L'homélie du dimanche (prochain)

3 janvier 2017

Épiphanie : l’économie du don

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Épiphanie : l’économie du don


Cf. également :

Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le potlatch de Noël
Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?
L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture
L’inquiétude et la curiosité d’Hérode
Éloge de la mobilité épiphanique
La sagesse des nations

Homélie pour la fête de l’Épiphanie / Année A
08/01/2017

Les cadeaux des mages et les nôtres

Au lendemain de Noël, des milliers de cadeaux jugés décevants se retrouvent mis en vente sur le site www.leboncoin.fr  : l’argent obtenu de cette revente sera plus envié que le geste du donateur initial… L’Épiphanie est pourtant une belle fête pour reparler des cadeaux que nous nous faisons. En effet, les rois venus d’Orient apportent avec eux des dons précieux (et symboliques) : l’or, l’encens et la myrrhe. À l’étable de Bethléem, ils inaugurent en quelque sorte notre longue tradition des cadeaux déposés sous le sapin, près de la crèche.

D’ailleurs, en Espagne, la fête des rois est presque aussi populaire que Noël (cf. le défilé Cabalgata de los Reyes Magos), et c’est des Mages que les enfants reçoivent des cadeaux, et non du Père Noël…

Il y a dans l’histoire biblique une circulation des dons offerts à Dieu, aux hommes, par Dieu, par les hommes. À tel point que les Pères grecs parlaient d’une économie de la grâce (χ́αρις charis = grâce = don divin en grec) caractéristique de l’amour trinitaire.

L’anthropologue français Marcel Mauss a décrypté quant à lui à la fin du XIX° siècle les échanges entre tribus polynésiennes dites « primitives ». Il a formalisé la structure de ces échanges en une chaîne ininterrompue de dons circulant entre les clans : donner – recevoir – rendre. Ces tribus étaient capables de franchir des centaines de kilomètres en pirogue pour offrir des présents somptueux à d’autres ethnies, sur d’autres îles. Le code social exigeait alors de recevoir ces cadeaux sans contrepartie, c’est-à-dire sans tomber dans le donnant-donnant occidental récent. Mais les villages qui avaient tant reçu prenaient à leur tour la mer pour apporter des présents à d’autres îles, rendant ainsi le don reçu, mais à quelqu’un d’autre. Et ce tiers à son tour perpétuait la circulation du don en allant présenter d’autres dons ailleurs, et ainsi de suite…

Un autre sociologue français, Alain Caillé, a complété cette chaîne de l’échange en y ajoutant une première phase : demander. Car la formulation – implicite ou explicite - de la demande est le ‘ticket d’entrée’ dans l’économie du don. La demande des mages par exemple n’était pas explicite, mais leur ténacité à scruter le ciel pour y découvrir du neuf traduisait leur quête intérieure, leur recherche d’un signe du ciel.

On a ainsi les quatre temps qui structurent une économie du don /de la grâce : demander / donner / recevoir / rendre.

L’histoire biblique, et notre histoire personnelle, deviennent fécondes lorsqu’elles respectent ces quatre temps du don.

Demander

Afficher l'image d'origine« Depuis plus de 4000 ans nous attendions cet heureux temps » avons-nous chanté  devant la crèche et son divin enfant. Israël demandait à Dieu (et demande encore) la venue d’un Messie qui ferait enfin régner le droit et la justice. « Demandez et vous recevrez » confirmait Jésus en nous invitant à prier sans nous décourager.

Dans notre vie personnelle, oser et savoir demander n’est pas le plus facile. Bien des personnes en précarité n’osent pas demander les aides auxquelles pourtant elles ont droit. On estime que 50% environ des bénéficiaires potentiels du RSA ne le touchent pas car ne le demandent pas. Un ex-SDF racontait combien c’est humiliant de devoir sans cesse quémander. Même tiré d’affaire désormais, il n’ose pas frapper à la porte de sa voisine lorsque son frigo est vide en attendant les allocations du mois suivant…

Demander est un acte d’humilité (qui ne devrait jamais tourner à l’humiliation), où je reconnais ne pas être tout, ou j’accepte de manquer et de ne pas être autosuffisant.

 

Donner

Afficher l'image d'origineLe premier don de Dieu, c’est Dieu lui-même. Dans l’enfant de Bethléem, Dieu se donne sans retenue, inconditionnellement. Il répond à la demande d’Israël, à la quête des mages, bien au-delà de leurs attentes. « Un enfant nous est né, un fils nous est donné » prophétisait Isaïe (Is 9,5).

Pas besoin de développer davantage. Toute la tradition chrétienne a cultivé l’art du don sous toutes ses formes, de l’aumône au martyre, de la solidarité à la croissance économique, de Thérèse d’Avila à Mère Teresa… À nous de nous inscrire dans cet élan ininterrompu, où se donner est plus important que de donner. Car l’échange porte alors sur des relations (sociales, amicales, familiales…) et non sur des objets ou de la monnaie. L’économie du don fait circuler des relations entre les êtres, dont les objets échangés sont alors des vecteurs, des symboles et non des valeurs en soi. Marx avait raison de dénoncer le fétichisme de la marchandise qui s’est emparé de l’homme dans le capitalisme, chosifiant les relations en objets, rendant l’échange froid et impersonnel.

Recevoir

Phase symétrique du demander, recevoir est tout aussi difficile. Là également l’humiliation n’est jamais loin. Savoir recevoir le don offert est un art. Les mages de l’Épiphanie l’incarnent à merveille. Ils parlent d’un roi des juifs annoncé par les astres, et le reçoivent comme leur roi devant lequel ils se prosternent. Alors qu’Hérode et les notables juifs prennent peur, et ne veulent pas de ce roi supposé concurrent.

Pour nous aussi, recevoir c’est accepter de devenir débiteur, c’est laisser de la place à l’autre et reconnaître avoir besoin de lui.

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Rendre

Les mages reçoivent du ciel un signe, et rendent à l’enfant de Bethléem les signes de sa royauté : l’or, de sa prêtrise : l’encens, et de sa victoire sur la mort : la myrrhe. La plupart du temps, nous ne pouvons pas rendre à ceux qui nous ont donné. Le donnant-donnant ne fonctionne pas, avec nos parents par exemple, mais nous invite à faire de même avec nos enfants. Le blessé de la parabole ne pourra rien rendre à son bon samaritain sauveur, mais il fera de même envers d’autres blessés qu’il croisera sur sa route.

Rendre est essentiel : non pas pour être quitte, mais au contraire pour entretenir une circulation de la dette, le courant du don échangé, sans jamais l’interrompre. Marcel Mauss appelle cette phase le contre-don, réponse gracieuse à l’initiative gracieuse d’un autre.

 

L’économie de la convoitise

Quatre attitudes inverses bloquent l’économie du don :

ignorer, au lieu de demander

prendre, au lieu de donner

refuser, au lieu de recevoir

garder, au lieu de rendre.

On entend dans ces quatre comportements l’écho de la désobéissance au 10° commandement : « tu ne convoiteras pas ». L’économie de la convoitise s’oppose à celle du don en bloquant à chaque étape la circulation de la grâce.

Economie du don

Le management à l’école du don

De manière étonnante, on peut repenser le management à la lumière de l’anthropologie de Marcel Mauss [1]. Le rôle du manager pourrait bien être de garantir la circulation du don dans son équipe et avec le reste de l’entreprise, de ses partenaires et de ses clients. Le mauvais manager tombera quant à lui dans l’économie de la convoitise qui va restreindre la performance de son équipe [2].

Sans don, il n’est pas d’efficience possible. Les organisations qui fonctionnent bien (entreprises, associations, administrations, équipes sportives etc.) sont celles qui savent respecter la logique et la dynamique des quatre temps du don et contre-don : demander – donner – recevoir – rendre, alors que celles qui dysfonctionnent basculent dans le cycle opposé du ignorer – prendre – refuser – garder. Le bon manager, le bon entraîneur, le bon animateur…, reconnaît dans le cycle du don la véritable source de l’efficience, celle qui réengendre jour après jour le cercle vertueux de la coopération et du travail pris à cœur. Le mauvais manager, aveuglé par la seule obsession d’une efficacité ou d’une rentabilité immédiate, finit par tuer la poule aux œufs d’or et enferme tout le monde dans le cercle vicieux du chacun pour soi et du découragement.

 

Les sept péchés capitaux du manager

Avec humour, Alain Caillé et Jean-Édouard Grésy transposent les sept péchés capitaux de la théologie médiévale à l’art du management repensé sous le signe du don :

1. La paresse ou le don non valorisé, i.e. le fait ne se fier qu’au projet économique, sans faire l’effort de prendre en compte et de valoriser le projet social.

2. La gourmandise ou les gloutons du don, i.e. la financiarisation du projet industriel ou de service.

3. L’avarice ou les radins du contre-don, quand l’entreprise se dit : après moi le déluge !

4. La colère : quand le don est empêché, ceux qui s’adonnent le plus au travail peuvent être ceux qui en souffrent le plus. Avec deux issues possibles : la dépression ou la colère. Colère vient de ira en latin, c’est ce qui produit des excès en paroles ou en actes.

5. La luxure, où l’impureté, quand le don est stérilisé, i.e. transformé en règles.

6. L’orgueil : quand le don est exclusif et refermé sur lui-même, i.e. qu’il conforte l’idée qu’on pourrait se suffire à soi-même sans se confronter aux autres.

7. L’envie ou le désir de l’appropriation et les limites de l’avoir.

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Les mages de l’épiphanie sont repartis sans rien attendre en retour de leurs cadeaux. Ils nous invitent à nous inscrire nous aussi dans l’économie de la grâce qui préside aux relations entre Dieu et l’homme, entre l’homme et ses semblables.

Demander/donner/recevoir/rendre : où en êtes-vous de cette circulation de la grâce avec vos collègues de travail, les membres de votre famille, vos voisins, vos amis, les inconnus croisés au hasard de vos rencontres… ?

 



[1] . Donner et prendre, la coopération en entreprise, Norbert Alter, Ed. La Découverte, 2009.

[2] . Cf. La révolution du don, Le management repensé à la lumière de l’anthropologie, Alain Caillé, Jean-Édouard Grésy, Seuil, 2014

 

 

1ère lecture : « La gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1-6)
Lecture du livre du prophète Isaïe

 Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.

Psaume : Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi. ( cf. Ps 71,11)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

2ème lecture : « Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse » (Ep 3, 2-3a.5-6)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère. Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

Evangile : Nous sommes venus d’Orient adorer le roi (Mt 2, 1-12) 

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur.
Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent.
 Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
 Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

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26 octobre 2016

La puissance, donc la pitié

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La puissance, donc la pitié

Homélie du 31° Dimanche du temps ordinaire / Année C
30/10/2016

Cf. également :

Zachée-culbuto

Zachée : le juste, l’incisé et la figue


La vraie force n’a pas besoin de s’exercer

Le livre de la Sagesse (11,22 – 12,2) fait un lien explicite entre la toute-puissance de Dieu et sa capacité à prendre en pitié tous les hommes, même les pires : « tu as pitié de tous les hommes, car tu peux tout ».

La puissance, donc la pitié dans Communauté spirituelle la-puissance-et-la-sagesseLe psaume 144 lui fait écho, avec ses stances qui reviennent souvent comme un refrain dans les 150 psaumes : « Dieu de tendresse et Dieu de pitié, Dieu plein d’amour et de fidélité, Dieu qui pardonne à ceux qui t’aiment et qui gardent ta parole… ».

Comment ça ? Faire miséricorde aux assassins de Daech ? Avoir pitié des profiteurs de la crise financière ? S’émouvoir du sort des auteurs du génocide rwandais ? Éprouver de la compassion pour ceux qui massacrent des innocents à Alep, Mossoul, Bagdad ou Nairobi ?

Instinctivement, nous sommes très loin de l’attitude divine que les sages contemplent. En fait, plus nous sommes éloignés de Dieu, plus nous pensons : représailles, faire justice, punir et sanctionner. Par contre, plus nous progressons dans la communion avec Dieu, et plus nous pensons comme lui : miséricorde, pitié, seconde chance, conversion.

La liste des dipôles de notre première lecture est explicite :

·         toute-puissance => pitié envers tous
·         amour de ce qui existe => fermer les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent
·         capacité de créer => amour, sans répulsion de quiconque, volonté de faire vivre l’autre quoi qu’il arrive
·         posséder tous les êtres => épargner tous les êtres
·         aimer les vivants => les animer du souffle impérissable.

À la force du poignet, ces attitudes du cœur sont pour nous inatteignables, et souvent non désirables.

Mais dans la force de l’Esprit de Dieu, la répulsion recule, la haine s’estompe, l’envie de supprimer le pécheur se transforme en pédagogie pour qu’il se détourne de son péché.

Facile à dire !’ – objecterez-vous – ‘et bon pour les utopistes’. Pourtant, la vraie facilité de cette miséricorde réside dans le fait qu’elle nous est donnée. Elle ne relève pas de l’effort moral, ni de la volonté d’y arriver, ni d’une prescription juridique. La miséricorde divine devient nôtre lorsque nous participons davantage à la nature divine. Comme une conséquence, un reflet non voulu de l’identification progressive au Tout-Puissant. Sa puissance est celle qui justement n’a pas besoin de s’affirmer par la force.

Seuls les pouvoirs faibles veulent éliminer l’adversaire. Seuls les pouvoirs forts peuvent croire à la conversion des malfaiteurs. Celui qui se sent menacé réagit violemment. Celui dont le pouvoir n’est pas menacé peut accepter que l’autre ait un chemin long et complexe.

 

« Vous n’aurez pas ma haine »

Ce billet d’un père de famille sur Facebook lors des attentats du Bataclan a fait le tour de la toile. Un livre en est sorti. Le point de départ est ce refus bouleversant de se laisser entraîner au mal alors qu’il vient de vous priver d’une femme chérie :

“Vous n’aurez pas ma haine”

Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.
Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.
Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.
Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus.
Antoine Leiris, 16 novembre 2015

41Dab6544KL._SX313_BO1,204,203,200_ Dieu dans Communauté spirituelleAvoir pitié, même de ses bourreaux, n’est pas une vertu impossible : elle est donnée à celui qui veut l’accueillir, au moment même où la douleur et le sentiment d’injustice pourraient rendre fou, violent, sans pitié envers les agresseurs.

Ce lien entre puissance et miséricorde est constitutif de l’être même de Dieu : sa capacité à créer, son amour du vivant ainsi créé, la démesure de sa puissance qui n’a rien à craindre des coups de griffe des méchants.

Prenez de la hauteur : hors du système solaire, à des milliards d’années-lumière, vu d’une des galaxies qui par myriades peuplent des univers infiniment lointains ou parallèles, que peut bien faire la méchanceté de l’homme à l’immensité du créé ? Le sage écrivait à sa manière : « le monde entier est devant toi comme une goutte de rosée au bord d’un seau » (Sg 11,22). La révélation biblique proclame que cette infinie distance ne se traduit pas en éloignement glacial, mais au contraire en miséricorde inépuisable. Loin de se désintéresser d’une humanité aussi insignifiante, le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob est blessé de sa malfaisance, se passionne pour sa conversion, l’anime de son souffle impérissable.

Il n’y a en cela aucune nécessité. Dieu pourrait ne pas créer, ne pas aimer ce qu’il crée, se désintéresser du monde, abandonner l’humanité à ses contradictions. Mais non : gracieusement, sans raison, Dieu se réjouit d’avoir pitié. Dieu s’oblige à faire miséricorde. Et il offre à tout être qui vient à lui d’en faire autant, simplement en se laissant unir à lui.

Voilà de quoi renverser bien des perspectives sur la justice, la sanction, la guerre contre le mal, la lutte contre la violence.

 

Pas de pitié en prison !

Prenez le phénomène de société – hélas ! – que sont les prisons françaises. Depuis des décennies, des rapports de parlementaires dénoncent leur surpopulation (150 % d’occupation en moyenne). De nombreuses condamnations européennes au nom des Droits de l’Homme ont stigmatisé l’effet pervers de cet emprisonnement indigne : la radicalisation, la professionnalisation auprès des grands criminels, la récidive, la réinsertion impossible…

« Des jeunes y entrent, des fauves en sorte » écrivait déjà Guy Gilbert en 1985.

Afficher l'image d'originePourtant, dans l’opinion publique, comme dans la tête de beaucoup de fonctionnaires ou responsables politiques, le rôle premier de la prison serait de punir. « Bien fait pour eux ! De toute façon, il n’y a rien à en attendre ». Le regard fermé à tout avenir que l’institution judiciaire et pénitentiaire porte sur eux pousse bon nombre de prisonniers à se conformer à ce qu’on redoute d’eux. Ils deviennent des fauves, puisque tout leur répète qu’ils le sont. Alors que des témoignages innombrables racontent comment tel détenu en qui quelqu’un a confiance peut véritablement se convertir, être transformé. Faire œuvre de miséricorde en prison, avant et après également, est encore une idée neuve dans notre société soi-disant évoluée.

Remplacez les détenus par des collègues, la maison d’arrêt par l’entreprise, la machine judiciaire par certains types de management et vous aurez une idée assez fidèle de ce que l’absence de miséricorde peut engendrer dans la vie professionnelle… Le contrôle, la surveillance, la punition, l’élimination règnent encore en maître dans l’esprit et le management de bien des chefs d’entreprise, de bien des chefs d’équipe. Pourtant un management de la miséricorde serait bien plus efficace et performant !

« Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux » (Lc 6,36) : Jésus a sans doute médité longuement ces passages du livre de la Sagesse et des Psaumes où Dieu a pitié parce que lui est Tout-Puissant. Revêtons-nous de cette même attitude du cœur, pour n’avoir plus de répulsion envers quiconque, pour ne jamais vouloir la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive.

Et si en Dieu la puissance implique la pitié, alors faisons l’hypothèse qu’en l’homme l’inverse est également vrai…

 

 

1ère lecture : « Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu aimes tout ce qui existe » (Sg 11, 22 – 12, 2)
Lecture du livre de la Sagesse

Seigneur, le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. Comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur.

Psaume : Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14

R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais !    (Ps 144, 1)

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.

2ème lecture : « Le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui » (2 Th 1, 11 – 2, 2)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, nous prions pour vous à tout moment afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. Ainsi, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.
Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. »

Evangile : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 1-10)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle.
Alléluia. (Jn 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
Patrick BRAUD

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28 septembre 2016

Les deux serviteurs inutiles

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les deux serviteurs inutiles

Homélie du 27° Dimanche du temps ordinaire / Année C
02/10/2016

Cf. également :

L’ « effet papillon » de la foi
L’injustifiable silence de Dieu
Jesus as a servant leader
Servir les prodigues
Entre dans la joie de ton maître
Restez en tenue de service

 

L’art pour rien

La prochaine fois que vous sortirez de la gare SNCF Paris Nord, laissez-vous étonner par un drôle de bâtiment de travers. Il s’agit d’une maison, avec de vraies fenêtres, ports, murs, toit… mais une maison qui penche, toute inclinée, émergeant du sol avec un rien d’ivresse.

Maison GDN

Les voyageurs qui acceptent de se laisser surprendre s’arrêtent, penchent la tête, tordent le cou pour retrouver l’axe familier d’une maison bien droite. Ils sourient, sortent leur smartphone pour immortaliser l’objet, en parler aux collègues, à la famille : « regardez ce qu’ils ont mis Gare du Nord ! »

Détruisez cet abri Naf-Naf factice et tout continuera comme avant : les trains seront toujours en retard, les foules iront du métro aux quais et des quais au métro, les brasseries vous proposeront leurs croque-monsieur avec le demi-pression et le petit noir qui les accompagnent si bien. Bref, cette maisonnée est réellement non-nécessaire.

Elle ne sert à rien, et c’est bien cela qui fait sa magie. Elle peut susciter un étonnement quasi-philosophique, ou l’indifférence des gens importants et pressés d’avoir – eux au moins – une tâche à accomplir.

La maison-tour-de-Pise est inutile : quel bonheur de la voir là, sans raison, sans prétention d’efficacité ou de rentabilité !

L’art et l’inutile ont bien un air de famille.

Si vous êtes sensible à l’art dans votre quotidien, vous serez également touché par ces serviteurs inutiles de la parabole de Jésus (Lc 17, 5-10). À l’instar de cette maisonnette-pour-rien, ils nous disent quelque chose d’essentiel sur la vraie beauté de la vie, et cela tourne évidemment autour du service désintéressé.

 

Les deux serviteurs inutiles

« Nous ne sommes que des serviteurs inutiles ».
Célébrissime réplique d’une parabole souvent commentée (Lc 17, 5-10). Parfois, des traductions essaient d’atténuer la dureté du propos en traduisant : serviteurs « ordinaires », ou « simples » serviteur comme la traduction liturgique de ce dimanche. Au moins, être ordinaire ne supprimerait pas toute utilité ! La tentation d’être un « président ordinaire » en quelque sorte…
Le texte grec ne dit pas ordinaires ni simples mais ἀχρεῖοί (achreioi) = inutiles, sans profit.

Inutile implique que le maître pourrait fort bien se passer des services de ce domestique qui pourtant a trimé toute la journée, bien au-delà du cadre des 35 heures !

De fait, Dieu n’avait pas besoin de l’homme. Il l’a créé sans nécessité aucune, par pure gratuité de l’amour voulant se communiquer.

De fait, Dieu pourrait fort bien se passer de l’homme, et peut-être cela arrivera-t-il un jour si, comme les dinosaures en leur temps, nous ne voyons pas venir les ‘météorites’ capables de nous faire disparaître de la surface de la Terre.

Nous ne sommes donc pas utiles à Dieu, et croire que nous pourrions mériter quoi que ce soit envers lui relève d’un l’orgueil démesuré.

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De même, Dieu ne nous est pas utile : nous ne croyons pas en lui pour obtenir la santé, la richesse, la gloire, contrairement à ce que prêchent tant d’évangélistes et de fondamentalistes chrétiens. Nous ne le servons pas pour obtenir une récompense.

Labourer, mettre les tables, servir le repas n’est pas un calcul pour se faire bien voir, être félicité et distingué devant tous. Il y a là d’ailleurs de quoi transformer l’état d’esprit de tout salarié vis-à-vis de son entreprise ou de ses chefs…

Remplacez le labour par votre activité professionnelle, en entreprise ou ailleurs, remplacez le service des tables par vos actions solidaires, généreuses, humanistes, et vous aurez ainsi une remise en cause radicale de tous vos motif plus ou moins intéressés pour faire ceci ou cela.

Le Christ nous fait une recommandation décisive, dont les orgueils et les pouvoirs que l’Église a si souvent brigués au cours de ses 20 siècles d’histoire montrent qu’elle n’est pas inutile : la recommandation de ne jamais se prévaloir devant Dieu du service accompli dans la communauté.

Ajoutons que dans la parabole de Jésus, ce n’est pas le maître qui appelle ses serviteurs « inutiles ». Ce sont eux qui sont invités à le reconnaître par eux-mêmes. « Dites : nous ne sommes que des serviteurs inutiles ». C’est la prise de conscience des disciples qui est sollicitée d’eux.

Découvrez par vous-même qu’agir par intérêt n’est que vanité.
Expérimentez alors la joie qu’il y a à servir en abandonnant toute notion d’utilité ou de profit.
La diaconie chrétienne ne relève ni de l’utilitarisme ni de l’intéressement.
« La rose fleurit sans pourquoi » (Angélus Silesius).

 

Les deux usages de l’expression

Afficher l'image d'origineL’expression « serviteurs inutiles » ne se retrouve que deux fois dans toute la Bible, et uniquement dans le Nouveau Testament. La première occurrence est ici en Luc 10,7 avec notre parabole des serviteurs inutiles. La deuxième occurrence est en Matthieu 25,30, dans la parabole dite des talents. Cette fois-ci, c’est bien le maître qui dit au serviteur apeuré ayant enfoui son argent (ses talents) :

« Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » (Mt 25, 29-30)

Le rapprochement entre ces deux seuls usages est terriblement exigeant. Tout serviteur est invité à se découvrir inutile, et pourtant s’il n’apporte pas une plus-value à Dieu, il est jeté dans les ténèbres ! S’il trime 20 heures par jour, il ne peut en attendre aucune reconnaissance ! Si à l’inverse il se tourne les pouces en laissant ses talents dormir, il se fera taper durement sur les doigts. S’il reçoit peu, ce n’est pas pour en faire peu. S’il reçoit beaucoup, c’est pour donner beaucoup. S’il a réussi une mission, ce n’est pas pour la médaille. S’il enchaîne les missions, ce n’est pas pour laisser une œuvre derrière lui, un nom, un héritage. Bigre !

La vraie raison d’être du service est en lui-même. Rabindranath Tagore l’exprimait avec poésie :

« Je dormais et je rêvais que la vie n’était que joie.
Je m’éveillais et je vis que la vie n’est que service.
Je servis et je compris que le service est joie ».

Les sculpteurs, maître-verriers et peintres du Moyen Âge ne signaient pas leurs chefs-d’œuvre : l’important pour eux n’était pas de passer à la postérité, mais de réjouir les passants, les visiteurs de toutes conditions. L’anonymat et le service vont bien ensemble. Ste Bernadette Soubirous à Nevers pratiquait cette humilité de retrait : « Quand on soigne un malade, il faut se retirer avant de recevoir un remerciement. On est suffisamment récompensé par l’honneur de lui donner des soins. »

Afficher l'image d'origineLe serviteur inutile de Luc ne peut ni ne veut s’enorgueillir de ce qu’il accomplit. À l’inverse, le serviteur inutile de Mathieu est jeté dehors à cause de sa stérilité.

Le paradoxe chrétien est donc de tenir ensemble ces deux figures contradictoires : travailler d’arrache-pied pour transformer ce monde et lui faire produire des fruits de justice et de paix tout en ne s’attachant pas à nos réussites, sans non plus stériliser aucun des talents reçus, et sans d’autre attente que la joie de servir pour elle-même.

 

Devant Dieu, quel mérite pourrions-nous avancer ? Il nous a façonnés gratuitement. Il nous aime gratuitement.
Jésus prescrivait aux Douze envoyés en mission : « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8).
Réexaminons toutes nos raisons d’agir à la lumière de ce désintéressement caractéristique de l’Évangile du Christ.

 

 

1ère lecture : « Le juste vivra par sa fidélité » (Ha 1, 2-3 ; 2, 2-4)

Lecture du livre du prophète Habacuc

Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? crier vers toi : « Violence ! », sans que tu sauves ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent. Alors le Seigneur me répondit : Tu vas mettre par écrit une vision, clairement, sur des tablettes, pour qu’on puisse la lire couramment. Car c’est encore une vision pour le temps fixé ; elle tendra vers son accomplissement, et ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard.

Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité.

Psaume : Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9

R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur !

(cf. Ps 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

2ème lecture : « N’aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur » (2 Tm 1, 6-8.13-14)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération. N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n’aie pas honte de moi, qui suis son prisonnier ; mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides que tu m’as entendu prononcer dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus. Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous.

Evangile : « Si vous aviez de la foi ! » (Lc 17, 5-10)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
La parole du Seigneur demeure pour toujours ; c’est la bonne nouvelle qui vous a été annoncée.
Alléluia. (cf. 1 P 1, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi.

Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : ‘Viens vite prendre place à table’ ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : ‘Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour’ ? Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : ‘Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir’ »
Patrick BRAUD

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17 novembre 2015

Vous n’aurez pas ma haine

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 18 h 46 min

« Vous n’aurez pas ma haine »

 

Antoine Leiris vit à Paris et a perdu la mère de son fils de 17 mois, vendredi soir, lors des attaques terroristes à Paris.

Il a publié sur Facebook ce texte très beau, où il refuse la haine :

 

« Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’ai peur, que je regarde mes concitoyens avec un oeil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.

Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus. »

cf. https://www.facebook.com/antoine.leiris

Des bougies bleu-blanc-rouge à Aix-en-Provence...

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