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20 novembre 2014

Divine surprise

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Divine surprise

 

Homélie pour la fête du Christ Roi / Année A
23/11/2014

 

Comme sous un voile d’ignorance

Savez-vous réellement ce que vous aurez « fait de bien » dans votre vie ?
Connaissez-vous vraiment les noms et les visages de ceux pour qui vous aurez été quelqu’un d’important ?
Vous allez répondre : bien sûr ! Mon conjoint, mes enfants, telle personne que j’ai aidée, tel ami avec qui je suis très proche…

L’évangile de la fête du Christ-Roi (Mt 25, 31-46) nous invite à ne pas répondre trop vite à cette question. « Quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim et soif ? » s‘étonnent les justes. Ils ne se souviennent pas d’avoir croisé le Christ. « Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? » : leur surprise est totale. Ils ne savaient pas l’importance d’une visite à un prisonnier ou à un malade. Ils ignoraient l’enjeu d’un verre d’eau ou d’un repas offert. Et pourtant ils l’ont fait, en oubliant le plus souvent qu’ils l’avaient fait.

Divine surprise que celle qui nous attend au terme de l’histoire : il nous sera enfin révélé la vraie qualité des gestes et des paroles posées. Amère surprise pour certains peut-être : ils ne se souviennent pas ne pas avoir fait, et pourtant ils ne l’ont pas fait.

Tant que le coup de sifflet final n’a pas retenti, nous ne savons donc pas quel est notre score réel, le nombre de buts marqués. Nous jouons notre partie comme sous un voile d’ignorance. Et cette ignorance est belle, dans la mesure où elle nous empêche de comptabiliser, de calculer, de maîtriser les résultats de nos actes.

Notons au passage que le jugement dernier de Mt 25 s’adresse aux « nations », c’est-à-dire justement à ceux qui ne connaissent pas le Christ. Les croyants eux « échappent au jugement » comme l’écrit l’évangéliste Jean. Les nations, dans l’ignorance du Christ, n’ont que leur conscience pour les guider. Il y a suffisamment d’image divine dans cette conscience humaine pour les faire choisir ce qui est juste et rejeter ce qui est injuste. Leur surprise sera donc d’autant plus grande de découvrir la valeur éternelle de leur service des pauvres, des malades et des prisonniers à qui le Christ s’identifie.

Chacun de nous participe de cette ignorance et de cette surprise.

À qui n’est-il pas arrivé de recueillir le témoignage bien des années après de quelqu’un pour qui il a été une aide, un sauveur, un déclic, sans même le savoir ? Les instituteurs par exemple qui croisent leurs anciens élèves 20 ans ou 30 ans après pourraient vous en raconter ! Et ce sont rarement ceux à qui on s’attendait qui manifestent de la reconnaissance…

Se laisser surprendre par le feed-back de nos actions est donc essentiel pour découvrir le vrai visage du Christ.
Accepter la docte ignorance de celui qui fait sans savoir ce que cela produit est salutaire.
Ne pas maîtriser le bien accompli rend libre pour continuer à diffuser ce bien hors de tout contrôle.

 

Le mal par omission

Cette ignorance concerne également le mal commis, hélas.
Nous ne savons pas – ou si peu - à qui nous n’avons pas offert un verre d’eau, un repas, une visite. Car le mal dans ce texte du jugement dernier est défini par l’absence plus que par les actes mauvais. C’est l’absence de service des pauvres que le Christ reproche aux injustes. Le péché par omission en quelque sorte.
Peut-être sommes-nous davantage détruits par le bien que nous ne faisons pas que par le mal que nous faisons ?

« Chaque fois que vous ne l’avez pas fait… » : c’est cela qui a éloigné les injustes du Christ. Visiblement, leur surprise est immense de découvrir ce qu’ils n’ont pas fait !

Pourtant, c’est évident si on y réfléchit : ce que nous ne faisons pas nous manque rarement. Un peu comme Mozart ne manque pas à celui qui n’y a jamais été initié. Chacun de nous peut vivre en toute bonne conscience sans jamais réaliser tout ce à côté de quoi il passe, tous ceux à côté de qui il passe.

C’est donc qu’il nous faut des alliés pour nous révéler ces angles morts inconnus de nous. Mieux vaudrait le dur reproche d’un allié maintenant que le terrible constat du Christ à la fin des temps : « ce que vous n’avez pas fait… »

Un tel allié met le doigt sur ce qui ne nous fait pas mal : notre absence de compassion, de service, de solidarité, d’humanité tout simplement.

Qui peut jouer ce rôle salutaire aujourd’hui pour éviter la terrible surprise demain ?

Les médias peuvent jouer un rôle, en nous éveillant à la galère des populations qui nous entourent, ou qui sont abandonnées au loin. Le voyage, le contact avec l’étranger peuvent être des déclics. Sans oublier des textes bibliques comme le jugement dernier de Mt 25, qui résonne comme une alarme d’incendie dans un gratte-ciel où tous pensent être à l’abri à leur étage. La responsabilité envers l’autre sait faire feu de tout bois pour s’inviter dans la tranquillité de celui qui croit être globalement un bon citoyen, un parent acceptable, un voisin correct, bref quelqu’un qui ne fait de mal à personne.

Or la parabole du jugement dernier laisserait penser que le problème viendra beaucoup plus de nos omissions que de nos actions…

 

Sourire aux médailles

Gen. Pace's medals as of Veterans Day 2005. Top row center is the Legion of Merit; bottom row right is the Vietnam Campaign Medal.Reste - heureusement - la divine surprise des justes qui s’ignorent comme tels. Il est donc recommandé de ne pas posséder le fruit de nos actes, même les meilleurs, comme si oublier le bien accompli était la voie la plus sûre pour laisser le Christ - in fine - nous révéler ce qui a été réellement le positif de nos vies.

Ce qui empêche d’ailleurs d’être jamais rassasié du service des plus démunis.

Celui qui comptabilise ses dons n’est pas dans le service.

Celui qui accepte de ne pas connaître ni le mal ni le bien commis sera libre de se laisser surprendre dès maintenant et à la fin.

Ce qui implique sans doute de renoncer à un tas de réflexes si bien ancrés : exiger un merci en retour, vouloir laisser une trace derrière soi, se valoriser en train de servir les autres, exercer une secrète domination sur ceux qu’on aide etc….

Vivre la divine surprise du jugement dernier demanderait plutôt de laisser l’autre s’en aller sans le retenir, de ne pas faire la liste de ce qu’on a fait de bien, d’oublier ce que les autres nous doivent, d’être libres vis-à-vis de toute forme de reconnaissance, de sourire aux médailles…

Ne pas vouloir contrôler ni maîtriser le fruit de ses actes, tout en aiguisant le désir de servir, est le chemin le plus sage pour se laisser surprendre, aujourd’hui et demain, par la révélation qui vient des autres partiellement et du Christ en plénitude.

Par qui, par quoi suis-je capable de me laisser surprendre ?

Que voudrais dire pour moi anticiper la divine surprise qui m’attend au terme de l’histoire ?

 

 

1ère lecture : Dieu, roi et berger d’Israël, jugera son peuple (Ez 34, 11-12.15-17)
Lecture du livre d’Ezékiel

Parole du Seigneur Dieu : Maintenant, j’irai moi-même à la recherche de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de brouillard et d’obscurité. C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, déclare le Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître avec justice. Et toi, mon troupeau, déclare le Seigneur Dieu, apprends que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs.

Psaume : 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : La royauté universelle du Fils (1Co 15, 20-26.28)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection. En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang : en premier, le Christ ; et ensuite, ceux qui seront au Christ lorsqu’il reviendra. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes les puissances du mal. C’est lui en effet qui doit régner jusqu’au jour où il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qu’il détruira, c’est la mort. Alors, quand tout sera sous le pouvoir du Fils, il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.

Evangile : La venue du Fils de l’homme, pasteur, roi et juge de l’univers (Mt 25, 31-46)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le règne de David notre Père, le Royaume des temps nouveaux ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Alléluia. (cf. Mc 11, 9-10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche.

Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’
Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’
Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : ‘Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.’
Alors ils répondront, eux aussi : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim et soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?’
Il leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.’
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »
Patrick BRAUD

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13 octobre 2012

À quoi servent les riches ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

À quoi servent les riches ?

Homélie du 28° Dimanche ordinaire / Année B
14/10/2012 

 

Casse-toi, riche con !

À quoi servent les riches ? dans Communauté spirituelle une-lib%C3%A9Ce titre provocateur était là une du quotidien Libération juste au lendemain de l’annonce de Bernard Arnault (PDG de LVMH) demandant la nationalité belge. La violence et la vulgarité de cette diatribe faisait écho à la violence et à la vulgarité de Nicolas Sarkozy envers un jeune de banlieue : « casse-toi, pauvre con ! ».

On peut être atterré devant ce niveau zéro du débat public. On peut y voir une résurgence – version people – de la lutte des classes. Toujours est-il que le mépris des pauvres engendre le mépris des riches, et les deux se nourrissent mutuellement jusqu’à l’explosion de violence.

On peut aussi noter la différence notable entre ces apostrophes et celle de Jésus à l’homme riche. Il ne lui dit pas : « casse-toi », mais « suis-moi ». Il ne l’insulte pas mais pose son regard sur lui, et se met à l’aimer. Et quand cet homme de lui-même choisit de s’en aller, Jésus est rempli d’une déception amère qui est celle de l’amour : « il est décidément plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ! »

C’est un constat, légèrement désabusé, en tout cas empreint de la souffrance du Christ de voir combien la richesse est un handicap si lourd pour le suivre. Rien à voir avec une dénonciation trop moraliste – style Mélanchon – de la nuisance sociale des riches.

Jésus dit en substance : ‘toi qui es riche, suis-moi, et pour cela apprend à quitter, apprend à relativiser ce qui faisait ta puissance’.

Il n’y a pas que la richesse d’ailleurs qui soit concernée dans ce bouleversement à la suite de Jésus. La famille également est en jeu : « quitter frères, soeurs, père, mère, enfants ».

le+jeune+homme+riche+1 aiguille dans Communauté spirituelleLa vraie sagesse est donc de ne rien préférer au Christ : ni ses biens, ni ses proches, ni sa patrie etc.

Paradoxalement, ce qui a été ainsi quitté sera retrouvé, mais situé autrement : ordonné à l’amour et non désordonné, relativisé pour servir et non absolutisé pour dominer.

 

La première lecture annonçait cet étonnant jeu perdu-retrouvé : « j’ai préféré la sagesse aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle et j’ai tenu pour rien à la richesse » se réjouit Salomon. Et pourtant, « tous les biens me sont revenus avec elle, et par ses mains une richesse incalculable » ajoute-t-il, surpris de retrouver ainsi ce qu’il avait cru quitter (Sg 7,7 – 11).

Le Christ le redira à sa manière : « cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par-dessus le marché ».

On le voit : ce n’est pas la richesse en soi qui est condamnée par la Bible, c’est sa prétention à occuper la place de Dieu, à devenir le but ultime de la vie d’un homme. Et cette prétention est si forte qu’il est hélas très difficile d’y résister.

Si l’homme riche de Mc 10,17-30 avait vendu sa fortune pour être libre de suivre le Christ, il aurait expérimenté cette transformation du sens de la richesse.

« Si tu admires l’argent pour la considération qu’il procure, dis-toi que tu gagneras bien plus de gloire à être appelé le père de milliers d’enfants qu’à posséder des milliers d’écus dans une bourse » (saint Basile le Grand).

Basile essaie d’ailleurs, avec habileté, de persuader ses lecteurs que c’est leur intérêt finalement de préférer la sagesse à la richesse :

« Tu as donné à manger à l’affamé ; ce que tu as donné te revient, augmenté des intérêts. Comme le grain jeté en terre profite au semeur, de même le pain tendu à l’affamé rapporte un gain immense, pour plus tard. Quand se termine la moisson sur la terre, c’est le moment pour toi de semer dans le ciel. « Faites vos semailles pour la justice ! »(Os 10,12) ».

Jésus n’a jamais eu la prétention d’établir une nouvelle doctrine économique. Lorsqu’il constate avec douleur qu’un riche n’est pas assez libre pour le suivre, il avertit simplement ses disciples qu’effectivement la possession de richesses est un handicap paralysant. Il ne se pose pas notre question moderne - et intéressante ! - de l’utilité sociale des riches qui, si elle existe, légitimerait leur fortune. Il laisse ce débat aux économistes et aux politiques. Par contre, il se soucie de la destinée de chacun, riches ou pauvres ; il sonne l’alarme lorsque, jugeant l’arbre à ses fruits, il constate que les riches n’accueillent pas la Bonne Nouvelle.

À y regarder de près, les riches ont cependant quelques belles figures et quelques beaux rôles dans le Nouveau Testament. Joseph d’Arimathie intervient pour donner son superbe tombeau à la dépouille de Jésus. Lydie, la riche dame de Thyatire (Ac 16,9-40), aide la communauté chrétienne de Paul de sa générosité financière. Zachée rectifie sa fortune sans y renoncer. Des chefs de synagogue et des centurions romains - des CSP+ de l’époque – seront loués pour leur foi admirable, qui visiblement se conjugue bien avec leur aisance sociale.

Bien sûr, il y a le fameux : « malheureux, vous les riches » de Luc 5. Mais loin d’être une 41yPFYShLHL._SL500_AA300_ chameaumalédiction, ce cri de désolation devant l’état des riches résonne comme un appel à ne plus se laisser dominer par la richesse, à changer pour ne plus être malheureux. Ce n’est surtout pas une condamnation inéluctable. Même l’image du chameau et de l’aiguille se termine par cette déclaration qui vaut finalement pour tout le monde, riches ou pauvres : « qui peut être sauvé ? Pour les hommes cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu ».

Revenons à nos débats actuels.

Le mépris des riches n’apparaît pas très évangélique. La glorification de la richesse tout autant.

Difficile alors pour les chrétiens d’attiser la violence envers les uns ou les autres. Difficile également d’entrer dans la course aux biens matériels, à l’argent, au pouvoir, comme si la vie professionnelle n’avait rien à entendre de l’Évangile du jeune homme riche.

Certains ressentiront cet appel intérieur à tout quitter pour une vie radicalement centrée sur le Christ. D’autres garderont leur salaires élevé, leur rang hiérarchique, leur patrimoine, voire leur fortune, tout en relativisant fortement ces symboles de la réussite sociale. Comment ? En mettant leur richesse au service de la création d’emplois, d’actions humanitaires ou sociales ; en gardant une vraie humilité, en restant simples et sobres dans leur mode de vie ; en réinvestissant leurs plus-values dans des entreprises en accord avec leurs convictions etc.

Ce n’est pas tout vendre pour suivre le Christ, mais c’est déjà remettre à sa juste place chaque objectif qui autrement serait tyrannique. Et ce n’est déjà pas si mal !

 

Reste que pour devenir chrétien, il faut apprendre à quitter.
Quitter ses héritages familiaux, nationaux, patrimoniaux.
Passer par les persécutions promises par le Christ à ses disciples.
Et redécouvrir dès aujourd’hui le centuple qui est redonné : de nouveaux compagnons de route, une nouvelle famille, de nouvelles richesses qui ne contredisent pas les anciennes, mais les assument elles transcendent en les mettant au service de l’essentiel.

« Vends ce que tu as, et suis-moi » : comment cet appel résonne-t-il en nous ?

 

1ère lecture : Les trésors de la Sagesse (Sg 7, 7-11)
Lecture du livre de la Sagesse

J’ai prié, et l’intelligence m’a été donnée. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi.
Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne l’ai pas mise en comparaison avec les pierres précieuses ; tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue.
Je l’ai aimée plus que la santé et que la beauté ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas.
Tous les biens me sont venus avec elle, et par ses mains une richesse incalculable.

Psaume : 89, 12-13, 14-15, 16-17cd

R/ Rassasie-nous de ton amour : nous serons dans la joie.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos c?urs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin, 
que nous passions nos jours dans la joie et les chants. 
Rends-nous en joies tes jours de châtiment 
et les années où nous connaissions le malheur.

Fais connaître ton ?uvre à tes serviteurs 
et ta splendeur à leurs fils. 
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains ; 
oui, consolide l’ouvrage de nos mains.

2ème lecture : « Elle est vivante, la parole de Dieu » (He 4, 12-13)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle pénètre au plus profond de l’âme, jusqu’aux jointures et jusqu’aux moelles ; elle juge des intentions et des pensées du c?ur.
Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, dominé par son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.

Evangile : Tout abandonner pour suivre Jésus (brève : 17-27)(Mc 10, 17-30)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Heureux les pauvres de c?ur : le Royaume des cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genoux et lui demanda : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »
Jésus lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul.
Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. »
L’homme répondit : « Maître, j’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse. »
Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! »
Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu. Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? »
Jésus les regarde et répond : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »
Pierre se mit à dire à Jésus : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. »
Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des s?urs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, s?urs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.
Patrick Braud

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31 octobre 2010

Toussaint : le bonheur illucide

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Toussaint : le bonheur illucide

 

Homélie du 01/11/2010
Fête de tous les Saints / Année C

 

Savoir qu’on est heureux, c’est déjà ne plus l’être

«  Le bonheur, comme l’amour, est illucide ou il n’est pas : car savoir qu’on est heureux, c’est d’emblée savoir que le bonheur ne dure pas, et donc vouloir qu’il dure; or, vouloir être encore heureux, c’est déjà ne plus l’être. En matière de bonheur, la fin du début, c’est le début de la fin. «  

Raphaël Enthoven

 

Cette analyse du philosophe Raphaël Enthoven peut éclairer de manière intéressante les Béatitudes de cette fête de Toussaint. En effet, Jésus révèle à certains qu’ils sont heureux, alors qu’ils l’ignoraient totalement !

« Heureux-vous les pauvres » ne signifie pas qu’il faille rechercher la pauvreté pour être heureux, ni qu’il faille canoniser la pauvreté en ne cherchant pas à la faire reculer…

C’est plutôt une révélation, qui surprend les premiers concernés : comment ? On galère pour le logement, les boulots précaires, la survie ordinaire… et toi le prophète tu nous dis que nous sommes heureux ? ! Première nouvelle !

 

Pourtant Jésus insiste, huit fois.

Huit fois, il dévoile que la situation extrêmement dure ou dense vécue par certains de ses auditeurs contient en fait une immense source de bonheur. C’est comme si vous disiez à un aveugle : « heureux es-tu, même si tu ne le sais pas, la beauté du monde t’est promise, t’est donnée. »

 

Le rayon de ténèbre

Toussaint : le bonheur illucide dans Communauté spirituelle 9782020251556FSSaint Jean de la Croix prenait la métaphore de la flamme et du spectateur.

Quand je regarde le monde à la lueur d’une flamme, je le vois en pleine lumière, mais je ne suis pas dans la lumière. Tant que je reste extérieur à la flamme, je crois voir, mais je ne vois que l’extérieur de la flamme. Si j’entre en elle, je ne peux plus voir le monde, je crois être dans le noir, alors qu’en fait je ne fais qu’un avec la lumière.

Si cette « vive flamme d’amour » nous brûle, alors nous ne savons plus que nous sommes heureux au moment où nous sommes pourtant à la pointe la plus incandescente de ce bonheur.

« C’est là la propriété de l’esprit purifié et anéanti quant à tout ce qui est particulier en matière de connaissance et d’affect : ne goûtant et n’entendant rien de spécial, demeurant vide, en obscurité et ténèbres, il embrasse tout avec une grande facilité, et se vérifie en lui ce que dit encore saint Paul : ?n’ayant rien, il possède tout.’ (2 Co 6,10) 

Une telle béatitude provient d’une totale pauvreté d’esprit.

 

Cette nuit obscure est une influence de Dieu en l’âme qui la purge de ses ignorances et imperfections… influence que les contemplatifs appellent contemplation infuse ou théologie mystique. Dieu y enseigne l’âme en secret et l’instruit en perfection d’amour, sans qu’elle fasse rien ni ne sache ce qu’elle est.

C’est une sagesse de Dieu amoureuse… qui la purge, l’illumine et la prépare à l’union d’amour.

« C’est pourquoi Denys et d’autres théologiens mystiques appellent cette contemplation infuse : ’rayon de ténèbre’. » 

 

Et les strophes des poèmes de saint Jean de la Croix sur la « nuit obscure » développent cela avec le goût du paradoxe et de l’union des contraires qui caractérisent la mystique authentique :

1. Par une nuit obscure,
enflammée d’un amour plein d’ardeur,
ô l’heureuse aventure,
j’allai sans être vue,
sortant de ma maison apaisée.

2. Dans l’obscure et très sûre,
par l’échelle secrète, déguisée,
ô l’heureuse aventure,
dans l’obscure, en cachette,
ma maison désormais apaisée.
51D0NVG7GFL._SL500_AA300_ bonheur dans Communauté spirituelle
3. Dans cette nuit heureuse,
en secret, car nul ne me voyait,
ni moi ne voyais rien,
sans autre lueur ni guide
que celle qui en mon c?ur brûlait.

 

Ou encore :

J’entrai mais je ne sus où,
et je restai sans savoir,
au-delà de toute science.

 

1. Je ne sus pas où j’entrai,
mais lorsque je me vis là,
ne sachant pas où j’étais,
je compris de grandes choses.
Ce qu’ai senti ne dirai,
car je restai sans savoir,
au-delà de toute science.

 

Au-delà de toute science

Au-delà de toute science, le bonheur est illucide : heureux les pauvres

Étonnante convergence : de Jésus à Raphaël Enthoven en passant par saint Jean de la Croix, nos béatitudes de Toussaint nous invitent, non pas à chercher à être heureux, mais à accueillir la révélation d’un bonheur inconnu !

Car vouloir être heureux, c’est se condamner à ne l’être jamais.

Le but de la foi au Christ n’est pas de devenir heureux. Le bonheur est plutôt une « divine surprise » révélée eu cours en cours de route comme une conséquence gratuite, non voulue, ignorée.

D’où le caractère « illucide » de cet état paradoxal, noyé dans un « nuage d’inconnaissance » qui est pourtant le signe de la vraie science…

 

- Est lucide (lux, lucis = lumière en latin) celui qui grâce à la lumière regarde le monde. Élucider une affaire, c’est faire la lumière sur elle en braquant dessus le projecteur de la vérité. Il faut sortir du rêve pour devenir lucide, en étant réveillé.

- Est illucide celui qui ne cherche pas à savoir, parce que, de l’intérieur, il est uni à ce qui 573_600 illucidele brûle.

Van Gogh est un peintre illucide (comme tous les peintres de génie !) lorsqu’il ne fait qu’un avec sa toile…

 

La tradition spirituelle chrétienne regorge d’harmoniques à ce thème. Pensez à la « joie parfaite » de St François d’Assise, où le disciple battu et transi de froid est mis à la porte du couvent : « ô frère Léon, écris qu’en cela est la joie parfaite ». Pensez à la célèbre réplique de Jeanne d’Arc à qui son juge demande si elle est en état de grâce : « si je n’y suis pas, Dieu m’y mette ; si j’y suis, Dieu m’y garde », autrement dit : je ne sais pas si je suis ou non en état de grâce, et cela ne m’appartient pas. Disant cela, elle vivait de cet état qu’elle confessait ignorer?

 

 

La jauge joie

Ainsi en est-il du bonheur annoncé par le Christ. Contrairement aux marchands du bien-être, aux thérapeutes de l’épanouissement personnel, le Christ ne nous appelle pas à rechercher le bonheur (à la limite, il nous ferait plutôt peur avec ses avertissements sur la croix, le rejet, l’exclusion…). Il nous décrit ici dans les Béatitudes le portrait de l’homme-Dieu en huit traits majeurs, et nous donne un indicateur de progrès dans notre identification à lui : plus vous progresserez sur le chemin de la pauvreté, des pleurs, de la miséricorde, de la soif de justice etc… plus vous vous enfoncerez au coeur de la « vive flamme d’amour » où sans le savoir vous serez heureux.

La joie est d’avantage une jauge qu’un objectif?

Si vous cherchez votre bonheur en dehors de cette vive flamme, vous croirez être heureux, mais cela vous filera entre les doigts plus sûrement que le sable des plages.

 

La non-possession du bonheur

Paradoxe évangélique à ne pas évacuer : ne pas chercher à être heureux libère des idoles, Toussaint Toussaintet un autre bonheur est donné alors, de façon mystérieuse, au coeur de la « nuit obscure » (de la pauvreté, des larmes, la soif de justice…).

 

C’est lorsque vous renoncerez à vouloir le bonheur que vous pourrez l’accueillir et en vivre vraiment, sans le posséder, sans même le savoir…

 

Les saints que nous fêtons aujourd’hui ne se retournent pas sur leur bonheur : immergés dans la louange, ils exultent de joie sans « savoir », sans posséder leur joie.

 

Que l’Esprit de sainteté nous donne d’anticiper avec eux la non-possession de notre bonheur !

 

 

Dans « Rémi sans famille », le Maître VITALIS initie Rémi à ne pas chercher à savoir s’il est heureux ou pas… :

 

 

1ère lecture : La foule immense des rachetés (Ap 7, 2-4.9-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de dévaster la terre et la mer :
« Ne dévastez pas la terre, ni la mer, ni les arbres,avant que nous ayons marqué du sceaule front des serviteurs de notre Dieu. »
Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël.
Après cela, j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main.
Et ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! »
Tous les anges qui se tenaient en cercle autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu.
Et ils disaient : « Amen !Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et forceà notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »
L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »
Je lui répondis : « C’est toi qui le sais, mon seigneur. » Il reprit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements,ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. »

Psaume : 23, 1-2, 3-4ab, 5-6

R/ Voici le peuple immense de ceux qui t’ont cherché.

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots. 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au coeur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
qui recherchent la face de Dieu !

2ème lecture : Nous sommes enfants de Dieu et nous lui serons semblables (1 Jn 3, 1-3)

Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu’il n’a pas découvert Dieu.
Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est.
Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

Evangile : Les Béatitudes (Mt 5, 1-12a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent.
Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »
Patrick BRAUD 

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