L'homelie du dimanche

13 mai 2020

Coronavirus : statistiques et questions

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 15 min

Coronavirus : statistiques et questions

Regardez la carte ci-dessous : elle donne la répartition géographique du ratio de mortalité = Nombre de morts dus au Coronavirus / Population du pays (en million d’habitants). Passez votre souris sur les pays pour obtenir les détails. Faites glisser le curseur de la réglette pour visualiser l’historique.
C’est le seul ratio pertinent, et relativement fiable (sauf sans doute pour la Chine ou la Russie, mais pas de manière à bouleverser le classement), car on ne teste pas tout le monde ni de manière égale et les hospitalisations varient également selon les pays. Notez au passage que la France a le 5° ratio le plus mauvais au monde (autour de 410) : pas de quoi être fier…

Source : https://ourworldindata.org/grapher/total-covid-deaths-per-million?

Sur cette carte, on voit nettement que le problème est surtout celui de l’Europe et des USA, qui ont des ratios 10 à 20 fois supérieurs à la moyenne mondiale (sauf exception notable de l’Allemagne ou de la Grèce par exemple).

Ratio Morts Population Coronavirus 2.xlsx

Statistiques au 13/05/2020  Source : https://www.worldometers.info/coronavirus/?referer=app


Si on y conjugue la répartition par tranches d’âge :

 Coronavirus _ morts par âge en France 2020 _ Statista

Source : https://fr.statista.com/statistiques/1104103/victimes-coronavirus-age-france/

on voit que 71% des victimes ont plus de 75 ans.

Comme de plus 70% des victimes sont des hommes, on peut dire que cette pandémie touche surtout les hommes blancs (Europe et USA) âgés et riches (par rapport au reste du monde). Le surpoids et le diabète sont des facteurs aggravants (cf. le Brésil).

Pour une fois, les pays pauvres s’en tirent mieux que les autres, pour tout un tas de raisons : jeunesse de la population, leçons apprises des épidémies précédentes en Afrique (Ébola, SRAS etc.), climat chaud et/ou humide etc. Par contre, les conséquences économiques du confinement seront catastrophiques pour eux aussi…

Déjà à ce stade, on peut s’interroger sur l’impartialité des commentaires sur la crise, sur la peur générée en boucle par les gouvernements et les pouvoirs en place, sur la pertinence des mesures prises : elles ont sans doute comme objectif de servir l’intérêt des catégories menacées, surreprésentées…De là à mettre à genoux le tourisme, la restauration, l’aviation, l’automobile etc.  pour des années, on peut se demander si les remèdes ne seront pas finalement pires que le mal !

 

Quand on compare la mortalité due au Coronavirus aux autres grandes causes de mortalité de par le monde, on a un choc supplémentaire :

Nombre de morts par cause (du 01/01/2020 au 11/05/2020)
4 686 734 Maladies transmissibles
2 965 076 Cancers
2 744 176 Mortalité infantile (< 5ans)
1 804 780 Tabac
902 959 Alcool
606 907 SIDA
354 124 Paludisme
175 730 Grippe saisonnière
111 589 Mortalité des mères à l’accouchement
487 347 Accidents de la route
387 145 Suicides

15 349 303 Avortements

Source : https://www.worldometers.info/

On se dit que les 300 000 morts environ de cette pandémie (au 11/05) représentent certes des pertes humaines terribles et dramatiques, mais que le Coronavirus n’apparaît quand même qu’en 8° position (9° si on compte l’avortement) dans les grandes causes de mortalité, très loin derrière les premières…Et encore, on ne compte pas les victimes des guerres de par le monde !

D’où une forme d’indignation, de colère et de révolte devant cette situation inédite :

- Comment se fait-il que les autres grandes causes de mortalité, bien plus graves, ne suscitent pas autant de mobilisation (sauf quelques exceptions comme. AIDS contre le sida ou Bill Gates et sa fondation contre le paludisme) ?

- Pourquoi met-on les économies de la planète à genoux pour 300 000 décès, alors que rien ne bouge pour les autres fléaux ?

- Fera-t-on peser sur l’Afrique et les pays les plus pauvres les conséquences dramatiques du confinement et de la crise économique à suivre (largement provoquées par l’Europe et les USA) ?

Chute PIB Europe CoronavirusÀ ce titre, la suppression pure et simple des dettes africaines serait le vrai « Plan Marshall » pour leur permettre de passer le cap sans couler. Le confinement imposé à la planète est dû au manque de préparation et aux néfastes politiques publiques des États riches : il serait immoral d’en faire peser le poids sur ceux qui ne font que subir l’impéritie de l’Occident. Que la Chine soit à l’origine de la contamination ne supprime rien de la responsabilité des Etats qui n’ont rien prévu ni organisé depuis les dernières épidémies qui auraient dû les alerter.

Qu’on ne se méprenne pas : il ne s’agit pas de moins investir dans le traitement de la pandémie actuelle, mais mieux, et de consacrer des énergies (et de l’argent !) encore plus importantes dans le traitement des autres causes de mortalité, largement plus impactantes en réalité.

Ne nous laissons anesthésier par le discours dominant des Etats touchés par l’épidémie, dont le nôtre.

Interrogeons-nous :

- quels intérêts sert-on dans les mesures prises ? dans la peur soigneusement entretenue ?

- jusqu’où la santé des plus âgés doit-elle être le critère ultime de l’action publique (si le coût humain pour toutes les générations devient exorbitant ensuite à cause des conséquences économiques) ?

- quelles conséquences sur les autres intérêts en jeu, et notamment ceux des plus pauvres (citoyens ici, Etats là-bas) ?

- pourquoi ne pas mettre autant de moyens et de volonté politique sur les autres menaces qui pèsent sur l’humanité (et le climat en fera partie) ?

 

La vraie spiritualité chrétienne n’est pas d’abord de réclamer des dérogations pour ouvrir les églises et rétablir le culte !

« Ce n’est pas en jeûnant comme vous le faites aujourd’hui que vous ferez entendre là-haut votre voix.
Est-ce là le jeûne qui me plaît, un jour où l’homme se rabaisse ? S’agit-il de courber la tête comme un roseau, de se coucher sur le sac et la cendre ? Appelles-tu cela un jeûne, un jour agréable au Seigneur ? Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? » 
Isaïe 58, 5-6

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3 mai 2020

Gestion de crise

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Gestion de crise 


Homélie du 5° Dimanche de Pâques / Année A
10/05/2020

Cf. également :

Que connaissons-nous vraiment les uns des autres ?
Le but est déjà dans le chemin
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
De l’achat au don
Quand Dieu appelle
La gestion des conflits

Suivons notre première lecture (Ac 6, 1-7) qui nous raconte comment une grave crise a secoué l’Église naissante de Jérusalem. Découvrons au fil du texte les éléments et les étapes qui ont permis de surmonter cette crise.

 

Le nombre de chrétiens peut être un problème

Évidemment, en Occident aujourd’hui, on a un peu perdu de vue ce genre ce souci-là… Mais allez visiter les Églises d’Afrique noire : elles croulent sous le nombre de catéchumènes adultes, de catéchèses d’enfants, de pratiquants remplissant les lieux de culte toutes les heures le dimanche matin dès l’aube… Devant un tel afflux, bien des problèmes se posent. La question de l’authenticité du désir de devenir chrétien par exemple. Les Pères de l’Église au IV° siècle (après l’édit de Constantin) étaient presque nostalgiques des temps des persécutions où demander le baptême était un acte de vie ou de mort. Les ermites fuyaient la tiédeur chrétienne envahissante des villes ; ils ont ainsi ouvert la voie au monachisme, en Égypte et ailleurs. Notre première lecture nous raconte que dès le début, « le nombre des disciples augmentait », provoquant dissensions et récriminations (« murmures », comme dans le désert contre Moïse). Ici, le problème est à la fois ethnique (les Grecs se sentent discriminés) et éthique (les veuves, c’est-à-dire les plus pauvres du groupe, sont désavantagées).

La croissance numérique est une chance mais également une épreuve pour la toute naissante Église de Jérusalem. Ne rêvons pas la santé spirituelle des jeunes Églises de ce siècle : le nombre n’est pas une garantie de vérité, de droiture, de justice. C’est même un piège dans lequel l’Occident est tombé et a largement pataugé. Avec le nombre, l’Église s’enivre de devenir puissante et riche. Avec le nombre, elle veut contrôler toute la vie sociale pour y imposer sa morale, son rythme temporel, sa vision du monde. Avec le nombre, les conflits ethniques importés dans les communautés chrétiennes deviennent explosifs, les injustices se multiplient.

À confondre croissance spirituelle et croissance numérique, les désillusions peuvent être cruelles et les lendemains douloureux. Le cléricalisme des prêtres se comportant comme des chefs de clan engendrera des réactions violentes, la richesse accumulée témoignera contre l’institution ecclésiale, la domination exercée sur les esprits se paiera en rejet indigné et en athéisme généralisé etc. Ne soyons donc pas idolâtres du nombre (de baptêmes, d’ordinations, d’écoles catholiques etc.) mais soyons d’autant plus exigeants que davantage de gens se tournent vers le Christ. La tentation d’une Église minoritaire est le repli identitaire, l’illusion d’être une Église de purs. La tentation d’une Église majoritaire est la tiédeur, la compromission, la domination sociale, la reproduction des injustices et des oppositions en son sein.

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Les trois péchés de l’Église naissante

Les ennuis s’accumulent ! Les veuves grecques récriminent parce qu’elles se sentent désavantagées. Les oppositions ethniques (grec vs hébreux ici) sont transposées dans la communauté, contredisant ainsi sa vocation de fraternité universelle. Les injustices se multiplient, parce que dans l’entraide on avantage certains et pas d’autres. Et enfin la division commence à ruiner la communauté, s’alimentant de ces conflits ethniques et de ces injustices criantes.
La crise est donc triple : ethnique, éthique, ecclésiale.

 

Péché ethnique

414B7sR04QL._SX258_BO1,204,203,200_ Actes dans Communauté spirituelleRappelons-nous que l’ensemble du Rwanda était considéré comme chrétien avant que le génocide montre des chrétiens exterminant d’autres chrétiens avec qui il avait chanté et  communié le dimanche précédent à l’église. Souvenons-nous que l’Allemagne avant Hitler était considérée comme chrétienne (luthérienne et catholique), sans que cela empêche le peuple de haïr les juifs et de plébisciter leur Führer jusqu’à la fin. Ou encore que l’Église protestante d’Afrique du Sud a légitimé l’apartheid Bible en main jusqu’à sa chute.

Ce péché ethnique des Églises locales pèse lourd, contre-témoignage flagrant qui éloigne les générations suivantes pour longtemps, non sans raison.

 

Péché éthique

Le péché éthique de l’Église n’est pas moins dramatique. Pour avoir négligé les pauvres du royaume de France au profit des évêques, des puissantes abbayes et des princes, l’Église de France sous l’Ancien Régime a fait monter la colère révolutionnaire du bas clergé et du Tiers État contre cette insolence matérielle étalée sous les yeux du peuple criant famine. Les vandalismes des cathédrales, monastères et autres propriétés d’Église à partir de 1789 expriment le ressentiment des délaissés de l’institution ecclésiale. Prenons garde aujourd’hui encore de par le monde à ne pas désavantager les plus pauvres dans notre vie ecclésiale ! Ils ne nous le pardonneront pas ; et nous nous renierions nous-mêmes.

 

Péché ecclésial

Le dernier péché de la communauté de Jérusalem est ecclésial : ces dissensions abîment la communion fraternelle qui est la vocation même de l’Église. Vatican II la définit comme « le sacrement de la communion trinitaire » (CEC 747 ; 1108) : c’est donc que chacun, quelles que soient ses opinions et même ses croyances, doit pouvoir trouver en elle un avant-goût de la communion qui unit le Père au Fils dans l’Esprit. Les divisions, les clans et les fractures compromettent gravement l’identité même de l’Église, son témoignage. Comment croire que Dieu est Un si les relations des chrétiens entre eux ne reflètent pas – au moins partiellement – cette communion d’amour fondatrice. ?

 

La gestion de la crise

Cette expression nous parle, en cette période de pandémie Coronavirus…
Ac 6 nous livre un processus de gestion de crise exemplaire, dont nous pourrions nous inspirer pour les crises actuelles.

Que faire ?

Conile de Jérusalem - Sanhédrin- D’abord, il faut reconnaître le problème, et oser le nommer. Au lieu de minorer le nombre de morts comme la Chine au début de la crise, au lieu de traiter de « grippounette » la maladie, au lieu d’afficher une confiance imperturbable en l’économie ( -0,1% du PIB français nous disait-on au début !), de « masquer » le nombre de protections disponibles etc., mieux vaut dire la vérité et exposer clairement les difficultés et les enjeux à tous. En tout cas c’est ce que font les Douze, en convoquant l’assemblée (« tous les disciples ») pour leur exposer la situation telle qu’elle est.

Devant une crise, plusieurs attitudes sont possibles. On peut l’exacerber jusqu’au conflit, jusqu’à la rupture (l’histoire des schismes est longue…). On peut nier le problème en l’ensevelissant sous des discours lénifiants (du style : « soyez gentils, soyez patients, tout finira bien par s’arranger »), irréalistes (« mais non, tout va bien »), lénifiants (« Dieu nous envoie cette épreuve »)… Visiblement, ce ne sont pas ces dénis de la crise que choisit la communauté de Jérusalem ! Les Douze convoquent la « foule » des disciples : ils ont conscience de porter la difficulté devant toute la communauté ; c’est la grande assemblée convoquée (ek-klesia en hébreu) qui doit permettre de surmonter la crise (et pas un petit comité d’experts). Dans cette assemblée, il y a des débats, des prises de parole faisant autorité (c’est à dire recueillant un consensus) où les Douze jouent leur rôle, et font jouer un rôle actif à la « foule » (choisir 7 hommes à appeler, prier…). Le dénouement indique que l’Esprit agissait dans l’Église lors de la gestion de cette crise : l

Ne pas tricher, ne pas mentir à son peuple, ne pas minorer ni surjouer l’épreuve : l’attitude des Douze est celle de responsables qui savent avoir besoin de tous pour dépasser la crise. Ainsi, la Parole du Seigneur reprend sa croissance numérique sans compromission…

 

- Puis il faut proposer des solutions en y impliquant tout le monde.
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Les Douze font preuve de créativité et d’imagination en proposant d’établir sept hommes  pour le service des pauvres. Jésus n’avait jamais demandé cela. Leur lavant les pieds, il avait certes demandé à toute l’Église de rester en tenue de service. C’est l’intelligence pratique des Douze qui leur font donc inventer les ministères des Sept, qui deviendra le ministère diaconal. Or, ces Sept-là, Jésus ne les avait pas suscités. C’est l’Esprit (via la prière, l’imposition des mains, le consensus…) qui, au cœur des débats de l’Église convoquée, fait surgir des appels nouveaux pour des temps nouveaux.

Pourquoi ne pas continuer à pratiquer cette même créativité, en matière de ministères notamment, sous l’impulsion de l’Esprit Saint ? Pourquoi ne pas appeler aujourd’hui des femmes à ce ministère diaconal ? Ou inventer d’autres formes de charges pastorales adaptées aux situations locales (comme l’ont fait par exemple au XIX° siècle les Pères Blancs avec les catéchistes laïcs en Afrique noire ) ?

Dans le choix des Sept, il faut souligner l’implication active de la communauté. Ce ne sont pas les Douze qui choisissent, mais tout le monde. « On » (= tous) présente aux apôtres sept hommes, qui a priori ne sont pas candidats eux-mêmes (pas d’élections, pas de campagne électorale) mais qu’on appelle. « Nous avons besoin d’hommes comme vous pour résoudre la crise et pour maintenir notre Église servante et fraternelle. Acceptez-vous ? Nous sommes libres de vous appeler. Vous êtes libres de dire oui ou non. » Autrement dit, la vocation à ce ministère diaconal (comme au ministère presbytéral) ne relève pas d’abord du désir individuel de candidats qui se proposeraient d’eux-mêmes, mais du discernement de la communauté qui choisit, appelle et présente aux apôtres ceux qu’elle désire établir diacres. Pastorale des vocations et qualité de vie communautaire sont liées, dirait-on aujourd’hui. Au lieu de réduire la vocation à un parcours individuel où quelqu’un se sentirait appelé par Dieu en direct, les Actes des Apôtres nous montrent l’appel pratiqué par une communauté, en fonction de ses besoins.

Beaucoup de nos dérives cléricales viennent d’un certain gauchissement de cette procédure d’appel…

Si on transpose sur le plan politique (ou sanitaire), l’adhésion, l’implication et la participation de tous aux mesures d’urgence se révèle être une condition indispensable pour l’efficacité des décisions prises. Ce qui demande d’élaborer ces décisions avec ceux qui sont sur le terrain, et non pas au-dessus d’eux ou contre eux (cf. les déplorables polémiques sur la chloroquine, ou sur les masques etc.). La co-construction des chemins de sortie de crise ne sera jamais remplacée par l’opinion – au demeurant utile – des experts ou de la technostructure. C’est quelquefois plus long (quoique, avec les moyens numériques contemporains, on peut aller aussi vite que la communauté de Jérusalem pour choisir les Sept !). Mais sans l’adhésion, la participation et l’engagement de tous, les décisions prises au sommet seront inopérantes, voire contre-productives. Un exemple parmi d’autres : dès le début la crise, la Direction Générale d’un géant de la grande distribution (Auchan) a annoncé très vite une prime de 1000 € pour les salariés en magasin, c’est-à-dire en première ligne pour nourrir les habitants, exposés à la contamination. Décision patronale pour une fois saluée  unanimement par tous, syndicats y compris, comme une reconnaissance du travail accompli par ces héros de l’ordinaire (même si des masques, des gants, des protections auraient été utiles dès les premières semaines en magasin…). Las ! La mise en œuvre de cette décision passe par les mains de la Direction des Ressources Humaines ou plutôt de ses techniciens qui raisonnent en frais de personnel. Ils décident alors - selon une logique toute comptable - de proratiser cette prime en fonction du temps de travail. Tollé chez les syndicats, émotion dans l’opinion publique, incompréhension des salariés pour qui le risque de contamination n’est pas proportionnel à leur temps de présence au contact des clients… Et voilà comment une bonne décision à l’origine est ‘gâtée’ (comme on dirait en Afrique !) par une mise en œuvre d’une technostructure soi-disant experte (et donc croyant n’avoir pas besoin de concertation avec le terrain)… Un vrai gâchis !

image BAPTEME EUCHARISTIE MINISTERE

Bref : articuler le communautaire (tout le monde), le collégial (les Douze), et le personnel (cf. le rôle de Pierre dans les autres résolutions de conflits comme Ac 15 etc.) demeurent un triptyque indispensable à toute gestion de crise, à toute action politique authentiquement humaine [1].

La fin du récit d’Actes 6 montre la résolution du conflit et ses conséquences : la croissance reprend, cette fois-ci qualitative et quantitative, et même les prêtres juifs (les Cohen) embrassent la foi au Christ (ce qui posera d’autres problèmes plus tard, comme la sacerdotalisation du ministère presbytéral… mais ceci est une autre histoire !).
La foi peut se nourrir des crises pour grandir.
On pourrait presque poser un regard hégélien sur cet épisode des Sept à Jérusalem. La crise est utile en ce sens qu’elle force la communauté à affronter ses conflits internes, à progresser dans la compréhension de sa vocation, à inventer de nouveaux chemins pour surmonter les contradictions présentes. La crise comme moteur de l’histoire en somme ! Cette Aufhebung [2] ecclésiale n’est pas unique dans les Actes des Apôtres : relisez le remplacement de Judas par Matthias, l’hypocrisie d’Ananie et Saphire, la visite de Pierre chez le centurion Corneille, le conflit sur la circoncision ou sur les nourritures interdites, les algarades entre Pierre et Paul sur ces sujets, la séparation de Paul avec Barnabé, le reniement de certains par peur des persécutions etc.

Affronter les crises avec le livre des Actes comme mode d’emploi est sain, utile, nécessaire.
Au lieu de nous lamenter des conflits qui traversent notre Église ou notre société, apprenons donc à les déchiffrer autrement : comme une invitation à progresser « vers la vérité tout entière » en nous réformant sans cesse, grâce au courage et à l’imagination que l’Esprit ne cesse de souffler à son Église, à la société.

 


[1]. « Le ministère ordonné devrait être exercé selon un mode personnel, collégial et communautaire.
Le ministère ordonné doit être exercé selon un mode personnel.
Une personne ordonnée pour proclamer l’Évangile et appeler la communauté à servir le Seigneur dans l’unité de la vie et du témoignage manifeste le plus effectivement la présence du Christ au milieu de son peuple.
Le ministère ordonné doit être exercé selon un mode collégial, c’est-à-dire qu’il faut qu’un collège de ministres ordonnés partage la tâche de représenter les préoccupations de la communauté.
Finalement, la relation étroite entre le ministère ordonné et la communauté doit trouver son expression dans une dimension communautaire, c’est-à-dire que l’exercice du ministère ordonné doit être enraciné dans la vie de la communauté et qu’il requiert sa participation effective dans la recherche de la volonté de Dieu et de la conduite de l’Esprit », Document œcuménique Baptême-Eucharistie-Ministère, n° 26, 1982.

[2]. Terme de la philosophie hégélienne qui désigne la troisième étape de la dialectique  thèse/antithèse/synthèse, soit l’intégration et le dépassement de la contradiction dans un niveau de pensée supérieur.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ils choisirent sept hommes remplis d’Esprit Saint » (Ac 6, 1-7)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien. Les Douze convoquèrent alors l’ensemble des disciples et leur dirent : « Il n’est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Cherchez plutôt, frères, sept d’entre vous, des hommes qui soient estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse, et nous les établirons dans cette charge. En ce qui nous concerne, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole. » Ces propos plurent à tout le monde, et l’on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un converti au judaïsme, originaire d’Antioche. On les présenta aux Apôtres, et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains. La parole de Dieu était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs parvenaient à l’obéissance de la foi.

 

PSAUME

(Ps 32 (33), 1-2, 4-5, 18-19)
R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,comme notre espoir est en toi !ou : Alléluia ! (Ps 32, 22)

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
Rendez grâce au Seigneur sur la cithare,
jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal » (1 P 2, 4-9)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. En effet, il y a ceci dans l’Écriture : Je vais poser en Sion une pierre angulaire,une pierre choisie, précieuse ;celui qui met en elle sa foine saurait connaître la honte. Ainsi donc, honneur à vous les croyants, mais, pour ceux qui refusent de croire, il est écrit : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseursest devenue la pierre d’angle,une pierre d’achoppement,un rocher sur lequel on trébuche. Ils achoppent, ceux qui refusent d’obéir à la Parole, et c’est bien ce qui devait leur arriver. Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

 

ÉVANGILE

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 1-12)
Alléluia. Alléluia.Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur. Personne ne va vers le Père sans passer par moi. Alléluia. (Jn 14, 6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : ‘Je pars vous préparer une place’ ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père »
Patrick BRAUD

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26 avril 2020

Jésus abandonné

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Jésus abandonné

Homélie du 4° Dimanche de Pâques / Année A
03/05/2020

Cf. également :

Un manager nommé Jésus
Des brebis, un berger, un loup
Prenez la porte
Le berger et la porte
La Résurrection est un passif
Le premier cri de l’Église

Aux confins du désert…

Agadès au mois de juillet, à la porte du désert au sud du Sahara. Le taxi-brousse nous dépose au milieu de nulle part. Un gamin joue à faire rouler devant lui un cerceau de bois en le poussant avec un bâton. Avec un grand sourire, il nous prend la main pour nous conduire chez les sœurs de Charles de Foucauld que nous voulons rejoindre. En arrivant à la porte, on entend le chant final de la prière du soir. Puis quelques secondes d’un silence compact et tranchant comme les roses des sables aux alentours. Et ces mots calmement égrenés :

Jésus abandonné dans Communauté spirituelle petites%20soeurs_jpg

Mon Père,
Je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi,
je te remercie.

Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté
se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu,
avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je t’aime,
et que ce m’est un besoin d’amour
de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père.

À ce moment-là, plus rien n’existe, ni la chaleur ocre du Sahara, ni les maisons dispersées du quartier, et même l’enfant semble pétrifié lui aussi, sous le charme des mots qui occupent soudain tout l’espace : « je m’abandonne à toi ».

 

S’abandonner à l’autre…

jLV11N3Y1_1ZRfCQuIfbnbeWzkg@633x634-e1514561284574 abandon dans Communauté spirituelleCeux qui ont aimé au-delà des premiers éblouissements savent ce que cela représente. Le tout petit d’homme le sait d’instinct, lui qui dépend entièrement de sa mère et s’en remet totalement à elle. Si Dieu est amour, lui aussi doit savoir ce qu’est l’abandon ! Un Dieu qui ne s’abandonnerait pas par amour à plus grand que lui ne serait pas Dieu, ou du moins pas le Dieu des chrétiens. Seule la Trinité chrétienne permet à Dieu de s’abandonner à l’autre sans sortir de lui-même…
Voilà ce que nous dit Pierre dans la deuxième lecture (1P 2, 20b-25). Il contemple le Christ dans sa Passion, à la lumière du livre d’Isaïe, et il énonce simplement le secret de la formidable et non-violente énergie qui lui a donné la force de traverser l’épreuve : « il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice ».

Jésus est par excellence celui qui s’abandonne : entre les mains de Pierre pour son Église, au baiser de Judas pour être livré, à son Père pour multiplier les pains, à la Providence pour parcourir les routes de Galilée etc.
En se remettant ainsi entre les mains d’autrui, Jésus devient paradoxalement capable de conduire ses disciples sur ce chemin d’abandon. C’est un des liens entre les lectures de ce dimanche dit « du bon Berger » : parce qu’il s’abandonne, le Christ devient le Berger des brebis. Parce qu’il est le bon Berger, il s’appuie sur plus grand que lui, sinon le risque serait grand de n’être qu’un petit chef, un illuminé, un révolutionnaire ou un gourou de plus parmi ceux qui pullulaient à son époque. Comme on dit à l’armée : avant de commander, il faut apprendre à obéir.

En faisant confiance malgré tout à Celui qui juge avec justice – malgré le procès absurde et bâclé, malgré le fouet et la dérision, malgré la condamnation injuste et définitive – Jésus reste fidèle à son identité profonde : se recevoir de son Père.

 

Excursus sur l’abandon du politique

Ne pas avoir sa source en soi, se réclamer d’une autorité supérieure pour exercer la sienne sur les autres : voilà une grande constante du pouvoir politique à travers les siècles. Les pharaons se proclamaient « fils du soleil » ; les empereurs romains étaient divinisés pour être censés transmettre la parole des dieux ; les rois de France étaient des lieu-tenants de Dieu, oints par la sainte ampoule qui faisait d’eux d’autres christs etc. De tous temps, les puissants ont eu besoin d’invoquer des puissances supérieures pour légitimer leur pouvoir. Même aujourd’hui, où la présidence de la V° République garde des accents monarchiques. Régis Debray note avec finesse qu’en cette période de confinement, le pouvoir politique semble s’en remettre à la Science (avec un grand S) pour décider et agir, et ainsi légitimer sa parole :

« Moins ça peut, plus ça cause.
Tracts de Crise (N°44) - Le Dire et le faireRemarquée a été la présence ostentatoire, sur les plateaux, à côté de nos gouvernants, de consultants et d’experts. Ils se font escorter par un, ou même deux Conseils scientifiques, créés pour l’occasion, au nom desquels ils se prononcent. C’est pas nous, c’est Monsieur le professeur. Certains ont vu là une atteinte aux prérogatives de l’Exécutif. Je n’en suis pas si sûr. Le Pouvoir exécutif n’apparaît jamais seul en scène. Il a derrière lui, ou plutôt au-dessus, une transcendance en pointillé. Elle a changé de nature depuis saint Paul qui disait, en bon connaisseur de l’autorité : « Omnis potestas a Deo ». Tout pouvoir procède d’un grand Autre. Chaque époque le sien. Le Chef l’est par délégation d’un surplomb, projection d’une verticale ici-bas. Le véritable commandant ne parle pas en son nom propre, car c’est toujours et partout un lieutenant – de Dieu, du Prolétariat, de la République ou de la France. Cette sujétion à plus grand que soi fait sa force. Saint Louis, Lénine, Clemenceau ou de Gaulle étaient d’autant plus écoutés qu’ils servaient de truchement à une valeur suprême. Quand on ne peut incarner cette transcendance – parce que l’ordinaire des temps ne s’y prête pas – force est de la mettre au dehors, à côté de soi, puisqu’elle n’est plus en dedans. En l’occurrence, la Science, arbitre suprême et sans réplique. Le problème est que la science médicale est par nature sujette à controverses, suppositions et incertitudes, en quoi justement elle est une science. C’est l’inconvénient d’avoir pour alibi une science expérimentale. Contrairement aux absolus d’antan, qui étaient des objets de foi, incontestables à ce titre, elle s’atteste dans et par le relatif. Avec un savoir heureusement et désespérément empirique, le pilier devient béquille.
On chancelle. »
                                                                                                                        Régis Debray, Le Dire et le faire, coll. Tracts de crise, 10 avril 2020, Éditions Gallimard.

41CJEqzZSnL FoucauldS’abandonner à la science est une fausse bonne idée pour les politiques. Car les scientifiques ne sont pas des dieux, ni reconnus comme tels. Ils ne sont pas d’accord entre eux, et un seul peut avoir raison contre tous (cf. Galilée !). Ils ne détiennent pas la vérité, mais ils la cherchent de manière asymptotique, comme l’a bien montré le philosophe des sciences Karl Popper parlant de « la quête inachevée » qui caractérise la recherche scientifique. En plus, ce virus était largement inconnu. Le comité scientifique dont s’est entouré le président s’est tellement trompé sur la nature, la transmission, les effets du virus et les mesures à prendre que le politique s’appuyant sur lui est déstabilisé par ce manque de crédibilité, voire de compétence. Il est temps que la décision politique reprenne le pas sur les querelles d’experts.

Il faut donc bien choisir entre les bras de qui s’abandonner ! Le peuple allemand s’est totalement abandonné à Hitler et son parti ; la secte du Temple solaire à Luc Jouret ; Julien Sorel à Louise de Rénal… Pour Jésus, lui qui jaillit du Père dans la force de l’Esprit, la source est la plus haute qui soit. Ne faisant qu’un avec son Père dans son désir de « chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10), il se laisse conduire par Lui au gré des rencontres, des événements, de sa Passion même. Ressuscité d’entre les morts, il devient par son humanité le guide, le Berger capable de nous montrer la voie où lui-même a marché : la voie de l’abandon à Dieu en toutes choses. Par sa divinité, il nous assure que c’est bien un chemin de vie - une vie en abondance - victorieux du mal et de la mort. Qui veut être berger des autres doit d’abord emprunter cette voie. Ou plutôt : c’est à ceux qui suivent ce chemin d’humilité et d’abandon à Dieu que l’on demandera de devenir nos leaders, nos « chefs ». Servant d’abord, leader ensuite, et non l’inverse, comme le rappelait Greenleaf le fondateur de l’école du servant-leader en management.

 

Les trois formes d’abandon

En français, le mot abandon vient de  « mettre à bandon » (« laisser au pouvoir de »), bandon étant issu des deux radicaux germaniques ban (« proclamation ») et band(a) (« signal, étendard d’un corps de troupe »), qu’on retrouve croisés dans le mot ban (cf. la publication des bans pour un mariage). Le latin médiéval  bannum signifiait « proclamation du seigneur dans sa juridiction entraînant la mainmise de son autorité, l’octroi de sa protection ». S’abandonner à, c’est donc se placer sous l’étendard de quelqu’un, s’en remettre à son autorité, se confier à son pouvoir. 

L’Évangile décline l’abandon de Jésus de trois façons : il est abandonné par les hommes, il s’abandonne à son Père, Dieu l’abandonne.

Laissons résonner en nous ce que veut dire « s’abandonner »…

515fkuey3DL politique- Christ a été abandonné : quel scandale !

Ceux qui ont connu la trahison d’une amitié ou d’un amour savent la douleur d’être ainsi livré à la souffrance à cause de quelqu’un qui a trahi. Avec le baiser de Judas, Jésus va rejoindre tous ceux dont l’amour a été bafoué, humilié, trahi. « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1,11). Quel scandale ! Mais quelle force aussi de croire que l’amour en Dieu est plus grand que nos trahisons…

 

- Christ s’est abandonné : quel amour !

Aller jusqu’au bout, jusqu’à accepter de perdre sa liberté et même sa vie plutôt que de renier un amour, un choix essentiel, une conviction profonde. Ne pas sauver sa peau égoïstement, mais prendre des risques, jusqu’au risque suprême, par amour pour l’autre. L’amour de son Père a fait de Jésus quelqu’un d’exposé, sans réserves. Parce qu’il s’en remettait à sa source intérieure, il avait une liberté étonnante que ni les rites ni les croyances ne pouvaient entraver. En s’abandonnant à Dieu, cet homme manifestait qu’il était vraiment le Christ, l’oint de Dieu sur qui ruisselle l’Esprit le conduisant au terme de sa mission.

 

- Dieu l’a abandonné : quel mystère !

Quelle insondable profondeur : pour aller « chercher et sauver ceux qui étaient perdus », Dieu a accepté que son Fils aille les rejoindre, faire corps avec eux, pour les faire remonter auprès de lui. En envoyant Jésus descendre aux enfers – et Dieu sait qu’il y a bien des enfers humains aujourd’hui : solitude, désespoir, déchéance – Dieu le Père savait bien qu’il allait y perdre son Fils, puisque justement il fallait rejoindre les exclus, les sans-Dieu, les maudits, les sous-hommes… Dieu l’a abandonné, plus encore qu’Abraham a livré Isaac, plus encore qu’un père qui aide son fils à devenir adulte, Dieu a livré aux mains des hommes la chair de sa chair, pour que notre chair ne désespère pas de devenir la chair de Dieu lui-même. Lorsque nous communions, en effet, nous devenons le Corps du Christ que Dieu a abandonné entre les mains de tels bourreaux, et désormais ressuscité dans la gloire. Le cri terrible et dernier de Jésus sur la croix: « Eloï, Eloï, lama sabachthani ? » (Mt 27,46 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ») est l’expression de cette expérience épouvantable du vide comme seule réponse à l’échec et la mort qui s’approche… Dieu l’a réellement abandonné, afin qu’en le suivant nul ne désespère d’être trop loin de Dieu.

 

Et nous ? À quel moment notre vie est-elle vraiment abandonnée ? À qui sommes-nous prêts à livrer le meilleur de nous-mêmes ?
Comment prier en vérité, à Agadès comme à Paris et ailleurs : « je m’abandonne à toi… » ?

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Dieu l’a fait Seigneur et Christ » (Ac 2, 14a.36-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et fit cette déclaration : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. » Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.

PSAUME

(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger :rien ne saurait me manquer.ou : Alléluia ! (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

DEUXIÈME LECTURE

« Vous êtes retournés vers le berger de vos âmes » (1 P 2, 20b-25)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes.

ÉVANGILE

« Je suis la porte des brebis » (Jn 10, 1-10)
Alléluia. Alléluia. Je suis le bon Pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »
Patrick BRAUD

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19 avril 2020

Et nous qui espérions…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Et nous qui espérions…

Homélie du 3° Dimanche de Pâques / Année A
26/04/2020

Cf. également :

Le courage pascal
Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier
Le premier cri de l’Église
La grâce de l’hospitalité

 

« Et nous qui espérions partir en voyage après Pâques ! C’est fichu. »
« Et nous qui espérions réunir toute la famille pour les 70 ans de notre sœur ! C’est mort. »
« Et nous qui espérions que notre grand-père allait profiter de sa retraite récemment acquise… Nous n’avons même pas pu l’enterrer dignement. »

Et nous qui espérions… dans Communauté spirituelle emmaus_iconeLa liste est longue des déceptions qui s’accumulent, petites ou dramatiques, en ce temps de pandémie confinante. Nos espoirs individuels sont douchés les uns après les autres. Les espoirs collectifs également : les baisses du chômage, de la dette, des inégalités sociales etc. sont remises à plus tard, beaucoup plus tard.

Étrangement, avec le Ressuscité rejoignant les deux disciples désabusés sur le chemin d’Emmaüs, notre évangile rejoint nos désillusions du moment. Comme eux de Jérusalem à Emmaüs, nous faisons demi-tour et même volte-face sur des stratégies que nous croyions gagnantes : la mondialisation sans limites, la disparition des frontières, la délocalisation pour produire au plus bas coût, la disqualification de mots économiques attribués aux extrêmes (souveraineté, indépendance, nations, planification, voire nationalisations temporaires…).

Comme Cleophas et son compagnon, nous en avons gros sur le cœur parce que des proches sont hospitalisés ou décédés (avec des funérailles hors normes qui plus est). Nous sommes tristes parce que nous sommes plus fragiles que nous ne le pensions ; parce que nos politiques de santé ne nous protègent pas ; parce que des millions de gens souffrent et vont souffrir longtemps des conséquences de cette crise.

Laissons le Christ s’approcher de notre tristesse. Regardons d’abord comment sur le chemin d’Emmaüs il nous rejoint, afin d’avoir la même pédagogie envers nous-mêmes et nos compagnons. Puis profitons ensuite de la déception des deux disciples d’Emmaüs pour faire la distinction vitale entre espoir et espérance.

 

La pédagogie de cheminement du Christ

- C’est lui qui a l’initiative.

41WD87u0I9L._SX332_BO1,204,203,200_ déception dans Communauté spirituelleDe même que l’événement de la croix a surpris et désarçonné les disciples, l’événement de la rencontre ne se programme pas, il s’accueille. Il nous faut re-découvrir la valeur spirituelle de l’évènement, même le plus désarçonnant comme cette crise.

Le Christ se rend proche (il est le prochain à aimer comme soi-même !). À nous de nous rendre proche des personnes âgées isolées en EHPAD, des soignants exténués et manquant de matériel, de médicaments ; des hôtesses de caisse risquant leur vie pour nous nourrir etc.

Quand il s’approche, ce n’est pas pour faire la morale, ni pour plaquer un discours tout fait. Non : le Ressuscité commence par poser une question ouverte : « de quoi parliez-vous tout en marchant ? » L’accompagnement demande d’abord de savoir poser les bonnes questions (avant de vouloir donner ses réponses). Pas à la manière des journalistes qui énoncent leur thèse dans une question fermée où il n’y a plus qu’à cocher la case oui / non. Mais à la manière de Jésus, qui pose une question ouverte, disponible pour entendre la réponse quelle qu’elle soit.

 

- Les deux disciples saisissent l’occasion pour raconter ce qui les a traumatisés.

Eux qui étaient sombres et muets, ils libèrent soudain un flot de paroles (environ un tiers du texte !) sur les événements qui les ont touchés de plein fouet. Grâce à la question de Jésus, ils percent l’abcès de leurs déceptions accumulées. Le pus de leur désespoir s’écoule, sans que le Christ ne s’en offusque ou les empêche (alors qu’il connaît cette histoire mieux qu’eux !). Écouter longuement, écouter vraiment ceux  que nous accompagnons vaut mieux qu’une ordonnance délivrée en trois minutes, ou pire à faire semblant d’écouter tout en pianotant sur son téléphone… Et lorsque nous sommes accompagnés, n’ayons pas peur de nous livrer, même si les mots se bousculent et si notre récit semble confus. Bien avant le divan freudien, l’Évangile nous dit l’importance de ce récit des événements, dont le fil se dénoue peu à peu tout en parlant.

 

- Puis vient le temps de l’illumination du cœur et de l’intelligence : « il leur interpréta dans toute l’Écriture ce qui le concernait ».

Cela a dû être long là encore ! Mais la route permet justement ce temps long que Twitter et autres réseaux sociaux ou médias nous refusent aujourd’hui. Un voyage en voiture de 8 à 10 heures pour traverser la France peut donner lieu à d’étonnantes conversations et confidences, tous les usagers de Blabla Car vous le confirmeront !
Prendre le temps de lire les Écritures, de les interpréter à la lumière de la Résurrection : cette patiente herméneutique vaut pour nous également. Nous pouvons, nous devons nous exercer à cette lecture pascale des événements de notre vie, à la lumière des Écritures. Les plus joyeux comme les plus douloureux.
Ainsi la crise du Covid 19 pourrait déboucher sur un autre monde, une autre économie, si nous savons à la lumière de notre espérance relire ce qui s’est passé.

Ouvrir-ecritures-header-3 Ellul 

- Le Christ ne s’impose pas.

Il fait mine de partir ensuite, et laisse réellement les disciples libres de le retenir ou non. À nous d’avoir ce même acte de ne pas nous imposer. Ou bien d’avoir le même réflexe que Cleophas : « reste avec nous, car déjà le soir tombe ».

Plage, mer, nuages, et un voilier à l'horizon Banque d'images - 17159086

 

- Vient ensuite le geste de la fraction du pain, geste symbolique c’est-à-dire sacramentel par excellence.

Ce qui a été rompu peut devenir un pain de vie.
Ceux qui ont été rompus par l’épreuve pourront malgré tout devenir une nourriture pour leurs frères.
Poser des gestes symboliques comme la fraction du pain est toujours attendu pour traverser le désespoir. Ce sont les applaudissements de 20 heures au balcon pour les soignants ; les concerts sur YouTube offerts par les plus grands chanteurs ; les dons des footballeurs richissimes pour les hôpitaux etc. Nous avons besoin de symboles, de sacrements pour ne pas désespérer. Bénis ceux qui soutiennent ainsi leurs contemporains en leur donnant des fleurs avec le pain, du sens avec de l’aide, de la profondeur avec l’urgence !

 Emmaüs 

- La fin de notre évangile voit le ressuscité disparaître, et nos deux compagnons inverser leur route pour se manifester aux apôtres.

C’est donc qu’il faut savoir nous aussi nous éclipser discrètement une fois notre accompagnement terminé, comme le bon samaritain quittant l’auberge où il a mis le blessé sur la voie de la guérison.
C’est donc que nous pouvons recevoir la force de transformer nos déceptions en conversions salutaires, pour faire les demi-tours existentiels qui s’imposent, en allant rejoindre nos frères.

 

Éloge de la déception : espoir et espérance

Voilà la deuxième piste de méditation qui s’offre à nous : nos déceptions peuvent nous conduire à l’espérance.

L’Évangile fait en quelque sorte l’éloge de la déception de Cleophas & Co : grâce à elle, ils vont abandonner une conception trop politique du message de Jésus (« rétablir la royauté en Israël ») et s’ouvrir à une espérance bien plus grande que celle qu’ils auraient pu imaginer. « Nous espérions… »(Lc 24,21). Ce verbe au passé dit tout : Nous avons cru, nous avons suivi, nous avons espéré…, mais maintenant tout est fini. Même Jésus de Nazareth, qui s’était montré prophète puissant en œuvres et en paroles, a échoué, et nous sommes restés déçus. Ce drame des disciples d’Emmaüs apparaît comme un miroir de notre situation. Comme pour eux, la déception nous aide à passer de l’espoir à l’espérance.

L’espoir est une construction de notre part : nous imaginons le futur en projetant nos attentes, nous prenons nos rêves pour des réalités.
L’espérance est un don qui nous est fait, aussi imprévisible et inattendu que l’événement.
L’espoir vient du passé, l’espérance fait irruption de l’avenir.
L’espoir nous trompe car nous ne savons pas ce qui est bon pour nous.
L’espérance nous surprend toujours, car elle vient de Dieu et de son appel à être avec lui.
L’espoir est celui du militant. L’espérance est celle du croyant.

L-esperance-oubliee espéranceEn durant à côté de l’autre, que ce soit dans l’amitié ou dans l’amour, il faut bien que je commence à l’aimer lui/elle tel qu’il/elle est, en traversant les inévitables déceptions et changements qu’il/elle provoque. Il faut donc faire l’éloge de la déception dans l’amour : tant que l’autre ne m’a pas déçu, suis-je sûr de l’aimer vraiment pour lui-même ? Tant qu’il est à peu près conforme à ce que j’attends de lui, ne suis-je pas tenté d’aimer ce qu’il me renvoie, davantage que lui-même ? C’est pareil avec Dieu : tant que Dieu ne m’a pas déçu, je risque fort d’adorer une idole fabriquée sur mesure et qui correspond à mes fantasmes. Regardez le Christ : il déçoit les foules qui voudraient du pain et un chef politique ; il déçoit Pierre qui voudrait éviter la Croix ; il déçoit Judas qui voulait renverser le pouvoir romain. Il n’y a guère que Marie pour se laisser surprendre sans être déçue : « elle méditait tous ces événements dans son cœur « .

Espoir et espérance sont deux manières différentes d’attendre.
L’espoir est le fait d’attendre et désirer quelque chose de meilleur, pour soi ou pour les autres : il peut être considéré comme une émotion ou une passion.
L’espérance est une confiance pure et désintéressée en l’avenir.
L’espoir est joie et désir alors que l’espérance est prudence et patience,
L’espoir peut être déçu, mais « l’espérance ne déçoit pas »(Rm 5,5).
L’espoir relève souvent de l’illusion alors que l’espérance relève de l’intuition,
L’espoir ne dure pas, alors que l’espérance ne s’éteint jamais,
L’espoir meurt avec l’échec, ce qui n’est pas le cas pour l’espérance,
L’espérance, elle, ne s’éteint jamais. Elle perdure au-delà des moments difficiles car elle s’inscrit dans le temps long. Elle traduit une confiance profondément ancrée. Enfin, elle porte une dimension transcendantale.
L’espérance est indissociable de la paix intérieure, de la sérénité et de la sagesse : il n’y a pas lieu de se laisser troubler par le cours du monde.
La persévérance dépasse les faux espoirs et soutient l’espérance.
« L’espérance est une vertu héroïque. On croit qu’il est facile d’espérer. Mais n’espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu’ils prenaient faussement pour de l’espérance » [1].
L’espoir, c’est l’entretien des illusions. L’espérance, c’est l’ouverture vers un autre monde, une mise en marche de l’homme pour acquérir sa liberté, même s’il sait que sa démarche est sans espoir apparent.
« L’espoir est la malédiction de l’homme (…) Vivre avec cet espoir, c’est laisser les situations empirer jusqu’à ce qu’elles deviennent effectivement sans issues (…) Le pire n’est pas toujours sûr. Formule admirable pour permettre au pire de se développer sûrement. L’espérance au contraire n’a de lien, de sens, de raison que lorsque le pire est tenu pour certain » [2].

Laissons donc l’épreuve de la crise actuelle nous détacher de nos faux espoirs pour accueillir l’espérance invincible de Pâques.

 

 


[1]. Georges Bernanos, La liberté pour quoi faire ?, Paris, Gallimard, « Idées », 1953, p. 107.

[2]. Jacques Ellul, L’espérance oubliée, Gallimard, 1972

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir » (Ac 2, 14.22b-33)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche :il est à ma droite, je suis inébranlable.C’est pourquoi mon cœur est en fête,et ma langue exulte de joie ;ma chair elle-même reposera dans l’espérance :tu ne peux m’abandonner au séjour des mortsni laisser ton fidèle voir la corruption.Tu m’as appris des chemins de vie,tu me rempliras d’allégresse par ta présence.
Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez.

PSAUME

(Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11)
R/ Tu m’apprends, Seigneur, le chemin de la vie.ou : Alléluia ! (Ps 15, 11a)

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

DEUXIÈME LECTURE

« Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans tache, le Christ » (1 P 1, 17-21)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre, vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers. Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. C’est bien par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

ÉVANGILE

« Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain » (Lc 24, 13-35)
Alléluia. Alléluia.Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.
Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.
Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Patrick BRAUD

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