L'homélie du dimanche (prochain)

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29 juin 2016

Les 72

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

LES 72

 

Homélie du 14° Dimanche / Année C
Dimanche 3 Juillet 2016

 

Cf. également :

Briefer et débriefer à la manière du Christ 

Qu’est-ce qui peut nous réjouir ?

Secouez la poussière de vos pieds

Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »

Medium is message

 

Qui sont ces 72 dont seul parle Luc ?

Pourquoi un 2ème groupe à côté des 12 Apôtres ?

La question nous intéresse, car autant le dire tout de suite, c’est notre mission qui est en jeu dans celle des 72.

Afficher l'image d'origineIls sont 72, ce qui d’après Gn 10,1-32 (dans la version grecque des Septante) évoque la postérité des fils de Noé qui repeuple la terre après le déluge et avant Babel. Ce nombre 72 symbolise donc l’ensemble des nations, avec qui Dieu désire entrer en alliance.

Les 72 ne remplacent pas les 12 ; ils s’ajoutent à eux.

Les 12 sont les apôtres, symbolisant les 12 tribus d’Israël, envoyés du temps de Jésus. Les 72, eux, sont envoyés par « le Seigneur », c’est-à-dire par le Christ ressuscité, à toutes les nations.

Les 72 complètent l’action des 12, comme la somme de 72 et 12 l’indique : 6 x 12 + 1 x 12 = 7 x 12, soit la plénitude d’Israël (7 est le chiffre de la Création : les 7 jours; 12 est le nombre des tribus d’Israël) = l’Église des nations. (Notez que la prophétesse Anne au Temple de Jérusalem chez Luc avait justement… 84 ans = 7×12 ! Elle annonce en elle-même l’universalité de la foi chrétienne lorsqu’elle accueille le bébé Jésus au Temple…)

Au-delà des chiffres, on voit bien que Luc écrit pour montrer que les envoyés après les Apôtres ont bien été voulus par Jésus lui-même. Après Pâques, le Seigneur continue d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

 

Regardons ensemble les caractéristiques de ces 72.

 

1.    Ils sont autres que les 12

Le texte dit en effet : « le Seigneur en désigna 72 autres ».

Gardons nous d’ajouter trop vite : 72 autres disciples ou apôtres. Le texte dit qu’ils sont autres. Le nouvel envoyé est à la fois « autre » et en lien étroit avec ceux qui l’ont précédé. Il est « autre » en raison de la période nouvelle dans laquelle il est envoyé, et parce que les cultures à qui il s’adresse sont autres.

Ces 72 s’ajoutent aux 12, mais à la deuxième génération de missionnaires. St Luc sait qu’ils seront « autres ». Le groupe des 12 est unique, car témoin de la Résurrection du Christ; il n’y en aura pas d’autre. Grâce aux 72, la Parole initiale résonne au-delà des frontières, et sollicite de nouveaux auditoires.

C’est la nouveauté de notre mission chrétienne à chaque génération : il s’agit à la fois de prolonger l’action des 12 et en même temps d’être autres, de faire du neuf !

 

2.    Ces 72 sont envoyés là où le Christ n’est pas encore allé, mais projette de venir

Autrement dit, ils doivent préparer sa venue, défricher le terrain, être « en avant » du Christ.

Afficher l'image d'origineComment ne pas y voir l’immense champ d’apostolat des laïcs ? Les baptisés envoyés vivre leur foi dans les domaines politiques, économiques, culturels…

Là où le Christ n’est pas encore allé.

Explorer par exemple le champ de la recherche scientifique, du débat bioéthique, dans de redoutables questions que la foi chrétienne n’a pas encore pu éclairer.

Il y a tant de réalités humaines où le Christ n’est pas encore allé ! Aux baptisés de parcourir, en précurseurs, ces réalités nouvelles où le Seigneur lui-même voudrait se manifester…

 

3.    Ces 72 sont envoyés 2 par 2 : quelle sagesse !

Afficher l'image d'originePour éviter que l’un d’entre eux ne s’accapare le succès ou l’échec de leur mission ;

pour éviter de trop personnaliser l’annonce de la foi à la manière d’un gourou ;

pour se soutenir mutuellement… : les raisons sont nombreuses d’y aller 2 par 2.

Jamais seul.

Aujourd’hui encore c’est un critère sûr pour envoyer quelqu’un dans une responsabilité particulière : jamais seul ; toujours avec une équipe, au moins 2.

Équipe d’accompagnement au deuil, équipe d’Animation Pastorale, visite des malades, chargé des finances paroissiales au sein du Conseil économique, etc.… Jamais seul, au moins 2 par 2, en équipe : c’est une règle de sagesse.

 

4.    Ces 72 sont envoyés « comme des agneaux au milieu des loups »

Ce qui d’une part situe leur mission comme un combat contre le mal (« Je voyais Satan tomber comme l’éclair » dira Jésus), de façon très réaliste, et d’autre part leur interdit d’utiliser les même moyens que le mal pour triompher.

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Ce serait laisser gagner les loups que de nous transformer nous-même en loups ; mieux vaut demeurer agneau, quitte à le payer au prix fort, comme « l’Agneau de Dieu », pariant sur l’espérance qu’un jour « le loup habitera avec l’agneau » (Is 11,6).

L’envoyé ne veut pas la mort de ses adversaires, mais qu’ils vivent. Il ne répond pas au mal par le mal.

 

5.    Ces 72 devront apprendre à recevoir de ceux vers qui ils sont envoyés

« Là où vous serez accueillis, mangez ce qu’on vous offrira. Restez dans cette maison, acceptez ce qu’on vous servira ». Autrement dit : les cultures nouvelles vers qui vous êtes envoyés ont quelque chose à vous donner ; vous devez apprendre à recevoir d’elles, à vous nourrir de leurs richesses et pas seulement à leur donner.

C’est capital pour ne pas arriver en conquérant colonisateur ! En partageant l’intimité d’un peuple, d’une histoire étrangère, on reçoit beaucoup, on reçoit même de quoi vivre, et cela change fondamentalement l’annonce de l’Évangile. Annonce qui se fait alors de l’intérieur d’un peuple, et non de l’extérieur.

Apprenez à recevoir de ceux à qui vous désirez annoncer l’Évangile.

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6.    Ces 72 seront confrontés à l’échec

Patrick BraudIl y a des villes qui ne les accueilleront pas. Au lieu de perdre du temps, ils devront alors secouer la poussière de leurs sandales tout en maintenant que « le Règne de Dieu est tout proche ».

Savons-nous assez secouer la poussière de nos pieds lorsque le Christ n’est pas accueilli, pour aller l’annoncer ailleurs ?…

 

7.    Ces 72 reviennent tout joyeux raconter au Seigneur comment s’est passée leur mission

Afficher l'image d'origineRendre compte de la responsabilité exercée ; faire le point, un bilan personnel et collectif.
Débriefer.

Notre culture ecclésiale pratique trop peu l’évaluation.

Nous sommes mal à l’aise avec la culture du résultat.

Et pourtant c’est de raconter qu’ils sont joyeux.

Pratiquons nous assez ce retour de mission où on revient sur les succès, les échecs, en apprenant à nous réjouir de l’essentiel : nos noms « inscrits dans les cieux » ?

 

Décidément, ces 72 sont bien actuels !

À nous de le méditer pour la vie de notre Église aujourd’hui, mais également dans les responsabilités profanes auxquelles nous sommes envoyés…

 

 

 

1ère lecture : « Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve » (Is 66, 10-14c)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Réjouissez-vous avec Jérusalem ! Exultez en elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui la pleuriez ! Alors, vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire. Car le Seigneur le déclare : « Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations. » Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux. Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse ; et vos os revivront comme l’herbe reverdit. Le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs.

Psaume : Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20

R/ Terre entière, acclame Dieu, chante le Seigneur ! (cf. Ps 65, 1)

Acclamez Dieu, toute la terre ;
fêtez la gloire de son nom,
glorifiez-le en célébrant sa louange.
Dites à Dieu : « Que tes actions sont redoutables ! »

Toute la terre se prosterne devant toi,
elle chante pour toi, elle chante pour ton nom.
Venez et voyez les hauts faits de Dieu,
ses exploits redoutables pour les fils des hommes.

Il changea la mer en terre ferme :
ils passèrent le fleuve à pied sec.
De là, cette joie qu’il nous donne.
Il règne à jamais par sa puissance.

Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu :
je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme ;
Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière,
ni détourné de moi son amour !

2ème lecture : « Je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus » (Ga 6, 14-18)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. Ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle. Pour tous ceux qui marchent selon cette règle de vie et pour l’Israël de Dieu, paix et miséricorde. Dès lors, que personne ne vienne me tourmenter, car je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus. Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit. Amen.

Evangile : « Votre paix ira reposer sur lui » (Lc 10, 1-12.17-20)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Que dans vos cœurs, règne la paix du Christ ; que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse.
Alléluia. (Col 3, 15a.16a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore 72, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’ S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : ‘Le règne de Dieu s’est approché de vous.’ » Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites : ‘Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.’ Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville. »

Les 72 disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. » Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire. Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »
Patrick BRAUD

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22 juin 2016

Sans condition, ni délai

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Sans condition, ni délai

 

Homélie du 13° Dimanche du temps ordinaire / Année C
26/06/2016

 

Cf. également :

Exigeante et efficace : la non-violence 

Du feu de Dieu ! 

 

Sans condition

Sommes-nous capables d’aimer sans condition ?

Nous pressentons que la gratuité fait partie structurante de l’amour. C’est peut-être l’amour parental qui en est le plus proche. Beaucoup de parents ont dit à leur enfant – et ils ont eu raison de lui dire – : quoi qu’il t’arrive dans ta vie, tu resteras notre fils/fille, et notre maison comme notre coeur te seront toujours ouverts.

Pourtant, même cet amour parental apparaît mélangé. Dès la conception d’ailleurs, puisque beaucoup d’enfants sont accueillis à condition qu’ils soient attendus et désirés, sinon l’IVG sera requis, parce que les conditions ne sont pas réunies pour accepter cette grossesse. Environ 96 % des parents à qui on diagnostique pendant la grossesse un risque d’avoir un enfant trisomique demandent l’avortement. Un certain eugénisme de fait est déjà pratiqué dans notre pays.

Même après la naissance, l’amour parental n’est pas si inconditionnel que cela : les abandons sont encore nombreux, la maltraitance physique également, sans compter les maltraitances psychologiques parce que l’enfant qui avait été rêvé ne correspond pas aux attentes de ses parents.

Jésus connaît bien les ambiguïtés des liens familiaux. Souvent il a refusé de les sacraliser et les a remplacés par les liens de la foi : « celui qui vient à moi doit me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs et même à sa propre personne… » (Lc 14, 25-26).

Jésus, dans l’évangile de ce dimanche (Lc 9, 51-62), est d’une exigence inouïe. Il ose appeler un homme qui vient de perdre son père, et cela devait se voir à l’époque où le deuil était une étape sociale au vu et au su de tous. À la réponse : « laisse-moi d’abord aller enterrer mon père », Jésus a cette maxime cinglante devenue proverbiale : « laisse les morts enterrer leurs morts ». Et il lui répète son invitation : « suis-moi », comme pour l’arracher à cette sphère devenue morbide au nom de l’affection filiale. Pourtant, la loi juive comme les coutumes humaines les plus ancestrales font de l’assistance aux obsèques une obligation sociale impérative. Ne pas venir à l’enterrement d’un ami, d’un proche, même si on était fâché ou éloigné, est toujours perçu comme inacceptable. Tout devrait disparaître devant la mort, pense-t-on, et alliés ou adversaires s’inclinent toujours devant la dépouille du défunt.

Le fils semble donc obéir au respect humain le plus élémentaire en demandant d’abord d’aller enterrer son père. Il obéit en plus à la Torah, qui demande : « honore ton père et ta mère ». Et quoi de plus déshonorant que de ne pas avoir ses enfants pour le dernier adieu ?

Les deux hommes concernés par leur famille posent en quelque sorte une condition à Jésus : « je te suivrai à condition d’abord d’enterrer mon père / de dire adieu à mes proches ».

Même ces conditions, ultra légitimes, ne tiennent pas devant l’appel du Christ : « suis-moi ! » [1]. Certains commentaires voudraient spiritualiser ce passage en allant trop vite au sens symbolique de cette rupture demandée. Bien sûr, il s’agit de ne pas se laisser enfermer par son passé, même son passé familial. Bien sûr, Jésus nous libère par cette maxime de toute idolâtrie du lien du sang : notre vraie famille n’est pas régie par nos gènes, notre véritable identité n’est pas déterminée par le droit du sol ni le droit du sang. Notre vraie famille, c’est l’humanité tout entière et chaque personne en particulier. Voilà pourquoi nous appelons Dieu Père, et lui seul est père en plénitude. Et ce père-là, on n’est pas près de l’enterrer !

Il y a donc une sacrée libération de toute domination familiale dans l’Évangile, et cette fraternité universelle est encore aujourd’hui révolutionnaire.

Reste l’impératif très concret de Jésus : « laisse les morts enterrer leurs morts ». Ce n’est pas une théorie sur l’engagement, c’est un acte visible, socialement lourd de conséquences. Jésus a toujours préféré les décisions en actes à des discours abstraits, les personnes aux idées, les situations singulières aux théories générales.

 

Sans délai

Un couple qui prépare son mariage m’a fait découvrir ce texte autrement. Il y voit surtout la tentation du délai : délai pour éviter de se mettre en route tout de suite, excuse pour différer le véritable engagement. Le fiancé racontait :

« C’est ce que j’ai fait lors d’une première relation avec une autre femme, qui a duré des années. Je me disais : quand j’aurai un boulot stable, quand on aura une maison, quand on sera sûr d’être ensemble, quand on sera d’accord sur les enfants, quand… alors peut-être on se mariera. Mais en réalité, c’était le symptôme d’une hésitation plus profonde. Et de fait, nous nous sommes séparés au bout de quelques années, constatant qu’on n’arrivait pas à s’engager ensemble. »

Cette interprétation en termes de délai sonne fort juste : même si nous ne mettons pas apparemment de condition pour suivre le Christ ou dire oui à tel projet essentiel, il nous arrive souvent de contourner la décision en la procrastinant, c’est-à-dire en la reportant sans cesse à plus tard. Un peu comme l’alcoolique qui dit : j’arrête demain. Un peu comme le fumeur, sûr de lui : je peux arrêter de fumer quand je veux (donc je continue !).

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Suivre le Christ peut ainsi sans cesse être remis à plus tard : d’abord prendre soin de mon travail, puis de ma famille, puis de ma retraite… après on verra ! Prendre excuse d’un délai peut miner nos décisions les plus importantes.

Il existe certes une procrastination heureuse (notamment au travail !) : celle qui consiste à laisser s’évanouir d’elle-même l’écume des jours pour éviter de s’y noyer. Par exemple, ne pas répondre tout de suite à tous ses mails, et constater ainsi que la moitié d’entre eux se résolvent tout seuls… Mais la procrastination qui est ici dénoncée est d’un autre ordre : le délai sans cesse prétexté nous empêche en réalité de prendre la route, de nous engager vraiment, de passer les seuils essentiels (se marier, s’engager, terminer un travail de deuil, mettre ses actes en accord avec ce que l’on croit etc…).

 

Mettre des conditions ou prétexter un délai

Ne vous arrive-t-il jamais d’éviter ainsi de prendre une décision importante ?

Mettre cette stratégie – consciente ou non – en pleine lumière suffit le plus souvent à lui enlever son efficacité négative. L’appel du Christ à le suivre, à travers les routes que nous avons à prendre, peut alors se fait entendre, avec son exigence, maintenant, sans poser de conditions plus longtemps…

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[1]. Si l’on tient compte des coutumes du temps du Christ, il est possible que la raison donnée par cette homme à ne pas suivre Jésus directement n’ait rien à faire avec les obsèques de son père. Car, au Moyen Orient comme en Afrique et tous les pays chauds, on enterrait les morts le jour même à cause de la chaleur. Un délai de 24h maximum est toujours de mise dans l’islam. Les fils veillaient auprès du corps de leur père jusqu’à son enterrement. L’homme en question ne devrait donc pas être en train de parler avec Jésus ! Sa réponse sonne alors comme une excuse et un mensonge, pour remettre à plus tard le fait de prendre la route avec Jésus.

 

 

1ère lecture : « Élisée se leva et partit à la suite d’Élie » (1 R 19, 16b.19-21)
Lecture du premier livre des Rois
En ces jours-là, le Seigneur avait dit au prophète Élie : « Tu consacreras Élisée, fils de Shafath, comme prophète pour te succéder. » Élie s’en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafath, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau. Alors Élisée quitta ses bœufs, courut derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Élie répondit : « Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait. » Alors Élisée s’en retourna ; mais il prit la paire de bœufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l’attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d’Élie et se mit à son service.

Psaume : Ps 15 (16), 1.2a.5, 7-8, 9-10, 2b.11
R/ Dieu, mon bonheur et ma joie ! cf. Ps 15, 2.11)

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Je n’ai pas d’autre bonheur que toi.
Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

2ème lecture : « Vous avez été appelés à la liberté » (Ga 5, 1.13-18)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates
Frères, c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Alors tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage. Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi.

Evangile : « Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem » « Je te suivrai partout où tu iras » (Lc 9, 51-62)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ; Tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. 1 S 3,9 ; Jn 6, 68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem. Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? » Mais Jésus, se retournant, les réprimanda. Puis ils partirent pour un autre village.
 En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
 Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
 Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »
Patrick BRAUD

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20 avril 2016

Amoris laetitia : la joie de l’amour

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Amoris laetitia : la joie de l’amour

 

Homélie du 5° dimanche de Pâques / Année C
24/04/16

Cf. également :

Persévérer dans l’épreuve

Comme des manchots?

Dieu est un trou noir

 

Aimez-vous les uns les autres

« Aimez-vous les uns les autres » est devenu à juste titre le slogan-clé de la foi chrétienne. À tel point qu’on peut dire sans caricaturer que le christianisme est d’abord la religion de l’amour, alors que le judaïsme est la religion de l’éthique et l’islam de l’obéissance.

Cette caractérisation par l’amour mutuel s’enracine notamment dans notre passage de Jn 13, 31-35. Seul hic ! : on omet souvent la deuxième partie de la phrase : « aimez-vous les uns les autres… comme je vous ai aimé ». Si on ne rapporte pas l’amour aux paroles et aux actes du Christ, on risque de canoniser chacun notre propre conception de l’amour, oubliant ainsi la dimension de conversion nécessaire pour arriver à aimer vraiment.

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L’amour est une révélation

En écoutant Jésus supplicié pardonner à ses bourreaux et prier pour eux, on devine l’ampleur de l’amour des ennemis auxquels nous sommes appelés.

En voyant Jésus enfant rester au Temple de Jérusalem sans ses parents, ou Jésus adulte dire « femme » à sa mère, on se dit que l’amour envers nos parents n’est peut-être pas ce que l’on nous en dit.

À s’étonner de la familiarité de ce prophète avec les mal-aimés et les pécheurs publics de son époque, on pressent que l’amour de l’autre devrait chambouler les barrières sociales.

À suivre ce jeune homme célibataire dans sa liberté envers les femmes, dans son accueil inconditionnel des exclus, dans sa compassion envers les estropiés de la vie en tout genre, mais aussi dans son amitié avec des riches, des puissants et des savants, on a presque honte de brandir le drapeau de l’amour mutuel pour un petit cercle de quelques personnes seulement…

Décidément, ce que nous appelons aimer n’est pas si naturel que cela, mais relève davantage d’une révélation que d’une évidence.

Il y a quelques années, Benoît XVI avait longuement et profondément médité sur l’amour divin, à la source de tout amour (dans son encyclique « Deus est caritas »). Il avait rappelé la distinction entre l’amour-amitié (philia en grec), l’amour-passion (eros) et l’amour-charité (agapê) en qui tout culmine.

Il y a quelques semaines, le pape François vient de livrer sa propre méditation sur l’amour humain, suite au synode des évêques sur la famille qui a duré deux ans. En voici quelques extraits qui permettent de voir la continuité entre les deux papes, et l’approfondissement de cette phrase : « aimez-vous les uns les autres » en ce qui concerne le couple et la famille.

 

Amoris laetitia

Afficher l'image d'origine·     Bien sûr, le pape François réaffirme la famille comme premier lieu d’expérimentation de l’amour humain :

La force de la famille « réside essentiellement dans sa capacité d’aimer et d’enseigner à aimer. Aussi blessée soit-elle, une famille pourra toujours grandir en s’appuyant sur l’amour ». (n° 53)

 

·     C’est un amour concret, qui doit se traduire en actes, sinon ce n’est qu’un sentiment qui sonne creux, « un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit » comme l’écrit Paul dans son magnifique hymne à l’amour (agapê) en 1Co 13,1-8) :

Dans tout le texte, on voit que Paul veut insister sur le fait que l’amour n’est pas seulement un sentiment, mais qu’il doit se comprendre dans le sens du verbe ‘‘aimer’’ en hébreu : c’est ‘‘faire le bien’’. Comme disait saint Ignace de Loyola, « l’amour doit se mettre plus dans les œuvres que dans les paroles ». Il peut montrer ainsi toute sa fécondité, et il nous permet d’expérimenter le bonheur de donner, la noblesse et la grandeur de se donner pleinement, sans mesurer, gratuitement, pour le seul plaisir de donner et de servir. (n° 94)

 

·     L’amour commence par la politesse de tous les jours, cette amabilité toute simple qui facilite les rapports sociaux :

Aimer c’est aussi être aimable, et là, l’expression asxemonéi prend sens. Elle veut indiquer que l’amour n’œuvre pas avec rudesse, il n’agit pas de manière discourtoise, il n’est pas dur dans les relations. Ses manières, ses mots, ses gestes sont agréables et non pas rugueux ni rigides. Il déteste faire souffrir les autres. La courtoisie « est une école de délicatesse et de gratuité » qui exige « qu’on cultive son esprit et ses sens, qu’on apprenne à sentir, qu’on parle, qu’on se taise à certains moments ». Être aimable n’est pas un style que le chrétien peut choisir ou rejeter : cela fait partie des exigences indispensables de l’amour. (n° 99)

 

·     L’amour de soi est l’une des dimensions de l’amour évangélique :

Une certaine priorité de l’amour de soi-même peut se comprendre seulement comme une condition psychologique, en tant que celui qui est incapable de s’aimer soi-même rencontre des difficultés pour aimer les autres : « Celui qui est dur pour soi-même, pour qui serait-il bon ? […] Il n’y a pas homme plus cruel que celui qui se torture soi-même » (Si 14, 5-6). (n° 101)

C’est sans doute encore plus vrai dans le couple : chacun risque de faire payer à l’autre ce qu’il ne supporte pas chez lui-même, ou ce qu’il n’a pas apaisé dans son histoire personnelle. Ainsi ceux qui ne savent pas exprimer leurs sentiments deviendront durs avec leurs proches ; ceux qui n’ont pas résolu les conflits avec leurs parents les reporteront sur leurs conjoints ou leurs enfants ; ceux qui n’aiment pas leur corps le livreront difficilement à leur conjoint etc.

 

·     L’amour véritable ne cherche pas un bénéfice en retour de (même s’il sait l’accueillir comme un cadeau lorsqu’il vient). Il aime, pour rien, sans raison, sans chercher à être aimé en retour :

Thomas d’Aquin a expliqué « qu’il convient davantage à la charité d’aimer que d’être aimée » et que, de fait, « les mères, chez qui se rencontre le plus grand amour, cherchent plus à aimer qu’à être aimées ». C’est pourquoi l’amour peut aller au-delà de la justice et déborder gratuitement, « sans rien attendre en retour » (Lc 6, 35), jusqu’à atteindre l’amour plus grand qui est « donner sa vie » pour les autres (Jn 15, 13). (n° 102)

Le pape François aurait pu citer ici la prière de son saint patron d’Assise :

[…] O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. […]

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·     Le sommet de l’amour est sans doute de l’offrir à ceux qui vous veulent du mal, à ceux qui sont vos ennemis. Et là, le pape catholique n’hésite pas à citer longuement le pasteur protestant Martin Luther King :

Cela me rappelle ces paroles de Martin Luther King, quand il refaisait le choix de l’amour fraternel même au milieu des pires persécutions et humiliations : « Celui qui te hait le plus a quelque chose de bon en lui ; même la nation qui te hait le plus a quelque chose de bon en elle ; même la race qui te hait le plus a quelque chose de bon en elle. Et lorsque tu arrives au stade où tu peux regarder le visage de chaque homme et y voir ce que la religion appelle ‘‘l’image de Dieu’’, tu commences à l’aimer en dépit de [tout]. Peu importe ce qu’il fait, tu vois en lui l’image de Dieu. Il y a un aspect de la bonté dont tu ne peux jamais te défaire […]. Voici une autre façon d’aimer ton ennemi : lorsque tu as l’occasion d’infliger une défaite à ton ennemi, 90 c’est le moment de ne pas le faire […]. Lorsque tu élèves le niveau de l’amour, de sa grande beauté et de sa puissance, tu cherches à vaincre uniquement les mauvais systèmes. Les individus qui sont pris dans ce système, tu les aimes, mais tu cherches à vaincre le système […]. Haine contre haine ne fait qu’intensifier l’existence de la haine et du mal dans l’univers. Si je te frappe et tu me frappes et je te frappe en retour et tu me frappes encore et ainsi de suite, tu vois, cela se poursuit à l’infini. Évidemment, ça ne finit jamais. Quelque part, quelqu’un doit avoir un peu de bon sens, et c’est celui-là qui est fort. Le fort, c’est celui qui peut rompre l’engrenage de la haine, l’engrenage du mal […]. Quelqu’un doit être assez religieux et assez sage pour le rompre et injecter dans la structure même de l’univers cet élément fort et puissant qu’est l’amour ». (n° 118)

Martin Luther King

·     François n’a pas peur, au contraire, d’évoquer la dimension érotique de l’amour chrétien que Benoît XVI avait déjà fondé dans l’Éros de Dieu pour l’homme. Il y consacre trois numéros (150-152) où il décrit la valeur spirituelle de l’érotisme dans le couple, « langage interpersonnel où l’autre est pris au sérieux, avec sa valeur sacrée et inviolable » :

Dieu lui-même a créé la sexualité qui est un don merveilleux fait à ses créatures. Lorsqu’on l’entretient et qu’on évite sa déviance, c’est pour empêcher que ne se produise l’« appauvrissement d’une valeur authentique »

Dans ce contexte, l’érotisme apparaît comme une manifestation spécifiquement humaine de la sexualité. On peut y trouver « la signification conjugale du corps et l’authentique dignité du don ». Dans ses catéchèses sur la théologie du corps humain, saint Jean-Paul II enseigne que la corporalité sexuée « est non seulement une source de fécondité et de procréation » mais qu’elle comprend « la capacité d’exprimer l’amour : cet amour dans lequel précisément l’homme-personne devient don ». L’érotisme le plus sain, même s’il est lié à une recherche du plaisir, suppose l’émerveillement, et pour cette raison il peut humaniser les pulsions.

Par conséquent, nous ne pouvons considérer en aucune façon la dimension érotique de l’amour comme un mal permis ou comme un poids à tolérer pour le bien de la famille, mais comme un don de Dieu qui embellit la rencontre des époux. Étant une passion sublimée par un amour qui admire la dignité de l’autre, elle conduit à être « une pleine et authentique affirmation de l’amour » qui nous montre de quelle merveille est capable le cœur humain, et ainsi pour un moment, « on sent que l’existence humaine a été un succès ». (nos 150-152)

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·     Terminons par le titre de ce texte du pape : la joie de l’amour (Amoris laetitia).

Belle affirmation, directement tirée de l’évangile de Jean là encore : « je vous ai dit cela pour ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie » (Jn 15,11).

 

Relisez l’ensemble de ce document pour mesurer à nouveau combien la joie et l’amour sont liés…

 

1ère lecture : « Ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux » (Ac 14, 21b-27)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, Paul et Barnabé, retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie ; ils affermissaient le courage des disciples ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Ils désignèrent des Anciens pour chacune de leurs Églises et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en lui. Ils traversèrent la Pisidie et se rendirent en Pamphylie. Après avoir annoncé la Parole aux gens de Pergé, ils descendirent au port d’Attalia, et s’embarquèrent pour Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie. Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi.

Psaume : Ps 144 (145), 8-9, 10-11, 12-13ab

R/ Mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
ou : Alléluia. (Ps 144, 1)

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Ils annonceront aux hommes tes exploits,
la gloire et l’éclat de ton règne :
ton règne, un règne éternel,
ton empire, pour les âges des âges.

2ème lecture : « Il essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 21, 1-5a)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus. Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari. Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »

Evangile : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 31-33a.34-35)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur :
« Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »
Alléluia. (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt. Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »
Patrick BRAUD

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6 avril 2016

Les 153 gros poissons

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Les 153 gros poissons

Homélie du 3° dimanche de Pâques / Année C
10/04/2016

Ictus

Les détails mentionnés dans la Bible le sont rarement par hasard.

Il y a 7 disciples dans la barque. Avec Jésus, ils sont donc 8 au repas, et c’est la 3° apparition, précise Jean en Jn 21,1-14.

Jean prend soin de mentionner que le filet des pêcheurs contenait 153 gros poissons, ce n’est sûrement pas pour faire joli ! Si vous avez visité les catacombes de Rome vous savez que le poisson était le symbole des premiers chrétiens pendant les trois siècles de persécutions romaines. À cause sans doute de nos poissons de ce dimanche, et aussi à cause de la signification cachée du mot poisson en grec (ICTUS = Iesos Khristos Theous Uios Soter = Jésus Fils de Dieu Sauveur). À tel point qu’on ne sait pas qui a qui a influencé l’autre… Dessiner un poisson sur un mur de catacombe était devenu un signe de ralliement « secret » des premiers chrétiens. Le bassin qui contenait l’eau du baptême était appelé « piscina » littéralement « étang des poissons ». Les personnes nouvellement converties étaient appelées par exemple chez Tertullien (150 – 230) « pisciculli  » (petits poissons).

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D’ailleurs Jean n’emploie pas le même mot pour les poissons pêchés par Pierre et ses compagnons (ictus) et les poissons (opsarion) grillés sur la braise au bord du lac.

Benoît XVI commentait :
« Aujourd’hui encore, l’Église et les successeurs des Apôtres sont invités à prendre le large sur l’océan de l’histoire et à jeter les filets, pour conquérir les hommes au Christ - à Dieu, au Christ, à la vraie vie. Les Pères ont aussi dédié un commentaire très particulier à cette tâche singulière. Ils disent ceci: pour le poisson, créé pour l’eau, être sorti de l’eau entraîne la mort. Il est soustrait à son élément vital pour servir de nourriture à l’homme. Mais dans la mission du pêcheur d’hommes, c’est le contraire qui survient. Nous, les hommes, nous vivons aliénés, dans les eaux salées de la souffrance et de la mort; dans un océan d’obscurité, sans lumière. Le filet de l’Évangile nous tire hors des eaux de la mort et nous introduit dans la splendeur de la lumière de Dieu, dans la vraie vie. Il en va ainsi : dans la mission de pêcheur d’hommes, à la suite du Christ, il faut tirer les hommes hors de l’océan salé de toutes les aliénations vers la terre de la vie, vers la lumière de Dieu. Il en va ainsi : nous existons pour montrer Dieu aux hommes. »
Homélie du pape Benoît XVI, Messe inaugurale du Pontificat,
Place Saint Pierre, 5° dimanche de Pâques, 24/04/2005

153

Mais pourquoi 153 ?

Rarement un nombre aura suscité autant de commentaires !

 

Nombre triangulaire

Saint Augustin, encore lui, connaissait bien les mathématiques : les nombres dits triangulaires fascinaient déjà le monde antique depuis des siècles.

« Maintenant, dès qu’on a besoin de l’Esprit Saint pour pouvoir observer la loi, il faut joindre 7 à 10, ce qui fait 17. Or, en additionnant tous les nombres depuis un jusqu’à 17, tu obtiendras au total 153. Il n’est pas nécessaire de faite ici l’addition tout entière, vous l’achèverez chez vous. Vous direz donc en calculant Un, plus deux, plus trois, plus quatre donnent dix. Unis de la même manière, tous les autres nombres jusqu’à 17, et tu obtiens le chiffre mystérieux des fidèles et des saints qui seront avec le Seigneur dans les splendeurs du ciel. »

Ainsi 153 = 1 + 2 + 3 + … + 17. L’image triangulaire de 17 représentée ci-dessous le représente : en prenant 17 boules à la base du triangle et en superposant 17 rangées de boules diminuées de 1 à chaque rangée jusqu’au sommet, on cumule : 153 boules. Ces 153 boules forment ainsi un triangle équilatéral de 17 boules par côté. Il s’agit de l’expression déployée, représentée dans sa plus simple expression formelle, imagée, géométrique (le triangle équilatéral) du nombre en soi informel, invisible qui se cache derrière le signe numérique 17.

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Le nombre triangulaire a donc cette propriété d’être représenté par un triangle équilatéral, que la symbolique maçonnique, héritée des bâtisseurs du temple de Jérusalem, identifiait au grand architecte de l’univers, la Trinité pour les chrétiens. Le triangle équilatéral orne de bon nombre de façades et de vitraux de nos églises et synagogues. C’est un symbole de divinité, de perfection.

Et 17 est l’addition de la loi (les 10 Paroles) et de la Création (les 7 jours de la Genèse).

17 est également le nombre des peuples connus à l’époque, du moins comme le rapporte le livre des Actes des Apôtres pour la Pentecôte (2, 1-11). Comptez le nombre des peuples énumérés dans ce récit : « Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, d’Asie, de Phrygie, de Pamphylie, d’Égypte, de cette partie de la Libye qui est proche de Cyrène, Romains en résidence, Juifs, prosélytes, Crétois et Arabes ». Cela fait 17 !

Ces peuples, dont les ressortissants entendent dans leur propre langue ce que disent les apôtres, sont au nombre de 17 : c’est l’Église, dans sa vocation à rassembler tous les peuples de la terre en Dieu.

Les 153 poissons désignent donc l’Église comme plénitude (17, nombre triangulaire) de la Loi (10) unie à la Création (7), ou pour suivre saint Augustin, du peuple juif uni aux païens dans la nouvelle alliance. La somme de toute l’humanité, de la Création à l’Alliance.

 

Nombre miroir

Le nombre miroir d’un autre est celui composé de ses chiffres disposés symétriquement, de droite à gauche.
Ainsi 153 renvoie par miroir au nombre 351.
Or le nombre 351 est le nombre triangulaire de 26 (351=1+2+3+…+26), et 26 est la valeur numérique (guématria) du Tétragramme YHWH (Y=10 + H=5 + W=6 + H=5) !

17 et 26 sont donc comme en miroir l’un de l’autre par leurs nombres triangulaires : c’est comme si la gloire du Dieu d’Israël (26) se reflétait dans la gloire de l’Église (17)… Vatican II ne dira pas autre chose en proclamant que l’Église est le sacrement de la communion trinitaire (LG1 ; cf. CEC n° 747).

 

Nombre de Harshard

153 est divisible par la somme de ses chiffres : 1+5+3=9, et 153=9×17.

C’est ce qu’on appelle un nombre de Harshard (ce terme signifie ‘grande joie’ en sanskrit, attribué par le mathématicien Dattatreya Ramachandra Kaprekar). Et l’on retombe à nouveau sur le nombre 17 !

La plénitude qu’est l’Église ne renie aucune des particularités culturelles qu’elle réunit, puisqu’elle est ‘divisible’ par la somme de ses membres…

 

Nombre d’Armstrong

C’est un nombre qui est égal à la somme des puissances n de ses chiffres, n étant égal au nombre de ces chiffres.

153=13+53+33

L’utilisation dans notre contexte de pêche suggère que le résultat est la somme de la perfection de chaque individu, car élevé à la puissance trinitaire…

 

Nombre de Friedmann

On appelle ainsi un nombre qui est le résultat d’une combinaison de tous ses chiffres, moyennant les quatre opérations de base (+ – x /).

Ainsi 153=3×51

Le pape Grégoire le Grand s’est engouffré dans cette propriété mathématique :

« Multiplions 10 et 7 par 3, nous obtenons 51 : nombre qui renferme assurément un grand mystère, car nous lisons dans l’Ancien Testament que la cinquantième année doit être appelée une année jubilaire, pendant laquelle le peuple entier se repose de tout travail (cf. Lv 25,11). Mais le vrai repos est dans l’unité, qui ne peut être divisée; en effet, là où il y a une fissure de division, il n’y a pas de vrai repos. Multiplions 51 par 3, pour obtenir 153. Puisque toutes nos œuvres, accomplies dans la foi en la Trinité, nous conduisent au repos, nous avons multiplié 17 par 3, de manière à obtenir 51. Et notre vrai repos étant atteint par la connaissance de la gloire de cette même Trinité, que nous croyons fermement exister au sein de l’unité divine, nous multiplions 51 par 3 et nous tenons la somme totale des élus dans la patrie céleste, que figure ce nombre de 153 poissons.
Il convenait que le filet jeté après la Résurrection du Seigneur prît le nombre de poissons qu’il fallait pour désigner les élus qui habitent la patrie céleste. »

 

Le plérôme de l’humanité

Afficher l'image d'origineC’est l’interprétation la plus connue, celle de saint Jérôme, qui désigne l’Église comme plénitude de l’humanité, et qui synthétise en quelque sorte toutes les autres. Les zoologistes grecs de l’époque connaissaient au total 153 variétés de poissons. Jérôme s’appuie sur ce savoir de son époque (IV° siècle) pour évoquer que le nombre signifierait dans ce cas l’universalité de l’Église, toutes les nations de la Terre se retrouvant dans les filets de l’apôtre Pierre.

 

L’Église, désignée par la barque et le filet de Pierre, est destinée à recueillir toute l’humanité, et à la mener au Christ, pour atteindre ainsi sa plénitude (plérôme ; cf. Col 1,19) à la fois humaine et divine.

 

 

Évagre le Pontique

Au IVe siècle, il a écrit 153 « Maximes sur la prière », suivant fidèlement le symbolisme de la pêche miraculeuse. Dans son « Traité pratique », il écrit de façon alambiquée, voire confuse :

« J’ai divisé ce traité sur la prière en 153 chapitres. Ainsi, je vous convie à une fête évangélique, où vous pourrez vous délecter de ce nombre symbolique qui combine une figure triangulaire et une figure hexagonale. Le triangle symbolise la connaissance spirituelle de la Trinité, l’hexagone représente la création ordonnée du monde en six jours. Le nombre 100 est carré, alors que le nombre 53 est triangulaire et sphérique. Car 28 est triangulaire et 25 est sphérique, 5 fois 5 donnant 25. De cette façon, vous avez une figure carrée pour exprimer la nature quaternaire des vertus et un nombre sphérique, 25, qui représente le mouvement cyclique du temps et ainsi la véritable compréhension de cette époque. Car les semaines suivent les semaines, et les mois suivent les mois, et le temps évolue d’année en année, et les saisons suivent les saisons, comme nous le voyons aux mouvements cycliques du soleil et de la lune, du printemps et de l’été Le triangle peut symboliser la connaissance de la Sainte Trinité. Ou vous pouvez considérer la somme totale, 153, comme triangulaire et signifiant respectivement la pratique des vertus, la contemplation de la divinité dans la nature et la connaissance spirituelle de Dieu, ou la foi, l’espérance et l’amour, ou l’or, l’argent et les pierres précieuses. »

Évagre utilise les propriétés du nombre sphérique 25. Le nombre sphérique est un nombre qui, multiplié par un nombre circulaire, part de lui-même et revient à lui-même, comme par exemple, 5×5 = 25 ; ce nombre circulaire, multiplié par lui-même, donne une sphère : 5×25 = 125.

 

Les deux pêches miraculeuses

Saint Augustin, toujours lui, interprète cette deuxième pêche miraculeuse comme celle qui, à la fin des temps, réussira enfin le projet de Dieu : « rassembler dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52) :

« Il ne faudrait pas conclure de là qu’il n’y aura que cent 153 saints qui ressusciteront à la vie éternelle, car tous ceux qui ont part à la grâce de l’Esprit saint, sont compris dans ce nombre qui renferme trois fois le nombre 50, et de plus le nombre 3, symbole du mystère de la sainte Trinité. Or, le nombre cinquante est le produit du nombre sept multiplié par sept, et auquel on ajoute l’unité. Cette unité indique qu’ils ne doivent faire qu’un. Ce n’est pas sans raison que l’Évangéliste fait la remarque que les poissons étaient grands, car lorsque Notre Seigneur eut dit: « Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l’accomplir (en donnant l’Esprit saint qui devait la faire accomplir) »; il ajoute un peu plus loin: « Celui qui fera et enseignera sera grand dans le royaume des cieux » (Mt 5).

Lors de la première pêche, le filet se rompait en figure des schismes qui devaient déchirer l’Église. Ici, au contraire, comme les schismes seront impossibles dans la paix suprême dont jouiront les saints, l’Évangéliste a dû faire remarquer que, malgré le grand nombre et la grosseur des poissons, le filet ne se rompit point. Il semble faire allusion à la première pêche où le filet se rompit, et vouloir faire ressortir par cette comparaison la supériorité de la pêche actuelle. »

  

Ez 47,10

Un verset d’Ezékiel (47,10) éclaire d’un jour encore nouveau le symbolisme décidément multiple de 153 : « des pêcheurs se tiendront sur ses bords; depuis En-Guédi jusqu’à En-Eglaïm, on étendra les filets; il y aura des poissons de diverses espèces, comme les poissons de la grande mer, et ils seront très nombreux ».

En-Guédi existe toujours : on y va en bateau à travers le lac de Tibériade, et cette traversée est chargée d’évocations évangéliques.

Or en hébreu Gad « bonheur » est le mot miroir de Dag « poisson ».

Et la valeur numérique de En-Guédi « la fontaine de mon bonheur » est : 3 + 4 + 10 = 17, alors que la valeur numérique de En-Eglaïm est : 70 + 3 + 30 + 10 + 40 = 153 ! L’expression « depuis En-Guédi jusqu’à En-Eglaïm » désigne ainsi le chemin que parcoure l’Église, de 17 (la totalité de l’humanité) à 153 (la plénitude de l’humanité sauvée).

 

Enfin juste pour vous dire que décidément des harmoniques du nombre sont quasi innombrables, signalons juste que 153 est encore le nombre de bénédictions données à des personnes précises dans les quatre évangiles (si ! si !, comptez les bénéficiaires de ces bénédictions : c’est bien le bon nombre !).

 

Bref : innombrables sont les interprétations cabalistiques qu’on peut tirer de ce nombre de 153 gros poissons. Mais elles convergent vers cette espérance folle : tous les êtres humains, de tous les temps, de toutes les cultures, de tous les lieux, sont appelés à faire partie de l’Église, qui est l’humanité enfin réconciliée et unifiée en Dieu même.

À nous d’être témoins de cette espérance folle.

 

 

 

1ère lecture : « Nous sommes les témoins de tout cela avec l’Esprit Saint » (Ac 5, 27b-32.40b-41)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, les Apôtres comparaissaient devant le Conseil suprême. Le grand prêtre les interrogea : « Nous vous avions formellement interdit d’enseigner au nom de celui-là, et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement. Vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ! » En réponse, Pierre et les Apôtres déclarèrent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice. C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »

 Après avoir fait fouetter les Apôtres, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent. Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus.

Psaume : Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur, tu m’a relevé.
ou : Alléluia. (Ps 29, 2a)

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi ;
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

2ème lecture : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse » (Ap 5, 11-14)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu : et j’entendis la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ; ils étaient des myriades de myriades, par milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. »

 Toute créature dans le ciel et sur la terre, sous la terre et sur la mer, et tous les êtres qui s’y trouvent, je les entendis proclamer : « À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. » Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » ; et les Anciens, se jetant devant le Trône, se prosternèrent.

Evangile : « Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson » (Jn 21, 1-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Le Christ est ressuscité,
le Créateur de l’univers,
le Sauveur des hommes.
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment. Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.

 Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré. Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson. C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.

 Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »
Patrick BRAUD

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