L'homélie du dimanche (prochain)

4 avril 2026

Pâque, une fête azyme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 30 min

Pâque, une fête azyme

 

Homélie pour le Dimanche de Pâques / Année A 

05/04/26 


Cf. également :
Le kintsugi pascal

La danse pascale du labyrinthe
Conjuguer Pâques au passif
Pâques : le Jour du Seigneur, le Seigneur des jours
Pâques : les 4 nuits
Pâques : Courir plus vite que Pierre
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Trois raisons de fêter Pâques
Le courage pascal
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Faut-il shabbatiser le Dimanche ?
La Madeleine de Pâques
Pâques n’est décidément pas une fête sucrée
Incroyable !

 

À la recherche du Hametz !

Nous sommes habitués à célébrer Pâque comme la source de notre libération de toute mort, dans la droite ligne de Pessah, la fête juive qui commémore la sortie d’Égypte et de l’esclavage. Nos hosties plates et blanches sont le rappel de cette dimension historique incontournable : YHWH a libéré les Hébreux du jour au lendemain, si bien que dans leur fuite en toute hâte les anciens esclaves n’eurent pas le temps de faire lever la pâte avant de cuire le pain. Le pain azyme (sans levain) ou matsa est devenue depuis le symbole du repas pascal. Jésus se désigne lui-même comme le pain de vie, le pain rompu pour un monde nouveau ; et ce pain est azyme, c’est-à-dire don gratuit, immérité et si soudain qu’il nous prend au dépourvu.

 

Bedikat HametsMais voilà qu’avec une des deux lectures au choix de ce dimanche de Pâques, Paul nous oriente vers une deuxième interprétation tout aussi existentielle pour nous aujourd’hui : « ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ. Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité » (1Co 5,6-8).


Impossible de trouver plus juif que Paul, pharisien d’excellence, élève de Gamaliel – l’ENA juive de l’époque ! –. Il se souvient qu’enfant il a accompagné son père pour débusquer, à la lueur d’une bougie, les miettes de pain levé restant dans la maison familiale, la veille de Pessah. Ce n’était pas un simple ménage de printemps, comme la coutume populaire l’a sécularisé ensuite. C’était la traque du Hametz, ce levain qui est en réalité une moisissure, des champignons microscopiques qui fermentent et font lever la pâte. 

Ce levain est le symbole de ce qui dans nos vies pourrit sur place, ce qui gonfle. Le rite de la recherche du levain corrompu (Hag HaMatzot) est une condition pour fêter Pessah. 

 

Quel est donc le vieux levain qui nous habite encore ? Qu’est-ce qui nous fait gonfler d’orgueil ? Qu’est-ce qui nous rend bouffis de certitudes ? Qu’est-ce qui fait fermenter en nous l’amertume, la jalousie, les vieilles rancunes ? Qu’est-ce qui, comme le levain, prend beaucoup de place dans nos vies alors que ce n’est finalement que du vent ? Et pire encore : de quelle corruption sommes-nous encore les esclaves ? Les procès politiques en tous genres et de tous bords étalent dans les médias la corruption qui gangrène l’exercice du pouvoir : des puissants se compromettent avec des islamistes, des industriels acceptent des pots-de-vin, des intellectuels ferment les yeux pour obtenir médailles et nominations, des artistes se laissent instrumentaliser par des intérêts inavouables etc. Il n’y a pas que la drogue ou l’argent pour corrompre la société ! Chacun de nous a en lui quelques miettes – sinon plus ! – de ce levain qui le corrompt aussi sûrement que la corrosion de la rouille dévore l’acier le plus brillant.

 

Ne croyez pas que seuls les puissants seront corrompus ! D’ailleurs, dans la tradition juive de Hag HaMatzot, on dépose parfois volontairement 10 petits morceaux de pain (10 comme le décalogue, 10 comme un miniane) dans la maison pour être sûr que la recherche ne soit pas vaine. Spirituellement, cela nous rappelle que personne n’est totalement exempt de corruption à extirper de son cœur…

 

Pâque, une fête azyme dans Communauté spirituelle bedikat-chametzAutre détail symbolique : on utilise habituellement une plume et une cuillère en bois pour ramasser les morceaux sans les toucher (car ils sont impurs). La plume et sa douceur renvoie à la miséricorde divine. Elle symbolise ainsi la pédagogie de YHWH qui utilise des médiations pour recueillir notre misère avec une infinie délicatesse, sans nous briser brutalement. La cuillère renvoie à l’art de se nourrir : ce qui servait autrefois à se nourrir (le vieux pain, les esclavages anciens) est désormais mis de côté pour fêter Pâques. La cuillère est en outre un réceptacle intermédiaire : elle permet d’extraire le mal sans se souiller soi-même, sans le toucher. Et elle est en bois : elle ne conduit pas la chaleur (contrairement au métal). Elle est l’image de la protection que YHWH accorde à son peuple pour qu’il ne soit pas contaminé par la corruption qu’il doit affronter.

 

À la fin du rituel de Hag HaMatzot, la plume, la cuillère et les miettes récoltées sont enveloppées dans un linge blanc, puis brûlées ensemble le lendemain matin. La cuillère devient le support du sacrifice. Elle accompagne le levain jusqu’à sa destruction totale. C’est l’image de la mort à soi-même. Comme la cuillère qui disparaît dans les flammes avec le levain qu’elle a porté, nous sommes appelés à laisser brûler tout ce qui, en nous, servait l’orgueil, pour renaître « azymes ».

 

 azyme dans Communauté spirituelleLa relecture chrétienne opérée par Paul est facile à suivre : pour fêter Pâques, nous devons traquer toute trace du vieux levain de la corruption dans nos vies. La lumière de la bougie qui nous permet de les repérer est l’éclairage de Parole de Dieu pour discerner ce qui « pourrit » en nous. La plume est la promesse de l’infinie douceur de la miséricorde de Dieu pour ôter ces impuretés. La cuillère en bois est l’annonce du bois de la croix qui nous sauve du péché en ne permettant pas qu’il nous contamine. C’est le bois du gibet sur lequel Jésus se sacrifie pour consumer nos iniquités. Le linge blanc où brûlent les miettes, la plume et la cuillère est le vêtement blanc des baptisés qui les enveloppe du feu de l’Esprit pour les faire mourir à leur ancienne vie, etc… 

 

« Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté » : quand Paul nous appelle à faire disparaître toute trace du levain corrompu en nous, il transpose en Christ les gestes et les paroles et les prières de son père traquant les miettes moisies disséminées dans la maison familiale.…

 

Dernier détail enfin : après la recherche, on prononce une formule juridique déclarant que tout levain possédé inconsciemment est « nul et non avenu, comme la poussière de la terre ». Comme il est physiquement impossible de nettoyer la maison à 100 %, cette déclaration permet de dédouaner la famille en affirmant qu’elle avait l’intention de tout nettoyer, même si elle n’a pas pu y arriver intégralement. C’est le signe que nul ne peut voir clairement ni totalement tout le mal qui l’habite. Seul YHWH sonde les reins et les cœurs. On lui fait alors confiance pour poursuivre la traque du Hametz en nous, et éliminer ce qui a échappé à notre vigilance, à notre discernement.

Il en reste une trace dans l’ancienne formule de l’acte d’accusation de la confession catholique : « Je  m’accuse encore de tous les péchés que j’ai pu oublier, et de tous ceux de ma vie passée. J’en demande pardon à Dieu, et à vous, mon Père, pénitence et absolution, si vous m’en jugez digne ». La signification demeure : nul ne peut être sûr d’avoir débusqué et éliminé toutes les miettes de corruption qui lui pourrissent  la vie. Faire confiance à la clairvoyance de Dieu sur nous est un bon moyen d’éviter les scrupules et l’obsession pathologique de l’impureté…

 

Devenir des femmes et des hommes azymes

Paul ne se contente pas de nous appeler à éliminer le vieux levain : il nous promet qu’après Pâque, nous serons « une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque », le pain azyme. Il se souvient sans doute que la fête des azymes commence pour les juifs le 15 du mois de Nizan et dure sept jours. C’est l’origine de notre octave pascale : nous fêtons les sept jours suivants Pâque comme si c’était encore Pâque ! Ainsi Pâque dure 8 jours, symbole de la nouvelle création inaugurée en Jésus ressuscité le huitième jour de la semaine !

 

matzo-bread-resized2__OH painUne fois enlevé le levain de la corruption, il reste la matsa, le pain azyme. Un pain humble, pauvre, sans artifice. Un pain qui ne triche pas. Voilà ce que Pâque fait de nous : des azymes ! 

Pendant toute la semaine de la fête des azymes, la consommation de levain est strictement interdite : c’est l’image de la vie nouvelle des baptisés de Pâque, dans la simplicité et la vérité. 

La semaine pascale est azyme, comme doit l’être la vie chrétienne tout entière. Nous pouvons désormais vivre toute notre vie comme une fête des azymes, sans levain de méchanceté ni d’orgueil, libres de toute compromission ou corruption. Pessah (la sortie d’Égypte) est l’événement de notre libération soudaine, imprévue, gracieuse ; Hag HaMatzot (la fête des pains azymes) est notre mode de vie qui en découle, dans la durée. Notre libération comporte ces deux dimensions : l’événement et la durée ; le ponctuel et le rituel ; la singularité et le maintien dans le temps. 

« Le chien retourne à son vomi » constatait hélas la sagesse biblique (Pr 26,11 ; 2P 2,22) avec amertume. Parmi les baptisés de Pâque, il ne doit pas en être ainsi.

Puissions-nous persévérer dans notre nouvelle nature pascale, sans retourner à nos vieux levains !

 

Persévérons dans la prière, afin de nourrir en nous le feu reçu en cette nuit pascale :

 

Seigneur Jésus, Toi, le pain de misère devenu Pain de vie, 

En ce matin de Pâques, 

Tu te tiens au seuil de notre demeure. 

Comme le père de famille scrutant les ténèbres, 

Viens parcourir avec nous les recoins de notre cœur.

 

Prends la bougie de Ta Parole, Seigneur, 

Et éclaire en nous ce qui est encore « vieux levain ». 

Débusque ces miettes d’orgueil qui nous font gonfler, 

Ces fermentations d’amertume qui corrompent notre joie, 

Et ces vieilles habitudes de servitude que nous avons du mal à quitter.

 

Présente la cuiller faite du bois de Ta Croix, Seigneur, 

Pour recueillir avec patience tout ce qui nous sépare de Toi. 

Jesus-pain-de-vie-825x510-1 PâqueQue ce bois humble, instrument de Ta Passion, 

Devienne le réceptacle de nos pauvretés. 

Apprends-nous à déposer dans Ta main, sans crainte et sans détour, 

Ce qui nous semble hier encore nécessaire, mais qui entrave aujourd’hui notre marche vers la Vie.

 

Utilise la plume de Ta Miséricorde, Seigneur, 

Pour ramasser avec douceur nos fautes et nos hypocrisies. 

Ne nous laisse pas nous habituer à ce qui nous alourdit, 

Mais donne-nous le courage de l’abandon.

 

Brûle au feu de Ton Esprit, Seigneur, 

Tout ce qui appartient encore à « l’Égypte » de nos péchés. 

Que ce feu ne soit pas un jugement, mais une libération, 

Afin que disparaisse en nous tout ce qui fait obstacle à la fête.

 

Fais de nous, Seigneur, une « pâte nouvelle ». 

Donne-nous de devenir des hommes et des femmes « azymes », 

Vivant dans la transparence de la Pureté et la droiture de la Vérité. 

Que notre vie soit simple comme le pain de l’exode, 

Humble comme Ton Pain de Vie, 

Et légère comme le matin de Ta Résurrection.

 

Car toi, le Christ, notre Pâque, tu as été immolé pour nous ! 

À Toi, la gloire, la louange et la sainteté, 

Aujourd’hui, et pour les siècles des siècles !

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES


PREMIERE LECTURE
« Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)


Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »


PSAUME
(Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (Ps 117, 24)


Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !


Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.


La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.


DEUXIÈME LECTURE
« Recherchez les réalités d’en haut, là où est le Christ » (Col 3, 1-4)


Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens
Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.


OU AU CHOIX


DEUXIÈME LECTURE
« Purifiez-vous des vieux ferments, et vous serez une Pâque nouvelle » (1 Co 5, 6b-8)


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ.
Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.


SÉQUENCE
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié ! Amen. 


ÉVANGILE
« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Alléluia. Alléluia. Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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2 avril 2026

Vendredi saint : la Passion où bat le chœur de Bach

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 20 h 00 min

Vendredi saint : la Passion où bat le chœur de Bach

 

Homélie pour le Vendredi Saint / Année A 

03/04/26 


Cf. également :

Vendredi Saint : Éveille-toi, ô toi qui dors ! 
Le Vendredi Saint du Serviteur souffrant
Le grand silence du Samedi Saint
Vendredi saint : les soldats, libres d’obéir
Vendredi Saint : la Passion musicale
Comme un agneau conduit à l’abattoir
Vendredi Saint : paroles de crucifié
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Vendredi Saint : les morts oubliés
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Rameaux : la Passion hallucinée de Jérôme Bosch

 

Jean-Sébastien Bach a magnifiquement mis en musique le récit de la Passion selon saint Jean que nous venons d’écouter. Deux airs particulièrement dans cette œuvre de Bach peuvent nous aider à intérioriser le drame de ce Vendredi Saint.

 

1. Es ist vollbracht ! : Tout est accompli !

Juste après la dernière parole du Christ en croix : « Tout est accompli » (Jn 19,30), cet air bouleversant est comme suspendu dans le temps, bouche bée de douleur devant la mort de Jésus. L’air est confié à une voix d’alto, souvent associée à l’intériorité, la compassion, la gravité, la déploration. Cette voix est accompagnée d’une viole de gambe (ancêtre du violoncelle) et du luth, instruments du passé signifiant que quelque chose s’achève réellement, qu’une époque est révolue. Avec cet aria, une page se tourne :

 

 

 

A

 

Es ist vollbracht !

O Trost vor die gekränkten Seelen!

Die Trauernacht

Läßt nun die letzte Stunde zählen.

 

 

Tout est accompli !
Ô consolation pour les âmes affligées !
C’est la nuit du deuil

Où commence le décompte de la dernière heure

 

 

B

 

Der Held aus Juda siegt 

mit Macht

Und schließt den Kampf.

 

 

Le héros issu de Juda triomphe avec puissance,

et clôt le combat.

 

A’

 

Es ist vollbracht…

 

 

Tout est accompli…

  

Sa structure est ternaire : une première section (A) en tonalité mineure descend lentement au plus bas, avec un long silence pesant entre les phrases. C’est une figure descendante (catabase) qui souligne le dernier souffle, mimant l’affaissement du corps du Christ sur la croix.

La section centrale (B) est plus martiale : « le héros de Judas triomphe avec puissance », en majeur. Avec cette rupture brutale, Bach proclame la victoire jaillie du cœur même de la mort. L’accomplissement (des Écritures) annonce déjà l’issue pascale.

La troisième section (A’) revient au thème premier, mais cette reprise n’est pas à l’identique : elle est plus dépouillée, plus sereine. L’espérance a traversé la nuit, sans la supprimer, et descend doucement vers le silence humble et caché, dans un dépouillement extrême.


Avec cet aria solitaire, presque à nu, Bach nous confie que mourir c’est consentir à être seul devant Dieu : pas de chœur, pas de communauté encore (ce sera pour le chœur suivant), seulement la conscience qui s’abandonne, en espérant sans comprendre.


Cette parole est chantée lentement, presque immobile. Rien de spectaculaire. Rien d’héroïque au sens humain. Comme si la musique nous apprenait ceci : mourir, ce n’est pas réussir une dernière fois, mourir, c’est consentir. Consentir à ce qui a été donné. Consentir à ce qui a été vécu. Consentir à ce qui ne sera pas achevé par nous. La mort chrétienne, nous dit Bach, n’est pas d’abord un événement biologique, mais un acte intérieur. Un acte de fidélité.

Il n’y a pas encore de chœur. Pas encore de communauté. Parce qu’au moment de mourir, chacun se tient seul devant Dieu. Mais ce n’est pas une solitude vide. C’est une solitude habitée. Bach proclame ainsi que la mort chrétienne n’est pas une disparition dans le néant, mais un face-à-face.

 

2. Ruht wohl : Repose en paix

C’est le chœur ultime de la Passion de Bach : « repose en paix ». Avec une connotation de plénitude (« wohl »), qui rappelle la plénitude de l’accomplissement (« vollbracht »).  

Si l’air précédent est celui de l’agonie victorieuse, ce chœur est celui de l’apaisement total, fonctionnant comme une berceuse funèbre pour le Christ mis au tombeau. Bach choisit une mesure de 3/4, proche d’une danse comme la sarabande ou le menuet lent. Cette rythmique ternaire insuffle un mouvement de balancement doux, évoquant le repos plutôt que l’effondrement. Comme c’est un chœur qui le chante (et non une soliste comme l’alto précédemment), on peut y voir la figure de l’Église prenant le corps du Christ mort entre ses bras pour le bercer de sa douleur et l’apaiser de son chant. Une pietà ecclésiale en quelque sorte, où la tonalité de mi bémol majeur ajoute apporte une paix consolatrice après les tensions en mineur. La fluidité des cordes nous enveloppe : les cordes et les flûtes jouent des croches régulières et souples, créant un linge  sonore qui semble envelopper le corps du Christ comme un linceul de soie. Le chœur chante souvent de manière homophonique (toutes les voix ensemble), ce qui donne une impression de solidité, de communauté et de sérénité.


Spirituellement, cet air ne célèbre pas la fin d’une vie, mais la sanctification du repos. Les « ossements sacrés » (heiligen Gebeine) ne sont pas vus comme des restes mortels, mais comme une relique précieuse. Le tombeau devient un lieu de paix qui « ne me fait plus peur ».

Dans la théologie luthérienne de Bach, la mort est souvent décrite comme un sommeil. En berçant le Christ, le fidèle se berce lui-même :

Le sacrifice est terminé.

La dette est payée.

Le croyant peut désormais envisager sa propre mort sans terreur, car le Christ a « ouvert le ciel » en passant par la tombe.

Il vit ainsi sa propre transition vers la résurrection

Bien que la Passion se termine techniquement ici (avant le choral final), la musique de « Ruht wohl » est déjà imprégnée de la lumière de Pâques. Ce n’est pas un adieu désespéré, mais un « au revoir » rempli d’une certitude tranquille.

 

Ruht wohl, ihr heiligen Gebeine,

Die ich nun weiter nicht beweine,

Ruht wohl 

und bringt auch mich zur Ruh !

Das Grab, so euch bestimmet ist

Und ferner keine Not umschließt,

Macht mir den Weg zum Himmel auf

Und schließt die Hölle zu.

Ruht wohl …

Reposez en paix ici, ossements sacrés,

Que désormais je ne pleurerai plus,

Reposez en paix 

et menez-moi aussi vers le repos !

Le tombeau qui vous est destiné

Et qui ne renferme plus aucune détresse,

M’ouvre le chemin du ciel

Et verrouille celui de l’enfer.

Reposez en paix

 

Bach nous enseigne ici quelque chose de fondamental : le chrétien ne meurt jamais seul.

Après l’acte intérieur si personnel de mourir, vient l’acte communautaire de confier : confier un corps, confier une vie, confier une histoire…

 

3. Mourir en chrétien

La Passion selon saint Jean ne s’achève pas par la résurrection proclamée, mais par une paix déposée.

Parce que l’espérance chrétienne ne commence pas par le bruit de la victoire, mais par la douceur du repos.

Et peut-être pouvons-nous, dès aujourd’hui, apprendre à vivre autrement, en apprenant déjà à mourir autrement : en accomplissant, en consentant, et en nous laissant confier…

« Tout est accompli » : mourir, c’est paraître seul face à Dieu, consentir à ce qui a été donné, consentir à ce qui a été vécu, consentir à ce qui ne sera pas achevé par nous.

« Ruht whol » : mourir, c’est consentir à se laisser porter par l’Église qui nous berce de son espérance…

Les deux airs de la Passion de Bach nous invitent à conjuguer ces deux attitudes spirituelles.

Mourir en chrétien comportera toujours le face-à-face seul avec Dieu et l’accompagnement par l’Église, la déploration et l’espérance, la nuit obscure et le repos paisible…

 

Que l’Esprit du Christ nous donne d’accomplir et de reposer à la manière du Christ, par lui, avec lui et en lui…

 

LECTURES

 

Première lecture
« C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé » (Is 52, 13 – 53, 12)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe
Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.
Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.
Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.
Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

 

Psaume
(30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25)
R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit.
 (cf. Lc 23, 46)

 

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

 

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

 

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

 

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

 

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

 

Deuxième lecture
Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)

 

Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

 

Évangile
Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.
 Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. (cf. Ph 2, 8-9)

 

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean
Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. » Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi m’interroges-tu ? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe. Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta. Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même, Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit. Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient. Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié. Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats. Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.) Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé. Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick BRAUD

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29 mars 2026

Jeudi Saint : le trouble des Douze, par Giotto

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Jeudi Saint : le trouble des Douze, par Giotto

 

Homélie pour le Jeudi Saint / Année A 

02/04/26 


Cf. également :

Jeudi Saint : Qu’avons-nous fait de l’Homme ?
Jeudi Saint : aimer jusqu’au « telos »
Jeudi Saint : les multiples interprétations du lavement des pieds
Jeudi saint : les réticences de Pierre
« Laisse faire » : éloge du non-agir
« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus
Jeudi Saint : pourquoi azyme ?
La commensalité du Jeudi saint
Le Jeudi saint de Pierre
Jeudi Saint / De la bouchée au baiser : la méprise de Judas
Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique
Je suis ce que je mange
La table du Jeudi saint
Le pain perdu du Jeudi Saint
De l’achat au don
Pâques : les 4 nuits

 

Giotto, vers 1305, a peint la Cène sur les murs de la chapelle des Scrovegni, à Padoue. Contemplez la fresque, et écoutez le commentaire de Paule Amblard.

 

« Dans une maison à l’architecturé raffinée, les fenêtres et le haut du toit s’entrouvrent sur le ciel bleu. La délicatesse des ornements de  Pierre, les fines colonnes, la richesse des vêtements drapés, la beauté des objets, les chaises, les sandales, le bassin d’ablution sont un écran voulu par le peintre Giotto pour recevoir une perle. Celle-ci resplendit au centre de la scène au cœur du petit groupe des douze apôtres. L’auréole du Christ illumine le linge dont il a ceint sa taille. Giotto peint une somptueuse étoffe plissée qui met en valeur la beauté de son geste. 

Nous sommes le Jeudi saint. 

Tous s’apprêtent à fêter la Pâque juive. 

À genoux, Jésus lave les pieds de  Pierre. 

Attitude incompréhensible du Seigneur accomplissant le rite d’accueil dévolu aux esclaves et aux serviteurs… 

Les visages des disciples dévoilent leur trouble. Ils sont à la fois dépassés et attentifs. Certains écoutent avec une acuité toute particulière ; ils sont tendus pencher vers le maître. D’autres obéissent à sa parole en préparant leurs pieds en apportant de l’eau. Différences de caractère que Giotto a pris soin de nuancer de façon très fine. 

Mais tous sont en communion avec lui [même Judas, qui est sans doute l’apôtre dont le visage est caché derrière un autre, à droite, et dont on ne voit que l’auréole noire]. La bande horizontale dorée qui orne le mur derrière eux semblent un tissu lumineux les enveloppant, les réunissant dans la même communauté d’esprit.  Pierre avec les autres reçoit l’enseignement de Jésus : « Si je ne te lave pas tu n’as pas de part avec moi ». L’humilité et l’amour manifestés de jésus en cet instant est une clé spirituelle, un enseignement de vie : n’être plus rien, lâcher sa part d’ego pour accueillir l’autre. »

 

Et vous ? Quelle serait votre réaction si votre chef, votre supérieur, votre père ou votre mère se mettait à genoux pour vous servir ?…

 

Jeudi Saint : le trouble des Douze, par Giotto dans Communauté spirituelle

 

MESSE DU SOIR


PREMIÈRE LECTURE
Prescriptions concernant le repas pascal (Ex 12, 1-8.11-14)


Lecture du livre de l’Exode
En ces jours-là, dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.
Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »


PSAUME
(115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)
R/ La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ. (cf. 1 Co 10, 16)

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?


J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !


Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.


Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.


DEUXIÈME LECTURE
« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.


ÉVANGILE
« Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1-15)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Jn 13, 34)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Patrick BRAUD

 

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22 mars 2026

Rameaux : Judas retourné comme un gant

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Rameaux : Judas retourné comme un gant

 

Homélie pour le Dimanche des Rameaux / Année A 

29/03/26 


Cf. également :
Rameaux : Fais la fête, Église du Christ !
Choisir Judas comme ami
Remplacer Judas aujourd’hui

Jeudi Saint / De la bouchée au baiser : la méprise de Judas
De quoi l’ânon des rameaux est-il le nom ?
Le coq défait Pierre
Rameaux : la Passion du Christ selon Mel Gibson
Rameaux : vous reprendrez bien un psaume ?
Rameaux : la Passion hallucinée de Jérôme Bosch
Rameaux : le conflit ou l’archipel
Comment devenir dépassionnés
Rameaux : assumer nos conflits
Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…


1. Judas, apôtre des nations malgré lui ?

La Passion selon saint Matthieu que nous venons d’écouter ce dimanche des Rameaux présentes plusieurs spécificités par rapport aux autres évangiles. Parmi celles-ci, intéressons-nous à Judas.


Rameaux : Judas retourné comme un gant dans Communauté spirituelle 250px-Cimabue01
- Il est là dès le début du récit, cherchant une occasion de 
« livrer Jésus » aux juifs. Pour Matthieu, a posteriori, c’est le signe qu’il voulait le trahir. À bien y réfléchir, il se peut que Judas – qualifié par Matthieu d’Iscariote, ce qui vient du mot sicaire = armé d’un poignard – ait projeté d’organiser une rencontre entre Jésus et les chefs religieux pour qu’ils unissent leurs forces en vue de chasser l’occupant romain et de rétablir la royauté en Israël. Un peu comme De Gaulle voulait unifier les forces de la Résistance… !
Il n’était pas le seul. C’était par exemple le rêve politique des disciples d’Emmaüs : « Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël » Lc 24,21.


- Judas est là ensuite, lors de la Cène, où Matthieu le qualifie de 
« maudit » dans la bouche de Jésus. Judas a quant à lui entendu le verbe livrer comme l’ordre d’organiser une négociation, et s’est cru confirmé dans cette mission. « Serait-ce moi ? » « C’est toi qui l’a dit ».

- Judas est là, après le repas, à Gethsémani où il emmène une foule rassemblée par les chefs juifs. Il embrasse Jésus comme on embrasse un ami, persuadé de lui rendre service en le faisant amener auprès du grand prêtre. Jésus semble le confirmer encore dans sa mission : « mon ami, que tu es venu faire, fais-le ! ».
- Judas est de nouveau présent à la fin du récit. Voyant que sa tentative d’union avait échoué et que Jésus était condamné, il réalise qu’il a tout compromis et est rongé par le « remords ». Il rend les 30 pièces d’argent, salaire dérisoire au sa médiation, il va se pendre.

On le voit : Judas est un fil rouge dans la Passion du Christ ; il rythme la progression du drame ; il en est un acteur essentiel.

 

English%20School%20-%20Judas%20repents%20and%20in%20remorse%20returns%20the%20thirty%20pieces%20of%20silver%20%20-%20%28MeisterDrucke-100679%29 Judas dans Communauté spirituelleZoomons maintenant sur la fin de Judas, où Matthieu opère une relecture étonnante [1]. Que font les grands prêtres avec les 30 pièces d’argent ? Ils achètent un champ, celui où un potier déposait ses tessons de vases brisés ; ce champ-dépotoir est désormais appelé le « champ du sang » à cause de Judas. Ils l’achètent pour y enterrer les étrangers décédés à Jérusalem !


Autrement dit : le sang innocent de Jésus versé dans sa Passion devient grâce à Judas le moyen de racheter un lieu pour ceux qui n’en ont pas. Grâce à Judas finalement, le sang de Jésus ouvre un lieu pour les exclus, et donne aux étrangers le repos en Israël ! Voilà un étonnant renversement : à l’insu de son plein gré, Judas offre aux nations l’accès à la terre d’Israël ! C’est comme s’il élargissait l’Alliance aux païens, alors qu’il se voulait nationaliste forcené…

 

Pour justifier cet achat ô combien symbolique, les grands prêtres (ou Matthieu) font appel à une prophétie soi-disant de Jérémie :

« Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : ‘Ils ramassèrent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix, le prix fixé par les fils d’Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné’ ».

Problème : la citation renvoie plutôt à Zacharie 11,12-13 qu’à Jérémie 18–19 !
Le texte de Jérémie développe le geste prophétique de la cruche brisée près de la Porte  des Tessons :
« Ainsi parle le Seigneur : Va, et achète une cruche en terre cuite. Prends quelques anciens parmi le peuple et les prêtres, et sors vers le Val-de-la-Géhenne, à l’entrée de la porte des Tessons. [...] Tu briseras la cruche sous les yeux des hommes qui t’auront accompagné, et tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur de l’univers : Je briserai ce peuple et cette ville, comme on brise une poterie qui ne peut plus être réparée » (Jr 19,1-2.10-11).
Le texte de Zacharie parle quant à lui du salaire de 30 pièces d’argent rendu au Temple :
« Je leur dis alors : “Si cela vous semble bon, donnez-moi mon salaire, sinon n’en faites rien.” Ils pesèrent mon salaire : trente pièces d’argent. Le Seigneur me dit : “Jette-le au fondeur, ce joli prix auquel ils m’ont apprécié !” Alors je ramassai les trente pièces d’argent et je les jetai au fondeur dans la Maison du Seigneur » (Za 11,12-13).

On y retrouve le salaire dérisoire de 30 pièces d’argent - à peine le prix d’un esclave tué accidentellement (Ex 21,32) -, le berger rejeté par les chefs, l’argent jeté dans le Temple. La correspondance est quasi parfaite avec Mt 27. Alors, pourquoi invoquer Jérémie ?

Peut-être parce que se réclamer d’un grand prophète (Jérémie en l’occurrence) est plus prestigieux et impressionnant que d’un petit (Zacharie) ?

Peut-être Matthieu superposait-il les deux ?

Peut-être pour réinterpréter la mort de Judas grâce à Jérémie (le vase brisé) plus que Zacharie (l’argent et le champ) ?

 

Jérémie 18Car, pour Jérémie, Dieu est comme un potier qui va s’ingénier à refaçonner le vase abîmé : « Le vase qu’il façonnait de sa main avec l’argile fut manqué. Alors il recommença, et il fit un autre vase, selon ce qu’il est bon de faire, aux yeux d’un potier » (Jr 18,4). Et voilà le génie de Matthieu : il va convoquer le célèbre passage du vase recréé par le potier pour signifier que même la trahison et le suicide de Judas n’auront pas le dernier mot :  Dieu va faire surgir le salut des non-juifs, à partir de l’argent de Judas et du champ du sang.
Ce qui est racheté par le sang du Christ devient un lieu d’accueil pour ceux qui n’avaient pas de tombeau.
L’argent de la mort sert à préparer une demeure aux étrangers, dans l’espérance de la résurrection.
Cet argent qui ne peut entrer dans le Temple parce qu’il est impur permet aux impurs d’entrer en Israël ! Il devient le fondement d’un lieu nouveau, ouvert à ceux qui en étaient exclus.
Le champ du potier est le premier espace racheté par le sang du Christ, non pour les juifs, mais pour les païens !

Avec Zacharie, on insiste sur le refus de Jésus – lui, le bon berger – par Israël.
Avec Jérémie, on  retourne comme un gant la malédiction qui pesait sur Judas : grâce à lui, malgré lui peut-être, à son insu en tous cas, la mort de Jésus devient une bénédiction pour les nations étrangères !

 

Origène écrit : « Nous sommes l’argile, Dieu est le potier ; et si le vase est brisé, ce n’est pas pour qu’il périsse, mais pour qu’il soit refait » (Homélies sur Jr 18, 6).

Le champ du potier devient ainsi, non pas un simple terrain funéraire, mais le lieu où Dieu reprend une matière ratée. Le monde, souillé par le péché et par le sang des idoles, n’est pas abandonné : il est racheté pour être retravaillé. Origène fait une lecture ouvertement universaliste : « Les étrangers ensevelis dans ce champ sont ceux qui étaient étrangers aux alliances, mais que le sang du Christ a rendus proches » (Commentaire sur Matthieu, série 35)

 

sacrifice d'enfants à MolochLe paradoxe est d’autant plus grand que le champ du potier de Jérémie se situe dans une vallée appelée Gei-Ben-Hinnom, vallée du fils de Hinnom. Or cette vallée était devenue sous le règne des rois impies Achaz et Manassé le théâtre de rites atroces. On y sacrifiait par le feu des enfants en l’honneur du dieu Moloch. Le sang de ces innocents  figurait déjà le sang de Jésus, l’enfant par excellence. Après les réformes du roi Josias, qui a souillé le site de multiples ordures afin d’empêcher ces rites sanglants, la vallée est devenue la décharge publique de Jérusalem. On y jetait les ordures, les carcasses d’animaux et parfois les cadavres de criminels. Pour éviter les épidémies et consumer les déchets, des feux y brûlaient en permanence. L’odeur de soufre et la présence constante de fumée et de vers ont frappé l’imaginaire collectif.

À l’époque du Nouveau Testament, le nom hébreu Gei-Hinnom est traduit en grec par Gehenna. Jésus utilise ce lieu physique que tout le monde connaît à Jérusalem pour illustrer un concept spirituel abstrait : l’enfer. Lorsqu’il parle de la « Géhenne où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » (Mc 9,48), il ne décrit pas un lieu souterrain imaginaire, mais il pointe du doigt la décharge, le dépotoir, la déchetterie fumante au sud de la ville pour dire : ‘Le destin de ceux qui rejettent Dieu ressemble à ce qui arrive aux déchets dans cette vallée’.

Et voici que la Géhenne devient, grâce à Judas, un lieu de repos pour les étrangers privés de sépulture !
Même l’enfer n’aura donc pas le dernier mot : Dieu est capable d’en faire un lieu de salut pour les nations…

 

2. Dieu peut-il se servir du mal ?

Se servir ne veut pas dire provoquer.

Les Pères de l’Église ont écrit des pages sublimes sur ce retournement de situation absolument renversant : le lieu où le sang de l’innocent a été versé injustement devient un lieu d’accueil pour les exclus de l’Alliance. L’argent qui était le salaire de la trahison devient le moyen de rachat des étrangers. Le champ où le potier entassait ses tessons d’argile brisés  devient la matrice où Dieu reprend sa création abîmée pour la restaurer, la ressusciter.

 

Le champ du potier/du sang devient ainsi une figure anticipée de l’Église des nations, née d’une infidélité et d’un échec apparent que Dieu va transformer. Comme l’écrivait Paul : « là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5,20).

ed6168 PassionAugustin ose en déduire que jamais le mal n’aura le dernier mot. Dieu est capable de retourner sa négativité contre lui, comme on retourne un gant :

« Le mal de Judas n’a pas empêché le bien de Dieu ; car le sang du Christ a servi à racheter même ce qui venait du crime » (De Civitate Dei, XVIII,49).

Ce qui ne pouvait rentrer dans le sanctuaire du Temple parce qu’il était impur est devenu un instrument de salut :

« Ce qui ne pouvait être remis dans le trésor sacré a pourtant servi à une œuvre de miséricorde » (Sermon 218).

L’argent du crime n’entre pas dans le Temple. Et pourtant, il sert à acheter un champ. Dieu ne sanctifie pas le péché. Mais il ne laisse pas le péché avoir le dernier mot. Le sang innocent versé par la trahison devient le prix d’un lieu d’accueil. Un champ pour les étrangers. Pour ceux qui n’avaient ni maison, ni tombe, ni place. Ainsi, même ce qui est né du mal est repris par Dieu et retourné vers la vie.

Et l’Église elle-même n’est pas née d’une fidélité parfaite, mais de l’argent de Judas converti en lieu d’accueil pour les étrangers, et tous les exclus de l’Alliance.

 

On peut aller encore plus loin dans le paradoxe en relevant les étymologies possibles de Gei-Hinnom, à l’origine de la Géhenne.

Bhalaswa, l'immense décharge de New Delhi, est en feuLa Géhenne, c’est d’abord la vallée du règne des gémissements (Nihoum en araméen, proche de Hinnom) des enfants sacrifiés à Moloch : vallée de larmes, de sang versé par les cultes idolâtres.

La racine la plus directe liée phonétiquement à Hinnom est Hanane. C’est une racine fondamentale de la spiritualité biblique :

• Hen (חֵן) : La grâce, la faveur, le charme / Hanoun (חַנּוּן) : Miséricordieux (un des attributs de Dieu).

Le paradoxe est saisissant : la « Vallée de Hinnom » (la Géhenne) porte un nom qui évoque la grâce ! Pour les commentateurs, cela souligne le retournement du tragique : le lieu du châtiment est celui où se manifeste la miséricorde gratuite de Dieu.

• Hinman (חִנָּם) : « Gratuitement » ou « sans cause », don injustifié…

Le mot Hinman (dérivé de la même racine) signifie « pour rien » ou « gratuitement ». Dans la Bible, il est souvent utilisé pour désigner le don gratuit : recevoir quelque chose sans l’avoir mérité. Le lien avec Judas est clair : Judas a vendu le Christ pour de l’argent, mais au final, cet argent est devenu « Hinman », don gratuit accordé aux étrangers à Israël, grâce offerte aux nations.

 

3. Quel est ton champ du potier ?
 RameauxLe champ du potier est hors du Temple. Il est acheté avec un argent impur. Il est destiné aux morts. Et pourtant, c’est là que commence la rédemption. 
Il est temps pour chacun de s’interroger. Peut-être y a-t-il en nous une terre que nous jugeons perdue, un lieu marqué par l’échec, trahison, la mort ? Une faute dont nous n’osons plus attendre le pardon ?

Mais voici la Bonne Nouvelle : le Christ n’a pas versé son sang pour les lieux saints seulement, mais pour les terres rejetées, pour les champs inutiles, pour les étrangers que nous sommes devenus. Ce que nous abandonnons comme irrémédiable, Dieu l’achète encore. 

 

Ce qui ne pouvait entrer dans le Temple est devenu le premier lieu racheté par le sang du Christ.

 

Prière finale 

Seigneur Jésus Christ, toi qui n’as pas refusé la terre blessée, 

reprends entre tes mains d’argile ce qui en nous est brisé, 

et refais-le selon ton dessein de vie. 


Toi qui as porté le poids du péché sans désespérer de l’homme, 

délivre-nous du remords qui enferme et donne-nous la confiance qui attend ton pardon. 


Toi dont le sang innocent a acheté un lieu pour les étrangers et les perdus, 

ouvre en nous un espace où ta miséricorde puisse demeurer. 


Car ce que la faute a souillé, ta grâce peut encore le racheter,

Que ton Esprit nous conduise dans cette espérance…

______________________________________

[1]. On pourrait la comparer à l’interprétation de Luc, si différents, notamment en Ac 1,8. Mais ceci est une autre histoire !

 

LECTURES DE LA MESSE

ENTRÉE MESSIANIQUE  (Mt 21, 1-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent en vue de Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin’. Et aussitôt on les laissera partir. » Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète : Dites à la fille de Sion :Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme.
Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? » Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »

 

PREMIÈRE LECTURE
« Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Is 50, 4-7)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

 

PSAUME

(Ps 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a)
R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Ps 21, 2a)

 

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !


Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.


Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.


Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !


Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)

 

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
 Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

 

ÉVANGILE

Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 26, 14 – 27, 66)

Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Ph 2, 8-9)

 

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Matthieu

Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages

 

L. En ce temps-là, l’un des Douze, nommé Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres et leur dit : D. « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? »

L. Ils lui remirent trente pièces d’argent. Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer. Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus : D. « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? » L. Il leur dit : X. « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : ‘Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.’ » L. Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il déclara : X. « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. » L. Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : D. « Serait-ce moi, Seigneur ? » L. Prenant la parole, il dit : X. « Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » L. Judas, celui qui le livrait, prit la parole : D. « Rabbi, serait-ce moi ? » L. Jésus lui répond : X. « C’est toi-même qui l’as dit ! »
L. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et, le donnant aux disciples, il dit : X. « Prenez, mangez : ceci est mon corps. » L. Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : X. « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. »
L. Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Alors Jésus leur dit : X. « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » L. Prenant la parole, Pierre lui dit : D. « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » L. Jésus lui répondit : X. « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » L. Pierre lui dit : D. « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » L. Et tous les disciples dirent de même.

 Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : X. « Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas pour prier. » L. Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors : X. « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. » L. Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : X. « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » L. Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : X. « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » L. De nouveau, il s’éloigna et pria, pour la deuxième fois ; il disait : X. « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » L. Revenu près des disciples, de nouveau il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil. Les laissant, de nouveau il s’éloigna et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles. Alors il revient vers les disciples et leur dit : X. « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. Voici qu’elle est proche, l’heure où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
L. Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, et avec lui une grande foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. Celui qui le livrait leur avait donné un signe : D. « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le. » L. Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : D. « Salut, Rabbi ! » L. Et il l’embrassa. Jésus lui dit : X. « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le ! » L. Alors ils s’approchèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent. L’un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui trancha l’oreille. Alors Jésus lui dit : X. « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges. Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures selon lesquelles il faut qu’il en soit ainsi ? » L. À ce moment-là, Jésus dit aux foules : X. « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, dans le Temple, j’étais assis en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. » L. Mais tout cela est arrivé pour que s’accomplissent les écrits des prophètes. Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent.
Ceux qui avaient arrêté Jésus l’amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s’étaient réunis les scribes et les anciens. Quant à Pierre, il le suivait à distance, jusqu’au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s’assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort. Ils n’en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés. Finalement il s’en présenta deux, qui déclarèrent : A. « Celui-là a dit : ‘Je peux détruire le Sanctuaire de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.’ » L. Alors le grand prêtre se leva et lui dit : A. « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » L. Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : A. « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. » L. Jésus lui répond : X. « C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez lFils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. » L. Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : A. « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème ! Quel est votre avis ? » L. Ils répondirent : F. « Il mérite la mort. » L. Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres le rouèrent de coups en disant : F. « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? »
L. Cependant Pierre était assis dehors dans la cour. Une jeune servante s’approcha de lui et lui dit : A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus, le Galiléen ! » L. Mais il le nia devant tout le monde et dit : D. « Je ne sais pas de quoi tu parles. » L. Une autre servante le vit sortir en direction du portail et elle dit à ceux qui étaient là : A. « Celui-ci était avec Jésus, le Nazaréen. » L. De nouveau, Pierre le nia en faisant ce serment : D. « Je ne connais pas cet homme. » L. Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : A. « Sûrement, toi aussi, tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, ta façon de parler te trahit. » L. Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : D. « Je ne connais pas cet homme. » L. Et aussitôt un coq chanta. Alors Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement.
Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mettre à mort. Après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate, le gouverneur.
Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. Il leur dit : D. « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » L. Ils répliquèrent : A. « Que nous importe ? Cela te regarde ! » L. Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre. Les grands prêtres ramassèrent l’argent et dirent : A. « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang. » Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour y enterrer les étrangers. Voilà pourquoi ce champ est appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang. Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Ils ramassèrent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix, le prix fixé par les fils d’Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné.
L. On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus déclara : X. « C’est toi-même qui le dis. » L. Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : A. « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? » L. Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur fut très étonné. Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait. Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas. Les foules s’étant donc rassemblées, Pilate leur dit : A. « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? » L. Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus. Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : A. «
 Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. » L. Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus. Le gouverneur reprit : A. « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » L. Ils répondirent : F. « Barabbas ! » L. Pilate leur dit : A. « Que ferai-je donc de Jésus appelé le Christ ? » L. Ils répondirent tous : F. « Qu’il soit crucifié ! » L. Pilate demanda : A. « Quel mal a-t-il donc fait ? » L. Ils criaient encore plus fort : F. « Qu’il soit crucifié ! » L. Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : A. « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » L. Tout le peuple répondit : F. « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! » L. Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié. Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde. Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.
En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus. Arrivés en un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire), ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire. Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ; et ils restaient là, assis, à le garder. Au-dessus de sa tête ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » Alors on crucifia avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche.
Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : F. « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant : A. « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui ! Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : ‘Je suis Fils de Dieu.’ » L. Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.
À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : X. « Éli, Éli, lema sabactani ? », L. ce qui veut dire : X. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L. L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : F. « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! » L. Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire. Les autres disaient : F. « Attends ! Nous verrons bien si Élie vient le sauver. » L. Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)
Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens. À la vue du tremblement de terre et de ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : A. « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »
L. Il y avait là de nombreuses femmes qui observaient de loin. Elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Comme il se faisait tard, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu, lui aussi, disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remette. Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul immaculé, et le déposa dans le tombeau neuf qu’il s’était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. Or Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre.
Le lendemain, après le jour de la Préparation, les grands prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate, en disant : A. « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : ‘Trois jours après, je ressusciterai.’ Alors, donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : ‘Il est ressuscité d’entre les morts.’ Cette dernière imposture serait pire que la première. » L. Pilate leur déclara : A. « Vous avez une garde. Allez, organisez la surveillance comme vous l’entendez ! »
L. Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du sépulcre en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.
Patrick BRAUD

 

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