L'homélie du dimanche (prochain)

7 janvier 2012

L’inquiétude et la curiosité d’Hérode

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’inquiétude et la curiosité d’Hérode


Homélie pour la fête de l’Épiphanie
08/01/2012

Qu’est-ce qui soucie les rois ?

« Lorsqu’il apprit cela, Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. »
Pourquoi un roi s’inquiète-t-il ?

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Qu’est-ce qui fait peur aux grands de ce monde ? Décevoir leur peuple, échouer dans leur mission ? L’inquiétude d’Hérode semble bien plus vulgaire dans cet évangile de l’Épiphanie : il a tout simplement peur de perdre sa place. Il est inquiet de cette vague rumeur au sujet d’un roi concurrent. Il se demande s’il doit lui accorder du crédit. Alors, au cas où, il navigue entre deux eaux : ?revenez me voir pour que je me prosterne devant lui’. Évidemment, on pense tout de suite à une ruse de sa part : utiliser les mages comme patrouille de repérage pour localiser le concurrent et l’éliminer ensuite est une stratégie somme toute courante chez les « N° 1 » de chaque époque. Peut-être va-t-on trop vite. Peut-être Hérode est-il sincère à cet instant de son règne : il cherche à savoir qui est cet enfant. Si c’est vraiment un « N+1 », pourquoi ne pas se prosterner devant lui ? C’est un bon calcul politique. D’ailleurs, on retrouve la même curiosité d’Hérode à la fin de l’histoire de Jésus. Il veut le voir, car il est impressionné par sa renommée de prophète et de guérisseur. Du coup, lorsque Jésus comparaît devant lui, Hérode a encore la curiosité de l’épisode des mages. Mais il sera vite déçu par ce thaumaturge qui ne fait rien d’éblouissant devant lui, par cet illuminé enchaîné qui se prend pour un roi différent.

 

Hérode est décidément l’homme de l’inquiétude et de la curiosité.

Devant Jean-Baptiste, il perçoit la grandeur du personnage. Il en est inquiet, car Jean-Baptiste ose contester publiquement son union avec la femme de son frère, et ça fait tache lorsque le cortège royal se fait ainsi insulter en public par cette hirsute vêtu de poils de chameau ! Là encore il navigue entre deux eaux. Il fait emprisonner Jean-Baptiste, car ?trop c’est trop’, et un puissant ne peut pas supporter un tel effet miroir de ses fautes. Cependant, il répugne à le faire mourir. Il faudra toute la séduction de Hérodiade pour qu’à regret il livre la tête de sa conscience sur un plateau d’argent à sa belle-fille.

 

L’inquiétude d’Hérode devant les mages aurait pu le conduire à la crèche.

La curiosité d’Hérode devant l’étoile aurait pu lui faire accepter d’être moins grand que Jésus.

Ni l’un ni l’autre : Hérode ne bougera pas de Jérusalem. Il instrumentalisera les mages pour faire le chemin à sa place. Un peu comme les seigneurs des XII° et XIII° siècles payaient des mercenaires pour faire les croisades à leur place ou le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle en leur nom.

Cette ruse est éventée grâce au songe des mages. Hérode laissera la peur du concurrent le dominer : il éliminera tout rival potentiel en tuant les nouveau-nés mâles de Bethléem.

 

Nos inquiétudes


L’inquiétude et la curiosité d’Hérode pourraient bien être les nôtres.

Combien de fois vivons-nous comme lui entrent deux eaux, essayant de jouer sur tous les tableaux ? Lorsque l’inquiétude d’un rival nous assaille, que ce soit sur le plan professionnel, affectif ou social, comment réagissons-nous ? À la manière d’Hérode qui hésite, explore toutes les voies pour finalement se résoudre à éliminer le concurrent par tous les moyens ? À la manière de Jean-Baptiste qui salue avec joie un plus grand que lui ? Repérez dans votre vie les moments où l’inquiétude et la curiosité se sont trouvés mêlées : laquelle des deux l’a emporté ? Souvenez-vous des moments où on vous a parlé de quelqu’un plus grand que vous, comme les mages à Hérode : comment avez-vous réagi ? Comment passer d’Hérode à Jean-Baptiste dans notre réponse à ces situations de rivalité apparente ?

 

S’il n’y avait qu’Hérode, si cela ne concernait que lui… Mais l’évangile précise qu’Hérode fut saisi d’inquiétude, « et tout Jérusalem avec lui ». Il est roi, et il entraîne la ville avec lui dans son inquiétude bientôt meurtrière.

 

Chacun de nous a le pouvoir, même s’il n’est pas roi, d’entraîner ainsi d’autres autour de lui dans des inquiétudes dangereuses. Inquiétude au sujet de ceux qui seraient sensés vouloir prendre notre place. Inquiétude sur la menace que des petits pourtant bien faibles pourraient à terme représenter pour notre bien-être. Inquiétude devant une étoile qui se lève alors qu’elle annonce une grande espérance.

Prenons conscience de la responsabilité qui est la nôtre lorsque nous entraînons d’autres autour de nous dans nos inquiétudes malsaines.

 

Gardons d’Hérode sa curiosité et son interrogation devant l’étoile et les mages d’aujourd’hui.

Gardons de Jean-Baptiste sa joie à reconnaître un plus grand que lui, à le manifester (épiphanie = dévoilement, manifestation) à tous.

 

LECTURES DE LA MESSE

1ère lecture : Les nations païennes marchent vers la lumière de Jérusalem (Is 60, 1-6)

Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton c?ur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations. Des foules de chameaux t’envahiront, des dromadaires de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encenset proclamant les louanges du Seigneur.

 

Psaume : Psaume 71 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Parmi toutes les nations, Seigneur, on connaîtra ton salut

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux ! 

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

 

2ème lecture : L’appel au salut est universel (Ep 3, 2-3a.5-6)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens

Frères,
vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous ; par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ.
Ce mystère, il ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes. Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

 

Evangile : Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus (Mt 2, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Nous avons vu se lever son étoile, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

 

Lecture de la première lettre de saint Jean

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent : « A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Sur ces paroles du roi, ils partirent.
Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

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23 décembre 2011

Le potlatch de Noël

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Le potlatch de Noël

 

Homélie du 5° Dimanche de l’Avent

 

Mon collègue mérite-t-il un cadeau ?

Dans un service de cols blancs, un mail circule au bureau à l’approche de Noël. « Venez Le potlatch de Noël dans Communauté spirituellefêter ça autour d’une auberge espagnole : chacun apporte pour le repas de quoi partager avec tous ». Jusque-là, tous sont d’accord. « Prévoyez un cadeau (valeur maximale 10?) que vous offrirez à un collègue dont nous vous enverrons le nom dans un prochain mail ». Et là bizarrement, levée de boucliers : comment ? ! On nous impose d’offrir des cadeaux ? Et en plus à un collègue inconnu ? Pourquoi mettre de l’argent dans ce geste artificiel et hypocrite ?

Un vaste débat s’ensuit à la cantine de midi sur le sens des cadeaux que l’on s’échange en cette période de Noël.

 

Le retour de l’éternel présent

Au-delà de la réaction épidermique de ceux qui contestent ce cadeau imposé comme de ceux qui sollicitent un peu de générosité festive au boulot, la question du sens des cadeaux de Noël reste incontournable. S’agit-il d’un consumérisme écoeurant qui verse dans une course matérielle pour s’acheter l’affection des autres ? S’agit-il d’une sacralisation de l’échange qui témoigne d’un reste d’humanité au milieu de relations calculées et froides ?

Faut-il jouer le blasé, le désintéressé pour couvrir en fait sa lassitude devant un rituel obligé si répétitif ? Ou faut-il transformer cette occasion en joie de donner et de recevoir pour se dire qu’en fin de compte on s’aime bien sûr, on s’ai cadeau dans Communauté spirituelleme quand même, on s’aime vraiment ?

 

Peut-on faire l’économie du don ?

- Le potlatch

Les anthropologues ont montré tout l’intérêt de ces échanges de cadeaux. Ainsi Marcel Mauss analyse dans son célèbre « Essai sur le don » l’intérêt pour des tribus de pratiquer ce système où il faut donner / recevoir/ rendre. C’est ce qu’il appelle un « fait social total », c’est-à-dire une pratique qui constitue et institue une communauté en tant que telle. Les liens (échange de femmes, de commerce, d’objets) se tissent grâce à cet échange généralisé (le « potlatch ») que l’économie moderne étendra à toutes les productions devenues marchandes.

 

- Le père Noël supplicié

D’autres anthropologues verront dans le Père Noël et ses avatars les résurgences de grands mythes païens fédérateurs d’identité commune. Ainsi Claude Lévi-Strauss qui analyse un curieux fait divers impensable aujourd’hui. En 1951, le clergé dijonnais avait brûlé en place publique un mannequin à l’effigie du Père Noël pour dénoncer sans doute une concurrence déloyale avec la crèche… Lévi-Strauss relève le paradoxe suivant :

« Le Père Noël, symbole de l’irréligion, quel paradoxe ! Car, dans cette affaire, tout se passe comme si c’était l’Église qui adoptait un esprit critique avide de franchise et de vérité, tandis que les rationalistes se font les gardiens de la superstition. Cette apparente inversion des rôles suffit à suggérer que cette naïve affaire recouvre des réalités plus profondes. Nous sommes en présence d’une manifestation symptomatique d’une très rapide évolution des m?urs et des croyances, d’abord en France, mais sans doute aussi ailleurs. Ce n’est pas tous les jours que l’ethnologue trouve ainsi l’occasion d’observer, dans sa propre société, la croissance subite d’un rite, et même d’un culte ; d’en rechercher les causes et d’en étudier l’impact sur les autres formes de la vie religieuse ; enfin d’essayer de comprendre à quelles transformations d’ensemble, à la fois mentales et sociales, se rattachent des manifestations visibles sur lesquelles l’Église ? forte d’une expérience traditionnelle en ces matières ? ne s’est pas trompée, au moins dans la mesure où elle se bornait à leur attribuer une valeur significative. » (Revue : Les Temps Modernes, Mars 1952, « Le Père Noël supplicié », pp. 13-14)

Il analyse alors la résurgence de ce mythe du Père Noël avec ses cadeaux comme la résurgence des rituels initiatiques pour se concilier la faveur des morts, représentés par les enfants qui prennent leur place :

« Avec beaucoup de profondeur, Salomon Reinach a écrit que la grande différence entre religions antiques et religions modernes tient à ce que « les païens priaient les morts, tandis que les chrétiens prient pour les morts ». Sans doute y a-t-il loin de la prière aux morts à cette prière toute mêlée de conjurations, que chaque année et de plus en plus, nous adressons aux petits-enfants ? incarnation traditionnelle des morts ? pour qu’ils consentent, en croyant au Père Noël, à nous aider à croire en la vie. Nous avons pourtant débrouillé les fils qui témoignent de la continuité entre ces deux expressions d’une identique réalité. Mais l’Église n’a certainement pas tort quand elle dénonce, dans la croyance au Père Noël, le bastion le plus solide, et l’un des foyers les plus actifs du paganisme chez l’homme moderne. Reste à savoir si l’homme moderne ne peut pas défendre lui aussi ses droits d’être païen.(?) Grâce à l’autodafé de Dijon, voici donc le héros reconstitué avec tous ses caractères, et ce n’est pas le moindre paradoxe de cette singulière affaire qu’en voulant mettre fin au Père Noël, les ecclésiastiques dijonnais n’aient fait que restaurer dans sa plénitude, après une éclipse de quelques millénaires, une figure rituelle dont ils se sont ainsi chargés, sous prétexte de la détruire, de prouver eux-mêmes la pérennité. » (ibid., pp. 49-51)

 

- Le cadeau et la dette

Les psychologues rappelleront que les cadeaux permettent de gérer la dette symbolique qui circule entre les générations. Bien des parents offrent des jouets trop chers et trop luxueux, comme pour se faire pardonner leurs absences et leurs manques. Et à l’inverse, sans cadeaux, la reconnaissance finit par ne plus jouer en famille : on ne reconnaît plus celui dont on ne reçoit plus rien.

Le cadeau est donc un moyen de réparer un lien social qui se dégrade.

 

- Le cadeau gaspillage ?

L’intrigue des cadeaux de Noël hante également les économistes. Parmi eux, Joël Waldfogel, professeur à Yale, s’applique à démontrer en quoi cette déferlante de cadeaux représente un gigantesque gâchis économique. Comme les cadeaux offerts ne correspondent jamais complètement à l’attente de l’autre, ils coûtent plus cher en fait que ce que nous aurions acheté nous-mêmes (d’où la montée en puissance des chèques cadeaux comme à la FNAC par exemple). Waldfogel va même jusqu’à chiffrer à 12 milliards de dollars cette perte en 2007 aux États-Unis !

L’explosion des sites Internet où chacun peut revendre d’occasion le cadeau mal choisi par un tiers démontre que gaspillage et Noël vont souvent ensemble.

 

- Le cadeau-roman

Le monde des romanciers comme Charles Dickens a magnifié le Noël familial avec son réveillon : son « Cantique de Noël » en 1843 va consacrer la figure du Noël rassemblant tous les membres de la famille autour de la table dans la nuit froide.

 

Le cadeau évangélique

Mais l’évangile lui, que dit-il de cette irrésistible manie de se faire des cadeaux ?

Il ne semble pas la mépriser le moins du monde. Les trois mages chargés d’or, d’encens et de myrrhe redisent à leur manière qu’on devient sage en acceptant de reconnaître un plus petit que soi comme digne des plus grands cadeaux de la terre. Ils n’attendent rien en échange. Ils repartiront appauvris et heureux.

Car le premier cadeau de Noël c’est bien évidemment Jésus lui-même. Dans l’étable de Bethléem, alors qu’on n’a pas fait à Marie enceinte arrivée à son terme le cadeau d’une place à l’auberge, Dieu se donne, sans restriction, personnellement et entièrement. Jésus aurait pu s’appeler Dieu-donné ! En recevant le prénom de Ieshoua (« Dieu sauve ») il nous annonce un salut-cadeau. En incarnant l’Emmanuel, « Dieu avec nous », il nous promet une présence-cadeau sans les jetons qui vont avec.

 

Alors, allons-nous faire des cadeaux à Noël ?

Sans aucun doute, et de toutes sortes. Le présent d’une visite, d’un déplacement, un lien à renouveler. Le plaisir d’un bon moment partagé à table sans arrière-pensée, le bonheur d’une trêve où l’on affirme que ce qui sépare est moins fort que ce qui unit.

Pour les chrétiens, le charme de Noël et des cadeaux de Noël sera exponentielle : le don de Dieu, c’est Dieu lui-même ; et ce cadeau-là précède toutes nos réponses en échange. Ce cadeau-là se déballe sans cesse et on n’a jamais fini d’explorer la largesse d’un tel donateur. Ce cadeau-là « emballe » sans cesse le désir de celui qui le reçoit.

 

Apprenons donc à échanger des cadeaux dans l’esprit de Bethléem.

Ni pression obligée et insupportable, ni dédouanement facile et hypocrite, le paquet déposé dans l’assiette du réveillon ou devant la crèche nous humanise, nous relie les uns aux autres et avec Dieu.

Sans démesure ni pingrerie, fêtons Noël avec ses gestes enrubannés qui renvoient au véritable et premier cadeau de la crèche.

Et que cette veillée d’échange inspire un « potlatch spirituel » tout au long de l’année !

 

Les différentes formes du don, à la lumière de la sociologie de Marcel Mauss :

Mauss-don

 

 

 

Messe de la nuit de la Nativité

1ère lecture : Le prince de la paix (Is 9, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus. Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane. Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.
Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

 

Psaume : 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a.c

R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
pour gouverner le monde avec justice.

 

2ème lecture : La grâce de Dieu s’est manifesté (Tt 2, 11-14)

Lecture de la lettre de saint Paul à Tite

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux, et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

 

Evangile : Naissance de Jésus (Lc 2, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui nous est né un Sauveur : c’est le Messie, le Seigneur ! Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre ? ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. ? Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Patrick Braud 

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17 décembre 2011

Laisser le volant à Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Laisser le volant à Dieu

 

Homélie du 4° Dimanche de l’Avent

 

Faire l’oeuvre de Dieu, ou laisser Dieu faire son oeuvre en nous ?

Investir son énergie, ses talents, son argent pour construire quelque chose de beau, une trace de soi : la famille, le succès professionnel, le combat associatif…, ou accueillir ce qui est donné par la vie sans compter ni calculer ?

 

De la tente au cèdre : David et Marie

Le roi David est conduit par le prophète Nathan à passer de l’une à l’autre attitude (1R 7,1-16). « Je vais construire une maison pour Dieu plus belle que ma maison de cèdre » était sa première impulsion.

Un peu gêné sans doute d’habiter dans un palais de cèdre alors que l’arche d’Alliance campait sous une tente.

La même gêne peut-être que ressentent les habitants des beaux quartiers vis-à-vis des familles logées dans des barres d’immeubles délabrés.

Dieu lui répond : « ne te soucie pas de ce que tu peux construire pour moi. Laisse-moi construire pour toi. »

 

Ce renversement change profondément la royauté de David : il ne cherchera plus à programmer ce qui est bon pour Dieu. Il essaiera d’accueillir ce que Dieu lui donnera, en déchiffrant les événements de sa vie - heureux et malheureux - comme autant d’invitations à le laisser faire.

C’est à de tels tournants que nous sommes appelés : arrêter de vouloir faire pour l’autre, et accueillir  activement ce que l’autre fait surgir en moi.

Laisser le volant à Dieu dans Communauté spirituelle vierge_trois_quarts_sm 

L’annonce faite à Marie relève de cette même logique subversive (Lc 1,26-38) : elle ne peut pas donner un fils à Dieu, mais elle accepte que Dieu fasse cela en elle, sans savoir comment. Ce n’est pas Marie qui se propose de consacrer un fils à la cause d’Israël, c’est le Dieu d’Israël qui surprend Marie en l’associant à son oeuvre incroyable. « Que tout se passe pour moi selon ta parole ».

 

Quitter la volonté de bâtir pour celle d’accueillir fera paradoxalement réussir l’oeuvre ainsi construite, Temple de Dieu à Jérusalem ou Temple de Dieu dans l’homme qu’est Jésus.

C’est comme une danse où les deux partenaires inventent leur composition au fur et à mesure ensemble, au lieu de l’imposer à l’autre. Lâcher la programmation altruiste pour la danse avec l’autre fait passer David et Marie du côté de ceux qui font de grandes choses, parce qu’ils sont habités, non parce qu’ils veulent les faire.

Laisser le volant

Comment opérer ce renversement ?

En acceptant les événements comme guides.

Ce qui dérange, ce qui surprend, ce qui est imprévu, ce qui est étrange : voilà des indicateurs aussi sûrs qu’un jet de pétrole dans un champ. Il y a là de quoi gratter pour découvrir ce que Dieu désire opérer en nous.

 

Ne restreignons pas ces événements aux seules remises en causes douloureuses. S’il est vrai qu’une maladie, un deuil, un handicap etc. peuvent faire voir la vie autrement, c’est encore plus vrai d’un amour intense, d’un éblouissement artistique, d’une savoureuse lecture etc. C’est dans la prospérité et la tranquillité enfin acquises que David a fait ce chemin. C’est dans la grâce sereine de Nazareth que Marie a dit son « oui ».

Inutile donc d’attendre des catastrophes pour laisser Dieu prendre le volant de nos vies !

La pleine possession de la réussite peut devenir le moment favorable pour passer sur l’autre versant, celui où l’on est conduit plutôt que de conduire. Il y a des règles et les étapes propres à chacun pour cela.

La croix du Christ, catastrophe à nulle autre pareille en première instance, vient témoigner de ce que les drames de nos existences peuvent eux aussi être intégrés dans ce vaste mouvement de conversion du désir. Malgré leur négativité qui demeure, ces épreuves n’empêchent pas Dieu de nous « construire une maison » comme il l’a fait pour David et Marie.

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Soyons donc attentifs à ces annonces.

Celle faite à Marie est la figure des annonces dont Dieu jalonne nos vies, mieux que le Petit Poucet son chemin…

 

 

1ère lecture : Promesse du Messie, fils de David (2S 7, 1-5.8b-12.14a.16)

Lecture du second livre de Samuel

Le roi David était enfin installé dans sa maison, à Jérusalem. Le Seigneur lui avait accordé des jours tranquilles en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient. Le roi dit alors au prophète Nathan : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous la tente ! » Nathan répondit au roi : « Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. »

Mais, cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée à Nathan : « Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ? C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi dans tout ce que tu as fait, j’ai abattu devant toi tous tes ennemis. Je te ferai un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre. Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y planterai, il s’y établira et il ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus l’humilier, comme ils l’ont fait depuis le temps où j’ai institué les Juges pour conduire mon peuple Israël. Je te donnerai des jours tranquilles en te délivrant de tous tes ennemis.

Le Seigneur te fait savoir qu’il te fera lui-même une maison. Quand ta vie sera achevée et que tu reposeras auprès de tes pères, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté. Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »

 

Psaume : 88, 4-5, 27-28, 29-30

R/ Dieu ! Tu as les paroles d’Alliance éternelle.

« Avec mon élu, j’ai fait une alliance,
j’ai juré à David, mon serviteur :
J’établirai ta dynastie pour toujours,
je te bâtis un trône pour la suite des âges.

« Il me dira : Tu es mon Père,
mon Dieu, mon roc et mon salut !
Et moi, j’en ferai mon fils aîné,
le plus grand des rois de la terre !

« Sans fin je lui garderai mon amour,
mon alliance avec lui sera fidèle ;
je fonderai sa dynastie pour toujours,
son trône aussi durable que les cieux. »

2ème lecture : Le mystère de Dieu révélé en Jésus Christ (Rm 16, 25-27)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Gloire à Dieu, qui a le pouvoir de vous rendre forts conformément à l’Évangile que je proclame en annonçant Jésus Christ. Oui, voilà le mystère qui est maintenant révélé : il était resté dans le silence depuis toujours, mais aujourd’hui il est manifesté. Par ordre du Dieu éternel, et grâce aux écrits des prophètes, ce mystère est porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi. Gloire à Dieu, le seul sage, par Jésus Christ et pour les siècles des siècles. Amen.

 

Evangile : Le Messie sera fils de Marie (Lc 1, 26-38)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. La Vierge Maire accueille la Parole : « Je suis la servante du Seigneur, que s’accomplisse la Bonne Nouvelle ! » Alléluia. (Lc 1, 38)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.
L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » 
À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »
Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? »
L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’. Car rien n’est impossible à Dieu. »
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »
Alors l’ange la quitta.
Patrick Braud

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10 décembre 2011

Tauler, le métro et « Non sum »

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Tauler, le métro et « Non sum »

 

Homélie du 3° dimanche de  l’Avent / Année B

11/12/2011

 

Laissez d’abord sortir de la rame

Observez une rame de métro qui arrive à l’heure de pointe. À peine les portes ouvertes, le flux des voyageurs qui descendent est tel qu’il est vain de songer à entrer avant de laisser s’écouler ce tourbillon dans l’évier des couloirs de correspondance.

Dieu agit avec nous comme le métro à l’affluence : il faut d’abord vider le trop-plein de notre suffisance pour qu’il puisse commencer à entrer en nous. Il faut laisser s’écouler la vanité de nos désirs pour qu’il se faufile dans l’espace ainsi libéré.

 

Tauler et le « non sum » de Jean-Baptiste

Afficher l'image d'origineLaissons Tauler (1300-1361), l’une des grandes figures de la mystique rhénane, introduire un thème essentiel à partir de cet évangile du troisième dimanche de l’Avent.

« Les messagers demandèrent à Jean si il était. Jean répondit : « non sum » (« je ne suis pas ». Il confessa et ne nia point sa véritable identité : « non sum ». C’est le contraire des hommes qui voudraient tous désavouer leur propre nom ; et tous les efforts des hommes tendent généralement à ceci : comment donc désavouer et cacher leur pauvre identité : « non sum » ? Tous veulent généralement à tout prix être ou paraître quelque chose, soit quant à l’esprit, soit quant à la nature. Celui qui parviendrait seulement à atteindre le fond de l’aveu de son propre néant – « non sum » -, celui-là serait parvenu au chemin le plus aimable, le plus direct et le plus court, le plus rapide, le plus sûr menant à la vérité la plus haute et la plus profonde qu’on puisse atteindre en ce monde. Pour cela, personne n’est trop vieux, ni trop faible, trop inexpérimenté, ni trop jeune, trop pauvre ou trop riche. Ce chemin c’est : « non sum » : je ne suis pas. »

 

Cela valait la peine de citer longuement ce sermon 83 de Tauler. On y reconnaît une voix toujours très actuelle, aux confins de l’expérience des grands maîtres bouddhistes : la voix du non-être.

La triple négation de Jean-Baptiste est paradoxalement la clé de son entrée dans son identité la plus profonde. Alors que le triple reniement de Pierre le conduira aux larmes et au désespoir, ces trois « non sum » de Jean-Baptiste le conduiront à être « le plus grand des enfants des hommes » aux dires de Jésus lui-même, sans pourtant le rechercher le moins du monde.

 

Tauler pointe avec raison la prétention à vouloir être quelqu’un comme la source de toute rivalité entre les hommes (rivalité mimétique dirait René Girard).

« À cause de cette tendance, les mondains veulent avoir des biens, des amis, de la parenté, et pour cela il risque corps et âmes ; uniquement pour être, pour être considéré, et riche, bien situé et puissant. Combien de choses de leur côté les gens de vie spirituelle font et omettent, combien souffrent et agissent pour ce même motif ; que chacun s’interroge lui-même ; couvents et ermitages sont pleins de cet esprit qui pousse à toujours vouloir être et paraître quelque chose. »

 

Les pièges du vouloir-être

Faites le point sur cette course, pas même au paraître mais à l’être, qui peut se glisser dans vos préoccupations.

La poursuite de la réussite professionnelle et d’une carrière honorable ; le souci d’afficher une vie de couple harmonieuse ; l’engagement associatif ou ecclésial pour valoriser une bonne image de soi… Les pièges sont nombreux où ‘vouloir être quelqu’un’ gâte les meilleures intentions du départ.

 

Constatant cette soif universelle, Tauler lit dans l’Évangile un contre-appel radical : détachez-vous de vos prétentions à être quelqu’un par vous-même. Faites l’expérience d’un réel détachement intérieur, puis d’un anéantissement en Dieu où se dégonflent les baudruches de l’orgueil.

Dire « je ne suis pas » libère de la fatigue de courir après ce qui ne me correspond pas. Je ne suis pas mannequin, je ne suis pas mère Teresa, je ne suis pas Bill Gates, donc je peux enfin commencer à être moi-même.

Dire « non sum », c’est consentir à soi-même, en lâchant l’attachement aux fausses images de soi.

Cela ne supprime pas le désir, mais l’abandonne à Dieu.

 

L’expérience du vide

Alors un dirigeant peut s’investir dans ses responsabilités sans avoir besoin du hochet d’une voiture de fonction, d’un Blackberry, ou pire encore d’un bonus qu’il finirait par trouver équitable.

Alors un syndicaliste pourra s’engager pour la défense des plus faibles dans l’entreprise sans chercher à se faire un nom ou à se protéger sur leur dos.

Alors les parents pourront se donner à leurs enfants sans exiger en retour de choix à leur image.

Car celui qui a renoncé à être par lui-même laisse l’autre chercher son propre chemin.

Car celui qui est ‘anéanti’ en Dieu goûte tout à partir de Dieu lui-même, dans sa bienveillance.

Car celui qui a dit « non sum » se laisse guider par les événements pour aller là où un autre le conduit.

Il ne s’attache pas à ses oeuvres tout en portant activement du fruit.

Il ne cherche pas à laisser une trace dans l’histoire tout en bénissant Dieu pour ce qui lui est donné.

Il transforme le monde presque sans le savoir ni le vouloir, par contagion, par capillarité.

Chez lui, nulle stratégie de conquête, nulle adhérence à des modes de surface.

 

Quand Jean-Baptiste confesse : « je ne suis pas », il entre dans une expérience du vide où il accepte de se recevoir d’un autre.

Cette attitude intérieure, exigeante, demande du temps et de la sagesse. Elle peut transfigurer toutes les  positions sociales, familiales, affectives qui sont les nôtres : être là sans s’y accrocher, remplir tel rôle sans s’y attacher, assumer telle responsabilité sans en tirer de vaine gloire.

Tauler conseille même de tirer parti de ceux qui au passage veulent nous anéantir, se posant en adversaires ou concurrents :  

« Il faut s’abandonner comme Dieu veut qu’on s’abandonne, et celui qui veut te ramener à ton néant, accepte-le avec reconnaissance et amour, parce qu’il te rappelle en vérité que tu es ‘non sum’.

Puissions-nous donc atteindre tout cet anéantissement afin de nous enfoncer par là dans l’être divin ! Que nous y aident le Père, et le Fils, et l’Esprit Saint ! Amen. »

 

 

 

1ère lecture : Le Sauveur apporte la joie (Is 61, 1-2a.10-11)

Lecture du livre d’Isaïe

L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le c?ur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur.

Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a enveloppé du manteau de l’innocence, il m’a fait revêtir les vêtements du salut, comme un jeune époux se pare du diadème, comme une mariée met ses bijoux. De même que la terre fait éclore ses germes, et qu’un jardin fait germer ses semences, ainsi le Seigneur fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

Psaume : Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54

R/ J’exulte de joie en Dieu, mon Sauveur !

Mon âme exalte le Seigneur,
mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur.
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Son amour s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.

Il comble de bien les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour.

2ème lecture : Comment préparer la venue du Seigneur (1Th 5, 16-24)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit, ne repoussez pas les prophètes, mais discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de tout ce qui porte la trace du mal.

Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers, et qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps, pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, le Dieu qui vous appelle : tout cela, il l’accomplira.

Evangile : « Il se tient au milieu de vous » (Jn 1, 6-8.19-28)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Prophète du Très-Haut, Jean est venu préparer la route devant le Seigneur et rendre témoignage à la Lumière. Alléluia. (cf. Lc 1, 76 ; Jn 1, 7)

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean

Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage.
Et voici quel fut le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il le reconnut ouvertement, il déclara : « Je ne suis pas le Messie. » Ils lui demandèrent : « Qui es-tu donc ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Non. ? Alors es-tu le grand Prophète ? » Il répondit : « Ce n’est pas moi. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix qui crie à travers le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » Or, certains des envoyés étaient des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Si tu n’es ni le Messie, ni Élie, ni le grand Prophète, pourquoi baptises-tu ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. »
Tout cela s’est passé à Béthanie-de-Transjordanie, à l’endroit où Jean baptisait.

Patrick Braud

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