L'homélie du dimanche (prochain)

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4 octobre 2020

Paul et Coldplay, façon Broken

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Paul et Coldplay, façon Broken

Homélie pour le 28° Dimanche du temps ordinaire / Année A
11/10/2020

Cf. également :

Le festin obligé
Tenue de soirée exigée…
Un festin par-dessus le marché
Christ-Roi : Reconnaître l’innocent
Premiers de cordée façon Jésus
Jésus et les « happy few » : une autre mondialisation est possible
Ascension : « Quid hoc ad aeternitatem ? »
Quelle est votre écharde dans la chair ?

Le vélo envolé !

11h30. Je garde mon vélo électrique récemment acheté devant la Poste centrale. Magnifique, rouge cerise, efficace et écolo : pas peu fier ! Le temps de déposer un chèque, je ressors une demi-heure après. Hélas, consterné, je vois tout de suite le cadenas gisant au sol, désossé, et le vélo volé, envolé ! Une « incivilité » de plus, mais celle-là me contrarie particulièrement, sur tous les plans : finances, transport, insécurité… Je sens la colère grandir en moi. Pourtant, sans savoir comment, une chanson recouvre progressivement le tumulte intérieur et me rend léger, voire joyeux. Je fredonne Broken, du groupe Coldplay, dont j’ai appris les paroles par cœur, ce qui est bien utile en ce moment. Car ce sont des paroles qui invitent à s’établir en Dieu pour trouver la paix même dans l’adversité :

Lord, when I’m broken
And I’m in need
Feel that ocean
Swallowing me
Head is hanging
So sorrowfully
Oh Lord
Come shine your light on me

On that morning
Scared and blue
When I’m hungry
And thirsty too
Send this raindrop
Down to the sea
Oh Lord
Come shine your light on me

Oh, shine your light
Oh, shine a light
And I know
That in the darkness I’m alright
See there’s no sun rising
But inside I’m free
‘Cause the Lord will shine a light for me
Oh, the Lord will shine a light on me
Sing it now

Seigneur quand je suis brisé
Et en détresse
Quand je sens cet océan
M’engloutir
Ma tête est si lourde
Si douloureuse
Oh Seigneur
Fais briller sur moi ta lumière

Ce matin
Effrayé et perdu
Quand j’ai faim
Et soif aussi
Renvoie cette goutte d’eau
À la mer
Oh Seigneur
Fais briller sur moi ta lumière

Oh, Fais briller ta lumière
Oh, Fais briller une lumière
Et je sais
Que dans la ténèbre je suis en paix
Regarde : il n’y a aucune lueur d’espoir
Mais au fond de moi je suis libre
Car le Seigneur va faire briller une lumière pour moi
Oui le Seigneur va faire briller une lumière sur moi.
À toi de chanter maintenant.


Faire face dans le dénuement comme dans l’abondance

J’avais déjà fait cette expérience avec les paroles des psaumes : lorsqu’on connaît des psaumes par cœur (par le cœur), l’inconscient va facilement y puiser ce dont il a besoin en cas de grande difficulté ou de grande joie. « Dieu tu es mon Dieu je te cherche dès l’aube ». « Mon refuge, mon rempart, mon Dieu dans je suis sûr ! » « Dans cette nuit où je crie en ta présence… ». « Des profondeurs je crie vers toi Seigneur ». « Chante ô mon âme la louange du Seigneur ! » etc.

Il se produit alors une dilatation de tout l’être : la douleur est sublimée par le chant et la prière, la joie est magnifiée et décuplée en la rapportant à Dieu. Après tout, un vélo électrique n’est jamais qu’un objet, dont je pourrai me passer s’il m’est enlevé. Quid hoc ad aeternitatem ? : qu’est-ce que cela par rapport à l’éternité ?

Bon, vous me direz peut-être : un vélo, ce n’est pas grand-chose. Si c’était un divorce, un cancer… Évidemment. Mais s’habituer à trouver sa joie en Dieu au milieu des contrariétés petites peut nous aider à nous préparer aux grandes détresses. En tout cas, je me suis surpris à devenir joyeux, allégé du vélo envolé, et je n’en reviens toujours pas…

Paul et Coldplay, façon Broken dans Communauté spirituelle philippiens-412Cette sérénité est celle de Paul lorsqu’il écrit aux Philippiens : « je peux tout en celui qui me fortifie » (Ph 4,13). Notre deuxième lecture (Ph 4, 12-14. 19-20) est empreinte de ce lâcher-prise intérieur de Paul qui ne fait pas dépendre sa joie des aléas extérieurs : « je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force ».

Question dénuement, Paul en connaît un rayon ! À cause de sa ‘grande gueule’ pour le Christ, il a connu une longue série d’oppositions hostiles : arrestations, procès, fouet, lapidation, menaces… Sa lettre aux Philippiens est dictée à Timothée alors qu’ils sont en prison, avec des perspectives assez sombres. La communauté chrétienne de Philippes a été fondée par Paul lors de son deuxième voyage missionnaire. Elle a toujours été chère au cœur de l’Apôtre. De cette Église, seulement, Paul a accepté jadis une aide financière : « Quand je quittai la Macédoine, aucune Église ne m’assista par mode de contribution pécuniaire ; vous fûtes les seuls, vous qui, dès mon séjour à Thessalonique, m’avez envoyé, et par deux fois, ce dont j’avais besoin. Je ne recherche pas les dons ; ce que je recherche, c’est le bénéfice qui s’ajoutera à votre compte. » (Ph 4,15-17)

Cette générosité et cette affection des Philippiens se manifestent encore lors de la captivité de Paul : ils lui font parvenir des subsides par l’intermédiaire de l’un d’entre eux : Épaphrodite, que Paul appelle son frère et son collaborateur. Celui-ci est ensuite tombé malade, frôlant la mort. Les Philippiens ont appris cette nouvelle. Une fois Épaphrodite rétabli, Paul le renvoie à Philippes, sans doute porteur de la lettre, pour rassurer la communauté de la ville et la remercier. Cette lettre est aussi remplie d’une atmosphère de joie, qui dit bien le cœur de Paul malgré la prison. Les mots « joie »ou « réjouir » reviennent 14 fois dans la lettre. « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous. » (Ph 4,4) Qui de nous oserait dire cela alors qu’il est en prison, en chimiothérapie ou au chômage ?

Ne pas se laisser déstabiliser par l’épreuve est l’une des grandes forces de Paul. Le secret de cette force, c’est – nous dit-il – que ce n’est pas la sienne, mais celle du Christ en lui : « je peux tout en celui qui me rend fort ». Il ne s’agit pas ici d’une toute-puissance délirante, mais de pouvoir faire face à l’adversité (la prison, le dénuement) sans se laisser détruire par elle. À l’opposé de la trop célèbre phrase de Nietzsche : « ce qui ne me tue pas me rend plus fort », Paul sait bien qu’il y a des épreuves d’où l’on sort amoindri, blessé à vie, handicapé ou détruit. Vivant certes, mais détruit. Allez vivre avec des SDF, des personnes âgées en EHPAD, discutez avec ceux que la dépression a défigurés, que le burn-out a fragilisés : il est des épreuves dont il vaudrait mieux ne pas sortir vivant… Le mythe du surhomme nietzschéen qui – à la force du poignet – transforme tout en occasion de progrès est aux antipodes de l’humble confiance de Paul en un Autre que lui-même. Il le répète inlassablement dans ses lettres :« ce n’est plus moi qui vis, mais Christ qui vit en moi ». « C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les insultes, dans les détresses, dans les persécutions, dans les angoisses pour Christ, car quand je suis faible, c’est alors que je suis fort »  (2 Co 12,10). « À celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment plus que tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l’Église [et] en Jésus-Christ, pour toutes les générations, aux siècles des siècles ! Amen ! » (Ep 3, 20-21).

L’Ancien Testament ne cesse de le rappeler à Israël :
« En effet, ce n’est pas par leur épée qu’ils se sont emparés du pays, ce n’est pas leur bras qui les a sauvés, mais c’est ta main droite, c’est ton bras, c’est la lumière de ton visage, parce que tu les aimais » (Ps 44,4).

La sagesse des nations a pressenti que le détachement de l’instinct de possession était la clé de cette sérénité face à l’adversité :
Savoir se contenter de ce que l’on a, c’est être riche (Lao-Tseu).
Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as (kôan zen).
Soyez content de votre sort, ami, c’est là la sagesse (Horace).
De la possessivité naît le manque ; du non-attachement, la satisfaction (Bouddha ; Les sentences bouddhistes)
Savoir se contenter de ce que l’on a constitue le plus haut degré de bonheur (Yoga Sûtra).

La foi chrétienne valide ces intuitions en les ancrant en Dieu même : c’est lui qui nous libère de notre convoitise, de notre volonté de maîtrise, de notre instinct de possession.

 

Un footballeur très paulinien

Plus de tatouagesOlivier Giroud (attaquant de l’équipe de France de football) s’est fait tatouer sur le bras un verset du psaume 22 de ce dimanche : « le Seigneur est mon Berger. Je ne manque de rien. » Et de fait, quelle richesse pourrait faire envie à celui qui est dans l’intimité de Dieu. ? Il raconte comment sa foi évangélique l’a aidé pendant les moments de doute dans sa carrière * :
« Le dernier mercato hivernal a été très dur, je ne savais pas dans quel club j’allais jouer. J’ai beaucoup prié, pour avoir une réponse. Et j’ai aussi demandé à ma mère de prier, et à Nicole, une personne qui reçoit des prophéties. On n’est pas seul dans la prière. Je l’ai compris au fil des années. Pendant le confinement, j’ai réuni un groupe d’amis avec qui nous avons suivi un parcours Alpha (sessions de formation à la foi chrétienne, NDLR). Nous prions ensemble, c’est d’une telle puissance! »
Il témoigne également de la reconnaissance toute paulinienne qui l’habite lorsqu’il réussit :
« Jésus est là quand je marque un but, mais il est encore là quand on échoue, bien sûr! Je prie très souvent dans un souci de reconnaissance par rapport à la santé de ma famille, pour la chance que j’ai de vivre de ma passion. Dans la prière, je veux remercier, confier mes projets, mais aussi demander pardon pour mes erreurs. »

Faire face dans l’abondance n’est pas si facile ! Beaucoup s’y sont brûlés les ailes en oubliant d’où ils venaient, qui les avait faits roi, et la fragilité de leur succès. Par contre, nous connaissons tous des gens riches qui ne le font jamais peser sur leurs invités, ayant gardé une humilité, une simplicité, une ouverture du cœur qui met à l’aise l’employé comme le banquier invités à leur table. L’abondance peut être matérielle, ou bien culturelle, spirituelle, intellectuelle etc. : ceux qui sont à l’aise comme Saint Paul avec cette abondance-là sauront facilement en témoigner, la partager, s’en réjouir simplement, en faire un cadeau pour les autres et non une domination.

Une bénédiction lors des célébrations de mariage appelle cette sérénité en toutes circonstances sur les mariés :
« Que votre travail à tous deux soit béni, sans que les soucis vous accablent, sans que le bonheur vous égare loin de Dieu ».
Car le bonheur peut éloigner de Dieu ! Il y a des gens si satisfaits de leur sort, de leur  réussite, de leur équilibre, qu’ils en deviennent athées en pratique, car ils avaient confondu Dieu avec le remède à leurs manques. Lorsqu’ils ne manquent plus de rien, ils n’ont plus besoin de lui… Or Dieu est au-delà du besoin. Il est plus grand que toutes nos projections sur lui. Le jeune homme riche lui au moins était travaillé par le désir de la vie éternelle. Zachée savait bien que sa richesse sentait mauvais. Mais l’homme qui remplit ses greniers à ras bord croit qu’il peut se reposer et jouir de la vie : « insensé, cette nuit même on va te demander ton âme ! » (Lc 12,20). Les psaumes répètent à l’oreille des puissants : « l’homme comblé ne dure pas, il ressemble au bétail qu’on abat » (Ps 48,13).

Le secret pour ne pas laisser le bonheur nous égarer loin de Dieu est sans doute cette non-possession vécue et prônée par Paul : « que ceux qui pleurent soient comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment » (1 Co 7, 30-31).

 

Posséder sans posséder, être heureux sans être heureux.
Réjouissons-nous de ce qui nous est donné. Abandonnons à Dieu ce qui nous est enlevé. Fut-ce le plus beau vélo électrique ! Et nous goûterons à l’incroyable résilience de Paul : « je peux tout en celui qui me rend fort ».

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* Cf. le quotidien La Croix du 18/09/2020, pp. 11-13 : « Jésus est avec moi sur le terrain ».

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Le Seigneur préparera un festin ; il essuiera les larmes sur tous les visages » (Is 25, 6-10a)

Lecture du livre du prophète Isaïe

 Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé.
Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Car la main du Seigneur reposera sur cette montagne.

 

PSAUME

(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ J’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. (Ps 22, 6cd)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi,
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

DEUXIÈME LECTURE
« Je peux tout en celui qui me donne la force » (Ph 4, 12-14.19-20)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Frères, je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force. Cependant, vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j’étais dans la gêne. Et mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, magnifiquement, dans le Christ Jésus. Gloire à Dieu notre Père pour les siècles des siècles. Amen.

ÉVANGILE
« Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce » (Mt 22, 1-14)
Alléluia. Alléluia.Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux pharisiens, et il leur dit en paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : ‘Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.’ Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : ‘Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.’ Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’ Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »
Patrick BRAUD

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9 août 2020

Marie et le drapeau européen

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Marie et le drapeau européen

Homélie pour la fête de l’Assomption de la Vierge Marie / Année A
15/08/2020

Cf. également :

Le Magnificat de l’Assomption : exalter / exulter
Assomption : Ne vous faites pas voler votre espérance
Assomption : les sentinelles de l’invisible
L’Assomption de Marie, étoile de la mer
L’Assomption de Marie : une femme entre en Résistance
Marie, parfaite image de l’Église à venir
Marie en son Assomption : une femme qui assume !
Toussaint : le bonheur illucide

Le clash de Mélenchon

Vous souvenez-vous du clash de Jean-Luc Mélenchon peu après l’élection présidentielle de 2017 ? Il voulait retirer la bannière bleue à douze étoiles de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale au motif qu’il s’agirait d’un « symbole confessionnel ». Le chef de file de La France Insoumise avait déposé, avec les autres députés de son parti, un amendement, rejeté mercredi 11 octobre 2017 par les députés, visant à retirer le drapeau européen de l’Assemblée Nationale, pour le remplacer par celui de l’Organisation des Nations Unies. Pour sanctuariser sa présence, le président Emmanuel Macron souhaite au contraire reconnaître officiellement le drapeau européen, présent dans l’Hémicycle depuis 2008. Jean-Luc Mélenchon s’est indigné de cette annonce, en publiant un communiqué dans lequel il explique son rejet de cet « emblème européen confessionnel », contraire à la laïcité française selon lui :

« Monsieur le Président, vous n’avez pas le droit d’imposer à la France un emblème européen confessionnel. Il n’est pas le sien et la France a voté contre son adoption sans ambiguïté.
Je rappelle que notre opposition à cet emblème ne tient pas au fait qu’il prétend être celui de l’Europe, mais parce qu’il exprime une vision confessionnelle de l’Union, et cela à l’heure où plus que jamais religion et politique doivent être séparées.
Le refus du traité constitutionnel de 2005, dans lequel cet emblème était proposé, vaut décision du peuple français sur le sujet. »

La première lecture de la fête de l’Assomption (Ap 11,19-12,10) est en effet ce passage grandiose de l’Apocalypse où l’on voit une femme enceinte, couronnée de 12 étoiles, être emmenée au désert pour que son fils à naître échappe au dragon cherchant à le dévorer dès sa naissance :

« Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. […] L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place ».

Bien sûr, la femme fait immédiatement penser à Marie, sa place préparée par Dieu au désert fait penser à son Assomption, sa couronne d’étoiles au couronnement de la Vierge si souvent peint et sculpté, la lune-piédestal et le soleil-manteau à son rôle cosmique de Vierge-Mère.

Y aurait-il un lien entre l’Apocalypse et le drapeau européen, entre l’Assomption et le projet politique des 27 pays adhérents à l’Union Européenne ?
Oui dans la pensée de son concepteur. Non dans les commentaires officiels qu’en donnent les organisations européennes.

 

L’inspiration mariale d’Arsène Heitz

Le drapeau européen a été créé en 1955, à l’origine pour symboliser non pas l’Union européenne, ni même son ancêtre la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), mais bien le Conseil de l’Europe, une modeste organisation de défense des droits de l’homme et de la culture.
Plusieurs projets de drapeaux sont proposés et successivement rejetés, expliquait en 1985  Robert Bichet, président du comité ad hoc pour un emblème européen :

•   un grand « E » vert sur fond blanc, symbole du Mouvement européen, dont l’esthétique a été critiquée (il était comparé à « un caleçon qui sèche sur un pré ») ;
•   un cercle doré barré d’une croix, sur fond bleu : proposition que les Français et les Turcs (membres du Conseil de l’Europe) ont refusée en raison justement du symbole religieux ;
•   des constellations d’étoiles, complexes à reproduire, ou une quinzaine d’étoiles en cercle, représentant le nombre de membres du Conseil à l’époque – mais les Allemands ne souhaitaient pas que la Sarre y soit comptée comme un État membre.

Finalement, le projet retenu reprend un cercle d’étoiles sur un fond azur. Pas 15 ni 14 étoiles (à cause la Sarre), pas 13 étoiles (nombre maudit…), mais 12, nombre qui parle à tous. Le fonctionnaire européen qui a dessiné le drapeau, Arsène Heitz, était un fervent catholique. Il a raconté bien plus tard qu’il avait tiré son inspiration de la médaille miraculeuse de la Vierge Marie, qui la représente entourée de douze étoiles d’or. Heitz se disait « très fier que le drapeau de l’Europe soit celui de Notre-Dame ».

[image]

 

La médaille miraculeuse de la Rue du Bac

Médaille Miraculeuse enversLe 27 novembre 1830, en fin d’après-midi, alors que la jeune religieuse Catherine Labouré prie dans la chapelle de la rue du Bac à Paris, elle voit se dessiner deux tableaux au-dessus de l’autel. Sur le second tableau (qui sera le verso de la médaille), Catherine voit apparaître le « M » de Marie, entrelacé avec la croix de Jésus, comme pour rappeler le lien indéfectible qui les unit. Autour, sont dessinées les douze étoiles de la « Reine du ciel ». Deux cœurs se tiennent côte à côte. À gauche, celui de Jésus reconnaissable à la couronne d’épines qui l’entoure. Sur sa droite, un cœur transpercé par un glaive, comme pour représenter la douleur d’une mère voyant son enfant souffrir. C’est le cœur de Marie.

En février 1832 éclate à Paris une terrible épidémie de choléra, qui fera plus de 20 000 morts. En juin, les premières médailles réalisées par l’orfèvre Vachette sont distribuées par les Filles de la Charité. Aussitôt guérisons, conversions, protections se multiplient. C’est un raz-de-marée. Le peuple de Paris appelle la médaille de l’Immaculée la « médaille miraculeuse ».

 

Heitz ou Lévy ?

Marie et le drapeau européen dans Communauté spirituelle 440px-EU_Flag_specification.svgAgent au service du courrier du Conseil de l’Europe, Arsène Heitz prend le projet très au sérieux. De 1952 à 1955, il dessine plusieurs croquis différents. L’un d’entre eux représente un rectangle bleu uni, orné d’un cercle de quinze étoiles, dont une en son centre. Le drapeau plaît au directeur de la presse du Conseil, Paul Michel Gabriel Lévy, et au rapporteur Robert Bichet. Mais le nombre d’étoiles est ramené de quinze à douze: le Conseil de l’Europe compte bien quinze membres à cette période, mais à cause du statut  problématique de la Sarre d’après-guerre, à cause du nombre de pays pouvant être amené à varier, on lui préfère le douze. En 1955, le drapeau définitif est adopté à l’unanimité par l’Assemblée parlementaire. Depuis 1986, il est la bannière de la totalité des institutions européennes.

Par un clin d’œil de l’histoire, hasard de l’agenda, le texte portant adoption du drapeau a été voté un jour avant le calendrier officiel qui prévoyait de le faire le 9 décembre 1955 : c’est donc un 8 décembre que l’Europe s’est dotée du cercle de 12 étoiles d’or sur fond bleu… soit le jour même de la fête de l’Immaculée Conception, si liée à la médaille de la rue du Bac et à son invocation : « O Marie conçue sans péché, priez pour nous » ! ! !

Pour les dirigeants chrétiens-démocrates à l’origine de la construction européenne (Conrad Adenauer, Robert Schuman, Alcide De Gasperi…), cette inspiration mariale, explicite ou cachée, ne pose pas problème… Mais cette inspiration est totalement absente de la genèse du drapeau telle que décrite par le rapporteur Robert Bichet en 1985, et est démentie dès 1998 par Paul Michel Gabriel Lévy chargé du projet, qui revendique la réduction de quinze à douze étoiles sur fond d’argumentation politique. Il affirme que la ressemblance avec la couronne de Marie n’est qu’une coïncidence qui lui a été indiquée postérieurement à la décision. Elle ne rend pas compte non plus de pourquoi la première soumission de la commission en 1953 avait quinze étoiles. Selon Paul Collowald, témoin de l’avancement du projet auprès de Paul Lévy, Arsène Heitz ne saurait revendiquer la conception car sa participation relève d’un simple concours technique dans l’ultime phase de présentation au Conseil.

Dans le texte de l’Apocalypse, les 12 étoiles symbolisent sans doute les 12 apôtres, et accomplissent les 12 tribus d’Israël. Sur le drapeau européen, on pourrait y voir une allusion aux racines judéo-chrétiennes de l’Europe. Mais ce ne sont pas des étoiles de David, car elles n’ont que cinq branches. Dans le texte de l’Apocalypse, le nombre 12 renvoie plutôt à l’Église, nouvel Israël, image de la Jérusalem céleste ayant 12 portes pour accueillir tous les peuples de l’univers.

Les 12 étoiles disposées en couronne sont devenues le thème classique du couronnement de la Vierge dans l’art occidental à partir du XII° siècle.

La couleur or des étoiles peut faire penser au soleil qui sert de manteau à la femme de l’Apocalypse, mais également à l’or royal des empires et royaumes qui ont marqué l’histoire européenne.

Le bleu est pour nous actuellement la couleur mariale par excellence. Pas une statue de la vierge qui n’ait une touche de bleu ! Bernadette Soubirous à Lourdes en 1858 décrira la Dame de ses apparitions portant une belle ceinture bleue. Pourtant il n’en fut pas toujours ainsi. Cherchez le mot bleu dans la Bible tout entière : il n’y est jamais mentionné ! Ni comme adjectif, ni comme substantif. Associer Marie à la couleur bleue est donc une invention tardive.

 

Le bleu marial

assumption.png« Marie n’a pas toujours été habillée de bleu. Il faut même attendre le XII° siècle pour que dans la peinture occidentale elle soit prioritairement associée à cette couleur. [...]

Auparavant, dans les images, Marie peut être vêtue de n’importe quelle couleur mais il s’agit presque toujours d’une couleur sombre : noir, gris, brun, violet ou vert foncé. L’idée qui domine est celle d’une couleur d’affliction, une couleur de deuil. [...]

C’est aux alentours de 1140 que les maîtres-verriers mettent au point le célèbre « bleu de Saint-Denis », lié à la reconstruction de l’église abbatiale. Ce bleu verrier exprime une conception nouvelle du ciel et de la lumière [...] Plus tard encore, dans les premières décennies du XIII° siècle, quelques grands personnages, à l’imitation de la reine du ciel, se mettent à porter des vêtements bleus, ce qui aurait été impensable deux ou trois générations plus tôt. Saint Louis est le premier roi de France qui le fasse régulièrement.

[...] Avec l’art baroque, une mode nouvelle se met progressivement en place : celle des vierges d’or, ou dorées, couleur passant pour celle de la lumière divine. Cette mode triomphe au XVIII° siècle et se maintient fort avant dans le XIXe. Cependant, à partir du dogme de l’Immaculée Conception – selon lequel, Marie, dès le premier instant de sa conception, par un privilège unique de Dieu a été préservée de la souillure du péché originel -, dogme définitivement reconnu par le pape Pie IX en 1854, la couleur iconographique de la Vierge devient le blanc, symbole de pureté et de virginité. Dès lors, pour la première fois depuis les temps les plus anciens du christianisme, la couleur iconographique de Marie et sa couleur liturgique sont enfin identiques : le blanc. Dans la liturgie en effet, depuis le V° siècle pour certains diocèses et depuis le pontificat d’Innocent III (1198-1216) pour une bonne partie de la Chrétienté romaine, les fêtes de la Vierge sont associées à la couleur blanche. » [1]

Au fil des siècles, la Vierge est ainsi passée par toutes les couleurs ou presque, comme le montre une étonnante statue taillée dans un beau bois de tilleul peu après l’an mil et aujourd’hui conservée au musée de Liège. Cette vierge romane avait d’abord été peinte en noir, comme c’était fréquemment le cas à cette époque. Au XIII° siècle, elle fut repeinte en bleu, selon les canons de l’iconographie et de la théologie gothiques. Mais à la fin du XVII° siècle cette même Vierge fut, comme tant d’autres « baroquisée » et quitta le bleu pour le doré, couleur qu’elle conserva pendant deux siècles environ, avant d’être visitée par le dogme de l’Immaculée Conception et, ce faisant, entièrement badigeonnée de peinture blanche (vers 1880). Cette superposition de quatre couleurs successives en un millénaire d’histoire fait de cette fragile sculpture un objet vivant ainsi qu’un exceptionnel document d’histoire picturale et symbolique. »

 

Les commentaires officiels

exposition-sur-le-drapeau-europeen Assomption dans Communauté spirituelleSur le site officiel de l’Europe, les symboles du drapeau européen sont expliqués indépendamment de toute connotation religieuse.

Voici la description officielle du drapeau européen : « Sur le fond bleu du ciel, les étoiles figurant les peuples d’Europe forment un cercle en signe d’union. Elles sont au nombre invariable de douze, symbole de la perfection et de la plénitude. Sur fond azur, un cercle composé de douze étoiles d’or à cinq rais dont les pointes ne se touchent pas. »

« Les étoiles symbolisent les idéaux d’unité, de solidarité et d’harmonie entre les peuples d’Europe. Le nombre d’étoiles n’est pas lié au nombre d’États membres, bien que le cercle soit symbole d’unité. Il y a douze étoiles, car ce chiffre est traditionnellement un symbole de perfection, de plénitude et d’unité. Ainsi, le drapeau restera le même, indépendamment des futurs élargissements de l’Union européenne. »
« Dans différentes traditions, douze est un chiffre symbolique représentant la complétude (il correspond également au nombre de mois de l’année et au nombre d’heures sur le cadran d’une montre). Quant au cercle, il est entre autres un symbole d’unité. »

 

Décidément, politique et religion sont inextricablement mêlées dans l’histoire européenne comme dans ses symboles…

L’essentiel est peut-être pour nous en ce 15 août de contempler en Marie la femme de l’Apocalypse. Comme elle, nous sommes dans les douleurs de l’enfantement : l’enfantement du Verbe en nous.

C’est un travail très personnel, pour que chacun(e) accouche de sa véritable identité (« ce n’est pas moi qui vis, mais Christ qui vit en moi » Ga 2,20).

C’est également un travail collectif, donc politique, pour que nos sociétés accouchent de conditions de vie dignes de la vocation divine de notre humanité. Particulièrement en Europe où le christianisme a puissamment contribué à façonner les institutions, les mentalités, les symboliques depuis 2000 ans.

 


[1]. Michel Pastoureau, Bleu, Histoire d’une couleur, Seuil, 2000, pp 54-55.

 

MESSE DU JOUR

 

PREMIÈRE LECTURE

« Une Femme, ayant le soleil pour manteau et la lune sous les pieds » (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire.
Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

 

PSAUME

(Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16)
R/ Debout, à la droite du Seigneur,se tient la reine, toute parée d’or. (cf. Ps 44, 10b)

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
le roi sera séduit par ta beauté.

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire.

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.

 

DEUXIÈME LECTURE

« En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent » (1 Co 15, 20-27a)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds.

 

ÉVANGILE

« Le Puissant fit pour moi des merveilles : il élève les humbles » (Lc 1, 39-56)
Alléluia. Alléluia.Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis : Marie est entrée dans la gloire de Dieu ; exultez dans le ciel, tous les anges ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »  Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Patrick BRAUD

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15 avril 2020

Le bienfait collatéral de la crise

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 8 h 00 min

Le bienfait collatéral de la crise

 

Bien sûr il y a la souffrance des malades, des ventilés qui cherchent leur souffle sur leur lit de réanimation, des familles en deuil qui ne peuvent dire adieu…
Mais il y a également les familles qui sont réunies avec de grands enfants étudiants, les innombrables dévouements ordinaires pour soigner, nourrir, nettoyer, sécuriser etc.
Cette crise – comme toutes les crises – charrie son lot de malheurs et de découvertes, de blessures et de renaissances.

Je voudrais vous citer longuement une romancière, Christiane Singer, qui nous livre quelques éléments fort précieux pour considérer autrement cette période, dans un essai qui s’intitule justement “ du bon usage des crises ”, publié il y a déjà 24 ans.

 

Du bon usage des crises.

Le bienfait collatéral de la crise dans Communauté spirituelle 51dhQ9p6ueL._SX300_BO1,204,203,200_Ne soyons pas mesquins, et disons du bon usage des [déluges], crises, catastrophes, drames, naufrages divers. J’ai gagné la certitude, en cours de route, que les catastrophes sont là pour nous éviter le pire. Et le pire, comment pourrais-je exprimer ce qu’est le pire ? Le pire, c’est bel et bien d’avoir traversé la vie sans naufrages, d’être resté à la surface des choses, d’avoir dansé au bal des ombres, d’avoir pataugé dans ce marécage des on-dit, des apparences, de n’avoir jamais été précipité dans une autre dimension. Les crises, dans la société où nous vivons, sont vraiment ce qu’on a encore trouvé de mieux, à défaut de maître [spirituel], quand on n’en a pas à portée de la main, pour entrer dans l’autre dimension.

Dans notre société, toute l’ambition, toute la concentration est de nous détourner, de détourner notre attention de tout ce qui est important. Un système de fils barbelés, d’interdits pour ne pas avoir accès à notre profondeur.

C’est une immense conspiration, la plus gigantesque conspiration d’une civilisation contre l’âme, contre l’esprit. Dans une société où tout est barré, où les chemins ne sont pas indiqués pour entrer dans la profondeur, il n’y a que la crise pour pouvoir briser ces murs autour de nous. La crise qui sert en quelque sorte de bélier pour enfoncer les portes de ces forteresses où nous nous tenons murés, avec tout l’arsenal de notre personnalité, tout ce que nous croyons être.

Récemment sur une autoroute périphérique de Berlin où il y a de terribles embouteillages, un tagueur de génie avait inscrit sur un pont la formule suivante [...] : “Détrompe-toi, tu n’es pas dans un embouteillage, l’embouteillage, c’est toi !”

Nous sommes tous spécialisés dans l’esquive, dans le détournement, dans le “divertissement” tel que le voyait Pascal. [...] J’ai rencontré, voilà quatre jours, en faisant une conférence à Vienne, une femme ; et c’est une belle histoire qu’elle m’a racontée qui exprime cela à la perfection. Elle me disait, à la perte de son unique enfant, avoir été pendant des mois et des mois ravagée de larmes et de désespoir, et un jour, elle s’est placée devant un miroir, et elle a dit :  “Voilà le visage ravagé d’une femme qui a perdu son enfant unique”, et à cet instant, dans cette fissure, cette seconde de non-identification, où un être sort d’un millimètre de son désastre et le regarde, s’est engouffré la grâce. Dans cet instant, dans une espèce de joie indescriptible, elle a su : “Mais nous ne sommes pas séparés”, et avec cette certitude, le déferlement d’une joie indescriptible qu’exprimait encore son visage. C’était une femme rayonnante de cette plénitude et de cette présence qu’engendre la traversée du désastre”.

« Comment se joue la crise ? On pourrait utiliser ce mot de retournement, de renversement. Qu’est-ce qui se passe dans la crise ? Il se passe à peu près ceci qu’une voix s’adresse à vous, et vous dit : « Tu as construit une vie, oui bravo, eh bien détruis-la ; tu as construit une personnalité, formidable, bravo, détruis-la ; tu t’es battu, tu as été courageux, un courage extraordinaire, mais l’heure de la reddition est venue, à genoux ! ». Ou encore, comme pour Abraham : « Tu as mis un fils au monde, bravo, rends-le moi ! ». Tous ces moments de l’intolérable, de l’inacceptable, qui dans l’ordre des choses vécues, dans l’ordre de l’immédiat sont le scandale absolu ! Rends-moi ce que je t’ai donné ! Pour moi la plus extraordinaire histoire qui les symbolise toutes est celle de Job. J’adore cette histoire de Job, j’y reviens toujours. Job a été vraiment le serviteur de Dieu, l’homme de tous les succès. Une vie accomplie, entourée de richesse, de troupeaux de bœufs, ses femmes, ses fils, ses serviteurs, une richesse que Dieu bénie. Ce même homme, Job maudit, Job sur son tas d’immondices qui gratte ses ulcères, Job qui ne lâche pas prise, qui dit : « Je m’adresserai à Toi mon Dieu, jusqu’à ce que Tu m’expliques la raison qui me ferait accepter l’inacceptable, j’attends de Toi une réponse qui me convainque ». Et cette interrogation qui le pousse pendant des jours et des semaines et des mois, à ne pas lâcher prise et cette phrase qui est pour moi une des phrases les plus poignantes : « Pourquoi ne peux-Tu pas donner raison à l’homme contre Toi-même ? ».

Aussi longtemps que Job demande à Dieu de paraître devant lui, et de lui expliquer l’inexplicable, de lui dire la raison de toute cette horreur, de tout ce désespoir, de tout ce désastre d’une existence : « Viens ! Viens, je n’ai plus que la peau sur les os lui dit-il, viens, parle-moi ». Dieu ne vient pas, Dieu ne parle pas. Arrivent tous les amis, tous les copains, les thérapeutes, qui lui expliquent : « Écoute, je suis persuadé que tu as fait une erreur, écoute, réfléchis, souviens-toi ! » Mais Job ne les écoute pas.  »

Christiane SINGER, Du bon usage des crises, éditions Albin Michel, 1996

 

Dans les six derniers mois de sa vie, en 2006, Christiane Singer affronte le cancer qui devait l’emporter et tient un journal publié sous le titre : Derniers fragments d’un long voyage, dans lequel elle écrit ceci :

« Les Vivants n’ont pas d’âge. Seuls les morts-vivants comptent les années et s’interrogent fébrilement sur les dates de naissance des voisins. Quant à ceux qui voient dans la maladie un échec ou une catastrophe, ils n’ont pas encore commencé à vivre. Car la vie commence au lieu où se délitent les catégories. C’est un immense espace de liberté. (…) On peut aussi monter en maladie vers un chemin d’initiation, à l’affût des fractures qu’elle opère dans tous les murs qui nous entourent, des brèches qu’elle ouvre vers l’infini. Elle devient alors l’une des plus hautes aventures de la vie. Si tant est que quelqu’un veuille me la disputer, je ne céderais pas ma place pour un empire ».

 

 

Nota Bene :

Il faut garder à l’esprit l’échelle du nombre de morts par grande cause dans le monde.
Où l’on voit que les autres épidémies beaucoup plus meurtrières n’émeuvent pas grand monde en comparaison du coronavirus; pourquoi ?….

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22 mars 2020

Inviter Dieu à visiter ce qui nous tue

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Inviter Dieu à visiter ce qui nous tue

Homélie du 5° dimanche de Carême / Année A
29/03/2020

Cf. également :

Reprocher pour se rapprocher
Et Jésus pleura
Une puanteur de 4 jours

La part d’ombre de Jean Vanier

Samedi 22 février 2020. Les responsables de l’Arche communiquent longuement à la presse en faisant une révélation gravissime et douloureuse : leur fondateur Jean Vanier a abusé sexuellement pendant des années de six femmes au moins qu’il accompagnait spirituellement (et qui n’étaient pas des personnes handicapées comme celles accueillies à l’Arche). Stupéfaction et choc immense pour tous les admirateurs de Jean Vanier et de son œuvre (l’Arche, mais aussi Foi et Lumière). La prise de parole des responsables est calme, courageuse : ils enquêtent depuis des mois avec l’aide d’un organisme extérieur, et leur conclusion est sans appel. L’influence néfaste sur Jean Vanier de l’ex-dominicain Thomas Philippe et de sa pseudo-mystique est manifeste (son frère Marie-Dominique Philippe lui aussi dominicain et fondateur des frères de Saint-Jean a également commis viols et agressions révélées en 2013). Ils veulent la vérité. Leur déception est immense. Ils sont effondrés et touchés au plus profond. Par leur parole publique, ils veulent préserver le formidable élan de l’Arche qui permet à des centaines d’adultes handicapés mentalement et physiquement de vivre une vie de famille et de communauté dans les 150 foyers de l’Arche de par le monde. Leur réaction est salutaire. Il leur faudra des mois, des années pour digérer cette terrible nouvelle, et en tirer toutes les conséquences, tant organisationnelles que spirituelles ou ecclésiales.

Sans le savoir, ils rejoignent ainsi les amis de Lazare dans l’Évangile de ce cinquième dimanche de carême, pleurant avec Marthe et Marie sur la mort de leur frère. Ce qu’ils ont fait et ce qu’ils ont dit peut aujourd’hui encore nous inspirer pour traverser les graves crises qui affectent régulièrement nos communautés ou nos vies personnelles.

 

Pleurer avec

Les juifs sont venus réconforter Marthe et Marie dans leur deuil. Comme les amis de Job venus le soutenir [1], ils n’assènent pas de discours bondieusards prônant des explications ou des consolations trop faciles. Non : ils pleurent avec Marie et la réconfortent par leur simple présence plus que par leur parole. C’est cela la compassion : souffrir avec (cum-patire en latin).

Lorsque quelque chose de mortel fait irruption dans nos vies, que ce soit la révélation sur Jean Vanier pour l’Arche ou le deuil pour Marthe, il est important de se laisser blesser, d’accepter d’être vulnérable, d’en pleurer de douleur, de déception, de dégoût ou de tristesse, de remords ou de rage, comme Pierre sur son reniement ou comme la pécheresse versant ses larmes sur les pieds de Jésus à Béthanie. D’ailleurs Jésus lui-même ne retient pas son émotion devant les pleurs de Marie et de ses amis. Il en est bouleversé. Et devant le tombeau, il pleure. Au lieu de se durcir pour paraître fort, le Christ nous invite à accueillir nos émotions devant les catastrophes qui nous dévastent, à ne pas retenir nos larmes. Mieux vaut pleurer sur les abus de Jean Vanier que de nier ou de faire comme si on allait vite passer à autre chose. Mieux vaut pleurer avec ceux qui sont dévastés par une épreuve que de leur faire la morale ou de leur dire tout de suite ce qu’ils devraient faire. Rilke conseillait à un jeune poète de prendre le temps d’habiter ses questions, d’y demeurer, avant de leur apporter une réponse.

« Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les « vivre ». Et il s’agit précisément de tout vivre. Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. » [2]

Il en va de même pour les coups mortels que nous subissons : prendre le temps d’habiter notre douleur est indispensable ; ne pas trop vite passer à autre chose est vital.
Et si nous voulons accompagner ceux qui souffrent, commençons par nous asseoir à leurs côtés. Pleurer avec ceux qui pleurent est le premier signe de l’amitié touchée par le malheur de l’autre.


« Où l’avez-vous mis ? »

Inviter Dieu à visiter ce qui nous tue dans Communauté spirituelle RsurrectiondeLazare2Jésus demande alors : « Où l’avez-vous mis ? »

« Excellente question. Qu’avons-nous fait de notre frère souffrant ? L’avons-nous enterré dans un coin pour qu’il ne nous dérange pas avec son odeur de mort ? Qu’avons-nous fait de cette part de nous-même qui est souffrante et que nous laissons pourrir dans un coin ? Qu’avons-nous fait de nos injustices passées, les nôtres et celles de notre peuple, celles de notre parti, de notre église, de notre famille ? Les voilons-nous sous de faux prétextes pour nous justifier à nos propres yeux : il y a là un risque de gangrène, un poison de mort. « Où l’avez-vous mis ? » nous dit Jésus, dans quels placards avez-vous caché vos cadavres ? […] Cela demande une double confiance, confiance dans la capacité de Dieu à faire quelque chose, et confiance dans sa capacité à nous aimer malgré cette puanteur, comme seul un véritable ami peut le faire. « Seigneur, viens voir » et je serai ressuscité » [3].

Chaque famille a ses secrets, chaque personne sa part d’ombre, chaque paroisse sa face cachée, chaque Église ses turpitudes… : autant de cadavres dans le placard qui finissent par sentir mauvais à la longue à force de vouloir les dissimuler. Le Christ nous demande où sont nos Lazare morts. Non pas pour nous juger ou nous accabler. Mais un médecin ne peut soigner une plaie sans qu’on la lui expose, même nue, souillées et dangereuse. Avec une compassion et une douceur infinies, le Christ nous demande de lui dévoiler nos cachettes honteuses, les non-dits qui nous empoisonnent, les secrets malsains qui nous gangrènent, les cadavres qui hantent nos placards. Il le demande en ami pleurant sur notre mal et non en inquisiteur cherchant une preuve.
Comment ne pas être bouleversé à notre tour de son désir de rejoindre même le côté le plus obscur de nous-mêmes ?

 

« Seigneur, viens et vois ! »

Au début, sur les bords du lac de Galilée, c’est Jésus qui avait formulé cette invitation à Jean et André : « venez et voyez » (Jean 1,34). La demande ici s’inverse : ce sont les amis de Lazare qui invitent Jésus à venir voir son tombeau. Inviter Dieu à visiter ce qui nous tue et le chemin pour nous ouvrir à sa puissance de résurrection. Plutôt que de cacher nos morts spirituelles ou morales, (comme on cache aujourd’hui les corps des défunts dont on a peur, qu’on ne touche plus et qu’on ne veille plus), le Christ nous donne le courage de lui révéler publiquement les recoins où la mort nous taraude, les puanteurs que bientôt nous ne pourrons plus contenir, à l’image du tombeau de Lazare au quatrième jour.

« Viens ! » : Jean n’emploie ce verbe (ρχου en grec) que neuf fois : 2 fois dans son Évangile (Jn 1,46 ; 11,34) et 7 fois dans l’Apocalypse [4].
Dans l’Apocalypse, par 4 fois un animal du Tétramorphe crie : « viens ! » lorsqu’un sceau est ouvert [5]. Le sceau symbolise une nouvelle étape dans l’histoire personnelle ou collective ; cela signifie donc qu’à chaque impulsion nouvelle de notre histoire nous pouvons crier « viens ! »  pour que le Seigneur visite, guérisse et féconde ce jalon de notre parcours, qu’il soit joyeux ou douloureux. « Viens ! » est donc le cri du désir humain attendant activement la visite de l’amour divin dans tout son être, bon grain et ivraie inextricablement mêlés. « Viens ! » est le dernier cri de l’Apocalypse, et donc le désir ultime ponctuant toute la Bible en ce point d’orgue :

« L’Esprit et l’épouse disent: Viens ! Que celui qui entend dise : Viens ! »  (Ap 22,17)
« Celui qui atteste cela dit : Oui, je viens bientôt. Amen, viens Seigneur Jésus ! » (Ap 22,20).

C’est bien un cri d’amour : inviter Dieu à visiter ce qui nous tue est l’élan vital de l’épouse se languissant de l’union à son bien-aimé par qui la santé et le salut lui sont donnés. De manière étonnante, Jésus répond au « viens et vois ! » des amis de Lazare par un « viens dehors ! » adressé à Lazare. Désirer que Dieu visite notre part d’ombre nous permet d’entendre son appel à sortir de nos tombeaux : ce qui lui a été exposé sera guéri, la mort qui ne lui est plus cachée sera vaincue, la puanteur qui n’est plus enfermée sera dissipée à l’air libre. Si nous voulons nous relever des crises qui nous abattent, mieux vaut s’en ouvrir au Christ sans rien cacher. Si nous voulons aider les autres comme les amis de Lazare pour Marthe et Marie, mieux vaut ne pas avoir peur de ce qui sent mauvais.

Ouvrir les tombeaux plutôt que de sceller nos secrets malsains : voilà la démarche courageuse qu’ont choisie les responsables de l’Arche en révélant la face obscure de Jean Vanier, plutôt que de dissimuler ou d’excuser ou de minimiser. Nul doute que l’Arche pourra, à l’issue d’une cure longue et difficile, se libérer des liens à Jean Vanier qui obstrueraient sa marche comme les bandelettes enserraient le corps réanimé de Lazare…

Chacun de nous peut inviter le Christ à visiter ce qui le tue : « Seigneur, viens et vois ! »
Viens visiter mes secrets malodorants, mes cadavres dans le placard, les liens qui m’empêchent de « sortir dehors ».
Collectivement, en paroisse, dans une équipe de partage de vie ou de bénévolat solidaire, nous devons également crier vers le médecin suprême : « viens et vois ce qui nous tue ! ».

 

 


[1]. « De loin, fixant les yeux sur lui, ils ne le reconnurent pas. Alors ils éclatèrent en sanglots. Chacun déchira son vêtement et jeta de la poussière sur sa tête. Puis, s’asseyant à terre près de lui, ils restèrent ainsi durant sept jours et sept nuits. Aucun ne lui adressa la parole, au spectacle d’une si grande douleur. » (Job 2, 12-13)

[2]. R.M. Rilke, Lettres à un jeune poète, 1929.

[3]. Extrait de la très belle prédication du pasteur Marc Pernot lors d’un culte le 5 juin 2011, à qui j’emprunte son titre et son inspiration. Cf. : https://oratoiredulouvre.fr/libres-reflexions/predications/inviter-dieu-a-visiter-ce-qui-nous-tue-jean-11

[4]. Le symbolisme de ces chiffres est connu : 2 renvoie à l’unité homme-femme ou homme-Dieu, 7 aux sept jours de la Création, 4 aux quatre points cardinaux signifiant l’universalité.

[5]. Quand l’agneau ouvrit le premier des sept sceaux, j’entendis le premier des quatre animaux s’écrier d’une voix de tonnerre: Viens !  (Ap 6,1)
Quand il ouvrit le deuxième sceau, j’entendis le deuxième animal s’écrier: Viens !  (Ap 6,3)
Quand il ouvrit le troisième sceau, j’entendis le troisième animal s’écrier: Viens ! (Ap 6,5)
Quand il ouvrit le quatrième sceau, j’entendis le quatrième animal s’écrier: Viens ! (Ap 6,7)

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez » (Ez 37, 12-14)

Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur.

PSAUME

(Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8)
R/ Près du Seigneur est l’amour, près de lui abonde le rachat. (Ps 129, 7bc)

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !

Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.

J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.

Oui, près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes.

 

DEUXIÈME LECTURE

« L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous » (Rm 8, 8-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

 

ÉVANGILE

« Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11, 1-45)
Gloire à toi, Seigneur,gloire à toi.Moi, je suis la résurrection et la vie, dit le Seigneur. Celui qui croit en moi ne mourra jamais. Gloire à toi, Seigneur,gloire à toi. (cf. Jn 11, 25a.26)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

 En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
Patrick Braud

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