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7 juillet 2024

Amos, notre Jiminy Cricket

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Amos, notre Jiminy Cricket 

 

Homélie pour le 15° Dimanche du Temps ordinaire / Année B 

14/07/24

 

Cf. également :

Obligation de moyens, pas de résultat
Deux par deux, sans rien pour la route
Le polythéisme des valeurs
Plus on possède, moins on est libre
Secouez la poussière de vos pieds
Medium is message
Briefer et débriefer à la manière du Christ
Zachée : le juste, l’incisé et la figue


Jiminy Cricket, la conscience de Pinocchio

Vous souvenez-vous de cet adorable personnage du dessin animé de Walt Disney ? Ce petit criquet si élégant avec son parapluie, sa canne et son chapeau rapiécé incarnait la conscience de Pinocchio, pour l’avertir avant que son nez ne s’allonge…

Nous avons tous en nous cette petite voix, telle la stridulation du grillon dans nos pelouses les soirs d’été… Comme Jiminy Cricket [1] à Pinocchio, cette voix intérieure nous murmure : « Fais ceci, évite cela ».

« Évite le mal, fais ce qui est bien, et tu auras une habitation pour toujours » (Ps 36,27).

« Évite le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche-la » (Ps 34,15).


Le concile Vatican II parle de la conscience comme d’un sanctuaire intime inviolable devant lequel même l’autorité de l’Église doit s’incliner :
« Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur. Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. C’est d’une manière admirable que se découvre à la conscience cette loi qui s’accomplit dans l’amour de Dieu et du prochain » (Gaudium et Spes n° 16).

Le héros de la première lecture de ce dimanche est un peu le Jiminy Cricket d’Israël, la conscience des rois de Juda et des prêtres de Béthel. Quand les puissants ont étouffé en eux la petite voix, quand ils ont muré la porte du sanctuaire de leur conscience, il faut bien qu’alors une voix extérieure les alerte, les réveille, fasse tomber les murailles de leur forteresse intime.

Amos a été choisi par Dieu pour cela : secouer le trône des puissants afin qu’ils écoutent YHWH, empêcher les riches de dormir tranquilles sur leur fortune, déstabiliser les exploiteurs en leur donnant littéralement une mauvaise conscience.

Jiminy Cricket multiplie les astuces pour avertir Pinocchio et le détourner de ses mauvais choix ; Amos multiplie ses avertissements et les prises de parole pour dénoncer la corruption des prêtres et des riches dans les règnes de Jéroboam II en Israël et de Josias en Juda, vers 750 av. J.-C.

Notre Amos intérieur continue ce travail en nous aujourd’hui.

Comment entendre cette petite voix ?

Essayons de nous approprier quatre caractéristiques de la mission d’Amos, afin que Jiminy Cricket ne cesse de striduler à nos oreilles : Amos est l’homme des visions / du fardeau / des sycomores / qui dérange.

 

1. L’homme-aux-visions

Amos, notre Jiminy Cricket dans Communauté spirituelle Three-VisionsOn connaissait « l’homme-aux-songes » qu’était Joseph pour ses frères et Pharaon (Gn 37,19). Voilà maintenant « l’homme-aux-visions » qu’est Amos pour les prêtres de Béthel ! Notre lecture fait bien la distinction entre voyant et prophète : « Le prêtre Amatsia dit à Amos : Homme-aux-visions, va-t’en, fuis dans le pays de Juda; manges-y ton pain, et là tu prophétiseras » (Am 7,12). Une chose est d’avoir des visions, une autre est de prophétiser. La vision désigne une représentation mentale et spirituelle, une sorte de reconstitution virtuelle en 3D de ce qui est en train de se tramer dans le royaume. Comme s’il était coiffé d’un casque de réalité virtuelle, Amos voit clairement ce qui est en jeu dans le dérèglement actuel du pays : les effrayantes inégalités sociales et l’oppression des plus pauvres sont en train de miner la cohésion sociale et de contredire l’Alliance avec YHWH.

Dans le langage imagé de la Bible, cela donne un nuage de sauterelles qui dévastent les récoltes (Am 7,1–2), de gigantesques incendies de forêt (7,4), une épée au fil de laquelle passeront les sanctuaires royaux (7,7–9), ou encore une corbeille de fruits de fin d’été indiquant la fin d’Israël…

 

Retrouvons la puissance de ce langage imagé en nous, en écoutant tous nos sens, en laissant se former en nous des représentations inconscientes, en visualisant dans la méditation et la prière ce qui nous arrive. L’Esprit de notre baptême est celui d’Amos traduisant la réalité en symboles pour que le peuple comprenne, écoute, et change.

Nous sommes nous aussi cet homme-aux-visions, et nous pouvons laisser monter en nous les évocations puissantes décrivant le réel mieux qu’un documentaire sur Arte !

 

Être prophète s’appuie sur ces visions du monde – que Max Weber appelait WeltAnschauung – qui peuvent encoder les grandes caractéristiques de notre époque.

Le visionnaire symbolise, le prophète interprète. C’est l’interprétation de la vision qui devient prophétique, lorsqu’elle produit une parole de Dieu pour notre temps.

 

On ne le répétera jamais assez : le prophète dans la Bible ne prédit pas l’avenir, mais déchiffre le présent pour en déduire des avertissements nécessaires.

Face aux sauterelles, ou au feu dévorant (7,5), Amos plaide la petitesse de Jacob–Israël, qui ne pourra pas tenir face à ce fléau (7,2). Cette intercession d’Amos nous fait penser à celle d’Abraham pour Sodome et Gomorrhe, ou celle de Moïse pour obtenir le pardon du peuple au Veau d’Or…

Les deux premières fois, ses visions suffisent à éloigner le danger : « Le Seigneur s’en repentit. “Cela n’arrivera pas”, dit le Seigneur. Le Seigneur Dieu me donna cette vision : voici que le Seigneur Dieu en appelait au procès par le feu ; celui-ci avait dévoré les eaux profondes et déjà il dévorait la campagne. Je dis : “Seigneur Dieu, je t’en prie, arrête ! Jacob est si petit ! Qui le relèverait ?” Le Seigneur s’en repentit. “Cela non plus n’arrivera pas”, dit le Seigneur » (Am 7,3–6). Ce sont donc des visions auto-immunisantes en quelque sorte : il suffit de prendre conscience de ce qui se passe (la corruption à l’œuvre) pour en être guéri. Une guérison auto-réalisatrice, où il suffit de nommer le mal/le traumatisme pour qu’ils s’éloignent.

Nous pouvons/devons être ces visionnaires qui, en nommant le malheur de notre monde, l’aident à en guérir.

 

Visualiser le mal et le nommer ne suffit pas toujours, hélas ! Les visions de la corbeille des fruits de fin d’été (8,1–3) et du sanctuaire ébranlé (9,1–4) auront malheureusement pour épilogue la ruine d’Israël et sa déportation à Babylone dans les larmes et le deuil…

« Je vis le Seigneur debout près de l’autel. Il dit : Frappe les chapiteaux, et que tremblent les seuils ! Brise tous ceux qui sont en tête, et les suivants, je les tuerai par l’épée ; pas un d’entre eux ne pourra s’enfuir, pas un d’entre eux ne pourra s’échapper. S’ils forcent le séjour des morts, de là, ma main les extirpera ; s’ils escaladent les cieux, de là, je les ferai descendre ; s’ils se cachent au sommet du Carmel, là, je les chercherai et les prendrai ; s’ils se dérobent à mes yeux au fond de la mer, là, je commanderai au Serpent de les mordre ; s’ils s’en vont en captivité, poussés par l’ennemi, là-bas, je commanderai à l’épée de les tuer ; j’aurai l’œil sur eux, pour le malheur, non pour le bonheur » (Am 9,1–4).

 

2. L’homme-au-fardeau

En hébreu, le nom עָמַס (Amos) signifie : fardeau, charge. N’imaginons donc pas que c’est une mission facile de donner du poids à la petite voix de notre conscience : c’est une lourde responsabilité, qui peut nous attirer bien des ennuis. D’ailleurs, Amos proteste devant le prêtre royal Amatsia : « Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et j’incisais les sycomores » (Am 7,14). Autrement dit : ‘je n’ai jamais voulu être prophète de moi-même ! C’est Dieu qui est venu me chercher, qui m’a appelé, et qui m’a presque forcé à prendre la parole en son nom pour dénoncer ce que mes visions me révélaient des dérives royales’.

 Amos dans Communauté spirituelleSi l’Esprit de notre baptême fait de nous des prophètes comme Amos, difficile de ne pas sentir l’écrasante responsabilité d’une parole publique courageuse ! Même Jonas qui voulait fuir cette responsabilité a été rattrapé dans sa fuite par la fameuse baleine !


Pas d’inquiétude cependant : Jésus nous a promis que son fardeau serait léger et facile à porter (Mt 11,30). Il a assumé la charge symbolique de ce nom dans sa généalogie : Jésus est en effet fils d’un certain Amos « fils de Mattathias, fils d’Amos, fils de Nahoum, fils de Hesli, fils de Naggaï » (Lc 3,25). Nous pouvons donc porter ce fardeau avec le Christ.

De fait, nous sommes « comme portés sur les ailes d’un aigle » (Ex 19,4) lorsque nous nous engageons dans ces combats-là. De fait, même les martyrs chantaient devant les fauves, les croix ou le feu, animés d’un courage qui leur était donné d’en-haut.

Alors, ne pas s’atteler au joug du Christ serait une désertion indigne de l’Esprit prophétique d’Amos, une lâcheté qui ferait honte à Jérémie, Isaïe, Ézéchiel, Osée, Daniel et autres Macchabées…

 

3. L’homme-aux-sycomores

Sycamore_fruits prophèteOn a entendu la protestation d’Amos : sa mission prophétique n’est pas une ambition personnelle : “Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais (litt. : j’incisais) les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : “Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.” » (Am 7,14–15).

Bouvier, on voit à peu près ce que c’est. Mais « inciseur de sycomores » ? On peut penser aux pins des Landes : pour recueillir la sève qui deviendra de la laque, de la résine ou de la peinture, il faut entailler le tronc du pin qui se met alors à saigner à blanc, laissant s’écouler de l’incision la sève précieuse.

 

Drôle d’arbre que ce sycomore dont les feuilles rappellent celles du mûrier (syco-morus = ressemblant au mûrier). Il est grand, avec des branches basses assez horizontales (c’est pourquoi le petit Zachée l’a choisi pour s’élever). Il a des fruits bizarres, qui poussent sur le tronc et non sur les rameaux des branches. Mais surtout, ces fruits ne sont pas comestibles à l’état naturel. Il faut y pratiquer une incision, à l’aide d’un petit outil tranchant, pour laisser s’écouler un suc laiteux inconsommable. Ensuite, avec le temps, ils mûrissent en une sorte de grosses prunes / figues comestibles et goûteuses.

Zachée, en montant dans un sycomore, va en devenir l‘un de ses fruits, assis à même le tronc, au plus près du Christ. Il va se laisser « inciser », « transpercer » par son appel à venir manger chez lui. Du coup, comme le suc laiteux, il laisse s’écouler la richesse accumulée injustement et qui lui devient insupportable (il rend quatre fois ce qu’il a volé). Et avec le temps, il mûrira en disciple et apôtre du Christ.


Quel « coup tranchant » vient dans mon existence accomplir ce que l’appel du Christ a fait pour Zachée, ce que le couteau d’Amos faisait pour les figues de sycomore ? Les crises qui nous déstabilisent ne peuvent-elles pas devenir ce geste chirurgical où le scalpel des évènements nous pousse à produire du fruit autrement (et du meilleur !) ? Sans faire l’éloge du malheur, peut-on au moins le subvertir en y faisant résonner un appel à revenir à l’essentiel : « descends vite » et à tisser d’autres liens : « il faut que j’aille demeurer chez toi » ?

De la catastrophe personnelle à la crise économique, en passant par tant de faillites collectives ou privées, Amos-aux-sycomores ou Zachée sur ses branches ne figurent-t-ils pas la possibilité de porter du fruit autrement, à travers le scalpel de la parole de Dieu, acérée et à double tranchant (Ap 1,16 ; He 4,12) ?


Nous sommes des inciseurs de sycomores qui entaillons les certitudes de nos contemporains – ce que Jésus appellera la circoncision du cœur – pour qu’ils s’ouvrent à plus grand qu’eux, en se détournant du mal commis. Cela demande de tailler, de trancher, de couper, avec le scalpel de la Parole de Dieu. Amos n’a pas hésité à blesser l’orgueil des puissants qui menaient le peuple à sa perte, afin qu’ils comprennent l’impasse où les menait leur inconduite. N’hésitons pas à faire de même, avant que les désastres se reproduisent !

 

4. L’homme qui dérange

amos-and-amazia-205581_9 sycomoreÉvidemment, une parole aussi incisive ne plaît pas à tout le monde ! Elle choque, elle dérange, elle menace des intérêts puissants. Amos est l’empêcheur de profiter en rond qui insupporte les prêtres de Béthel : « Puis Amatsia dit à Amos : Toi, le voyant, va-t’en d’ici, fuis au pays de Juda ; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète » (Am 7,12).

Les « voyants » en Israël ont toujours été persécutés : « “C’est un peuple rebelle, ce sont des fils menteurs, des fils qui n’acceptent pas d’écouter la loi du Seigneur, eux qui disent aux voyants : “Ne voyez pas !” et aux prophètes : “Ne prophétisez pas pour nous des choses vraies, dites-nous des choses agréables, prophétisez des chimères » (Is 30,9-10).

Jésus ne fera pas exception à loi d’exclusion : « Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous, il témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et personne ne reçoit son témoignage » (Jn 3,32).

‘Va prophétiser ailleurs ! Ici tu nous déranges !’ : combien de chrétiens se font ainsi mettre à la porte d’un pays, d’une mafia, d’une entreprise, voire même d’une Église !

Jésus nous a prévenus : le serviteur n’est pas au-dessus de son maître. Si les marchands du Temple, les vendeurs d’idoles, sont dérangés dans leur trafic, ils réagiront violemment. Les narcotrafiquants d’aujourd’hui ne font que mettre leurs pas dans les criminels d’hier…

Ne pas déranger serait presque inquiétant pour un chrétien dans son entreprise, sa famille, son pays : si le sel s’affadit, on le jette dehors et il sera foulé aux pieds (Mt 5,13).

Et Jésus nous ordonnait de ne pas nous taire, en disant de ses disciples : « S’ils se taisent, les pierres crieront ! » (Lc 19,40)

Comme Amos, on nous priera souvent d’aller prophétiser ailleurs, nous et nos visions d’apocalypse ! Réjouissons-nous alors : « heureux êtes-vous si on vous insulte… » (Mt 5,11).

 

Conclusion

Amos est donc notre Jiminy Cricket intérieur. Il est l’incarnation de l’Esprit de notre baptême qui nous fait voir les choses autrement (l’homme-aux-visions), porter bien haut la lourde responsabilité chrétienne (l’homme-au-fardeau), tailler dans le vif des certitudes ambiantes (l’homme-aux-sycomores), sans avoir peur de secouer le désordre établi (l’homme qui dérange)…

_____________________________

[1]. Le nom du personnage a été choisi par Walt Disney mais était, d’après l’Oxford English Dictionary, en usage depuis 1848 sous la forme d’une exclamation remplaçant « Jésus-Christ » pour éviter le blasphème. Cette expression provient elle-même probablement d’une déformation de Geminy Christmas (ou Jeminy), attesté depuis au moins 1664 par euphémisation de Jesu domini.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Va, tu seras prophète pour mon peuple » (Am 7, 12-15)

Lecture du livre du prophète Amos
En ces jours-là, Amazias, prêtre de Béthel, dit au prophète Amos : « Toi, le voyant, va-t’en d’ici, fuis au pays de Juda; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser; car c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume. » Amos répondit à Amazias : « Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.’ »

Psaume
(Ps 84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut.
(Ps 84, 8)

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

Deuxième lecture
« Il nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde » (Ep 1,3-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens
Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence. Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre. En lui, nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu, nous y avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé : il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d’avance espéré dans le Christ. En lui, vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru, vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. Et l’Esprit promis par Dieu est une première avance sur notre héritage, en vue de la rédemption que nous obtiendrons, à la louange de sa gloire.

Évangile
« Il commença à les envoyer » (Mc 6,7-13) Alléluia. Alléluia. Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là, Jésus appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs, et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage » Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.
Patrick BRAUD

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16 juin 2024

Meunier, tu dors ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Meunier, tu dors ?

 

Homélie pour le 12° Dimanche du Temps ordinaire / Année B 

24/06/24

 

Cf. également :

Jesus, don’t you care ?

Passage obligé 

Le dedans vous attend dehors

Le pourquoi et le comment

Qui a piqué mon fromage ?
L’amour du prochain et le « care »
La croissance illucide


Meunier, tu dors ?

Les enfants d’aujourd’hui chantent-ils encore la comptine que des générations avant eux connaissaient par cœur ?

Meunier tu dorsR/ Meunier tu dors, ton moulin, ton moulin va trop vite

Meunier tu dors, ton moulin, ton moulin va trop fort

 

Meunier tu dors, et le vent souffle souffle

Meunier tu dors, et le vent souffle fort

Les nuages, les nuages viennent vite,

Et l’orage et l’orage gronde fort !

Les nuages, les nuages viennent vite,

Et l’orage et l’orage gronde fort !

Le vent du Nord a déchiré la toile

Meunier, tu dors, ton moulin est bien mort

Dans notre Évangile de ce dimanche (Mc 4,35-41), Jésus est un peu le meunier de la comptine.
Pourquoi dort-il alors que la barque menace de chavirer ?
Le reproche des disciples n’est-il pas également le nôtre : où es-tu pendant que nous sombrons ?


1. Erreur de casting

Meunier, tu dors ? dans Communauté spirituelle image%2F1484046%2F20210626%2Fob_9dadd0_jesus-apaise-la-tempete-1Un premier élément de réponse vient de la place occupée par Jésus dans la barque. On se serait attendu à ce que les disciples le mettent à l’avant, en figure de proue, pour les avertir des dangers lors de la traversée du lac en furie. Ou bien ils auraient pu lui confier le gouvernail : avec Jésus à la barre, rien à craindre ! Eh bien non : ils l’ont cantonné dans la cabine arrière, sous le gouvernail. On a retrouvé une grande barque de pêcheurs de Tibériade où effectivement il y a un espace protégé, comme une cabine arrière, ne gênant pas les manœuvres, sous la grande barre manœuvrant le gouvernail. Les disciples ont donc fait une erreur de casting : ils n’ont pas attribué à Jésus le rôle de vigie ou de pilote, mais de fret en soute…

L’erreur est manifeste lorsqu’ils l’appellent pour le réveiller : « Maître (cela ne te fait rien que nous périssions ?) ». « Maître », (διδσκαλος, didaskalos, qui a donné didascalie =  enseignement supérieur) c’est un titre de respect certes, mais à distance, qualifiant Jésus sous l’angle du savoir. Or le savoir ne suffit pas pour accéder à Jésus, comme l’avait montré l’épisode du possédé de Capharnaüm : « je sais qui tu es » (Mc 1,24). Les démons savent, mais ne sauvent pas. Les disciples se sont mis eux-mêmes dans la peau d’élèves studieux voulant appliquer les leçons de leur maître sans leur maître.

Au moins l’épisode de la tempête aura fait chavirer leur point de vue ! Car, à la fin, ils ne sont plus sûrs du tout de connaître la véritable identité de celui qu’ils appelaient Maître : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Cette erreur de casting des piètres marins de Tibériade, nous la faisons souvent ! Nous acceptons peut-être Jésus comme passager, mais plus comme un poids mort que comme vigie ou pilote, plus comme un colis à trimbaler qu’un compas à consulter régulièrement, plus comme une leçon apprise qu’un GPS ou un sonar…

À quelle place se trouve Jésus dans notre barque ?

Pour mieux apprécier le sommeil de Jésus, regardons maintenant de plus près le verbe employé par Marc : καθεδω (katheudō), dormir. Il a des harmoniques très signifiantes dans l’Ancien Testament. Examinons deux ou trois d’entre elles.

 

2. Chez les marins : le syndrome Jonas

Jonas dort dans la cale du bateau en pleine tempêteLe verbe καθεδω (dormir) est employé dans la LXX (traduction grecque de l’Ancien Testament) pour le prophète Jonas, lui aussi dans un bateau, lui aussi dans la tempête. Tiens, ce n’est sûrement pas un hasard !

« Les matelots prirent peur ; ils crièrent chacun vers son dieu et, pour s’alléger, lancèrent la cargaison à la mer. Or, Jonas était descendu dans la cale du navire, il s’était couché et dormait d’un sommeil mystérieux » (Jon 1,5).

L’histoire est connue, et rappelle furieusement notre épisode de Tibériade : une embarcation est chahutée par les flots ; l’équipage a peur. Ils se demandent pourquoi l’orage les malmène, et commencent à chercher un coupable. Le juif Jonas embarqué pour fuir Ninive la païenne leur apparaît comme un coupable tout désigné (par le truchement d’un tirage au sort). Désigner un juif coupable du malheur ambiant, c’est vieux comme les juifs eux-mêmes hélas…

Le reproche fait à Jonas rejoint celui fait à Jésus : ‘Pourquoi dors-tu ? C’est de ta faute si nous coulons’.

 

Faire des reproches au dieu absent est un marronnier de la littérature. L’homme ne voit en Dieu que l’aide qu’il peut lui apporter, comme un maquignon ne voit que le lait et la viande, pas la vache. Il nous faut inverser cette logique pour guérir du syndrome Jonas (la désignation d’un coupable) : c’est nous qui pouvons et devons aider Dieu, pas l’inverse ! La jeune juive hollandaise Etty Hillesum – si proche du christianisme – l’avait compris au milieu des jours sombres du ghetto de Varsovie :

une-vie-bouleversee-lettres-de-westerbork barque dans Communauté spirituelle« Je vais T’aider, mon Dieu, à ne pas T’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas Toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons T’aider – et, ce faisant, nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de Toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à Te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres. 

Oui, mon Dieu, Tu sembles assez peu capable de modifier une situation finalement indissociable de cette vie. Je ne T’en demande pas compte, c’est à Toi au contraire de nous appeler à rendre des comptes, un Jour. Il m’apparaît de plus en plus clairement, presque à chaque pulsation de mon cœur, que Tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de T’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui T’abrite en nous ».

Prière du Dimanche matin 12 juillet 1942 composée par Etty Hillesum (1914-1943), morte au camp de concentration d’Auschwitz le 30 novembre 1943.

 

Dieu serait peut-être en droit de nous faire des reproches : lui, pas nous. 

Dieu ne peut guère nous aider de manière magique, c’est à nous de l’aider, par notre foi, à apaiser la tempête qui nous déstabilise.

 

Le syndrome Jonas frappe les disciples de plein fouet. La ressemblance avec Jonas est accentuée par la destination de la traversée du lac : Gérasa (Mc 5,1), en plein territoire païen (Transjordanie actuelle), comme Ninive la grande ville païenne. On ne va pas chez les païens avec un maître d’université, fut-il prestigieux. On y va avec l’autorité du Christ sur les forces du mal. Le troupeau de porcs qui se précipitera du haut de la falaise dans le lac symbolisera cette libération du mal que le Christ apporte en plénitude à tous les peuples (Mc 5,13).

Et, comme pour Jésus, les marins du navire de Jonas s’interrogent alors sur sa véritable identité : « Quel est ton métier ? D’où viens-tu ? Quel est ton pays ? De quel peuple es-tu ? » (Jon 1,8).

 

Reconnaître ne pas connaître le Christ en vérité est le début du salut, notamment pour ceux qui sont « tombés dans la marmite quand ils étaient petits ». 

« Non sum » (je ne suis pas le Messie) avait humblement avoué Jean-Baptiste à ceux qui le prenaient pour le Christ. « Non cognosco » (je ne connais pas) est l’humble confession de non-savoir du vrai disciple qui refuse d’instrumentaliser le Christ comme maître, magicien, guérisseur etc.

 

3. Le coussin de Jésus

il_794xN.2579871073_lgft CantiqueLe texte grec dit que Jésus dormait, sur un coussin ou un oreiller : προσκεφλαιον (proskefalaion) ; littéralement : pour la tête. Ce terme est un hapax (usage unique) du Nouveau Testament. Il n’y a que deux autres usages dans la Bible, et c’est dans la traduction grecque du livre d’Ézéchiel. Le terme hébreu (mal) traduit par oreiller ou coussin est en réalité une amulette magique : סֶת (ke.set), faite de cordelettes autour du poignet : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Quel malheur pour celles qui cousent des cordelettes à tous les poignets, qui fabriquent des voiles pour les têtes de diverses tailles, afin de capturer des vies ! Vous capturez la vie des gens de mon peuple, et voulez conserver la vôtre ? » (Ez 13,18). Cela fait sans doute allusion à d’obscures pratiques magiques, où des ‘sorcières’ attachaient des cordelettes aux poignets pour prendre possession des âmes de certains : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici, je m’en prends à vos cordelettes, avec lesquelles vous capturez les vies comme des oiseaux. Je les déchirerai sur vos bras, et je libérerai les vies que vous avez capturées comme des oiseaux » (Ez 13,20.) Une sorte de filtre d’amour ou de haine, de possession…

 

Faire allusion à ce passage d’Ézéchiel avec notre mot grec προσκεφλαιον si rare n’est pas une coïncidence. On peut y lire la dénonciation de tout usage magique du nom de Jésus. En laissant Jésus reposer sur ce coussin / lié par ces cordelettes, les disciples retombaient en quelque sorte dans le péché d’idolâtrie. Ils faisaient de Jésus une chose pour conjurer la tempête, un savoir magistral pour dominer les païens, un talisman pour éviter les naufrages. La tête sur ce coussin, Jésus reste un point mort, une chose qu’on manipule, une religion qu’on instrumentalise pour le pouvoir. Libéré de cet oreiller / cordelette, réveillé / ressuscité, Jésus devient une interrogation plus qu’un maître à penser, un compagnon plus qu’un bagage, un libérateur plus qu’une doctrine.

 

Et nous : quand avons-nous la tentation d’instrumentaliser le nom de Jésus ? Ou de le faire fonctionner comme une amulette ?

 

4. Chez Jésus, le syndrome Samuel

Samuel était couché dans le temple du Seigneur, où se trouvait l’arche de Dieu.Le verbe καθεδω (être couché, dormir) est utilisé cinq fois pour Samuel dans le célèbre passage de sa vocation nocturne (1S 3,3-10). Trois fois, le jeune Samuel couché dans le Temple entend dans son sommeil une voix l’appeler. Trois fois il se lève pour aller demander à Eli si c’est lui qui a parlé, et trois fois Eli lui répond : « non sum », ce n’est pas moi. Si bien que la dernière fois sera la bonne : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ».

En reprenant ce verbe, Marc trace – consciemment ou non – un parallèle entre Jésus et Samuel. Tous deux dorment à un moment crucial de leur existence où il leur faudra prendre une décision : accepter d’être le prophète de YHWH et aller oindre David roi (pour Samuel) ; aller libérer les païens du mal (pour Jésus ; cf. le possédé de Gérasa) juste après son débarquement sur l’autre rive. Il est bien question de vocation, d’appel dans les deux  cas. Comment servir YHWH (Samuel) ? Comment servir la volonté du Père (Jésus) ?

Car le succès remporté en Galilée a littéralement vidé Jésus : il est crevé, au point que ses disciples l’emportent « tel qu’l est », en vrac, épuisé et au creux de la vague (!) : « Et maintenant, que vais-je faire ? Continuer à prêcher et guérir en territoire juif, ou me risquer à annoncer l’Évangile aux païens ? »

Le sommeil de Jésus est sa façon de se reconnecter à YHWH au-delà de la griserie des premiers succès, en laissant les forces de son inconscient spirituel recomposer en lui son désir le plus fort pendant son sommeil.

Souvenez-vous : « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » (Ps 126,2)…

« Dans tes démarches, les préceptes de ton père te guideront, dans ton sommeil, ils te garderont, à ton réveil, ils te tiendront compagnie » (Pr 6,22).

 

Le syndrome Samuel est pour Jésus le retour à l‘écoute après la prédication, le laisser-faire au lieu du calcul, le choix de demeurer serviteur plus que Maître.

 

Que cet heureux syndrome de Samuel devienne nôtre, lorsque les succès nous auront tourné la tête, lorsque nous nous n’écouterons plus qu’une seule voix, la nôtre !

 

5. Je dors, mais mon cœur veille
Gustav Klimt : Le baiser 1907-1908Avec Jonas et Samuel, le verbe dormir fait encore irrésistiblement penser au Cantique des cantiques : « je dors, mais mon cœur veille » (Ct 5,2). La bien-aimée est assoiffée du désir du bien-aimé, et le sommeil est pour elle une autre façon de veiller : celle où, justement parce que les barrières de surmoi sont levées, le cœur peut discerner celui qui vient « de nuit ». Jésus dort comme la bien-aimée du Cantique des cantiques : il est en quête de son Père, il désire son désir, il se laisse façonner par l’accomplissement de ce désir, « sur l’autre rive ». Si la tempête ne le réveille pas, c’est que sa veille est d’un autre ordre : veiller à rester fidèle à l’ouverture universelle de sa mission (Gérasa), sans se laisser accaparer ni instrumentaliser par ses disciples.

Et ce n’est pas une tempête qui le distraira de cette veille-là ! Par pitié pour le manque de foi de son équipage, il consent à faire un geste pour les rassurer. Mais son but est ailleurs : à Gérasa, sur l’autre rive, où l’attend parmi les tombeaux une humanité enchaînée qui s’automutile…

 

Alors, ce coup de vent Force 4 ou 5 Beaufort, ce n’est pas ça qui va le détourner de son but dont il vient de renforcer la prise de conscience pendant son sommeil !

« Je dors, mais mon cœur veille… » : si nous ne faisions qu’un avec Jésus / la bien-aimée, nous resterions alignés sur le cap vrai de notre combat intérieur, sans laisser le bruit et la fureur du monde nous détourner de notre vocation.…

 

Il y a encore d’autres usages bibliques du verbe dormir de ce dimanche. Mais Jonas, Samuel et la Bien-aimée du Cantique des cantiques nous en disent assez pour pratiquer nous aussi ce sommeil réparateur, où la vision intérieure de notre mission se construit en nous, illucide, sans que nous sachions comment (Mc 4,27)…

Souvenez-vous : « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » (Ps 126,2)…

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE
« Ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ! » (Jb 38, 1.8-11)

 

Lecture du livre de Job

Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial ; quand je lui mis pour vêtement la nuée, en guise de langes le
nuage sombre ; quand je lui imposai ma limite, et que je disposai verrou et portes ? Et je dis : “Tu viendras jusqu’ici ! tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots !” »

 

PSAUME
(106 (107), 21a.22a.24, 25-26a.27b, 28-29, 30-31)
R/ Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !Éternel est son amour !ou : Alléluia ! (106, 1)

 

Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour,
qu’ils offrent des sacrifices d’action de grâce,
ceux qui ont vu les œuvres du Seigneur
et ses merveilles parmi les océans.

 

Il parle, et provoque la tempête,
un vent qui soulève les vagues :
portés jusqu’au ciel, retombant aux abîmes,
leur sagesse était engloutie.

 

Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur,
et lui les a tirés de la détresse,
réduisant la tempête au silence,
faisant taire les vagues.

 

Ils se réjouissent de les voir s’apaiser,
d’être conduits au port qu’ils désiraient.
Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour,
de ses merveilles pour les hommes.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Un monde nouveau est déjà né » (2 Co 5, 14-17)

 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux. Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né.

 

ÉVANGILE
« Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » (Mc 4, 35-41)
Alléluia. Alléluia. Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Alléluia. (Lc 7, 16)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule. Le soir venu, Jésus dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. » Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient. Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
.Patrick Braud

 

 

 

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9 juin 2024

Dieu comble son bien-aimé quand il dort

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Dieu comble son bien-aimé quand il dort

 

Homélie pour le 11° Dimanche du Temps ordinaire / Année B 

16/06/24

 

Cf. également :

La croissance illucide
Un Royaume colibri, papillon, small, not big
Le management du non-agir
L’ « effet papillon » de la foi
Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires
Le pourquoi et le comment
Le semeur de paraboles
Foi de moutarde !
Maintenant, je commence


Dors là-dessus…

Dieu comble son bien-aimé quand il dort dans Communauté spirituelle vue-dessus-femme-souriante-se-detendre-dormir-canape-maison_225067-100Avez-vous déjà fait cette expérience ? Au lycée ou en prépa, lorsqu’un exercice de maths bien difficile m’avait torturé de longues heures sans que j’arrive à le résoudre, je le laissais volontairement de côté pour le lendemain. Mais, avant de m’endormir, j’orientais ma pensée et mon imagination vers ses symboles, ses courbes, ses équations. Le lendemain matin, comme par magie, tout s’était dénoué, et je pouvais avant mon petit déjeuner coucher sur ma copie la solution au problème d’un seul trait, devenue évidente entre-temps.

La nuit porte conseil, dit à raison la sagesse populaire. Que ce soit pour un problème de maths, une décision importante ou un choix crucial, mieux vaut ne pas agir trop vite et laisser la difficulté décanter durant la nuit.

 

Jésus avait peut-être lui aussi résolu ses problèmes de maths du lycée de Nazareth en dormant sur sa copie… En tout cas, il avait observé la croissance des plantes et des végétaux dans les champs et combien l’agriculteur y était pour peu de choses :

« Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé” » (Mc 4,26-29).

 

Il semblerait donc qu’être un gros dormeur soit un avantage spirituel conséquent…

L’énergie vitale de la plante / du royaume de Dieu se déploie d’elle-même, que nous y collaborions ou pas. Et en plus, elle nous échappe, non maîtrisable : « il ne sait pas comment ».

Le sommeil est le lieu emblématique où il devient manifeste que cela ne vient pas de nous, mais de Dieu. « En vain tu devances le jour, tu retardes le moment de ton repos, tu manges un pain de douleur : Dieu comble son bien-aimé quand il dort » (Ps 127,2)

Le riche compte sa puissance, ses forces, son argent, et en conséquence dort mal. Le pauvre fait confiance car il compte sur Dieu. « Le travailleur dormira en paix, qu’il ait peu ou beaucoup à manger, alors que, rassasié, le riche ne parvient pas à dormir » (Qo 5,11).

 

14-565337 Eckhart dans Communauté spirituelle

L’échelle du songe de Jacob

On n’en finirait pas d’égrener les sommeils bibliques où quelque chose de du royaume de Dieu s’est joué, à notre insu, sans que nous y soyons pour grand-chose.

 

Péguy devait être lui aussi un gros dormeur, car il fait l’éloge du sommeil dans « Le Porche de la deuxième vertu » :

Celui qui a le cœur pur, dort. Et celui qui dort a le cœur pur.
C’est le grand secret d’être infatigable comme un enfant.
D’avoir comme un enfant cette force dans les jarrets.
Ces jarrets neufs, ces âmes neuves
Et de recommencer tous les matins, toujours neuf,
Comme la jeune, comme la neuve Espérance. 

Or on me dit qu’il y a des hommes
Qui travaillent bien et qui dorment mal.
Qui ne dorment pas. Quel manque de confiance en moi ! […]

Je ne parle pas, dit Dieu, de ces hommes
Qui ne travaillent pas et qui ne dorment pas. 

Ceux-là sont des pécheurs, c’est entendu. C’est bien fait pour eux. Des grands pécheurs. Ils n’ont qu’à travailler.

Je parle de ceux qui travaillent et qui ne dorment pas.
Je les plains. Je parle de ceux qui travaillent, et qui ainsi
En ceci suivent mon commandement, les pauvres enfants. 

Et qui d’autre part n’ont pas le courage, n’ont pas la confiance, ne dorment pas.

Je les plains. Je leur en veux. Un peu. Ils ne me font pas confiance.

Comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère ainsi ils ne se couchent point,

Innocents, dans les bras de ma Providence. 

Ils ont le courage de travailler. Ils n’ont pas le courage de ne rien faire.

 

Ne pas dormir signifie alors se crisper sur sa seule action, croire que tout dépend de soi, et faire obstacle au travail de Dieu en voulant se substituer à lui ! Laisser Dieu agir n’implique pas de se tourner les pouces, mais de collaborer sans entraver, d’accompagner sans tout vouloir contrôler, de faire confiance sans tout planifier.

 

Le non-agir de Maître Eckhart

granumPlaca non-agirLes saints et les mystiques comprennent cela mieux que les savants, car ils se laissent guider au lieu de construire selon leur plan. Maître Eckhart au XIV° siècle a engagé la mystique rhénane dans cette quête incandescente du non-agir spirituel, à la fine pointe de la convergence avec d’autres traditions mystiques non chrétiennes : taoïstes, soufies ou bouddhistes notamment.

Maître Eckhart a entendu l’appel du Christ à laisser croître le royaume de Dieu comme un détachement radical de ses propres œuvres.

À l’image de Marie qui engendre le Verbe de Dieu en elle en laissant faire l’Esprit, chaque chrétien est appelé à engendrer le Christ en lui en se laissant façonner par Dieu dans la vie spirituelle. Il ne s’agit plus alors d’agir par soi-même (avec orgueil), ni même d’agir pour Dieu (ce qui est encore se substituer à lui), mais de laisser Dieu agir en soi et à travers soi.

« Dieu n’est en rien de rien tenu par leurs œuvres et leurs dons, à moins que de bon gré il ne veuille le faire de par sa grâce et non en raison de leurs œuvres ni en raison de leur don, car ils ne donnent rien qui soit leur et n’opèrent pas non plus à partir d’eux-mêmes, ainsi que dit Christ lui-même : ‘Sans moi vous ne pouvez rien faire’.

(…) C’est ainsi que devrait se tenir l’homme qui voudrait se trouver réceptif à la vérité suprême et vivant là sans avant et sans après et sans être entravé par toutes les œuvres et toutes les images dont il eut jamais connaissance, dépris et libre, recevant à nouveau dans ce maintenant le don divin et l’engendrant en retour sans obstacle dans cette même lumière avec une louange de gratitude en Notre Seigneur Jésus Christ (Maître Eckhart, Sermon n°1).

Le baptisé devient alors un authentique homme d’action, mais d’une action qu’il ne veut pas en propre, qui lui est donnée d’accomplir sans la rechercher particulièrement. Dieu agit en lui sans qu’il ait à se forcer pour accomplir l’œuvre de Dieu.

« Ce point est la montagne
à gravir sans agir (…)
la voie te conduit
au Désert admirable (…) ».

Maître Eckhart, Granum Sinapis

 

La procrastination structurée

procrastinate+now+and+panic+later PéguyProcrastiner, c’est remettre à demain (en latin : pro = pour / cras = demain). Contrairement à l’adage : ‘ne remet pas au lendemain ce que tu peux faire aujourd’hui’, le procrastinateur va s’ingénier à reporter à demain le plus possible de tâches ingrates, difficiles, auxquelles il n’est pas prêt, pour n’exécuter aujourd’hui que ce qu’il doit ou peut réellement faire. Dans la vie professionnelle par exemple, c’est fou le nombre de mails auxquels il est urgent de ne pas répondre ! On en reçoit des centaines par jour dans sa boîte mail, dont la plupart sont en copie (les fameux cc : copie carbone, ou cci : copie carbone cachée). Or 80 % d’entre eux se résolvent d’eux-mêmes, tout seuls, dans les 48 heures, car d’autres y répondent, ou le problème a disparu, ou ce n’est pas si pressé etc.

Il est urgent de ne pas répondre ! Dormir sur ses mails est une version sécularisée du sommeil du cultivateur de l’Évangile : ne pas croire ni vouloir tout faire tout seul tout de suite ; mais laisser Dieu agir, laisser le temps faire son œuvre à travers nous, sans le commander.

 

Carafe à décanterPrenez une belle et bonne vieille bouteille de vin enveloppée d’une poussière vénérable, datant de quelques décennies. Si vous prévoyez de la servir à vos invités ce soir, mieux vaut la déboucher à l’avance, la vider dans une carafe et la laisser ainsi décanter à l’air libre quelques heures avant le repas. L’avantage sera double : l’oxydation au contact de l’air aura redonné au vin sa vigueur, sa profondeur, et la pesanteur aura précipité les inévitables déchets au fond de la carafe, purifiant ainsi le nectar décanté. Est-ce vraiment vous qui aurez décanté le vin ? Ou bien – au mieux – l’avez-vous favorisé ?

La plante grandit par elle-même, la pesanteur décante le vin d’elle-même, le royaume de Dieu grandit par sa seule force.

Ceux qui accompagnent des catéchumènes adultes vers le baptême en font le constat joyeux : ils n’y sont pour rien, mais ils sont les témoins émerveillés de la croissance de la vie spirituelle en l’autre. Ils n’ont même pas semé, et ils vont moissonner ! Ils dormaient quand les catéchumènes s’éveillaient à l’Évangile, mais ils posent désormais la main sur leur épaule au moment de la confirmation.

 

Voilà pourquoi « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » ! Car, renonçant alors à tout diriger et contrôler, le dormeur s’abandonne aux forces plus grandes que lui qui régissent le cycle de l’univers. Le croyant s’abandonne à l’Esprit de Dieu qui renouvelle la face de la terre, jour et nuit, que je travaille ou que je me repose. Ne pas tout faire tout de suite relève de la sagesse spirituelle du cultivateur de l’Évangile, et se traduit en pratique par une procrastination structurée. Structurée, car sinon c’est de la paresse, de la démission, de l’irresponsabilité. Structurée, c’est-à-dire hiérarchisant la pile des priorités et des affaires à traiter en classant au plus bas ce qui peut attendre, ce que je ne sais pas ni ne peux faire à l’heure actuelle, ce qui n’est pas si urgent etc. Alors émerge en haut de la pile ce qui convient à mon labeur de ce jour (mais qui était en bas de la pile quelques jours avant !). Bon nombre de ces post-it ainsi savamment empilés, avec intelligence et discernement, se détruiront d’eux-mêmes dans les jours qui viennent. Les autres sont alors mûrs pour être traités (ou non !).

 

Nous serions fous de nous épuiser à croire que tout dépend de nous tout de suite, alors que Dieu comble son bien-aimé quand il dort !

La croissance illucide du royaume de Dieu est d’abord en nous : « On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous” » (Lc 17,21). L’espérance jaillit là où ne nous ne l’attendions pas, le renouveau nous surprend en fleurissant où il veut quand il veut… Et cela ne dépend pas de nous. Et nous ne savons pas comment cela se fait. Et cette docte ignorance est bienheureuse, car elle respecte l’énergie vitale de l’Esprit de Dieu à l’œuvre en nous.

La croissance illucide du royaume de Dieu vaut également pour notre monde, travaillé par des germes de résurrection là où nous ne l’aurions pas imaginé. À contre-courant des flux d’information en continu de nos médias, le regard chrétien espère toujours discerner la grâce des commencements à l’œuvre en ce monde. La « Lettre aux catholiques de France » de 1996 nous invitait à pratiquer « une lecture pascale des événements », c’est-à-dire à discerner ce qui naît de ce qui meurt, ce qui grandit du royaume de Dieu autour de nous et en nous, en refusant de nous laisser fasciner par le fracas des effondrements inévitables.

 sommeil« La crise que traverse l’Église aujourd’hui est due, dans une large mesure, à la répercussion, dans l’Église elle-même et dans la vie de ses membres, d’un ensemble de mutations sociales et culturelles rapides, profondes et qui ont une dimension mondiale.

Nous sommes en train de changer de monde et de société. Un monde s’efface et un autre est en train d’émerger, sans qu’existe aucun modèle préétabli pour sa construction. Des équilibres anciens sont en train de disparaître, et les équilibres nouveaux ont du mal à se constituer. Or, par toute son histoire, spécialement en Europe, l’Église se trouve assez profondément solidaire des équilibres anciens et de la figure du monde qui s’efface. Non seulement elle y était bien insérée, mais elle avait largement contribué à sa constitution, tandis que la figure du monde qu’il s’agit de construire nous échappe ».

La Lettre continue en invitant les catholiques à pratiquer une « lecture pascale » des évènements, c’est-à-dire à percevoir l’annonce de la Résurrection à travers les effondrements actuels (ce qui rappelle la « destruction créatrice » chère à Schumpeter) :

« Nous devons apprendre à pratiquer davantage cette lecture pascale de tous les évènements de notre existence et de notre histoire. Si nous ouvrons les Écritures, comme Jésus le fait avec les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24,27), c’est pour comprendre comment dans les souffrances du temps présent se prépare la gloire qui doit se révéler un jour ».

 

C’est vrai que beaucoup d’indicateurs sont au rouge pour l’Église en France : à peine 6 % de pratiquants, un taux de catéchisation en chute libre, moins de 100 ordinations sacerdotales par an, des finances en péril etc… On peut (et on doit) allonger cette liste des signes du déclin : ce n’est pas en niant la chute qu’on la conjure. Ce n’est pas en se bouchant les oreilles devant le fracas de ce qui s’écroule qu’on va entendre ce qui naît. Ce n’est pas par des discours lénifiants et moralisants qu’on va éviter l’effondrement de ce qui doit mourir. Rien ne sert non plus rejeter la faute à la société environnante : ce serait se mettre hors-jeu du renouvellement contenu en germe dans l’effondrement actuel.

Mieux vaut courageusement prendre acte de ce qui meurt, et se rendre disponible pour ce qui naît. « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, suis-moi » (Lc 9,60).

Mieux vaut scruter attentivement la flore environnante pour y reconnaître les jeunes pousses pleines de promesses, les tendres branches du figuier à côté des tiges desséchées. Les 7000 baptêmes d’adultes en France en 2023 sont à cet égard une heureuse surprise qui devrait nous convertir à ce type de « lecture pascale »…

Des petites choses éclosent ; des signaux faibles clignotent enfin ; des nuages gros comme le poing montent à l’horizon (1R 18,44), annonciateurs de pluie prochaine ; des renouveaux côtoient les ruines ; des moissons se préparent en secret et en silence…

 

Péguy nous appelle à porter ce regard d’espérance sur nous-même et sur le monde.

Jésus nous invite à faire confiance à la puissance intrinsèque du royaume de Dieu en croissance.

Maître Eckhart nous indique la voie paradoxale du non-agir pour collaborer à cette croissance qui nous est donnée sans mérite aucun de notre part.

Alors, dans chacune de nos actions, abandonnons-nous avec confiance aux forces spirituelles sans cesse à l’œuvre : Dieu comble son bien-aimé quand il dort

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je relève l’arbre renversé » (Ez 17, 22-24)

Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront. Alors tous les arbres des champs sauront que Je suis le Seigneur : je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. »


PSAUME
(91 (92), 2-3, 13-14, 15-16)

R/ Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce ! (cf. 91, 2a)

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits.

Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
planté dans les parvis du Seigneur,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
pour annoncer : « Le Seigneur est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »
 
DEUXIÈME LECTURE
« Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur » (2 Co 5, 6-10)


Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur, tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps.

 
ÉVANGILE
« C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle grandit, elle dépasse toutes les plantes potagères » (Mc 4, 26-34)

Alléluia. Alléluia. La semence est la parole de Dieu ;le semeur est le Christ ;celui qui le trouve demeure pour toujours. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là, parlant à la foule, Jésus disait : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. »

Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.
Patrick Braud

 

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14 avril 2024

Les autres brebis, des autres bergeries

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Les autres brebis, des autres bergeries

 

Homélie du 4° Dimanche de Pâques / Année B 

21/04/24

 

Cf. également :

Quelle est votre clé de voûte ?
La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste
Des brebis, un berger, un loup
La Résurrection est un passif
Un manager nommé Jésus
L’agneau mystique de Van Eyck
Le berger et la porte
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Il est fou, le voyageur qui…
Les sans-dents, pierre angulaire
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Dieu aime les païens

Le salut des autres
Ayant fait du christianisme la religion officielle de son empire, l’empereur romain Théodose publie en 391 un édit ordonnant, entre autres, la destruction de tous les temples païens. En 1656, la synagogue d’Amsterdam exclut solennellement Spinoza de la communauté juive à cause de sa libre pensée panthéiste. En mars 2001, les talibans musulmans au pouvoir en Afghanistan décident de détruire les statues géantes de bouddhas à Bamiyan. En Birmanie, depuis 2012, les bouddhistes persécutent les rohingyas musulmans…

La mosaïque des intolérances religieuses de tous bords au cours de l’histoire constitue une fresque aussi grande que la constellation la plus étoilée ! Elles écrivent une variante anticipée de la formule de Sartre : « l’enfer, c’est les autres ». Les autres religions vont en enfer….

Comble de malheur, l’athéisme militant peut jouer le même rôle (pensez aux communistes en Chine ou en Corée du Nord, persécutant les Églises et les cultes) ; et même notre sacro-sainte laïcité à la française sait se montrer sectaire envers ceux qui ne partagent pas sa doxa officielle, notamment en matière d’éthique…

 

Jésus Christ à la rencontre des religionsJésus tomberait-t-il lui aussi sous le coup de cette accusation d’intolérance ? Le Bon Berger de ce dimanche (Jn 10, 11-18) ne revendique-t-il pas un leadership universel, « avec un seul troupeau et un seul pasteur », ce qui peut engendrer toutes les dérives totalitaires ? !

Que deviennent « les autres brebis, des autres bergeries » qui refusent d’entrer dans le bercail ecclésial ? 

 

Cette question redoutable – le salut des païens – a déchiré les Églises entre elles, et les a opposées aux autres religions. Selon la réponse donnée, elle a inspiré des attitudes missionnaires très diverses – voire opposés – depuis la défense des cultures indigènes en Amérique du Sud (cf. le film Mission) jusqu’au baptême forcé des juifs en Espagne.

La question nous touche tous de près : quelle attitude avons-nous envers nos enfants ou petits-enfants si éloignés de l’Église ? Vis-à-vis de nos collègues et amis lorsqu’ils évoquent des sujets religieux ? Voulons-nous témoigner de notre vérité, au risque d’être intolérants ? Acceptons-nous que chacun pense ce qu’il veut, au risque de s’en désintéresser et de ne plus être missionnaire ? Essayons nous de relever les points de convergence (humanistes, sociétaux, politiques etc.) uniquement pour éviter les conflits, au risque de devenir très récupérateurs : ‘tu es chrétien sans le savoir’ ?…

 

Trois positions en effet systématisent l’éventail des attitudes chrétiennes devant le salut des païens :

- l’exclusivisme (tenté par l’intolérance, l’intransigeantisme)

- l’inclusivisme (tenté par la récupération)

- et le pluralisme (tenté par le relativisme) [1].

 

1. L’exclusivisme : le Christ contre les religions

On peut toujours sélectionner un certain nombre de versets bibliques pour plaider l’intransigeance : « celui qui ne croira pas sera condamné » ; « qui n’est pas avec moi est contre moi » ; « il n’y a pas d’autre Nom sous le ciel pour obtenir le salut » etc.

Et bien sûr notre verset du jour : « il y aura un seul troupeau et un seul pasteur ».

Les autres brebis, des autres bergeries dans Communauté spirituelle bernardo-guiSélectionner quelques versets en les isolant de leur contexte est la méthode des Témoins de Jéhovah ou des fondamentalistes évangéliques qui essaient de vous convaincre que la Bible pense ce qu’ils pensent… D’autres, plus cultivés, essaient de s’appuyer sur les Pères de l’Église. Saint Irénée de Lyon n’écrivait-il pas en ferraillant contre les hérétiques de son époque : « Là où est l’Église, là est l’Esprit de Dieu, et là où est l’Esprit, là est l’Église et toute grâce, et l’Esprit est vérité; s’écarter de l’Église, c’est rejeter l’Esprit et par là-même s’exclure de la vie » (Adv. Haer. III, 24, 1). D’où la fameuse formule d’Origène: Extra Ecclesia nemo salvatur, ce qui a donné l’adage attribué à Saint Cyprien de Carthage, encore enseigné sans précaution dans les catéchismes diocésains du XX° siècle : « hors de l’Église point de salut ».

Saint Augustin l’expliquait en prenant soin de préciser que l’Église dont il s’agit dépasse de loin l’Église visible : « dans l’ineffable prescience de Dieu, beaucoup qui paraissent dehors sont dedans » alors que « beaucoup qui paraissent dedans sont dehors ».

La formule: « hors de l’Église point de salut » a été établie dans une période troublée, où les hérésies menaçaient l’essentiel de la foi. Elle visait surtout ceux qui, après avoir été baptisés, se retranchaient de la communion catholique et reniaient ainsi le salut déjà accordé. C’est parce que le lien entre l’Esprit-Saint et l’Église est très fort que « sortir » de l’Église c’est se couper du salut.

Dans ce temps des persécutions des trois premiers siècles, le problème était celui des lapsi = ceux qui avait été baptisés mais avaient renié leur baptême sous la menace, voire la torture et les pressions multiples. Sortir de l’Église était alors retourner au paganisme, en adorant les idoles romaines, et donc se détourner de la vie selon l’Esprit du Christ.

 

L’attitude exclusiviste dévalorise la tentative religieuse hors du Christ. Les missionnaires occidentaux ont, pour la plupart, mais non pas tous, commencé par jeter le discrédit sur les religions traditionnelles qu’ils rencontraient.

Au XX° siècle, le théologien protestant Karl Barth a systématisé l’opposition foi / religion, dénonçant la religion comme une tentative de mettre la main sur Dieu. Alors que seul le christianisme est foi, c’est-à-dire accueil de l’initiative de Dieu, inversant le mouvement religieux de l’élan de l’homme vers Dieu. Barth insiste tant sur la démarche gratuite et miséricordieuse de Dieu vers l’homme qu’il disqualifie les tâtonnements religieux, et même jusqu’à l’expression religieuse de la foi. Dans les années 70-80, cet exclusivisme a déteint sur bon nombre de chrétiens, prêtres ou laïcs, pour qui tout ce qui touche à la « religion populaire » était anti-chrétien. Selon cette tendance, honorer les demandes « religieuses » est contraire à l’évangélisation.

Pour les exclusivistes, les autres religions (ou même la religion dans le cas de Barth) ne peuvent conduire au salut.
C’est donc le Christ contre (la) les religions.

 

2. L’inclusivisme, ou : le Christ des religions

https://media.posterlounge.com/img/products/650000/640706/640706_poster_m.jpgLa théologie inclusiviste a marqué la théologie catholique des années 1950-1960. Elle reconnaît que des traditions non-chrétiennes peuvent être une « préparation évangélique » (« tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie » Lumen Gentium n°16), et qu’il y a des « semences du Verbe » dans toutes les cultures (« les chrétiens doivent être familiers avec leurs traditions nationales et religieuses ; découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s’y trouvent cachées » Ad Gentes n°11). C’est cette position que défend la Déclaration Nostra Aetate de Vatican II, premier concile de l’histoire à parler positivement des autres religions.

La position de cette tendance s’exprimerait plutôt dans la formule : le Christ des religions.

 

Les premiers chrétiens ont eu ainsi tendance à englober le judaïsme sous couvert d’accomplissement des Écritures. Puisque l’Église est ‘le nouvel Israël’, ‘l’Israël authentique’  comme l’écrit Paul, les juifs sincères sont ‘des chrétiens qui s’ignorent’. Et il devient presque moral de les « aider » à franchir le pas… 

Remarquons que c’est le même raisonnement inclusiviste qui pousse les musulmans à considérer les chrétiens sincères comme des musulmans qui s’ignorent ! Le Coran est censé reprendre et purifier le message biblique déformé par les juifs et les chrétiens. Du coup, Israël et l’Église sont englobés par la réforme religieuse de Mohamed, qui prétend contenir tous les prophètes en rétablissant leur véritable message.

 

Le problème est que cette passion d’une vérité unique, « avec un seul troupeau et un seul pasteur », conduit à instaurer la domination sans partage de l’Église sur la société. Comme elle conduit à l’établissement sans partage d’un État islamique où la charia règle toute la vie quotidienne. Comme elle a conduit à un État juif, car seul un État juif peut garantir aux juifs de pratiquer les 613 commandements de la Torah toujours et partout…

 

On le voit : prêcher un seul troupeau est le prétexte à tous les totalitarismes, et peut légitimer tous les impérialismes.

C’est oublier un peu vite que le texte de l’Évangile est au futur : le Bon Berger parle du rassemblement eschatologique de l’humanité « à la fin », en une seule famille humaine. Cette promesse nous garantit que les murs de nos divisions ne montent pas jusqu’au ciel. À l’heure actuelle, il y a « d’autres brebis, d’autres bergeries », et la seule façon de leur annoncer l’Évangile est d’accepter de mourir pour elles. Donner sa vie – même pour ses ennemis – est la vraie fidélité au rêve universel du Bon Berger : « le bon pasteur, le vrai berger, donne sa vie pour ses brebis ». Toute autre imposition par la force ou la contrainte serait une trahison.

 

D’ailleurs, dès les premiers siècles, l’Église parlait de baptême du sang pour affirmer la sainteté et le salut des martyrs qui avaient accepté de témoigner de leur foi jusqu’au bout, baptisés ou pas. De même, l’Église parlait de baptême de désir pour tous les justes qui n’avaient pas connu Jésus-Christ auparavant, d’Abraham à Zacharie en passant par Moïse ou Judith. Évidemment ces grandes figures sont des figures de sainteté, sans qu’il y ait une foi explicitement chrétienne. Ils ont cherché Dieu loyalement, ils ont écouté et suivi la voix de leur conscience. S’il avait pu connaître le Christ en vérité, ils auraient sans doute demandé le baptême, se disaient alors les chrétiens, élargissant ensuite ce baptême de désir à tous les justes de tous les temps.

 

Le problème avec cette ligne inclusiviste, c’est qu’elle tombe très vite dans la récupération, insupportable aux yeux des non-chrétiens. Dans les années 60 par exemple, pour essayer de récupérer la générosité des militants révolutionnaires qui combattaient les injustices et les dictatures, on disait : ‘ce sont des chrétiens qui s’ignorent’. La thèse du christianisme anonyme (Karl Rahner) a eu ses heures de gloire, tentant de concilier l’Église avec le meilleur de son époque. ‘Tu es chrétien sans le savoir’ était alors la marque d’amitié ‑ inconsciemment condescendante – des cathos vis-à-vis des marxistes, des humanitaires, des scientifiques ou autres valeurs montantes de ces générations.

Une telle récupération nous paraît aujourd’hui insupportable. À bien y regarder cependant, elle refait surface avec une troisième attitude qui sacralise la pluralité des choix de vie, sans discernement ni jugement.

 

3. Le pluralisme : le Christ parmi les religions

Car certains dénoncent encore un sentiment chrétien de supériorité dans les deux attitudes précédentes. Aussi valorisent-ils, dans la dernière problématique qu’est le pluralisme, la diversité légitime des voies d’accès à Dieu. Les religions sont alors les différentes réponses humaines à l’unique réalité divine, les chemins de montagne qui montent vers le même sommet [2].

Jésus n’est plus normatif : il devient le Christ parmi les religions.

 

Les six aveugles et l'éléphantCette position s’appuie souvent sur le Jugement dernier des païens (Mt 25,31–46), où Jésus ne prend pas comme critère du salut des païens le fait de vouloir être baptisé ou pas mais l’accomplissement du commandement de l’amour du prochain.

Le risque est grand alors de dissoudre l’originalité du christianisme dans une vague religion de l’amour, universelle et humaniste. Pourtant, lorsque cet humanisme sans Dieu commence à faire le malheur des peuples, les chrétiens étonnés ne reconnaissent plus de convergence évidente entre l’Évangile et les idéologies modernes.

Pourtant, lorsque les autres religions deviennent à leur tour exclusivistes et intolérantes, les baptisés sont bien obligés de réfléchir à la différence chrétienne, et à la nécessité d’annoncer l’Évangile « à temps et à contretemps ».

 

L’exclusivisme tue l’élan missionnaire en supposant que la « chrétienté » embrasse tout.

L’inclusivisme confond évangélisation et approbation des bonnes choses contenues dans chaque tradition, sans avoir le courage de s’opposer, de dénoncer.

Le pluralisme éteint l’élan missionnaire avec la maxime pluraliste : ‘chacun son chemin’. Pourquoi ennuyer l’autre avec ma foi alors qu’il ne cherche rien ? Pourquoi annoncer le Christ ressuscité si tout se vaut ? Le pluralisme est très vite hanté par le relativisme…

 

Dieu aime les païens

Les saints païens de l'Ancien TestamentLa solution à ce tiercé maudit a été trouvée par Vatican II et sa définition de l’Église comme sacrement, c’est-à-dire « signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité du genre humain » (Lumen Gentium n°1).

L’Église est signe, c’est-à-dire qu’elle désigne une réalité plus grande qu’elle-même : le royaume de Dieu. Ce royaume, inauguré dans la résurrection de Jésus et l’effusion de son Esprit, la dépasse de toutes parts. Dieu est libre de communiquer son Esprit et sa grâce en dehors des frontières visibles de l’Église.

« En effet, ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel ».  Lumen Gentium n°16

 

Mais l’Église est encore moyen, et même un moyen privilégié, puisque la vieille définition du sacrement nous dit qu’il réalise ce qu’il signifie, qu’il accorde réellement le don qu’il invoque. Si bien qu’on peut retourner la formule : « hors de l’Église pointe salut » en : « dans l’Église, il y a plénitude de salut », ce qui ne préjuge pas de la part de salut se réalisant en dehors d’elle.

 

François Varillon diagnostiquait déjà en 1980 que le refus de l’Église actuelle n’est peut-être pas systématiquement le refus du Christ :

 berger dans Communauté spirituelleQu’en est-il donc pour ceux qui ne connaissent pas l’Église ? Sont-ils sauvés ?

La question est de savoir pour quelles raisons ils refusent l’Église. Il est plus que probable que la plupart d’entre eux refusent l’Église pour de bonnes raisons : ils n’y voient pas la manifestation visible de Jésus Christ mais une organisation qui leur paraît décadente ; ils ont l’impression que l’Église est le lieu de toutes les superstitions ; ils estiment (ils n’ont pas toujours tort d’ailleurs) qu’elle est l’alliée des puissances de ce monde, etc., bref, ils ne voient dans l’Église qu’une caricature. Je sais bien que souvent nous donnons prise à la caricature, et nous devons faire notre mea culpa.

Il est bien certain que des millions d’hommes qui ne connaissent pas l’Église ou qui, la connaissant, ne veulent pas en entendre parler pour les raisons que je viens de dire, appartiennent invisiblement à l’Église, c’est-à-dire sont sauvés, divinisés, auront une éternité comme nous espérons l’avoir (la participation à la vie même de Dieu), dans la mesure où ils obéissent à leur conscience.

Dieu seul peut savoir si quelqu’un appartient ou non à l’Église invisiblement ; moi, je n’en suis absolument pas juge. Comme le disait saint Augustin : 

« II y en a qui se croient dedans et qui sont dehors ; il y en a qui se croient dehors et qui sont dedans ».

La question est de savoir si tous ces hommes que nous appelons des incroyants, à supposer que l’Église puisse leur être présentée telle qu’elle est, sans caricature, c’est-à-dire comme le signe historique de notre divinisation, y adhéreraient ou non.

François Varillon, Joie de croire, joie de vivre, Ed. Le Centurion, 1981, p. 116.

 

Dieu aime les païens. Jésus louait la foi du centurion romain : « jamais en Israël je n’ai vu une foi aussi grande ». Il s’inclinait devant la foi de la cananéenne : « femme, ta foi est grande ». Pourtant, il ne les a pas baptisés ! Le centurion est resté romain, la femme est restée cananéenne. Zachée lui non plus n’est pas devenu membre de l’Église, et pourtant « aujourd’hui, le salut est entré dans sa maison ».

« Dieu veut que tout homme soit sauvé » (1Ti 2,4). Pour cela, il nous offre l’Église, signe et moyen privilégié pour recevoir ce salut. Allons-nous en faire une source de conflit avec les autres ?

 

L’exclusivisme est tenté par l’intolérance, l’inclusivisme par la récupération, le pluralisme par le relativisme.
Dans le dialogue interreligieux qui est aujourd’hui une composante indispensable de la mission, on attend des progrès significatifs de la théologie chrétienne des religions, qui permettent de dépasser ces trois attitudes et leurs excès.

 

Et vous, comment vous situez-vous ? 

Comment voyez-vous « les autres brebis », « des autres bergeries » ?

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[1]. Cf. DUPUIS J., Jésus-Christ à la rencontre des religions, Desclée, Coll. Jésus et Jésus-Christ n° 39, Paris, 1989.

[2]. Une image célèbre compare Dieu à cet éléphant que plusieurs touchent dans le noir. Celui qui a touché le flanc dit : « L’éléphant est semblable à un mur ». Celui qui touché la cuisse dit: « L’éléphant est semblable à un arbre ». Celui qui a touché la queue dit: « L’éléphant est semblable à une corde ». Ils s’accusent tous mutuellement d’avoir tort, alors que chacun ne perçoit qu’un aspect de la même réalité.

 

LECTURES DE LA MESSE 

PREMIÈRE LECTURE
« En nul autre que lui, il n’y a de salut » (Ac 4, 8-12)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, Pierre, rempli de l’Esprit Saint, déclara : « Chefs du peuple et anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui pour avoir fait du bien à un infirme, et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant. Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. »

PSAUME
(Ps 117 (118), 1.8-9, 21-23, 26.28-29)
R/ La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. ou : Alléluia ! (Ps 117, 22)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ;
mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les puissants !

Je te rends grâce car tu m’as exaucé : tu es pour moi le salut.
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.
Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !

De la maison du Seigneur, nous vous bénissons !
Tu es mon Dieu, je te rends grâce, mon Dieu, je t’exalte !
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !

DEUXIÈME LECTURE
« Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-2)

Lecture de la première lettre de saint Jean
Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.

ÉVANGILE
« Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11-18)
Alléluia. Alléluia. Je suis le bon pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus déclara : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »
Patrick Braud

 

 

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