L'homélie du dimanche (prochain)

4 septembre 2014

La correction fraternelle

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La correction fraternelle

 

Homélie du 23° Dimanche du temps ordinaire / Année A
07/09/2014

Non-assistance à personne en danger / délit de fuite / devoir d’ingérence…

Vous connaissez ces notions que l’actualité remet régulièrement à l’honneur, hélas…

Mais connaissez-vous la « correction fraternelle » dont parle le Christ dans l’Évangile de ce Dimanche 

Non-assistance à personne en danger / Délit de fuite

On redécouvre cet impératif moral : ne pas laisser quelqu’un en danger sans réagir.
L’actualité nous en a livré quelques exemples, hélas a contrario :

- Les chrétiens d’Irak sont menacés de mort par les djihadistes s’ils ne se convertissent pas à l’islam, et chassés de leur terre. Ne pas les soutenir, ne pas intervenir serait criminel. Les USA bombardent les bases de ‘l’État islamique en Irak et au Levant’ (EIIL). La France envoie une aide humanitaire, accueille des réfugiés chrétiens irakiens et arme les Kurdes contre les djihadistes. Décisons ajustées à l’urgence ? La non-assistance à personnes en danger serait de ne rien faire…

- Les sommets de la terre constatent régulièrement les dangers écologiques qui menacent la planète, et donc les générations futures : effet de serre, eau potable, développement non-durable… la non-assistance à planète en danger serait catastrophique pour l’avenir…

- Des faits divers mettent en scène régulièrement des agressions dans le métro ou le RER où personne ne réagit dans la rame, hélas.

-  Il nous est tous arrivé de reprendre notre voiture sur un parking, bien éraflée par un conducteur indélicat qui n’a même pas pris la peine de laisser une carte de visite… Le délit de fuite commence là !

Dans notre évangile, Jésus semble déjà poser les fondations du devoir d’assistance : lorsque ton frère est en danger – à cause du péché ici, et c’est vraiment dangereux de s’installer dans le péché – c’est ton devoir de lui porter secours en l’aidant à changer.

« Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute ».

Mais Jésus va encore plus loin…

●  Devoir d’ingérence

Vous vous souvenez : c’est Bernard Kouchner qui avait popularisé l’expression, au moment de la guerre des Balkans, pour justifier l’intervention européenne au Kosovo en 1999. On ne peut pas laisser chaque pays mener la politique qu’il veut sous prétexte qu’il est libre. Il y a parfois le devoir de s’ingérer dans les affaires d’autrui, au nom de notre humanité commune. Sinon, c’est le règne de l’individualisme où personne ne sait pas dans la même rue qui est son voisin et ce qu’il fait. Il y a des immeubles ou des rues dans lesquels on vit juxtaposés, sans se connaître les uns les autres, farouchement repliés sur la fameuse liberté des gens « qui font ce qu’ils veulent »,  sous-entendu « je m’en fiche, et je ne veux pas me mêler des affaires des autres ».

Pour Jésus, vivre ensemble, ce n’est pas vivre juxtaposés. C’est me sentir un peu responsable de ce que devient l’autre.
Parfois cela va jusqu’au devoir d’ingérence [1]. Par exemple, si on se sentait un plus solidaire de ce que vivent les couples amis autour de nous, on pourrait parfois intervenir avant qu’ils se séparent, car cela se voit quand un couple va mal…

Mais Jésus va encore plus loin…

 

●  Correction fraternelle

C’est l’expression consacrée pour parler de la démarche que propose Jésus.

La correction fraternelle dans Communauté spirituelleDémarche réaliste, qui constate que le péché existe bien dans nos assemblés et communautés d’Église :  » Si ton frère a commis un péché… »  Jésus est réaliste : il sait bien que les chrétiens ne seront pas forcément meilleurs que les autres. Il ne rêve pas d’une Église de purs, de parfaits. Mais il va essayer de donner une procédure pour essayer de résoudre les difficultés qui naissent tôt ou tard dans une paroisse, un groupe d’Église, dans une famille ou dans la vie sociale.

Cette procédure, c’est la correction « fraternelle ».

En quoi consiste-elle ?

- D’abord à voir l’autre comme un frère/une sœur.
Même s’il ou elle a commis un péché grave, c’est d’abord un enfant de Dieu « pour lequel le Christ est mort » comme dit St Paul (1Co 8,11). Quoi qu’il ait fait, même le pire, il reste mon frère / ma sœur en humanité. De plus, continuer à l’appeler frère m’oblige à me souvenir que moi aussi je suis pécheur : ce n’est donc pas pour « lui faire la leçon » puisque « je serais meilleur » qu’il faut lui parler, c’est pour ne pas le laisser en danger – spirituel et humain – sans réagir. C’est donc dans un climat d’amour, et non de jugement, qu’il nous est demandé d’intervenir.

- Tout l’Évangile nous parle justement de tendre une perche aux « pécheurs » et non de leur mettre la tête sous l’eau.
Juste avant le passage d’aujourd’hui, c’était la parabole de la brebis perdue : 
« gardez-vous de mépriser quiconque… soyez comme le berger qui court à la recherche de la brebis perdue… Votre Père ne veut qu’aucun ne se perde… » (Mt 18, 10-14) Et juste après, Jésus va demander à Pierre de « pardonner 70 fois 7 fois » (Mt 18, 21-22) avant de déplorer l’attitude du serviteur impitoyable et sans cœur qui ne veut pas remettre une dette à un compagnon (Mt 18, 23-25).

Ainsi, c’est dans un climat d’amour qu’il nous est demandé d’intervenir. On n’a le droit de faire une remarque à quelqu’un que si on voit en lui un frère à aimer ! Mais comme il n’y a pas d’amour sans vérité, il faut faire la vérité sur les comportements et les paroles qui blessent.

- Pour cela, Jésus établit avec tact une progression.

canards+  Seul à seul d’abord : avec discrétion, pour que le coupable puisse garder sa réputation et son honneur en changeant
rapidement.

+  À deux ou à trois ensuite : pour éviter les jugements trop subjectifs, où l’on aurait pu se tromper
d’appréciation ; et aussi pour trouver à plusieurs des arguments qui pourraient convaincre davantage. Cela permet aussi d’éviter la précipitation et l’arbitraire.

+  Et enfin devant toute l’Église : par exemple, St Jean Chrysostome refuse la communion à l’empereur qui revient des jeux du cirque. Il a du sang sur les mains : c’est un devoir d’amour que de l’exclure de la communion (ou plutôt de lui révéler qu’il s’est lui-même exclu de la communion) pour qu’il change de vie. « S’il refuse, considère-le comme un païen et un publicain » : c’est-à-dire considère-le comme quelqu’un à évangéliser de nouveau, quelqu’un qui s’est placé de lui-même en dehors de l’Église, et qui a besoin de se convertir à nouveau.

Par trois fois ce frère a repoussé la main qu’on lui tendait, et a persisté dans son péché. Après lui avoir donné toutes ses chances, pratiquement, la communauté se reconnaît impuissante vis-à-vis de ce frère. Du moins jusqu’à ce qu’il retrouve le désir de changer de vie.

Quel péché public peut justifier d’aller jusque là ? J’ai déjà cité St Jean Chrysostome et l’empereur revenant des jeux du cirque. On pourrait penser à ceux qui en Italie ou chez nous sont dans la Mafia et font pourtant semblant de prier à l’église. On pourrait penser aux extrémistes catholiques qui prêchent la haine sous alibi de défense de la chrétienté. Le tout est d’éviter la non-assistance à personne en danger, et le délit de fuite, d’appliquer avec discernement le devoir d’ingérence, et de pratiquer plus tard la correction fraternelle.

Les moines pratiquent depuis longtemps cette hygiène relationnelle. À la réunion du chapitre, chacun peut battre sa coulpe, ou le Père Abbé peut reprocher à chacun ce qu’il pense légitimement devoir lui dire afin de l’aider à vivre en communion avec les autres.

« Quand on peut amender quelqu’un et qu’on néglige de le faire, on se rend complice de sa faute » (saint Grégoire le Grand, « Moralia in Job », X 7). 

Entraînez-vous à pratiquer la correction
fraternelle
 (donnée et reçue) en famille, au travail, entre amis… : c’est exigeant, mais l’amour véritable est à ce prix.

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[1]. « La notion d’ingérence humanitaire est ancienne. Elle reprend et élargit la notion d’intervention d’humanité qui au XIXème siècle autorisait déjà une grande puissance à agir dans le but de protéger ses ressortissants ou des minorités (religieuses par exemple) qui seraient menacées. Dans De Jure Belli
ac Pacis
 (1625), déjà, Hugo Grotius avait évoqué un “droit accordé à la société humaine” pour intervenir dans le cas où un tyran “ferait subir à ses sujets un traitement que nul n’est autorisé à faire”.  

L’idée d’ingérence humanitaire a été ranimée au cours de la guerre du Biafra (1967-1970) pour dénoncer l’immobilité des chefs d’États et de gouvernement face à la terrible famine que le conflit avait déclenchée, au nom de la non-ingérence. C’est sur cette idée que se sont créées plusieurs ONG, dont Médecins sans frontières, qui défendent l’idée qu’une violation massive des droits de la personne doit conduire à la remise en cause de la souveraineté des États et permettre l’intervention d’acteurs extérieurs, humanitaires notamment.  

La théorisation du concept date des années 1980. Le philosophe Jean-François Revel fut le premier à évoquer le « devoir d’ingérence » en 1979 dans un article du magazine français l’Express en 1979 consacré aux dictatures centrafricaine de Jean-Bedel Bokassa et ougandaise d’Idi Amin Dada. Le terme fut repris par le philosophe Bernard-Henri Lévy l’année suivante à propos du Cambodge et reformulé en « droit d’ingérence » en 1988, au cours d’une conférence organisée par Mario Bettati, professeur de droit international public et Bernard Kouchner, ancien représentant spécial des Nations Unies au Kosovo et l’un des fondateurs de Médecins sans frontières. Bernard Kouchner en a été le principal promoteur depuis et Mario Bettati a participé à la diffusion de ce concept dans les cercles onusiens notamment. »

Source : http://www.operationspaix.net/41-resources/details-lexique/devoir-et-droit-d-ingerence.html 

 

 

 

1ère lecture : Le prophète est responsable de ses frères (Ez 33, 7-9)

Lecture du livre d’Ézékiel

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les
avertiras de ma part. Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à
toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie.»

Psaume : 94, 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9

R/ Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur,

mais écoutons la voix du Seigneur !
Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,

par nos hymnes de fête acclamons-le !
Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.
Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

2ème lecture : « Celui qui aime les autres accomplit la Loi »(Rm 13, 8-10)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a parfaitement accompli la Loi. Ce que dit la Loi : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras rien ; ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait rien de mal au prochain.
Donc, l’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour.

Evangile : Instructions pour la vie de l’Église. Tout chrétien est responsable de ses frères (Mt
18, 15-20)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Dans le Christ, Dieu s’est réconcilié avec le
monde. Il a déposé sur nos lèvres la parole de réconciliation. Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus disait à ses disciples :

« Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes
afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le
comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le
ciel.

Encore une fois, je vous le dis : si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
Patrick BRAUD

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20 juin 2014

De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?

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De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine?

Homélie pour la fête du Corps et du Sang du Christ / Année A
22/06/2014

Une histoire juive

De quoi l'eucharistie est-elle la madeleine ? dans Communauté spirituelle 1118514_3059804Une histoire juive comme seuls les rabbins peuvent en raconter :

Hitler visite un jour un camp de concentration. Il voit un juif qui réfléchit, couché à même le sol.

- à quoi penses-tu ?

- je réfléchis à des problèmes de cuisine.

- ici, dans un camp de concentration, tu réfléchis à des problèmes de cuisine ?

- je voudrais vous expliquer. Il y a 3500 ans, un pharaon a voulu exterminer le peuple d’Israël. En souvenir de sa défaite, nous mangeons chaque année de la matsa (pain azyme). Il y a 2500 ans, un autre régnait sur 227 états et a voulu nous faire disparaître. Depuis, nous mangeons des beignets appelés « les oreilles de Haman » (amantaschen) lors de la fête de Pourim, en souvenir de sa défaite. Ensuite, il y a eu le roi des Grecs qui a voulu faire pareil, et chaque année, lors de la fête de Hanoukka, nous mangeons des pâtisseries spécialement cuisinées pour commémorer notre survie (soufganiot). Alors je me demandais : quel plat cuisiné va-t-on bien inventer pour fêter la défaite de Hitler qui approche ?…

 

Manger, c’est se souvenir

La tradition juive a toujours associé l’acte de manger et la mémoire. En cette fête du Corps et du Sang du Christ, il est bon de revisiter ce lien fondamental, qui joue toujours pour les chrétiens un rôle structurant (faire mémoire de la mort et de  la résurrection du Christ).

- Dès la Création, Dieu établit un ordre qui émerge du chaos, ordre dont les espèces vivantes doivent témoigner. Sont alors déclarés impurs à la consommation humaine les animaux qui transgressent cet ordre, c’est-à-dire qui ne respectent pas la différenciation originelle : le porc, le chameau, le lièvre, les poissons sans écailles etc. Certains mélanges également sont interdits par la cacherout (code réglementaire pour la nourriture) juive. Il est interdit de manger la viande avec le lait, par exemple. Il est également interdit de consommer le sang des animaux (pas de boudin !) parce que le sang c’est la vie, qui appartient à Dieu seul.

On le voit, ces interdits alimentaires n’ont pas de visées sanitaires ou hygiéniques comme voudraient le croire l’Occident trop rationnel, comme pour se rassurer en se disant qu’il peut s’en passer désormais. Le but est bien théologique : faire mémoire de la Création, qui est apparue grâce à la différenciation, et donc refuser toute confusion qui symboliquement ferait régresser celui qui mange vers l’état du chaos primitif.

 

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Du coup la commensalité (cum-mensa = partager la même table) a pris une importance considérable : manger avec un non-juif, c’est risquer de manger des aliments impurs, et donc c’est interdit. Les musulmans ne feront que reprendre plus tard ce communautarisme alimentaire juif, dont la fonction première est de préserver l’identité du groupe en l’empêchant de se dissoudre par le mélange avec les autres.

On voit mieux ce que l’eucharistie chrétienne a de révolutionnaire par rapport aux repas juifs ou musulmans. En faisant table commune avec les païens, pour le repas ordinaire comme pour le « repas du Seigneur » (1Co 11,20), les premiers chrétiens instaurent une rupture fondatrice : communier avec tous les peuples en s’appuyant sur la mémoire de la mort du Christ « pour la multitude » (Mc 14,24). 

 Paul ‘engueulera’ sérieusement Pierre en public à cause de son hésitation à faire table commune avec des non-circoncis :

« Quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort.  En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l’écart, par peur des circoncis.  Et les autres Juifs l’imitèrent dans sa dissimulation, au point d’entraîner Barnabé lui-même à dissimuler avec eux.  Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde: « Si toi qui es Juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ? » » (Ga 2, 11-14)

- D’autres particularismes alimentaires bibliques font le lien entre l’histoire du peuple et sa situation présente.

Depuis son combat contre Dieu lui-même (Gn 32, 22-33), Jacob-Israël ne mange plus de nerf sciatique (il n’y a là rien qui concerne l’hygiène ou la santé !). Car sa hanche a été démise pendant le combat à la hauteur de ce nerf, et il boîte depuis ce temps-là. Cet interdit bizarre (ne pas manger de nerf sciatique) est en fait une mémoire très concrète du combat qu’Israël mène contre Dieu depuis longtemps (en se roulant dans la poussière avec lui, durant la nuit..), et de la bénédiction qui en découle.

 

- Notre histoire juive du début évoque les plats et confiseries spéciales liées à des événements où le peuple a été sauvé de la persécution et du génocide (déjà…) : manger ces beignets, c’est faire mémoire de l’amour de Dieu qui a déjà libéré Israël et le libérera encore.

Le repas le plus sacré de la foi juive, le Seder Pessah (= le rituel du repas pascal) est lui-même une catéchèse alimentaire. L’oeuf signifie à la fois la mort et la vie  qu’a traversées Israël ; l’os grillé rappelle l’agneau de la sortie d’Égypte (« pas un de ses os ne sera brisé » Ex 12,46 ; cf. Jn 19,36) ; les herbes amères sont le symbole de l’amertume de l’esclavage ; la quatrième coupe de vin annonce le retour du prophète Élie etc.

 Bref : le lien entre l’alimentaire et le mémorial est si fort pour un juif que Jésus a instinctivement prolongé cette tradition à travers le pain et le vin de la Cène. Il a chargé ses aliments d’un pouvoir symbolique extraordinairement fort, et en même temps très simple : faire mémoire de son corps livré, de son sang versé, qui nous associent à sa victoire pascale sur la mort.

 

De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?

Le premier événement dont l’eucharistie est la mémoire est bien sûr la résurrection du Christ. C’est essentiel et fondateur.

Pourtant, tant que je n’ai pas mis ma propre chair sur cet événement, tant que je n’ai pas vu mon propre sang couler avec celui du Christ, comment faire mémoire ? Car personne n’a vécu physiquement de ses yeux l’événement pascal, personne après l’Ascension n’a renouvelé l’expérience des Onze ou celle de Thomas mettant ses mains dans les plaies du crucifié ressuscité.

Puis-je faire mémoire de quelque chose que je n’ai pas vécu en direct ? Évidemment oui, si l’on fait confiance aux témoignages de ceux qui y étaient. Pensez aux commémorations du débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 44 : les témoins oculaires se font rares, mais nous les croyons assez pour continuer à faire mémoire des milliers de morts dont le sang a été versé pour notre liberté. Combien plus faisons-nous confiance pour l’eucharistie au témoignage des quatre évangiles et du Nouveau Testament ! Mais cela risque de nous rester extérieur tant que nous en restons là, comme les commémorations militaires dont la ferveur s’émousse avec les siècles. Qui fait encore mémoire de 1871 (guerre franco-allemande), de 1648 (traité de Westphalie), de 313 (édit de Milan) etc. ?

La mémoire eucharistique ne sera vive et vivante que si chacun de nous y associe ses propres souvenirs, les événements de son parcours où quelque chose s’est joué de l’ordre du corps livré, du sang versé, du passage (c’est le sens du mot Pâques) sur une autre rive.

Proust a immortalisé le pouvoir mémoriel d’une simple madeleine.

 madeleine« Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot – s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. »

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, 1913.

Eh bien : l’eucharistie sera pour nous un vrai trésor personnel si nous en faisons la madeleine de nos passages (Pâques) les plus forts.

Communier peut en effet nous remettre en mémoire les événements pascals qui ont jalonné notre histoire, et nous donner ainsi la force de continuer la route, appuyés sur la fidélité de Dieu à son action pour nous.

Ce sont souvent d’autres eucharisties qui reviennent en mémoire lorsque nous allons communier : celle d’un mariage, de funérailles, ou une messe célébrée autour d’un feu lors d’un camp d’aumônerie, devant une chaîne de montagnes ou dans le cockpit d’un voilier au mouillage…

Ce sont d’autres souvenirs encore que les textes du dimanche peuvent faire remonter à la surface : tel combat dont nous gardons les traces, tel éblouissement qui nous a marqué à tout jamais, telle parole biblique qui a joué un rôle particulier à un moment donné pour nous…

La musique et les chants se chargent de venir compléter cette mobilisation de la mémoire. Claudel lui-même ne sait pas pourquoi il a pleuré en entendant le Magnificat chanté à Notre-Dame de Paris. Mais il est ressorti chrétien de la cathédrale où il était entré athée, et il n’a cessé à chaque eucharistie d’entretenir ce feu intérieur dont il savait qu’il avait pris naissance là, au milieu du chant, derrière ce pilier à Notre-Dame…

Chacun de nous a ses madeleines eucharistiques !

Il suffit de travailler la présence de soi à soi, ou plutôt à son histoire : quels sont les événements de communion/de rupture qui m’ont fait devenir ce que je suis ? quelles sont les personnes qui m’ont donné de prendre de vrais virages, me sauvant  d’une mort certaine ? Quelles sont les paroles qui m’ont fait passer du désespoir à l’envie de vivre ?

Si vous laissez la liturgie eucharistique coudre ces points de suture entre votre passé et votre présent, alors faire mémoire du Christ ressuscité en allant communier deviendra faire mémoire de votre propre résurrection, dès maintenant.

Ainsi, quand bien même un nouvel Hitler s’avancerait, dominateur, pour vous humilier au milieu d’une concentration d’épreuves insupportables, répondez-lui avec humour : quelle nourriture vais-je inventer pour faire mémoire de ta défaite qui approche ?…

 

1ère lecture : Dieu nourrit son peuple (Dt 8, 2-3.14b-16a)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël :
« Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire connaître la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le c?ur : est-ce que tu allais garder ses commandements, oui ou non ?
Il t’a fait connaître la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne ? cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue ? pour te faire découvrir que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur.
N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage.
C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif.
C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure. C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne ? cette nourriture inconnue de tes pères. »

Psaume : Ps 147, 12-13, 14-15, 19-20

R/ Peuple de Dieu, célèbre ton Seigneur !

Glorifie le Seigneur, Jérusalem !
Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

Il fait régner la paix à tes frontières, 
et d’un pain de froment te rassasie. 
Il envoie sa parole sur la terre : 
rapide, son verbe la parcourt.

Il révèle sa parole à Jacob, 
ses volontés et ses lois à Israël. 
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ; 
nul autre n’a connu ses volontés.

2ème lecture : Le sacrement de l’unité (1Co 10, 16-17)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
La coupe d’action de grâce que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ?
Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.

sequence : La séquence est facultative et ad libitum : ()

Sion, célèbre ton Sauveur,
chante ton chef et ton pasteur
par des hymnes et des chants.

Tant que tu peux, tu dois oser,
car il dépasse tes louanges,
   tu ne peux trop le louer…

Le voici, le pain des anges,
il est le pain de l’homme en route,
le vrai pain des enfants de Dieu,
   qu’on ne peut jeter aux chiens…

Evangile : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde» (Jn 6, 51-58)

Acclamation : Alléluia.Alléluia. Tu es le pain vivant venu du ciel, Seigneur Jésus. Qui mange de ce pain vivra pour toujours. Alléluia. (cf. Jn 6, 51.58)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Après avoir nourri la foule avec cinq pains et deux poissons, Jésus disait :
« Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »
Les Juifs discutaient entre eux : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi.
Tel est le pain qui descend du ciel : il n’est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Patrick BRAUD
 

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15 avril 2014

Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique

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Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique

 

Homélie pour le Jeudi Saint / Année A
17/04/2014

« Je soutiens que le Décalogue est une carte.
Il commence par ces mots : Je suis YHWH, ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte. Vous reconnaissez aussitôt deux motifs importants de la raison cartographique, à savoir le point fixe (l’Éternel, ton Dieu) et le chemin (sortir du pays d’Égypte). »

Ainsi s’exprime un géographe suédois, Gunnar Olsson, dans sa relecture originale de l’histoire comme une tentative de cartographier le chemin de l’aventure humaine (Philosophie Magazine n° 77, Mars 2014, p. 35).

Jésus a enraciné sa propre Pâque dans celle de son peuple.

La première lecture du Jeudi Saint nous dit que le dernier repas du Christ accomplit le repas de la sortie d’Égypte pour ceux qui allaient devenir le peuple juif (Ex 22,1-14). L’agneau pascal, le sang sur la porte, le mémorial ainsi institué : tout indique que notre eucharistie chrétienne se situe dans le prolongement de la sortie d’Égypte.

L’apport original de Gunnar Olsson est d’interpréter ce repas comme une cartographie de l’aventure humaine. Ainsi, en communiant, nous recevons de quoi nous repérer dans l’itinéraire de nos vies !

Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique dans Communauté spirituelle

Carte d’Ératosthène , 220 av. JC (première carte connue) 

Que faut-il en effet pour réaliser une carte géographique ?

Il faut d’abord un point fixe qui permette de se situer par rapport à lui. C’était l’Est au Moyen Âge à cause de sa signification spirituelle : le Christ ressuscité se lève à l’Est comme le soleil levant. Ce fut ensuite le Nord magnétique à partir de la Renaissance.

Il faut ensuite un support de projection : un carton plat (d’où le mot carte), une sphère (pour une mappemonde), ou toute autre forme.

Il faut enfin une échelle de projection, c’est-à-dire une convention qui permette de passer de la réalité physique au support choisi. La projection de Peters par exemple donne une vision de la Terre différente de nos cartes habituelles (projection de Mercator).

Regardez le repas pascal qui marque la sortie d’Égypte (Ex 12,1-14). Il comporte effectivement comme le note Olsson un point fixe : « je suis le Seigneur », un support existentiel : « la ceinture aux reins » pour sortir d’Égypte, et une échelle, une convention pour projeter l’un sur l’autre : c’est la Pâque, qui va guider Israël puis l’Église dans leur voyage vers la liberté : « ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle : d’âge en âge vous la fêterez. »

 

L’eucharistie est donc une mappemonde où nous pouvons visualiser, mesurer, étalonner les itinéraires de nos vies. D’ailleurs le vieux mot latin mappa qui a donné mappemonde vient de la nappe (nappa) que l’on dépose sur l’autel comme une surface de projection de l’agir du Christ ici. La mappemonde est donc en ce Jeudi Saint une  nappe-monde, une manière de s’orienter dans l’existence en s’appuyant sur le point fixe (Dieu Sauveur) qui rend possible l’orientation (se tourner vers l’orient) de nos vies vers la libération pleine et entière.

Comme toute projection géographique, l’eucharistie peut donc donner lieu à de multiples représentations : orthodoxe, catholique, protestante… sans qu’aucune ne puisse se prétendre définitive.

Comme toute carte géographique, l’eucharistie peut devenir portative à l’image du plan de métro qu’on emporte avec soi dans son smartphone pour ne pas se perdre, et trouver la bonne correspondance.

Comme toute carte moderne couplée à un bon GPS connecté, l’eucharistie peut nous fournir des recommandations détaillées, écrites ou vocales, afin d’optimiser notre trajet, éviter les encombrements, les accidents, les zones dangereuses…

Comme nos vieilles cartes Vidal de la Blache, l’eucharistie exposée peut nous donner des envies de voyager ailleurs, autrement, d’apprendre des noms étrangers, d’aller rencontrer ceux qui sont à l’autre extrémité…

Comme les schémas précis de l’architecte, la carte eucharistique nous donnera les cotes précises, les plans de coupe, la perspective 3D pour mener à bien un chantier de construction, qu’il soit conjugal, professionnel ou autre.

 

Entraînez-vous à regarder l’eucharistie comme une carte géographique, et vous verrez que vous n’aurez plus jamais le sentiment d’être perdu au milieu d’événements ou de périodes chaotiques.

La sortie d’Égypte, c’est ici et maintenant pour chacun de nous, les paumes ouvertes pour recevoir le pain consacré.

« Que chacun ce soir se considère comme personnellement sorti d’Égypte » fait répéter le rituel juif de la Pâque au père de famille chaque année.

 

 eucharistie dans Communauté spirituelle 

La nappe-monde de l’autel eucharistique nous invite à chercher ce chemin libérateur, jusqu’à la libération ultime à travers notre mort physique.

 

 

 

Messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur

1ère lecture : L’agneau pascal (Ex 12,1-8.11-14)

Lecture du livre de l’Exode

Dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année.
Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison.
Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger.
Ce sera un agneau sans défaut, un mâle, âgé d’un an. Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil.
On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera.
On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères.
Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur.
Cette nuit-là, je traverserai le pays d’Égypte, je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : je suis le Seigneur.
Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.

Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle : d’âge en âge vous la fêterez. »

Psaume : Ps 115, 12-13, 15-16ac, 17-18

R/ Bénis soient la coupe et le pain, où ton peuple prend corps.

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur 
de voir mourir les siens ! 
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, 
moi, dont tu brisas les chaînes ? 

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, 
j’invoquerai le nom du Seigneur. 
Je tiendrai mes promesses au Seigneur, 
oui, devant tout son peuple.

 

2ème lecture : Le repas du Seigneur (1 Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Evangile : Le lavement des pieds (Jn 13, 1-15)

Acclamation :

Gloire et louange à toi,
Seigneur Jésus.
« Tu nous donnes un commandement nouveau :
Aimez-vous les uns les autres
domme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi,
Seigneur Jésus. 
(cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : « Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! »
Jésus lui déclara : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, … mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »

Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Patrick Braud

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22 février 2014

Boali, ou l’amour des ennemis

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Boali, ou l’amour des ennemis

Homélie du 7° dimanche du temps ordinaire / Année A
23/02/2014

 

Centrafrique : dans un pays en plein chaos, où la guerre civile dégénère en guerre de religion entre musulmans et chrétiens, ils sont quelques-uns à croire à la parole du Christ d’aujourd’hui : « vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain. Eh bien moi, je vous dis : aimez vos ennemis ».

Protéger la famille de son ennemi

Boali le 19 janvier 2014.

Nous sommes au nord de Bangui, capitale de la Centrafrique. Le 17 janvier, des combats ont éclaté entre milices chrétiennes (anti-balaka) et musulmanes (Seleka) : six musulmans et chrétiens sont tués, des maisons sont incendiées, dévastées. Les familles musulmanes, craignant que ces représailles des anti-balaka sur les Seleka s’amplifient, s’enfuient affolées, sans savoir où aller. Face à l’urgence, l’abbé Xavier Fagba et son diacre Boris Wiligale ont alors ouvert les portes de leur paroisse (St Pierre) à des centaines de musulmans, dont de nombreux Peuls (éleveurs nomades), fuyant les violences.

Quelque 700 civils selon l’abbé, en majorité des femmes et des enfants, ont déjà passé deux nuits dans l’église au toit de tôle ondulée, gardée par quelque 70 hommes de l’opération militaire française Sangaris.

cf. http://actu.orange.fr/societe/videos/reportage-a-boali-je-ne-permettrai-pas-qu-on-touche-quiconque-dans-mon-eglise-VID0000001FsrC.html

Lors de la messe ce dimanche 19 janvier, l’abbé Xavier invite les paroissiens à sortir de l’église au moment du geste de paix pour aller saluer les musulmans assis dehors. C’est la mise en pratique très concrète, simple et forte, du chapitre 5 de Matthieu d’où est tiré notre évangile de ce dimanche : « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. Hâte-toi de t’accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin? » (Mt 5, 23-25).

À la fin de la messe, le diacre Boris partage un repas avec des musulmans, et les encourage à tenir bon.

Voilà une première traduction de l’amour des ennemis : protéger les familles menacées, de quelque bord qu’elles soient. Ne pas confondre légitime défense et anéantissement du clan de l’autre.

Pourquoi agir ainsi ? Pas seulement pour obéir au Christ ; ou plutôt en lui obéissant pour préparer l’après conflit, où il faudra bien se parler à nouveau. Pour sauvegarder la possibilité de manger ensemble, d’habiter ensemble après. Car si les familles des combattants ont été massacrées, humiliées, comment reconstruire un avenir commun ? Quand on sait ce que font les soldats aux femmes et aux enfants des camps adverses dans toutes les guerres, on mesure combien est révolutionnaire cette protection de la famille de ses ennemis.

La réconciliation après la guerre doit s’anticiper pendant la guerre, pour que l’avenir reste ouvert.

 

Apprendre la langue de son ennemi

Lorsqu’il était en prison, Nelson Mandela a voulu apprendre l’afrikaner, la langue de ses ennemis blancs qui l’avaient emprisonné… Impressionnant ! C’est un peu comme vouloir apprendre l’allemand sous l’occupation nazie.

Pourquoi a-t-il voulu le faire ? Pour pouvoir leur parler au coeur. « Vous savez, quand vous parlez afrikaner, vous les touchez droit au coeur ».

C’est réellement impressionnant. Ce n’est pas par calcul pour mieux les affaiblir que Mandela veut apprendre la langue de ses geôliers, mais pour ouvrir avec eux un dialogue qui les touche au plus profond. C’est donc qu’il savait voir le coeur de ses ennemis au-delà de leur uniforme ou de leur position pro-apartheid. C’est donc qu’il traduisait l’amour des ennemis par ce désir de toucher l’autre au coeur.

Sommes-nous prêts à apprendre la langue de nos adversaires ? C’est-à-dire à découvrir leur culture, leur vision du monde, leur génie propre ?

Sommes-nous prêts à parler à leur coeur au lieu de renverser la tyrannie par la force ? Osons-nous faire ce pari d’écouter ce qu’ils portent de plus profond en eux  (et qu’ils ignorent peut-être eux-mêmes) pour y faire appel ?

On peut encore décliner ce commandement si paradoxal du Christ en plusieurs attitudes à portée de main de chacun de nous.

 

Ne pas vouloir haïr.

Même si nous avons des reproches légitimes à faire, nous n’avons pas besoin de nous laisser gagner par le désir de vouloir du mal.

Le mal gagnerait deux fois : la première quand notre ennemi est submergé par la violence, la deuxième quand la violence nous dominerait à notre tour.

Ne pas vouloir haïr est le premier pas pour aimer son ennemi.

 

« Prier pour ceux qui nous persécutent » (cf. Lc 6,28)

C’est la version positive du refus de la haine : bénir ceux qui nous maudissent et nous diffament, vouloir du bien à ceux qui nous font du mal, intercéder auprès de Dieu pour qu’ils vivent. Nous ne savons pas ce qui est bon pour eux, et nous n’avons pas forcément à nous y impliquer ; mais nous pouvons confier à Dieu leur devenir et souhaiter le meilleur pour eux.

À travers ces quelques attitudes, les chrétiens ne manifestent aucune complicité avec le mal. Ils le dénoncent avec vigueur, mais ne confondent jamais une personne avec les actes qu’elle commet. C’est le mal qu’il faut combattre, pas celui qui l’accomplit. Cette distinction est capitale. Sans elle, le Christ n’aurait jamais dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,33). Il savait discerner combien ses bourreaux étaient aveuglés sur la réalité de leurs actes. Sans les excuser, il manifestait qu’ils valent infiniment plus que les clous qu’ils enfoncent  dans sa chair et la dérision dont ils l’enveloppent.

Regardez avec lucidité ceux qui sont vos adversaires : au travail, dans la famille, dans vos relations.

Demandez à Dieu dans la prière la grâce d’aimer vos ennemis, non pas d’une manière sentimentale en attendant que votre coeur batte pour eux, mais en vous engageant résolument dans la volonté de ne pas haïr, de prier pour eux, de protéger ceux qu’ils aiment, tout en dénonçant et combattant le mal commis, jusqu’à la grâce ultime du pardon…

Car il faudra une réconciliation nationale, et il faudra que chrétiens et musulmans réapprennent à vivre ensemble en Centrafrique.

1ère lecture : Tu aimeras ton prochain, car je suis saint (Lv 19, 1-2.17-18)

Lecture du livre des Lévites

Le Seigneur adressa la parole à Moïse : 
« Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël ; tu leur diras : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Tu n’auras aucune pensée de haine contre ton frère. Mais tu n’hésiteras pas à réprimander ton compagnon, et ainsi tu ne partageras pas son péché. Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur ! »

Psaume : 102, 1-2, 3-4; 8.10, 12-13

R/ Le Seigneur est tendresse et pitié.

Bénis le Seigneur, ô mon âme, 
bénis son nom très saint, tout mon être ! 
Bénis le Seigneur, ô mon âme, 
n’oublie aucun de ses bienfaits ! 

Car il pardonne toutes tes offenses 
et te guérit de toute maladie ; 
il réclame ta vie à la tombe 
et te couronne d’amour et de tendresse.

Le Seigneur est tendresse et pitié, 
lent à la colère et plein d’amour ; 
il n’agit pas envers nous selon nos fautes, 
ne nous rend pas selon nos offenses. 

Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, 
il met loin de nous nos péchés ; 
comme la tendresse du père pour ses fils, 
la tendresse du Seigneur pour qui le craint !

2ème lecture : La sagesse véritable : appartenir tous ensemble au Christ (1 Co 3, 16-33)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
n’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous. 
Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. Que personne ne s’y trompe : si quelqu’un parmi vous pense être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. L’Écriture le dit : C’est lui qui prend les sages au piège de leur propre habileté. Elle dit encore : Le Seigneur connaît les raisonnements des sages : ce n’est que du vent ! Ainsi, il ne faut pas mettre son orgueil en des hommes dont on se réclame. Car tout vous appartient, Paul et Apollos et Pierre, le monde et la vie et la mort, le présent et l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.

Evangile : Sermon sur la montagne. Aimez vos ennemis, soyez parfaits comme votre Père céleste (Mt 5, 38-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Celui qui garde la parole du Christ connaît l’amour de Dieu dans sa perfection. Alléluia. (cf. 1 Jn 2, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Vous avez appris qu’il a été dit : ?il pour ?il, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter. 

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
Patrick BRAUD 

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