L'homélie du dimanche (prochain)

24 mai 2026

Comment parler de la Trinité ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Comment parler de la Trinité ?

 

Homélie pour le Dimanche de Pentecôte / Année A 

31/05/26 


Cf. également :

La Trinité, mon fidèle garagiste
Trinité : le triangle amoureux
Trinité : quelle sera votre porte d’entrée ?
La structure trinitaire de l’eucharistie
La Trinité est notre programme social

Trinité économique, Trinité immanente
Les trois vertus trinitaires
Vivre de la Trinité en nous
La Trinité, icône de notre humanité
L’Esprit, vérité graduelle
Trinité : Distinguer pour mieux unir
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs
Les bonheurs de Sophie
Trinité : au commencement est la relation
La Trinité en actes : le geste de paix
La Trinité et nous

 

1. Les métaphores de la Trinité

Comment parler de ce qui nous dépasse absolument ? 

Comment, avec des mots, décrire Celui que rien ne peut contenir, ni l’espace ni le temps, ni même le langage ? 

Comment expliquer l’infini avec le fini ?

Les Pères de l’Église ont cherché à relever ce défi, surtout dans leurs homélies, pour que le peuple chrétien devine, pressente, approche l’ultime clé de voûte de la Révélation : la divinité de Jésus le Christ, la communion d’amour de l’Esprit Saint unissant le Père et le Fils en un seul Dieu (mais non en un Dieu seul !). Aussi ils ont puisé dans la nature, dans l’être humain, ou dans les sciences, des images aidant à comprendre comment Dieu peut être Un en Trois, sans toutefois épuiser la richesse de ce mystère. Rappelons que mystère en grec (mysterion, sacramentum en latin) ne signifie pas énigme incompréhensible mais au contraire révélation toujours plus compréhensible, qu’on n’aura jamais fini de comprendre parce que c’est inépuisable.

Voici les principales métaphores utilisées par les Pères de l’Église dans les premiers siècles pour évoquer la Trinité.

 

– La source, le fleuve et l’eau

C’est l’une des images des plus anciennes pour exprimer la consubstantialité (même nature) tout en distinguant les trois personnes divines. La source jaillit, le fleuve en découle, et l’eau leur est commune. Tertullien écrivait (en 213) : « Le Père est toute la substance ; le Fils en est une dérivation et une partie, comme il le déclare lui-même : « Mon Père est plus grand que moi. » [...] De même que la source et le fleuve sont deux formes, mais indivisibles » (Contre Praxeas, 9).

 

– Le soleil, le rayon et la lumière

Comment parler de la Trinité ? dans Communauté spirituelle umni0mckb4_0lx6o3skglfzcox4Contre les disciples d’Arius qui niaient la divinité du Christ, Athanase d’Alexandrie (IV° siècle) prenait l’image de l’astre solaire qui tout en restant lointain (le Père) produit la lumière et la chaleur (l’Esprit) et le rayon (le Christ) qui nous touchent. La chaleur n’est pas le rayon de soleil, qui  lui- même n’est pas la source, mais les trois sont inséparables.

« Qui oserait dire que l’éclat est étranger au soleil, ou que le soleil est séparé de son éclat ? [...] De même que le soleil et son rayon sont un, ainsi la divinité du Fils est celle du Père » (Discours contre les Ariens, II, 33).

 

Jean Damascène (VII° siècle) prendra l’image du feu au lieu du soleil : « Dans le feu, il y a le feu lui-même, la lumière et la chaleur. La lumière et la chaleur sont engendrées par le feu, mais elles sont coéternelles avec lui, sans que le feu ne les précède dans le temps » (De la foi orthodoxe, Livre I, chapitre 8).

 

– La racine, la tige et le fruit

Tertullien à nouveau part de cette humble réalité agricole connue de tous : une plante comme unité organique est composée de trois parties distinctes, et là encore inséparables : « La racine pousse la tige, et la tige produit le fruit ; ces trois objets sont distincts, mais ils ne font qu’un dans la plante » (Contre Praxeas, 8).

 

– La mémoire, l’intelligence, et la volonté

Cette analogie psychologique développée par Augustin d’Hippone (début V° siècle) repose sur une vision de l’être humain où ces trois facultés de l’esprit se conjuguent au service d’un seul.

« Puisque donc ces trois choses, mémoire, intelligence, volonté, ne sont pas trois vies, mais une seule vie ; ni trois esprits, mais un seul esprit : il s’ensuit qu’elles ne sont pas trois substances, mais une seule substance » (De Trinitate, Livre X, 11,18).

 

– La source et les deux bras (le Y de l’eau)

Grégoire de Nysse (IV° siècle) utilise des images de flux liquides pour contrer l’idée que le Fils et l’Esprit seraient inférieurs au Père.

« Imaginez une source unique de laquelle partent deux fleuves : l’unité de la source n’est pas divisée par la dualité des courants » (Ad Ablabium, Qu’il n’y a pas trois Dieux).

 

 apophatisme dans Communauté spirituelle– Le trèfle (à trois feuilles)

Plus tardivement, on attribue à Saint Patrick (V° siècle) une catéchèse trinitaire à partir d’un trèfle, si commun en Irlande : il n’y a qu’une seule plante mais les trois feuilles sont distinctes. Voilà pourquoi les vaillants rugbymen du XV d’Irlande portent toujours un trèfle cousu sur leurs maillots…

 

– La pensée, la voix, et le verbe

Grégoire de Naziance (IV° siècle) souligne le processus de formation du langage, de l’idée qui habite l’esprit humain à la parole dite à l’autre, via le souffle de la voix qui relie les deux. Aucun des trois n’existe sans les autres, et pourtant elles restent distinctes.

« Le Père est le Noûs (l’Intelligence), le Fils est le Logos (la Parole), et le Saint-Esprit est le Pneuma (le Souffle) qui accompagne la Parole » (Discours 31, Sur le Saint-Esprit).

 

 métaphore– Les trois soleils

Grégoire de Naziance a aussi utilisé cette image pour expliquer comment notre esprit perçoit l’unité à travers la pluralité : si trois soleils étaient étroitement mêlés, on ne verrait qu’une seule lumière globale.

« À peine ai-je commencé à penser à l’Unité que la Trinité me baigne de sa splendeur. À peine ai-je commencé à penser à la Trinité que l’Unité me saisit à nouveau. [...] C’est comme si l’on voyait trois soleils se pénétrer l’un l’autre, et que le mélange de leurs lumières n’en produisait qu’une seule » (Discours 40, Sur le Baptême, 41).

 

– Le triangle équilatéral

Ceux qui aiment la rigueur mathématique seront servis : trois côtés distincts mais égaux, une seule surface, une seule figure. Augustin écrivait : « Dans un triangle équilatéral, il y a trois angles égaux, mais une seule et même grandeur de surface » (De Trinitate, Livre V).

 

Les analogies géométriques continuent à fasciner : Lacan en psychanalyse a noirci des tableaux de cercles, de nœuds gordiens et de mathèmes touchant à la théologie ; l’ésotérisme,  la franc- maçonnerie, les philosophies des sciences cherchent depuis toujours des correspondances entre les sciences et le divin…

 

– L’analogie arithmétique
Contrairement à l’addition (1+1+1=3), qui diviserait Dieu, des théologiens ont utilisé la multiplication pour montrer l’unité intrinsèque des Trois : 1x1x1 = 1 ; l’unité multipliée par elle-même reste l’unité. « La substance conserve l’unité, la relation multiplie la Trinité » (Boèce, VIe siècle, De Trinitate).

 

Trinité bouclier PFE– Le bouclier de la foi (« Scrutum Fidei »)

Ce diagramme logique est apparu dans l’héraldique médiévale (XII°–XIII° siècle) pour éviter toute confusion entre les trois personnes divines. Le schéma en forme de triangle, de bouclier (ou de cercle avec quatre nœuds) illustre simplement que le Père est Dieu, ainsi que le Fils et l’Esprit, alors que le Père n’est pas le Christ, ni l’Esprit, et l’Esprit n’est pas le Fils.

 

- L’analogie de l’amour humain

Elle a le mérite d’évoquer Dieu non comme un objet (eau, feu, plante, triangle etc.) mais comme un ensemble de relations. C’est Augustin qui en parle d’expérience (il a vécu quelques années avec une femme, dont il a eu un enfant, avant de se convertir et de devenir évêque d’Hippone) : « Tu en vois trois : celui qui aime, celui qui est aimé, et l’Amour » (Ecce tria sunt : amans, et quod amatur, et amor ; De Trinitate, Livre VIII, 10, 14).

Pour qu’il y ait amour humain, il faut trois éléments : l’aimant (e), l’aimé(e), l’amour lui-même. C’est la relation d’amour qui fait exister le couple, au point que celui-ci devient un troisième, inséparable de l’aimant et de l’aimé. Thomas d’Aquin dira plus tard que « en Dieu, la relation est substantielle » : c’est parce que Dieu aime qu’il est Dieu et non l’inverse. L’amour suscite le Verbe comme Fils bien- aimé et en même temps établit la paternité de Celui qui en est la source. La relation de communion qui unit les deux fait exister l’Esprit comme le trait d’union vivant où la circulation de l’amour (périchorèse en grec, circumincession en latin) unit sans confusion, personnalise chacun des Trois sans séparation. 

« Sans confusion ni séparation » est d’ailleurs l’une des expressions-clés du premier concile de Nicée (325) qui affirmait ainsi l’unité des deux natures humaine et divine en Jésus de Nazareth. Cette formule s’applique à merveille à la trinité des personnes divines.

 

2. Ressemblance et dissemblance

 oxymoreLes Pères de l’Église étaient bien conscients des limites de ces recours aux métaphores. Ces images sont imparfaites et ne peuvent traduire la totalité du mystère trinitaire, toujours infiniment plus compréhensible. Par exemple, dans l’image du soleil, le rayon est plus faible que l’astre, qui ne correspond pas à l’égale dignité trois personnes divines. De même l’image de la source semble induire une disparition de celle-ci dans le fleuve, ou une scission en deux bras. Et chaque pétale du trèfle n’est qu’un tiers du trèfle, pas le trèfle lui- même.

Bref : notre langage, notre raison ne pourront jamais épuiser ni traduire en plénitude la réalité trinitaire.

 

Le IV° concile du Latran (1215) a produit à cet égard une phrase magnifique et essentielle.

« Entre le Créateur et la créature, on ne peut noter de ressemblance telle qu’on ne doive noter entre eux une plus grande dissemblance » (Quia inter creatorem et creaturam non potest tanta similitudo notari, quin inter eos maior sit dissimilitudo notanda).

Cette phrase agit comme un garde-fou métaphysique. Elle signifie que chaque fois que nous disons quelque chose de « vrai » sur Dieu par analogie (Dieu est « Père », Dieu est « Lumière », Dieu est « Amour »), l’écart entre le sens humain de ces mots et leur réalité divine reste infiniment plus vaste que leur point commun.

 

La tradition mystique de l’apophatisme (du grec apophasis, négation) en a tiré la conclusion logique qu’on ne peut dire qui est Dieu vraiment, mais seulement ce qu’il n’est pas [1].

Dès que je dis quelque chose sur Dieu (exemple : Dieu est amour), aussitôt je dois le nier en rappelant que l’amour en Dieu ne ressemble pas à notre amour humain (la dissemblance est plus forte que la ressemblance). Car Dieu n’est pas qu’amour ; il est aussi justice, jalousie, absence, ténèbres… Dieu est donc au-delà de l’amour, car l’amour n’est pas Dieu. Il est également au-delà de la bonté, car la bonté en Dieu n’a rien à voir avec notre concept moral ou émotionnel : la dissemblance est plus forte que la ressemblance.

 

Jeu des 7 erreursCette dissemblance flagrante porte l’intelligence à admettre qu’elle ne saisit rien de Dieu, ce qui est le début de la contemplation mystique. Nicolas de Cues (XV° siècle) parlait de la « docte ignorance », cette confession de non-savoir qui n’éteint pas la quête spirituelle mais au contraire la plonge au cœur du trop-compréhensible. On parle de Dieu pour ne pas rester muet, mais on nie aussitôt ce qu’on vient de formuler pour ne pas devenir idolâtre.
Rappelez-vous le jeu des 7 erreurs entre deux dessins dans nos journaux : entre Dieu et nos images de lui, il y a bien plus que 7 erreurs !

 

Denis l’Aréopagite (V° siècle) écrivait :

« Trinité suressentielle, plus que divine et plus que bonne [...] conduis-nous jusqu’au seuil ultime des Écritures mystiques, là où les mystères de la théologie, simples, absolus et immuables, se découvrent dans la Ténèbre plus que lumineuse du silence ».

De la docte ignorance« C’est par l’arrêt de toute activité intellectuelle que l’on s’unit, selon le meilleur de soi-même, à Celui qui dépasse toute intelligence, et c’est en ne connaissant rien que l’on connaît au-delà de l’esprit. [...] Nous prions pour entrer dans cette Ténèbre qui est au-dessus de la lumière, afin de voir et de connaître, par l’aveuglement et l’ignorance, Celui qui est au-delà de toute vision et de toute connaissance » (La Théologie Mystique, Ch. I, 1 et 3).

« La manifestation de Dieu se produit d’abord dans la lumière ; puis, à mesure que l’esprit progresse et que, par une application plus haute et plus parfaite, il parvient à pénétrer la réalité, il voit la nature divine dans la ténèbre. [...] Car ce qui est laissé en dehors de la connaissance est une ténèbre lumineuse, parce que l’intelligence, en cherchant à voir ce qui est invisible, est enveloppée par l’obscurité de l’incompréhensibilité ». 

« La véritable connaissance de Celui que nous cherchons et sa véritable vision consistent en ceci : ne pas voir. Car Celui que nous cherchons dépasse toute connaissance, étant séparé de toutes parts par son incompréhensibilité comme par une ténèbre » (La Vie de Moïse, Livre II, 163-164).

 

 TrinitéAu XVI° siècle, Jean de la Croix reprend cette intuition sous le terme de « Nuit Obscure ». Pour lui, la lumière divine est si forte qu’elle est « nuit » pour notre entendement limité.

« Cette nuit obscure est l’influence de Dieu dans l’âme [...] les contemplatifs l’appellent contemplation infuse ou théologie mystique. [...] Plus la lumière divine est claire et plus elle est pure, plus elle obscurcit les ténèbres de l’intelligence. [...] C’est ainsi que la lumière de la foi, par son excès, est pour l’âme une ténèbre épaisse » (La Nuit Obscure, II, 5).

La ténèbre n’est pas une absence de lumière, mais un excès de clarté que l’esprit ne peut supporter (comme l’obscurité pour la chauve-souris en plein jour). Pour voir Dieu, il faut cesser de vouloir le « saisir » avec des concepts (mots, images, métaphores).

Dieu reste le « Tout-Autre », même dans l’union la plus intime.

 

occis-mortLes auteurs mystiques utilisent très souvent des oxymores (mélange d’opposés). C’est le seul moyen pour eux de respecter la « plus grande dissemblance » de Latran tout en parlant d’une expérience réelle.

Le Dieu Trinité est ainsi ténèbres lumineuse, unité plurielle, mouvement immobile, distinction inséparable, éternelle génération, solitude communiante… 

Seul l’oxymore peut garder la trace de la tension entre des contraires qui en Dieu se conjuguent (coincidentia oppositorum). L’oxymore est le signe que le langage humain « craque » sous le poids du sujet trinitaire.

Comme le disait Saint Hilaire de Poitiers : « L’erreur des hérétiques nous force à exposer aux périls du langage humain les secrets des choses célestes ».

Et Augustin avertissait les catéchumènes : « Si tu le comprends, ce n’est pas Dieu » (Si comprehendis, non est Deus).


Gardons nous aussi cette double nécessité : 

- parler de la Trinité avec des images simples et accessibles pour nourrir ceux qui la cherchent, 

- et toujours inviter à aller « au-delà »

______________________________

[1]. Position d’ailleurs assez proche de la théorie philosophique de Karl Popper au sujet de la vérité scientifique : la science ne peut dire ce qui est vrai, mais seulement ce qui est faux (falsifiabilité).

 

 

LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
« Le Seigneur, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux » (Ex 34, 4b-6.8-9)


Lecture du livre de l’Exode
En ces jours-là, Moïse se leva de bon matin, et il gravit la montagne du Sinaï comme le Seigneur le lui avait ordonné. Il emportait les deux tables de pierre. Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer là, auprès de Moïse. Il proclama son nom qui est : LE SEIGNEUR. Il passa devant Moïse et proclama : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna. Il dit : « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous. Oui, c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous ton héritage. »


CANTIQUE
(Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56)
R/ À toi, louange et gloire éternellement !
 (Dn 3, 52)


Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères : R/
Béni soit le nom très saint de ta gloire : R/
Béni sois-tu dans ton saint temple de gloire : R/


Béni sois-tu sur le trône de ton règne : R/
Béni sois-tu, toi qui sondes les abîmes : R/

Toi qui sièges au-dessus des Kéroubim : R/
Béni sois-tu au firmament, dans le ciel, R/


DEUXIÈME LECTURE
« La grâce de Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit » (2 Co 13, 11-13)


Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix. Tous les fidèles vous saluent.
Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.


ÉVANGILE
« Dieu a envoyé son Fils, pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 16-18)
Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Patrick BRAUD

 

Mots-clés : , , ,

17 mai 2026

La soudaineté de Pentecôte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La soudaineté de Pentecôte 

 

Homélie pour le Dimanche de Pentecôte / Année A 

24/05/26 


Cf. également :

Le délai entre Pâques et Pentecôte
La séquence de Pentecôte
Pentecôte : un universel si particulier !
Le déconfinement de Pentecôte
Les langues de Pentecôte
Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre


1. ἄφνω, la marque de l’Esprit

Voilà un petit mot qui en dit long sur l’irruption de l’Esprit dans nos vies : « soudain » (φνω en grec = afnō) : « Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière » (Ac 2,1-2). La soudaineté est l’une des caractéristiques les plus typiques de l’événement de Pentecôte : l’Esprit fond sur nous à l’improviste, sans que nous ayons pu le calculer ou le prévoir, sans que nous puissions le maîtriser. L’imprévisible et le non maîtrisable sont de bons marqueurs de la venue de l’Esprit en nous : pur don, il échappe à nos maturations et à nous efforts ; pure liberté, il ne se laisse pas instrumentaliser et nous ne pouvons pas mettre la main sur lui.

 

La soudaineté de Pentecôte  dans Communauté spirituelle df93f6_70a68b60191040409cda9c79c43ff289~mv2Ici à Pentecôte, l’Esprit fond sur le groupe du Cénacle pour les libérer de leur peur et leur donner l’audace du témoignage devant la foule, « avec assurance ». On retrouve d’ailleurs le caractère soudain de cette libération un peu plus loin avec Paul, lorsque de manière inattendue un tremblement de terre lui ouvre les portes de sa prison et rompt ses liens : « Tout à coup, il y eut un violent tremblement de terre, qui secoua les fondations de la prison : à l’instant même, toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous les détenus se détachèrent »  (Ac 16,26). Comme une réplique sismique de la première Pentecôte… Cette libération inespérée est aussi rapide que la foudroyante morsure d’un serpent venimeux (Ac 28,6). Ce sont là les seuls usages du terme φνω (rapportés à l’Esprit), et ils sont dans les Actes. 

Pour en mesurer la portée, on peut les comparer aux autres usages qu’en fait la LXX (Septante = version grecque de l’Ancien Testament). Ils décrivent des situations beaucoup plus sombres : l’arrivée subite du plus fort (Jo 10,9), la terreur du châtiment qui approche (Pr 1,27), le temps du malheur auquel l’homme est tout à coup enlacé comme dans un filet (Qo 9,12), le campement dévasté en un clin d’œil (Jr 4,20) par des bandes armées qui fondent  sur le peuple (Jr 18,22), la chute incroyable de Babylone devant les Perses (Jr 51,8 ; Is 47,11), ou la terreur de Job que son ami voudrait expliquer par son aveuglement devant sa faute (Jb 22,10). On le voit : dans la LXX, φνω est associé au jugement, à la catastrophe, à la terreur. Le contraste est saisissant avec le φνω des Actes qui annoncent au contraire une libération, une grâce. Avant le Christ, φνω manifeste la ruine, le malheur, la chute. Après le Christ, φνω annonce la plénitude, la richesse spirituelle, la naissance de l’Église. Le φνω de la LXX détruisait pour punir. Le φνω de Pentecôte détruit (les verrous du Cénacle) pour libérer. Il détruit la peur, le repli communautaire, la barrière des langues.

Avant, φνω est le cri de qui est surpris par la colère de Dieu. Dans les Actes, c’est le souffle de celui qui est surpris par son amour. Dans les deux cas, cela signifie : « vous n’êtes plus maîtres du temps ».

 

Lorsque nous sommes dépossédés en un clin d’œil de notre maîtrise sur ce qui nous arrive, il y a des chances qu’une petite Pentecôte soit à l’œuvre en nous…

Ce qui n’est pas prévu, ce qui nous échappe, ce qui nous transforme instantanément : voilà les traces auxquels nous reconnaîtrons avoir été visités par l’Esprit de Pentecôte !

 

2. « L’événement sera notre maître intérieur »
L'événement sera notre maître intérieur
La phrase est du philosophe chrétien Emmanuel Mounier [1] (1905-1950), fondateur du personnalisme. Elle peut nous permettre d’articuler les événements de notre vie avec la soudaineté de Pentecôte. Mounier constatait que l’humanité a tendance à s’endormir dans ses habitudes, ses systèmes et certitudes. Sortir de notre zone de confort nous est pénible. L’événement est ce qui vient « violer » cette clôture. Comme le φνω a brisé les verrous des disciples auto-confinés au Cénacle, l’événement est ce qui vient « violer » notre autosuffisance et nous projeter à l’extérieur, là où des foules étrangères nous attendent. L’événement devient un maître parce qu’il nous force à sortir de notre porte propre centre. Personne ne commande à l’Esprit Saint : nous expérimentons l’événement comme une autorité qui nous déplace.

Pour Mounier, c’est par cette confrontation dans l’événement à ce qui nous dépasse que nous devenons réellement nous-même : l’événement nous personnalise, en ce sens qu’il nous met en relation avec ce qui nous fonde, ce qui nous suscite comme sujet, et qui est plus grand que nous. Il nous fait devenir nous-même. Le maître intérieur, c’est bien ce souffle de Pentecôte qui nous saisit entièrement et nous propulse vers une histoire renouvelée.

Il y a dans le φνω de Pentecôte une pédagogie de désappropriation : la vérité ne se possède pas, elle survient. L’événement soudain est la ligne de fracture de cette transformation de notre être.

 

Relisez les Écritures : il y a de l’inattendu et des surprises à tous les chapitres ! Telle bataille tourne au désastre ou au contraire au triomphe. Quand le peuple se détourne de Dieu, le surgissement d’un prophète peut changer la pratique collective, mais peut également se heurter à la dureté de cœur du peuple. Même en Exil où apparemment tout est perdu, il suffit d’un roi nouveau pour que tout redevienne possible : donner à Cyrus le titre de Messie (Is 45,1) est cette reconnaissance de l’action divine à travers l’événement inattendu de son décret de retour en Israël.

Bataille, prophète, nouveau roi perse…: les textes bibliques scrutent les bifurcations de l’histoire pour y discerner l’inattendu de Dieu.

Le discernement historique est alors une école d’interprétation, où les événements en tant qu’énigmes, surgissements de non-maîtrisable et créations de possibles imprévus, sont nos maîtres, selon la formule d’Emmanuel Mounier : « l’événement sera notre maître intérieur ».

 

Jésus-Christ est en personne l’événement par excellence, l’action par laquelle Dieu met fin à l’ancien monde. Il ne l’est pas en tant que fait établi du passé. Il l’est en tant qu’événement présent, en tant qu’il s’adresse à chacun ici et maintenant dans la lecture ou la prédication. À la lecture ou l’audition de l’évangile, Dieu entre en relation avec l’homme, l’éternel pénètre dans le temporel, le transcendant se manifeste au sein de l’immanent. C’est l’instant présent de cette rencontre qui change tout et fait tout basculer. Dans l’accueil de la Parole du Christ se joue maintenant l’événement du salut.

 

Finalement qu’est-ce qu’un événement

Cone temporelC’est ce qui introduit une brisure de symétrie fondamentale entre passé et futur : une modification dont on repère après coup l’importance (ou au contraire l’insignifiance) en ce qu’elle aura provoqué ou permis une évolution vers un état ultérieur qui n’était pas strictement prédictible auparavant (de façon nécessaire et univoque).

De tels événements n’ont lieu qu’une fois, et cessent d’exister une fois réalisés, au sens où ils ne réapparaîtront jamais identiques à eux-mêmes. En ce sens, ils sont irréversibles, contrairement à beaucoup d’autres choses que nous faisons et répétons.

Notre vie est remplie de tels événements, qui se présentent à nous, venus d’ailleurs, comme des bifurcations possibles. 

Ce peut être une crise financière, un divorce aussi bien qu’une naissance, une rencontre fortuite comme un accident… 

Suite à une jambe cassée qui lui donne le temps de lire, Ignace de Loyola devient le fondateur des jésuites au lieu d’un noble chevalier.

Suite à un éblouissement sur le chemin de Damas, Saul deviendra Paul au lieu du persécuteur.

Suite à l’écoute du Magnificat derrière un pilier de la cathédrale Notre-Dame de Paris, Paul Claudel se convertit et écrira ensuite : « je suis devenu chrétien en un instant ».

À nous de déchiffrer « ce qui nous arrive », heureux ou douloureux, comme autant d’événements, c’est-à-dire d’appels à nous engager avec le Christ pour devenir nous-même, et écrire notre propre histoire à la manière de Luc.

« L’événement sera notre maître intérieur » : Luc peut nous serve de grand frère pour – nous aussi - donner un sens aux événements qui nous tombent dessus, et pour nous engager dans les bifurcations qu’ils dessinent…

 

À travers ce qui nous arrive (ex-venire : l’événement est ce qui surgit de l’extérieur), ce qui est imprévu, ce qui nous est donné gratuitement, la dynamique de Pâque fait son travail en nous. Nous sommes appelés à pratiquer une lecture pascale de notre histoire.

Pratiquer une lecture pascale de son existence, c’est discerner, avec l’aide de l’Esprit (et d’un bon accompagnateur spirituel !) ce qui en moi demande à mourir, à disparaître, et ce que Dieu appelle à faire surgir. 

C’est relire les événements qui me bousculent pour y discerner les appels de l’Esprit.

C’est accepter de traverser les inévitables petites morts d’un parcours humain pour s’ouvrir aux renaissances à venir. 

C’est déchiffrer le sens caché, le sens profond, de telle rencontre, de telle parole. 

C’est aller jusqu’au bout des vrais désirs, des désirs forts, des saints désirs que Dieu suscite en moi et pour lesquels je dois bousculer ma vie. 

C’est contempler la Passion du Christ, et y reconnaître la passion que je suis appelé à vivre avec lui, pour vivre avec lui. 

 

recitatif_20230213 évènement dans Communauté spirituelleSi la Pentecôte n’était pas φνω (soudaine), elle serait une déduction logique de la foi des apôtres. Parce qu’elle est φνω, elle est un événement pur. Elle devient alors ce « maître » qui ne vient pas de nous, mais qui parle en nous, nous rendant enfin « personnes » au sens de Mounier : des êtres de relation, de don et de témoignage. « L’événement est notre maître intérieur car il nous révèle à nous-même en nous arrachant à nous-même ».

 

La Pentecôte n’est pas une évolution lente. Ce n’est pas le résultat d’un séminaire de formation ou d’une montée en puissance psychologique des apôtres. C’est une irruption. C’est le passage de la ligne de faille entre notre temps humain — celui où l’on attend, où l’on calcule, où l’on s’enferme — et le temps de Dieu, qui est celui de l’événement pur.

 

S’arrêter sur ce « soudain », c’est comprendre que la vie spirituelle n’est pas une possession, mais une surprise. Les disciples étaient là, dans la chambre haute. Ils priaient, certes. Mais ils étaient aussi verrouillés par la peur, par le deuil, par l’incertitude du « et maintenant ? ».

Dieu nous dit : « Je ne demande pas la permission de vos habitudes pour venir vous sauver. » La Pentecôte, c’est l’anti-confort. C’est la preuve que Dieu est vivant parce qu’il est imprévisible.

Ce qui nous arrive — ce qui nous bouscule, ce qui nous déloge de nos certitudes — est souvent le lieu où Dieu nous enseigne le mieux.

Les apôtres n’ont pas appris l’Esprit Saint dans des livres. Ils l’ont appris parce qu’ils ont été traversés par l’Événement. Ce « maître intérieur », ce n’est pas une petite voix tranquille qui nous murmure ce que nous avons envie d’entendre. C’est une force qui, une fois entrée, devient la nouvelle boussole de notre existence.

Avant le soudain de la Pentecôte, les disciples se regardaient eux-mêmes. Après le soudain, ils regardent le monde. Le Maître intérieur les a déplacés. Il ne leur a pas donné des réponses, il leur a donné un élan.

 

Nous vivons souvent dans l’attente d’un moment favorable pour témoigner de notre foi, pour pardonner, ou pour changer de vie. Nous attendons d’être « prêts ».

Mais la Pentecôte nous enseigne que l’on n’est jamais prêt pour l’Esprit Saint. C’est l’Esprit qui, en survenant, nous rend aptes.

L’événement nous arrache à nous-même. L’événement nous « personnalise », c’est-à-dire fait de nous des êtres ouverts à la relation, capables de parler une langue que les autres comprennent.

Regardez Pierre : quelques semaines plus tôt, il tremblait devant une servante. Soudain, le voilà debout devant la foule qui parle avec assurance. Qu’est-ce qui a changé ? Est-il devenu plus intelligent ? Plus courageux par lui-même ? Non. Il a laissé l’événement — cette rencontre fulgurante avec le Souffle — devenir son seul Maître. Il ne s’appartient plus.

 

Aujourd’hui, où sont nos portes closes ? Quelles sont les chambres hautes de nos vies où nous restons enfermés par peur du dehors ?

La Pentecôte n’est pas un anniversaire historique. C’est une structure de la vie chrétienne. Demander l’Esprit, c’est accepter de ne pas être le maître de son propre calendrier. C’est accepter que Dieu puisse faire irruption dans nos vies, soudainement, par une rencontre, par une épreuve, par une joie inattendue, et que cet événement devienne notre boussole véritable.

Que ce « Maître intérieur » nous apprenne à ne plus craindre l’imprévu de Dieu. Car c’est dans la brèche de l’imprévu que l’Esprit se glisse pour faire de nous des témoins de la Résurrection.

 

Prière au Dieu de l’Imprévu

Seigneur, Dieu du Souffle et de l’Instant,

Nous venons devant Toi avec nos agendas et nos sécurités,

Avec nos chambres hautes bien verrouillées et nos silences prudents.

 

Départ au lof sou spiNous attendons souvent un signe que nous puissions contrôler,

Une lumière qui ne nous éblouisse pas trop.

Mais Toi, Tu es le Dieu du φνω, le Dieu du Soudain.

 

Tu ne frappes pas à la porte pour demander si l’heure est venue,

Tu surgis là où l’espoir s’essoufflait,

Tu brises les verrous par la violence de Ta douceur.

 

Esprit Saint, viens être ce Maître intérieur dont nous avons peur.

Arrache-nous à la stagnation de nos habitudes.

Que Ton événement ne soit pas une simple date sur nos calendriers,

Mais la secousse qui nous remet debout,

Le vent qui disperse nos poussières et nos vieux doutes.

 

Quand l’imprévu nous bouscule et nous désarme,

Apprends-nous à ne pas y voir une menace,

Mais Ta main qui nous déloge pour nous faire grandir.

 

Fais de chaque événement de nos vies —

Qu’il soit joie fulgurante ou épreuve subite —

Une école où Ta voix nous enseigne l’audace.

Ne nous laisse pas nous rendormir dans le confort du connu.

 

Fais de nous des êtres de Pentecôte :

Des hommes et des femmes qui acceptent de ne plus s’appartenir,

Pour devenir, par Ta grâce, les échos de Ta Parole

Dans le tumulte de ce monde.

Amen.

_______________________________

[1]. Lettre d’Emmanuel Mounier en septembre 1949 à Jean-Marie Domenach (directeur de la revue Esprit).


MESSE DU JOUR


PREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis de l’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)


Lecture du livre des Actes des Apôtres
Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »


PSAUME
(Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !ou : Alléluia ! (cf. Ps 103, 30)


Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
la terre s’emplit de tes biens.


Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.


Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.


DEUXIÈME LECTURE
« C’est dans un unique Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul corps » (1 Co 12, 3b-7.12-13)


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint. Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien.
Prenons une comparaison : le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit.


SÉQUENCE
Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut de ciel un rayon de ta lumière. Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs. Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort. Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles. Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés. Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.


ÉVANGILE
« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 19-23)
Alléluia. Alléluia. Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
C’était après la mort de Jésus ; le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , ,

14 mai 2026

Conjuguer l’Esprit de Pentecôte au féminin

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Conjuguer l’Esprit de Pentecôte au féminin 

 

Homélie pour le 7° Dimanche de Pâques / Année A 

17/05/26 

Cf. également :
Je viens vers toi…
Le confinement du Cénacle
Ordinaire ou mortelle, la persécution
Dieu est un trou noir
Le dialogue intérieur

1. Hommes et femmes à Pentecôte

La peinture de la Pentecôte sur l’autel principal de la cathédrale de Valence, en Espagne (1506 - 1510).Entre Ascension et Pentecôte, Luc décrit le petit groupe qui persévère dans la prière à Jérusalem, ne sachant trop quoi ou qui attendre (Ac 1,12-14). Il y a là les Onze (Judas n’est pas encore remplacé), les frères de Jésus (au sens sémitique = ses cousins), « avec des femmes, avec Marie, la mère de Jésus ».

Ce groupe est donc mixte. Et il le restera ! Le récit de l’événement de Pentecôte commence au chapitre 2 par ces mots : « Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble » (Ac 2,1). La continuité du groupe est certaine  dans le texte : aucune rupture ou départ des femmes entre le chapitre 1 et le chapitre 2. Le « tous » (pantes, en grec) englobe l’ensemble du groupe cité précédemment.

 

Il faut rendre justice à la présence de ces femmes à Pentecôte. Ce que les icônes officielles effaceront ensuite, en ne représentant que des hommes, ou avec Marie à la rigueur. Tous ont reçu l’Esprit de Pentecôte qui n’est réservé ni à quelques-uns seulement (la « hiérarchie »») ni aux seuls hommes. D’ailleurs Pierre lui-même le comprend bien lorsqu’il cite le prophète Joël pour expliquer ce qui vient de se passer avec les langues de feu : « Je répandrai mon esprit sur tout être de chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes je répandrai mon esprit en ces jours-là » (Jl 3,1-2). Vous avez bien lu : les filles, les jeunes gens, les servantes sont elles aussi remplies de l’Esprit et se mettent à prophétiser ! Impossible de restreindre le charisme au genre masculin !

 

Paul va encore plus loin : la résurrection du Christ inaugure un monde nouveau où les divisions d’autrefois n’ont plus cours : « Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28). L’Église est le sacrement, l’anticipation de ce monde nouveau de la résurrection, et doit donc traduire en actes dans sa vie, son fonctionnement, sa gouvernance, ses communautés qu’il n’y a plus ni l’homme ni la femme, car l’Esprit du Christ établit une fraternité (une sororité) nouvelle entre tous, une communauté d’amour qui abolit les anciennes divisions et relativise toutes les conventions sociales sur les relations hommes-femmes.

 

2. Hommes et femmes dans la première évangélisation

Les conséquences de l’effusion de l’Esprit de Pentecôte sur tous, hommes et femmes, sont visibles immédiatement. Dès les premiers temps de l’Église décrits dans les Actes, on voit des femmes exercer des fonctions liées au don de l’Esprit.

 

– Ministère de la Parole et de l’enseignement

Une certaine Priscille, avec son mari Aquilas, sont préposés à l’instruction approfondie du savant Apollos qui vient de se convertir : « Il se mit donc à parler avec assurance à la synagogue. Quand Priscille et Aquilas l’entendirent, ils le prirent à part et lui exposèrent avec plus de précision le Chemin de Dieu » (Ac 18,26). Notons que Priscille est citée avant son mari, ce qui suppose qu’elle avait une autorité doctrinale prépondérante.

 

– Ministère prophétique

Les femmes de saint PaulMalgré sa misogynie réelle ou supposée, même Paul est obligé de reconnaître que les femmes prophétisent à haute voix dans les assemblées, et que cela est totalement légitime (1Co 11,5). Rappelons que la prophétie n’est pas la divination ni la voyance : prophétiser, c’est faire acte de discernement pour interpréter le présent et y dégager le message, la Parole que Dieu nous y adresse. Ainsi les quatre filles du diacre Philippe sont qualifiées de prophétesses par Luc : « Il avait quatre filles non mariées, qui prophétisaient » (Ac 21,9). Il faut d’ailleurs se souvenir que la prophétesse Anne était aux côtés de Syméon au Temple de Jérusalem lorsque l’enfant Jésus y fut présenté par ses parents (Lc 2,36-38).

 

– Ministère « domestique »

L’Église primitive ne se réunissait pas dans des temples, mais dans des maisons privées, des « églises domestiques ». Plusieurs femmes ont visiblement joué un rôle de responsable de ces communautés domestiques dont elles organisaient l’hospitalité et la tenue. Lydie par exemple (Ac 16) – la première converti européenne ! – accueille la communauté chez elle dans la ville de Philippe. Puis elle voyage de Corinthe à Éphèse et à Rome, gérant des manufactures de tentes tout en en implantant des Églises locales.

Paul salue l’Église qui est dans la maison de Nympha à Laodicée : « Saluez les frères de Laodicée, et aussi Nympha et l’Église qui se rassemble dans sa maison » (Col 4,15). Et Chloé semble diriger un groupe de chrétiens qui informent Paul des problèmes de la communauté : « Il m’a été rapporté à votre sujet, mes frères, par les gens de chez Chloé, qu’il y a entre vous des rivalités » (1Co 1,11). La mère de Jean-Marc réunit la communauté chez elle pour prier lors de l’emprisonnement de Pierre. Elle possède une maison assez vaste pour accueillir un grand groupe et emploie des servantes, signe d’un certain statut social mis au service de l’Évangile. : « S’étant repéré, Pierre se rendit à la maison de Marie, la mère de Jean surnommé Marc, où se trouvaient rassemblées un certain nombre de personnes qui priaient » (Ac 12,12).

Une autre femme, Tabitha (Dorcas) est reconnue comme disciple bienfaitrice de la communauté. Sa résurrection par Pierre renforce la foi à Jaffa : « Il y avait aussi à Jaffa une femme disciple du Seigneur, nommée Tabitha, ce qui se traduit : Dorcas (c’est-à-dire : Gazelle). Elle était riche des bonnes œuvres et des aumônes qu’elle faisait » (Ac 9,36). Damaris est une femme grecque mentionnée en Ac 17 comme l’une des rares intellectuelles de la cité à adhérer au kérygme de Paul à l’Aéropage d’Athènes : « Cependant quelques-uns  s’attachèrent à lui et devinrent croyants. Parmi eux, il y avait Denys, membre de l’Aréopage, et une femme nommée Damaris, ainsi que d’autres avec eux » (Ac 17,34).

 

– Ministère diaconal

L’existence de diaconesses dans l’Église primitive (et jusqu’au Moyen-Âge) est une réalité historique et textuelle attestée, même si leur rôle et leur statut ont évolué au fil des siècles.

Le terme grec diakonos signifie « serviteur » ou « ministre ». Dans le Nouveau Testament, il est utilisé aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

La figure biblique de référence pour le diaconat au féminin est Phébé.

Dans l’Épître aux Romains (16, 1-2), Saint Paul écrit : « Je vous recommande Phébé, notre sœur, qui est diacre [diakonos] de l’Église de Cenchrées ».

Il demande à la communauté de l’accueillir « d’une manière digne des saints » et précise qu’elle a été une « protectrice » (prostatis) pour beaucoup, y compris pour lui-même. Phébé n’est pas simplement une aide bénévole ; elle est une figure officielle envoyée par Paul pour porter et probablement expliquer sa lettre la plus complexe aux Romains.

Conjuguer l’Esprit de Pentecôte au féminin  dans Communauté spirituelle 

Pourquoi constate-t-on un ministère spécifique pour les femmes dès les Actes ?

À mesure que l’Église se structure (II° – IV° siècles), le besoin de femmes officiellement établies dans un ministère devient pratique et théologique pour plusieurs raisons :

- Le baptême : À l’époque, le baptême se faisait par immersion totale et les candidats étaient nus. Pour préserver la pudeur des femmes, les diaconesses étaient chargées de les accompagner dans l’eau et de pratiquer l’onction d’huile sur leur corps.

- La catéchèse : Elles instruisaient les femmes qui se préparaient au baptême, car il n’était pas toujours jugé convenable qu’un homme passe beaucoup de temps seul avec une femme pour l’enseigner.

- La visite aux malades : Elles pénétraient dans les maisons privées pour soigner et visiter les femmes malades ou en difficulté, là où les diacres hommes auraient pu causer un scandale social.

- L’ordre dans l’assemblée : Elles assuraient l’accueil et le bon ordre du côté des femmes lors des célébrations liturgiques.

 

Il est important de noter que dans plusieurs traditions anciennes (notamment en Orient), les diaconesses recevaient une véritable imposition des mains (chirotonie) par l’évêque, tout comme les diacres hommes.

Les Constitutions Apostoliques (IV° siècle) donnent même la prière de consécration :

« Ô Dieu éternel [...] qui as rempli d’Esprit Saint Déborah, Marie [la sœur de Moïse] et Hulda… regarde ta servante ici présente, choisie pour le diaconat, et donne-lui l’Esprit Saint ».

Bien que le titre soit le même, il y avait des distinctions fonctionnelles avec le diaconat masculin. Les diaconesses n’avaient généralement pas de rôle de présidence liturgique à l’autel (elles ne distribuaient pas la communion de la même manière). Leur ministère était tourné quasi exclusivement vers le public féminin de la communauté.

 

Pourquoi ont-elles disparu ?

Le déclin des diaconesses commence vers le VI° siècle en Occident et plus tard en Orient. Plusieurs facteurs expliquent cette disparition :

- Le baptême des enfants : comme on ne baptisait plus d’adultes nus, le rôle principal des diaconesses pendant le baptême (le bain nue et l’onction d’huile) est devenu inutile.

- La montée du monachisme : beaucoup de fonctions exercées par les diaconesses ont été transférées aux abbesses dans les couvents.

- L’évolution du droit canonique : des conciles régionaux ont commencé à interdire l’ordination des femmes par peur des influences des cultes païens environnants ou par une lecture plus restrictive des textes de Paul.

Aujourd’hui, la question du rétablissement d’un diaconat féminin est un sujet de réflexion majeure au sein de l’Église catholique, et existe déjà dans certaines Églises orthodoxes (comme le Patriarcat d’Alexandrie).

Le Patriarcat orthodoxe d’Alexandrie ordonne une Zimbabwéenne comme première diaconesseEn 2004, le Saint-Synode de l’Église de Grèce a voté en faveur du rétablissement des diaconesses, principalement pour encadrer la vie dans les monastères féminins. L’idée était de permettre à des moniales d’assumer des fonctions liturgiques internes (lectures, encensement) sans avoir besoin de faire venir un diacre extérieur. Bien que la décision soit officielle, les ordinations féminines restent rares en pratique en Grèce et se limitent presque exclusivement au cadre monastique clos.

En novembre 2016, le Saint-Synode du Patriarcat d’Alexandrie et de toute l’Afrique a voté le rétablissement du diaconat féminin. Les premières consécrations ont eu lieu en février 2017 au Zimbabwe. Dans le rituel de l’ordination diaconale des femmes, l’évêque impose les mains sur la tête de la candidate (chirotonie), place sur ses épaules l’étole diaconale (orarion) et lui remet le calice qu’elle va reposer sur l’autel. La prière récitée par l’évêque fait explicitement le lien avec les femmes de la Bible que nous avons évoquées :

« Seigneur, Tu ne rejettes pas les femmes qui s’offrent elles-mêmes [...] pour servir tes saintes Demeures. Accorde le don de ton Esprit Saint à ta servante qui désire se consacrer à Toi… comme Tu as accordé la grâce de ton diaconat à Phébé, que Tu as appelée à l’œuvre de ton ministère ». L’ordination est donc réelle : ce n’est pas une simple bénédiction comme celle d’un lecteur ou d’un chantre.

 

L’Esprit ne fait pas de distinction : l’Esprit reçu à la Pentecôte est le même qui descend sur la diaconesse lors de son ordination.

La diaconesse est souvent décrite comme une figure de « seuil » : elle fait le pont entre le sanctuaire (l’autel) et le monde (les fidèles, les pauvres, les femmes en retrait). C’est exactement le rôle que jouaient les femmes dans les Actes des Apôtres.

 

Conclusion : C’est donc justice que de permettre à tous les baptisés, hommes et femmes, de participer à égalité au discernement spirituel que l’histoire requiert de nos Églises. Les prophétesses de la Bible nous ont montré ce qu’est discerner en paroles et en actes, avec toutes les implications politiques, sociales, religieuses que cela entraîne. 

Paul a posé les bases d’une égalité réelle entre hommes et femmes ; il a osé transgresser les interdits juifs et romains concernant le rôle des femmes en leur confiant le ministère de la Parole, du service, de l’accueil domestique, du financement communautaire etc. Ce faisant, il a prolongé la liberté étonnante que Jésus avait avec les femmes qui l’entouraient et l’accompagnaient. Et cet élan ne doit pas cesser, ne doit pas se figer. Tôt ou tard, il portera des fruits politiques : non pas imposés par des forces révolutionnaires, mais librement choisis par tous.

 

3. Conjuguer l’Esprit au féminin

L’Esprit est féminin en hébreu (la Ruah YHWH). Que peut-on en déduire sur l’articulation entre l’Esprit Saint et le féminin, particulièrement lors de l’effusion de la Pentecôte ?

 

- Une dimension « maternelle » de Dieu

il_794xN.3635913714_63kr diaconesse dans Communauté spirituelleDans la pensée biblique, la Ruah est le souffle, le vent, mais aussi la force vitale qui « couve » la création (Gn 1, 2), comme une mère-oiseau sur son nid.

L’effusion de l’Esprit sur les femmes à la Pentecôte n’est pas l’ajout d’une force « étrangère » ou uniquement masculine. C’est la reconnaissance que la dimension féminine de Dieu (sa capacité à donner la vie, à consoler, à envelopper) s’exprime pleinement à travers elles. D’ailleurs, la tradition juive explique que les femmes n’ont pas besoin d’un rite comme la circoncision chez les hommes, car chez elles l’alliance dans le sang est naturelle (menstruation)…


Le passage du féminin hébreu (Ruah) au neutre grec (Pneuma) puis au masculin latin (Spiritus) a parfois invisibilisé cette nuance, mais la racine hébraïque rappelle que l’Esprit n’a pas de sexe, ou plutôt, qu’il concerne les deux.

 

- La prophétie comme « enfantement » de la Parole

Si l’Esprit est féminin, l’acte de prophétiser (reçu par les femmes en Ac 2,17) peut être vu comme une forme d’enfantement spirituel.

À Pentecôte, les femmes ne reçoivent pas seulement une autorisation de parler ; elles deviennent des canaux naturels d’un Esprit dont le nom résonne avec leur propre identité de porteuses de vie. Cela crée un lien direct entre Marie (l’ombre de l’Esprit qui la couvre à l’Annonciation) et les femmes de la Pentecôte. Le même Esprit qui a engendré le Christ en une femme engendre maintenant l’Église à travers un groupe d’hommes et de femmes.

 

- La Sagesse et l’Esprit

Dans l’Ancien Testament, la Sagesse de Dieu est elle aussi une figure féminine (חָכְמָה). Les premiers chrétiens ont souvent identifié l’Esprit Saint à cette Sagesse.

En recevant l’Esprit « à part égale », les femmes sont établies comme dépositaires de la Sagesse divine. Cela explique pourquoi, dans les Actes, on voit des femmes comme Priscille capable de corriger et d’enseigner des docteurs de la loi. Elles ne sont pas sous tutelle spirituelle, elles sont « inspirées » directement.

Pourquoi est-ce important pour la Pentecôte ?

Si l’Esprit était perçu comme une force purement masculine, l’effusion sur les femmes pourrait être vue comme une « concession » ou une anomalie. Mais si la Ruah est féminine, la présence des femmes est indispensable pour que l’image de Dieu soit complète dans l’Église.

L’égalité à la Pentecôte n’est pas une « uniformisation » (devenir comme les hommes), mais la manifestation de l’Esprit qui se reconnaît en elles.

En syriaque (une langue proche de l’araméen parlé par Jésus), l’Esprit Saint est resté féminin pendant des siècles dans la liturgie. On y priait l’Esprit comme une « Mère consolatrice ».

 

Les centaines de milliers de béguines qui ont irrigué l’Europe du Nord de leur spiritualité mystique et amoureuse, du XI° au XX° siècle, sont nos plus proches témoins de la fécondité de Pentecôte au féminin, jusque dans les conséquences sociales de leurs béguinages : indépendance et liberté des femmes, retour à l’Évangile, soin des pauvres et des petits, contestation des hiérarchies inégalitaires…

 

Puissions-nous nous encourager mutuellement – hommes et femmes ensemble – à conjuguer l’Esprit également au féminin, afin que « tous » soient réellement inspirés par la bourrasque de Pentecôte !

 

LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
« Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière » (Ac 1, 12-14)


Lecture du livre des Actes des Apôtres
Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche, – la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat. À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères.


PSAUME
(Ps 26 (27), 1, 4, 7-8)
R/ J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. ou Alléluia ! (Ps 26, 13)


Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ?


J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche :
habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie,
pour admirer le Seigneur dans sa beauté
et m’attacher à son temple.


Écoute, Seigneur, je t’appelle !
Pitié ! Réponds-moi !
Mon cœur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »


DEUXIÈME LECTURE
« Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous » (1 P 4, 13-16)


Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera. Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. Que personne d’entre vous, en effet, n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme agitateur. Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là.


ÉVANGILE
« Père, glorifie ton Fils » (Jn 17, 1b-11a)
Alléluia. Alléluia. Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur ; je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira. Alléluia. (cf. Jn 14, 18 ; 16, 22)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire. Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe. J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.
Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , ,

10 mai 2026

L’Ascension sans le mythe

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

L’Ascension sans le mythe

 

Homélie pour la fête de l’Ascension / Année A 

14/05/26 


Cf. également :

La case vide de l’Ascension
Ascension : sur la terre comme au ciel
Ascension : apprivoiser la disparition
Ascension : la joyeuse absence
Ascension : les pleins pouvoirs
Désormais notre chair se trouve au ciel !
Jésus : l’homme qui monte
Ascension : « Quid hoc ad aeternitatem ? »
Ascension : la joyeuse absence
Ascension : l’ascenseur christique
Une Ascension un peu taquine : le temps de l’autonomie
Les vases communicants de l’Ascension
Ton absence
Le messianisme du trône vide
Se réjouir d’un départ

 

1. Démythologisons !

Sérieusement ! Vous pouvez encore y croire, vous, à cette histoire d’ascension dans les nuages ? Vous pouvez imaginer Jésus transformé en missile sol-air ou drone Shahed sous les yeux médusés des apôtres ? N’en déplaise à ceux qui voudraient en rester à une lecture naïve – ou pire : fondamentaliste – des Écritures, il est évident à un lecteur du XXI° siècle que Luc emprunte à la culture de son époque des codes, des images, un langage mythique afin de faire passer un autre message qu’un exploit spatial improbable.

L'Ascension de Guillaume Fouace, église Notre-Dame, MontfarvilleD’ailleurs, dans son Évangile et dans les Actes des Apôtres, Luc a deux versions différentes du même événement. En Lc 24, Il situe la scène à Béthanie, au-dehors, le soir même de la résurrection, et parle de séparation, puis de Jésus emporté au ciel (et non élevé). Alors qu’en Ac 1, Luc situe la scène à Jérusalem, 40 jours après Pâques, au cours d’un repas (à l’intérieur d’une maison), et dit ensuite qu’« il s’éleva ». Luc a donc lui-même évolué dans son interprétation de l’événement. 

Quant à Matthieu, dont nous avons entendu l’Évangile, il situe l’épisode sur une montagne en Galilée (et non à Jérusalem) où Jésus dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Il n’y a pas de départ physique ; Jésus reste spirituellement présent sur terre (Mt 28,16-20).

Jean quant à lui parle d’une « montée vers le Père » de manière très métaphysique dès le matin de la Résurrection (le fameux « Noli me tangere » adressé à Marie-Madeleine). Pour Jean, la Croix, la Résurrection et l’Ascension sont presque un seul et même mouvement de retour vers le divin (Jn 20,17).

Chez Marc, la mention de l’Ascension est visiblement un ajout tardif. Dans les manuscrits les plus anciens de l’évangile de Marc, le texte s’arrête brusquement au tombeau vide. La mention de l’Ascension a été ajoutée bien plus tard par des copistes pour harmoniser le texte avec celui de Luc : « Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu » (Mc 16,19).

 

Pourquoi ces différences ?

D’un point de vue rationnel, cela suggère que la « montée au ciel » est une image qui s’est imposée progressivement dans la tradition chrétienne pour expliquer comment un homme ressuscité a pu quitter définitivement la vue de ses proches.

C’est une solution élégante au problème logistique du « corps » de Jésus : s’il est ressuscité physiquement, où est passé ce corps ? L’Ascension répond : il a changé de dimension.

 

L’Ascension marque en réalité la fin des apparitions pascales. Cette élévation, les nuées, la montée physique sont des codes empruntés au langage mythique d’il y a 2000 ans pour évoquer l’expérience des disciples dont le noyau dur est celui-ci : nous l’avons vu vivant, puis nous ne l’avons plus vu du tout. Point barre.

S’il fallait convaincre les nostalgiques du merveilleux que ces codes mythiques étaient largement répandus avant les Évangiles, il suffirait de lire dans l’Ancien Testament ce qui arriva soi-disant à Hénoch : « Il avait marché avec Dieu, puis il disparut car Dieu l’avait enlevé » (Gn 5,24). La tradition ultérieure (le livre d’Hénoch) détaillera longuement son voyage aérien à travers les sept cieux (tradition reprise pour Mohamed dans les Hadiths).

 

L'Ascension  du prophète Élie (musée byzantin et chrétien, Athènes)

L’Ascension du prophète Élie

 

 

 

Relisez la célèbre ascension d’Élie au ciel sous les yeux de son disciple Élisée : « Ils étaient en train de marcher tout en parlant lorsqu’un char de feu, avec des chevaux de feu, les sépara. Alors, Élie monta au ciel dans un ouragan » (2R 2,11). L’influence sur le récit de Luc est évidente.

On pourrait également rapporter la tradition orale transmise par l’historien juif Flavius Joseph (I° siècle) au sujet de Moïse : on racontait que, pendant qu’il parlait à ses proches, une nuée l’enveloppa soudainement et il disparut dans un ravin.

 

En dehors du monde juif, le mythe de l’ascension est également utilisé pour immortaliser les grands hommes de la Grèce ou de Rome, et célébrer leur apothéose. Ainsi Héraclès (Hercule) : après sa mort sur le bûcher du mont Oeta, la mythologie raconte qu’un nuage l’enveloppa et qu’il fut transporté au mont Olympe sur un char conduit par Athéna pour y recevoir l’immortalité.

Romulus, le fondateur de Rome, disparaît lors d’une tempête. L’historien Tite-Live écrit dans l’Histoire de Rome (I,16) : « Une épaisse nuée l’enveloppa et le déroba à la vue de l’assemblée ; depuis ce moment, Romulus ne reparut plus sur la terre. » Un témoin jura plus tard l’avoir vu monter au ciel.

À partir d’Auguste, l’apothéose (montée aux cieux) devient officielle pour les empereurs romains : lors des funérailles impériales, on lâchait un aigle du sommet du bûcher, symbolisant l’âme de l’empereur montant vers les dieux.

Dans la littérature philosophique et ésotérique, on dit que le philosophe grec Empédocle aurait disparu dans les flammes de l’Etna. Pour certains de ses disciples, il ne s’était pas suicidé mais avait été « enlevé » pour devenir un dieu.

Philostrate, le biographe d’Apollonios de Tyane, un contemporain de Jésus, thaumaturge et philosophe, raconte qu’il entra dans un temple en Crète, que les portes se refermèrent, et qu’on entendit des voix de jeunes filles chanter : « Quitte la terre, monte au ciel ! »

 

Ces textes montrent que pour un habitant du bassin méditerranéen au I° siècle, l’Ascension était la « signature » visuelle d’un être exceptionnel. Le récit de Luc sur Jésus utilise donc un langage que tout le monde pouvait comprendre à l’époque pour exprimer sa souveraineté.

 

Croire littéralement que l’Ascension est une montée physique dans l’atmosphère vers le vide spatial est aussi naïf que de croire que Jésus s’est physiquement assis, à la droite du Père. Ce langage imagé veut affirmer la gloire, la vie et les pleins pouvoirs remis au ressuscité, et non pas décrire le modèle du fauteuil Voltaire dans lequel Jésus serait assis… 

La réalité spirituelle visée par ces images n’en demeure pas moins essentielle. Sauf à risquer le ridicule, il nous faut habiller cette réalité d’autres vêtements symboliques que celle d’un vol spatial !

 

L’Ascension sans le mythe dans Communauté spirituelle 500px-Miraj_by_Sultan_Muhammad

Miniature persane
du XVIe siècle
célébrant l’ascension
de Mahomet aux cieux

Les musulmans devraient eux aussi faire ce même travail d’inculturation, car le soi-disant voyage nocturne (Isra) de Mohamed (sourate 17) qui aurait volé de la mosquée Al-Haram (à La Mecque) à la mosquée Al-Asqa (à Jérusalem) est tout aussi improbable et non crédible que l’Ascension façon cosmonaute. Cette ascension de Mohamed a visiblement été inventée, en se calquant sur celle de Jésus. Le Coran raconte même que Mohamed aurait monté à travers sept cieux (Mira), où il aurait rencontré Moïse, Élie et Jésus (sourate 53) ! On retrouve exactement la structure des sept cieux de l’astronomie antique (Ptolémée), ce qui montre que le récit « sacré » s’appuie en réalité sur la compréhension du monde disponible à cette époque. Notons d’ailleurs au passage que dans la tradition islamique, Jésus est le seul prophète (avec Idriss/Hénoch) à être actuellement « vivant » au ciel, attendant de redescendre à la fin des temps. 

 

Si l’on regarde l’ensemble (textes bibliques, gréco-romains et coraniques), on s’aperçoit que l’ascension est un archétype universel :

- c’est la manière dont les cultures anciennes gèrent la disparition d’un être exceptionnel.

- c’est un outil pour dire : « Il n’est pas mort comme tout le monde, il est auprès de la Source ».

 

2. Du Christ à l’Esprit

Si l’on quitte les habillages mythologiques inventés il y a 2000 ans et plus pour décrire la réalité de l’Ascension, comment en parler aujourd’hui ?

 

– On a déjà largement développé (dans d’autres homélies) la piste d’un autre rapport à l’absence : l’Ascension du Christ est source d’une grande joie, à la différence de nos absences  douloureuses, et elle insuffle un dynamisme missionnaire inédit. 

Une absence joyeuse et missionnaire : voilà un axe d’actualisation de l’Ascension toujours très fécond.

 

– Une seconde piste vient du lien essentiel qu’il y a entre l’Ascension et la Pentecôte : de l’une à l’autre s’opère une véritable mutation du mode de présence, par l’Esprit du Ressuscité.

logo-d-église-unité-en-christ-la-descente-du-saint-esprit-pentecôte-123263608 Ascension dans Communauté spirituelleTant que Jésus est un corps physique, il est limité par l’espace et le temps : il est à Jérusalem ou en Galilée, mais pas les deux à la fois.

L’absence physique (Ascension) brise cette limite spatiale. L’Esprit de Pentecôte permet au message de devenir « polyglotte » et universel. Le récit des Actes des Apôtres insiste sur le fait que chacun entend les disciples dans sa propre langue.

On passe ainsi d’un centre unique (Jésus) à une multitude de centres (chaque baptisé inspiré par l’Esprit). C’est un peu comme un logiciel (l’Esprit) qui tourne désormais sur des millions  d’ordinateurs après que le concepteur (Jésus) se soit retiré…

 

L’Esprit de Pentecôte est le « relais » de l’Ascension. C’est lui qui permet à une mémoire historique de se transformer en une énergie créatrice. Sans l’Ascension, la religion serait un culte de la personnalité ; avec la Pentecôte, elle devient une expérience de liberté.

 

Pour saint Jean Chrysostome par exemple (V° siècle), l’Ascension est le moment où l’humanité (en Jésus) entre au ciel, ce qui « débloque » en quelque sorte le don de l’Esprit. Si le Roi est entré dans son palais, il peut envoyer ses largesses.

« Considère donc quelle merveille ! Notre nature est montée au ciel, et la grâce de l’Esprit est descendue sur la terre. [...] Le Christ a emporté nos prémices en haut, et il nous a envoyé son Esprit en bas. Dieu s’est réconcilié avec notre race ; il n’y a plus de guerre, plus de combat. [...] Si le Christ n’était pas monté, l’Esprit ne serait pas descendu. Il fallait que le sacrifice fût accompli, que la réconciliation fût parfaite, pour que le don du Consolateur nous fût accordé » (Homélie sur la Pentecôte, I).

 

Saint Augustin (III°-IV°  siècles) explique quant à lui que si Jésus restait visible, nous resterions attachés à son humanité charnelle sans accéder à sa divinité spirituelle. L’Ascension est une pédagogie pour nous faire passer de l’œil à l’âme.

 « Car s’il ne s’éloignait pas de nos yeux, notre cœur ne pourrait pas le voir. S’il ne nous quittait pas selon la chair, nous ne le posséderions pas selon l’Esprit. [...] Pourquoi donc s’étonner qu’il se soit éloigné de nos yeux, afin que nous le cherchions par la foi, et que, le trouvant par la foi, nous le possédions par l’amour ? Il est monté au ciel, et il est ici ; il est assis à la droite du Père, et il est avec nous. Il ne nous a pas quittés en montant, il ne nous a pas trompés en promettant » (Sermon 264, Sur l’Ascension du Seigneur).

 

Saint Léon le Grand (V° siècle), développe l’idée que ce qui était « visible » en Jésus est passé dans les sacrements et dans la vie de l’Église par l’Esprit Saint.

 « Ce qui était visible en notre Rédempteur est passé dans les mystères [les sacrements]. Et pour que la foi soit plus noble et plus ferme, la vision a fait place à l’enseignement, dont l’autorité doit être suivie par les cœurs des croyants, éclairés par les rayons d’en haut. [...] Dès lors, une foi plus instruite commença à s’approcher par le mouvement de l’Esprit de ce Fils égal au Père, et n’eut plus besoin de la présence de la substance corporelle en laquelle il est inférieur au Père » (Sermon 74 Sur l’Ascension, II, 2).

 

– Une troisième piste d’interprétation, plus mystique, traduit l’Ascension en termes d’aventure intérieure.

Pour Thérèse d’Avila (XVI° siècle), l’âme humaine est un cristal ou un diamant qui contient de nombreuses demeures. Le « Ciel » se trouve au centre exact de ce château. Elle explique que nous passons notre vie à l’extérieur des murs de notre propre château. L’ascension est alors le chemin qui mène vers la « septième demeure », là où réside le divin.

« Ne cherchons pas de demeure hors de nous-même… puisque notre âme est un paradis où le Seigneur se plaît » (Le Château intérieur, 1577).

71fEsVpgAgS._SL1318_ mytheParadoxalement, pour saint Jean de la Croix, la montée du Carmel commence par le dépouillement de soi. Dans cette « nuit obscure », nous apprenons accepter de ne rien vouloir (nada) ni posséder ni être de particulier : « pour arriver à être tout, ne veuille être rien en rien (nada) ». L’Ascension du Christ est notre descendre en nous-même, au plus bas, jusqu’à atteindre le Nada qui nous établit en Dieu avec le Christ.

 

Maître Eckhart, mystique rhénan du XIV° siècle, est sans doute celui qui a le plus « dé-spatialisé » le ciel. Pour lui, Dieu et le fond de l’âme sont une seule et même chose.

L’ascension est un dépouillement (Abgeschiedenheit). Pour monter au ciel, il ne faut pas ajouter quelque chose à soi-même, mais enlever tout ce qui n’est pas l’essentiel.

« Dieu est plus proche de moi que je ne le suis de moi-même ».

« L’œil par lequel je vois Dieu est le même œil par lequel Dieu me voit. »

Le ciel n’est pas « ailleurs », il est le « fond » (Grund) de notre propre être, à la « fine pointe de l’Âme ».

 

Vous voyez : l’Ascension au-delà du mythe nous ouvre la possibilité d’un compagnonnage quotidien avec l’Esprit du Christ : 

- vivre l’absence comme une source de joie et de mission, 

- vivre l’Église et les sacrements comme un autre mode de présence du Christ, 

- vivre l’intériorité comme l’engendrement du Verbe en nous, pour nous faire monter vers le Père…

 

Qu’en tout cela l’Esprit du Ressuscité nous conduise !

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva » (Ac 1, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où il commença, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu.
Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »
Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »
 
PSAUME
(Ps 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9)
R/ Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor.
ou : Alléluia ! (Ps 46, 6)

Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable,
le grand roi sur toute la terre.

Dieu s’élève parmi les ovations,
le Seigneur, aux éclats du cor.
Sonnez pour notre Dieu, sonnez,
sonnez pour notre roi, sonnez !

Car Dieu est le roi de la terre :
que vos musiques l’annoncent !
Il règne, Dieu, sur les païens,
Dieu est assis sur son trône sacré.
 
DEUXIÈME LECTURE
« Dieu l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux » (Ep 1, 17-23)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître. Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles, et quelle puissance incomparable il déploie pour nous, les croyants : c’est l’énergie, la force, la vigueur qu’il a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Il l’a établi au-dessus de tout être céleste : Principauté, Souveraineté, Puissance et Domination, au-dessus de tout nom que l’on puisse nommer, non seulement dans le monde présent mais aussi dans le monde à venir. Il a tout mis sous ses pieds et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps, et l’Église, c’est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude.
 
ÉVANGILE
« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28, 16-20)
Alléluia. Alléluia. Allez ! De toutes les nations faites des disciples, dit le Seigneur. Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Alléluia. (Mt 28, 19a.20b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,  les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.  Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.  Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.  Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,  apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Patrick BRAUD

 

Mots-clés : ,
123456...259