L'homélie du dimanche (prochain)

5 juillet 2026

Mon endurcissement volontaire

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Mon endurcissement volontaire

 

Homélie pour le 15° Dimanche du Temps ordinaire / Année A 

12/07/26 


Cf. également :

Le semeur de paraboles
Prenez-en de la graine !
Semer pour tous
La lectio divina : galerie de portraits
Éléments d’une écologie chrétienne
Le management du non-agir
Le pourquoi et le comment

 

1. Le métro étanche

La semaine dernière dans le métro parisien, j’observais attentivement les comportements des passagers de la rame : Mon endurcissement volontaire dans Communauté spirituelle mobile-dans-metroles regards ne se croisaient pas, aucune parole ne s’échangeait. Sur environ 50 usagers, une trentaine avait les yeux rivés sur l’écran de leur smartphone, faisant défiler frénétiquement vidéos ultracourtes ou messages d’émojis. Les autres, écouteurs ou casque vissés dans les oreilles, semblaient ailleurs, hypnotisés par leur musique.

Le tout dans un silence humain où le fracas du métro était la seule respiration, mécanique, rythmant le voyage.

Me revenaient alors en mémoire les images, les odeurs et les sons d’un voyage en train entre Ouagadougou et Abidjan, dans le train qu’on appelait alors ‘ la Gazelle’ dans les années 80. Ce n’était que rires, éclats de voix, conversations hautes en couleurs, avec des regards croisés, des bébés qui tétaient, des poulets qui s’échappaient du panier…

Nous sommes passés de ce monde à l’autre pour le meilleur (la technologie) et pour le pire (la solitude). Devant ces visages rivés à leur écran et ces oreilles enveloppées d’un bruit permanent, nous pourrions reprendre la phrase de Jésus dans l’évangile de ce dimanche (Mt 13,1-23) : « Ils regardent sans voir, ils écoutent sans comprendre ».

Essayons d’analyser les enjeux spirituels de ce constat amer que le Christ pourrait encore porter sur nos comportements occidentaux en ce siècle.

 

2. Ils regardent sans voir

Le défilement frénétique de vidéos de quelques secondes, images ou messages sur notre smartphone a un nom anglais comme on les aime : le doomscrolling, quand le pouce fait glisser d’une page à l’autre sur l’écran, à toute vitesse, indéfiniment.

61cAwReh7iL._SL1500_ homosexualité dans Communauté spirituelleImpossible alors au cerveau humain d’analyser, d’assimiler et encore moins de mémoriser ce qui défile ainsi sans arrêt. Les jeunes ont même inventé le speedwatching : regarder les vidéos en accéléré (x 1,5 ou x 2) pour ingurgiter davantage de contenu plus rapidement ! Derrière cette avidité se cache ce qu’on appelle le FOMO (Fear Of Missing Out) : la peur de rater quelque chose. Face à l’infobésité (la profusion de contenus), l’accéléré devient une stratégie de survie cognitive pour « tout voir » et rester à la page, quitte à survoler. À force de consommer ces formats ultra-courts et rythmés, le cerveau s’habitue à un rythme de distribution de dopamine très élevé. Le rythme normal d’une parole humaine ou d’un film classique est alors perçu comme « lent » ou « ennuyeux ». On est en plein dans la consommation de surface…

 

Un chercheur – Bruno Patino – a décrit le phénomène dans son essai : « La civilisation du poisson rouge » (Grasset, 2019). Les nouvelles applications du numérique sont conçues pour créer une dépendance qui maintient nos yeux collés aux écrans sans que notre esprit soit éveillé.

« Sans repos possible, gorgés de dopamine, nous veillons sans relâche. L’alerte permanente, l’exploitation de notre passivité, la flatterie de notre narcissisme et la prise en charge par l’annonce immédiate de ce qui est à venir scandent nos existences numériques ». Plus loin, il alerte sur le risque de voir notre société se peupler « d’humains au regard hypnotique qui, enchaînés à leurs écrans, ne savent plus regarder vers le haut ».

Voilà comment les jeunes générations sont conduites à « regarder sans voir ». Dans une économie où capter leur attention est source de revenus (publicitaires) par les médias, elles sont manipulées pour consommer sans répit, jusqu’à épuisement, des images qui les façonnent et les influencent bien au-delà de leur liberté et de leur conscience. Cette « économie de l’attention » (Herbert Simon, prix Nobel d’économie) détruit notre volonté profonde (ce que Jésus appelle le « cœur » ou la « bonne terre »).

« L’économie de l’attention ne se contente pas de détourner notre attention de ce que nous voulons faire, elle façonne la nature même de nos désirs. En fin de compte, elle aliène la capacité humaine à vouloir ce que nous voulons vouloir ». 

« La dynamique de l’économie de l’attention tend à vider l’esprit humain de sa capacité de réflexion à long terme, nous emprisonnant dans un présent perpétuel et superficiel » [1].

 

3. Ils écoutent sans comprendre

 IVGFaites le test : combien de temps pouvez-vous rester en silence, sans parole ni musique dans les oreilles ? Plus difficile encore : demandez aux passagers du métro d’enlever leurs  écouteurs, de se parler, d’échanger, de discuter… L’angoisse du vide est si prégnante que nous sommes prêts à tout pour la combler : musique perpétuelle en bruit de fond, chaînes d’info en continu, bluetooth dans les oreilles…

Mais écoutons-nous vraiment ? Qui est capable de reformuler précisément ce que ses voisins lui ont confié ? Qui peut synthétiser, analyser, critiquer le flot de paroles qui s’est abattu sur  lui en une journée ?

Dès qu’un moment de vide apparaît (dans les transports, une file d’attente, avant de s’endormir), nous sortons notre téléphone. Nous saturons volontairement notre cerveau de bruit pour ne pas avoir à écouter les questions de notre conscience ou la voix intérieure de Dieu. La parabole du semeur nous dirait que c’est étouffer la Parole sous les « ronces » (les soucis du monde et la séduction des richesses matérielles, comme le dit Jésus plus loin dans la parabole).

 

4. D’Isaïe à Jésus, l’endurcissement volontaire

Outre la solitude qui se répand comme une épidémie technologique, cette saturation de la vue et de l’ouïe produit à la longue ce que l’Évangile appelle un endurcissement volontaire.

Nous choisissons la superficialité pour éviter le coût de la profondeur. Comme au temps d’Isaïe, c’est un mécanisme de défense : nous sentons bien que si nous laissions nos yeux vraiment voir et nos oreilles vraiment entendre, nous serions saisis par une exigence de vérité qui bouleverserait tout notre mode de vie.

La phrase citée par Jésus provient très exactement d’Isaïe 6,9-10. Il s’agit du récit de la vocation du prophète, au VIII° siècle avant notre ère (vers 740 av. J.-C.), au moment où il entre dans le Temple de Jérusalem et reçoit sa mission de la part de Dieu.

 semeurÀ ce moment précis, le royaume de Juda traverse une crise politique et spirituelle majeure. Les élites et le peuple se détournent de l’Alliance, préférant les alliances politiques matérielles et l’idolâtrie à la confiance en Dieu. Lorsque Dieu envoie Isaïe, il lui donne une feuille de route qui ressemble à un constat d’échec anticipé, ironique et tragique :

« Va, et dis à ce peuple : Écoutez toujours, et ne comprenez pas ! Regardez toujours, et ne sachez pas ! Rends insensible le cœur de ce peuple, endurcis ses oreilles, et bouche-lui les yeux… » (Is 6,9-10).

Ce texte hébreu est un constat d’endurcissement volontaire : Isaïe ne vise pas une incapacité intellectuelle des Juifs de son temps. Il dénonce une fermeture obstinée. Le peuple a fermé ses propres yeux pour ne pas voir ses injustices et ses fautes. Plus Isaïe va prêcher la vérité, plus cette vérité va irriter le peuple et l’enfoncer dans son refus. La parole de Dieu agit ici comme un révélateur : elle met en lumière la mauvaise foi d’une nation qui refuse de se convertir pour être guérie. Elle annonce l’exil inévitable comme conséquence de cet aveuglement.

 

 smartphoneLorsque Jésus cite ce passage en Mt 13,14-15, il l’applique directement aux foules qui le pressent sur le rivage alors qu’il enseigne depuis une barque : « Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est épaissi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai » (Mt 13,14-15).

Pour ceux qui cherchent la vérité, la parabole du semeur ouvrira une réflexion profonde, une aventure intérieure. Ils entendent une histoire de jardin, mais comprennent qu’il s’agit de l’accueil de la Parole de Dieu dans leur existence. Ils voient un maître de sagesse enseignant depuis une barque, mais devinent qu’il y a là bien plus que les gourous habituels.

Les autres, les curieux superficiels, entendront dans la parabole sans la comprendre ni même chercher à l’interpréter : une jolie histoire, puis on passe à autre chose. Ils regardent Jésus prêcher depuis la barque, mais ne verront ni un sage ni un prophète, seulement un influenceur de plus, comme il y en a tant.

 

Il y a cependant une différence majeure dans la manière dont Jésus applique le texte. Chez Isaïe, l’ordre de « boucher les yeux » semblait venir de Dieu comme un jugement. Chez Matthieu, Jésus cite la version grecque (la Septante) qui insiste sur la responsabilité humaine : « Le cœur de ce peuple s’est épaissi ; ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux… » (Mt 13, 15). Leur aveuglement est volontaire. Il vient d’eux, pas de Dieu.

 

5. Deux exemples actuels d’endurcissement volontaire : l’IVG et l’homosexualité

Si l’endurcissement à l’époque d’Isaïe prenait la forme de l’idolâtrie païenne, et à l’époque de Jésus celle du légalisme religieux, notre époque a développé ses propres formes d’endurcissement volontaire.

Aujourd’hui, cet endurcissement ne se manifeste pas par un refus brutal de la vérité, mais par une anesthésie choisie et une organisation méthodique de notre propre distraction. C’est un blindage de l’esprit et du cœur pour se protéger de ce qui dérange.

Appliquons cela à deux débats de société particulièrement sensibles.

 

– L’IVG

Les chrétiens reprochent à la Doxa ambiante un aveuglement volontaire sur la réalité vivante de l’embryon ou du fœtus. Les partisans de l’IVG endurcissent volontairement leur cœur et leur conscience en refusant de considérer la dignité humaine de ceux qu’ils considèrent comme un amas de cellules. Or nous savons – sans hésitation possible - que la vie humaine est commencée dès les premiers jours de la conception. L’imagerie médicale moderne (échographie 3D/2D) montre avec précision le développement précoce de la vie humaine (battements de cœur dès les premières semaines, succion du pouce, réactions aux stimuli etc.).

echographie-fille-5Il faut avoir le cœur endurci et les yeux voilés pour occulter le fait qu’il s’agit d’une vie humaine unique. L’idéologie « progressiste » fait le choix délibéré de regarder une échographie sans voir l’être humain qu’elle représente, afin de préserver la sacro-sainte autonomie individuelle sans conflit de conscience. Si c’est une chose, alors l’IVG peut l’éliminer sans se poser de questions. Si c’est un être humain (même potentiel), la décision d’avorter a une tout autre conséquence…

S’il vous paraît impossible qu’un peuple s’endurcisse volontairement devant le mal, songez à la pratique de l’esclavage au long des siècles. Depuis l’Antiquité grecque ou romaine jusqu’au commerce triangulaire européen en passant par les califats musulmans, les razzias entre tribus africaines, la plupart des civilisations raffinées étaient habituées à l’exploitation d’esclaves à leur service. D’ailleurs, ni Paul ni même Jésus n’ont songé à remettre en cause cette institution de l’esclavage, tant il était impensable à l’époque  d’y voir autre chose qu’un ordre naturel. Sans ses 400 000 esclaves, la cité de Rome n’aurait pas pu faire vivre ses 600 000 citoyens dans l’opulence de l’apogée de l’empire. Si l’on a pu pendant des millénaires trouver « normal » de réduire les vaincus, les barbares, les ‘inférieurs’ en esclavage, en toute bonne conscience, comment s’étonner qu’on ferme aujourd’hui les yeux sur l’élimination volontaire d’une grossesse sur quatre [2] ? … Pire encore : cet endurcissement du cœur se déguise en progrès, en victoire de la liberté individuelle, au point d’être désormais inscrite dans la Constitution française ! Les générations suivantes nous jugeront aussi sévèrement que nous le faisons pour l’esclavage ou la colonisation…

Pour être intellectuellement honnête, il faut signaler que les partisans de l’IVG reprochent ce même endurcissement volontaire à leurs opposants. Ceux-ci ne voudraient pas voir la souffrance des femmes enceintes sans l’avoir désiré. Comme quoi l’endurcissement du regard et de l’écoute n’est pas réservé à un seul camp, hélas !

 

– L’homosexualité

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L’homosexualité en Afrique

Le durcissement récent des lois anti-homosexualité au Sénégal a relancé le débat chez nous : comment !? est-il possible au XXI° siècle de ne pas approuver et reconnaître l’homosexualité comme une forme ordinaire et équivalente à l’hétérosexualité ? Les ‘progressistes’ s’étonnent  que d’autres cultures ne partagent pas leur vision sur le couple et la différence sexuée. Ils  voudraient que la théorie du genre s’impose partout : l’identité homme/femme ne serait qu’une construction sociale, et chacun aurait le droit de choisir la sienne. Les Africains protestent : l’Occident s’endurcit volontairement en niant les données de la nature biologique, de la génétique ou de l’anatomie au profit d’idéologies basées sur le seul ressenti individuel.

On comprend alors les accusations de décadence portées par la majorité des Africains [3] (mais aussi des Russes, ou des Américains évangéliques etc.) à l’encontre d’un Occident volontairement aveugle et sourd à l’importance fondamentale de la différence homme/femme, à la fois biologique et anthropologique. L’Occident regarde le corps humain sans voir son altérité constitutive. Il entend dans les revendications des LGBTQIA+ le seul désir individuel sans en comprendre les enjeux de société ni le sens profond des bouleversements qu’elles apportent.

Là encore, pour être honnête intellectuellement, il faut signaler l’endurcissement volontaire symétrique : les anti-LGBT peuvent refuser de voir l’amour réel qui existe entre deux personnes de même sexe, ou la souffrance d’une personne « en dissonance avec son genre assigné ». L’hypocrisie religieuse menace toujours, derrière l’apparente dénonciation de la ‘déviance’.

 

Quel est mon endurcissement volontaire ?

On constate donc que chaque camp accuse l’autre d’aveuglement. Les uns reprochent aux autres de ne pas voir la réalité biologique de la vie naissante ; les autres reprochent aux premiers de ne pas entendre la détresse concrète des personnes. Le danger est grand alors d’utiliser la parole de Jésus comme une arme pour disqualifier notre prochain.

Or Jésus ne nous a pas donné sa Parole pour que nous l’appliquions aux erreurs du voisin ! La Parole de Dieu est un miroir pour chacun. Elle nous demande : 

Toi, qu’est-ce que tu refuses de voir ? 

Où se situe ton endurcissement ? 

Où sont tes angles morts ? 

 

Sommes-nous capables de regarder le monde avec les yeux de la vérité, mais aussi avec les yeux de la miséricorde ? Ou préférons-nous le confort de nos jugements tout faits qui nous évitent l’effort de la rencontre ?

 

La parabole du semeur n’est pas une machine de guerre contre des opinions opposées aux miennes. Elle est une parole pour moi, pour m’interroger sur les différents terreaux dont je suis composé, et ainsi préparer la bonne terre qui est en moi à accueillir l’Évangile.

 

Seigneur Jésus,

Délivre-moi du mal de ce siècle : 

Cette illusion de tout voir qui me rend aveugle à l’essentiel, 

Ce flot de bruit qui m’empêche d’entendre ta voix.

 

Arrache mon esprit au piège des écrans et de la hâte, 

Et guéris mon cœur de l’indifférence qui le blinde. 

Fais taire en moi les certitudes faciles et les jugements tout faits.

 

Donne-moi, Seigneur, la grâce du silence et de la présence. 

Apprends-moi à regarder mon prochain pour le voir vraiment, 

Et à écouter ta Parole pour la comprendre et la laisser me transformer.

 

Fais de mon âme une bonne terre, 

Afin qu’au milieu de ce monde distrait, 

Je sache m’arrêter, t’accueillir et porter du fruit.

Amen.

 

________________________________

[1]. James Williams, Scanné : Choisir sa vie à l’ère du capitalisme de l’attention, Éditions Allia, 2019.
[2]. En 2024, le ratio en France est de 38 IVG pour 100 naissances vivantes (DREES, Études et Résultats n° 1350, septembre 2025)
[3]. 32 États africains sur 54 criminalisent l’homosexualité. La réprobation sociale est forte chez les autres États également.

 

LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
« La pluie fait germer la terre » (Is 55, 10-11)


Lecture du livre du prophète Isaïe
Ainsi parle le Seigneur : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »


PSAUME
(Ps 64 (65), 10abcd, 10e-11, 12-13, 14)
R/ Tu visites la terre et tu l’abreuves, Seigneur, tu bénis les semailles. (cf. Ps 64, 10a.11c)


Tu visites la terre et tu l’abreuves,
tu la combles de richesses ;
les ruisseaux de Dieu regorgent d’eau,
tu prépares les moissons.


Ainsi, tu prépares la terre,
tu arroses les sillons ;
tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies,
tu bénis les semailles.


Tu couronnes une année de bienfaits,
sur ton passage, ruisselle l’abondance.
Au désert, les pâturages ruissellent,
les collines débordent d’allégresse.


Les herbages se parent de troupeaux
et les plaines se couvrent de blé.
Tout exulte et chante !


DEUXIÈME LECTURE
« La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8, 18-23)


Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, j’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. En effet la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps.


ÉVANGILE
« Le semeur sortit pour semer » (Mt 13, 1-23)
Alléluia. Alléluia. La semence est la parole de Dieu ; le semeur est le Christ ; celui qui le trouve demeure pour toujours. Alléluia.


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer. Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde. Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là. À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai. Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.

Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »
Patrick BRAUD

 

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