L'homélie du dimanche (prochain)

16 avril 2014

Vendredi Saint : les morts oubliés

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Vendredi Saint : les morts oubliés

 

Homélie pour le Vendredi Saint / Année A
18/04/2014 

Les noms s’égrènent lentement un par un :

- « René, 43 ans, mort dans l’indigence. »
Un lumignon est allumé, une rose est déposée.

- « Germaine, 64 ans, morte seule dans la rue. »
Un autre lumignon, une autre rose…

- Une soixantaine de noms sont ainsi évoqués : les 60 personnes SDF ou « indigentes » - comme on dit en mairie - qui sont mortes sur l’agglomération de Lyon cette année sans que personne de leur famille ou amis ait voulu prendre en charge leurs obsèques.

Pour lutter contre cette ultime humiliation faite aux pauvres, une religieuse, Sr Irène Davos, a créé en 1986 une association qui accompagne dans la mort comme dans la vie ceux qui se sentent abandonnés de tous.

Vendredi Saint : les morts oubliés dans Communauté spirituelle 41NFV2Y84ML._« Magdala est né… lors d’un enterrement.

Mêlée depuis six années à la vie des familles démunies du quartier de Lille Sud avec la bibliothèque de rue et l’université populaire en quart-monde, je partageais leurs soucis quotidiens. Et je décou­vrais aussi l’un des drames profonds des familles pauvres : même leurs morts n’ont pas droit à un minimum de respect et de dignité. « On a une vie de chien, et on est enterré au petit matin, en quelques minutes, comme des chiens ! », me racontaient, écoeurées, ces femmes tellement tristes et impuissantes face à la réalité de leur vie.

C’est en assistant à l’enterrement bâclé d’une jeune femme de vingt-sept ans que j’ai pris en effet toute la mesure de cette blessure inhu­maine.

Marie-Josée était malade. Elle vivait seule avec son chien, rongée par l’alcool, détruite par la prostitution. Elle survivait tant bien que mal dans son quartier, grâce, notamment, à l’amitié d’une voisine. Gisèle vit comme elle peut, elle aussi, sans gaz, sans électricité. Et moi, entre deux cours, je venais discuter avec les femmes de l’immeuble, constatant de jour en jour combien la santé de Marie-Josée se délabrait. Un jour survint où le mal a pris le dessus : la jeune femme fut plongée dans un coma profond, avant de mourir.

Personne ne se manifesta parmi les membres de sa famille qui, déjà de son vivant, ne voulaient plus entendre parler d’elle. Abandonnée de tous, la jeune femme prostituée – qui nous précédera dans le royaume des cieux ! – devait donc être enterrée sans cérémonie ni couronnes. Un enter­rement « indigent », selon la terminologie de l’administration municipale.

«  Ce n’est pas parce que c’était une putain qu’on va pas lui acheter un bouquet de fleurs. C’est une personne comme nous », se disent entre elles les femmes du quartier. Dans le petit matin blafard, elles ne sont que quelques-unes à assister à l’enterrement. Elles m’avaient invi­tée.

Tout est effectivement terminé en quelques minutes. Même le temps de deuil est volé aux pauvres, si vite ignorés, si rapidement oubliés : « On ne vaut rien, jusque dans notre mort, on compte pour moins que rien », constatent les femmes, de retour du cimetière…

Quelle blessure bouleversante. Dans les quelques lignes d’un poème de douleur, j’ai jeté les mots de ma révolte : le cri des sans-voix et des sans-vie, le cri des rejetés à qui il fallait redonner leur dignité d’homme et de femme. « Fleur fanée tombant sous le poids de ceux, de celles qui t’ont laissé tomber (…) Nous t’achète­rons un bouquet, fleur refleurie, nouvellement éclose. Tu vis enfin, tu danses, tu ris, tu chantes, tu aimes, tu es aimée, fleur désirée, créée par amour, appelée par ton nom. »

Il faudra encore des mois pour faire changer les habitudes. De terribles événements nous y ont aidés, quand Gigi a été assassinée par son compa­gnon de vie. Les nécessités de l’instruction et l’autopsie allaient retarder l’enterrement : avec ceux du quartier, les deux semaines ont été mises à profit pour lui offrir un enterrement digne.

À la mairie, l’employée a bien tenté de me faire comprendre que l’enterrement des personnes indigentes ne prévoit pas un détour par l’église. J’ai dû m’adresser à l’élue. J’ai d’ailleurs trouvé auprès de l’adjointe qui avait en charge l’état civil un accueil compréhensif : « Si des personnes, baptisées ou non, ont manifesté durant leur vie qu’elles étaient croyantes, il est normal qu’elles puissent être enterrées à l’église », confirme-t-elle.

L’Église elle-même, à son tour, découvre combien la dignité des personnes indigentes était bafouée : les responsables paroissiaux avouent qu’ils n’avaient pas réalisé dans quelles conditions les pauvres étaient portés en terre. Et les familles démunies ne demandent jamais rien ! Puisqu’elles n’ont pas de quoi payer, elles n’ont droit à rien : l’enterrement, comme le reste, ce n’est pas pour elles. L’église, « c’est pour les riches ! »…

Il faudra encore négocier patiemment avec les entreprises de pompes funèbres, pour que l’en­terrement des pauvres ne soit pas réglé en cati­mini, au petit matin, avant les heures ouvrables. Et que les cercueils de pauvres puissent être fleu­ris comme les autres, avec le même respect.

La communauté Magdala est née de cet évé­nement : qui que nous soyons, nous avons droit au respect. C’est une des intuitions de départ de Magdala qui, encore après le dernier souffle de vie, veut affirmer la dignité d’homme et de femme, de fils et de fille de Dieu. C’est important pour celui qui n’est plus. C’est capital pour ceux qui restent : la présence de témoins lors des funé­railles vient rappeler aux plus exclus, aux laissés-pour-compte de la société, à tous les pauvres de la terre, qu’ils ont tous une égale dignité d’être humain, jusque dans la mort. »

Irène DEVOS et Christophe HENNING , Risquer de vivre, Ed. de l’Atelier, Collection Mieux vivre, 2001, pp 57-60.

 

Ce vendredi saint, Jésus lui aussi partage l’abandon et la solitude des indigents de nos villes, jusque dans la mort.

S’il n’y avait pas eu Joseph pour oser réclamer le corps, s’il n’y avait pas eu le riche Nicodème pour lui prêter sa concession au cimetière, Jésus lui aussi aurait été jeté à la hâte dans la fosse commune des miséreux, avec juste sa mère et Jean comme cortège.

Jésus aurait dû normalement sombrer dans les oubliettes de l’histoire : obscur petit prophète juif ayant échoué comme tant d’autres à renverser le pouvoir romain, sa fin sur la croix n’est qu’un lamentable échec supplémentaire sur la longue liste des loosers de tous bords.

 

Cette mort abandonnée fait corps avec toutes celles qui hantent nos trottoirs dans nos villes, les logements sociaux pour célibataires, les hospices pour vieux isolés.

Ceux à qui personne n’adresse vraiment la parole pendant des jours entiers reconnaissent en Jésus un compagnon de solitude.

Ceux dont personne ne vient réclamer le corps une fois décédé verront le Christ leur servir de Joseph d’Arimathie.

Ceux pour qui personne n’est prêt à payer d’obsèques s’étonneront de voir le Christ leur servir de Nicodème.

Ceux qui font seuls le grand passage dans l’indifférence générale ou dans l’humiliation de la misère découvriront en Jésus un compagnon de galère, un frère en humanité qui les conduit jusqu’au coeur de la divinité.

La résurrection pascale est alors la promesse faite à chacun des humiliés que Dieu lui ne les laissera pas isolés dans la mort, mais en communion avec tous les saints  dans la vie.

 

Consolation facile, illusion analgésique direz-vous ? Les SDF vous répondront que le désespoir est plus fascinant que l’espérance, que la dépression est plus naturelle que la reconstruction, que l’alcool, la cigarette ou la drogue sont plus faciles à choisir que le combat pour vivre enfin.

 

Ce vendredi est saint parce qu’il ouvre aux damnés de la terre un itinéraire de libération, dès maintenant, et à travers la mort, fut-elle solitaire, abandonnée et oubliée de tous.

 

 

Vendredi Saint : Célébration de la Passion du Seigneur

1ère lecture : La grande prophétie du Serviteur souffrant (Is 52, 13-15; 53, 1-12)

Lecture du livre d’Isaïe

Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté !
La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’aspect d’un fils d’Adam.
Et voici qu’il consacrera une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce qu’on ne leur avait jamais dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.

Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? À qui la puissance du Seigneur a-t-elle été ainsi révélée ?
Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive, enracinée dans une terre aride. Il n’était ni beau ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n’avait rien pour nous plaire.
Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien.
Pourtant, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était châtié, frappé par Dieu, humilié.
Or, c’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé, c’est par nos péchés qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris.
Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche.
Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est soucié de son destin ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple.
On l’a enterré avec les mécréants, son tombeau est avec ceux des enrichis ; et pourtant il n’a jamais commis l’injustice, ni proféré le mensonge.
Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. Mais, s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours : par lui s’accomplira la volonté du Seigneur.

À cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu’il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés.
C’est pourquoi je lui donnerai la multitude en partage, les puissants seront la part qu’il recevra, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

 

Psaume : Ps 30, 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25

R/ O Père, dans tes mains je remets ton esprit

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

Je suis la risée de mes adversaires 
et même de mes voisins, 
je fais peur à mes amis 
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient. 

On m’ignore comme un mort oublié, 
comme une chose qu’on jette. 
J’entends les calomnies de la foule ; 
ils s’accordent pour m’ôter la vie. 

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur, 
je dis : « Tu es mon Dieu ! » 
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi 
des mains hostiles qui s’acharnent. 

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage, 
vous tous qui espérez le Seigneur !

 

2ème lecture : Jésus, le grand prêtre, cause de notre salut (He 4,14-16; 5,7-9)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, 
en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi.
En effet, le grand prêtre que nous avons n’est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il a connu l’épreuve comme nous, et il n’a pas péché.
Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

Le Christ,
pendant les jours de sa vie mortelle, a présenté, avec un grand cri et dans les larmes, sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort ; et, parce qu’il s’est soumis en tout, il a été exaucé.
Bien qu’il soit le Fils, il a pourtant appris l’obéissance par les souffrances de sa Passion ; et, ainsi conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

 

Evangile : La Passion (Jn 18, 1-40; 19, 1-42)

Acclamation :

Christ, mort pour nos péchés,
Christ, ressuscité pour notre vie !
Pour nous,

le Christ s’est fait obéissant,
jusqu’à la mort, 
et la mort sur une croix.
Voilà pourquoi
Dieu l’a élevé souverainement
et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom.
Christ, mort pour nos péchés,
Christ, ressuscité pour notre vie !

(cf. Ph 2, 8-9)

 

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean

Après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples.
Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus y avait souvent réuni ses disciples.
Judas prit donc avec lui un détachement de soldats, et des gardes envoyés par les chefs des prêtres et les pharisiens. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes.
Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? »
Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Il leur dit : « C’est moi. » Judas, qui le livrait, était au milieu d’eux.
Quand Jésus leur répondit : « C’est moi », ils reculèrent, et ils tombèrent par terre.
Il leur demanda de nouveau : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazaréen. »
Jésus répondit : « Je vous l’ai dit : c’est moi. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. »
(Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés ».)
Alors Simon-Pierre, qui avait une épée, la tira du fourreau ; il frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus.
Jésus dit à Pierre : « Remets ton épée au fourreau. Est-ce que je vais refuser la coupe que le Père m’a donnée à boire ? »
Alors les soldats, le commandant et les gardes juifs se saisissent de Jésus et l’enchaînent.
Ils l’emmenèrent d’abord chez Anne, beau-père de Caïphe, le grand prêtre de cette année-là.
(C’est Caïphe qui avait donné aux Juifs cet avis : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour tout le peuple. ») 

Simon-Pierre et un autre disciple suivaient Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans la cour de la maison du grand prêtre, mais Pierre était resté dehors, près de la porte. Alors l’autre disciple ? celui qui était connu du grand prêtre ? sortit, dit un mot à la jeune servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre.
La servante dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, un des disciples de cet homme-là ? » Il répondit : « Non, je n’en suis pas ! »
Les serviteurs et les gardes étaient là ; comme il faisait froid, ils avaient allumé un feu pour se réchauffer. Pierre était avec eux, et se chauffait lui aussi.

Or, le grand prêtre questionnait Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine.
Jésus lui répondit : « J’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi me questionnes-tu ? Ce que j’ai dit, demande-le à ceux qui sont venus m’entendre. Eux savent ce que j’ai dit. »
À cette réponse, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! »
Jésus lui répliqua : « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? »
Anne l’envoya, toujours enchaîné, au grand prêtre Caïphe.

Simon-Pierre était donc en train de se chauffer ; on lui dit : « N’es-tu pas un de ses disciples, toi aussi ? » Il répondit : « Non, je n’en suis pas ! »
Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : « Est-ce que je ne t’ai pas vu moi-même dans le jardin avec lui ? »
Encore une fois, Pierre nia. À l’instant le coq chanta .

Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au palais du gouverneur. C’était le matin. Les Juifs n’entrèrent pas eux-mêmes dans le palais, car ils voulaient éviter une souillure qui les aurait empêchés de manger l’agneau pascal. 
Pilate vint au dehors pour leur parler : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » 
Ils lui répondirent : « S’il ne s’agissait pas d’un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré. »
Pilate leur dit : « Reprenez-le, et vous le jugerez vous-mêmes suivant votre loi. » Les Juifs lui dirent : « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. »
Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir.
Alors Pilate rentra dans son palais, appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ? »
Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? »
Jésus déclara : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici. »
Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. »
Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? » 
Après cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et il leur dit : « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais c’est la coutume chez vous que je relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
Mais ils se mirent à crier : « Pas lui ! Barabbas ! » (Ce Barabbas était un bandit.)

Alors Pilate ordonna d’emmener Jésus pour le flageller.

Les soldats tressèrent une couronne avec des épines, et la lui mirent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau de pourpre.

Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : « Honneur à toi, roi des Juifs ! » Et ils le giflaient. 

Pilate sortit de nouveau pour dire aux Juifs : « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » 
Alors Jésus sortit, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : « Voici l’homme. »

Quand ils le virent, les chefs des prêtres et les gardes se mirent à crier : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Reprenez-le, et crucifiez-le vous-mêmes ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. »

Les Juifs lui répondirent : « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est prétendu Fils de Dieu. »

Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte.

Il rentra dans son palais, et dit à Jésus : « D’où es-tu ? » Jésus ne lui fit aucune réponse.

Pilate lui dit alors : « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te relâcher, et le pouvoir de te crucifier ? »

Jésus répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut ; ainsi, celui qui m’a livré à toi est chargé d’un péché plus grave. »

Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais les Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. »

En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors ; il le fit asseoir sur une estrade à l’endroit qu’on appelle le Dallage (en hébreu : Gabbatha).

C’était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. »

Alors ils crièrent : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Vais-je crucifier votre roi ? » Les chefs des prêtres répondirent : « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. »

Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié, et ils se saisirent de lui. 

Jésus, portant lui-même sa croix, sortit en direction du lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, en hébreu : Golgotha.

Là, ils le crucifièrent, et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu.

Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix, avec cette inscription : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. »

Comme on avait crucifié Jésus dans un endroit proche de la ville, beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, qui était libellé en hébreu, en latin et en grec.

Alors les prêtres des Juifs dirent à Pilate : « Il ne fallait pas écrire : ‘Roi des Juifs’ ; il fallait écrire : ‘Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs’. »

Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »

Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas.

Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, tirons au sort celui qui l’aura. » Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats.

Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la s?ur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine.

Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

Après cela, sachant que désormais toutes choses étaient accomplies, et pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif. »

Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche.

Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. 

Comme c’était le vendredi, il ne fallait pas laisser des corps en croix durant le sabbat (d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque). Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes.

Des soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis du deuxième des condamnés que l’on avait crucifiés avec Jésus.

Quand ils arrivèrent à celui-ci, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.

Celui qui a vu rend témoignage, afin que vous croyiez vous aussi. (Son témoignage est véridique et le Seigneur sait qu’il dit vrai.)

Tout cela est arrivé afin que cette parole de l’Écriture s’accomplisse : Aucun de ses os ne sera brisé.

Et un autre passage dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. 

Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus.

Nicodème (celui qui la première fois était venu trouver Jésus pendant la nuit) vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres.

Ils prirent le corps de Jésus, et ils l’enveloppèrent d’un linceul, en employant les aromates selon la manière juive d’ensevelir les morts.

Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore mis personne.

Comme le sabbat des Juifs allait commencer, et que ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick Braud

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15 avril 2014

Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique

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Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique

 

Homélie pour le Jeudi Saint / Année A
17/04/2014

« Je soutiens que le Décalogue est une carte.
Il commence par ces mots : Je suis YHWH, ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte. Vous reconnaissez aussitôt deux motifs importants de la raison cartographique, à savoir le point fixe (l’Éternel, ton Dieu) et le chemin (sortir du pays d’Égypte). »

Ainsi s’exprime un géographe suédois, Gunnar Olsson, dans sa relecture originale de l’histoire comme une tentative de cartographier le chemin de l’aventure humaine (Philosophie Magazine n° 77, Mars 2014, p. 35).

Jésus a enraciné sa propre Pâque dans celle de son peuple.

La première lecture du Jeudi Saint nous dit que le dernier repas du Christ accomplit le repas de la sortie d’Égypte pour ceux qui allaient devenir le peuple juif (Ex 22,1-14). L’agneau pascal, le sang sur la porte, le mémorial ainsi institué : tout indique que notre eucharistie chrétienne se situe dans le prolongement de la sortie d’Égypte.

L’apport original de Gunnar Olsson est d’interpréter ce repas comme une cartographie de l’aventure humaine. Ainsi, en communiant, nous recevons de quoi nous repérer dans l’itinéraire de nos vies !

Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique dans Communauté spirituelle

Carte d’Ératosthène , 220 av. JC (première carte connue) 

Que faut-il en effet pour réaliser une carte géographique ?

Il faut d’abord un point fixe qui permette de se situer par rapport à lui. C’était l’Est au Moyen Âge à cause de sa signification spirituelle : le Christ ressuscité se lève à l’Est comme le soleil levant. Ce fut ensuite le Nord magnétique à partir de la Renaissance.

Il faut ensuite un support de projection : un carton plat (d’où le mot carte), une sphère (pour une mappemonde), ou toute autre forme.

Il faut enfin une échelle de projection, c’est-à-dire une convention qui permette de passer de la réalité physique au support choisi. La projection de Peters par exemple donne une vision de la Terre différente de nos cartes habituelles (projection de Mercator).

Regardez le repas pascal qui marque la sortie d’Égypte (Ex 12,1-14). Il comporte effectivement comme le note Olsson un point fixe : « je suis le Seigneur », un support existentiel : « la ceinture aux reins » pour sortir d’Égypte, et une échelle, une convention pour projeter l’un sur l’autre : c’est la Pâque, qui va guider Israël puis l’Église dans leur voyage vers la liberté : « ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle : d’âge en âge vous la fêterez. »

 

L’eucharistie est donc une mappemonde où nous pouvons visualiser, mesurer, étalonner les itinéraires de nos vies. D’ailleurs le vieux mot latin mappa qui a donné mappemonde vient de la nappe (nappa) que l’on dépose sur l’autel comme une surface de projection de l’agir du Christ ici. La mappemonde est donc en ce Jeudi Saint une  nappe-monde, une manière de s’orienter dans l’existence en s’appuyant sur le point fixe (Dieu Sauveur) qui rend possible l’orientation (se tourner vers l’orient) de nos vies vers la libération pleine et entière.

Comme toute projection géographique, l’eucharistie peut donc donner lieu à de multiples représentations : orthodoxe, catholique, protestante… sans qu’aucune ne puisse se prétendre définitive.

Comme toute carte géographique, l’eucharistie peut devenir portative à l’image du plan de métro qu’on emporte avec soi dans son smartphone pour ne pas se perdre, et trouver la bonne correspondance.

Comme toute carte moderne couplée à un bon GPS connecté, l’eucharistie peut nous fournir des recommandations détaillées, écrites ou vocales, afin d’optimiser notre trajet, éviter les encombrements, les accidents, les zones dangereuses…

Comme nos vieilles cartes Vidal de la Blache, l’eucharistie exposée peut nous donner des envies de voyager ailleurs, autrement, d’apprendre des noms étrangers, d’aller rencontrer ceux qui sont à l’autre extrémité…

Comme les schémas précis de l’architecte, la carte eucharistique nous donnera les cotes précises, les plans de coupe, la perspective 3D pour mener à bien un chantier de construction, qu’il soit conjugal, professionnel ou autre.

 

Entraînez-vous à regarder l’eucharistie comme une carte géographique, et vous verrez que vous n’aurez plus jamais le sentiment d’être perdu au milieu d’événements ou de périodes chaotiques.

La sortie d’Égypte, c’est ici et maintenant pour chacun de nous, les paumes ouvertes pour recevoir le pain consacré.

« Que chacun ce soir se considère comme personnellement sorti d’Égypte » fait répéter le rituel juif de la Pâque au père de famille chaque année.

 

 eucharistie dans Communauté spirituelle 

La nappe-monde de l’autel eucharistique nous invite à chercher ce chemin libérateur, jusqu’à la libération ultime à travers notre mort physique.

 

 

 

Messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur

1ère lecture : L’agneau pascal (Ex 12,1-8.11-14)

Lecture du livre de l’Exode

Dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année.
Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison.
Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger.
Ce sera un agneau sans défaut, un mâle, âgé d’un an. Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil.
On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera.
On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères.
Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur.
Cette nuit-là, je traverserai le pays d’Égypte, je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : je suis le Seigneur.
Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.

Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle : d’âge en âge vous la fêterez. »

Psaume : Ps 115, 12-13, 15-16ac, 17-18

R/ Bénis soient la coupe et le pain, où ton peuple prend corps.

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur 
de voir mourir les siens ! 
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, 
moi, dont tu brisas les chaînes ? 

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, 
j’invoquerai le nom du Seigneur. 
Je tiendrai mes promesses au Seigneur, 
oui, devant tout son peuple.

 

2ème lecture : Le repas du Seigneur (1 Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Evangile : Le lavement des pieds (Jn 13, 1-15)

Acclamation :

Gloire et louange à toi,
Seigneur Jésus.
« Tu nous donnes un commandement nouveau :
Aimez-vous les uns les autres
domme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi,
Seigneur Jésus. 
(cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : « Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! »
Jésus lui déclara : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, … mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »

Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Patrick Braud

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11 avril 2014

Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux

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Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux

Homélie du Dimanche des Rameaux
13/04/2014

Dans bien des régions de France, ce dimanche des rameaux est le plus fréquenté de toute l’année, davantage que Pâques, davantage encore que Noël. À tel point qu’on est obligé de rajouter des offices, et de laisser à la porte des églises ouvertes ensuite des brassées de buis béni pour les retardataires, les timides, ou les oublieux qui veulent quand même renouveler leur rameaux secs et jaunis accroché à leurs crucifix.

 

1. Un signe sensible

Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux dans Communauté spirituelle rameauxC’est là tout particulièrement le génie du catholicisme : savoir parler à tous dans un langage simple, accessible, charnel. Et quoi de plus concret que le langage des signes sensibles, comme un rameau béni rapporté à la maison ? Point n’est besoin d’être docteur en théologie, ni même grand pratiquant, pour saisir d’instinct ce que cette branche d’arbuste signifie. Pas même besoin de mots : la tradition orale a suffisamment imprégné pendant des siècles cet objet et les gestes qui l’accompagnent pour que l’enfant, le SDF ou la vieille femme qui viendraient le ramasser furtivement – comme à la dérobée - après la messe sachent qu’il y a là une question de vie et de mort.

 

Pas de catholicisme sans des gestes et des objets aussi populaires que les rameaux, aussi simples que ces feuilles de buis béni, aussi accessible que ces branches coupées pour que la vie ne le soit pas.

 

2. Une espérance invincible

Que fait-on de ces rameaux en effet ? On les glisse entre les bras du crucifix sur la croix familiale, on les coince entre le crucifix et le mur pour qu’ils dépassent fièrement en hauteur, on s’arrange pour que leur vert absolu tranche sur le gris ou l’or de la croix si triste…

À lui seul, un rameau béni témoigne que l’arbre de la croix portera du fruit, quoi qu’il arrive.

À lui seul, un bout de branchages de buis proclame la résurrection promise à chacun.

À elle seule, une palme fièrement dressée au-dessus de la tête du crucifié annonce à la fois la consolation, la transfiguration, l’oasis à travers la mort.

D’ailleurs, quand l’un des nôtres nous a quitté, naviguant on ne sait comment vers une autre rive on ne sait où, il est de coutume d’aller décrocher ce rameau ramené comme un butin du dimanche avant Pâques. On dispose une table en face du corps du défunt, avec une soucoupe d’eau et le rameau à côté. Les visiteurs qui viennent se recueillir devant l’enveloppe charnelle peuvent alors la bénir avec cet humble feuillage. En traçant cet itinéraire cruciforme perlé de gouttes d’eau sur le corps, ils rendent hommage à ce que le défunt a été pour eux, ils rappellent à Dieu – sans le savoir – sa promesse de ne pas laisser ses amis aussi éloignés de lui que la mort peut le faire.

Il n’est donc une nulle épreuve que l’espérance pascale ne puisse illuminer : les rameaux témoignent de cette espérance invincible, avec simplicité.

 

3. Entre vert et sec : le rappel à l’éphémère

Pourtant ces rameaux se flétrissent. Du vert resplendissant de la semaine sainte, il passe en quelques mois au jaune sec et cassant des feuilles abandonnées.

Ainsi nos espoirs humains touchent vite leurs limites.

Ainsi nos projets se dessèchent tôt ou tard.

Ainsi nos réalisations les plus belles deviennent rabougries et prêtes à tomber en poussière avec les années, à l’échelle du temps de l’univers…

Ce n’est que sagesse d’enlever alors ces tiges desséchées de nos crucifix pour aller les brûler en début de carême. On dit que les cendres du premier mercredi de carême sont faites avec celle des rameaux brûlés, réduits en poudre, et étalés sur le front des fidèles pour leur rappeler que tout passe…

Nous sommes dans des réalités avant-dernières : rien ici-bas ne peut être absolutisé au point de ne pas devoir vieillir et tomber en poussière. Ce n’est que dans la réalité dernière – celle du monde à venir après la mort – que les rameaux ne jauniront pas. D’ici là, le nécessaire renouvellement annuel de nos rameaux nous oblige à ne pas croire éternel nos espoirs ou nos réussites.

Entre arbre vert et arbre sec, ces branches qui ne durent qu’une année accrochées à nos murs nous ramènent à l’éphémère humain, nous convertissent à l’éternité seulement divine.

 

4. La fête des tentes ou la vraie présence de Dieu

Le pasteur de l’Église réformée de Versailles rappelait ainsi en 2004 le lien ente les rameaux et la fête des tentes :

« David ordonna autrefois que sa propre mule serve de monture à son fils Salomon et qu’on le fasse descendre à Guihôn pour qu’il y reçoive l’onction d’huile le consacrant ainsi roi d’Israël.

Ainsi, cette entrée de Jésus à Jérusalem, juché sur un ânon, ne rappelle pas seulement la prophétie messianique de Zacharie, mais aussi l’intronisation du roi Salomon.

« Mais Salomon allait à Guihôn », me direz-vous, « pas à Jérusalem ! ».

« Justement ! », vous répondrais-je, « on a là une coïncidence extraordinaire ! ».

Guihôn (qui veut dire ?la jaillissante? en hébreu) était une des deux sources qui alimentaient la ville de Jérusalem. Elle se situait à l’extérieur de la ville, ce qui n’était pas pratique, et parfois même dangereux, pour les habitants de Jérusalem. Après divers aménagements, c’est finalement le roi Ezéchias qui, dans les années 700 av. JC, fit creuser un canal souterrain reliant Guihôn à un bassin situé à l’intérieur des remparts : la fameuse piscine de Siloé. À l’époque de Jésus, pendant la fête des Tentes, la plus grande et la plus sainte des fêtes juives (du moins jusqu’à la destruction du temple de Jérusa­lem en l’an 70), les prêtres allaient tous les jours puiser de l’eau à cette piscine de Siloé, et ils l’emportaient en procession jusqu’au Temple pour nettoyer l’autel des holocaustes, où l’on faisait de nom­breux sacrifices pendant les sept jours que durait cette fête. Cette procession se faisait sous les cris de la foule brandissant des palmes et des rameaux de verdure. Nous y voilà !

Cette proces­sion de l’eau purificatrice, fournie par la source de Guihôn, ressemble étrangement à cette procession qui accompagne Jésus à l’entrée de Jérusalem, où il va purifier la maison de son Père en chassant les marchands du Temple. Par ailleurs, nous avons entendu tout à l’heure un extrait du psaume 118, celui qui était vraisemblablement chanté (ou plutôt « psalmodié ») pendant ces processions de la fête des Tentes, rameaux en main. Et vous y avez reconnu le « Béni soit celui qui vient, au nom du Seigneur ! » (Hosanna !) que crie la foule en accueillant Jésus (peut-être y avez-vous relevé également l’histoire de la pierre angulaire, que Jé­sus citera quelques versets plus loin).

Mais ce n’est pas tout : il y a une autre coïncidence. Vous savez sans doute que c’est Salomon (on y revient) qui fit construire le premier temple de Jérusalem. Et bien c’est justement au cours de cette ?fête des Tentes? que Salomon l’inaugura, en faisant entrer dans le temple, toujours en procession, la fameuse ?arche de l’alliance?, celle que le peuple hébreu avait transportée dans le désert, et qui contenait les fameuses ?tables de la Loi? qui scellaient l’alliance entre Dieu et son peuple. D’ailleurs, la fête des Tentes est en rapport direct avec l’Exode. En hébreu, on l’appelle la fête des Soukkôth. La souk­kah (soukkôth au pluriel) n’est pas exactement une « tente » mais plutôt une cabane ou une hutte faite de branchages. Cette fête évoque les 40 ans d’errance dans le désert du Sinaï, où les Hébreux n’avaient que des tentes ou des huttes pour se protéger du soleil. En mémoire de ce temps héroïque, les juifs vont vivre pendant une semaine dans des soukkôth qu’ils auront construit eux-mêmes aux alentours de Jérusalem. Aujourd’hui encore, cette fête symbolise le ?renouvellement de l’alliance?.


Bref, résumons ce que nous avons découvert :

- Jésus est monté sur un ânon, comme le roi Salomon lors de son intro­ni­­sation.

- Son accueil par la foule branchages à la main ressemble fort aux cérémonies de la fête des Ten­tes, considérée comme la fête du ?renouvellement? de l’alliance. Et Jésus y joue le rôle de la source ?royale? de Guihôn, qui est menée en procession jusqu’au temple pour la purification.

- C’est justement dans ce contexte de la fête des Tentes que Salomon inaugura le premier Temple de Jérusalem. »

http://erys.pagesperso-orange.fr/PREDICATION%20DU%204%20AVRIL%202004.html

Les rameaux annoncent donc la nouvelle tente que Dieu va établir : non pas une hutte de branchages faite de main d’homme, pas même un nouveau Temple de pierres à Jérusalem, mais le corps même de Jésus transfiguré à travers la mort.

Brandir nos palmes en chantant Hosanna !, c’est donc reconnaître en Christ la vraie source de vie et de purification. C’est saluer en lui le Temple vivant de la présence de Dieu. C’est désirer que nos propres corps en communiant à lui dans l’eucharistie deviennent en lui des temples vivants de cette présence pour nos frères.

 

5. Un signe de fécondité

Seneve Carême dans Communauté spirituelleLes autres usages bibliques du mot branches (kladous, en grec) utilisé ici pour désigner les rameaux nous mettent sur la voie de la fécondité.

Car ce mot branches est également utilisé par les évangélistes pour désigner le grand arbre et ses branchages finalement sortis de la minuscule graine de sénevé :

Et il disait: « Comment allons-nous comparer le Royaume de Dieu ? Ou par quelle parabole allons-nous le figurer? C’est comme un grain de sénevé qui, lorsqu’on le sème sur la terre, est la plus petite de toutes les graines qui sont sur la terre; mais une fois semé, il monte et devient la plus grande de toutes les plantes potagères, et il pousse de grandes branches, au point que les oiseaux du ciel peuvent s’abriter sous son ombre. » (Mc 4,32 ; Mt 13,13 ; Lc 13,19).

Cette disproportion entre la petite cause et les grands effets s’applique à la Passion du Christ : une injustice ordinaire (hélas !), invisible dans l’histoire de l’époque, se déroulant dans une obscure contrée toute petite, se révélera finalement le salut de toute l’humanité. Cet effet papillon de la foi se réfugie dans nos rameaux, va se cacher dans la petitesse de la branche coupée, pour resurgir à Pâques en toute majesté.

Rien ne sera perdu de nos amours les plus vrais : leur fécondité abritera même les oiseaux du ciel !

 

6. L’olivier greffé

Les seuls autres usages du mot branches de notre évangile des rameaux se retrouvent chez Paul. Et précisément 6 usages dans le chapitre 11 de la lettre aux Romains. Il s’agit du passage consacré au mystère d’Israël, toujours vivant au milieu de nous. Paul le compare à l’olivier racine, sur lequel a été greffé l’olivier sauvage des païens :

« Mais si quelques-unes des branches ont été coupées tandis que toi, sauvageon d’olivier tu as été greffé parmi elles pour bénéficier avec elles de la sève de l’olivier, ne va pas te glorifier aux dépens des branches. » (Rm 11,17-18)

Nous sommes ces païens qui, grâce à Jésus de Nazareth, ont été incorporés à l’Israël de Dieu. Cette greffe réussie, où l’Église vient accomplir la synagogue sans l’abolir, nous oblige à ne jamais oublier nos racines juives.

Brandir un rameau en chantant Hosanna ! nous enracine dans la tradition juive qui a élevé Jésus à l’âge adulte, qui lui a donné son identité, sa profondeur, et l’a ensuite offert à toutes les nations.

Cueillir des branches d’olivier pour le dimanche des rameaux a ainsi tout son sens : nous sommes cet olivier sauvage greffé sur le bois de la croix, pour devenir avec le Christ un seul peuple, une seule famille de Dieu par tout l’univers.

Pas besoin de savoir tout cela pour fêter le dimanche des rameaux de tout son coeur ! Il suffit de chanter à tue-tête (même en chantant faux), d’agiter ses branchages, et de les rapporter précieusement à la maison pour en décorer nos crucifix.

 

 

      Evangile : (Mt 21, 1-11)

Acclamation : Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quelques jours avant la fête de la Pâque, Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent à Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin, mais il les renverra aussitôt.’ »
Cela s’est passé pour accomplir la parole transmise par le prophète : Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Comme Jésus entrait à Jérusalem, l’agitation gagna toute la ville ; on se demandait : « Qui est cet homme ? » Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »

Messe de la Passion
1ère lecture : Le Serviteur de Dieu accepte ses souffrances (Is 50, 4-7)

Lecture du livre d’Isaïe

Dieu mon Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus. La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire.
Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.
J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats.
Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume : Ps 21, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Mais tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

2ème lecture : Abaissement et glorification de Jésus (Ph 2, 6-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix.
C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

Evangile : La Passion (brève : 27, 11-54) (Mt 26, 14-75; 27, 1-66)

Acclamation :

Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Pour nous, le Christ s’est fait obéissant, jusqu’à la mort, et la mort sur une croix.
Voilà pourquoi Dieu l’a élevé souverainement et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Matthieu

L’un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres
et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d’argent.
Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.

Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal ? »
Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : ‘Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.’»
Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.

Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze.
Pendant le repas, il leur déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. »
Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l’un après l’autre : « Serait-ce moi, Seigneur ? »
Il leur répondit : « Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né ! »
Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C’est toi qui l’as dit ! »

Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. »
Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, en disant :
« Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés. Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je boirai un vin nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. »

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
Alors Jésus leur dit : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
Pierre lui dit : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. »
Jésus reprit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. »
Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples en dirent autant.

Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Restez ici, pendant que je m’en vais là-bas pour prier. »
Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse.
Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi. »
Il s’écarta un peu et tomba la face contre terre, en faisant cette prière : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. »
Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
Il retourna prier une deuxième fois : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »
Revenu près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil.
Il les laissa et retourna prier pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles.
Alors il revient vers les disciples et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer ! La voici toute proche, l’heure où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs ! Levez-vous ! Allons ! Le voici tout proche, celui qui me livre. »

Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, avec une grande foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres et les anciens du peuple.
Le traître leur avait donné un signe : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le. »
Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : « Salut, Rabbi ! », et il l’embrassa.
Jésus lui dit : « Mon ami, fais ta besogne. » Alors ils s’avancèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent.
Un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges ? Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures ? D’après elles, c’est ainsi que tout doit se passer. »
À ce moment-là, Jésus dit aux foules : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus m’arrêter avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais assis dans le Temple où j’enseignais, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais tout cela est arrivé pour que s’accomplissent les écrits des prophètes. » Alors les disciples l’abandonnèrent tous et s’enfuirent.

Ceux qui avaient arrêté Jésus l’amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s’étaient réunis les scribes et les anciens.
Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu’au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s’assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait.
Les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort.
Ils n’en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés. Finalement il s’en présenta deux, qui déclarèrent : « Cet homme a dit : ‘Je peux détruire le Temple de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.’ »
Alors le grand prêtre se leva et lui dit : « Tu ne réponds rien à tous ces témoignages portés contre toi ? »
Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Messie, le Fils de Dieu. »
Jésus lui répond : « C’est toi qui l’as dit ; mais en tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. »
Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème ! Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. »
Alors ils lui crachèrent au visage et le rouèrent de coups ; d’autres le giflèrent en disant : « Fais-nous le prophète, Messie ! qui est-ce qui t’a frappé ? »
Quant à Pierre, il était assis dehors dans la cour. Une servante s’approcha de lui : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen ! »
Mais il nia devant tout le monde : « Je ne sais pas ce que tu veux dire. »
Comme il se retirait vers le portail, une autre le vit et dit aux gens qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus de Nazareth. »
De nouveau, Pierre le nia : « Je jure que je ne connais pas cet homme. »
Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent de Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu fais partie de ces gens-là ; d’ailleurs ton accent te trahit. »
Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Aussitôt un coq chanta.
Et Pierre se rappela ce que Jésus lui avait dit : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et pleura amèrement.

Le matin venu, tous les chefs des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire condamner à mort.
Après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent pour le livrer à Pilate, le gouverneur.
Alors Judas, le traître, fut pris de remords en le voyant condamné ; il rapporta les trente pièces d’argent aux chefs des prêtres et aux anciens.
Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Qu’est-ce que cela nous fait ? Cela te regarde ! »
Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre.
Les chefs des prêtres ramassèrent l’argent et se dirent : « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang. »
Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le Champ-du-Potier pour y enterrer les étrangers.
Voilà pourquoi ce champ a été appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang.
Alors s’est accomplie la parole transmise par le prophète Jérémie : Ils prirent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix par les enfants d’Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné.

On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C’est toi qui le dis. »
Mais, tandis que les chefs des prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien.
Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? »
Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur était très étonné.
Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait.
Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.
La foule s’étant donc rassemblée, Pilate leur dit : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus qu’on appelle le Messie ? »
Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on l’avait livré.
Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »
Les chefs des prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus.
Le gouverneur reprit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas ! »
Il reprit : « Que ferai-je donc de Jésus, celui qu’on appelle le Messie ? » Ils répondirent tous : « Qu’on le crucifie ! »
Il poursuivit : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Ils criaient encore plus fort : « Qu’on le crucifie ! »
Pilate vit que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le désordre ; alors il prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je ne suis pas responsable du sang de cet homme : cela vous regarde ! »
Tout le peuple répondit : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! »
Il leur relâcha donc Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et le leur livra pour qu’il soit crucifié.
Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde.
Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge.
Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient en lui disant : « Salut, roi des Juifs ! »
Et, crachant sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête.
Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.

En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix.
Arrivés à l’endroit appelé Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne, ou Calvaire, ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire.
Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ; et ils restaient là, assis, à le garder.
Au-dessus de sa tête on inscrivit le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »
En même temps, on crucifie avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche.
Les passants l’injuriaient en hochant la tête :
« Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! »
De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant :
« Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! C’est le roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui !
Il a mis sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant s’il l’aime ! Car il a dit : ‘Je suis Fils de Dieu.’ »
Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.

À partir de midi, l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à trois heures.
Vers trois heures, Jésus cria d’une voix forte : « Éli, Éli, lama sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l’entendant : « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! »
Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire.
Les autres dirent : « Attends ! nous verrons bien si Élie va venir le sauver. »
Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent.
Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens.
À la vue du tremblement de terre et de tous ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu ! »

Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir.
Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.

Le soir venu, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu lui aussi disciple de Jésus.
Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna de le lui remettre.
Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul neuf,
et le déposa dans le tombeau qu’il venait de se faire tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla.
Cependant Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du tombeau.

Quand la journée des préparatifs de la fête fut achevée, les chefs des prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate, en disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : ‘Trois jours après, je ressusciterai.’
Donne donc l’ordre que le tombeau soit étroitement surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : ‘Il est ressuscité d’entre les morts.’ Cette dernière imposture serait pire que la première. »
Pilate leur déclara : « Je vous donne une garde ; allez, organisez la surveillance comme vous l’entendez. »
Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du tombeau en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.
Patrick BRAUD 

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4 avril 2014

Et Jésus pleura

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Et Jésus pleura

Homélie du 5° dimanche de carême / Année A
06/04/2014

Un texte d’obsèques

Ce passage où Jésus réveille celui qu’il aime du sommeil de la mort est très souvent choisi par les familles pour les obsèques de leurs proches. Beaucoup de non pratiquants le repèrent très vite dans la sélection de textes bibliques qui leur est proposée. Quand on leur demande pourquoi, ils répondent, sans avoir les mots : parce que Jésus a pleuré devant la mort de son ami, parce qu’il est plein d’humanité, parce que lui aussi est touché par le chagrin… D’instinct, ils reconnaissent en Jésus un compagnon de route qui a connu comme eux la peine de la séparation. Le voir pleurer dans cet évangile les rassure sur leurs propres larmes, et laisse pressentir que pleurer peut avoir un sens, puisque Jésus lui-même l’a fait.

Et Jésus pleura dans Communauté spirituelle 586906-jeune-garcon-pleure-cercueil-proches 

Les larmes uniques du Christ

Il n’y a que deux passages dans tout le Nouveau Testament où l’on voit Jésus pleurer : ici devant le tombeau de Lazare, et ailleurs devant et sur la ville de Jérusalem (Lc 19,41).

Mais le verbe utilisé n’est pas le même. Ici c’est un hapax = un terme utilisé une fois et une seule dans toute la Bible. Il s’agit ici d’une phrase des plus courtes de l’Écriture sainte, mais aussi des plus riches en contenu : « Jésus pleura » (Jn 11,35). Lorsqu’il s’agit des pleurs de Marie et des Juifs (Jn 11,31.33), Jean utilise le terme grec « klaio » qui évoque l’expression à haute voix d’une douleur, à la manière des pleureuses qui accompagnaient les cortèges funèbres. Par contre, quand il décrit l’attitude de Jésus face au tombeau de son ami Lazare, il utilise un terme qu’on ne trouve qu’une fois ? ici - dans le Nouveau Testament : le verbe grec « dakruó », qui signifie « verser des larmes » silencieusement. En outre, il utilise une forme verbale qu’on appelle l’aoriste, décrivant le début d’un état qui dure.

Ainsi on pourrait traduire : « Jésus laissa couler ses larmes? », en suggérant que ce moment a duré longtemps, sans retenue.

Juan_de_Flandes_001 Jésus dans Communauté spirituelleCe ne sont donc pas des larmes sentimentales, ni des larmes de pleureuses.

Elles ne sont pas pathologiques, au sens où l’émotion produit parfois des crises de larmes comme un réflexe nerveux.

Elles ne sont pas démonstratives, au sens où il faudrait montrer bruyamment et publiquement son chagrin comme c’était de convenance au XIX° siècle.

Non : ce sont des pleurs qui coulent abondamment, en silence, à la manière d’un barrage qui déborde doucement.

Bien sûr il y avait dans ces larmes tout l’amour que Jésus portait pour Lazare.

Bien sûr, elles portaient le chagrin devant la mort, et la vulnérabilité devant la faille qu’elle représente dans la condition humaine.

Mais si Jésus pleure d’une manière unique, c’est parce que ses larmes conduisent à la vie et non pas à la tristesse, à la résurrection et non pas à la dépression.

Lui seul est capable de faire sortir ce corps hors du tombeau :« Lazare, sors ! »

Lui seul a le pouvoir de conjurer la puanteur de quatre jours pour l’éveiller au parfum de la vie.

Lui seul peut rendre à Lazare sa vraie liberté : « déliez-le et laissez-le aller ».

 

Pleurer à la manière du Christ

Il s’agit alors pour nous d’apprendre à pleurer à la manière du Christ.

Pas seulement en étant touché qu’il pleure comme nous, mais en lui demandant de pleurer comme lui.

Jésus « frémit » devant l’injustice de la mort, il ne s’y résigne pas, il la combat. Ses pleurs signent son engagement pour restaurer la dignité de tout homme. S’il ne retient pas sa révolte intérieure, c’est pour relever le défi pour lequel il a été envoyé : vaincre la mort dans un combat sans merci.

Voilà les larmes du Christ devant Lazare inanimé.

Voilà nos propres larmes si elles refusent le sentimentalisme pour devenir notre engagement à la suite du Christ : combattre toute forme d’injustice en nous appuyant sur la victoire du Christ sur la mort.

 

Pleurer sur Jérusalem

Le second et dernier passage où il est rapporté que Jésus a pleuré se situe devant Jérusalem : « et quand il fut proche, voyant la ville, il pleura sur elle » (Lc 19,41). Ici aussi est utilisé l’aoriste, mais avec le premier verbe (klaio), de sorte que le sens de ce passage est : « Il éclata en pleurs (de façon audible) sur elle ».

Pleurer sur Jérusalem rejoint alors nos détresses humaines.

Jésus se désole du refus que cette ville lui oppose ; il se lamente sur les conséquences que cette exclusion va entraîner pour elle ; il est bouleversé de constater que « l’amour n’est pas aimé » selon le cri de saint François d’Assise parcourant les terres d’Ombrie…

C’est à l’éloge de la vulnérabilité que ces pleurs de Jésus sur Jérusalem nous invitent. Pleurer, c’est être accepter d’être touché, blessé.

Comme également Pierre – saint Pierre ! – a pleuré amèrement sur sa trahison (Lc 22,62).

Ou comme Rachel a pleuré ses enfants massacrés par les ennemis d’Israël (Mt 2, 18 ? Jn 31, 15).

Ou comme Marie Madeleine lavait de ses larmes les pieds de Jésus (Lc 7,36-50) …

maxresdefault larmes 

Celui qui ne pleure jamais est-il vraiment humain ?

On devine que la dureté du coeur peut empêcher de pleurer.

On pressent que la sécheresse des yeux peut venir des boucliers et des cuirasses dont quelqu’un a été obligé de se barder dans son histoire pour ne pas trop souffrir.

Mais Dieu que les larmes font du bien lorsqu’elles coulent par amour !

Comme les vannes d’un barrage qu’on libère et dont les eaux deviennent source d’énergie?
À tel point que le « don des larmes » est devenu un charisme attribué à l’Esprit Saint : laisser enfin couler hors de soi ce que l’on s’épuisait à accumuler et à contenir sans rien dire, sans rien exprimer?


Entre silence et langage coulent nos larmes…

Elles traversent le corps de l’homme en prière, et plusieurs parmi vous pourraient témoigner de ces instants de grâce où la prière nous fait littéralement fondre en larmes. C’est un bouleversement de tout notre être, qui peut devenir une étape de la vie spirituelle. C’est comme un nouveau baptême « baigné de larmes », une « ablution intérieure » (Guigues II le Chartreux, XII° siècle).

Larmes de joie ou de compassion, elles nous revêtent d’une grâce purificatrice.
Pendant des siècles, des chrétiens ont recherché, désiré, imploré ce don de larmes aujourd’hui un peu oublié. De Ste Monique à Ste Catherine de Sienne, des Pères du Désert des premiers siècles aux effusions de l’Esprit aujourd’hui, c’est la même promesse des Béatitudes qui s’accomplit : « heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » (Mt 5,5).

C’est un chemin de sainteté.

Refuser de pleurer, ce serait devenir dur comme la pierre, avoir le c?ur sec comme un désert (et même le désert contient des sources cachées…).

Ce serait finalement se haïr soi-même, puisqu’il serait alors impossible de consentir à sa faiblesse.


Mais l’énergie interne des larmes est également une énergie profondément jubilatoire : « Joie, joie, pleurs de joie » écrivait Pascal à la hâte dans ses ?Pensées’.

« Pascal ne profère pas la foi au début de sa conversion : il la pleure.
Seules les larmes possèdent cette intelligence du c?ur pour témoigner de l’extase mystique. Elles n’expliquent rien parce qu’elles ne savent rien. Nous ne comprenons pas pourquoi nous pleurons, car nous pleurons quand, précisément, nous cessons de comprendre. Le sens de la vraie larme est de nous surprendre au-delà de nos logiques »
Jean-Loup CHARVET,L’éloquence des larmes, DDB, 2000, p. 85.


« Bienheureux ceux qui pleurent ! »

Pour quoi, pour qui, coulent vos larmes ?

Acceptez-vous d’entendre l’appel du Christ à laisser jaillir de vous de vraies larmes de compassion, de pénitence ou de joie ?

Consentez-vous à cette « hémorragie lumineuse de l’âme » (JL Charvet), à cette « rosée de l’être » où nous renaissons à l’amour véritable ?


« Jésus laissa couler ses larmes… »

Qu’il nous apprenne aujourd’hui à pleurer avec cette intensité qui nous engage tout entier?

 

 

1ère lecture : Le peuple mort va revivre (Ez 37, 12-14)
Lecture du livre d’Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël.
Vous saurez que je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai sortir, ô mon peuple !
Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous installerai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur : je l’ai dit, et je le ferai.

Psaume : Ps 129, 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8
R/ Auprès du Seigneur est la grâce, la pleine délivrance.

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !

Si tu retiens les fautes, Seigneur, 
Seigneur, qui subsistera ? 
Mais près de toi se trouve le pardon 
pour que l’homme te craigne. 

J’espère le Seigneur de toute mon âme ; 
je l’espère, et j’attends sa parole. 
Mon âme attend le Seigneur 
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.  

Oui, près du Seigneur, est l’amour ; 
près de lui, abonde le rachat. 
C’est lui qui rachètera Israël 
de toutes ses fautes.

2ème lecture : Celui qui a ressuscité Jésus vous donnera la vie(Rm 8, 8-11)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
sous l’emprise de la chair, on ne peut pas plaire à Dieu.
Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous l’emprise de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas.
Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l’Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes.
Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

Evangile : Mort et résurrection de Lazare (Lecture brève : 11, 3-7.20-27.34-35) (Jn 11, 1-45)

Acclamation : Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. Tu es la Résurrection, tu es la Vie, Seigneur Jésus ! Celui qui croit en toi ne mourra jamais.Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. (cf. Jn 11, 25-26)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Un homme était tombé malade. C »était Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa s?ur Marthe.
(Marie est celle qui versa du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. Lazare, le malade, était son frère.)
Donc, les deux s?urs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa s?ur, ainsi que Lazare.
Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deux jours à l’endroit où il se trouvait ; alors seulement il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »
Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ? »
Jésus répondit : « Ne fait-il pas jour pendant douze heures ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »
Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je m’en vais le tirer de ce sommeil. »
Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. »
Car ils pensaient que Jésus voulait parler du sommeil, tandis qu’il parlait de la mort.
Alors il leur dit clairement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »
Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! »
Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.
Comme Béthanie était tout près de Jérusalem ? à une demi-heure de marche environ ? beaucoup de Juifs étaient venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil.
Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison.
Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas. »
Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection. »
Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » Ayant dit cela, elle s’en alla appeler sa soeur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva aussitôt et partit rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie, et lui manifestaient leur sympathie, quand ils la virent se lever et sortir si vite, la suivirent, pensant qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Elle arriva à l’endroit où se trouvait Jésus ; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde. Il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Viens voir, Seigneur. »
Alors Jésus pleura.
Les Juifs se dirent : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la s?ur du mort, lui dit : « Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit :  « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais si j’ai parlé, c’est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Les nombreux Juifs, qui étaient venus entourer Marie et avaient donc vu ce que faisait Jésus, crurent en lui.
Patrick BRAUD  

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