Évangile de Luc pour voir ce singulier prophète en compagnie de bergers, de mauvaise réputation, avec des mages – des païens idolâtres venus d’Orient - dès sa naissance. Question séparatisme, ça commence mal aux yeux des pharisiens… Ça finira encore plus mal avec l’accueil inconditionnel que le crucifié offrira à son compagnon d’infortune criminelle maudit par la Loi juive : « ce soir, tu seras avec moi en paradis ». Drôle de compagnon au ciel ! Le paradis de Jésus est peuplé de pécheurs repentis, là où le paradis du Coran est réservé aux croyants obéissants…

Entre naissance et crucifixion, le Messie d’Israël ne va pas cesser de faire bon accueil aux pécheurs. Dans l’ordre mentionné par Luc, on le voit fréquenter des possédés, des lépreux, des paralysés, des collabos comme Lévi ou Zachée, des centurions romains, on le voit toucher un cadavre (le fils de la veuve de Naïn) ou se laisser toucher par une prostituée (avec son flacon de parfum), une femme hémorroïsse, des samaritains, des pauvres invités au festin des noces, des aveugles, etc. Souper avec les putains (selon la formule du dominicain Jacques Pohier) semble être le passe-temps favori de cet homme de Dieu ! Pas étonnant que les pharisiens voient les chrétiens comme des transgresseurs de la Loi, et que les Romains voient l’Église naissante comme un ramassis d’esclaves et de moins que rien !

Mais voilà, Jésus n’en démord pas : « je suis venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus ». Et malheureux sont ceux qui se croient sauvés par eux-mêmes : ils se privent de la compagnie du Christ !

Faire bon accueil aux pécheurs, c’est ne pas juger l’autre sur son avis, sa nourriture ou sa prière. C’est se mélanger avec tous, sans ostracisme, sans prosélytisme non plus (Jésus a toujours laissé libre de le suivre ou non). C’est ne pas pratiquer l’entre-soi, que ce soit au club de golf, au Rotary, à Auteuil ou à Barbès, dans les commerces musulmans de la rue de Lannoy ou dans le quartier cossu de Barbieux à Roubaix… Car le séparatisme n’est pas que religieux : les riches notamment savent depuis longtemps se regrouper à l’écart des pauvres, souvent à l’ouest des villes, dans des quartiers sécurisés où le mètre carré est trop cher pour y croiser des familles différentes…

 

La commensalité nourrit la convivialité

 islam dans Communauté spirituelleUn des signes emblématiques de ce mélange – ou du refus du mélange – social est le repas. En français, se mettre à table, c’est quelque chose ! C’est le lieu de la convivialité, puisque justement nous devenons convives dès lors que nous acceptons de manger ensemble. C’est le lien de la commensalité (cum mensa = table commune en latin), dont la communion eucharistique est l’accomplissement : nous communions au même corps du Christ autour de la même table de l’hôtel eucharistique. Dieu est d’ailleurs le premier à se mélanger à notre humanité, comme l’eau se mélange au vin dans le calice de la messe (rite de l’immixtion). « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité » : comment mieux exprimer que le Dieu de Jésus ne vit pas séparé, mais en communion ?!
Et Saint Jean Chrysostome a raison de prier ainsi au moment de recevoir la communion :
« Seigneur mon Dieu ! […] De même que Tu as bien voulu entrer et manger avec les pécheurs dans la maison de Simon le Lépreux, daigne entrer dans la maison de mon âme, lépreuse et pécheresse. De même que Tu n’as pas rejeté celle qui était semblable à moi, la courtisane et la pécheresse, quand elle s’approcha de Toi et Te toucha, de même sois-moi miséricordieux, à moi pécheur qui m’approche et qui Te touche… »

 

Le coup de gueule de Paul contre Pierre

 JésusCe mélange à table est l’objet d’une dispute célèbre entre Paul et Pierre. Malgré l’épisode à Joppé où l’Esprit Saint a montré à Pierre qu’aucune nourriture n’est impure et qu’il peut donc aller manger chez le centurion Corneille sans pécher (Ac 10), Pierre reste un juif un peu scrupuleux. Aussi, lorsque des juifs de Jérusalem liés à Jacques viennent visiter les disciples d’Antioche, Pierre s’autocensure en quelque sorte, puisqu’il arrête de manger avec les païens de sa communauté par peur du regard des judéo-chrétiens : « En effet, avant l’arrivée de quelques personnes de l’entourage de Jacques, Pierre prenait ses repas avec les fidèles d’origine païenne. Mais après leur arrivée, il prit l’habitude de se retirer et de se tenir à l’écart, par crainte de ceux qui étaient d’origine juive. Tous les autres fidèles d’origine juive jouèrent la même comédie que lui, si bien que Barnabé lui-même se laissa entraîner dans ce jeu. Mais quand je vis que ceux-ci ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Pierre devant tout le monde : ‘Si toi qui es juif, tu vis à la manière des païens et non des Juifs, pourquoi obliges-tu les païens à suivre les coutumes juives ?’ » (Ga 2,12–14).
On réalise combien fut difficile pour Pierre et les premiers chrétiens – qui étaient juifs – d’abandonner le séparatisme religieux lié à l’observation de la Torah ! Paul a courageusement et publiquement dénoncé cette régression : refuser de se mélanger à table, c’est mettre la Loi au-dessus de la grâce, c’est faire comme si le Christ était mort pour rien (Ga 2,21) puisqu’il n’aurait pas fait tomber les murs séparant les hommes.

On le voit : il y a dans le séparatisme juif ou musulman une dimension proprement religieuse – et pas seulement sociale ou économique – qui tient aux textes fondateurs ou du moins à leurs interprétations actuelles, sans qu’on sache très bien si cette impossibilité est structurelle ou pourra évoluer avec le temps.

 

Les murs murent les murmures

Critique-Comme-un-murmure paraboleHabilement, Luc a recours à l’Écriture pour disqualifier la protestation pharisienne. En effet, il emploie à dessein le verbe murmurer pour décrire les pharisiens en train de s’indigner contre Jésus ami des pécheurs. Or ce verbe murmurer (διαγογγζω = diagonguzō en grec, לוּן = lun en hébreu) est celui que l’Ancien Testament utilise de très nombreuses fois pour fustiger les rébellions des hébreux au désert, « peuple à la nuque raide » qui refuse de se laisser conduire par un Dieu qui n’agit pas comme les hommes, fussent-ils les plus religieux du monde : « Et le peuple murmura contre Moïse… » (Ex 15,24). Ce terme murmurer est repris une vingtaine de fois [1] dans ce sens de rébellion contre un Dieu qui n’agit pas selon nos représentations : « ils murmurent sous leurs tentes sans écouter la voix du Seigneur » (Ps 106,25). En disant que les pharisiens murmurent contre Jésus, Luc en fait les dignes héritiers de la génération du désert qui a résisté à Dieu pendant 40 ans, se privant ainsi d’entrer en Terre promise.

Isaïe nous avertit : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées » (Is 55, 8-9). En Jésus, Dieu se montre aussi libre de se mêler aux pécheurs que YHWH de se manifester au désert comme il le voulait ! « N’ai-je pas le droit de disposer de mon argent comme je le veux ? », dira le patron de la parabole des ouvriers de la 11° heure à ceux qui s’indignent de sa libéralité envers les derniers arrivés.
Et Luc emploie 3 fois ce terme murmurer pour qualifier l’attitude des pharisiens refusant la fraternité avec les pécheurs : lors du grand festin donné par le collecteur d’impôts romains Levi après son appel par Jésus (Lc 5,30) ; ici dans notre parabole des deux fils ; et enfin lorsque Jésus s’invite chez le riche Zachée, lui aussi collabo (Lc 19,7).

Bref, murmurer contre Jésus parce qu’il fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux, c’est projeter sur Dieu nos images de ce que devrait être la pureté, la justice, la religion, au lieu de laisser Dieu se révéler tout autre que nos représentations humaines, trop humaines. Le peuple à la nuque raide pourrait bien être aujourd’hui tous ces ultras religieux de tous bords qui s’indignent et protestent contre ceux qui abattent les murs entre les gens.

 

Quant à nous, suivons le Christ en nous réjouissant que le veau gras soit offert aux prodigues en tous genres, dont nous sommes !
Faisons bon accueil aux pécheurs de ce temps, et mangeons avec eux, loin de tout séparatisme.

 


[1]. Ex 15,24 ; 16,2.7.8.9.12 ; 17,3 ; Nb 11,1 ; 13,30 ; 14,2.27.29.36. ; 16,11.41 ; 17,5.10 ; Dt 1,27 ; Jo 9,18 ; Ps 59,15 ; 106,25

 

Vidéo du Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR)
cf.  https://www.cipdr.gouv.fr/

 

LECTURES DE LA MESSE

1ère lecture : L’arrivée du peuple de Dieu en Terre Promise et la célébration de la Pâque (Jos 5, 9a.10-12)

Lecture du livre de Josué
En ces jours-là, le Seigneur dit à Josué :
« Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte. »
Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.

Psaume : Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

2ème lecture : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 17-21)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.

Evangile : « Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » (Lc 15, 1-3.11-32)

Acclamation :
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (Lc 15, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer. Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick BRAUD

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