L'homélie du dimanche (prochain)

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19 novembre 2023

Christ-Roi : idéologie ou spiritualité ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Christ-Roi : idéologie ou spiritualité ?

Homélie pour la fête du Christ-Roi / Année A
26/11/2023

Cf. également :
Christ-Roi : Comme larrons en foire
Le jugement des nations

Un roi pour les pires
Église-Monde-Royaume
Le préfet le plus célèbre
Christ-Roi : Reconnaître l’innocent
La violence a besoin du mensonge
Non-violence : la voie royale
Le Christ-Roi, Barbara et les dinosaures
Roi, à plus d’un titre
Divine surprise
Le Christ-Roi fait de nous des huiles

D’Anubis à saint Michel
Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?
Roi, à plus d’un titre
Les trois tentations du Christ en croix

Quand l’Église humiliait publiquement le comte de Toulouse
Imaginez la scène : le 18 juin 1209, Raymond VI comte de Toulouse s’avance pieds nus, vêtu simplement d’humbles braies et d’une chemise de bure, s’avance sur le parvis de la cathédrale Saint Gilles (près de Montpellier) vers le légat du pape, les nombreux évêques en grande tenue chamarrée qui l’entourent, la foule des badauds et les croisés venus soi-disant combattre l’hérésie albigeoise mais surtout s’approprier les terres des hérétiques. Devant ces personnages si importants, le comte de Toulouse, excommunié par le pape Innocent III pour avoir été trop complaisant envers les « bonshommes » – qu’on appellera « cathares » au XIX° siècle - prononce un long serment de fidélité à l’Église catholique et au Pape, pour lever les 15 chefs d’excommunication prononcés contre lui. Il ira même jusqu’à se croiser avec eux, pour éviter qu’on lui prenne ses terres (peine perdue !). Cette humiliation publique d’un souverain fait furieusement penser à la pénitence célèbre que le pape Grégoire VII a imposée à Henri IV, empereur germanique, à Canossa en janvier 1077.

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Dans les deux cas, l’excommunication était l’arme nucléaire pour affirmer la supériorité du pouvoir ecclésial sur le politique. L’Église doit régner, par la force si besoin, pour que la société soit conforme à ce qu’elle interprète de la vérité de Dieu et de ses commandements. Le règne du Christ est alors très concrètement un règne politique, une vision que nous qualifierions aujourd’hui d’intégraliste, et même de contrôle total de la vie sociale sous prétexte du règne du Christ. De Constantin à Vatican II, l’Église catholique (et orthodoxe !) a constamment rêvé d’imposer sa version des Évangiles à toutes les sociétés du monde. Le sac de Béziers suite à la paix de Saint-Gilles en est un triste exemple : pour le légat du pape, mieux vaut exterminer des milliers de Biterrois plutôt que de laisser des idées folles se répandre. On lui devrait le célèbre : « tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » qui dit assez l’horreur dans laquelle bascule l’idéologie du Christ-Roi lorsqu’on l’applique aux sociétés civiles.

 

L’idéologie restauratrice de la fête du Christ-Roi
C’est cette même idéologie théocratique qui poussera le pape Pie XI à instituer notre fête du Christ-Roi en 1925 [1]. Nous sommes alors 20 ans après la loi de séparation d’Aristide Briand en France (que Pie XII qualifie de laïcisme), et 8 ans après la révolution bolchevique qui promeut l’athéisme comme principe structurant de la Russie. Le pape y voit les signes d’une « apostasie générale » qui met en danger l’influence de l’Église. Il veut allumer un contre-feu en instituant une fête liturgique proclamant à la face des nations et des chefs d’État que seul le Christ est roi, et qu’il faut lui obéir en tout, pour éviter la guerre, la décadence, le chaos. Le seul problème est que l’Église se dit l’unique interprète qualifiée de la volonté du Christ : obéir au Christ pour instaurer son règne est alors obéir à l’Église pour consolider sa puissance, son emprise sur les lois, les consciences, les mœurs.

Les catholiques ont soigneusement oublié l’encyclique Quas Primas par laquelle Pie XI institue et rend cette fête obligatoire en 1925. Pourtant, le texte est clair : il faut par cette fête affirmer l’autorité suprême de l’Église pour instaurer le règne social du Christ dès maintenant, partout [2].

image%2F3743165%2F20201106%2Fob_d6d362_31mcohu9y9l-sx299-bo1-204-203-200 Béziers dans Communauté spirituelle18. C’est ici Notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d’apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine. Nous le faisons en prescrivant à l’univers catholique le culte du Christ-Roi. La peste de notre époque, c’est le laïcisme, ainsi qu’on l’appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles.

Comme vous le savez, Vénérables Frères, ce fléau n’est pas apparu brusquement ; depuis longtemps, il couvait au sein des États. On commença, en effet, par nier la souveraineté du Christ sur toutes les nations; on refusa à l’Église le droit – conséquence du droit même du Christ – d’enseigner le genre humain, de porter des lois, de gouverner les peuples en vue de leur béatitude éternelle. Puis, peu à peu, on assimila la religion du Christ aux fausses religions et, sans la moindre honte, on la plaça au même niveau. On la soumit, ensuite, à l’autorité civile et on la livra pour ainsi dire au bon plaisir des princes et des gouvernants. Certains allèrent jusqu’à vouloir substituer à la religion divine une religion naturelle ou un simple sentiment de religiosité. Il se trouva même des États qui crurent pouvoir se passer de Dieu et firent consister leur religion dans l’irréligion et l’oubli conscient et volontaire de Dieu.

N° 19. Dans les conférences internationales et dans les Parlements, on couvre d’un lourd silence le nom très doux de notre Rédempteur; plus cette conduite est indigne et plus haut doivent monter nos acclamations, plus doit être propagée la déclaration des droits que confèrent au Christ sa dignité et son autorité royales.
Une fête célébrée chaque année chez tous les peuples en l’honneur du Christ-Roi sera souverainement efficace pour incriminer et réparer en quelque manière cette apostasie publique, si désastreuse pour la société, qu’a engendrée le laïcisme.

21. Les États, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l’obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d’obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l’ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l’ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles; car sa dignité royale exige que l’État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l’établissement des lois, dans l’administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs.

22. Il faut donc qu’il règne sur nos intelligences : nous devons croire, avec une complète soumission, d’une adhésion ferme et constante, les vérités révélées et les enseignements du Christ. Il faut qu’il règne sur nos volontés: nous devons observer les lois et les commandements de Dieu.

Dans cet esprit, Pie XI donne un mandat de « reconquête » à l’Action Catholique fondée à cette époque, dont le slogan était alors : « Nous referons chrétiens nos frères » [3].

Mgr Lefebvre ne s’y est pas trompé, lorsqu’il reprend ce thème de « l’apostasie générale » pour légitimer sa nostalgie d’un ordre social chrétien artworks-CJyFJzyG6xi1oLlE-Bq5VNQ-t500x500 Canossarégulé par l’Église. Il est la trace, quasi archéologique, de cette ambition démesurée d’imposer le règne du Christ en soumettant la société à l’Église :

« Et non seulement ils ont eu pour dessein de détruire les institutions chrétiennes mais ils ont voulu, par-là, détruire le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ dans les âmes et créer ce climat d’apostasie générale. Le fait que les institutions ne sont plus chrétiennes, le fait que Notre Seigneur Jésus-Christ ne règne plus dans les institutions, crée nécessairement un climat d’apostasie, un climat d’athéisme, et ce climat d’athéisme atteint alors les familles par l’enseignement, par tous les moyens puissants que l’État a à sa disposition pour ruiner la foi dans les familles chrétiennes. C’est ainsi qu’on a vu l’apostasie s’étendre, petit à petit, dans la société.
De nos jours, on est tellement habitué à cette apostasie générale que l’on ne réagit même plus. C’est pourquoi cette fête du Christ-Roi est plus utile que jamais.
Nous voulons qu’il règne dans nos familles, dans les familles chrétiennes et dans la société. »
(Sermon de Mgr Lefebvre pour la fête du Christ-Roi, le 30 octobre 1988 à Écône)

Peut-on alors célébrer cette fête sans frémir d’indignation devant la volonté de toute-puissance ecclésiale qu’elle véhicule ?

 

Heureusement, il y a Vatican II !
Dans l’aggiornamento qui permet à l’Église de mieux comprendre son époque et de mieux se comprendre elle-même, l’idéologie du Christ-Roi va être justement infléchie :
- du règne social chrétien on va passer au règne eschatologique du Christ
- du Roi tout court on passe au Roi de l’univers
-
du dernier dimanche d’octobre avant la Toussaint (signe du triomphe du Christ et de ses élus), on passe au dernier dimanche de l’année liturgique juste avant un nouvel Avent.
C’est Paul VI – Saint Paul VI ! – qui opère cette évolution, avec douceur et pédagogie.
- On quitte ainsi les dangereux rivages d’une idéologie de restauration pour orienter la prière catholique vers l’avènement ultime du Christ.
- On quitte la nostalgie de la domination politique d’un État pour espérer la transformation ultime de tout l’univers.
- On passe de l’Église triomphante (dimanche d’octobre avant celui de la Toussaint) à la Parousie, point d’orgue qui dépasse toutes nos visions humaines (dernier dimanche liturgique).

Cette désidéologisation de la fête du Christ-Roi nous permet désormais de lui donner un sens eschatologique et spirituel :
- sens eschatologique :
Le royaume à venir est plus grand que toutes les réalisations humaines, même ecclésiales. Le jugement de Matthieu 25 nous dit que le critère en est l’amour et non l’appartenance ecclésiale. Quoi de plus fort pour relativiser une institution qui prétendrait réguler la vie quotidienne dans ses moindres détails ?

- sens spirituel :
Ce règne à venir est déjà inauguré en nos cœurs lorsque nous communions au Christ de tout notre être, de toutes nos forces. « Le royaume de Dieu est au-dedans de vous », ne cessait de répéter Jésus. Il y a là une mystique du royaume, intérieure, source d’inspiration pour une vie évangélique faite de pauvreté, de pardon, d’amour.
Une hymne de l’abbaye de Tamié, chantée pour ce dimanche, le dit avec beauté, élégance et justesse :

2354_apercu catharesAmour qui nous attends au terme de l’histoire,
ton Royaume s’ébauche à l’ombre de la croix ;
déjà sa lumière traverse nos vies.
Jésus, Seigneur, hâte le temps !
Reviens, achève ton œuvre !

R/ Quand verrons-nous ta gloire transformer l’univers ?

1. Jusqu’à ce jour, nous le savons, la création gémit en travail d’enfantement. R/
2. Nous attendons les cieux nouveaux, la terre nouvelle, où régnera la justice. R/
3. Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision, jusqu’à l’heure de ton retour. R/

Cette dimension mystique et spirituelle n’empêche pas la fête du Christ-Roi d’avoir une connotation politique : non par l’imposition des lois d’une Église, mais par la force des consciences personnelles s’unissant autour de la défense des plus petits, des plus faibles, selon l’évangile de ce dimanche (Mt 25). Il y aura sans doute des conséquences législatives, judiciaires, politiques si un grand nombre de citoyens laissent ainsi le Christ régner davantage en leur cœur. Mais cela n’aura rien à voir avec la volonté de contrôle, de surveillance, de punition et de contrainte dont les tristes épisodes de Saint-Gilles ou de Canossa sont des symboles.

Gardons en tête les deux orientations majeures de la fête du Christ-Roi ce dimanche :
- elle déplace notre attente vers un au-delà de l’histoire, relativisant ainsi toute réalisation partielle.
- elle nous tourne vers le règne intérieur du Christ en nous : le laisser devenir par son Esprit « plus intime à moi-même que moi-même », ne plus faire qu’un avec lui au point de s’écrier comme Paul : « ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ! » (Ga 2,20).

 


[1]. L’année 1925 était aussi le seizième centenaire du premier concile œcuménique de Nicée, qui avait proclamé l’égalité et l’unité du Père et du Fils, et par là même la souveraineté du Christ, « dont le règne n’aura pas de fin » (Symbole de Nicée).

[2]. On notera que le sous-titre de l’encyclique : « Sur la royauté sociale de Jésus-Christ », qui est bien le sujet de l’encyclique, ne figure pas dans le texte officiel, en particulier sur le site du Saint-Siège

[3]. Pie XI condamne cependant l’Action Française en 1926, refusant ainsi l’instrumentalisation de sa pensée politique.

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Toi, mon troupeau, voici que je vais juger entre brebis et brebis » (Ez 34, 11-12.15-17)

Lecture du livre du prophète Ézékiel
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées. C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, – oracle du Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit. Et toi, mon troupeau – ainsi parle le Seigneur Dieu –, voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs.

PSAUME
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

DEUXIÈME LECTURE
« Il remettra le pouvoir royal à Dieu le Père, et ainsi, Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 20-26.28)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.
 
ÉVANGILE
« Il siégera sur son trône de gloire et séparera les hommes les uns des autres » (Mt 25, 31-46)
Alléluia. Alléluia. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David notre père. Alléluia. (Mc 11, 9b-10a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’ Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’ Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : ‘Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.’ Alors ils répondront, eux aussi : ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?’ Il leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »
Patrick BRAUD

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2 novembre 2023

Ni rabbi, ni père, ni maître : serviteur !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Ni rabbi, ni père, ni maître : serviteur !

Homélie pour le 31° Dimanche du temps ordinaire / Année A
05/11/2023

Cf. également :
Ils disent et ne font pas
Une autre gouvernance

L’Église et la modernité: sel de la terre ou lumière du monde ? 
Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde

Ni rabbi, ni père, ni maître : serviteur ! dans Communauté spirituelle 69327_vod_thumb_318816-hd« Ni Dieu ni maître ! »
Ce slogan souvent tagué à la hâte sur les murs parisiens pendant les manifestations de rue a d’abord été le titre du journal fondé par Auguste Blanqui en 1880. Il résume la doctrine anarchiste du XIX° siècle : s’émanciper de la tutelle des religions et de l’État, pour laisser les citoyens s’organiser librement. On raconte qu’à cette devise Paul Claudel aurait répondu : « choisir Dieu est le seul moyen radical de n’avoir aucun maître »
Bien vu ! C’est un peu cette remise en place que Jésus opère dans notre Évangile (Mt 23,1-12) : ne donnez à personne le nom de rabbi/père/maître, car vous n’avez qu’un seul rabbi/Père/maître : Dieu, plus grand que tous les pouvoirs terrestres.

Le Christ ne se fait pas que des amis avec cette triple contestation de l’autorité, qui pourrait paraître anarchiste si elle ne recentrait pas en Dieu la source de toute autorité, fondement de la fraternité entre nous tous.

 

1. Ni rabbi : contestation de l’autorité religieuse
Qu’est-ce qu’un rabbi au temps de Jésus ? C’est un titre de respect, qui veut honorer la sagesse du rabbin. Son rôle est celui d’un juge, d’un arbitre dont la décision permet de se conformer à la Loi dans une situation inédite. Il s’appuie sur son interprétation de la Torah pour conseiller les juifs le questionnant sur ce qu’il convient de faire en telle ou telle circonstance. Par exemple, lorsque des juifs viennent trouver Jésus pour des questions d’héritage, ils le prennent pour un rabbi. Et cela ne lui plaît pas ! Il leur répond d’ailleurs vertement : « Qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? » (Lc 12,14).

L’objet de l’enseignement d’un rabbi est de trouver des solutions à des questions complexes concernant l’application de la Torah. En plus de la Bible, il se fonde sur les interprétations de ses prédécesseurs et sur leur jurisprudence. Un peu comme un juge du Tribunal des prud’hommes aujourd’hui en matière professionnelle. Son autorité ne repose que sur le respect qu’inspire sa science, indépendamment de son ascendance et de son passé. Sa consécration est de voir cette autorité reconnue par ses pairs et par les étudiants qui souhaitent apprendre auprès de lui avant d’enseigner à leur tour.

Rabbi Mennachem Mendel Schneerson Le Rabbi de LoubavitchDans le hassidisme contemporain, le rabbin est un « nassi », c’est-à-dire un chef guidant ses disciples, selon la définition du rabbi de Loubavitch : « Un nassi, au sens large, est un ‘chef des multitudes d’Israël’ [1]. Il est leur ‘tête’ et leur ‘cerveau’, leur source de vie et de vitalité. À travers leur attachement à lui, ils sont liés et unis avec leur source suprême en haut ». « Chacun et chacune d’entre nous doit savoir – c’est-à-dire méditer profondément et implanter dans son esprit – que le rabbi est notre nassi et notre tête : qu’il est la source et le canal pour tous nos besoins matériels et spirituels, et que c’est à travers notre lien avec lui que nous sommes liés et unis à notre source, et la source de notre source, jusqu’à notre source ultime en haut » (Lettre du 18 juin 1950).

Jésus conteste radicalement cet ascendant qu’un sage religieux pourrait obtenir sur ses disciples. D’ailleurs, dans l’Évangile de Matthieu, seul Judas utilise ce titre de rabbi pour désigner Jésus, signe qu’il se méprend sur son identité, sur sa mission, qu’il confond avec l’exercice habituel de l’autorité religieuse. Lors de la Cène, Judas demande qui doit aller livrer Jésus, ce qui dans son esprit correspond à une mission de médiation entre Jésus le Messie et les chefs juifs, pour s’unir afin de chasser les Romains hors d’Israël : « Judas, celui qui le livrait, prit la parole : ‘Rabbi, serait-ce moi ?’ Jésus lui répond : ‘C’est toi-même qui l’as dit !’ » (Mt 26,25). Et, dans le jardin des oliviers à Gethsémani, Judas embrasse sincèrement son ami en l’appelant rabbi, marque de son respect : « S’approchant de Jésus, il lui dit : ‘Salut, Rabbi !’ Et il l’embrassa. » (Mt 26,49).

Voilà pourquoi Jésus ne veut pas de ce titre de rabbi, qu’il réserve à Dieu seul. Si on attribue ce titre à un humain – fut-il le plus sage des hommes – la domination n’est pas loin, sous couvert d’autorité religieuse.

N’est-ce pas ce qui se produisit à la Pentecôte ? L’ancienne prophétie de Joël s’accomplissait enfin : « Je répandrai mon Esprit sur tout être de chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes je répandrai mon Esprit en ces jours-là » (Jl 3,1-2). Pierre constatait alors (Ac 2,14-22) que l’Esprit de Dieu fait naître ce peuple où tous sont prêtres, prophètes et rois (cf. rituel de l’onction d’huile du baptême). Ceux qui voudraient s’arroger l’exclusivité de cette triple onction baptismale commettent un véritable « péché contre l’Esprit ».
Jean confirme que cette démocratisation de l’Esprit s’opère par l’onction baptismale : « L’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin d’enseignement. Cette onction vous enseigne toutes choses, elle qui est vérité et non pas mensonge ; et, selon ce qu’elle vous a enseigné, vous demeurez en lui » (1 Jn 2,27).
Pas  besoin d’être enseignés à la manière humaine donc : l’Esprit est notre rabbi intérieur. Pourquoi se soumettre au prestige des titres, des diplômes, des médailles en tous genres ?…

On voit combien cette radicale contestation de l’autorité religieuse des rabbis est nécessaire en tout siècle ! Les rabbis d’aujourd’hui pullulent, réclamant vénération, soumission et influence sociale.
Il faut étendre cette contestation évangélique aux imams, qui prétendent fixer les règles de pureté, du licite et de l’illicite, et plus encore les soi-disant imams autoproclamés qui sur Internet influencent des millions de jeunes followers avec des vidéos courtes, simplistes, terriblement légalistes et autoritaires.

L’autorité religieuse certes est nécessaire, mais elle ne doit jamais occulter sa source, lui faire écran en se perdant dans sa propre recherche de puissance. Parodiant Claudel, on pourrait dire que choisir Dieu est le seul moyen radical pour ne se laisser dominer par aucune institution religieuse, même la plus prestigieuse.

 

2. Ni père : contestation de l’autorité familiale
Le pater familias ches les latins
Cette fois-ci, c’est l’autorité familiale qui est remise en cause ! Pas n’importe laquelle : celle du pater familias, si puissante dans toutes les sociétés traditionnelles, patriarcales à l’excès. Le premier, Jésus n’a appelé personne Père sur cette terre. Il réservait ce titre à Dieu, la source de son existence, qu’il appelait d’ailleurs affectueusement abba c’est-à-dire papa, témoignant ainsi d’une intimité unique avec l’origine de toute vie.

De plus, Jésus n’a pas été tendre avec les liens du sang, dont il voyait bien les dérives mafieuses : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Étendant la main vers ses disciples, il dit : ‘Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère’ » (Mt 12,46-50). La pauvre Marie a dû en être toutes retournée : se faire ainsi rembarrer devant tout le monde aurait pu l’humilier. Mais non : elle comprit que père ou mère ne sont pas des titres donnés par le sang, mais par la foi. Marie est mère parce qu’elle a cru, bien plus que parce qu’elle a accouché. Elle recevra Jean comme son fils au pied de la croix, car la famille dont parle Jésus n’est pas limitée à la génération.

Contester l’autorité patriarcale est encore une idée neuve en christianisme ! Il a fallu des siècles en Occident pour que les baptisés s’émancipent d’un modèle familial où le pater familias décide de tout, depuis les études jusqu’au mariage ou même la croyance de ses enfants ! Le clergé lui-même reproduisait cette domination patriarcale. Le patriarcat existe toujours en Afrique, en Asie ou ailleurs. La parole de Jésus est on ne peut plus claire : « vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux ». Mais les chrétiens ne prennent pas au sérieux ce qu’ils lisent…

Très vite, les ermites égyptiens, les supérieurs des abbayes ou les prêtres en paroisse se sont faits appeler : « Monsieur l’Abbé » (abba = papa) ou « Mon Père » (ce qui est pareil).
Faut-il récuser cet usage au nom de Mt 23,9 ?
Oui, s’il est le prétexte au cléricalisme, mal pernicieux qui ronge les Églises catholique et orthodoxe depuis des siècles.
Non, s’il renvoie humblement à l’unique paternité divine dont les prêtres peuvent être le symbole en contestant l’exclusivité de la paternité biologique.

Les jeunes prêtres en France reviennent à la soutane, aux dentelles, aux dorures liturgiques, comme si l’habit leur garantissait un statut à part. En octobre dernier, devant le Synode ébahi, le pape François a vertement critiqué ces mondanités cléricales : « Il suffit d’aller chez les tailleurs ecclésiastiques de Rome pour voir le scandale des jeunes prêtres essayant des soutanes et des chapeaux ou des aubes avec dentelle ! Le cléricalisme, c’est un fléau, c’est une forme de mondanité qui salit et qui abîme ».

ob_bcd4a6_pape-francois diacre dans Communauté spirituelleLe cléricalisme profite de l’ordination presbytérale pour transformer l’ancien (presbyter) en clerc, le pouvoir sacramentel en pouvoir de domination sur les laïcs etc. Le pape François ne cesse de répéter que le cléricalisme est à la source des maux les plus graves de l’Église actuelle :

« Cette mondanité spirituelle à l’intérieur de l’Église fait grandir une chose grossière : le cléricalisme, a poursuivi François. Le cléricalisme est une perversion de l’Église. C’est le cléricalisme qui crée la rigidité. Et sous chaque type de rigidité, il y a de la pourriture. Toujours » (Entretien diffusé dimanche 6 février 2022 à la télévision italienne).

« Le manque de conscience d’appartenir au peuple fidèle de Dieu comme serviteurs, et non pas comme maîtres, peut nous conduire à l’une des tentations qui porte le plus de préjudice au dynamisme missionnaire que nous sommes appelés à impulser : le cléricalisme qui est une caricature de la vocation reçue » (Rencontre du 6 janvier 2018).

Par contre, si appeler un prêtre « Mon Père » traduit une conception de la paternité plus grande que biologique, dont Dieu seul est la source, alors ce titre peut effectivement renvoyer à la reconnaissance de Dieu Père, plus haut que toutes les autres formes de paternité, familiale, sociale, ecclésiale, artistique etc.

 

3. Ni maître : contestation de l’autorité sociale
008973924 maître
Le mot maître traduit en français le mot grec καθηγητς (kathēgētēs), dont les 3 seules occurrences sont justement dans le passage d’évangile de ce dimanche. La liturgie dit « maîtres » ; la TOB : « Docteurs » ; la BJ et Louis Segond : « Directeurs », Chouraqui : « chefs ». On ne sait donc pas trop qui sont ces καθηγητς. Quoiqu’il en soit, on devine qu’il s’agit d’une position officielle, réputée savante, qui a le droit d’enseigner et de diriger.

Tout le contraire de ce que Jésus incarne ! Son enseignement est de renvoyer l’autre à lui-même, de l’inviter à remonter à sa source intérieure : le royaume de Dieu présent en chacun. Quand le Messie enseigne, on croirait voir et entendre Bernadette Soubirous à genoux dans la tutte aux cochons de Massabielle, dégageant la boue du rocher pour que la source puisse jaillir à nouveau au fond de la grotte…
Jésus – le Christ – conteste radicalement tout enseignement, toute direction (on dirait aujourd’hui : tout management), tout leadership qui aliène aurait lieu de libérer, qui rendrait dépendant au lieu d’autonomiser, qui infantiliserait au lieu d’éduquer.

Que ce soit au bureau, dans l’atelier, dans la paroisse ou l’association, nous croulons sous les petits chefs qui veulent exister sur le dos des autres. Déboulonner la statue du Commandeur qui préside encore à tant de secteurs de notre vie est l’œuvre en nous de l’Esprit de liberté, l’Esprit dont Jésus est l’Oint, « l’imbibé » par excellence plus que l’éponge immergée dans l’océan…
N’avoir que le Messie – le Christ – pour maître est vraiment le choix le plus radical pour n’avoir aucun maître…

 

4. Dieu premier servi !
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Car finalement, si nul ne peut usurper l’autorité religieuse, familiale ou sociale de Dieu, c’est que notre identité en Christ est diaconale : « le plus grand parmi vous sera votre serviteur (δικονος= diakonos) ». Jésus avait déjà indiqué cette voie de la diaconie à la mère de Jacques et Jean qui voulait voir ses deux enfants chéris en bonne place dans le ‘shadow-cabinet’ du Messie : « Jésus lui dit : ‘Que veux-tu ?’ Elle répondit : ‘Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume’ » (Mt 20,21). La réponse est cinglante : « Il leur dit : ‘Ma coupe, vous la boirez ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père’ » (Mt 20,23). Et Jésus avait été obligé de le marteler au groupe des disciples qui le suivaient sur la route : « Jésus les appela et dit : Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur (δικονος) » (Mt 20,25–26).

Ici, Jésus nous invite à devenir diacre, chacun et tous. Il ne dit pas : il n’y a qu’un seul diacre, le Messie. Au contraire, il affirme que nous le sommes tous ! C’est peut-être le plus beau titre partagé par tous les chrétiens de par leur baptême : serviteur. Servir la vie, la croissance de l’autre, sa liberté, son autonomie… : tout le contraire du cléricalisme. Si dans l’Église quelques-uns sont ordonnés diacres, c’est pour rappeler à tous qu’ils sont appelés à devenir serviteurs.

Notre vocation diaconale est l’antidote aux dérives autoritaires stigmatisées par Jésus.
Idolâtrer l’autorité religieuse conduit au cléricalisme [2].
Idolâtrer la famille conduite à la mafia.
Idolâtrer l’autorité sociale conduit à la servitude volontaire.
Mais pratiquer le service rend libre comme Jésus : servir nous inspire comment nous agenouiller pour libérer en l’autre la source d’eau vive que l’Esprit fait jaillir en lui.

Et il en est du service comme de l’amour : le détour par Dieu est le plus court chemin vers l’autre, et le plus sûr. La devise de Jeanne d’Arc : « Dieu premier servi ! » nous garantit de servir les autres avec gratuité, désintéressement, en vérité, dès que nous plaçons le service de Dieu en clé de voûte de ce que nous construisons. Sinon, les serviteurs deviennent vite des mercenaires, des Wagner du pouvoir…

Diacres, nous le sommes à l’autel et dans l’assemblée, servant en nourriture à nos proches la Parole et la charité dont ils ont besoin pour vivre en plénitude.

Que la triple contestation de l’autorité humaine proclamée aujourd’hui par Jésus nous oblige à un examen de conscience honnête et rigoureux : quand suis-je rabbi/père/maître à la manière humaine et non diacre à la manière du Christ ?

 


[1]. Le mot « rav » qui a donné « rabbin », provient de la racine « R-B-B », qui dénote la grandeur ou la multitude. Il apparaît dans la Bible hébraïque lors de l’épisode de la sortie d’Égypte où il désigne l’Erev Rav, la Grande Multitude (ערב רב), les esclaves convertis qui suivaient les Enfants d’Israël.

[2]. « L’autre danger, qui est une tentation très forte et j’en ai parlé plusieurs fois, est le cléricalisme. Et celui-ci est très fort. Pensons qu’aujourd’hui, plus de 60% des paroisses n’ont pas de conseil pour les affaires économiques ni de conseil pastoral. Qu’est-ce que cela signifie ? Que cette paroisse et ce diocèse sont conduits dans un esprit clérical, uniquement par le prêtre, qui n’applique pas la synodalité paroissiale, la synodalité diocésaine, qui n’est pas une nouveauté de ce Pape. Non ! Cela figure dans le droit canonique, c’est une obligation qu’a le curé d’avoir le conseil des laïcs pour la pastorale et pour les affaires économiques. Et ils ne font pas cela. Et cela est le danger du cléricalisme aujourd’hui dans l’Église. Nous devons aller de l’avant et éliminer ce danger, car le prêtre est un serviteur de la communauté, l’évêque est un serviteur de la communauté, mais ce n’est pas le chef d’une entreprise. Non ! Cela est important » (Entretien du 12 mai 2016).

 

 

LECTURES DE LA MESSE

Première lecture
« Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute » (Ml 1, 14b – 2, 2b.8-10.

Lecture du livre du prophète Malachie
Je suis un grand roi – dit le Seigneur de l’univers –, et mon nom inspire la crainte parmi les nations. Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement : Si vous n’écoutez pas, si vous ne prenez pas à cœur de glorifier mon nom – dit le Seigneur de l’univers –, j’enverrai sur vous la malédiction, je maudirai les bénédictions que vous prononcerez. Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude, vous avez détruit mon alliance avec mon serviteur Lévi, – dit le Seigneur de l’univers. À mon tour je vous ai méprisés, abaissés devant tout le peuple, puisque vous n’avez pas gardé mes chemins, mais agi avec partialité dans l’application de la Loi. Et nous, n’avons-nous pas tous un seul Père ? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi nous trahir les uns les autres, profanant ainsi l’Alliance de nos pères ?

Psaume
(Ps 130 (131), 1, 2, 3)
R/ Garde mon âme dans la paix près de toi, Seigneur.

Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ;
je ne poursuis ni grands desseins,
ni merveilles qui me dépassent.

Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ;
mon âme est en moi comme un enfant,
comme un petit enfant contre sa mère.

Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais.

Deuxième lecture
« Nous aurions voulu vous donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais même nos propres vies » (1 Th 2, 7b-9.13)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens
Frères, nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. Ayant pour vous une telle affection, nous aurions voulu vous donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais jusqu’à nos propres vies, car vous nous étiez devenus très chers. Vous vous rappelez, frères, nos peines et nos fatigues : c’est en travaillant nuit et jour, pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous, que nous vous avons annoncé l’Évangile de Dieu. Et voici pourquoi nous ne cessons de rendre grâce à Dieu : quand vous avez reçu la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre en vous, les croyants.

Évangile
« Ils disent et ne font pas » (Mt 23, 1-12)
Alléluia. Alléluia. Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux ; vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. Alléluia. (cf. Mt 23, 9b.10b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples, et il déclara : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges ; ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ; ils aiment recevoir des gens le titre de rabbi.
Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de rabbi (ῥ
αββ= rhabbi), car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères.
Ne donnez à personne sur terre le nom de père (
πατρ= patēr), car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux.
Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres (
καθηγητς= kathēgētēs), car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur (διάκονος = diakonos). Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »
Patrick BRAUD

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7 janvier 2023

Épiphanie : que peuvent les religions en temps de guerre ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Épiphanie : que peuvent les religions en temps de guerre ?

 

Homélie pour la fête de l’Épiphanie / Année A 

08/01/2023

 

Cf. également :

Signes de reconnaissance épiphaniques
L’Épiphanie du visage

Épiphanie : tirer les rois
Épiphanie : êtes-vous fabophile ?
Épiphanie : l’économie du don
Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le potlatch de Noël
Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?
L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture
L’inquiétude et la curiosité d’Hérode
Éloge de la mobilité épiphanique
La sagesse des nations

 

Sant’Egidio 2022 - Emmanuel Macron : “les responsables religieux ont un rôle essentiel, ils contribuent à la trame de nos sociétés”Une intervention récente d’Emmanuel Macron est passée inaperçue, sans doute à cause de l’inculture philosophique et religieuse de nos journalistes, de leurs craintes de franchir les sacro-saintes barrières de la laïcité… Il s’agit de son discours devant la communauté Sant’Egidio, le 23 octobre dernier.

On sait le rôle très politique, notamment de médiation, que Sant’Egidio a déjà joué dans le passé dans des conflits armés. Réfléchissant sur la guerre en Ukraine, Sant’Egidio avait invité Emmanuel Macron à parler du rôle que peuvent jouer les religions en temps de guerre, de son point de vue de Président de la République française impliquée avec l’Europe et l’OTAN dans le soutien à l’Ukraine agressée par la Russie. 

« Que peuvent les religions ? Je pense qu’elles peuvent beaucoup et que les politiques que nous sommes, je le dis au sens générique du terme, en tant que femmes et hommes qui ont décidé de s’occuper de la vie de la cité, en ont besoin. (…) Donc je pense que les responsables religieux ont un rôle essentiel en tant qu’ils contribuent à la trame de nos sociétés, à ces relations entre les individus et à un rapport au temps long » [1].

Reconnaissons cependant que le reste de son discours n’était pas toujours très limpide…

Alors exerçons nous, à la lumière de l’Épiphanie fêtée ce dimanche, à plaider pour au moins quatre dimensions du rôle que les chrétiens (pas seulement les clercs !) - et toutes les religions ? - pourraient et devraient assumer en temps de guerre.

 

1. Ne pas instrumentaliser le Nom de Dieu

Le président russe Vladimir Poutine assiste seul à un office pour Noël dans une église du Kremlin, le 6 janvier 2023Hérode - « ce renard » comme dirait Jésus (Lc 13,32) – veut ruser avec les mages pour obtenir le lieu de naissance de son concurrent potentiel. S’il arrive à tuer ce prétendant dans l’œuf – ou du moins dès sa naissance – il aura le champ libre pour se prétendre la seule royauté autorisée par Dieu sur Israël. Se servir de l’Écriture pour justifier ses propres intérêts est le péché originel de tous les clergés, de tous les rois et autres pouvoirs se réclamant de Dieu. Le « Gott mit uns » sur le ceinturon des nazis est repris par le patriarche orthodoxe russe Kirill de Moscou, pour bénir les armées de Poutine et justifier l’injustifiable en Ukraine ! Au nom de la « Sainte Russie », de sa soi-disant mission de civilisation contre l’Occident hérétique et décadent, Kirill fournit au pouvoir russe un appui idéologique majeur, aussi meurtrier que l’était la justification de l’esclavage, de l’apartheid, de la colonisation ou de la peine de mort autrefois par les Églises.

Kirill, le primat de l’Église orthodoxe russe, avait donné sa bénédiction à l’opération militaire spéciale en mars 2022, en la présentant comme un affrontement eschatologique entre l’Occident décadent et la Russie championne des valeurs traditionnelles. Lors d’un sermon en septembre 2022, il était allé plus loin en affirmant que la mort au front en Ukraine était un « sacrifice qui lavait tous les péchés que l’on a commis ».

Dans une homélie au ton très politique, prononcée dimanche 27 février 2022 à la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, Kirill a fustigé ceux qui luttent – qualifiés de « forces du mal » – contre l’unité historique de la Russie et de l’Ukraine.

Il a félicité Vladimir Poutine, vendredi 7 octobre, pour son 70° anniversaire : « Dieu vous a placé au pouvoir pour que vous puissiez effectuer une mission d’une importance particulière et d’une grande responsabilité pour le sort du pays et de son peuple qui vous a été confié », a assuré le patriarche, âgé de 75 ans. « Que le Seigneur préserve la terre russe. (…) Une terre dont font partie aujourd’hui la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie (…) ».

 

Épiphanie : que peuvent les religions en temps de guerre ? dans Communauté spirituelle 309536_167643693329755_167581906669267_298812_1174912345_nInstrumentaliser le Nom de Dieu est le propre des gens très (trop) religieux, qui finissent par vouloir imposer leur conception du monde, et convoquent Dieu pour servir leurs intérêts. 

Pourtant le Tétragramme YHWH interdit aux juifs de prononcer le Nom de Dieu, justement pour ne pas l’instrumentaliser en croyant savoir qui il est. La charia est le type même de ce genre d’absolutisme prétendant dicter la voix de Dieu à la société et ne servant en réalité que les intérêts des oulémas, des mâles, barbus, s’enrichissant sur le dos du peuple. Les Afghanes, les Iraniennes, les Saoudiennes, les Yéménites etc. en savent quelque chose, hélas !

 

Pourtant c’est l’un des commandements du Décalogue : « Tu n’invoqueras pas en vain le Nom du Seigneur ton Dieu, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque en vain son Nom » (Ex 20,7).

 amour dans Communauté spirituelleCouvrir les ambitions de Poutine par l’encens et l’or des liturgies orthodoxes, soumettre les femmes par l’imposition d’un Coran ou d’une charia écrite de mains d’hommes, bénir les croisades, les dictatures de tous poils, justifier les pires crimes au nom de la défense d’une Église… : nous n’en avons pas fini avec cette hypocrisie religieuse qui à force de génuflexions et de prières finit par lapider l’innocent et crucifier le prophète.
L’Église orthodoxe russe notamment doit renoncer à la théorie de la « symphonie des pouvoirs » symbolisée par l’aigle bicéphale présent sur tous les drapeaux derrière Poutine (tout comme l’Église de Rome a fini par renoncer à la « théorie des deux glaives », qui subordonnait le pouvoir temporel au pouvoir spirituel, l’empereur au pape). Selon cette théorie, le patriarche de Moscou s’occupe des âmes pendant que le tsar s’occupe des corps, et les deux pouvoirs marchent main dans la main pour établir le royaume de Dieu sur la terre.

Le premier rôle des chrétiens est donc de dénoncer toute instrumentalisation de leur foi, qui n’est pas au service d’Hérode, ni de Pilate.

 

2. Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent (Ps 85,11)

À l’Épiphanie, les mages pratiquent l’amour en offrant leurs cadeaux, mais ils acceptent de faire pour cela une « opération vérité » : ils reconnaissent que non, les astres ne sont pas de minis-dieux dictant nos destinées. D’ailleurs l’étoile des mages s’efface à Jérusalem devant la lecture de la Bible, bien plus éclairante pour trouver le Messie que la lumière des astres. Et quand l’étoile réapparaît, c’est pour valider en quelque sorte l’interprétation biblique, et reconnaître que c’est elle qui a donné la bonne direction, pas l’astrologie ! Pas d’amour sans faire la vérité sur nos pratiques idolâtres…

À l’inverse, la pax romana qu’Hérode maintenait par la force en Israël était une paix injuste, extorquant impôts et taxes au petit peuple pour enrichir les puissants, les collabos, foulant aux pieds l’identité et la culture juive ne reconnaissant que YHWH comme empereur… Pas de paix sans justice !

 

 guerreLe risque est grand de vouloir résoudre la guerre en Ukraine par une lâcheté organisée : pour ‘avoir la paix’, l’Occident imposerait à l’Ukraine de renoncer à retrouver ses frontières garanties par le droit international. Or juifs et chrétiens ne cessent de proclamer avec le psaume 85 : « justice et paix s’embrassent ». Autrement dit : pas de paix sans justice, pas de justice sans paix. Si la paix est injuste, comme le fut celle après 1870 ou 1918, elle nourrira rancœurs, colères et sentiments de revanche. C’est peut-être l’erreur du monde en 1991, lors de la dislocation de l’empire soviétique : les puissants ont vite réparti les peuples entre des lignes dont on peut douter aujourd’hui de la pertinence totale.

Mais depuis, il y a eu le mémorandum de Budapest, les accords de Minsk, et les obligations du droit international pour garantir les frontières actuelles, sauf libre volonté de tous les pays concernés. Accepter que ces droits soient bafoués préparerait une paix sans justice dans un engrenage de violence à venir ensuite. D’un côté comme de l’autre. Sans compter que cela ouvrirait la voie à d’autres coups de force pour s’emparer violemment de territoires convoités (Taiwan, Arménie, Sahel, États baltes…).

 

Le psaume qui unit justice et paix unit également amour et vérité : « Amour et vérité se rencontrent ». Pas d’amour sans vérité : les chrétiens se battent pour que les mensonges russes (et ukrainiens s’il y en a) soient  démasqués. Dire la vérité sur la nature du régime de Poutine, sur la compromission des orthodoxes russes, sur les crimes de guerre commis par les soldats et le pouvoir russe etc. est au cœur de la mission prophétique de notre Église. On peut quelquefois regretter la trop prudente diplomatie vaticane qui n’ose pas assez élever la voix en la matière [2]. Le précédent du silence pontifical sur les déportations des juifs devrait pourtant nous pousser à dire la vérité sur ce qui se passe sur le terrain…

Pas d’amour sans vérité, donc. Pas de vérité sans amour non plus : nous ne prêchons pas la haine, ni la revanche, mais la justice dans la vérité.
Les Églises de l’Est doivent raconter la vérité sur leurs peuples, et ne pas céder à la mythologisation de l’histoire opérée par le pouvoir russe ou d’autres pouvoirs locaux.

 

 

3. Pratiquer l’amour des ennemis, jusqu’au pardon

De l'amour des ennemis et autres méditations sur la guerre et la politique Olivier AbelNos mages évitent soigneusement Hérode pour rentrer chez eux, car ils savent que ce sera le conflit ouvert s’ils repassent devant lui. Comme disait Sun Tzu dans l’art de la guerre, le meilleur moyen d’être en paix est d’éviter la guerre autant que possible.

À l’inverse, Hérode voit en Jésus un ennemi et n’hésite pas à massacrer tous les nouveau-nés de la région pour éliminer ce rival.

Les chrétiens ont à cœur dans les conflits de ce temps de ne pas diaboliser l’ennemi, quel qu’il soit, de laisser ouverte la porte à la réconciliation (après), de pratiquer l’amour des ennemis sans renoncer au combat pour la justice. Rappelons à tous sans nous lasser qu’aimer nos ennemis n’est pas approuver leurs injustices, leurs crimes. C’est croire que leur dignité d’enfant de Dieu n’est pas effacée mais salie par leurs actes. C’est vouloir réveiller en eux cette dignité en leur tendant l’autre joue, la joue intacte, comme un miroir, la joue non offensée pour qu’eux-mêmes retrouvent en eux l’image divine ensevelie sous les décombres du mal commis.

Les chrétiens ont ainsi déjà témoigné, en Afrique du Sud, au Rwanda, et même en Europe entre Allemands  et Français, que la réconciliation est toujours possible, à condition que vérité soit faite sur les exactions perpétrées.
Ce n’est peut-être pas possible pour les générations actuellement en guerre au vu des atrocités commises, mais elles doivent le préparer pour leurs enfants et petits-enfants.

 

4. Tenir à l’universalisme chrétien

Hérode n’est intéressé que par le Roi des juifs. Les mages cherchent celui à qui même les astres obéissent. Le premier veut rester maître de son territoire. Les seconds quittent leur pays pour chercher le vrai Dieu, le Dieu de tous. La tradition a raison de décrire la composition de cette ambassade comme universelle (selon la géographie de l’époque) : un Africain (Balthazar), un asiatique (Gaspard), un Européen (Melchior).

arton79465 justiceLe Messie nouveau-né fait éclater les prétentions nationalistes étroites. Il est le roi de l’univers, pas seulement de Judée. Autrement dit, les valeurs du christianisme évoquées plus haut sont universelles. Ni occidentales, ni africaines, ni asiatiques : pour tous les peuples, toutes les cultures, tous les régimes politiques. Ne pas instrumentaliser le Nom de Dieu s’impose à tous. Conjuguer amour et vérité, justice et paix est le devoir sacré de toute l’humanité, depuis l’ONU jusqu’au Liechtenstein. Aimer nos ennemis jusqu’à la réconciliation est le défi lancé aux Russes comme Nord-coréens, aux Chinois comme aux Européens. Ce ne sont pas des valeurs occidentales seulement. L’Épiphanie manifeste la dimension universelle du message du Christ, né au Proche-Orient, mûri en Europe, adopté par l’Afrique, promis à l’immense Asie.

Ne renonçons pas à notre universalisme sous prétexte du respect de chaque culture ! Car alors le relativisme ne serait pas loin. Et le relativisme ouvre la porte à toutes les injustices, car ce que vous trouvez mal ici sera déclaré bien ailleurs…

 

Finalement, l’Épiphanie est une fête très politique !

Elle appelle les chrétiens à jouer leur rôle en temps de guerre, à ne pas déserter le témoignage rendu aux quatre valeurs ci-dessus. Elle appelle tous les hommes de bonne volonté à s’examiner loyalement pour entrer en discussion avec l’ennemi. Le Messie adoré par les Mages n’est-il pas venu inaugurer un monde nouveau, où selon la prophétie de Michée : « de leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre » (Mi 4, 3) ? 

 

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[1]https://preghieraperlapace.santegidio.org/pageID/31533/langID/fr/text/4021/Emmanuel-Macron-au-Cri-de-la-Paix.html

[2]. La dénonciation la plus nette est celle du mercredi 23 novembre dernier. Lors de son audience hebdomadaire, le pape François a comparé le « martyre de l’agression » du pays par la Russie à la famine provoquée en Ukraine par Staline au début des années 1930, aussi appelée « génocide du Holodomor », qui a fait de 2 à 5 millions de victimes parmi les ukrainiens. L’Église orthodoxe russe est toujours restée muette sur ce crime…

 

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1-6)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.

 

Psaume
(Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13)
R/ Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi.
 (cf. Ps 71,11)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

 

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

 

Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

 

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

 

Deuxième lecture
« Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse » (Ep 3, 2-3a.5-6)

 

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère. Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

 

Évangile
Nous sommes venus d’Orient adorer le roi (Mt 2, 1-12) Alléluia. Alléluia.
Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent.
Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

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25 décembre 2022

Marie, notre sœur

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 14 h 00 min

Marie, notre sœur

 

Homélie pour la fête de Marie Mère de Dieu / Année A 

01/01/2023

 

Cf. également :

Devenir la Mère de Dieu

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

Intercéder comme Marie

Quelle place a Marie dans votre vie ?

 

Mère et sœur

Ce dimanche, nous invoquons Marie sous le titre impressionnant de « Mère de Dieu ». Et c’est juste de l’appeler ainsi, puisque son fils est pour nous vrai homme et vrai Dieu. Le texte patristique de l’Office des Lectures de ce dimanche nous met également sur une autre piste : invoquer Marie comme notre sœur en humanité. 

Marie, notre sœur dans Communauté spirituelle grande-soeur-geniale-famille« Marie est notre sœur, puisque nous descendons tous d’Adam »

(St Athanase, IV° siècle). 

Fêter Marie Mère de Dieu le 1er janvier, c’est célébrer en elle la promesse d’une humanité transfigurée, le début d’une ère nouvelle capable d’accueillir en son sein la vie divine. 

Voilà pourquoi cette femme juive est pour nous comme « une introduction à la joie », selon la belle expression d’André de Crète, évêque du VII° siècle. C’est comme l’ouverture sublime d’un opéra, où sont annoncés en filigrane les grands thèmes à venir. Avec elle l’Église contemple l’annonce de son propre re-création ; elle découvre le visage d’une humanité réconciliée. En Marie, dès sa naissance, l’Église se reconnaît, en espérance.
Enfin l’une d’entre nous va pouvoir nous ouvrir la voie sur le chemin du oui à Dieu !
Enfin une sœur de chez nous, une créature comme nous, nous assure dès ses débuts que nous sommes bien faits pour devenir la demeure de Dieu, l’écrin de sa beauté, le Temple de sa présence !


Éphrem le syrien, poète de Marie au IV° siècle, s’écriait :

« Certes, elle est ta mère, elle l’est, elle seule ; mais avec tous, ta sœur » (Hymne Nativité 4911).

Notre sœur en humanité est pour nous aujourd’hui le signe d’une humanité déjà transfigurée, renouvelée.  Réjouissons-nous, car c’est bien cela notre avenir déjà à l’œuvre en nos vies : naître, renaître, laisser Dieu naître en nous pour enfin naître à nous-même…

« Que toute la création chante et danse, qu’elle contribue de son mieux à la joie de ce jour.
Que le ciel et la terre forment aujourd’hui une seule assemblée, que tout ce qui est dans le monde et au-dessus de lui s’unisse dans le même concert de fête.

Aujourd’hui en effet s’élève le sanctuaire créé où résidera le créateur de l’univers, et une créature, par cette disposition toute nouvelle, est préparé pour offrir au créateur une demeure sacrée ».

(André de Crète ; Homélie pour la Nativité de la Ste Mère de Dieu)

Vatican II unit Marie à chacun de nous : loin d’être à part, coupée de son peuple, Marie de Nazareth est l’une d’entre nous : « elle se trouve aussi, comme descendante d’Adam, réunie à l’ensemble de l’humanité qui a besoin de salut » (Vatican II, LG 53).

 

Quelles conséquences sur notre prière si en plus d’invoquer la Mère de Dieu nous lui disions avec confiance : Marie, toi notre sœur… ?

 

« Béni sois-tu Seigneur, qui ne m’a pas fait femme »

157_COUV-737x1024 berakah dans Communauté spirituelleMarie renverse la table des anciennes hiérarchies sociales que même le peuple juif a sacralisées dans sa prière. En effet, au cours des premiers siècles après Jésus, les rabbins ont formalisé dans le Talmud les différentes prières du jour, et notamment celle du matin qui comprend une triple bénédiction récitée obligatoirement par les hommes aujourd’hui encore : « béni sois-tu Seigneur de ne m’avoir fait ni esclave, ni femme, ni non-juif ». Pendant que les hommes bénissent de ne pas être femme, les femmes elles doivent se contenter de leur sort et bénir Dieu pour cela en disant : « béni sois-tu Seigneur de m’avoir faite selon ta volonté ».

 

Incroyable ! Bénir Dieu de ne pas être une femme ! 

Embarrassés par la lettre de cette berakah insupportable aujourd’hui, les rabbins ont multiplié les commentaires pour tenter d’expliquer cette misogynie apparente.

- Une première ligne d’interprétation constate simplement que le sort des hommes est plus enviable que celui des femmes dans toutes les sociétés traditionnelles (domination masculine, infériorité féminine etc.). Mais de là à bénir Dieu pour ce rapport de force injuste…

- Une autre ligne de commentaires rappelle que la femme n’est pas soumise au commandement (mitsvots) liés au temps, car elle a en elle une autre mesure du temps biologique (cycle menstruel) qui prime sur tout. Ainsi la femme a moins de mitsvots à observer que l’homme (comme la soukka, le shofar ou le loulav etc.). L’homme peut alors bénir Dieu qui lui a donné plus de travail religieux en quelque sorte en lui prescrivant plus de commandements à observer. L’homme aime tellement la Torah qu’il se réjouit de devoir en faire plus que la femme !
Cette exégèse du Talmud de Jérusalem est un peu tirée par les cheveux. Au moins, elle réhabilite la différence homme-femme comme structurante de la vie d’Israël.

- Pire encore, certains rabbins estiment que l’observation des mitsvots détournerait la femme de sa soi-disant vocation domestique, en l’empêchant d’assumer la cuisine, le linge, la tenue de la maison etc. ! Interprétation culturellement datée, hélas encore trop courante.

- Éliette Abécassis (écrivaine contemporaines juives) est plus réaliste. Elle revient au constat terrible de la sujétion féminine toujours actuelle [1] :

« Merci de ne pas m’avoir fait femme ». Je comprends cette bénédiction ainsi : Les femmes portent le poids du monde. Elles portent leur enfant pendant neuf mois, elles accouchent dans des conditions difficiles, elles allaitent et s’occupent de leur enfant, mais aussi elles ont chaque mois la vie qui naît et meurt en elles. Tout joue contre elle : avoir ou ne pas avoir d’enfant, le travail, l’âge, la société qui ne cesse de les asservir. On vend leur corps, on achète leur esprit. Aujourd’hui, elles sont même victimes de la marchandisation de leur utérus. Elles sont esclaves. Elles sont enlevées et vendues.

Alors je comprends que ce soit une bénédiction de ne pas souffrir de tous ces maux. Cette bénédiction rappelle à l’homme chaque matin qu’il doit protéger sa femme, sa fille, sa sœur. Car la femme est toujours dans une position de faiblesse ».

Cette triple bénédiction négative devait déjà être plus ou moins en vogue du temps de Jésus, car il invente à partir du quotidien de la synagogue et du Temple la parabole du publicain et du pharisien, où ce dernier bénit Dieu au Temple de ne pas être comme le  publicain : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain » (Lc 18, 11). 

Comment peut-on bénir Dieu de ne pas être (négation) ? De ne pas être comme (comparaison) ? 

 

Il n’y a plus ni l’homme ni la femme

IS_140505_bo5p3_transgenres-illustration-2_sn1250 femmeOn comprend mieux la révolution par laquelle Paul a dynamité cette misogynie de la liturgie juive ! En effet, il affirme qu’en Christ « il n’y a plus ni juif, ni grec, ni esclave ni homme libre, ni l’homme ni la femme » (Ga 3,28). Il prend en cela l’exact contre-pied de la triple bénédiction matinale du Talmud (et de la séparation hommes/femmes à la synagogue toujours en vigueur, comme à la mosquée) ! Là où le judaïsme orthodoxe fige les différences en les sacralisant, le christianisme naissant annonce que c’est la communion qui est l’horizon ultime, relativisant ainsi des différences actuelles qui ne sont que temporaires. Paul invite ainsi les hommes et les femmes à renouer avec le meilleur de la tradition des psaumes : « je te bénis Seigneur pour la merveille que je suis » (Ps 138,3).

Et cela commence par Marie ! Elle se réjouit d’être femme. Elle se sait aimée de Dieu son Seigneur, son Sauveur, qui se penche sur son humble servante. Elle ose même annoncer que tous les âges la diront bienheureuse, elle, une femme, la première créature à être ainsi proposée en icône du bonheur à toute l’humanité ! Car le Christ n’est pas une créature humaine (« engendré non pas créé »), et donc Marie est bien la première créature à être ainsi élevée au plus haut point.

Depuis Marie, depuis Paul, il ne devrait plus y avoir aucune misogynie dans la prière et l’action de l’Église. Puisque Marie est notre sœur, elle abolit toute échelle de comparaison, d’infériorité, de négation entre l’homme et la femme, dans quelque domaine que ce soit.

 

Tu es notre sœur

Les femmes de ce temps peuvent trouver en Marie le courage de surmonter toutes les discriminations dont on les accable.

Elle est une créature humaine, formée de la même argile fragile et merveilleuse avec laquelle nous sommes tous formés. Il y a eu un temps où Marie n’existait pas. Elle a des parents, une famille, un peuple, une tradition.

Comme nous, Marie est passée par les divers âges de la vie. Elle n’a pas la vie faite par anticipation. Elle expérimente la faiblesse, la fatigue, la douleur (Lc 2,35) et la mort ; c’est un être humain qui fait des découvertes et qui a aussi des moments ou des phases de perplexité et d’incompréhension (Lc 2,41-51). Elle est notre sœur.

Lors de la Présentation de Jésus au Temple, quarante jours après sa naissance, ses parents apportent une paire de tourterelles ou deux colombes (Lc 2,24) : c’est l’offrande des pauvres. Les pauvres qui travaillent de leurs mains peuvent dire : c’est notre sœur.

 

Les Iraniennes qui se coupent les cheveux en public et manifestent suite à la mort de Masha Amini reconnaîtront en Marie une femme libre à qui on a imposé le voile sans parvenir à tuer sa liberté d’engendrer : tu es notre sœur.

Les Ukrainiennes qui sont violées par les soldats russes devant leurs enfants pourront se tourner vers Marie qui a connu la honte d’une grossesse non conforme : tu es notre sœur.

Les Saoudiennes, les Afghanes, les filles et femmes de ces États musulmans où les sourates misogynes du Coran sont appliquées au pied de la lettre, jusqu’à être considérées comme mineures, soumises à des règles de pureté légale insupportables, corvéables à merci, suspectées de sorcellerie, inférieures à l’homme pour l’héritage, le permis de conduire, le compte bancaire, le droit de voyager seule, de s’habiller librement, de divorcer, d’étudier etc., toutes les femmes musulmanes peuvent se tourner vers Marie : tu es notre sœur

Voilà pourquoi proclamer cette jeune femme de Nazareth Mère de Dieu est un événement considérable dans l’histoire des relations homme-femme ! C’est la contestation de toute inégalité, même et surtout dans l’Église ! C’est l’appel à ne plus comparer, à bénir d’être soi et non de ne pas être autrui, à mettre les différences au service de la communion au lieu de les sacraliser etc.

Nous commençons à peine à tirer le fil rouge des conséquences sociales, ecclésiales, personnelles etc. de cette double proclamation : Marie, tu es notre sœur, tu es la Mère de Dieu. Sur ce point comme sur tant d’autres, le christianisme ne fait que commencer.

 

Pour prolonger cette méditation, je vous propose de prier le poème suivant, d’Hervé Aubin, saluant l’humanité de Marie comme un chemin ouvert devant nos pas : 

 

Notre mère
et notre sœur humaine


Vierge Marie,
notre mère et notre sœur humaine!
Tu as fait, toi aussi,
l’expérience de ne pas connaître l’avenir
et d’ignorer où te mèneraient
les chemins du Seigneur.

À certains jours,
ses projets t’ont bouleversée.
Plus d’une fois,
tes pourquoi sont restés sans réponse.
Et pourtant, jamais tu n’as cessé
de faire confiance à Dieu.
Même en deuil de ton fils,
tu as continué d’espérer,
alors qu’il n’y avait plus d’espoir…

Heureuse es-tu, toi qui as cru !
En toi s’est accomplie
la parole du Seigneur.
« Car rien n’est impossible à Dieu. »

Un avenir est promis
à ceux qui placent en Dieu leur espérance
et s’appliquent à marcher dans ses chemins.

C’est pourquoi nous refusons de perdre espoir
et de nous laisser aller au découragement et à la peur.

Malgré les misères de notre monde,
nous savons que Jésus est avec nous;
que l’énergie de sa résurrection
est à l’œuvre en vue d’un monde nouveau
où la tristesse et la mort auront disparu.

Nous t’en prions, Marie !
Obtiens-nous de collaborer
à ce royaume de justice et d’amour
pour lequel ton fils a voulu naître et mourir.
Sois avec nous sur la route,
ô toi, notre espérance et notre consolation !

Nous voulons croire comme toi.
Espérer comme toi.
Aimer ce Dieu qui nous aime
et nous appelle à marcher ensemble
vers la vie du monde à venir. Amen.


Hervé Aub
in, Prières, souffle de vie, Novalis, 2001.

 

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[1]https://www.tenoua.org/la-benediction-controversee/ 

 

 

 

LECTURES DE LA MESSE


1ère lecture : Vœux de paix et de bonheur (Nb 6, 22-27)


Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur dit à Moïse :
« Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d’Israël :
‘Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !’ C’est ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »

 

Psaume : 66, 2b.3, 5abd, 7.8b

R/ Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse !

Que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations. 


Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
sur la terre, tu conduis les nations.


La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : Le Fils de Dieu, né d’une femme (Ga 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme, il a été sous la domination de la

vous êtes des fils : envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l’appelant « Abba ! ». Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu.

 

Evangile : Jésus fils de Marie (Lc 2, 16-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jadis, par les prophètes, Dieu parlait à nos pères ; aujourd’hui sa parole vient à nous en son Fils. Alléluia. (cf. He 1, 1-2)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tout le monde s’étonnait de ce que racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Patrick Braud

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