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C’est le titre d’un célèbre standard du jazz, et cela convient bien pour commencer 2022. .
Je vous souhaite l’amour avant toute chose, en famille, entre amis, au travail même (car il peut y avoir une certaine forme d’amour au travail !).
* Je ne vous souhaite pas bonne année, car qui peut savoir ce qu’est une année bonne ? Bien longtemps après, tel événement qui paraissait être une catastrophe peut se révéler être une renaissance ; tel succès apparent devient en réalité un piège ; telle réussite est tellement superficielle qu’elle disparaît bien vite dans les oubliettes de l’histoire. Je ne vous souhaite pas non plus une mauvaise année, car il n’y a pas besoin d’aller au-devant des ennuis pour progresser…
* Je ne vous souhaite pas la santé, car il y a plein de gens en bonne santé qui crèvent de manque d’amour, alors qu’il y a beaucoup de gens malades qui mesurent l’amour de leurs proches et de Dieu dans leur faiblesse même. Je ne vous souhaite pas la maladie non plus, car elle n’apporte pas automatiquement la compassion et la solidarité.
* Je ne vous souhaite pas la richesse, car elle éloigne souvent de la fraternité avec les plus démunis, et elle devient vite un petit dieu à part entière. Je ne vous souhaite pas non plus des difficultés d’argent, car elles peuvent facilement ruiner un couple, une famille, et nous rabaisser au rang d’animaux cherchant juste à survivre.
* Finalement, ces « non-vœux » ont une couleur très ignacienne.
La « sainte indifférence » ignacienneprescrit en effet de ne pas rechercher telle chose plutôt que telle autre (ce qui revient en fait à instrumentaliser Dieu au lieu de l’aimer), mais d’accueillir ce qui arrive pour y discerner ce qui conduit à notre épanouissement ultime.
Ignace de Loyola écrivait (en 1548) :
« Nous devons nous comporter sans faire de différence entre toutes les choses créées, en sorte que, pour ce qui est de nous, nous ne cherchions pas la santé plus que la maladie, ni ne préférions la richesse à la pauvreté, l’honneur au mépris, une vie longue à une vie brève. Mais, de toutes ces choses, il convient de choisir et de désirer celles-là seulement qui conduisent à la fin (= au but ultime). »
Comme la « fin » de toute chose, c’est l’amour,I wish you love…
Vous est-il déjà arrivé de vous réveiller la nuit en plein milieu d’un rêve, et de vous dire : « il faudrait que je note ce que j’ai rêvé » ? Vous avez là l’intuition que quelque chose de vrai et de profond se joue pour vous dans les méandres de votre inconscient. Entraînez-vous à écrire à la volée les bribes de vos imaginaires nocturnes. Vous verrez qu’avec un peu d’entraînement, vous y arriverez de mieux en mieux. Les histoires – même les plus délirantes apparemment – seront plus précises, les personnages plus identifiables, la trame du rêve plus lisible.
En ce jour de la Sainte Famille, il n’est pas iconoclaste de penser que Joseph a fait ce travail sur lui-même. Par trois fois dans notre Évangile (Mt 2,13-15.19-23) il rêve à ce qu’il doit faire, comme il avait déjà rêvé au moment de prendre Marie chez lui (Mt 1,20). Il a interprété ses rêves comme des messages divins, et c’est pourquoi Matthieu les appelle des songes, ὄναρ(onar) en grec, de qui vient le français onirique, évoquant tout un monde intérieur.
Le songe biblique est un rêve où l’éveillé pourra lire une parole de Dieu. La Genèse l’appelle également « vision nocturne », comme celle faite à Jacob-Israël pour l’inviter lui aussi à descendre en Égypte : « Dieu parla à Israël dans une vision nocturne. Il dit : “Jacob ! Jacob !” Il répondit : “Me voici.” Dieu reprit : “Je suis Dieu, le Dieu de ton père. Ne crains pas de descendre en Égypte, car là-bas je ferai de toi une grande nation. Moi, je descendrai avec toi en Égypte. Moi-même, je t’en ferai aussi remonter…” » (Gn 46,2-4).
Depuis Sigmund Freud et son « Interprétation des rêves » (DieTraumdeutung) en 1900, on sait que le rêve est un travail de l’inconscient qui, une fois la barrière du contrôle levée grâce au sommeil, rumine et digère les événements du jour, du passé, pour pouvoir les assumer. En termes psychanalytiques, rêver c’est se mettre en quête d’unification intérieure, en recombinant les instances du sujet (le Ça, le Moi et le Surmoi) de façon apaisée, afin de résoudre les conflits déchirant le Je du dormeur. C’est un itinéraire de réconciliation du sujet avec ses forces inconscientes.
L’approche freudienne ne détruit pas la dimension religieuse du texte : elle en révèle la profondeur anthropologique. Ce que Matthieu appelle « l’ange du Seigneur » pourrait être compris comme la voix du Surmoi apaisé, médiateur entre le Ça et le Moi. Les songes de Joseph deviennent alors la parabole du travail de l’inconscient, où la parole divine et la parole intérieure se rejoignent. Lire Matthieu avec Freud, c’est comprendre que la révélation peut être aussi intériorisation : Dieu parle dans le rêve parce que le rêve est le lieu où l’inconscient rejoint le spirituel, là où la Loi et le désir cessent de s’opposer et deviennent, dans le langage symbolique du songe, une même promesse de paix.
Tentons alors une interprétation de type psychanalytico-théologique des trois rêves–songes de Joseph en cet évangile de la Sainte Famille.
1. « Fuis en Égypte » : le déplacement de la peur
« Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : “Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.” » (Mt 2,13).
La menace d’Hérode est bien réelle. Dans son rêve, Joseph reconnaît avoir peur ; et il l’assume. Ce qui est signe d’acceptation du réel, sans bravade ni déni du danger. Il a le courage d’avoir peur, en quelque sorte !
Dans une lecture freudienne, Hérode pourrait incarner la figure du Père terrifiant, image du Surmoi archaïque, persécuteur des désirs interdits. Le rêve met en scène la peur d’une punition paternelle (comme dans le mythe d’Œdipe, que Freud relie à l’angoisse du fils menacé par le père).
La fuite vers l’Égypte représente un mouvement de régression : retour au « ventre maternel » symbolique, lieu d’origine, de sécurité primitive.
L’« enfant » (Jésus) peut symboliser le Moi nouveau à protéger, le produit du désir refoulé, que Joseph doit sauver du Surmoi destructeur.
Le rêve traduit la peur de la répression du désir et le besoin de le mettre à l’abri en le refoulant dans un espace protégé (Égypte = inconscient maternel).
En interprétant cette fuite comme un message divin, Joseph trouve paradoxalement le courage d’avoir peur, et de faire face à sa peur en la déplaçant, en mettant l’objet de son désir (sa famille ici) en lieu sûr.
Nous avons donc le droit nous aussi d’avoir peur.
Nous avons même le devoir de fuir parfois, de déplacer notre peur en mettant notre désir à l’abri de ce qui le menace.
Ce songe de Joseph nous invite à mettre le danger à distance, à le transformer en récit. Ce récit transforme la fuite en accomplissement de la prophétie : « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : d’Égypte, j’ai appelé mon fils ».
Déplacer ma peur implique de trouver une Égypte où je pourrai me sentir en sécurité, et continuer ainsi à nourrir le désir vrai qui m’anime. Ce refuge du Moi menacé peut être un lieu, une musique, une littérature, un voyage, un climat de prière etc. Si l’Écriture me permet de transformer ce déplacement en récit, alors c’est la trace d’un appel divin à déplacer ma peur comme mon songe m’y invite.
Æ Mais quelle est donc mon Égypte où je peux fuir pour protéger ce qui m’anime ?
2. Deuxième songe : la levée du refoulement
« Ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant sont morts ». En raison de la mort de ses persécuteurs, Joseph lève la barrière qui lui interdisait le retour au pays avec sa famille.
L’annonce de la mort d’Hérode équivaut à la disparition du Surmoi punitif : la censure se relâche. Le rêve manifeste le désir du retour à la vie consciente, à la réalisation de soi après la période de refoulement. Symboliquement, il correspond à un travail de deuil : la mort du Père archaïque libère le Moi de l’interdit qui pesait sur lui. Le retour d’Égypte devient ainsi le retour du refoulé : ce qui avait été mis à l’abri dans l’inconscient peut désormais réapparaître, transformé. Le rêve traduit ici la renaissance du Moi après la mort du Père censeur, une phase d’intégration et de maturité psychique.
Ce rêve marque la levée du refoulement : le désir de porter sa famille n’est plus soumis à l’interdit. La peur est apaisée. Le Moi renaît. Le retour d’Égypte devient la renaissance du sujet à lui-même.
Nous pouvons donc espérer – avec Joseph – que les censures et les interdits pesant sur notre désir le plus vrai finissent un jour par se lever. Le moment vient toujours de ne plus refouler l’élan vital qui est propre à chacun, et de se libérer des ordres impossibles sous lesquels nous étouffions.
Bonne nouvelle donc : Hérode est mortel, mon désir de vivre peut renaître !
Æ Mais quel est donc cet Hérode qui m’empêche de revenir « chez moi » ?
Le nommer, le décrire, ne serait-ce pas déjà le faire périr ?
3. Troisième songe : la prudence du Moi
« Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée » (Mt 2,22).
Car tout n’est pas effacé : Archélaüs, fils d’Hérode, règne encore. Le danger subsiste sous une forme atténuée. Le rêve révèle ici la maturation du Moi, qui apprend à composer avec les forces inconscientes plutôt qu’à les nier. Joseph ne fuit plus, mais s’installe ailleurs : la Galilée devient le symbole du compromis psychique où le désir peut s’exprimer sans provoquer le retour du refoulé. Il ne s’agit plus de fuir, mais de s’installer dans un équilibre entre le désir et la Loi.
Freud notait que le rêve, loin d’être pure fantaisie, est une « tentative de résolution de conflit » : ici, le Moi n’est plus dominé par la peur, mais il connaît ses limites. L’itinéraire de Joseph se clôt sur cette stabilité : non plus le conflit entre Loi et désir, mais leur équilibre harmonieux.
Le déplacement vers la Galilée illustre un compromis psychique : Freud dirait que le rêve manifeste la stabilisation du conflit : l’énergie pulsionnelle a trouvé un lieu d’expression possible sans danger.
Le rêve exprime une maturation psychique : Joseph intègre les forces inconscientes au lieu d’y obéir ou de les fuir.
La Galilée est cet espace intermédiaire entre Jérusalem et le Liban, où tout reste possible, sans risque démesuré.
Nous avons donc nous aussi – avec Joseph – à trouver de manière réaliste comment composer avec le réel sans renier notre idéal. Nous devons pour cela renoncer à notre Judée d’origine et chercher quel Nazareth pourra à la fois protéger notre désir, à l’abri des injonctions autoritaires, et le faire grandir pour le manifester à tous.
En Galilée, l’enfant de Joseph apprendra son métier d’homme, et pourra guetter en toute sécurité le moment, l’opportunité pour se manifester au monde. Cette Galilée où Joseph s’installe est le lieu de maturation psychique et spirituelle de la Sainte famille. Et comme toute maturation d’un bon cognac en fût de chêne, elle demande d’y durer, d’y séjourner, avec patience, 30 longues années… À l’ombre d’une province reculée, loin des projecteurs de la vie publique (Nazareth est à l’époque un obscur patelin), le fruit adoptif de Joseph pourra mûrir, grandir en taille et en sagesse, sous la veille prudente de son père.
Là encore, cette prudence est transformée en récit qui permet de la légitimer et de la transmettre : «Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen ».
Æ Quelle sera ma Galilée intérieure, entre Jérusalem et Liban, entre vie cachée et ministère public ?
Les autres songes du Nouveau Testament
Pour être complet, il faudrait également évoquer :
– le premier songe de Joseph (Mt 1,20) où se joue la réconciliation de la Loi et du désir
– le songe des mages (Mt 2,12) qui les fait passer du calcul (astronomique) au don (l’or, l’encens et la myrrhe), du savoir au désir, et les transforme jusqu’à les faire revenir « par un autre chemin ».
– le songe de la femme de Pilate (Mt 27,19) où se révèle la culpabilité devant l’innocent persécuté.
Nous avons ainsi les six usages du mot songe(ὄναρ= onar) dans la Bible, qui résonnent comme autant d’invitations à faire attention à nos propres rêves : ils peuvent devenir des songes, des messages divins, si nous savons comme les patriarches Jacob et Joseph les interpréter avec sagesse. Le rêve nous ramène toujours à nos désirs les plus profonds, sous le voile du symbole et de l’imaginaire nocturne.
Joseph a reçu ses rêves comme de vraies consignes qu’il a suivies pour protéger le Messie et permettre que l’Évangile nous parvienne. Nous pouvons à présent lire ses songes comme une invitation à accueillir les nôtres, qu’ils soient bons ou mauvais, à les consigner par écrit, éventuellement les partager avec nos proches. Leur donner une véritable place nous permet, à mon tour, de les envisager non pas comme des cauchemars à évacuer au plus vite mais comme des ordres de mission, nécessaires à notre survie, au moins spirituelle et mentale.
Aujourd’hui, nous découvrons avec Joseph que la vérité ne s’atteint pas en suivant la logique du pouvoir, mais en écoutant la voix de l’inconscient, c’est-à-dire la part désirante, vibrante, fragile mais vivante de l’âme humaine.
Alors, déposez un petit carnet et un stylo sur votre table de nuit. En cas de réveil en plein rêve, hâtez-vous d’écrire, de raconter, de décrire. Puis, à tête reposée le lendemain matin, demandez-vous : « qu’est-ce que Dieu pourrait vouloir me dire à travers cela ? »
LECTURES DE LA MESSE
1ère lecture : Les vertus familiales (Si 3, 2-6.12-14)
Lecture du livre de Ben Sirac le Sage
Le Seigneur glorifie le père dans ses enfants, il renforce l’autorité de la mère sur ses fils. Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes, celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor. Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants, au jour de sa prière il sera exaucé. Celui qui glorifie son père verra de longs jours, celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère. Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse, ne le chagrine pas pendant sa vie. Même si son esprit l’abandonne, sois indulgent, ne le méprise pas, toi qui es en pleine force. Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée, et elle relèvera ta maison si elle est ruinée par le péché.
Psaume : Ps 127, 1-2, 3, 4.5bc
R/ Heureux les habitants de ta maison, Seigneur !
Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ! Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! À toi, le bonheur !
Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils, autour de la table, comme des plants d’olivier.
Voilà comment sera béni l’homme qui craint le Seigneur. Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.
2ème lecture : Vivre ensemble dans le Christ (Col 3, 12-21)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens
Frères, puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés, revêtez votre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous mutuellement, et pardonnez si vous avez des reproches à vous faire. Agissez comme le Seigneur : il vous a pardonné, faites de même. Par-dessus tout cela, qu’il y ait l’amour : c’est lui qui fait l’unité dans la perfection. Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés pour former en lui un seul corps.
Vivez dans l’action de grâce. Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres avec une vraie sagesse ; par des psaumes, des hymnes et de libres louanges, chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance. Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père. Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ; dans le Seigneur, c’est ce qui convient. Et vous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle. Vous les enfants, en toutes choses écoutez vos parents ; dans le Seigneur, c’est cela qui est beau. Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ; vous risqueriez de les décourager.
Evangile : La Sainte Famille en Égypte et à Nazareth (Mt 2, 13-15.19-23)
Acclamation :Alléluia. Alléluia. Vraiment, tu es un Dieu caché, Dieu parmi les hommes, Jésus Sauveur ! Alléluia.(cf. Is 45, 15)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Après le départ des mages, l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte,où il resta jusqu’à la mort d’Hérode. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils.
Après la mort d’Hérode, l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et reviens au pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. »
Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère, et rentra au pays d’Israël.
Mais, apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth.
Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen. Patrick Braud
La joie de Noël vient de l’avenir que cette fête nous ouvre : Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Dieu !
Se laisser diviniser est depuis la Nativité la plus belle espérance qui nous soit offerte : plus que la résurrection générale attendue par les juifs, plus que le Paradis trop humain imaginé par les musulmans, seuls nous osons proclamer que nous participerons à qui est Dieu en lui-même, communion d’Amour trinitaire.
Le Psaume 82 laissait déjà entrevoir cette espérance d’une divinisation accordée à tous : « Je l’ai dit : Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous !» (Ps 82,6). Et Jésus n’a pa manqué de s’appuyer sur ce verset pour réfuter ses adversaires lors de la guérison de l’aveugle-né : « Ils lui répondirent : “Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous voulons te lapider, mais c’est pour un blasphème : tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu.” Jésus leur répliqua : “N’est-il pas écrit dans votre Loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? Elle les appelle donc des dieux, ceux à qui la parole de Dieu s’adressait, et l’Écriture ne peut pas être abolie » (Jn 10,33-35).
La divinisation de l’homme, tout l’homme, tous les hommes, est le cadeau de Noël déposé aux creux de nos mains ce soir : saurons-nous l’accueillir ?
Pour nous y encourager, relisons l’un des premiers papes, martyr en Sardaigne sous l’empereur romain Maximin Ier le Thrace :
Christ a pris notre humanité pour que nous ayons part à sa divinité.
Telle est notre foi : nous ne nous laissons pas persuader par des paroles creuses, ni entraîner par des caprices du cœur, ni fasciner par le charme de beaux discours. Mais nous acquiesçons aux paroles proférées par la puissance divine.
Ce sont les ordres que Dieu donnait au Verbe, et le Verbe les prononçait par l’intermédiaire des prophètes pour détourner l’homme de la désobéissance. Il ne le réduisait pas en esclavage par la contrainte, mais il l’appelait à choisir volontairement la liberté.
Ce Verbe, Dieu l’envoya dans les derniers temps, mais non pour que sa parole soit transmise par un prophète ; car il ne voulait pas que le Verbe se fit seulement soupçonner à travers une proclamation obscure. Il l’a envoyé se manifester en personne aux yeux des hommes, pour que le monde, en le voyant, soit sauvé.
Nous avons appris que ce Verbe a pris chair d’une vierge et qu’il a porté l’homme ancien en rénovant sa nature. Nous savons qu’il s’est fait homme, de la même pâte que nous. Car s’il n’était pas ainsi, c’est en vain qu’il nous aurait commandé de l’imiter comme notre maître. Si cet homme est d’une autre substance, comment peut-il me prescrire de faire comme lui, à moi qui suis faible par nature ? Et alors où est sa bonté, sa justice ?
Pour bien faire comprendre qu’il n’est pas différent de nous, il a voulu supporter la fatigue et connaître la faim ; il n’a pas refusé d’avoir soif, il a trouvé son repos dans le sommeil, il n’a pas refusé la souffrance, il s’est soumis à la mort et il a rendu manifeste sa résurrection. En tout cela il a offert comme prémices sa propre humanité afin que toi, dans ta souffrance, tu ne perdes pas courage, mais que, reconnaissant que tu es toi-même homme, tu attendes, toi aussi, ce que le Père a donné à cet homme-là.
Grâce à la connaissance du vrai Dieu, tu auras un corps immortel et incorruptible comme l’âme elle-même ; tu recevras en partage le Royaume des cieux parce que tu auras reconnu, tandis que tu vivais sur la terre, le Roi céleste. Tu seras le familier de Dieu et le cohéritier du Christ. Tu ne seras plus l’esclave des convoitises, des souffrances et des maladies, car tu es devenu un dieu.
Toutes les souffrances que tu as subies comme homme, Dieu te les envoyait parce que tu es un homme. Et tout ce qui appartient à Dieu, Dieu a promis de te le donner, lorsque tu auras été déifié, et engendré à l’immortalité. Voilà ce que signifie la maxime : « Connais-toi toi-même » : connais-toi en connaissant le Dieu qui t’a créé. Car se connaître appartient à l’homme appelé par Dieu, du fait qu’il est connu de lui.
Ne soyez donc pas ennemis de vous-mêmes ; n’hésitez pas à revenir en arrière. Car le Christ est Dieu, au-dessus de tout, lui qui a prescrit de laver les hommes du péché, qui a donné à l’homme ancien la perfection de l’homme nouveau ; dès le commencement, il l’a appelé son image, et par cette ressemblance il a montré sa tendresse pour toi. Si tu obéis à ses prescriptions saintes, si, en étant bon, tu imites celui qui est bon, tu deviendras semblable à lui et il te comblera d’honneur. Car Dieu n’est pas un mendiant, lui qui t’a fait dieu, toi aussi, pour sa gloire.
Hippolyte de Rome (vers 170 – 235), Réfutation de toutes les hérésies
MESSE DE LA NUIT
PREMIÈRE LECTURE « Un enfant nous est né » (Is 9, 1-6)
Lecture du livre du prophète Isaïe
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a dévorés. Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !
PSAUME
(Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc) R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : ’est le Christ, le Seigneur.(cf. Lc 2, 11)
Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !
De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !
Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.
Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
car il vient pour juger la terre.
Il jugera le monde avec justice
et les peuples selon sa vérité.
DEUXIÈME LECTURE
« La grâce de Dieu s’est manifestée pour tous les hommes » (Tt 2, 11-14)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite
Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.
ÉVANGILE
« Aujourd’hui vous est né un Sauveur » (Lc 2, 1-14)
Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie : Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ! Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » Patrick Braud
Connaissez-vous AdopteUnMec.com ? C’est une success story française depuis fin 2007. Ce site de rencontre en ligne se propose de redonner aux femmes la liberté de choisir l’homme avec qui elles veulent échanger (ou plus si affinité !). Pour cela, l’inscription des femmes est gratuite (29,90 € par mois pour les hommes !). Ce site connut un succès fulgurant, et comptait en 2015 plus de 10 millions d’abonnés (à parité égale hommes-femmes), symptôme de la difficulté de se faire adopter comme partenaire dans notre société pourtant ultra connectée…
Dans l’évangile de ce dimanche (Mt 1,18-24), c’est Dieu lui-même qui cherche à se faire adopter en la personne de Jésus, fils de Marie. Il n’a même pas besoin d’un site de rencontre pour trouver son père adoptif : Joseph, sur la base de l’engagement de ses fiançailles avec Marie, va accepter l’enfant avec sa mère, nous ouvrant ainsi la voie à une adoption spirituelle dont l’adoption physique de Nazareth était la figure.
Le meilleur site de rencontre entre Dieu et l’homme, c’est l’homme…
2. La réticence de Joseph et la nôtre
Certains textes apocryphes font de Joseph un veuf âgé, sans doute pour rendre plus crédible le fait de vivre « comme frères et sœurs » avec Marie après leur mariage. Mais cela n’explique pas pourquoi Joseph envisage la rupture de ses fiançailles : « il décida de la renvoyer en secret ». Pourquoi refuser dans un premier temps de jouer la carte de l’adoption ?
La plupart des commentateurs essaient d’expliquer la rupture des fiançailles par une infidélité supposée de Marie : si Joseph ignorait d’où venait l’enfant – sinon que ce n’était pas de lui – il pouvait logiquement en conclure que Marie avait trahi sa promesse de fiançailles, et donc qu’il lui fallait rompre avec elle.
Problème : Joseph « était un homme juste » ; et à ce titre il connaissait et appliquait la Torah. Or, que commande la Loi juive lorsqu’une jeune fille vierge fiancée à un homme couche avec un autre homme ? : « Vous les amènerez tous les deux à la porte de la ville et vous les lapiderez jusqu’à ce que mort s’ensuive » (Dt 22,23-24). Si Marie était adultère, il aurait été « juste » pour Joseph de la faire lapider. Alors que si Marie est innocente, il faut la sauver à tout prix.
Saint Jérôme concluait que la réticence de Joseph ne venait pas d’une supposée faute de Marie, mais de la grandeur du mystère qui le dépassait :
« Comment Joseph est-il déclaré juste, si l’on suppose qu’il cache la faute de son épouse ? Loin de là : c’est un témoignage en faveur de Marie. Joseph, connaissant sa chasteté, et bouleversé par ce qui arrive, cache, par son silence, l’évènement dont il [perçoit le grand] mystère » (sur Mt 1. 1, PL 26, 24).
Et saint Bernard renchérissait :
« Pourquoi Joseph voulut-il renvoyer Marie ? Prends cette interprétation, qui n’est pas la mienne mais celle des Pères : Joseph voulut la renvoyer pour la même raison qui faisait dire à Pierre : ‘Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur’ ; et au Centurion : ‘Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit’. Pierre trembla devant la puissance divine et le Centurion trembla en présence de la Majesté. Joseph fut saisi de crainte – comme il était humainement normal – devant la profondeur du mystère ; c’est pourquoi il voulait renvoyer Marie secrètement » (Homélie 2 sur le Missus est, PL 183, 68).
Aujourd’hui, en langage de coach, on dirait que Joseph souffre du syndrome de l’imposteur : il ne veut pas faire d’ombre à la paternité divine de Jésus en laissant croire aux autres que c’est lui le père de l’enfant. Les professionnels du coaching définissent ainsi ce syndrome de l’imposteur qui nous guette tous, à l’instar de Joseph, dans notre vie spirituelle :
« Mécanisme psychologique qui consiste à mettre en doute, de façon permanente ses capacités et à entraîner un profond sentiment d’illégitimité. Il combine autodénigrement, peur de l’échec et doute de soi. Lorsque des individus souffrent de ce complexe, ils font preuve d’une grande modestie car ils ont tendance à être dans le déni de leur propre valeur, s’estiment incompétents et de fait, ne s’approprient pas leurs réussites ou succès qu’ils soient d’ordre professionnel ou personnel. Ils attribuent le mérite de ces derniers, à des facteurs extérieurs tels que le hasard, la chance, les opportunités, etc. Persuadés de tromper leur entourage comme leur hiérarchie, leurs collègues, leurs amis, leur famille… sur leurs compétences/qualités et se considérant comme des imposteurs, ils mettent en place des stratégies de défense comme l’auto-sabotage, de peur d’être démasqués » [1].
Tout se passe comme si Joseph craignait de ne pas être légitime dans son rôle de père de Jésus, en se disant en lui-même : ‘Les gens vont croire que c’est moi le vrai père, et donc que Jésus n’est pas le fils de Dieu. Je risque de faire échec à la volonté de Dieu qui est de manifester son fils à Israël et au monde. Je ne serai pas à la hauteur du rôle qu’on veut me faire jouer. Je dois donc m’effacer…’ Il ne veut pas s’approprier l’œuvre du Christ en laissant croire que cela vient de lui.
Voilà bien notre réticence à nous aussi : nous avons du mal à imaginer que Dieu veut à ce point avoir besoin de nous que nous puissions l’adopter comme notre enfant. Nous nous persuadons ne pas être à la hauteur d’une telle demande : appeler Dieu « mon enfant » !
Comme le remarquait saint Bernard, c’est ce syndrome de l’imposteur qui fait dire à Pierre à genoux devant Jésus : « éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur » (Lc 5,8 après la pêche étonnante dans les eaux du lac de Génésareth). Il a conscience d’une telle disproportion entre la grandeur de Jésus et sa propre petitesse de pêcheur-pécheur qu’il ne se croit pas légitime à être le proche, l’ami.
C’est ce syndrome de l’imposteur qui fait reconnaître au centurion romain : « Je ne suis pas digne de de te recevoir… » (Mt 8,8). Il n’ose pas croire qu’un prophète juif puisse avoir pitié de lui, incarnation de l’oppression militaire de l’occupant romain.
C’est ce même syndrome de l’imposteur qui nous paralyse à notre tour pour adopter le Christ « en le prenant chez nous », en le faisant grandir en nous comme notre enfant bien-aimé : qui pourrait se croire à la hauteur d’une telle paternité ?
3. Qu’est-ce qu’adopter ?
Ce qui est en jeu, c’est bien d’adopter Jésus. Nous le savons avec les enfants nés de père inconnu : adopter, c’est donner un nom qui enracine dans une lignée familiale, dans une histoire, une généalogie, une culture, un pays. Dieu a besoin de Joseph pour que Jésus soit reconnu « fils de David » (Mt 1,1), donc de la descendance messianique annoncée par les prophètes d’Israël et de Juda.
Adopter le Christ, c’est l’inscrire dans notre famille, dans notre histoire personnelle et collective, en faire l’égal et le parent de ceux qui portent le même patronyme que le mien.
Adopter, c’est également donner des droits à cet enfant, et notamment le droit d’hériter de ses parents. Jésus hérite de Joseph le droit d’être de la descendance de David : il hérite de moi le droit de recueillir mon patrimoine, mes œuvres et mes réalisations, ma richesse et mes succès. Si j’accumule, c’est pour lui transmettre. Si je porte du fruit, c’est pour qu’il récolte.
Adopter, c’est encore « prendre chez soi », c’est-à-dire établir avec lui une intimité pleine d’affection et de respect, d’amour et de proximité, comme seul un père peut en avoir avec son fils.
Laisser le Christ habiter « chez moi » ; le laisser patiemment grandir en moi ; l’accoutumer à mes manières tout en le laissant prendre toute sa place ; l’éduquer à ma personnalité tout en acceptant qu’il soit autre : l’adoption est une aventure de compagnonnage mutuel, où rien n’est garanti par avance (il y a tant d’adoptions qui se passent mal à l’adolescence ou après !).
En un sens, tout père est adoptif.
« Un ami m’avouait un jour : « J’ai toujours eu pitié de saint Joseph qui me semblait un personnage falot chargé d’un mauvais rôle. Il n’était pas tout à fait un mari ni tout à fait un père. Mais j’ai découvert la force de sa mission quand je suis moi-même devenu père. À la naissance de mon premier enfant, j’ai été saisi d’un sentiment étrange. Ma femme tenait dans ses bras le bébé qui venait de sortir de son sein. Il faisait partie d’elle-même. Ce n’était pas mon cas. Le bébé s’interposait maintenant entre la femme que j’aimais et moi. Recouvert de sang, ses cris ne me le rendaient pas attirant. Je me suis dit intérieurement qu’il me fallait l’accepter, l’ « adopter » et le reconnaître comme mon enfant. Et, à ce moment-là, j’ai pensé à saint Joseph. Me voilà en train de vivre sa propre démarche d’ « adoption ». Quand mon deuxième enfant est arrivé, j’ai été de nouveau habité par les mêmes sentiments, et par la nécessité d’accomplir « l’adoption », même si je n’avais aucun doute sur ma paternité. »
Au fond, toute personne se trouve face au dilemme de l’adoption d’une manière ou d’une autre. Pas d’adoption, pas d’engagement, pas d’amour. Il me semble possible de parler d’adoption dans les différentes situations de l’existence : notre corps, notre famille, notre histoire, notre pays, notre sexe, nos travaux et missions … Nous avons à les adopter, sous peine de vivre en contradiction stérile avec nous-mêmes. À quoi bon rêver d’un autre corps, d’une autre famille et d’un autre pays ou d’une autre Église que la nôtre ? » [2]
4. Avec Marie, nous engendrons le Verbe en nous. Avec Joseph, nous l’adoptons chez nous.
Le plus difficile pour nous est sans doute d’inverser (sans la répudier pour autant !) la spiritualité de la filiation à laquelle nous sommes tant habitués. « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu » (1Jn 3,2), comme ne cesse d’en témoigner, émerveillés, les compagnons du Christ.
« Car tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi » (Ga 3,26).
« Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie “Abba !”, c’est-à-dire : Père ! » (Ga 4,6)
« Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté » (Ep 1,5).
Cette filiation adoptive est non seulement personnelle – par le baptême notamment – mais également communautaire, comme YHWH le rappelle sans cesse à son peuple : « N’est-ce pas lui, ton père, qui t’a créé, lui qui t’a fait et affermi ? » (Dt 32,6).
Joseph, en cet ultime dimanche avant Noël, nous invite à inverser cette symbolique de la filiation : nous pouvons devenir le père adoptif du Christ, chacun et chacune !
Les mystiques nous avaient déjà familiarisé avec la symétrique : avec Marie, nous pouvons devenir la mère de Dieu, chacun et chacune, selon la parole de Jésus : « Qui est ma mère ? Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mt 12,50).
Saint Augustin (IV° siècle) s’écriait : « Que cette naissance se produise toujours, à quoi cela me sert-il si elle ne se produit pas en moi ? »
Maître Eckhart (XIV° siècle) prêchait que l’enjeu véritable de Noël est « la naissance du Verbe dans l’âme » : « Voici que nous entrons dans le temps de la naissance éternelle, par laquelle Dieu le Père a engendré dans l’éternité et ne cesse d’engendrer, afin que cette même naissance se produise aujourd’hui, dans le temps, dans la nature humaine » (sermon 101).
Angélus Silésius (XVII° siècle) affirmait : « C’est en toi que Dieu doit naître. Que Christ naisse mille fois à Bethléem, et non en toi, tu restes perdu pour jamais ».
Avec Marie, nous engendrons le Verbe en nous.
Avec Joseph, nous l’adoptons.
Ces deux expériences sont spirituelles et symétriques.
Spirituelles, car c’est l’œuvre de l’Esprit en nous, comme dans la chair de Marie et dans le songe de Joseph.
Symétriques, car c’est dans la mesure où je me réjouis, où je me reçois tout entier de Dieu comme son enfant que je peux en réponse le « prendre chez moi », l’adopter, lui donner mon nom, l’inscrire dans mon histoire, ma famille, en faire mon héritier.
Oui, la filiation et la paternité s’impliquent mutuellement : je suis réellement enfant de Dieu ; il est à son tour réellement mon enfant !
L’adoption en Jésus fait de nous les enfants adoptifs de Dieu.
L’adoption de Jésus fait de nous les pères adoptifs du Verbe de Dieu.
Chacun et chacune de nous peut faire cette double expérience spirituelle. Elle n’est pas réservée aux hommes, ni aux femmes. Elle n’est pas une entreprise héroïque (sinon nous serions des imposteurs) mais l’œuvre de l’amour gratuit de Dieu en nous.
Tu peux devenir la mère du Christ.
Tu peux également l’adopter comme ton enfant, avec Joseph.
C’est l’Esprit qui fait cela en toi, souvent sans que tu t’en rendes compte, sans que tu le saches, parce que tu te laisses faire, sans calcul ni intérêt.
Si tu es à l’écoute de tes songes – comme Joseph à Nazareth ou son patriarche homonyme en Égypte (Gn 37,5) – tu prendras le Christ chez toi, avec Marie sa mère, c’est-à-dire l’Église, et tu le feras grandir en toi, comme un père éduque et prend soin de son enfant.
« Voici que la vierge est enceinte » (Is 7, 10-16)
Lecture du livre du prophète Isaïe
En ces jours-là, le Seigneur parla ainsi au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon. »
PSAUME
(Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6)
R/ Qu’il vienne, le Seigneur : c’est lui, le roi de gloire ! (cf. Ps 23, 7c.10c)
Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.
Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.
Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche ta face !
DEUXIÈME LECTURE
Jésus-Christ, né de la descendance de David, et Fils de Dieu (Rm 1, 1-7)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Paul, serviteur du Christ Jésus, appelé à être Apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu, à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome.
Cet Évangile, que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les saintes Écritures, concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
Pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre, afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés. À vous qui êtes appelés à être saints, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.
ÉVANGILE
Jésus naîtra de Marie, accordée en mariage à Joseph, fils de David (Mt 1, 18-24)
Alléluia. Alléluia. Voici que la Vierge concevra : elle enfantera un fils, on l’appellera Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Alléluia. (Mt 1, 23)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ». Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.