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10 avril 2020

Vendredi saint : les soldats, libres d’obéir

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Vendredi saint : les soldats, libres d’obéir

Homélie du Jeudi saint / Année A
09/04/2020

Cf. également :

Vendredi Saint : la Passion musicale
Comme un agneau conduit à l’abattoir
Vendredi Saint : paroles de crucifié
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Vendredi Saint : les morts oubliés
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
La Passion du Christ selon Mel Gibson

Johann Chapoutot, Libres d’obéir. Le management du nazisme à aujourd’hui. HöhnAvez-vous lu le dernier livre de l’historien Johann Chapoutot (spécialiste du nazisme) ? Son titre est un oxymore (association de deux contraires) provocateur :« Libres d’obéir » ; et son sous-titre l’est encore davantage : « Le management, du nazisme à aujourd’hui ». Chapoutot montre comment les nazis ont utilisé le management de leur époque pour enthousiasmer le peuple allemand à leur suite et organiser les militaires pour une efficacité maximum en temps de guerre.

Un des ressorts de l’implication qu’ils arrivaient à susciter chez les sous-gradés étaient ce que Peter Drucker a appelé dans les années 50 le management par objectifs. Hitler disait à ses généraux qui le répétaient à leurs subordonnés : ‘c’est moi qui fixe les objectifs. Vous n’avez pas à dire votre mot là-dessus. Par contre, je vous donne carte blanche pour atteindre vos objectifs, par quelque moyen que vous choisirez. Peu importe que l’objectif soit la conquête de l’Ukraine, l’extermination des juifs, l’administration des territoires conquis ou la maîtrise spatiale, à vous d’imaginer tous les moyens possibles pour atteindre cet objectif. Je vous donne un budget, des équipes, et c’est à vous de jouer. Faites comme vous pouvez avec ce que vous avez : le seul impératif est de réussir sans solliciter inutilement la hiérarchie, qui ne s’intéresse nullement à vos problèmes’.  

Cette part d’autonomie concédée aux sous-gradés les galvanisait. Sans s’apercevoir qu’on les rendait ainsi responsables des succès comme des échecs, surtout lorsque les objectifs fixés devinrent follement inatteignables. Le régime accordait d’incroyables libéralités à ceux qui jouaient le jeu, et ils furent nombreux jusqu’à la fin. Ces libéralités se traduisaient par des loisirs, promus par la KdF (Kraft durch Freude = la force par la joie), l’organisme d’État chargé de proposer des loisirs aux Allemands (l’ancêtre des Chief happyness officers…pourrait-on dire). Sorties au théâtre, au cinéma, balades en forêt et, pour les plus chanceux, l’accès à des croisières sur des paquebots construits par la KdF et des vacances sur l’île de Rügen – l’équivalent de l’Île de Ré en Allemagne. La KdF y a construit un immense hôtel, de 6 km de long. C’était une véritable usine de loisirs. Le but de ces initiatives n’était évidemment pas philanthropique : tout comme aujourd’hui, il s’agissait d’accroître la productivité et la rentabilité de l’agent productif. Un salarié heureux travaille mieux…

La mise en concurrence des exécutants les uns avec les autres sur l’atteinte de leurs objectifs maintenait une pression permanente. Partisans du darwinisme social, les nazis confiaient d’ailleurs les mêmes objectifs à plusieurs équipes, plusieurs Agences (polycratie) et récompensaient l’équipe plus efficace en finale. D’où le paradoxe : vous n’êtes pas libres de fixer les buts à poursuivre, les cibles à atteindre, mais vous êtes libres des moyens à choisir pour y arriver. Libres d’obéir donc… Pour les individus qui constituent les rouages du système, seule compte l’exécution des instructions données, et « le travail c’est la liberté » (disent-ils, en voulant nous convaincre du bonheur au travail…).  Une ‘auto-uberisation’, pourrait-on dire !

Le théoricien de ce management, Reinhard Höhn (1904-2000), a tranquillement prospéré après-guerre en enseignant cette méthode de manipulation dans un institut de formation au management (l’Akademie fur Führungskrafte, l’équivalent de l’Insead en France) à Bad Harzburg. Au fil des décennies, il a formé l’élite économique et patronale de la République Fédérale : quelque 600 000 cadres issus des principales sociétés allemandes, sans compter 100 000 inscrits en formation à distance, y ont appris, grâce à ses séminaires et à ses nombreux manuels à succès, la gestion des hommes déjà utilisée en temps de guerre [1].

Il reste pas mal de traces de cette Menschenfürhung (conduite des hommes) dans le management entrepreneurial encore aujourd’hui, hélas ! [2]

Étrangement, quand on lit la Passion du Christ dans les Évangiles, on voit des soldats instrumentalisés par Judas, par Pilate, tellement impliqués dans leur mission qu’ils rajoutent de la haine au châtiment, de la cruauté à la sanction. Comment en sont-ils arrivés là, si ce n’est par la ruse de leurs supérieurs qui les empêchent de discuter des objectifs, mais leur laissent carte blanche pour arriver au résultat ?

Intéressons-nous donc aux soldats dans la Passion du Christ.
Une multitude de personnages grouille dans ce récit, et l’on peut s’y perdre. Comme un tissu entrelacé de mille fils, la Passion du Christ fait se croiser des notables et des gueux, des ultrareligieux et des sans Dieu, des servantes soupçonneuses et des femmes courageuses… Suivons donc un des fils qui parcourent ce tissu, en nous plaçant du point de vue des soldats. Le texte liturgique les mentionne 7 fois, en 4 épisodes.

·      La cohorte avec Judas (Jn 18,2)

Judas s’est transformé en guide pour conduire une cohorte de gardes juifs de soldats romains au jardin de Gethsémani. A-t-on expliqué à ces soldats qui ils allaient arrêter ? qui était ce Jésus de Nazareth devenu une menace pour l’ordre romain ? À vrai dire ils n’en ont pas besoin pour obéir aux ordres. On leur assigne une mission ; ils exécutent. Point barre. Avoir Judas à leur tête aurait peut-être dû les alerter, car il est peu fréquent de voir un des suspects retourner sa veste à ce point. Mais c’est le problème de leurs supérieurs, pas le leur.

Voilà un premier piège de l’obéissance aveugle : sous couvert de professionnalisme, nous pouvons être amenés à faire confiance à des Juda modernes. Au nom de l’efficacité militaire (ou économique), nous pouvons utiliser la délation et la traîtrise pour éliminer les adversaires désignés par le pouvoir.

·      La dérision inutile (Jn 19,2)

La deuxième fois où les soldats interviennent explicitement, c’est pour fouetter Jésus sur ordre de Pilate. Jean ne s’y attarde pas, mais la scène a dû être atroce. Mel Gibson l’a reconstituée en fidélité à ce que l’histoire des supplices romains nous en fait connaître. Même un soldat aguerri ne peut éviter un haut-le-cœur en voyant la loque humaine qui est extraite de cette torture. Eh bien, ils en rajoutent ! avec cette couronne dérisoire et sanglante, ce manteau pourpre d’opérette, et ces gifles humiliantes.

Quel besoin avons-nous, comme cette soldatesque, d’ajouter la dérision au châtiment, l’humiliation à la justice officielle, la haine à la sanction ?

 

·      Le butin paradoxal (Jn 19, 23-24)

© PFARRKIRCHEN STIFTUNG ST. LAMBERT SEEONDans toutes les armées du monde, les soldats pillent, volent – et pire encore - une fois remportée la victoire. Point de victoire ici mais une exécution publique, et la loi romaine permet à ces soldats de dépouiller la victime de ses biens et de se les approprier. Maigre butin en ce qui concerne Jésus : ses habits doivent être en morceaux et tachés de sang, sa tunique n’est qu’une assez grossière pièce de lin d’un seul tenant.

Cette coutume de soldats est légale, mais est-elle juste ?

Nous sommes tellement habitués à des pratiques communément admises que nous ne voyons plus aucun mal, comme les soldats, à prendre aux plus faibles, à nous servir sans nous poser de questions, à profiter des failles légales pour voler le bien commun…

Jean réussit cependant à retourner ce butin en faveur de Jésus : sans le savoir, les soldats accomplissent les Écritures (Ps 22, 18-19) et contribue ainsi à démontrer la messianité de Jésus.

Butin paradoxal donc, à l’image de nos rapines légales qui finalement démontrent l’innocence de ceux que nous dépossédons…

 

·      la fin de mission (Jn 19, 32-34)

crucifixion. andrea di bartolo solaria (xvie siècle)
Ils font le job jusqu’au bout, ces soldats à qui leurs supérieurs ont demandé un résultat net et incontestable. Pour être sûr que les condamnés vont bien mourir, ils leur brisent leurs jambes, les empêchant ainsi de s’appuyer dessus pour respirer, ce qui provoque l’asphyxie quasi immédiate. Avec intelligence, l’un des soldats voit que Jésus exténué a déjà succombé. Plutôt que d’appliquer la consigne, il l’adapte, la transforme en un coup de lance désormais célèbre. Un peu d’humanité en fin de mission… Comme quoi il est toujours possible d’interpréter un ordre, d’en varier l’application selon le contexte.

À nouveau l’Écriture s’accomplit à travers ces soldats, à leur insu (Ps 34,20). De quoi nous réconforter, car même nos missions les plus cruelles pourront finalement servir au bien commun, même si nous ne savons pas comment ni quand !

Revenons à la thèse de Yohann Chapoutot : si nous ne nous posons jamais de questions sur les objectifs que l’on nous fixe, nous deviendrons comme ces soldats, privilégiant l’efficacité au sens, l’obéissance aveugle à la liberté de conscience. Nous serons motivés et impliqués dans des besognes à la finalité douteuse. Nous nous contenterons avec bonheur de la part d’autonomie qui nous est concédée dans leur mise en œuvre et nous oublierons la raison d’être de notre travail, de nos familles, de la croissance économique etc.

La véritable obéissance est celle du Christ dans la deuxième lecture (He 4, 14 16 ; 5, 7 9). « Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance ». Il ne fait qu’un avec l’objectif de son Père qu’il épouse de tout son être : aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus, et les faire participer à la nature divine. La différence est là : Jésus choisit le but ultime de son action d’un commun accord avec son Père. C’est sur les moyens qu’au contraire il apprend à obéir : passer par la croix (et non le succès populaire, ou l’honorable mort par lapidation comme les prophètes) n’est pas son choix premier. À Gethsémani, il se bat pour rester fidèle à son but ultime en ne refusant pas de passer par une voie inimaginable pour lui auparavant. Sa perspective est à l’exact opposé des subalternes du management nazi : choisir le but, se laisser conduire pour y arriver.

Rien d’antimilitariste dans ces propos ! Jésus a d’ailleurs loué la foi du centurion romain (Mt 8, 5-13), et c’est un autre centurion qui en Mt 27,54 proclame que ce crucifié était vraiment fils de Dieu. Mais les évangélistes savent bien que de tout temps porter un uniforme a pu couvrir les pires exactions, être vainqueur les pires inhumanités. Obéir sans savoir à qui ni pourquoi engendre des monstres d’efficacité, croyant être libres alors qu’ils sont manipulés par ceux qui les commandent.

Jésus n’est pas le soldat de Dieu, mais son fils.
Et nous, à qui obéissons nous avec tant d’empressement et de conscience professionnelle ?…
Sommes-nous soldats ou fils/filles ?

 


[1]. Précisons que l’auteur ne dit pas que les nazis ont inventé le management. Le management préexiste au nazisme. Mais ils ont élaboré une doctrine qui prend racine dans le darwinisme social qui est l’un des piliers du nazisme (la vie est une lutte, un combat à mort) et qui imprègne une bonne partie des techniques de management actuelles.

[2]. Chapoutot cite notamment l’exemple du management appliqué à France Telecom vers 2008-09, avec 35 suicides au travail à la clé…

 

 

Lectures

Première lecture
« C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé » (Is 52, 13 – 53, 12)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.
Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.
Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.
Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

Psaume
(30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25)
R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit.
(cf. Lc 23, 46)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

Deuxième lecture
Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

Évangile
Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. (cf. Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean

Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. » Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi m’interroges-tu ? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe. Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta. Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même, Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit. Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient. Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié. Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats. Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.) Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé. Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick BRAUD

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10 novembre 2019

Il n’en restera pas pierre sur pierre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Il n’en restera pas pierre sur pierre

Homélie du 33° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
17/11/2019

Cf. également :

Nourriture contre travail ?
« Même pas peur »…
La destruction créatrice selon l’Évangile
La « réserve eschatologique »

Et Notre-Dame brûlait…

Incendie Notre Dame de ParisEn ce 15 avril 2019, les passants se figeaient devant le spectacle de l’incendie qui ravageait  la toiture de la cathédrale. Scotchés devant les écrans des chaînes d’information, des milliers de visages scrutaient l’événement, ne sachant quoi penser. La tristesse s’affichait dans les propos de tous les commentateurs, à peine atténuée par les promesses de dons qui affluent déjà pour reconstruire le symbole blessé. Imaginez qu’à ce moment-là surgisse un homme – jeune encore – tenant ces propos devant les caméras de BFM ou de LCI : « vous pleurez pour le toit d’une cathédrale ? Mais viendra un jour où elle sera complètement détruite. Il n’en restera pas pierre sur pierre. Pourquoi vous attacher à des choses qui passent alors que l’éternel est à votre porte et que vous ne lui ouvrez pas ? » L’incompréhension et le rejet seraient unanimes ! Et pourtant, c’est bien ce que Jésus a déclaré sur le Temple de Jérusalem devant lequel tout le monde s’extasiait (cf. Lc 21, 5-19) ! De quoi se faire de solides ennemis dans chaque camp, politique ou religieux… Les spectateurs avides des crucifixions, gibets et autres guillotines utilisaient ces paroles pour tourner Jésus en ridicule :

« Les passants l’insultaient hochant la tête et disant:  » Hé ! Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même en descendant de la croix. «   (Mc 15,29)

Évidemment, vous objecterez (non sans raison) que les Évangiles ont été écrits dans les années 70 à 90 et que donc il était facile à ce moment de prédire la destruction du Temple, puisqu’elle avait déjà eu lieu en l’an 70. Le rédacteur a-t-il mis ces paroles sur les lèvres de Jésus en réfléchissant sur la catastrophe de la prise de Jérusalem par l’empereur Titus ? Ou bien s’est-il souvenu de ces paroles qui avaient tant choqué à l’époque, et qui maintenant trouvaient tout leur sens ? Difficile de trancher. L’essentiel est l’avertissement du Christ : « quand tu vois s’écrouler ce que tu as construit de plus beau, moi je peux le rebâtir à la manière divine et non plus humaine. »

Ces paroles sont si graves pour les juifs qu’ils en feront un motif de condamnation contre Jésus lors de son simulacre de procès :

« Nous l’avons entendu dire: « Moi, je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme et, en trois jours, j’en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d’homme. » »  (Mc 14,58)

Annoncer l’éphémère des constructions humaines est donc risqué : le prix à payer peut être très élevé. Voilà pourquoi les prophètes sont si peu nombreux, aujourd’hui encore…

Il n’en restera pas pierre sur pierre dans Communauté spirituelle jesus_donkeyJésus avait pleuré sur Jérusalem, pressentant que son aveuglement spirituel lui serait fatal :

« Quand il approcha de la ville et qu’il l’aperçut, il pleura sur elle. Il disait:  » Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix…! Mais hélas ! Cela a été caché à tes yeux ! Oui, pour toi des jours vont venir où tes ennemis établiront contre toi des ouvrages de siège; ils t’encercleront et te serreront de toutes parts; ils t’écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi; et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu as été visitée. » (Lc 9, 41-44)

Rappelez-vous : le même avertissement avait été lancé au roi David. Pour prouver son attachement à YHWH et manifester à tous la gloire de son règne, David veut construire un Temple à Jérusalem. Le prophète Samuel le tance vertement : « comment oses-tu prétendre faire quelque chose pour Dieu sans lui demander ? Peux-tu l’enfermer dans une salle de pierre ? Es-tu conscient de l’orgueil et de la démesure de ce projet ? » YHWH renverse alors la perspective : « c’est moi qui te bâtirai une maison, ta dynastie royale, à travers ta descendance. Pour te le prouver, je t’annonce que c’est ton fils Salomon qui va me bâtir un Temple à ma demande, et non toi de ton propre gré (cf. 2S 7). Le rêve de grandeur du roi David s’évanouit : il apprend par cette ‘destruction’ symbolique que le salut est à accueillir et non à bâtir.

800px-Heures_d%27Henri_II_fol73v destruction dans Communauté spirituelleUne autre figure biblique du « il n’en restera pas pierre sur pierre » est Job bien sûr. Rappelez-vous son histoire, l’histoire du malheur innocent qui est de toutes les époques, pays ou religions. Job était heureux, comblé par une famille très nombreuse, des dizaines de serviteurs, des troupeaux innombrables. Le Satan veut insinuer en Dieu le doute sur les motivations de cet homme pieux et intègre : est-ce pour rien (gratuitement) que Job craint Dieu ? Alors, pour éprouver ce pour rien, Satan demande à Dieu d’autoriser que le malheur s’abatte sur la maisonnée de Job, puis sur Job lui-même.

« Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? Ne l’as-tu pas protégé d’un enclos, lui, sa maison et tout ce qu’il possède ? Tu as béni ses entreprises, et ses troupeaux pullulent dans le pays. Mais veuille étendre ta main et touche à tout ce qu’il possède. Je parie qu’il te maudira en face ! »  (Jb 1,9-11)

D’un seul coup, Job perd tout : ses dix enfants, ses serviteurs, ses troupeaux, toutes ses richesses. Puis il perd lui-même la santé : il est couvert d’ulcères, et l’on comprend bien en français que Job est ulcéré de ce qui lui arrive. C’est trop injuste ! Pourtant, Job ne renie pas sa foi : sans plus aucune contrepartie, il continue à faire confiance à Dieu.

« Sorti nu du ventre de ma mère, nu j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté : que le nom du Seigneur soit béni ! »  (Jb 1,21)

Il ne reste plus pierre sur pierre de tout ce qu’il avait amassé durant sa vie entière, et pourtant il ne renie pas Dieu. Simplement, il se demande : pourquoi ? Avec une lancinante exigence, il écarte toute les théories culpabilisantes de ses amis et garde vivante la question : pourquoi ?

C’est donc que les destructions qui jalonnent notre itinéraire personnel pourraient bien avoir un autre sens que la catastrophe de l’instant. Devant un Temple qui est détruit, l’enjeu n’est pas de se lamenter, mais de se demander : pourquoi ? Ou plutôt : pour quoi, vers quoi ? Vers quoi cette catastrophe peut-elle me/nous mener ?

Quand tout est détruit, ne demandez pas pourquoi en regardant vers le passé, mais pour quoi en regardant devant : vers quoi peut mener cette destruction ?

M830106 exilIsraël a par deux fois connu une destruction semblable à celle que Jésus prophétise : lors de l’exil à Babylone (en 570 av. J.-C.), et lors de la Shoah (= ‘catastrophe’ en hébreu) de 39-45. Car le Temple de Jérusalem a déjà été détruit en -587, lors de la prise de la ville par Nabuchodonosor roi de Babylone. Il s’en est suivi une déportation à Babylone, dont le roi d’Israël, Sédécias, devint le premier déporté, les yeux crevés par le vainqueur. Israël n’avait plus ni Temple, ni terre, roi, ni prophète : il aurait dû disparaître, rayé de la carte pour toujours. Cette destruction apparemment totale a pourtant débouché de façon inattendue sur le retour du peuple et une restauration religieuse plus fidèle à la loi de Moïse. Toujours la question du pour-quoi : à quoi peut mener cet écroulement complet ? Plutôt que de perdre son énergie à faire des théories sur l’inexplicable (d’où vient le malheur innocent ?), mieux vaut se concentrer sur ce qui peut advenir à partir de cette tabula rasa.

Ainsi a fait Israël après sa dispersion en 70 lors de la victoire romaine : pendant des siècles la diaspora juive a maintenu vivante traditions et coutumes, espérant contre toute espérance : « l’an prochain Jérusalem ! »

Ainsi a fait Israël après la deuxième grande déportation de son histoire, la Shoah nazie. Impossible d’expliquer ou de comprendre en fin de compte pourquoi six millions de juifs ont été exterminés dans les camps. Mieux vaut transformer cette catastrophe en moteur pour autre chose : la création de l’État d’Israël en 1948, la vigilance absolue sur l’antisémitisme en Europe etc.

Cliquez pour afficher lDans notre existence personnelle également, il y a des moments où il nous semble qu’il ne subsiste plus rien, pas pierre sur pierre, de tout ce que nous avions construit auparavant. Vous l’avez peut-être déjà expérimenté au moment d’un divorce, d’un diagnostic d’une maladie incurable, d’un handicap qui change tout, d’un licenciement qui vient tout remettre en question… Le témoignage de Martin Gray dans les années 70, garde toute sa force. Par deux fois il a perdu sa femme et ses enfants : dans le ghetto de Varsovie d’abord, puis dans un incendie dans le sud de la France où il avait refait sa vie. À chaque fois, effondré, il s’est demandé où tout cela le conduisait. Et il a reconstruit, « au nom de tous les miens » (Ed. Robert Laffont, 1971). On entend là comme un écho du poème de Rudyard Kipling invitant son fils à affronter les destructions futures qui jalonneront son existence (poème de 1909) :

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ; […]
Tu seras un homme, mon fils.

Repartir de rien demande un courage surhumain. Certains, anéantis après avoir tout perdu, sombrent dans la dépression, fuient dans l’alcool ou la drogue, ou deviennent des fauves par haine de la société. Qui pourrait les juger, tant l’épreuve est destructrice ?

D’autres reçoivent mystérieusement le courage de se relever, et transforment le malheur qui leur est arrivé en source de compassion pour les autres, d’entraide avec ceux à qui il arrive la même chose.

Bien des fois, il ne reste plus pierre sur pierre des beaux édifices que nous avions élevés. Au lieu de nous plaindre, de nous lamenter, de déprimer, entendons le Christ qui nous promet d’intervenir lui-même sur les ruines de notre orgueil passé :

« C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. […] Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Pour vous, le Soleil de justice se lèvera » (Ml 3, 19-20a)

Lecture du livre du prophète Malachie

Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme la fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, – dit le Seigneur de l’univers –, il ne leur laissera ni racine ni branche. Mais pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement.

PSAUME

(Ps 97 (98), 5-6, 7-8, 9)
R/ Il vient, le Seigneur,gouverner les peuples avec droiture. (cf. Ps 97, 9)

Jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ;
au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur !

Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants ;
que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie.

Acclamez le Seigneur, car il vient pour gouverner la terre,
pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture !

DEUXIÈME LECTURE
« Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2 Th 3, 7-12)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, vous savez bien, vous, ce qu’il faut faire pour nous imiter. Nous n’avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée ; et le pain que nous avons mangé, nous ne l’avons pas reçu gratuitement. Au contraire, dans la peine et la fatigue, nuit et jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous. Bien sûr, nous avons le droit d’être à charge, mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter. Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cet ordre : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Or, nous apprenons que certains d’entre vous mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire. À ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné.

 

ÉVANGILE

« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » (Lc 21, 5-19)
Alléluia. Alléluia.Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. Alléluia. (Lc 21, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ce temps-là, comme certains disciples de Jésus parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est tout proche.’ Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin. » Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel.
Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous amènera à rendre témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »
Patrick BRAUD

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31 mars 2019

La première pierre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

La première pierre

Homélie pour le 5° dimanche de Carême / Année C
07/04/2019

Cf. également :

Lapider : oui, mais qui ?
L’adultère, la Loi et nous
L’oubli est le pivot du bonheur
Le Capaharnaüm de la mémoire : droit à l’oubli, devoir d’oubli
Comme l’oued au désert
Jésus face à la violence mimétique
Les sans-dents, pierre angulaire

Où sont les témoins de l’adultère ?

Les lectures de ce dimanche offrent de multiples pistes de méditation pour la semaine : l’oubli comme pivot du bonheur (première lecture Is 43, 16-21 et deuxième lecture Ph 3, 8-14), l’imprévu de Dieu qui surgit comme l’oued au désert (psaume 125), le rôle de la Loi dans nos vies, toutes les formes d’adultère pratiquées aujourd’hui etc.

Ajoutons-en une autre : la fameuse première pierre dont Jésus cherche le lanceur autorisé sur la femme adultère (Jn 8, 1-11).

C’est devenu une expression proverbiale en français : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Or Jésus – qui connaît par le cœur le premier Testament –  n’aurait pas dû dire cela. Il aurait dû citer exactement le livre du Deutéronome :

Lapidation pour viol du sabbat« S’il se trouve au milieu de toi, dans l’une des villes que le Seigneur ton Dieu te donne, un homme ou une femme qui fait ce qui est mal aux yeux du Seigneur ton Dieu en transgressant son alliance, et qui s’en va servir d’autres dieux et se prosterner devant eux, devant le soleil, la lune ou toute l’armée des cieux, ce que je n’ai pas ordonné : si l’on te communique cette information ou si tu l’entends dire, tu feras des recherches approfondies; une fois vraiment établi le fait que cette abomination a été commise en Israël, tu amèneras aux portes de ta ville l’homme ou la femme qui ont commis ce méfait; l’homme ou la femme, tu les lapideras et ils mourront. C’est sur les déclarations de deux ou de trois témoins que celui qui doit mourir sera mis à mort; il ne sera pas mis à mort sur les déclarations d’un seul témoin. La main des témoins sera la première pour le mettre à mort, puis la main de tout le peuple en fera autant. Tu ôteras le mal du milieu de toi. » (Dt 17,6)

Les seuls autorisés à initier la lapidation étaient les témoins oculaires, reconnus véridiques par le tribunal (sanhédrin). Car la Torah se méfie des mouvements de foule où, sur une rumeur, la violence se déchaîne en aveugle. Ces lynchages relèvent toujours d’un déferlement de violence mimétique (René Girard) où la masse imite les premiers à porter les coups. Il faut donc normalement de vrais témoins, qualifiés, dont le récit a été examiné, soupesé, croisé avec d’autres. D’ailleurs, un seul témoin ne suffit pas : la Loi exige qu’il y en ait au moins deux, pour limiter le risque de faux témoignage. Jésus aurait donc dû convoquer deux témoins de l’adultère à se manifester pour commencer la lapidation (sans compter l’homme qui avait commis cet adultère !).  

La Torah exige que deux personnes au moins répondent sur leur vie des accusations qu’ils formulent. À nous de trouver la traduction moderne de cette précaution : croiser nos sources d’information, ne pas « liker » trop vite et sans discernement, tourner sept fois notre langue dans notre bouche avant de parler ou de taper au clavier, prendre le temps de vérifier, avec patience…

De plus, la lapidation n’est formellement prescrite que pour le péché d’idolâtrie ; rien n’est précisé pour le mode d’exécution de la sentence de mort suite à l’adultère :

« Si l’on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, ils mourront tous les deux, l’homme qui a couché avec la femme, et la femme elle-même. Tu ôteras le mal d’Israël » (Dt 22, 22-29 // Lv 20,10).

Un dernier argument empêche la mise à mort d’un coupable par les juifs. En l’an 11, l’empereur Auguste édite le décret du droit de glaive romain : le grand sanhédrin national perd son droit souverain de vie et de mort sur les juifs, une vingtaine d’années avant la crucifixion de Jésus. Le sanhédrin devra dès lors recevoir la permission des autorités romaines pour pouvoir mettre quelqu’un à mort. « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort » (Jn 18,31), répliquent les juifs à Pilate qui voulait se débarrasser de ce prisonnier encombrant.

Bref, les accusateurs de cette femme avaient tout faux, tant sur la procédure légale que sur la sentence et son exécution. Ne pas commettre l’adultère demeure une exigence, « une exigence infinie » dirait le philosophe Emmanuel Levinas. Mais la transgression de cette exigence n’est en pratique jamais suivie de condamnation à mort, ce qui permet de conjuguer habilement exigence et clémence.

 

Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre 

La première pierre dans Communauté spirituelle adult%C3%A8re1-300x200Si les témoins de la scène évangélique s’en vont après cette phrase, c’est sans doute parce que personne n’a été directement témoin de l’adultère. De toute façon, cette femme ne risquait pas grand-chose ici, car la Loi interdisait de mettre à mort dans le Temple (où était Jésus) mais seulement en dehors de la ville (cf. la lapidation d’Étienne au pied des remparts de Jérusalem Ac 7) : « Dieu dit à Moïse : cet homme sera puni de mort, toute l’assemblée le lapidera hors du camp » (Nb 15,35-36). En plus, tous les commentateurs signalent que les condamnations à mort, et encore plus les exécutions, étaient extrêmement rares depuis longtemps.

Au passage, faisons nôtre cette sagesse de la Torah qui exige des témoins oculaires : ne pas porter d’accusation dont nous ne pouvons pas témoigner personnellement (ce qui entraîne responsabilité et conséquences tragiques en cas de faux témoignages, car la Loi prévoit de tuer ceux qui veulent faire tuer sans raison…). Or la médisance et la calomnie ont de tout temps fait courir les accusations sans preuves ni témoins. Répandre ce genre de soupçons et de dénonciations sans en être témoin direct est une forme de complicité avec le mensonge, voire le meurtre.

Ados : mode d’emploi pour se protéger des fake newsInternet et les réseaux sociaux amplifient ce phénomène de fausses rumeurs à l’infini. Les fake news, les buzz fabriqués de toutes pièces, « la bande des Lol », les campagnes numériques russes ou chinoises en période d’élections américaines ou européennes, les rumeurs d’enlèvement d’enfants par les Roms… : les possibilités deviennent aujourd’hui quasi illimitées d’amener sur la place publique n’importe qui en l’accusant de n’importe quoi. Prenons garde à ne pas relayer ce genre d’accusations sans preuves, de rumeurs sans fondements, d’adultères sans témoins.

Du coup, Jésus met les accusateurs devant leurs contradictions, et à son habitude il radicalise la Loi qu’il désire accomplir et non abolir (Mt 5,7). Il n’appelle pas deux mais une seule personne ; et ce n’est plus un témoin mais un « sans-péché » qui est demandé pour commencer le massacre. Évidemment, les chrétiens reconnaîtront plus tard en Jésus le « Témoin (martyr en grec) fidèle » par excellence (Ap 1,5 ; 2,13 ; 3,14), qui seul est « le saint de Dieu » (Mc 1,24 ; Lc 4,34 ; Jn 6,69), le « sans-péché » (He 7,23-28). Si ce témoin sans péché ne jette pas la première pierre, qui pourrait se prétendre au-dessus et faire l’inverse ? Le Christ désamorce ainsi la violence mimétique de cette foule en garantissant sur sa vie que cette femme doit vivre (sans pour autant approuver son adultère).

Si Dieu lui-même refuse de jeter la première pierre, qui prétendrait être au-dessus de lui pour vouloir éliminer son frère, son voisin ?

Bien sûr, les lapidations islamistes au nom de la charia apparaissent comme une formidable régression au regard de cet Évangile. Le sultanat de Brunei illustre tristement cette régression, lui qui vient de rétablir la lapidation pour l’adultère et les homosexuels au nom de la charia.

 

La pierre première (angulaire)

0eff19e9 angulaire dans Communauté spirituelleLa première pierre, celle qui aurait servi de signal pour déchaîner la violence, va devenir avec Jésus la pierre première, la pierre angulaire qui assure la cohésion de l’ensemble et désamorce la violence. Les psaumes chantaient déjà cette inversion de la logique sacrificielle que René Girard a bien analysée : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux » (Ps 117, 22-23).

Les évangiles feront cette relecture de la mort du Christ  (Mc 12,10 ; Mt 21,42 ; Lc 20,17 ; Ac 4,11 ; 1P 2,7). Sur la croix, en assumant l’exclusion dont la femme adultère et tant d’autres pécheurs sont victimes, Christ devient lui-même la pierre première de l’Église, le nouveau Temple où tous sont réconciliés avec Dieu et entre eux.

C’est un peu comme si Jésus prenait la place de cette femme adultère pour arrêter enfin le cycle de la violence meurtrière. D’ailleurs, il s’attendait sans doute dans un premier temps à être lapidé comme les grands prophètes d’autrefois : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés… » (Lc 13,34). Il a failli plusieurs fois en être victime :« les Juifs, à nouveau, ramassèrent des pierres pour le lapider » (Jn 10,31). « Ce n’est pas pour une belle œuvre que nous voulons te lapider, mais pour un blasphème, parce que toi qui es un homme tu te fais Dieu » (Jn 10,33). Et ses disciples ont bien compris la menace qui pèse sur lui : « les disciples lui dirent : Rabbi, tout récemment encore les Juifs cherchaient à te lapider; et tu veux retourner là-bas ? » (Jn 11,8)

Avant lui, David (1Sa 30,6), Moise et Aaron (Ex 17,4 ; Nb 14,10) ont échappé de peu à la lapidation. Paul a été lapidé une fois et laissé pour mort (2 Co 11,25). Les apôtres s’y savaient exposés : « païens et Juifs, avec leurs chefs, décidèrent de recourir à la violence et de lapider les apôtres » (Ac 14,5).

La lapidation est donc le sort auquel Jésus devait s’attendre, non la crucifixion (ce qui produit l’angoisse de Gethsémani lorsqu’il réalise que c’est cette mort-là, bien plus infâmante encore, qui arrive ; de même pour son sentiment d’abandon sur le gibet de la croix).

Jésus voit en cette femme quelqu’un qui lui annonce le chemin qu’il va bientôt choisir de prendre : risquer d’être victime, innocent, absorbant le mal de ses bourreaux au lieu de le prolonger ou de leur renvoyer.

Jésus brise radicalement la chaîne infernale de l’accusation-condamnation pour que les pécheurs se détournent de leur péché et vivent. « Il est vaincu l’accusateur de nos frères, lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu » (Ap 12,10).

 

 De la pierre qui tue à la pierre qui lie

Le martyre d’Étienne, premier disciple à donner sa vie pour sa foi au Christ, marquera la version désormais définitive du sacrifice religieux : le témoin ne jette plus la première pierre, mais le premier il la reçoit (Ac 7,58), afin que nul ne croit rendre gloire à Dieu en tuant. Le vrai sacrifice n’est plus d’égorger des animaux, encore moins des humains, mais de s’offrir soi-même, jusqu’à préférer être tué que de tuer s’il faut aller jusque-là pour témoigner du pardon offert. Étienne a expiré en priant pour ses bourreaux : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché » (Ac 12,10) à la manière du Christ en croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).

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Que retenir de ce parcours sur le témoin et la pierre ? Une ou deux interrogations peut-être :

- à quel moment propagez-vous des soupçons, des accusations ? Vous en portez-vous personnellement garant ?

- préférez-vous être témoin de la faute de l’autre, ou du pardon qui lui est accordé ?

 

BONUS !

Amusez-vous à lire la savoureuse traduction « banlieue » ci-dessous du récit de la femme adultère, histoire de redécouvrir ce que « inculturer » peut vouloir dire…

LA MEUF ADULTÈRE

(adaptation libre du passage de l’Évangile : Jean 8, 1-11)

La meuf adultère, c’est pas une meuf qui kiffait un mec qui s’appelait Dultère (comme la « meuf à Momo »). Vu ? La meuf adultère, c’est une frolotte qui avait dribblé son mari.
À l’époque de Jésus, ce genre d’intrigue était un ‘blème vraiment trop sérieux.
Un jour, à un moment où elle était avec le keumé, des pharisiens l’ont grillée.
Les pharisiens, c’était des bougs toujours vachement bien sapés (le genre à rouler en Merco, s’tu veux). Ils faisaient un peu les caïds, dans leurs tieks, et ils étaient
officials dans tous les lieux classes.
Ils ont emmené la meuf avec eux et ils ont bavé de partout qu’ils l’avaient prise en flag. Des vrais poucaves ! Ils t’l'ont affichée grave, et, là, au milieu de la rue – starforlah ! -, ils ont voulu la caillasser.

Jésus était là, lui aussi, avec ses douze srabs. Il matait leur gros délire.
Les pharisiens lui ont demandé : « Moïse a dit qu’il fallait caillasser ce genre de rate. Et toi, tu dis ouak ? » (en fait, c’était pour lui faire un « guet » et le gazer devant tout le monde, car ils avaient un sérieux seum contre lui).
Mais Jésus est resté cool. Pas yomb du tout. Il faisait des graffs sur le sol (sans beubz, bien sûr, juste avec ses doigts !).
La meuf, elle, elle se sentait trop en galère. Pour elle, c’était ghetto. Elle s’attendait à se manger des coups et à se faire goumer.

Un moment après, Jésus a répondu aux pharisiens : « Celui qui n’a jamais fait le bouffon, dans sa vie, qu’il la caillasse en premier ! »
Et là, ma parole, les pharisiens se sont tous arrachés un par un ! Sur la tête à ma mère, ils ont tous tékal ! Taf taf ! Les plus vieux d’abord !
La meuf est restée là, avec Jésus. Elle lui a demandé s’il voulait la caillasser, lui aussi. Il a répondu : « Padig ! J’te caillasserai pas. Mais
tèje le frolo avec qui t’as conclu, et retourne despi chez ton mari ! »
Ils ont fait un tchek et, finalement, la meuf est repartie chez le maton de ses minots.
Depuis, elle le dribble plus. Elle est même devenue sten. C’est trop une crème !

Et même si, parfois, elle a l’impression que chez elle c’est un peu Fleury, elle sait que Jésus la kiff et qu’il est son frère maintenant. Alors, dans son cœur, c’est plus la zonze.

Lexique: Afficher : ridiculiser / Baver : révéler des choses confidentielles / Beubz : bombe aérosol / Blème : problème / Boug : mec / Despi : vite / Dribbler : tromper / Flag : flagrant délit / Fleury : prison / Frolo : homme / Frolotte : femme / Gazer : se moquer / Ghetto : situation tendue / Goumer : frapper / Graff : graffitis / Griller : Prendre en flagrant délit / Guet : traquenard / Intrigue : situation sentimentale complexe / Keumé : mec / Kiffer : aimer / Mater : regarder / Maton : père / Merco : Mercedes / Meuf : femme / Official : privilégié / Ouak : quoi / Padig : t’en fais pas / Poucave : délateur / Rate : femme / Seum : rage / Srab : ami / Starforlah : exprime l’indignation / Sten : fiable / Taf taf : vite fait / Tchek : salut / Tèje : laisse tomber / Tékal : partir / Tieks : quartier / Yomb : énervé / Zonze : prison.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Voici que je fais une chose nouvelle, je vais désaltérer mon peuple » (Is 43, 16-21)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes, lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; les voilà tous couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, consumés comme une mèche. Le Seigneur dit : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Les bêtes sauvages me rendront gloire – les chacals et les autruches – parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer mon peuple, celui que j’ai choisi. Ce peuple que je me suis façonné redira ma louange. »

Psaume
(Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6)
R/ Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !
(Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

Deuxième lecture
« À cause du Christ, j’ai tout perdu, en devenant semblable à lui dans sa mort » (Ph 3, 8-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Frères, tous les avantages que j’avais autrefois, je les considère comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ, et, en lui, d’être reconnu juste, non pas de la justice venant de la loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ, la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi. Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa Passion, en devenant semblable à lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts. Certes, je n’ai pas encore obtenu cela, je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.

Évangile
« Celui d’entre-vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à jeter une pierre » (Jn 8, 1-11)
Gloire à toi, Seigneur.
Gloire à toi. Maintenant, dit le Seigneur, revenez à moi de tout votre cœur, car je suis tendre et miséricordieux. Gloire à toi, Seigneur. Gloire à toi. (cf. Jl 2, 12b.13c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus s’en alla au mont des Oliviers. Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre. Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
Patrick BRAUD

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9 décembre 2018

Un baptême du feu de Dieu ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Un baptême du feu de Dieu ?


Homélie pour le 3° Dimanche de l’Avent / Année C
16/12/2018

Cf. également :

Faites votre métier… autrement
La joie parfaite, et pérenne
Éloge de la déontologie
Du feu de Dieu !

Quand un soldat part au combat pour la première fois, on dit que c’est son baptême du feu : s’il revient vivant, il sera considéré comme un militaire à part entière et non plus comme un ‘bleu’. De même pour un pompier qui va éteindre son premier incendie. Le baptême du feu dans le langage courant est donc un rite d’initiation, une première fois qui fait passer du statut de débutant au statut d’adulte confirmé.

Jean-Baptiste pensait-il à une épreuve de la sorte lorsqu’il promettait au peuple qui était dans l’attente du Messie : « lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ? »

« Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » (cf. Lc 3, 10-18)

Cette double mention est assez énigmatique en fait, et a donné lieu à des tonnes d’interprétations.

Passons-les en revue.

Y aurait-il trois baptêmes ?

Il faut d’abord s’expliquer sur l’opposition que Luc fait entre le baptême d’eau de Jean-Baptiste et le baptême dans l’Esprit Saint et le feu de Jésus.

Un baptême du feu de Dieu ? dans Communauté spirituelle l-ablution-volume-1-de-la-collection-amine-et-amina-l-enseignement-islamique-familialLe baptême d’eau est tout simplement un rite d’ablution bien connu des juifs, dont les musulmans ont hérité à travers les ablutions rituelles avec de l’eau à faire avant la prière, ou pour se purifier.

« Ô les croyants ! lorsque vous vous levez pour la salat, lavez vos visages et vos mains jusqu’aux coudes ; passez les mains mouillées sur vos têtes; et lavez-vous les pieds jusqu’aux chevilles » (Coran 5,6).

Si vous avez voyagé en pays musulman, vous avez sans doute été surpris de n’apercevoir aucun papier dans les toilettes privées ou publiques (sauf les grands hôtels) mais des douchettes, grâce auxquelles un petit jet d’eau vous permet de vous laver et de vous purifier…

La symbolique du baptême d’eau au Jourdain est bien celle-là : l’homme cherche à se purifier en étant lavé de ses souillures. Ce que Jean-Baptiste traduit par un baptême de repentance pour le pardon des péchés. C’est donc d’abord une démarche de l’homme : vouloir se détacher du mal commis pour retrouver le lien de communion avec Dieu et une vie  juste.

Le baptême (ou l’ablution) avec de l’eau n’est donc pas identique au baptême dans l’Esprit Saint, même si le second inclut le premier. L’un est avec (l’eau), l’autre est dans (l’Esprit). Le premier tient à l’homme qui se repent ; le deuxième tient à l’Esprit de Dieu qui vient en nous en nous entourant de toutes parts. L’effort de conversion de l’homme sera inclus et accompli dans le mouvement inverse du don gratuit de Dieu.

Les deux sont désormais indissociables pour toutes les Églises (qui baptiserait sans eau ou sans mention de l’Esprit Saint ?), qui pourtant mettent des accents différents sur les deux mouvements.

Mais alors, que vient faire la mention unique du baptême « dans le feu » ? Nulle trace de ce troisième baptême dans tout le Nouveau Testament. Être plongé dans l’Esprit Saint grâce au baptême, le livre des Actes des Apôtres de Luc en parle à longueur de pages. Paul  fait référence sans arrêt au « bain d’eau qu’une parole accompagne » par lequel l’Esprit Saint devient notre hôte intérieur. Par contre, être plongé (baptisé) dans le feu n’est pas une pratique des premières communautés chrétiennes ! Seul Jean y fait peut-être allusion lorsqu’il annonce que Dieu jettera dans un lac de feu les mécréants au jour du jugement dernier (Ap 20,14-15). Perspective peu rassurante, destinée à réveiller le courage et la fidélité des chrétiens persécutés de l’époque, tenté de renier leur baptême sous l’épreuve des exécutions romaines.

Trois interprétations

On peut résumer le débat autour de ces trois baptêmes en trois grands courants d’interprétation.

1. Il n’y a qu’un seul baptême, qui inclut l’eau, l’Esprit Saint et le feu

Bapteme-par-immersion.jpgC’est notamment la position catholique, qui profite de la symbolique des langues de feu de Luc à Pentecôte pour assimiler le feu à la confirmation. Les Églises réformées y voient plutôt l’évocation de l’action purificatrice du feu de l’Esprit Saint. La note de la Traduction œcuménique de la Bible rédige ainsi l’exégèse majoritaire :

Luc voit sans doute dans cette parole une annonce de la Pentecôte : il rapportera en effet la venue de l’Esprit sous forme de langues de feu (Ac 2,3-4). Cette image peut signifier pour lui l’œuvre purificatrice de l’Esprit.

Les Églises orthodoxes quant à elles ne séparent pas les deux sacrements du baptême et de la confirmation comme le font les catholiques, mais les donnent en même temps. Elles  lisent dans notre passage une validation de leurs pratiques.

L’intérêt de ce premier courant d’interprétation est d’associer l’Esprit Saint et le feu, ce qui permet de comprendre comment Dieu agit en nous. Comme le feu du buisson ardent, l’Esprit de Dieu nous rend brûlants du désir d’aimer sans nous y consumer. Comme le feu sublime le métal, l’Esprit Saint nous transfigure à l’image de Dieu. L’encens qui brûle et se change en parfum enivrant en est un beau symbole. La vie spirituelle est bien cet incendie intérieur qui nous pousse à vivre l’Évangile et témoigner du Christ par toute notre vie. Si ce feu sacré chancelle en nous, il nous faut souffler sur les braises pour qu’il reprenne : d’où la confession, les pèlerinages, les retraites et autres exercices spirituels (au sens ignacien)…

 

2. Le feu est celui de l’épreuve à venir

http://leblogdumesnil.e.l.f.unblog.fr/files/2015/01/martyre-de-saint-polycarpe.jpgPlus sensible à l’importance du témoignage, les Églises dites confessantes lisent souvent ce passage de Luc comme l’annonce des tribulations qui attendent le nouveau baptisé. Elles peuvent s’appuyer pour cela sur de nombreux autres passages où le feu a pour rôle de vérifier si la foi du converti est solide et résistera aux épreuves de la persécution, de la calomnie, des châtiments infâmes comme la crucifixion publique ou les fauves de l’arène.

Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu -, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. (1P 1, 5-7)

On est proche de notre baptême du feu militaire. Jean-Baptiste annonce que les épreuves ne manqueront pas de tomber sur les nouveaux chrétiens qui seront plongés dans la tourmente suite à leur baptême dans l’eau et l’Esprit Saint.

L’intérêt de cette interprétation est de souligner les conséquences et les risques auxquels nous expose la foi chrétienne. Le martyre demeure la condition ordinaire de ceux qui se laissent conduire par l’Esprit Saint, car la défense de la justice, des plus faibles, des exclus et de l’Alliance avec Dieu nous expose inévitablement à finir comme Jean-Baptiste la tête tranchée ou sur la croix comme Jésus…

 

3. Le baptême dans le feu est pour ceux qui ne croient pas

Cette troisième interprétation vient des courants chrétiens plutôt apocalyptiques. Ils veulent raviver l’attente du jour dernier et agitent la menace du feu pour obliger les peuples à se réveiller avant qu’il ne soit trop tard.

Que l’on construise sur la pierre de fondation avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, ou avec du bois, du foin ou du chaume, l’ouvrage de chacun sera mis en pleine lumière. En effet, le jour du jugement le manifestera, car cette révélation se fera par le feu, et c’est le feu qui permettra d’apprécier la qualité de l’ouvrage de chacun. Si quelqu’un a construit un ouvrage qui résiste, il recevra un salaire ; si l’ouvrage est entièrement brûlé, il en subira le préjudice. Lui-même sera sauvé, mais comme au travers du feu. (1Co 3, 12-15)

mOpj1jg2utm5zRp17hw5lMoijyM baptême dans Communauté spirituelleIl faut dire que Luc lui-même donne à penser cela en écrivant juste après l’annonce du  baptême de feu : « il (Jésus) brûlera la paille (de blé) dans un feu qui ne s’éteint pas ». En y joignant les passages où la condition condamnation éternelle est comparée à un feu, on a ainsi un matériau impressionnant pour frapper les esprits et les inviter à se convertir avant ce jour ultime.

Puis la Mort et le séjour des morts furent précipités dans l’étang de feu – l’étang de feu, c’est la seconde mort. Et si quelqu’un ne se trouvait pas inscrit dans le livre de la vie, il était précipité dans l’étang de feu. (Ap 20, 14-15)

Le feu de l’enfer a souvent été utilisé jadis pour faire peur et ramener les mécréants à la raison ! Cette prédication de la peur a connu un certain succès [1] mais elle nous semble aujourd’hui inadaptée. Seuls quelques noyaux chrétiens radicaux (ou les Témoins de Jéhovah) s’appuient sur la promesse du lac de feu aux mécréants pour essayer de les faire changer d’avis…

Reste que l’avertissement vaut pour chacun de nous : il y a bien de la paille à brûler en nous. Nettoyer (pénitence, conversion) ne suffit pas : nous avons tant de superficiel comme la paille à faire disparaître, tant de déchets à incinérer ! Le feu de la géhenne demeure un possible, même si nous souhaitons que personne n’y tombe et prions pour cela.

Que retenir de ces trois interprétations ? Finalement, comme toujours, il est intéressant de constater qu’aucune n’épuise le message du texte biblique. L’enjeu est pour chacun de s’ouvrir aux dimensions du baptême de feu qui lui sont moins naturelles, et d’en tirer les conséquences pour lui-même.

En guise de conclusion, je vous propose en finale encore une autre interprétation, beaucoup plus symbolique, que les Pères de l’Église pratiquaient facilement. Pour eux, la dynamique sacramentelle de l’initiation chrétienne (baptême – confirmation – eucharistie, dans cet ordre) est une et indivisible (cela devrait d’ailleurs changer les pratiques catholiques !). La comparaison avec la fabrication du pain leur donne une pédagogie simple et familière pour relier l’eau, le feu et le blé à travers le baptême, la confirmation et l’eucharistie :

« Quoique nombreux, un seul corps. Rappelez-vous que le pain n’est pas formé d’un seul grain de blé mais d’un grand nombre. Au moment des exorcismes, vous étiez comme broyés. Au moment du baptême, vous avez été comme imbibés d’eau. Et quand vous avez reçu le feu de l’Esprit Saint, vous avez été comme passés à la cuisson. Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes. (…)

Vous êtes le corps du Christ et ses membres. Si donc vous êtes le corps du Christ et ses membres, c’est votre propre symbole qui repose sur la table du Seigneur. C’est votre propre symbole que vous recevez. À ce que vous êtes, vous répondez : Amen, et cette réponse marque votre adhésion. Tu entends : le corps du Christ, et tu réponds : Amen. Sois un membre du corps du Christ afin que ton Amen soit vrai. »
Augustin, Sermon 272

 


[1]. cf. Jean Delumeau, La peur en Occident, Fayard, 1978.

Lectures de la messe

Première lecture
« Le Seigneur exultera pour toi et se réjouira » (So 3, 14-18a)

Lecture du livre du prophète Sophonie

Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête. »

Cantique (Is 12, 2-3, 4bcde, 5-6)
R/ Jubile, crie de joie, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël.
(cf. Is 12, 6)

Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut

Exultant de joie, vous puiserez les eaux
aux sources du salut.
« Rendez grâce au Seigneur,

proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! »

Redites-le : « Sublime est son nom ! »
Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence,

et toute la terre le sait.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

Deuxième lecture
« Le Seigneur est proche » (Ph 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus.

Évangile
« Que devons-nous faire ? » (Lc 3, 10-18)
Alléluia. Alléluia.
L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (cf. Is 61, 1)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? » Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. » Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. » Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.
Patrick BRAUD

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