L'homélie du dimanche (prochain)

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22 février 2026

Transfiguration : le secret messianique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Transfiguration : le secret messianique

 

Homélie pour le 2° Dimanche de Carême / Année A
01/03/26

Cf. également :

En descendant de la montagne…
Abraham, comme un caillou dans l’eau
Transfiguration : le phare dans la nuit
Transfiguration : la métamorphose anti-kafkaïenne
Leikh leikha : Va vers toi !
Dressons trois tentes…
La vraie beauté d’un être humain
Visage exposé, à l’écart, en hauteur
Figurez-vous la figure des figures
Bénir en tout temps en tout lieu

 

1. Le secret messianique

Le plus souvent, les amoureux sont intarissables ! Ils (elles) saoulent leurs amis en décrivant sous tous les angles le ravissement qu’opère cet état sur eux, en parlant sans cesse de l’être aimé… La Transfiguration sur la montagne (Mt 17,1-9) a quelque chose d’un coup de foudre pour Pierre, Jacques et Jean : la splendeur, la beauté, la gloire du visage Cahiers Evangile - numéro 196 Le secret messianique dans l'évangile de Marc. Quel rôle a-t-il danstransfiguré les subjugue, les inonde de bonheur. Ils n’ont qu’une envie : en parler à tous les autres, qui n’étaient pas la ! Et voilà que Jésus leur impose de tenir leur langue, et leur donne un ordre énigmatique : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts ».

 

C’est un motif récurrent dans les Évangiles – surtout chez Marc – qu’un exégète allemand a étudié de près il y a plus d’un siècle (Wilhem Wrede en 1901). Il a forgé le concept de « secret messianique » pour cette contradiction apparente : Jésus révèle son identité de Messie et en même temps ordonne le silence à ceux qui pourraient le proclamer. 

Le secret messianique doit être tenu jusqu’à la résurrection de Jésus. Est-ce à dire il n’est plus désormais d’actualité ? Pouvons-nous crier : Jésus est le Messie à voix haute, à n’importe qui, n’importe quand, n’importe comment ? Ou faut-il continuer à pratiquer ce secret adapté à notre temps ?

 

2. Les raisons de faire d’abord silence sur notre foi

 

a) Transfiguration : lier la gloire et la croix

Icône de la Transfiguration de JésusPour Marc et Matthieu, le silence s’impose jusqu’à la résurrection de Jésus : « En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : “Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.” » (Mt 17,9). Luc attribue le silence à la seule initiative des trois témoins, comme s’ils pressentaient en eux-mêmes que le temps n’était pas venu d’en parler : « Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu » (Lc 9,36)

La portée du secret messianique du temps de Jésus est donc claire : on ne comprend rien à son identité de Messie tant qu’il n’a pas été crucifié, tant qu’il n’a pas vécu son exode hors de ce monde grâce à la résurrection prodiguée par son Père. Sans cet éclairage pascal, le danger est grand de réduire sa messianité à une révolution politique, un coup d’État militaire, un enseignement rabbinique ou une libération par les armes.

 

La gloire et la croix sont inséparables : seule la croix dévoile la vraie beauté de l’homme, seule la gloire permet de regarder la croix en face, sans désespérer.

 

On peut objecter : c’était vrai du temps historique où Jésus marchait sur les chemins de Judée. Mais maintenant, Pâques a eu lieu. Pourquoi se taire ?

Pourquoi ? Parce que tant que Pâques n’a pas eu lieu pour moi, je risque de mal interpréter la messianité de Jésus. Tant que j’observe Jésus de l’extérieur, sans le suivre sur son chemin, je projette sur lui mes rêves de gloire, de puissance, de succès, et j’appellerai Messie ces déguisements dont je l’affuble. Tant que je ne me suis pas engagé corps et âme dans mon propre exode pascal, tout ce que je pourrais dire de lui serait au mieux un commentaire, au pire une formule toute faite.

La Transfiguration m’invite à me taire tant que je ne suis pas passé par ma Passion, tant que je ne marche pas sur les routes de mon exode personnel. Et comme seule notre mort physique accomplira ce passage en plénitude, on devine la réserve prudente qui est celle des chrétiens désireux de parler de ce n’est pas encore pleinement là.

La Transfiguration lie la gloire et la croix, pour Jésus comme pour moi.

 

b) Face aux démons : lier le savoir et l’amour

Transfiguration : le secret messianique dans Communauté spirituelleDans les Évangiles, Jésus impose le silence aux démons : « “Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu.” Jésus l’interpella vivement : “Tais-toi ! Sors de cet homme.” » (Mc 1,24–25). Ici, le secret messianique n’est pas lié à Pâques. 

Il s’agit pour Jésus de dénoncer le savoir démoniaque : « Je sais qui tu es ». Car ce savoir n’est pas au service de l’amour.

Piste précieuse : celui qui sait, s’il n’aime pas, qu’il se taise !

 

Vous pouvez savoir beaucoup de choses par exemple sur votre collègue de travail. Si vous nous voulez pas le servir, avec amour, mieux vaut vous taire que de lui dire ses quatre vérités ; et c’est vrai de votre conjoint, de vos enfants, de vos amis… Attendez de l’aimer avant de parler !

 

c) Guérison : la foi n’est ni magique, ni intéressée

guérison de la fille de JaïreLe secret messianique est également imposé par Jésus après des guérisons spectaculaires : un lépreux (Mc 1,43–45), la fille de Jaïre (Mc 5,43), un sourd-muet (Mc 7,36). À chaque fois, Jésus intime cet ordre : « Il leur recommanda de le dire à personne »

Ici, le silence permet de ne pas confondre foi et magie. 

Si vous venez à Jésus pour être guéri, c’est que vous aimez la guérison plus que Jésus. Or la foi chrétienne est gratuite, désintéressée : le Christ ne guérit pas pour engorger les urgences de son Église, mais pour aider à croire en lui. Parler trop vite après de tels signes nous fait courir le danger d’une foi triomphaliste qui voudrait s’imposer à tous par la magie de ses démonstrations de force. Loin de la vantardise de certains évangélistes américains ou africains qui étalent leurs soi-disant miracles sur les réseaux sociaux ou sous les chapiteaux ambulants, la retenue messianique nous oblige à une certaine discrétion, pédagogique pour éduquer au discernement entre foi et magie, spirituelle pour initier à la gratuité et au désintéressement.

 

d) Pierre : la foi est fragile, tant qu’elle n’est pas pascale

Accordons une mention spéciale au secret messianique imposé à Pierre et aux Douze, lors de la confession de foi de Pierre à Césarée : « Pierre, prenant la parole, lui dit : “Tu es le Christ.” Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne » (Mc 8,29-30).

ob_f5962f_738-le-reniement-de-saint-pierre-rober dans Communauté spirituelleS’il est un vantard qui parle trop vite, c’est bien Pierre ! Il jure qu’il suivra le Christ quoiqu’il arrive, et il le reniera juste après devant une servante dans la cour du Grand Prêtre. Il veut dresser trois tentes sur la montagne comme si la Transfiguration était un point d’orgue final, alors qu’il faut descendre et passer par la croix. Il proclame que Jésus est le Messie mais il sort son épée pour le défendre des gardes au jardin de Gethsémani. Plus tard, après Pâques, il proclamera la libération des rites religieux de Moïse, mais il aura peur et honte de s’asseoir à la table des incirconcis…

Bref : l’impétueux Pierre est touchant de naïveté lorsqu’il proclame sa foi messianique ! Il ne sait pas ce qu’il dit, mais il le dit de bon cœur. 

De quoi nous inviter nous-mêmes à tourner sept fois notre langue dans notre bouche avant de parler du Christ, en sachant bien que ce mystère nous dépasse de toutes parts !

 

3. Le secret est le vitrail de notre foi

Dieu ne se révèle qu’à ceux qui consentent à être transformés. Le Christ ne peut être reconnu qu’en renonçant à nos attentes projectives. La vraie confession du Christ passe par l’épreuve, le dépouillement, la croix.

route_du_vitrail_aube-08-769x1024Finalement, il en est du secret messianique comme d’un vitrail. Quand vous passez le long d’une église, à l’extérieur, vous ne voyez que des lignes de plomb et quelques vagues silhouettes grossières dans du verre. Mais si vous passez à l’intérieur par jour de grand soleil, vous découvrez émerveillés que ces puzzles énigmatiques à l’extérieur deviennent à l’intérieur des joyaux d’art et de lumière. 

La croix est laide et absurde pour les juifs, les musulmans ou les athées. Elle brille de mille  feux pour les chrétiens qui sont passés à l’intérieur. À quoi sert de parler de la beauté du vitrail à quelqu’un tant qu’il n’a pas passé la porte de l’église ? Comment décrire ce qui d’abord s’expérimente ? 

Le secret messianique est le vitrail de notre foi. Il ne se dévoile qu’en Christ ressuscité, et demande beaucoup de silence avant qu’une parole naisse de cette rencontre.

 

Concrètement, le respect du secret messianique pourrait nous inviter à quelques attitudes spirituelles – certes à contre-courant en ces temps du christianisme minoritaire et identitaire – empruntes de sagesse :

 

1. Renoncer à l’évidence religieuse

Respecter le secret messianique, aujourd’hui, c’est accepter que le Christ ne s’impose pas dans l’espace public, ne soit pas spontanément reconnu, puisse être ignoré, mal compris ou réduit à une opinion parmi d’autres.

Cela implique pour les chrétiens de renoncer à la nostalgie d’une chrétienté régissant toute la vie sociale, d’accepter que le nom de Jésus ne fasse pas autorité par lui-même, d’habiter une condition minoritaire discrète.

Comme Jésus en Galilée, le chrétien vit dans un monde qui ne sait pas qui il est en train de croiser.

 

2. Refuser le prosélytisme tapageur (mais non le témoignage)

Le secret messianique n’est pas le mutisme, mais le refus de la publicité prématurée.

online.pele-mele.be_2024-02-02_15:45:15Concrètement, il nous demande de ne pas instrumentaliser la foi comme un slogan identitaire, de ne pas confondre évangélisation et conquête, de ne pas plaquer des mots spirituels sur des situations qui ne les demandent pas.

Jésus agit avant d’être nommé.

L’annonce missionnaire passe d’abord par des actes lisibles, avant des discours explicites.

 

Il ne s’agit pas pour autant d’enfouir notre trésor jusqu’à disparaître. Car une Église totalement invisible cesserait d’être signe ! Le secret messianique n’autorise pas l’effacement par peur, la dilution par conformisme, le silence par fatigue. Il appelle une visibilité qualitative, des lieux lisibles de foi (paroisses, communautés, œuvres), des paroles claires quand l’heure est venue (le kérygme).

Il y a ainsi une tension irréductible à tenir pour notre Église : trop de visibilité confond le Christ avec le pouvoir sur la société (cf. la « chrétienté » d’autrefois) ; trop peu de visibilité rend le Christ indétectable.

Le secret messianique n’est pas un point d’équilibre confortable, mais une ligne de crête entre ces deux excès. Il retire à l’Église le droit de se rendre visible autrement que comme le Christ lui-même : humble, vulnérable, situé, offert mais non imposé.

 

3. Accepter d’être incompris — voire contredit

Le secret messianique protège de la tentation de la justification permanente.

Pour un chrétien aujourd’hui, c’est par exemple accepter que certains gestes inspirés par l’Évangile soient interprétés comme de simples choix humanistes ; ne pas chercher à « récupérer » toute bonne action au profit du discours chrétien ; consentir à une forme d’anonymat spirituel etc. « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » (Mt 6,3)

Le Christ agit souvent sans signature apparente, et laisse ses interlocuteurs repartir librement sans jamais les revoir…

 

4. Ne pas séparer la foi de la croix

Dans une culture qui valorise la réussite, la force, la performance, la visibilité, respecter le secret messianique, c’est refuser un christianisme glorieux sans vulnérabilité.

Cela implique de ne pas masquer ses fragilités derrière un discours religieux ; d’accepter que la foi passe par le doute, le silence, la nuit ; de reconnaître que le Christ se donne à voir dans l’épreuve autant que dans le succès.

En France aujourd’hui, le christianisme est crédible quand il accepte de perdre.

 

5. Témoigner « à couvert » : une présence plus qu’un affichage

Dans la vie ordinaire (travail, voisinage, famille), le2662502 chrétien n’est pas appelé à se déclarer comme tel en permanence, mais à être reconnaissable sans se nommer, à laisser surgir la question plutôt que de l’imposer : « Qui es-tu pour vivre ainsi ? »

Lorsque la question vient, la parole peut être donnée, comme une réponse, non comme revendication. C’est une parole seconde, non envahissante.

En paroisse, respecter le secret messianique, c’est accueillir sans immédiatement « récupérer », ne pas faire de l’accueil un sas d’adhésion, laisser chacun venir à son rythme, avec ses zones d’ombre et ses ambiguïtés.

Une paroisse fidèle au secret messianique ne demande pas trop vite : « d’où viens-tu, qu’as-tu fait ? ». Elle accepte des présences intermittentes, ne confond pas ferveur et visibilité, ne force personne, mais accompagne ceux qui le veulent.

Le secret demande encore de renoncer à une liturgie trop « explicative ». Les Pères de l’Église célébraient d’abord, et commentaient ensuite (c’est la catéchèse « mystagogique » = à partir des mystères et non avant). La tentation contemporaine est de tout rendre transparent, pédagogique, justifiable. Le secret messianique invite à laisser à la liturgie sa part d’étrangeté, à respecter le silence, à accepter que tout ne soit pas compris immédiatement.

De même pour notre parole ecclésiale, qui doit devenir plus lente. Dans une société saturée de prises de position, parler moins, mais à bon escient, avec gravité et retenue, est une hygiène spirituelle !

 

6. Attendre l’heure de Dieu

Le secret messianique enseigne une temporalité juste. Tout ne se dit pas à tout le monde, tout de suite, de la même manière.

Pour les chrétiens aujourd’hui il est vital de discerner quand parler et quand se taire, respecter le chemin intérieur de l’autre, faire confiance au travail caché de l’Esprit.

La foi n’est pas un objet à transmettre, mais une naissance à accompagner.

 

Respecter le secret messianique aujourd’hui, c’est vivre de telle manière que le Christ soit présent sans être exhibé, actif sans être revendiqué, reconnaissable seulement à ceux qui consentent à regarder autrement.

Le chrétien n’a pas à imposer le Christ, mais à en témoigner

Le reste vient — ou ne vient pas.

 

Alors, interrogez-vous : comment garder ce secret sans déserter le témoignage ?…

 

 

LECTURES DE LA MESSE 

 

PREMIÈRE LECTURE
Vocation d’Abraham, père du peuple de Dieu (Gn 12, 1-4a)

 

Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth s’en alla avec lui.

 

PSAUME
(Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22)
R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous, comme notre espoir est en toi !
 (Ps 32, 22)

 

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

 

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

 

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

 

DEUXIÈME LECTURE
Dieu nous appelle et nous éclaire (2 Tm 1, 8b-10)

 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Fils bien-aimé, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. Car Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile.

 

ÉVANGILE
« Son visage devint brillant comme le soleil » (Mt 17, 1-9)
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur.
De la nuée lumineuse, la voix du Père a retenti : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »
Patrick BRAUD

18 février 2026

Deux arbres, trois tentations

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 20 h 00 min

Deux arbres, trois tentations

 

Homélie pour le 1° dimanche du Carême / Année A
22/02/26

Cf. également : 

Trois histoires pour avoir faim d’autre chose
Carême : le détox spirituel
Ne vous habituez pas à vivre dans le mensonge
Poussés par l’Esprit
Un méridien décide de la vérité ?
L’île de la tentation
Ne nous laisse pas entrer en tentation
L’homme ne vit pas seulement de pain
Nous ne sommes pas une religion du livre, mais du Verbe
Et plus si affinité…

 

1. Le jardin et le désert

Deux arbres, trois tentations dans Communauté spirituelle 2-the_garden_of_earthly_delights_by_bosch_high_resolution-3 Adam dans Communauté spirituelleLa liturgie de ce premier dimanche de carême nous donne à lire deux textes comme en miroir l’un de l’autre : la tentation d’Adam et Ève (Gn 2,7-9;3,1–7) et les tentations de Jésus (Mt 4,1–11).

La première tentation se situe dans le jardin mythique de la Genèse du monde. Les secondes se déroulent au désert, sans doute près de la Mer Morte. Comme s’il fallait une cure de détox après l’indigestion du paradis perdu…

La tradition chrétienne a très tôt lu ces deux récits ensemble : ce que l’homme perd dans le jardin, le Christ le reconquiert dans le désert.

Notre deuxième lecture (Rm 5,12–19) établit d’ailleurs le parallèle antithétique entre Adam et Jésus.

 

Le jardin imaginaire du début est un domaine d’abondance ; le désert de Jésus est le lieu du manque.
En Adam et Ève se défait humanité naissante ; en Jésus se manifeste l’humanité récapitulée.
La séduction douce du serpent se mue en défi frontal. La désobéissance des enfants est rachetée dans l’obéissance du Fils.

 

Ce rapprochement entre les deux récits peut s’établir à partir des trois qualités que le fruit (il n’est pas une pomme !) revêt aux yeux d’Ève : « La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence » (Gn 3,6).

Les trois traits correspondent précisément aux trois tentations de Jésus. Voyons comment.

 

2. Le fruit et le fils

Reprenons chacune des qualités apparentes du fruit défendu :

 

– savoureux

 désertAujourd’hui encore, ce qui est interdit brille de mille feux dans le regard de celui qui convoite et veut s’approprier ce qu’il y a de mieux. La cocaïne a beau être illicite, le protoxyde d’azote a beau être nocif, les drogués ne résistent pas à consommer ce qu’on leur a interdit ! La convoitise force Adam et Ève à prendre au lieu de recevoir, à cueillir ce fruit au lieu de recueillir les fruits donnés, à s’approprier au lieu de s’abandonner. Se nourrir devient alors vouloir être autonome, absolument, c’est-à-dire en se coupant de toute relation avec le donateur.


Satan propose le même marché à Jésus : prendre au lieu de recevoir. 
« Le tentateur s’approcha et lui dit : “Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.” » (Mt 4,3). Or Jésus reçoit sa nourriture de son Père : il refuse de se la donner à lui-même. « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de parole sort de la bouche de Dieu ».

 

agréable à regarder

Pulsion ScopiqueLe fruit est beau, il séduit le regard, il éveille un désir de possession. Mettre la main sur ce  fruit fait flamber le désir de possession, pour s’emparer de tout. Lacan parlait de la « pulsion scopique » par laquelle l’œil nous plonge dans le désir de posséder et de détruire en consommant.


Satan propose Jésus de céder lui aussi à ce désir : 
« Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : “Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi.” » (Mt 4,8-9). Mais, là où Adam et Ève veulent tenir le monde dans leurs mains, Jésus désire servir : « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et lui seul ». Il accepte de ne pas être la source : « Ce n’est pas de ma propre initiative que j’ai parlé : le Père lui-même, qui m’a envoyé, m’a donné son commandement sur ce que je dois dire et déclarer ; et je sais que son commandement est vie éternelle. Donc, ce que je déclare, je le déclare comme le Père me l’a dit » (Jn 12,49-50).

 

– désirable, pour acquérir la connaissance du bien et du mal

250px-Jacob_Meydenbach02 fruitC’est finalement la tentation ultime : se donner à soi-même sa propre norme (auto-nomie), définir le bien et le mal par soi-même sans relation avec quiconque. Adam et Ève veulent une autonomie absolue, coupée de sa source, coupée de la responsabilité vis-à-vis d’autrui. Définir tout seul ce qui est bien, ce qui est mal, conduit à tous les relativismes dont nous sommes témoins en ce siècle. Que ce soit pour l’IVG ou l’euthanasie, l’Europe proclame qu’il n’y a pas de loi suprême ; chaque pays et chaque citoyen peut décider de ce qu’est la vie ou la mort.

Dans cette logique d’autonomie, Poutine envahissant l’Ukraine déclare qu’il poursuit le bien de la Sainte Russie. La Chine envahissant bientôt Taiwan dira que c’est pour le bien du peuple. Le Hamas organise le pogrom du 17 octobre pour le bien de la communauté musulmane ; Israël réplique pour le bien de la population juive. Et en capturant Maduro à Caracas Trump dit agir  au nom du bien des Américains…

 

Après trois siècles de guerres ininterrompues (des guerres napoléoniennes aux guerres de décolonisation), l’Europe a voulu remplacer le Bien par le Droit, pour essayer de garantir la paix : droit international, ONU, tribunal international de La Haye, réglementation en tous genres etc. Depuis l’annexion de la Crimée par Poutine en 2014 (mais il y avait déjà eu l’Afghanistan, la Tchétchénie et la Géorgie auparavant), la force a remplacé le droit. Les puissants ne reconnaissent plus aucune norme, à part leurs intérêts. Le Bien avait été effacé par le Droit ; les deux sont maintenant ensevelis sous la force.

 

« Tu ne mettras pas le Seigneur à l’épreuve » : en refusant de se jeter en bas du Temple pour prouver sa divinité, Jésus manifeste sa filiation. Il se reçoit d’un Autre, sans cesse, et le laisse se manifester à travers lui. Il ne décide pas par lui-même de ce qui est bien ou mal : il accueille ce discernement spirituel dans la relation à son Père, ce qui passe par la prière, les Écritures, le silence, l’échange avec ses disciples et les gens rencontrés sur la route (cf. les miettes de la libanaise ! Mt 15,21-28). Il n’instrumentalise pas son identité de Fils de Dieu pour s’imposer : il habite sa filiation divine et se laisse conduire par elle. Il nous invite à aimer le donateur plus que le don, et ainsi à rester à l’écart de toute séduction de puissance.

 

3. Notre fruit défendu

Le parallélisme voulu entre Gn 2 Mt 4 nous montre Jésus dénouant patiemment la désobéissance d’Adam et Ève, en faisant le chemin inverse : du jardin au désert, de la consommation (« savoureux ») au manque, de la convoitise qui prend (« agréable à regarder ») à l’accueil qui reçoit, de l’autonomie sans relation (« connaître le bien et le mal ») à la filiation dans l’amour.

 GneèseAdam et Ève ont voulu vivre sans recevoir ; Jésus accepte de recevoir sans prendre. 

Ils ont voulu être comme des dieux, à la force du poignet ; il nous montre ce que signifie être enfant de Dieu, par grâce et non par mérite.

Tel le pêcheur démêlant une à une les boucles de son filet emmêlé, Jésus dénoue par l’obéissance à son Père ce que la désobéissance d’Adam et Ève avait inexplicablement ligoté.

Paul a raison de s’émerveiller : « Il n’en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ ». Et il ajoute : « par l’obéissance d’un seul, la multitude sera rendue juste ».

 

En écho au fruit de la Genèse, la première tentation du pain nous interroge : de quoi vis-tu ?

La deuxième nous dévoile : qui sers-tu ?

La troisième nous décentre : à qui fais-tu confiance ?

Laquelle de ces trois questions allez-vous ruminer cette semaine pour commencer le carême ?

 

 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
Création et péché de nos premiers parents (Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a)

Lecture du livre de la Genèse
Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Or le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’ » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus.

PSAUME
(Ps 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17)
R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché ! (cf. Ps 50, 3)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

DEUXIÈME LECTURE
« Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 12-19)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché.
Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde, mais le péché ne peut être imputé à personne tant qu’il n’y a pas de loi. Pourtant, depuis Adam jusqu’à Moïse, la mort a établi son règne, même sur ceux qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam. Or, Adam préfigure celui qui devait venir. Mais il n’en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ.
Le don de Dieu et les conséquences du péché d’un seul n’ont pas la même mesure non plus : d’une part, en effet, pour la faute d’un seul, le jugement a conduit à la condamnation ; d’autre part, pour une multitude de fautes, le don gratuit de Dieu conduit à la justification. Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes.
Bref, de même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation, de même l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie. En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste.

ÉVANGILE
Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté (Mt 4, 1-11)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable.
Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.
Patrick Braud

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15 février 2026

Cendres : faites votre choix

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Cendres : faites votre choix

Homélie pour le Mercredi des Cendres / Année A
18/02/26

Choisissez parmi les homélies précédentes :

Cendres : faites votre choix dans Communauté spirituelle careme4La radieuse tristesse du Carême
Cendres : « Revenez à moi ! »
Cendres : une conversion en 3D
Cendres : soyons des justes illucides
Mercredi des Cendres : le lien aumône-prière-jeûne
Déchirez vos cœurs et non vos vêtements
Mercredi des cendres : de Grenouille à l’Apocalypse, un parfum d’Évangile
Carême : quand le secret humanise
Mercredi des Cendres : 4 raisons de jeûner
Le symbolisme des cendres

 

 

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8 février 2026

Pas de serment, nom de Dieu !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pas de serment, nom de Dieu !

 

Homélie pour le 6° dimanche du Temps Ordinaire / Année A
15/02/26

Cf. également : 

50 nuances de oui ?
La nécessaire radicalité chrétienne
Tu dois, donc tu peux
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Accomplir, pas abolir
Qu’est-ce que « faire autorité » ? 

 

1. Le refus radical de Jésus

Pas de serment, nom de Dieu ! dans Communauté spirituelle« Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ? Levez la main droite et dites : je le jure ». Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette injonction au tribunal dans les films et séries américaines ? Il faudrait jurer pour que notre parole soit crédible…

Jésus refuse radicalement de se plier à ce genre de commandement, et il nous invite clairement dans l’Évangile à faire de même : « Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir » (Mt 5,34–36).

Pourquoi une dénonciation aussi véhémente d’une pratique qui est assez courante toutes les cultures ? Quelle importance pour nous aujourd’hui ?

 

Les arguments de Jésus sont multiples :

 

– « Que ton oui soit oui » : si ta parole quotidienne est fiable, pourquoi lui ajouter un serment ? Si quelqu’un doit jurer, mensonge+ou+ve%25CC%2581rite%25CC%2581 jurer dans Communauté spirituellec’est que sa parole ordinaire est suspecte de mensonge. Le serment est un contrefort apposé contre un mur qui penche et menace de s’écrouler. Mais c’est justement le symptôme que ce mur est malade et va tomber en ruines. Jurer, c’est supposer que la vérité a besoin d’un artifice pour tenir debout.
Clément d’Alexandrie (II°-III°) s’en fait l’écho : le chrétien doit mener une vie si pure que sa simple présence vaut garantie. « Le chrétien doit mener une vie si exemplaire qu’il n’ait jamais besoin de jurer. Sa parole doit être un serment par sa vérité constante. Il ne doit pas jurer, car il est interdit de prendre le nom de Dieu en vain » (Stromates, VII, 8). Et  Chrysostome renchérissait : « Celui qui ne ment jamais n’a pas besoin de jurer ».

 

GV6S4HZHN5BIXCLBGSMZJO7SO4 serment- Par quoi ou par qui vais-jurer ? sur la tête de ma mère ? de mes enfants ? sur la Bible ? par Vishnou, par Allah ou par Osiris ? La réponse de Jésus est cinglante : « ni par le ciel, ni par la terre, ni par Jérusalem, ni sur ta tête ». Car à chaque fois tu utiliserais quelque chose de plus grand que toi pour ton intérêt. Ce serait instrumentaliser le nom de Dieu, ou la famille, ou le sacré, pour soi-disant garantir ma parole. L’instrumentalisation du nom de Dieu est peut-être le plus grand danger du XXI° siècle. Poutine commet ses crimes de guerre au nom de la Sainte Russie, Trump bombarde les djihadistes du Nigéria le jour même de Noël pour défendre les chrétiens persécutés, pervertissant la non-violence de Bethléem dans ses calculs électoraux auprès de sa base évangélique. Boko Aram, le Hezbollah, le Hamas et Daesh continuent de piller, violer et kidnapper au nom d’Allah. La religion fait hélas son grand retour dans les conflits planétaires, sous sa forme dévoyée la plus hideuse : servir de couverture à des intérêts inavouables, à des ambitions de conquêtes sanglantes, à des rêves d’empires retrouvés… Les prédateurs de ce siècle vous jureront la main sur le cœur agir pour défendre leur Dieu et ce qu’ils ont de plus sacré. En réalité, ils se servent du nom de Dieu pour légitimer leur violence. Ils instrumentalisent le nom de Dieu pour la poursuite de leurs intérêts. Chrysostome dénonçait : « Évitez les serments. La bouche qui prononce le nom de Dieu pour jurer est comme un vase d’or qu’on emploierait à des usages vils ».

 

– Le serment sert le plus souvent de masque au mensonge.

Le reniement de Pierre - Mc 14, 53-72Plus quelqu’un jure fort, plus on peut le soupçonner de mentir. Sinon, le oui le plus simple suffirait.

Dans les Évangiles, l’exemple flagrant de ce mensonge est… celui de Pierre lui-même ! Dans la cour du grand prêtre, il se chauffe autour du brasero en essayant de suivre ce que devient Jésus arrêté et mis aux fers. Mais une servante le reconnaît. Devant le danger d’être traité comme son maître, Pierre nie avec force connaître Jésus. Et il en rajoute : « Il se mit à protester violemment et à jurer : “Je ne connais pas cet homme.” Et aussitôt un coq chanta »  (Mt 26,74).

Le seul à faire exactement le contraire du commandement du sermon sur la montagne est Pierre en personne ! Il ne se contente pas de nier, il utilise le serment comme une arme de persuasion. Plus le mensonge est gros, plus il appelle le sacré à son secours pour masquer son imposture.

Pierre avait déjà juré lors de la Cène qu’il mourrait avec Jésus (Mt 26,35). Il pensait  maîtriser sa mission, son avenir, sa fidélité. Jésus avait justement prévenu : « Ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir » (Mt 5,36), Si tu n’as aucune maîtrise sur le vieillissement et les années qui passent, pourquoi croirais-tu pouvoir contrôler ce qui va arriver demain, tes actes, ta foi, ta fidélité ?
Quel orgueil de penser que je maîtrise mon avenir absolument au point de jurer de ce qui se fera ! Au moment du reniement, Pierre perd tout contrôle. Son serment en Mt 26,74 
« vient du Mauvais ». C’est l’aveu d’une défaillance totale : il jure par Dieu pour nier le Fils de Dieu. Il maudit, profère des jurons et des imprécations pour échapper au danger. Ce n’est pas pour rien que jurer et juron sont très proches en français !

Pierre invoque le jugement de Dieu sur lui-même s’il ment, pensant que cela convaincra ses accusateurs. C’est l’exemple parfait de la manipulation du sacré que Jésus dénonçait ! Le serment est bien un masque pour le mensonge. Jurer, c’est prétendre avoir un contrôle sur le réel, une maîtrise de l’avenir que seul Dieu possède. C’est une forme d’orgueil métaphysique qui rend aveugle. Basile de Césarée (IV° siècle) fait explicitement ce lien entre le serment et la présomption humaine : « Il est absolument interdit de jurer. [...] Celui qui jure s’engage pour l’avenir, or l’avenir n’appartient qu’à Dieu seul. Comment peux-tu engager ce qui ne t’appartient pas ? » (Sur l’Esprit Saint).

 

Le reniement de Pierre est la démonstration par l’échec de la nocivité du serment. Il naît de l’escalade dans le mensonge, car Pierre commence par nier et finit par jurer et maudire. Plus sa parole est fausse, plus il utilise des formes solennelles afin de le couvrir. Le serment révèle ainsi l’impuissance de celui qui le profère. Pierre avait juré de mourir, et il ne peut même pas tenir sa résolution devant une servante. Le serment est le masque de sa fragilité en plus de son mensonge. L’injurieux Pierre a décidément juré trop vite…

 

2. L’impact historique de Mt 5,34

Dans les trois premiers siècles, l’Église primitive ainsi que les Pères de l’Église ont observé et transmis scrupuleusement cet interdit du serment. À Jérusalem, l’apôtre Jacques répète fidèlement à sa communauté la parole de Jésus : « Avant tout, mes frères, ne faites pas de serment : ne jurez ni par le ciel ni par la terre, ni d’aucune autre manière ; que votre “oui” soit un “oui”, que votre “non” soit un “non” ; ainsi vous ne tomberez pas sous le jugement »  (Jc 5,12). Il voit dans cet enseignement une règle communautaire stricte pour garantir la confiance entre les membres de la communauté : soyez vrais entre vous, et vous n’aurez plus besoin de jurer.

Cette interdiction du serment a eu ensuite un impact immense dans l’histoire de l’Église.

 

– Les Pères de l’Église l’ont reprise intégralement, jusqu’à interdire le serment devant les tribunaux ou les princes, avec tous les risques qui en découlaient à l’époque. Justin, Basile, Clément d’Alexandrie, Origène, Chrysostome etc. : tous interprétaient Mt 5,34 de façon absolue. Ils y voyaient le refus de l’idolâtrie romaine. Le serment des citoyens romains engageait en effet une soumission à l’empereur. Le serment des soldats les obligeait à une obéissance aveugle à César. Pour les chrétiens, jurer par une divinité païenne ou un homme était une forme d’apostasie.

 

– Après le virage constantinien du IV° siècle, il fallait bien que les baptisés s’engagent dans l’armée, l’administration ou la justice. L’Église a alors assoupli sa position. Augustin par exemple a théorisé que le serment n’est pas bon en soi, mais qu’il est parfois nécessaire, à cause de la fragilité humaine. Un moindre mal quelque sorte, pour excuser les baptisés qui participent aux affaires de ce monde…

 

– Le Moyen Âge a érigé le serment en ciment social. Roi, vassal, suspens, seigneur, abbé : la féodalité repose tout entière sur le serment (foi et hommage). L’Église a développé dans sa casuistique une théologie complexe pour distinguer le serment « licite » (devant un juge) du serment « vain » ou « parjure ».

 

– Bien avant la Réforme, Pierre Valdo et ses disciples (les « Pauvres de Lyon ») prônaient un retour à l’Évangile pur (XII° siècle).

Les Vaudois et les Cathares ont été persécutés en partie parce qu’ils refusaient tout serment ; ils le considéraient comme un péché mortel en s’appuyant strictement sur Matthieu 5,34. Pour l’Inquisition, ce refus de jurer était un signe de rébellion contre l’ordre social et religieux. Dans une société féodale où le serment était le seul lien juridique, leur refus était perçu comme une menace pour l’ordre public. Cela fut l’un des principaux chefs d’accusation lors de leur condamnation par l’Église catholique (Concile de Vérone, 1184).

Inspirés par John Wycliffe, les Lollards en Angleterre (XIV° siècle) critiquaient les dérives de l’Église médiévale. Ils soutenaient que le serment imposé par les tribunaux ecclésiastiques était une invention humaine contraire à la parole du Christ. La répression catholique fut sévère : plusieurs Lollards furent brûlés vifs pour hérésie. Leur refus de jurer était souvent le « test » ultime utilisé par les inquisiteurs pour les identifier.

Les Anabaptistes (XVI° siècle) sont sans doute le groupe qui a été le plus persécuté pour ce motif. Dans la Confession de Schleitheim (1527), ils codifient leur refus du serment, et prônent pour cela la séparation de l’Église et de l’État : Pour eux, le chrétien appartient au Royaume de Dieu et ne peut engager sa parole dans les structures « démoniaques » de l’État.

Conséquence : Ne pouvant prêter le serment de citoyenneté ou de fidélité au prince, ils étaient privés de droits civiques, bannis ou exécutés (noyades à Zurich, bûchers en Allemagne).

Les Doukhobors (Russie, XVIII°-XIX°) étaient un groupe de paysans russes dissidents (les « Lutteurs de l’Esprit ») poussant l’exégèse de Mt 5,34 à son extrême. Ils refusaient de jurer fidélité au Tsar et de porter les armes. Persécutés par l’Église orthodoxe et le pouvoir tsariste, ils ont fini par émigrer massivement au Canada à la fin du XIX° siècle, soutenus financièrement par l’écrivain Léon Tolstoï, lui-même fervent défenseur de la non-violence et de l’interdiction du serment.

 Tolstoï

Prêtre jureur

Les Quakers, Mennonites et autres mouvements protestants radicaux ont, pendant des siècles, refusé de prêter serment en justice, se basant précisément sur ces textes. Ils préféraient subir des peines plutôt que de désobéir à cet ordre du Christ. Sous la pression de ces groupes, l’Angleterre a fini par voter l’Affirmation Act (1696), permettant aux Quakers de substituer une « affirmation solennelle » au serment religieux. C’est une étape cruciale vers la liberté de conscience moderne. À tel point qu’ils ont même obtenu aux USA qu’un président nouvellement élu ne prête pas serment sur la Bible s’il le voulait, mais prononce seulement une « affirmation solennelle ». Un seul président – Franklin Pierce, 14° président des États-Unis – a usé de ce droit (1853) en utilisant le terme « affirm » au lieu de « swear » (jurer). Herbert Hoover (1929) et Richard Nixon (1969 et 1973), tous deux Quakers, auraient pu y recourir, mais la raison d’État a prévalu…
En France, on se souvient que les prêtres « jureurs » faisaient allégeance à la Constitution civile du clergé de 1790, alors que les « réfractaires » voulaient garder leur liberté, et le payèrent le plus souvent de leur vie (déportation, noyade, prison, guillotine…). La question rejaillit actuellement en Chine avec le « clergé patriotique » que le régime communiste de Pékin veut maintenir à sa botte en lui faisant jurer fidélité au régime…

 

On le voit : historiquement, le refus du serment au nom de l’Évangile n’était pas une simple querelle théologique : c’était un acte de dissidence politique.

C’est devenu l’un des fondements de la « Liberté de conscience ». En plaçant la parole du Christ au-dessus des lois de l’État, ces croyants ont forcé les sociétés modernes à inventer des solutions comme l’affirmation solennelle.

UNE-Objection-de-Conscience-3L’exégèse de Mt 5,34 pose un principe de hiérarchie des normes. En refusant de jurer, le chrétien affirme qu’il existe une autorité supérieure à celle de l’État : celle de Dieu et de sa propre conscience. Dire « Je ne peux pas jurer » revient à dire « Ma parole ne m’appartient pas, elle appartient à la Vérité ». Un véritable acte de dissidence ! C’est le moment où une personne refuse d’être un simple rouage de la machine sociale pour rester un sujet responsable devant sa propre foi. C’est une des sources de l’émergence de la notion d’individu dans le droit occidental.

Historiquement, le premier grand domaine d’application de cette objection de conscience fut le service militaire. En effet, dans l’Antiquité et sous l’Ancien Régime, l’incorporation dans l’armée exigeait un serment d’allégeance au souverain. En s’appuyant sur l’interdiction du serment (Mt 5) et celle de tuer (Mt 5,21), les groupes radicaux (Anabaptistes, Quakers, Mennonites etc.) ont soutenu qu’ils ne pouvaient pas être soldats, car ils ne pouvaient pas jurer obéissance aveugle à un homme.

L’objection de conscience est née ici : c’est le refus d’un ordre légal au nom d’une loi morale jugée supérieure.

C’est le droit de ne pas trahir ses convictions, que ce soit à propos de l’IVG, de l’euthanasie ou du maniement des armes…

 

3. Tolstoï : le serment comme abdication de la conscience

Pour Léon Tolstoï, l’interdiction du serment en Mt5, 34 n’est pas une simple recommandation morale, c’est la clé de voûte de sa philosophie politique et spirituelle. Il développe cette thèse principalement dans son essai majeur : Le Royaume de Dieu est en vous (1893).

Voici les points saillants de sa thèse, structurés par ses arguments principaux.

 

Le serment comme « abdication de la conscience »

61srwTPbW5L._SL1280_Pour Tolstoï, le serment est l’outil par lequel l’individu renonce à son libre arbitre et à sa responsabilité devant Dieu pour devenir l’instrument d’un autre homme (le souverain, le général, le juge). Pour lui, le serment, c’est l’engagement de faire ce que des hommes nous ordonneront de faire. Or, le chrétien ne peut s’engager d’avance à obéir à des hommes, car il ne doit obéir qu’à la volonté de Dieu.

En jurant, l’homme se lie les mains : s’il jure obéissance à l’État, il se met dans l’impossibilité de dire « non » si l’État lui ordonne de tuer.

 

Le moteur de la violence étatique et militaire

Tolstoï identifie le serment militaire comme la source du malheur des peuples. Sans le serment, les armées s’effondreraient car chaque soldat resterait juge de ses actes.

« Le serment est le moyen par lequel les gouvernements s’assurent de la docilité des peuples. [...] C’est par le serment que l’on transforme des hommes raisonnables en machines à tuer ».

Il explique que l’obéissance chrétienne est incompatible avec le serment d’allégeance. Le chrétien doit être « maître de sa parole » à chaque instant pour pouvoir rester fidèle à la charité.

 

La déconstruction de la « casuistique » religieuse

Tolstoï est très sévère envers les Églises institutionnelles qui ont, selon lui, trahi l’enseignement du Christ en justifiant le serment devant les tribunaux ou pour l’armée.

« On a interprété les paroles claires du Christ de telle sorte qu’elles ne signifient plus rien. On a dit que Jésus interdisait seulement les serments vains, mais qu’il permettait les serments utiles à l’État. C’est une tromperie consciente ».

Pour lui, ajouter des conditions à l’ordre de Jésus (« ne jurez pas du tout ») est une perversion qui permet de maintenir l’oppression sociale sous un vernis de piété.

Le lien entre vérité du langage et liberté

Tolstoï rejoint l’exégèse de la « parole nue ». Si l’homme ne jure pas, il est obligé d’être vrai. S’il jure, il crée une « vérité d’exception » qui autorise le mensonge dans la vie courante.

« Si la parole de l’homme est toujours son « Oui » et son « Non », il n’y a plus de place pour la violence. La violence a besoin du mensonge, et le mensonge a besoin du serment pour se faire passer pour la vérité ».

 

L’ordre du Christ  « Ne jurez pas du tout » est donc un impératif absolu. Celui qui jure transfère sa responsabilité à un chef. L’État peut alors exiger des crimes (guerres) au nom du serment prêté.

Le refus individuel de jurer brise la chaîne de la violence.

La thèse de Tolstoï débouche sur ce qu’on appelle l’anarchisme chrétien. Il pense que si chaque individu suivait strictement Mt 5,34, les structures de domination (tribunaux, armées, gouvernements) s’écrouleraient d’elles-mêmes, faute de sujets ayant abdiqué leur conscience par le serment.

C’est cette pensée qui a profondément influencé Gandhi dans sa stratégie de non-violence et de désobéissance civile.

 

Conclusion

Petit verset donc que ce Mt 5,34, mais grands effets !

Il résonne comme un appel personnel à être vrai, sans instrumentaliser le sacré, sans prétendre tout maîtriser, en donnant sa confiance à Dieu plutôt qu’un pouvoir humain quel qu’il soit.

Il résonne également comme un appel collectif à respecter la liberté de conscience de chacun, et pour cela à garantir l’objection de conscience, sans exiger une obéissance aveugle qui relèverait pour nous de l’idolâtrie.

Que l’Esprit du Christ nous aide à ne rien ajouter à notre oui ordinaire !

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Il n’a commandé à personne d’être impie » (Si 15, 15-20)

Lecture du livre de Ben Sira le Sage
Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir, et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher.

PSAUME
(Ps 118 (119), 1-2, 4-5, 17-18, 33-34)
R/ Heureux ceux qui marchent suivant la loi du Seigneur ! (cf. Ps 118, 1)

Heureux les hommes intègres dans leurs voies
qui marchent suivant la loi du Seigneur !
Heureux ceux qui gardent ses exigences,
ils le cherchent de tout cœur !

Toi, tu promulgues des préceptes
à observer entièrement.
Puissent mes voies s’affermir
à observer tes commandements !

Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai,
j’observerai ta parole.
Ouvre mes yeux,
que je contemple les merveilles de ta loi.

Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ;
à les garder, j’aurai ma récompense.
Montre-moi comment garder ta loi,
que je l’observe de tout cœur.

DEUXIÈME LECTURE
« La sagesse que Dieu avait prévue dès avant les siècles pour nous donner la gloire » (1 Co 2, 6-10)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, c’est bien de sagesse que nous parlons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n’est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dirigent ce monde et qui vont à leur destruction. Au contraire, ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dirigent ce monde ne l’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. Car l’Esprit scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu.

ÉVANGILE
« Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis » (Mt 5, 17-37)
Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne. Il a été dit également : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »
Patrick Braud

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