L'homelie du dimanche

5 septembre 2021

Étanche à l’insulte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Étanche à l’insulte

24° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
12/09/2021

Cf. également :

Le vertige identitaire
Yardén : le descendeur
Prendre sa croix
Croire ou agir ? La foi ou les œuvres ?
Faire ou croire ?
Jésus évalué à 360°
De l’art du renoncement
C’est l’outrage et non pas la douleur
Prendre sa croix chaque jour
Talion or not talion ?
Jésus face à la violence mimétique
Exigeante et efficace : la non-violence
Non-violence : la voie royale

Étanche à l’insulte dans Communauté spirituelle l_insulte_afficheUn film très original a récemment été diffusé sur Arte. Il s’intitule : L’insulte (de Ziad Doueiri, 2017). Un chrétien libanais arrose par mégarde la tête d’un Palestinien du haut de son balcon. Une dispute éclate et une insulte est proférée. Les deux hommes finissent au tribunal. Peu importe qui a tort ou qui a raison. Ce film de prétoire démontre que la haine engendre la haine, jusqu’à ici atteindre l’absurde, il milite fiévreusement pour la réconciliation, entre les deux antagonistes, et de manière plus générale entre les peuples. Brillant, bouleversant.

Chacun de nous pourrait raconter comment l’insulte envenime des relations normalement paisibles, que ce soit au volant, en famille, entre collègues ou amis… L’étymologie du mot indique qu’il s’agit bien d’une violence délibérée, destinée à faire mal : in sultum = assaut contre quelqu’un. L’insulte a quelque chose d’un acte de guerre, d’un commando verbal, d’une expédition punitive violente. À tel point qu’elle est facilement qualifiée de délit si elle porte atteinte à l’intégrité voire à la dignité d’autrui. Les insultes racistes, homophobes, sexistes etc. sont désormais sévèrement punies par la loi française. Jésus avait lui-même durci la législation juive sur le sujet – si l’on peut dire – en assimilant l’insulte à un crime verbal passible du tribunal : « Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu » (Mt 5, 22).

Le pape François commentait en privé (14/06/2018) :

la-capitaine-haddock-est-celebre-pour-ses-jurons-tres-sophistiques-1475149553 insulte dans Communauté spirituelle« En substance, le Seigneur dit : l’insulte ne finit pas en elle-même ; l’insulte est une porte qui s’ouvre, c’est commencer une route qui finira en tuant, parce qu’insulter c’est commencer à tuer, c’est disqualifier l’autre, lui ôter le droit d’être respectable, c’est le rejeter, c’est le tuer dans la société. Nous sommes habitués à respirer l’air des insultes. Du reste, il suffit de conduire sa voiture aux heures de pointe (à Rome tout particulièrement ! NDLR). Mais l’insulte détache, brise la communauté et tue l’autre, elle commence par ternir la bonne réputation, puis elle va au-delà, au-delà, au-delà. Même les petites insultes que l’on prononce par hasard aux heures de pointe quand nous conduisons la voiture, deviennent, ensuite, de grosses insultes. Et ce ne sont pas que des insultes avec la bouche: mais avec le cœur. Précisément c’est ce qui tue : l’insulte. Et l’insulte efface le droit d’une autre personne. »

Dans la première lecture de ce dimanche (Is 50, 5-9a), affronter l’insulte est au cœur de la fidélité du Serviteur souffrant d’Isaïe à sa mission :

« J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. »

Isaïe emploie une expression un peu curieuse en français mais habituelle en hébreu : « J’ai rendu mon visage dur comme pierre » : elle exprime la résolution et le courage. En français, on dit quelquefois « avoir le visage défait »; eh bien ici le Serviteur affirme : « vous ne me verrez pas le visage défait, rien ne m’écrasera, je tiendrai bon quoi qu’il arrive » ; ce n’est pas de l’orgueil ou de la prétention, c’est la confiance pure, parce qu’il sait bien d’où lui vient sa force : « Le Seigneur Dieu vient à mon secours : c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages ».

Qui est ce mystérieux serviteur ? Pourquoi réagit-il ainsi à l’outrage et aux crachats ?

L’identité de ce serviteur a fait l’objet d’innombrables commentaires. On peut les synthétiser en avançant que le portrait de ce personnage superpose au moins 4 figures historiques selon les chrétiens : Israël, le prophète Isaïe, Jésus, l’Église.

illustrations_1156_photo_2-1-300x225 IsaïeL’interprétation la plus courante voit dans ce Serviteur souffrant des chapitres d’Isaïe (42, 1-9, 49, 1-7, 50, 4-11 et 52,13-53,12) l’incarnation du peuple d’Israël en exil à Babylone (entre -587 et -537). Loin de ceux qui sont restés à Jérusalem, les déportés juifs (déjà !) subissent mépris et vexations. Ils sont employés comme esclaves aux chantiers de Nabuchodonosor à Babylone, dont la célèbre ziggourat a inspiré le récit de la tour de Babel (Gn 11, 1-9). Ils sont moqués pour leur foi en un soi-disant Dieu unique tout-puissant et universel, qui pourtant ne les a pas protégés de la débâcle, et paraît insignifiant à côté de Mardouk et autres divinités babyloniennes au sommet de leur gloire. Pourtant, malgré l’opposition, la déchéance, la dérision qui l’entoure, ce petit reste d’Israël continue à y croire. Impuissant à se révolter militairement, il fait le dos rond, attendant avec patience et espérance que YHWH se manifeste à nouveau. Il l’a bien fait en Égypte autrefois, alors pourquoi pas à Babylone maintenant ?

Nul doute que cette identification du Serviteur souffrant au peuple d’Israël a nourri la prière, l’espoir et la supplication des millions de juifs déportés dans les camps nazis au XX° siècle. Et le souhait de chaque fête de Pâques : « l’an prochain à Jérusalem ! » a fini par se réaliser quelques années après la fin du cauchemar nazi. Cela avait commencé par les insultes d’Hitler contre l’identité juive dans une brasserie munichoise, puis dans Mein Kampf. Et puis l’insulte a pris corps, le mépris s’est incarné, les crachats sont devenus physiques, les outrages abominables. Revenu sur la terre de Canaan, Israël doit à nouveau assumer sa vocation prophétique face aux nations. Cette fois-ci, avec son armée high-tech, il est farouchement déterminé à rendre coup pour coup, pour que la débâcle ne se reproduise jamais. Pas sûr que cet engrenage de l’insulte répondant à l’insulte, de la violence répliquant à l’agression, des missiles en représailles des mortiers soient très biblique ni très efficace. Seule la non-violence prônée par Isaïe pourra désamorcer le cycle infernal des assauts/vengeances endeuillant juifs et palestiniens sans fin.

Une 2e interprétation voit Isaïe lui-même dépeint sous les traits du Serviteur souffrant. En butte à l’hostilité que suscite la Parole qu’il répand – Parole de conversion et de réforme radicale – Isaïe ne se décourage pas, et compte sur son Dieu pour le défendre et laver son honneur. Tout baptisé, de par sa vocation prophétique, peut se reconnaître en Isaïe outragé, méprisé, lorsqu’il proclame une Parole tranchante contredisant l’opinion ou les mœurs majoritaires.

mockingofchrist1700 PassionCe qui prépare la voie à la 3e interprétation, où les chrétiens reconnaissent en Jésus tout ce qu’Isaïe décrivait des serviteurs de YHWH. « Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice » (1P 2,23). Porteur d’une parole radicalement exigeante, Jésus sera non-violent jusqu’au bout. Fra Angelico a immortalisé les injures, la dérision, les soufflets, les crachats qui ont accompagnés la descente aux enfers de Jésus dans sa Passion. En aimant ses ennemis, en pardonnant à ses bourreaux, en se confiant à son Père jusqu’à l’ultime, Jésus incarne au plus haut point ce serviteur centré sur sa mission, jusqu’à se rendre étanche à l’insulte pour ne pas en dévier. « Il durcit son visage comme pierre » (Chouraqui traduit : « j’ai mis mes faces comme un silex ») pour montrer sa détermination à ne pas se laisser détourner de sa mission par l’hostilité ambiante. Luc reprendra ces termes pour montrer Jésus monter à Jérusalem avec courage, alors qu’il sait fort bien que cela va très mal se terminer : « Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus durcit sa face et prit la route de Jérusalem » (Lc 9, 51)

Lisant le Serviteur souffrant en filigrane au travers du Christ, les chrétiens n’avaient aucune peine à exulter de joie avec Isaïe dans son chant final dans lequel il voit l’annonce de la résurrection : « Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler » (Is 52, 13-15).

800px-Jesus_graffito serviteurLa 4e interprétation découle de la première : l’Église, « véritable Israël de Dieu », est elle aussi soumise à l’opprobre, à l’insulte, à la persécution depuis son origine. Se propageant grâce au sang des martyrs, caricaturée très tôt sous les traits d’un crucifié à tête d’âne gravé dans la pierre (Charlie Hebdo n’a rien inventé !), insultée à cause de sa foi ou de ses (réelles) fautes nombreuses et lourdes dans l’histoire, l’Église baisse la tête mais pas le pavillon de l’espérance. Si elle sait traverser sans violence le flot des insultes charriées contre elle, elle pourra avec le Christ découvrir la fidélité de Dieu à son désir de salut universel. Paul écrivait : « On nous insulte, nous bénissons. On nous persécute, nous le supportons » (1 Co 4, 12).

Ce parcours des interprétations du Serviteur souffrant d’Isaïe ne serait pas complet si on n’y ajoutait pas la 5e interprétation : le Serviteur souffrant, c’est moi, c’est vous. Sans prétention aucune, sans orgueil ni démesure. Chacun de nous a rencontré ou rencontrera dans sa vie l’insulte, l’outrage, les crachats. Pire, chacun en sera l’auteur. Relire Isaïe peut alors nous aider à durcir notre visage comme la pierre pour affronter l’adversité le cœur en paix. L’Esprit du Christ saura nous rendre étanche à l’insulte, c’est-à-dire garder fermement la main sur la barre du gouvernail pour maintenir le cap malgré les déferlantes et les vents contraires. Il ne s’agit pas de devenir insensible de cœur, ni étranger au drame qui se joue. Il s’agit de ne pas laisser l’opprobre pénétrer en nous et fissurer le roc de notre confiance en Dieu. Être étanche à l’insulte, c’est ne pas prendre pour soi la colère de notre interlocuteur, ne pas lui répondre sur le même ton ni le même plan, bref « tendre l’autre joue », c’est-à-dire montrer à l’agresseur un autre visage que celui d’une victime ou d’un bourreau en retour : « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jn 18, 23) Voilà pourquoi ne pas renchérir à l’insulte est plus efficace que de lever le poing : tourner la clé de contact avant que le moteur ne s’emballe évitera les surchauffes dangereuses.

effet-hydrophobeÊtre imperméable à l’insulte demande parfois de savoir mettre de la distance entre soi et l’agresseur, jusqu’à fuir s’il le faut plutôt que d’engager un cycle de violence inarrêtable. Cela demande aussi de garder les yeux fixés sur le cap à suivre, s’il est juste. Ainsi un syndicaliste annonçant une grève à son patron, ou à l’inverse un DRH annonçant des licenciements inéluctables et nécessaires. Ou bien une femme insultée et harcelée dans la rue pour sa tenue vestimentaire. Cet endurcissement du visage ne signifie pas renoncer à ses droits, ni à sa dignité. Jésus demande calmement à ses insulteurs d’en rendre compte ; il demande de recourir au tribunal pour juger de la gravité d’une insulte. Et Isaïe n’a pas peur de comparaître devant des juges pour faire valoir son bon droit face à ses insulteurs : « Quelqu’un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Quelqu’un veut-il m’attaquer en justice ? Qu’il s’avance vers moi ! Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ? » On croirait déjà entendre Paul crier sa confiance face à ses juges : « Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : alors, qui pourra condamner ? » (Rm 8, 33 34)

A côté des réponses bibliques à l’insulte, les causes de l’insulte méritent également d’être analysées : pourquoi insulte-t-on ?
Une première cause évidente : la haine, la violence de celui qui insulte.
Une deuxième cause moins visible : l’absence ou la faiblesse d’argumentations remplacées par des injures, des amalgames ou des invectives de mépris. La violence verbale remplace le raisonnement.
Une troisième cause plus subtile est l’exploitation de l’émotivité pour faire exploser l’interlocuteur qui répond par des insultes tandis que l’agresseur réel reste calme (technique rhétorique).
Enfin une dernière cause de l’insulte est le cynisme de celui qui promet et ne tient pas et se fait traiter de menteur. Mais à ce niveau-là est- ce encore une insulte ?
Attirer volontairement les insultes peut être aussi une façon de se « blanchir » ou d’apparaître comme une victime pour se dédouaner d’une conduite indigne.

Notre propre responsabilité dans l’insulte subie est donc à examiner avec honnêteté.
Ne pas répondre à l’insulte par l’insulte demande de comprendre pourquoi l’autre réagit ainsi, afin d’y ajuster notre attitude.

Reste que pour Isaïe comme pour Jésus, rendre coup pour coup n’arrange rien.
Rendre coup pour coup n’arrange rien.
Mais la non-violence n’abolit pas le droit ni la justice, au contraire.
L’étanchéité à l’insulte rend intraitable sur le respect dû à chacun.
Répondre à l’insulte n’est pas insulter en retour, mais faire condamner cet acte dégradant pour celui qui prononce l’insulte plus encore que pour sa victime, si elle sait se protéger.

Entraînons-nous à pratiquer cette forme de courage.
Durcissons notre visage comme pierre lorsqu’il nous faut aller au bout de nos Passions…

 

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient » (Is 50, 5-9a)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. Il est proche, Celui qui me justifie. Quelqu’un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Quelqu’un veut-il m’attaquer en justice ? Qu’il s’avance vers moi ! Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ?

Psaume
(Ps 114 (116 A), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9)
R/ Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants. ou : Alléluia ! (Ps 114, 9)

J’aime le Seigneur :
il entend le cri de ma prière ;
il incline vers moi son oreille :
toute ma vie, je l’invoquerai.

J’étais pris dans les filets de la mort,
retenu dans les liens de l’abîme,
j’éprouvais la tristesse et l’angoisse ;
j’ai invoqué le nom du Seigneur :
« Seigneur, je t’en prie, délivre-moi ! »

Le Seigneur est justice et pitié,
notre Dieu est tendresse.
Le Seigneur défend les petits :
j’étais faible, il m’a sauvé.

Il a sauvé mon âme de la mort,
gardé mes yeux des larmes
et mes pieds du faux pas.
Je marcherai en présence du Seigneur
sur la terre des vivants.

Deuxième lecture
« La foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (Jc 2, 14-18)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. En revanche, on va dire : « Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. »

Évangile
« Tu es le Christ… Il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup » (Mc 8, 27-35) Alléluia. Alléluia.
Que la croix du Seigneur soit ma seule fierté ! Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. Alléluia. (Ga 6,14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. » Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne. Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »
Patrick BRAUD

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29 août 2021

Bien faire le Bien

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Bien faire le Bien

Homélie du 23° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
05/09/2021

Cf. également :

Le speed dating en mode Jésus
Le coup de gueule de saint Jacques
La revanche de Dieu et la nôtre
Effata : la Forteresse vide
L’Église est comme un hôpital de campagne !

Il a passé en faisant le bien

Bien faire le Bien dans Communauté spirituelle cimetiere-rbx-126-1024x575Aux siècles précédents, on aimait personnaliser les tombes des cimetières : chaque famille apportait sa touche pour honorer le caractère singulier du défunt. Ainsi fleurissaient les statues, sculptures et motifs divers évoquant son métier, sa vie sociale. Les épitaphes décrivaient le caractère ou l’œuvre du disparu. Une de ces épitaphes a récemment attiré mon regard, sans doute à cause de sa couleur biblique : il passa en faisant le bien. C’était un docteur, et on imagine facilement le médecin de famille dévoué auprès des ménages pauvres de son quartier populaire.

Il a passé en faisant le bien : on croirait entendre Pierre parlant à la foule de Pentecôte dans les Actes des apôtres ( « Là où il passait, il faisait le bien … » Ac 10,38). Cette épitaphe rejoint l’exclamation admirative de la foule témoin de la guérison d’un sourd-muet (Mc 7, 1-23) : « il a bien fait toutes choses ! »

Étonnamment, Marc emploie le passé au lieu du présent qui vient juste après : « il fait entendre les sourds et parler les muets ». L’intention théologique est sans doute de renvoyer à la Genèse du monde : « et Dieu vit que cela était bon » (Gn 1). La bonté de cette guérison par Jésus renvoie à la bonté foncière de la Création par Dieu.

Saint Laurent de Brindisi, prédicateur capucin célèbre au XVI° siècle, a développé ce parallèle qui associe Jésus à la création du monde :

La Loi divine raconte les œuvres que Dieu a accomplies à la création du monde, et elle ajoute : Dieu vit tout ce qu’il avait fait: c’était très bon (Gn 1,31). L’Évangile rapporte l’œuvre de la Rédemption et de la nouvelle création, et il dit de la même manière : Il a bien fait toutes choses (Mc 7,37). Car l’arbre bon donne de bons fruits, et un arbre bon ne peut pas porter de mauvais fruits (Mt 7,17-18). Assurément, par sa nature, le feu ne peut répandre que de la chaleur, et il ne peut produire du froid; le soleil ne diffuse que de la lumière, et il ne peut être cause de ténèbres. De même, Dieu ne peut faire que des choses bonnes, car il est la bonté infinie, la lumière même. Il est le soleil qui répand une lumière infinie, le feu qui donne une chaleur infinie: Il a bien fait toutes choses. (…)
Reparer-les-vivants-DVD bien dans Communauté spirituelle
Il nous faut donc aujourd’hui dire sans hésiter avec cette sainte foule : Il a bien fait toutes choses: il fait entendre les sourds et parler les muets (Mc 7,37). Vraiment, cette foule a parlé sous l’inspiration de l’Esprit Saint, comme l’ânesse de Balaam. C’est l’Esprit Saint qui dit par la bouche de la foule : Il a bien fait toutes choses. Cela signifie qu’il est le vrai Dieu qui accomplit parfaitement toutes choses, car faire entendre les sourds et faire parler les muets sont des œuvres réservées à la seule puissance divine.

ephata BrundisiEn associant Jésus à l’acte créateur, Marc plaide pour sa divinité. En même temps, il nous rappelle que la Création continue aujourd’hui encore, notamment chaque fois que les vivants sont ‘réparés’ (selon le titre d’un beau roman récent : Réparer les vivants), ici à travers la guérison de la surdité et du mutisme. Envisager la Création au passé et au présent engage notre responsabilité vis-à-vis de ce processus créateur toujours à l’œuvre. La Création n’est pas une chiquenaude initiale d’autrefois nous livrant un monde à exploiter. C’est une relation continue de l’auteur à son œuvre, à laquelle nous sommes associés, et qui nous rend capables – plus encore : responsables – de participer ou non à la création continue de cet univers dont nous faisons partie. Une écologie chrétienne ne peut renvoyer l’acte créateur à l’origine seulement, dans le passé, sans actualiser cette puissance créatrice dans les transformations d’aujourd’hui.

« Il a bien fait toutes choses. Il fait entendre les sourds et parler des muets » : garder le passé et le présent dans la Création du monde, c’est unir le don de la vie et sa guérison, la nature et l’humain, le donné à respecter et sa ‘réparation’ à effectuer.

 

Quel but poursuivent vos actions ?

71-C4Gi5dqL CréationLaurent de Brindisi approfondit cette piste de la responsabilité humaine dans la Création continue en réfléchissant sur le bien accompli par Dieu, et la bonne manière par laquelle il l’accomplit :

Il a bien fait toutes choses. La Loi dit que tout ce que Dieu a fait était bon, et l’Évangile qu’il a bien fait toutes choses. Or, faire de bonnes choses n’est pas purement et simplement les faire bien. Beaucoup, à la vérité, font de bonnes choses sans les faire bien, comme les hypocrites qui font certes de bonnes choses, mais dans un mauvais esprit, avec une intention perverse et fausse. Dieu, lui, fait toutes choses bonnes et il les fait bien. Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait (Ps 144,17). Tout cela, ta sagesse l’a fait (Ps 103,24), c’est-à-dire: Tu l’as fait avec la plus grande sagesse et très bien. C’est pourquoi la foule dit : Il a bien fait toutes choses.
Et si Dieu, sachant que nous trouvons notre joie dans ce qui est bon, a fait pour nous toutes ses œuvres bonnes et les a bien faites, pourquoi, de grâce, ne nous dépensons-nous pas pour ne faire que des œuvres bonnes et les bien faire, dès lors que nous savons que Dieu y trouve sa joie ?

Si nous voulons accomplir notre vocation humaine d’être co-créateurs avec Dieu, il nous faut donc considérer non seulement la manière de faire des choses (bien faire) mais également le but poursuivi (faire le bien). Or ce sont deux choses fort différentes, comme le souligne notre capucin.

Un ami me racontait le passage éclair d’un DRH dans une grande entreprise. Sa réputation de cost killer l’avait précédé, et effectivement en quelques mois il a mis sur pied un plan de départ expéditif pour des centaines de salariés. Satisfait d’avoir atteint son objectif en un temps record, il quitte l’entreprise pour aller se vendre à une autre mission de ‘réduction des coûts’… Les exemples abondent : quelqu’un peut être heureux d’avoir bien travaillé, sans se poser de questions sur l’utilité ou l’éthique de son travail. Le mafieux rentre chez lui le soir après une journée de labeur avec le sentiment du devoir accompli. Le vendeur d’armes se frotte les mains d’avoir si bien négocié un contrat mirifique à des gens sans scrupules. Le commerçant est fier de montrer son expertise en montrant une opération spéciale où le volume et la marge seront au rendez-vous, peu importe que ce soit pour vendre des sodas sucrés, des volailles élevées en batterie ou des sextoys à la mode ! Souvenez-vous : tout le monde vantait l’extrême conscience professionnelle des fonctionnaires nazis…

Ne pas se poser la question du Bien est caractéristique du libéralisme. Se libérer de tout jugement moral sur la marchandise est la condition du marché généralisé. Peu importe ce que vous produisez ou vendez, si c’est utile ou non, écologique ou non, socialement acceptable ou non. D’ailleurs la mesure de la richesse produite par le PIB comptabilise aussi bien le chiffre d’affaire du commerce des armes que celui de l’automobile !

Bernard Mandeville, médecin hollandais pionnier du libéralisme, publie en 1714 une « Fable des abeilles » où il conte l’histoire d’une ruche à qui on interdirait de satisfaire ses vices : « Les Murmures de la Ruche, ou les fripons devenus honnêtes ». L’auteur y dépeint la situation épouvantable d’une communauté prospère où brusquement, dans l’intérêt de l’Épargne, les citoyens décident de renoncer à la vie luxueuse, et l’État d’arrêter les armements.

B0765F3PWQ.01._SCLZZZZZZZ_SX500_ écologieAucun seigneur maintenant ne s’honore
De vivre aux dépens de ses créanciers.
Les livrées s’amassent chez les fripiers,
On abandonne à vil prix ses carrosses,
On vend de magnifiques attelages,
Et des villas pour rembourser ses dettes;
On fait la dépense comme une faute;
On n’entretient plus d’armée au dehors;
On méprise l’opinion étrangère,
Et aussi la vaine gloire des armes.
On se bat encore, mais pour le pays,
Lorsque Droit et Liberté sont en cause.

Quel est le résultat ?
Contemplez maintenant la Ruche illustre.
Comment s’accordent Commerce et Vertu ?
De son luxe il n’en reste plus de trace.
Elle apparaît sous un aspect tout autre.
Car ceux qui faisaient de grosses dépenses
Ne sont pas les seuls qui doivent partir.
Les multitudes aussi qu’ils entretenaient
Sont forcées aussi chaque jour de fuir. (…)
Dans la construction, l’arrêt est total;
Les artisans ne trouvent plus d’emploi;
La peinture n’illustre plus personne;
On ne cite aucun sculpteur ni graveur.

La « morale » est donc :
La Vertu ne peut faire vivre les nations dans la Splendeur.
Qui veut ramener l’âge d’or doit accueillir
Également le Vice et la Vertu.

La conclusion est claire : Commerce et Vertu sont antagonistes… Cette idée a la vie dure !

Il faudra l’émergence des contre-pouvoirs des syndicats, des associations de consommateurs etc., et maintenant des réseaux sociaux pour obliger les industriels à ne pas mettre n’importe quoi sur le marché. Mais la bataille pour réintroduire le Bien dans l’économie est loin d’être gagnée !

Collectivement, faire le bien nous oblige à nous mettre d’accord sur ce qui est bien ou non, et à hiérarchiser nos activités, nos productions, nos consommations en conséquence.

Individuellement, chacun peut s’interroger sur l’utilité sociale réelle de son travail, de ses engagements. À quoi sert en effet de bien faire son métier si ce métier consiste à exploiter la Terre ou les hommes ? Dirait-on d’un trafiquant de drogue qu’il a bien fait son job ? Si oui, alors le cynisme n’est pas loin. Ce cynisme qui engendre la banalité du mal observée par Hannah Arendt au procès Eichmann à Jérusalem : les nazis étaient consciencieux, et mettait un point d’honneur au travail bien fait, sans se poser de questions (disaient-ils) sur la finalité de ce travail logistique, statistique, scientifique, administratif etc.

Faire le bien (et pas seulement bien faireest donc un impératif qui doit corriger le cynisme du marché, et l’aveuglement de nos ambitions personnelles.

 

Il y a manière et manière de faire les choses

Laurent de Brindisi y ajoutait l’exigence de bien le faire.

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Bien faire le bien est dans la nature du Verbe de Dieu. Sa parole et ses actes consignés dans l’Écriture constituent la boussole la plus précise et la plus accessible pour orienter nos choix, nos comportements, notre action. Son Esprit est notre inspiration pour agir.

Notre culture environnante confond bien faire et être efficace ou être rentable. De même qu’elle ne veut pas entendre parler de Bien supérieur à l’opinion commune, elle réduit à des critères techniques, technocratiques ou financiers la qualité des actions entreprises. Seul compte ce qui est légal ou non, autorisé ou interdit par la loi délibérative. Le Droit a remplacé le Bien. La conformité aux normes a remplacé le bien faire.

Mal faire le Bien est certes moins épouvantable que bien faire le mal. Cependant, de  médiocres gens de bien ouvrent une voie royale aux excellents artisans du mal. C’est ainsi que bien des démocraties ont sombré et sombreront encore dans des dictatures de l’intérieur ou de l’extérieur…

Le cri admiratif de la foule n’a donc rien perdu de sa force contestatrice : « il a bien fait toutes choses ! » En regardant vers lui, inspirés par son Esprit, à nous de bien faire le Bien, à la mesure de nos responsabilités du moment.

Avec les Hébreux nous nous nourrirons, dans le désert de cette vie, de la manne céleste, si, en suivant l’exemple du Christ, nous nous appliquons, autant que nous le pouvons, à bien faire toutes nos actions, de sorte que l’on puisse dire à propos de chacune de nos œuvres : Il a bien fait toutes choses.

 

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Alors s’ouvriront les oreilles des sourds et la bouche du muet criera de joie » (Is 35, 4-7a)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie ; car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif, en eaux jaillissantes.

Psaume
(Ps 145 (146), 6c-7, 8-9a, 9bc-10)
R/ Je veux louer le Seigneur, tant que je vis. ou : Alléluia. (Ps 145, 2)

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

Deuxième lecture
« Dieu n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres pour en faire des héritiers du Royaume ? » (Jc 2, 1-5)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied. » Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ? Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ?

Évangile
« Il fait entendre les sourds et parler les muets » (Mc 7, 31-37)
Alléluia. Alléluia. Jésus proclamait l’Évangile du Royaume et guérissait toute maladie dans le peuple. Alléluia. (cf. Mt 4, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
Patrick BRAUD

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22 août 2021

Le pur et l’impur en christianisme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le pur et l’impur en christianisme

22° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
29/08/2021

Cf. également :

La coutume sans la vérité est une vieille erreur
Toucher les tsitsits de Jésus
Quel type de pratiquant êtes-vous ?
Signes extérieurs de religion
L’événement sera notre maître intérieur
De la santé au salut en passant par la foi

Le pur et l’impur en christianisme dans Communauté spirituelle 342472_0-674x405Un musulman qui se prépare entrer dans la mosquée sait-il qu’il reproduit le geste de Moïse devant le buisson ardent en enlevant ses chaussures ? Lui a-t-on appris qu’il reproduit les gestes des prêtres juifs (les cohens) lorsqu’il se lave les mains, les pieds et le visage avant d’entrer (cf. Dt 30, 147-21 ; 40, 30-32) ? Pourrait-il expliquer à un occidental que ces ablutions ne sont pas des règles d’hygiène, mais des rituels symboliques de pureté religieuse ?
Comme souvent, l’islam pratique un retour au judaïsme, en annulant la formidable libération que Jésus a pourtant formellement initiée en ne se lavant pas les mains avant de passer à table, et en défendant ses disciples qui s’affranchissaient comme lui de ces « traditions humaines » datées. L’Évangile de notre dimanche  (Mc 7, 1-23) est en effet très clair :
« En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur ».

Depuis cette parole fondatrice sur le pur et l’impur, les chrétiens n’ont plus à multiplier les gestes extérieurs de nettoyage, lavage, purification en tous genres qui étaient devenus envahissants, et stigmatisaient ceux qui ne les appliquaient pas scrupuleusement, ‘comme il faut le faire’, la plupart du temps sans savoir pourquoi il faut le faire ainsi (à part les savants).

 

Pourquoi se laver les mains avant de passer à table ?

Les mains propres ou Les ablutions des mains dans le judaïsmeSoyons justes : les pharisiens aimaient Dieu de tout leur cœur, et cherchaient ce qui correspondait le mieux à sa sainteté. L’intuition d’origine est belle : sanctifier chaque moment de la vie quotidienne en y apposant le sceau de la foi en YHWH grâce à des gestes simples et concrets qui permettent de rester dans l’Alliance avec Lui. On a déjà évoqué par exemple la richesse symbolique des tsitsits, ces franges portées en permanence la journée par les hommes à leurs vêtements pour ne pas perdre de vue les 613 commandements de la Torah. Il suffit de lire le Lévitique, le livre des Nombres et le Deutéronome pour accumuler un nombre impressionnant de prescriptions à observer pour sacrifier un animal, pour faire la prière, pour ne pas manger n’importe quelle viande n’importe comment, pour se purifier le matin, le soir, avant ou après avoir fait telle chose, touché tel objet etc.

La Loi mosaïque expliquait ce qui pouvait rendre impur, notamment les écoulements corporels (règles, sperme etc. cf. Lv 15), la lèpre (Lv 13) ou le contact avec les cadavres d’humains ou d’animaux (Nb 19,13-16). Elle donnait aussi des instructions sur la façon de se purifier : en faisant des sacrifices, en se lavant ou en faisant des aspersions (Lv 11-15 ; Nb 19) etc. Les rabbins interprétaient chaque détail de ces lois. Un ouvrage rapporte que chaque cause d’impureté était soumise à un examen : quelles circonstances pouvaient entraîner l’impureté, comment et dans quelle mesure elle pouvait se transmettre à d’autres, quels ustensiles ou objets étaient susceptibles ou pas de devenir impurs et enfin, par quels moyens ou rites il fallait se purifier. Ils se livraient à de grandes discussions pour décider quel récipient devait être utilisé pour ce rituel, quel type d’eau convenait, qui devait la verser et quelle surface des mains devait être couverte par l’eau. Les sages d’Israël réfléchissant sur toutes ses obligations très concrètes, y ont vu un sens caché plus important encore. Pour le lavage des mains qui nous occupe ce dimanche, laissons une tradition juive nous en développer une signification symbolique :

 ablution dans Communauté spirituelle« Néanmoins, des différences existent également. La première est la façon de verser l’eau. Le matin, au lever, on se lave trois fois chaque main, en alternance. On prend le récipient de la main droite, on le fait passer dans la main gauche, on verse de l’eau sur la main droite, puis sur la gauche. On refait, au total, trois fois ce même geste. Avant le repas, on lave aussi trois fois chaque main, mais sans alternance. On prend alors le récipient dans la main droite, on le passe dans la main gauche, on lave la main droite trois fois de suite, puis trois fois la gauche. Pendant que les mains sont encore mouillées, l’une est frottée contre l’autre. Enfin, on lève les deux mains et l’on dit la bénédiction.

L’élévation des sentiments est possible de deux façons. La première, le lavage des mains du matin, a pour but de se défaire de l’esprit d’impureté qui découle de l’obscurité, inhérente aux comportements du monde. Les mains sont alors lavées par alternance, étape par étape. L’élévation est progressive et concerne, tour à tour, chaque sentiment, jusqu’à ce qu’elles parviennent toutes à la perfection.

La seconde façon est le lavage des mains qui précède le repas. Celui-ci est réalisé d’un seul trait, car il n’a pas pour but de se libérer du mal, mais plutôt de sanctifier les émotions. L’ordre établi doit alors être respecté. Puis, on frotte les mains l’une contre l’autre, afin de souligner l’interdépendance des sentiments, car, dans le domaine de la sainteté, toutes doivent être parfaitement unies. C’est, par exemple, le cas de l’amour et de la crainte. N’avoir que l’une ou l’autre est insuffisant. Toutes à la fois doivent être gouvernées par la compréhension. Dès lors, elles s’unissent et agissent conjointement pour concourir au meilleur résultat. C’est de cette façon que l’homme parvient à la perfection » [1].

On le voit : le lavage des mains n’a rien d’une règle d’hygiène !

Ignace Semmelweis: l'homme qui avait compris l'importance pour les médecins de SE LAVER LES MAINSRappelons d’ailleurs que ce n’est qu’au XIX° siècle qu’on a mis en évidence le rôle prophylactique du lavage des mains. On le doit à Ignace Philippe Semmelweis, médecin obstétricien hongrois. Il démontra l’utilité du lavage des mains après la dissection d’un cadavre, avant d’effectuer un accouchement. Il démontra également que le lavage des mains diminuait le nombre des décès causés par la fièvre puerpérale des femmes après l’accouchement. Jusqu’alors les médecins accoucheurs essayaient en vain de comprendre d’où venaient les fièvres puerpérales en faisant de nombreuses autopsies. Ce fut un coup terrible pour ceux qui furent finalement convaincus par les idées de Semmelweis : il s’avérait qu’eux-mêmes transmettaient involontairement la maladie.

Les occidentaux très matérialistes voudraient ramener les ablutions rituelles et interdits alimentaires juifs ou musulmans à de simples précautions sanitaires (inconnues de l‘époque). On ne mange pas de porc à l’époque – disent-ils – pour des raisons de mauvaise conservation de la viande et de risques de contamination. Mais alors, pourquoi interdire le lapin ou le homard ? l’escargot ou le chameau ? le mélange du lait et de la viande ? En fait, le principe de la cacherout n’est pas hygiénique mais théologique : respecter la séparation entre les ordres du vivant, car Dieu crée par séparation (cf. le livre de la Genèse). Les animaux qui transgressent cette séparation sont impurs, car ils contribuent en quelque sorte à la dé-création du monde en ne respectant pas les différences. Ainsi ceux qui ont le sabot fendu mais qui ne sont pas des ruminants alors qu’ils devraient l’être (Lv 11,28) : le porc, le chameau… ou les poissons sans écailles : mollusques, anguilles etc.

On retrouve ici le sens du mot saint, kaddosh en hébreu, qui veut dire séparé. Être saint, c’est être séparé des autres qui ne le sont pas. D’ailleurs les pharisiens eux-mêmes se voulaient séparés, selon l’étymologie de leur nom. Et leurs successeurs actuels, les ultra religieux hassidim, se regroupent dans des quartiers à part à Jérusalem car le contact avec les autres – impurs – pourrait les souiller.

Les rites d’ablution sont une frontière qui sépare le pur de l’impur, les saints des pécheurs, et fait passer du profane au sacré. La contestation par Jésus de la pureté légale est cohérente avec sa critique radicale du sacré par séparation. Dans la foi chrétienne, rien n’est sacré parce que tout est à consacrer.

 

Jésus abolit la frontière entre pur et impur, sacré et profane

acceptation-des-migrants-avec-la-fronti%C3%A8re-ouverte-60281094 ipmpuretéJésus a contesté radicalement cette conception de la sainteté par la seule séparation, pour la compléter par l’indispensable communion. Lui, le Saint de Dieu, est venu faire corps avec les pécheurs, depuis le baptême du Jourdain au milieu de la file des pénitents jusqu’au supplice de la croix faisant de lui un criminel et un maudit. Pour Jésus, être saint n’est pas être séparé mais être avec, en communion. C’est la sainteté d’amour de la Trinité, communion des Trois Personnes divines, à laquelle il nous offre de participer gratuitement.

Pour en revenir au lavage des mains avant le repas, le souci n’est donc pas hygiénique mais symbolique. À tel point que les sages d’Israël préconisent de se laver les ongles et les mains s’ils sont sales avant de pratiquer le rituel de l’ablution à table ! Il faut avoir les mains propres pour pouvoir faire l’ablution rituelle. C’est donc que le but de l’ablution n’est pas sanitaire, mais religieux. La tradition juive citée plus haut l’interprète en termes de modération des sentiments (dont l’appétit à table est une figure) grâce à l’intelligence, à la raison qui doivent tempérer l’avidité des désirs et des sentiments.

Les passages de l’Écriture qui font allusion à un lavage des mains l’interprètent en termes d’innocence : « Tous les anciens de cette ville qui se sont approchés de la victime se laveront les mains au-dessus de la génisse dont la nuque a été brisée dans le torrent. Et ils déclareront : ‘Nos mains n’ont pas répandu le sang de cet homme’… » (Dt 21, 6 9). Un psaume mentionne ce geste pour aller à l’autel : « Je lave mes mains en signe d’innocence pour approcher de ton autel, Seigneur » (Ps 26, 6). Depuis la destruction du Temple de Jérusalem, la table familiale est considérée comme le petit autel de substitution, si bien que les rites du Temple ont été transposés dans l’univers familial juif. Pilate refera devant la foule juive ce geste si parlant pour elle, afin de témoigner de son innocence : « Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : ‘Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde !’ » (Mt 27, 24)

L’univers musulman n’a fait que reprendre les traditions juives bien connue du temps de Mahomet. Mais l’islam, en tant que judaïsme universel, annule hélas au passage la révolution que Jésus a accomplie entretemps  sur le pur et l’impur…

 

Que conclure de tout cela pour nous aujourd’hui ?

D’abord que nous sommes libérés de l’obsession rituelle du pur ou de l’impur, de ce qui est péché ou non (comme le disent les musulmans) dans l’habillement, la cuisine, les aliments, les gestes soi-disant à faire ou à ne pas faire. Tout cela n’est que « traditions humaines », respectables certes à une époque donnée, mais obsolètes à l’époque d’après ! On peut très bien se laver les mains avant de passer à table par souci hygiénique. Mais on peut très bien également ne pas se les laver (si elles sont déjà propres) avant de passer à table, et cela ne nous rend pas impurs pour autant !

775PASS35 islamL’enseignement le plus important de Jésus n’est pas cette relativisation des coutumes trop humaines, mais l’attention qu’il nous invite à porter sur l’intérieur de nous-même, plutôt que sur l’extérieur (les choses à faire ou ne pas faire). « Rien de ce qui sort de l’homme ne le rend impur. C’est de l’intérieur… » Cette déclaration reste révolutionnaire, pour toutes les mentalités religieuses attachées aux rites, aux ablutions, aux interdits alimentaires etc. Nous ne sommes pas des fétichistes de la pureté ! L’impureté n’est pas dans la viande de porc, mais lorsque l’homme se conduit comme un porc. Elle n’est pas dans des mains sales à table, mais dans des gens qui se salissent les mains par la corruption, la cupidité, la malhonnêteté, les activités mafieuses etc. Jésus s’appuyait sur Isaïe pour rappeler que rien ne sert d’honorer Dieu par gestes extérieurs si l’intérieur n’est pas d’abord tourné vers lui : « Ce peuple s’approche de moi en me glorifiant de la bouche et des lèvres, alors que son cœur est loin de moi, parce que la crainte qu’ils ont de moi n’est que précepte enseigné par les hommes » (Is 29, 13). Jacques rappelle cette exigence de la conversion intérieure et non pas extérieure : « Approchez-vous de Dieu, et lui s’approchera de vous. Pécheurs, enlevez la souillure de vos mains ; esprits doubles, purifiez vos cœurs » (Jc 4, 8).

Voilà pourquoi nous sommes libérés des prescriptions juives et musulmanes sur la nourriture (cacherout, halal), sur les vêtements (kippa, voile), sur la pureté rituelle (ablutions).

Pas besoin de se déchausser, ni de se laver les mains, le visage ou les pieds pour entrer dans l’église : il vaut mieux laver son cœur (c’est le rôle du rite pénitentiels au début de la messe), purifier sa relation à autrui (c’est le sens du geste de paix), et communier à l’unique sainteté de Dieu (c’est le rôle de la communion eucharistique) au lieu de vouloir se séparer des pécheurs (que nous sommes !).

Le christianisme n’est pas une religion du pur et de l’impur, à la différence du judaïsme et de l’islam (et de bien d’autres). Nous prônons la communion et non la séparation. Cherchons à transformer ce qui sort de notre bouche, notre cœur, notre intelligence, et non à adopter des habits, une nourriture ou des pratiques rituelles n’agissant que sur l’extérieur, magique et fétichiste.

Rien de ce qui entre dans l’homme ne peut le rendre impur. C’est de l’intérieur de nous-mêmes que sort ce qui peut nous rendre impur.

Où en suis-je de mon propre rapport au pur et à l’impur ?

 


 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne… vous garderez les commandements du Seigneur » (Dt 4, 1-2.6-8)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères. Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne, et vous n’y enlèverez rien, mais vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique ; ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples. Quand ceux-ci entendront parler de tous ces décrets, ils s’écrieront : ‘Il n’y a pas un peuple sage et intelligent comme cette grande nation !’ Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? Et quelle est la grande nation dont les décrets et les ordonnances soient aussi justes que toute cette Loi que je vous donne aujourd’hui ? »

PSAUME
(Ps 14 (15), 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5)
R/ Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? (Ps 14, 1a)

Celui qui se conduit parfaitement,
qui agit avec justice
et dit la vérité selon son cœur.
Il met un frein à sa langue.

Il ne fait pas de tort à son frère
et n’outrage pas son prochain.
À ses yeux, le réprouvé est méprisable
mais il honore les fidèles du Seigneur.

Il ne reprend pas sa parole.
Il prête son argent sans intérêt,
n’accepte rien qui nuise à l’innocent.
Qui fait ainsi demeure inébranlable.

DEUXIÈME LECTURE
« Mettez la Parole en pratique » (Jc 1, 17-18.21b-22.27)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères bien-aimés, les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut, ils descendent d’auprès du Père des lumières, lui qui n’est pas, comme les astres, sujet au mouvement périodique ni aux éclipses. Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures. Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous ; c’est elle qui peut sauver vos âmes. Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde.

 

ÉVANGILE
« Vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes » (Mc 7, 1-8.14-15.21-23)
Alléluia. Alléluia.Le Père a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures. Alléluia. (Jc 1, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres,mais son cœur est loin de moi.C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
 Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »
.Patrick Braud

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15 août 2021

« En même temps » : pas très biblique !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

« En même temps » : pas très biblique !

21° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
22/08/2021

Cf. également :

Le polythéisme des valeurs
Sur quoi fonder le mariage ?
L’homme, la femme, et Dieu au milieu
Voulez-vous partir vous aussi ?
La liberté de partir ou de rester
Le peuple des murmures

Un marqueur macronien

« En même temps » : pas très biblique ! dans Communauté spirituelle« Celui qui court deux lièvres à la fois n’en prend aucun » (Érasme).
Un chasseur qui voudrait tirer sur deux lièvres en même temps est sûr de rentrer  bredouille, car ces derniers s’enfuient chacun dans des directions opposées. Les chasseurs savent qu’il ne leur faut chasser qu’un lièvre à la fois. L’expression est ainsi née pour montrer qu’il ne sert à rien de vouloir faire plusieurs choses contradictoires en même temps : ça se finit toujours mal.

Dès sa déclaration de candidature en 2016, Emmanuel Macron a employé cette expression qui est devenue ensuite un leitmotiv de ses discours et de sa pensée : « en même temps ». C’est même devenu le titre d’une émission d’actualité sur une chaîne d’information en continu ! Il voulait être à la fois de gauche et de droite, social-démocrate et libéral, souverainiste et européen, pour la rigueur et pour la relance, pour la liberté et la sécurité… Même si ses détracteurs l’accusent d’avoir depuis fait pencher la balance vers le deuxième  terme, il assume encore aujourd’hui cette volonté de dépasser les anciens clivages pour inaugurer un Nouveau Monde réconciliant deux Français sur trois, comme l’avait dit Giscard il y a quelques décennies. Lors d’un rassemblement de son mouvement à Paris-Bercy en avril 2017, il relevait qu’on le moquait à ce sujet, et demandait à ses militants de scander la formule. Il affirmait : « Je continuerai de le dire dans mes phrases et dans ma pensée, car ça signifie que l’on prend en compte des principes qui paraissaient opposés ».

La tentative semble se retourner contre lui, si l’on en croit les sondages. Seul un second  tour avec Marine Le Pen lui assurerait une réélection confortable, lui faisant ainsi gagner à nouveau le pari du « en même temps ». Pourtant, les contradictions accumulées par ses ambitions paradoxales deviennent de plus en plus impopulaires.

Chantal Del Sol (de l’Institut) critique avec pertinence cette logique politique qui veut tout et son contraire, ou pour le dire plus vulgairement : le beurre et l’argent du beurre (et la crémière avec !) :

tu ne peux désirer une chose et cultiver son contraire« La pensée inclusive représente un courant de pensée très actif au sein de l’Occident contemporain. Les hiérarchies morales étant bannies parce que discriminantes, tous les comportements ou façons de voir sont également bons. Cette indistinction éthique engendre ce qu’on appelle ici l’inclusion : rien n’est exclu, tout est inclus. Dans la vie sociale, l’exemple souvent invoqué est celui des types de famille : ladite « famille normale » (père mère enfants) perd sa prééminence et tous les autres types de famille sont également légitimes et considérés. La hantise présente de la discrimination relève d’un imbroglio conceptuel. Que tous les humains quels que soient leur rang ou leurs capacités soient également dignes et égaux en valeur, c’est pour nous une certitude profonde, enracinée dans nos origines culturelles. De cette dignité substantielle égale un déduit, dans un raccourci saisissant, que tous les comportements sont égaux en valeur.
L’indistinction éthique produit des retombées significatives sur l’éthique de la décision. En effet, pourquoi choisir tel parti plutôt que tel autre, telle option plutôt que telle autre ? (…)
Vouloir tous les bienfaits à la fois : conscient de cette apparente contradiction, un fonctionnaire européen (Ulrich Pieck) lui conférait un nouveau nom : « le loyalisme polygame ».
La pensée du « en même temps » ne rejette ni ne repousse rien. Exclure, c’est décréter incompatible avec un ensemble. Dans cette vision des choses, rien n’est incompatible tout doit être inclus. Il n’existe plus de divergences, seulement des différences qui sont toutes bienvenues, puisque toutes ont la même valeur. (…)
La philosophie de l’inclusion qui se trouve derrière le fameux « en même temps » traduit à la fois une forme de relativisme moral et une neutralisation volontaire des convictions, bien caractéristique de l’époque. (…)
L’appel à « tout choisir » révèle aussi cette incapacité du choix révélatrice du caractère infantile de la modernité. Cette incapacité de choix que l’on voyait à l’œuvre, par exemple, chez Gide : « ce qu’il y a de perles dans la mer, de plumes blanches au bord des gaffes, je ne les ai pas encore toutes comptées. Choisir c’était renoncer pour toujours, pour jamais, à tout le reste » dit l’auteur des Nourritures terrestres : hé oui ! Cela s’appelle grandir. Infantile, cette incapacité à choisir traduit le refus du caractère substantiellement tragique de l’existence. (…)
La volonté de tout aimer est un oubli de la conviction, et par là un refus de croire et d’espérer, un état d’ataraxie pragmatique où tout se vaut et où rien ne vaut. C’est en fait un état d’esprit flottant et dilatoire, qui relève du papillonnage immature et du refus des convictions profondes. (…)
Nous n’avons pas besoin d’infantilisme politique.
Le Figaro, 14/05/2020, p. 17

 

Israël ne sait pas sur quel pied danser

A cloche-piedC’est bien cette hésitation perpétuelle entre les deux termes d’une alternative que vise notre première lecture (Jos 24, 1-18) :
« Élie se présenta devant la foule et dit : ‘Combien de temps allez-vous danser pour l’un et pour l’autre (‘clocherez-vous des deux jarrets’, trad. BJ) ? Si c’est le Seigneur qui est Dieu, suivez le Seigneur ; si c’est Baal, suivez Baal.’ Et la foule ne répondit mot » (1 R 18, 21).

L’archéologie moderne a confirmé la permanence de cette valse-hésitation parmi les douze tribus pendant des siècles en fait. Car on a retrouvé des statuettes de déesses païennes étrangères dans des ruines de villes israélites dans tout Canaan, à toutes les époques. Il semble bien que le monothéisme n’ait jamais complètement réussi à s’imposer dans les esprits hébreux ! D’où l’engueulade d’Élie qui reproche au peuple de vouloir jouer sur tous les tableaux, au cas où… Un Dieu unique pour la sortie d’Égypte, beaucoup de dieux païens pour la pluie, les récoltes, la famille etc.

Cette indécision est le marqueur de l’immaturité spirituelle d’Israël.
Avouons qu’elle est toujours de notre époque : les soi-disant voyants, sorciers et autres guérisseurs et charlatans pullulent pour exploiter la crédulité grandissante des gens ne sachant plus qui croire. La question de la vérité disparaît au profit de la tolérance, érigée en idole du vivre-ensemble. Dès lors, toutes les opinions, toutes les mœurs, toutes les religions se valent et chacun peut naviguer de l’une à l’autre selon les opportunités, selon ses intérêts, comme cela lui chante.

Or la première Alliance n’aime pas le « en même temps », parce qu’il est polythéiste.
Le grand sociologue allemand Max Weber appelait d’ailleurs « polythéisme des valeurs »  cette caractéristique de la modernité : ne pas pouvoir/vouloir choisir entre des valeurs pourtant antagonistes, conflictuelles, irréconciliables :

Il s’agit en fin de compte, partout et toujours, à propos de l’opposition entre valeurs, non seulement d’alternatives, mais encore d’une lutte mortelle et insurmontable, comparable à celle qui oppose « Dieu » et le « diable ». [1]
Pour autant que la vie a en elle-même un sens et qu’elle se comprend d’elle-même, elle ne connaît que le combat éternel que les dieux se font entre eux ou, en évitant la métaphore, elle ne connaît que l’incompatibilité des points de vue ultimes possibles, l’impossibilité de régler leurs conflits et par conséquent la nécessité de se décider en faveur de l’un ou de l’autre. [2]

Faire croire qu’on peut tout choisir en même temps, c’est tomber dans le piège du relativisme où se dissolvent les convictions, les identités, engendrant l’indifférenciation et à la fin une violence extrême comme réaction de survie.

 

L’ambiguïté du « en même temps » catholique

 décision dans Communauté spirituelleCependant, les cathos paraissent à l’aise avec ce « en même temps » macronien. C’est qu’il y a dans la foi catholique une prime au et inclusif par rapport au ou exclusif. Ainsi Jésus-Christ est vrai homme et vrai Dieu. Dieu est un et trine. Il faut laisser pousser l’ivraie et le bon grain ensemble. Et tenir ensemble la foi et les œuvres, l’unique médiation du Christ et l’intercession de Marie, l’égale dignité de tous les baptisés et la hiérarchie ecclésiastique, le royaume déjà là et pas encore réalisé etc. La théologie est bourrée de ces paires paradoxales qui doivent rester en tension. La foi catholique ressemble parfois à la traversée du funambule sur un câble au-dessus de l’abîme… : tout se joue sur un fil, et le moindre excès d’un côté ou de l’autre fait tomber dans l’hérésie, le schisme, la superstition, le fanatisme…

À y regarder de près, Jésus quant à lui n’est pas très à l’aise avec ce « en même temps ». Il demande à ceux qui le suivent de choisir entre lui et la richesse (cf. le jeune homme riche), lui et le culte des morts (« laisse les morts enterrer leurs morts »), lui et la famille de sang (« qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi »). Il exige que ses disciples fassent des choix courageux : « vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent » ; « qui n’est pas avec moi est contre moi » ; « il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » ; « secouez la poussière de vos pieds »…

Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, décrivait avec justesse cette ambiguïté du « en même temps » pour les catholiques :

Le chrétien se trouve à l’aise avec cette expression, elle résonne avec le cœur de sa foi : elle dit la personne de Jésus Christ, qui est vrai Dieu et qui est vrai homme. Elle est aussi le test de la justesse de la formulation de cette foi qui toujours conjoint et jamais ne sépare. On a pu souligner que la conjonction de coordination qui appartient à la logique chrétienne, c’est le « et » et non le « ou bien ». Ainsi de Jésus Christ et ainsi de la vocation du chrétien : il est pleinement de ce monde et pleinement du Royaume des cieux, vivant d’une double citoyenneté.
« Je choisis tout »
Cependant – pour ne pas dire en même temps – l’expression macronienne résonne aussi avec la culture des premières décennies du XXI° siècle, elle exprime la difficulté ou le refus du choix. C’est un peu comme si tout le monde, sans bien sûr s’en revendiquer explicitement, prenait pour modèle sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et son : « je choisis tout ».
En fait, on ne veut rien s’interdire, on estime même que l’on n’a pas le droit de s’interdire quoi que ce soit, jusqu’à être transgressif. Cette attitude produit des vies perpétuellement sollicitées, jusqu’à une extrême fatigue, physique peut-être, existentielle surtout.
Je constate que l’éducation des enfants est trop souvent inscrite sous ce paradigme : plutôt que de les aider à approfondir, ou bien un sport, ou bien un art, ce qui, je le reconnais, est exigeant, chaque année les verra s’initier au javelot, puis au foot, puis au violon, puis au hip-hop, etc. Paradoxe d’une société des 35 heures et de la réduction des heures scolaires qui voit la fatigue se développer.
(La Croix 03/07/2018).

 

Le « en même temps » freudien

91Lnvf1Fd6L en même tempsLa psychanalyse apporte elle aussi un flot d’arguments pour se méfier du « en même temps » caractéristique de l’adolescence. La nostalgie de la fusion maternelle où prévalait le principe de plaisir (‘tout, tout de suite’) amène l’être humain en construction à vouloir régresser vers cet état fantasmé de toute-puissance où tout était possible à la fois. Or grandir c’est choisir. La sagesse populaire ajoute : choisir, c’est mourir un peu ; ce qui est vrai, car renoncer à l’une ou l’autre branche d’une alternative implique de mourir à tous les possibles contenus dans cette voie. Mais c’est pour renaître à l’accomplissement adulte de l’exploration d’un choix.

Vouloir être en même temps homme et femme, plombier et policier, parisien et marseillais, hindou et musulman etc. ne peut mener qu’à l’éclatement de l’identité personnelle. Et à une immaturité dangereuse. L’adolescence – ou plutôt l’adulescence – de notre société est révélatrice d’une structuration psychologique inachevée de bon nombre des citoyens, générant une culture relativiste où toutes les options sont valables. Et ne rêvons pas ne pas être concerné nous-même ! Vouloir tout et son contraire est une tentation qui guette chacun d’entre nous, dans bien des domaines.

 

Une éthique de la décision

Alors, laissons Élie nous réveiller à nouveau ce dimanche : « choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir ! », et réécoutons le Christ dans notre Évangile (Jn 6, 60-69) nous demande de chute de choisir ou de partir, mais non de rester dans l’entre-deux : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »

C26b MacronL’indécision n’est pas éthique. C’est de l’infantilisme (spirituel, politique, psychologique).
Une éthique de la décision suppose le courage de choisir, donc de renoncer, d’éliminer.
Ne pas décider est la pire des irresponsabilités.

Choisir est possible
Nous sommes en effet dans une société de sollicitations perpétuelles, tant pour les objets, que pour les passions, que pour les amours ; on estime que l’on n’a pas le droit de dire « non » à quoi, ou à qui que ce soit.
A contrario, l’enjeu principal de l’éducation ne serait-il pas de montrer que choisir est possible, possible et nécessaire ? Mais pour cela, il faut accepter de ne pas être tout, de ne pas faire tout. Il faut accepter de se reconnaître des limites, aussi de s’en choisir. Il faut accepter d’être un homme et non une divinité du panthéon romain (Mgr. Pascal Wintzer, ibid.)

 

Prenons le temps cet été de réfléchir sur les indécisions qui sont les nôtres.
Jusqu’à quand allons-nous courir plusieurs lièvres à la fois ?

 


[1]. Max Weber, Essais sur la théorie de la science, Quatrième essai : « Essai sur le sens de la « neutralité axiologique » dans les sciences sociologiques et économiques” (1917), p. 21.

[2]ibid., p. 26.

 

 

LECTURES DE LA MESSR

PREMIÈRE LECTURE
« Nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu » (Jos 24, 1-2a.15-17.18b)

Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ; puis il appela les anciens d’Israël, avec les chefs, les juges et les scribes ; ils se présentèrent devant Dieu. Josué dit alors à tout le peuple : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » Le peuple répondit : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »

PSAUME
(Ps 33 (34), 2-3, 16-17, 20-21, 22-23)
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur affronte les méchants
pour effacer de la terre leur mémoire.

Malheur sur malheur pour le juste,
mais le Seigneur chaque fois le délivre.
Il veille sur chacun de ses os :
pas un ne sera brisé.

Le mal tuera les méchants ;
ils seront châtiés d’avoir haï le juste.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

DEUXIÈME LECTURE
« Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église » (Ep 5, 21-32)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.
Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée. C’est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme : comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même. Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin.
C’est ce que fait le Christ pour l’Église, parce que nous sommes les membres de son corps. Comme dit l’Écriture : À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église. 

ÉVANGILE
« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 60-69)
Alléluia. Alléluia. Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie ; tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. Jn 6, 63c.68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !… C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
 À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »
.Patrick Braud

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