L'homélie du dimanche (prochain)

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30 novembre 2025

Un Avent « aux poils » !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Un Avent « aux poils » !

Homélie pour le 2° Dimanche de l’Avent / Année A
07/12/25
 
Cf. également :
Abraham & Co, pierres et fils
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
Réinterpréter Jean-Baptiste 
Isaïe, Marx, et le vol de bois mort
Crier dans le désert
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Maintenant, je commence

1. La Bible hypertexte
Chaque année, l’Avent nous ramène à Jean-Baptiste et aux détails truculents qui l’accompagnent : son accoutrement étonnant, sa nourriture bizarre, ses coups de gueule au désert…

 
Un Avent Pour interpréter ces détails apparemment anecdotiques, les juifs savent qu’il faut les lire en référence à d’autres passages des Écritures, qui eux-mêmes renvoient à d’autres récits etc. Bien avant la navigation sur Internet, ils ont appris à sauter d’un texte à l’autre, avec la même aisance que nous avons pour cliquer sur un lien hypertexte qui nous renvoie à un autre site, où d’autres clics nous attendent pour découvrir à nouveau d’autres pages etc. Et, comme pour le surf sur la Toile, cette navigation est quasi infinie, nous faisant voyager sans cesse à la découverte de nouvelles significations possibles.
 
Cette méthode d’interprétation biblique, autrefois réservée aux rabbins ayant une culture encyclopédique de la Torah et de ses commentaires, est aujourd’hui accessible à tout le monde. Il suffit d’aller sur un site (gratuit) où le texte original en grec (Nouveau Testament ou LXX) ou en hébreu (Ancien Testament) est disponible [1] : en cliquant sur un terme, vous avez immédiatement la liste de toutes les occurrences de ce terme dans la Bible. Il est alors passionnant d’explorer tous les autres usages, associée eux-mêmes à d’autres mots, qui renverront à d’autres textes etc.
 
Amusons-nous à cliquer sur les quelques mots caractéristiques de Jean-Baptiste dans l’évangile de ce dimanche (Mt 3,1-12) : ceinture, cuir, rein, poêle, chameau, sauterelles, miel, sauvage.
Le foisonnement des significations cachées, comme les couleurs invisibles de l’arc-en-ciel ou les harmoniques d’un accord musical, nous donnera une idée de ce que les juifs appellent la « lecture infinie », une explosion de sens multipliant les interprétations d’un texte, d’une phrase, d’un mot.

 
2. La ceinture de cuir autour des reins
saint-jean Avent dans Communauté spirituelle
Jean portait « une ceinture de cuir autour des reins ». Impossible pour un juif qui lit cela de ne pas y reconnaître tout de suite le commandement de YHWH pour célébrer la Pâque : « Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur » (Ex 12,11). Jean-Baptiste plante donc un décor résolument pascal. Le baptême par lequel il va immerger Jésus dans le Jourdain ne préfigure-t-il pas le baptême à venir de sa Passion ? « Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (Lc 12,50)

 
 Cette dimension pascale est soulignée par le désert qui est en toile de fond : l’Exode hors de l’esclavage passe par le désert ; la liberté est à ce prix. Jean-Baptiste en est le vivant rappel.
 
La ceinture de cuir fait également penser à la tunique de cuir dont YHWH avait revêtu Adam et Ève à la sortie du jardin d’Éden, pour les protéger : « Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de cuir et les en revêtit » (Gn 3,21).
Le cuir dont s’entoure Jean-Baptiste n’a rien de sado-maso ! C’est le rappel de la protection de Dieu tout au long de notre traversée pascale : quelques soient nos fautes, l’amour de Dieu est plus grand que nous offense, et son pardon nous protège du froid et des bêtes féroces cherchant à nous dévorer (le cuir est le signe que ces dangers sont vaincus, puisque nous portons ainsi la dépouille de nos prédateurs).

Le 13 décembre 2022, Romain Imadouchène est devenu champion du monde de l'épreuve d'épaulé-jeté en haltérophilie.
Quand elle est autour des reins, cette ceinture symbolise la force que Dieu nous donne. Rappelez-vous ces haltérophiles accroupis qui se lèvent pour un épaulé-jeté avec plus de 200 kg à bout de bras ! Ils ont une énorme ceinture autour des reins, pour leur éviter de se faire mal et pour mobiliser toute leur énergie. La ceinture est le symbole de la force vitale qui nous permet de soulever des montagnes ! Ne dit-on pas d’une entreprise qu’elle a les reins solides ? Alors qu’un tour de rein est synonyme d’immobilisation douloureuse.

C’est pourquoi YHWH conseille à Job : « Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : Ceins donc tes reins comme un homme. Je vais t’interroger, et tu m’instruiras. » (Jb 40,6–7).

Paul reprendra ce symbole en le liant à la vérité : « Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité » (Ep 6,14). Car les reins sont également le siège du désir, des passions. Au creux des reins, l’élan amoureux prend naissance, et il faut bien la ceinture de cuir, c’est-à-dire la vérité de la Révélation, pour contenir, éduquer, humaniser cette énergie qui peut devenir sublime ou dévastatrice. Dieu seul sonde les reins et les cœurs (Jr 11,20 ; 17,10) : garder la ceinture serrée autour des reins signifie notre volonté de ne pas tomber dans l’esclavage de nos passions.
 
Dans la Russie du siècle dernier, une devinette réjouissait les enfants et faisait réfléchir les adultes : « Qui suis-je ? Le jour un cercle ; la nuit un serpent. Celui qui devine sera mon amant ». La réponse était… la ceinture, celle-ci étant fermée le jour (le cercle) et ouverte la nuit (le serpent). En russe, le rapprochement est aussi facilité par l’euphonie entre les mots qui désignent le serpent – uz, et le mari – muz. Toute l’ambiguïté de la ceinture autour des reins est ainsi évoquée sans détours…
 
3. Les poils de chameau
« Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage ».

pim_48533_couette_d_hiver_en_poil_de_chameau_3 chameauQue viennent faire ces poils de chameau dans le message prophétique de Jean-Baptiste ?
L’allusion là encore est très claire pour les lecteurs assidus de l’Ancien Testament : c’est le vêtement d’Élie, le prophète enlevé au ciel dont le retour marquera la venue du Messie ! « Ils répondirent : “C’était un homme portant un vêtement de poils et une ceinture de cuir autour des reins.” Il déclara : “C’est Élie de Tishbé.” » (2R 1,8). Pour Jean-Baptiste, S’habiller ainsi, c’est avertir ses auditeurs que le Messie vient derrière lui. C’est ce qui avait été déclaré à Zacharie lors de l’annonce de la naissance de son fils : « Il [Jean-Baptiste] marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé » (Lc 1,17). C’est l’accomplissement de la prophétie de Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable » (Ml 3,23).

 
Mais ce n’est pas tout : les poils font immanquablement penser à Ésaü, l’aîné des deux frères jumeaux : « Le premier qui sortit était roux, tout couvert de poils comme d’une fourrure. On lui donna le nom d’Ésaü » (Gn 25,25). Ésaü était poilu comme un singe à sa naissance : rappel symbolique de notre condition animale, alors que Jacob est la figure de notre vocation spirituelle, recevant la bénédiction pour devenir Israël. Les poils de la tunique instaurent alors un parallélisme Jean-Baptiste–Ésaü // Jésus–Jacob (Israël). Jean-Baptiste crie dans le désert ; Jésus ne haussera pas le ton (Is 42,2) ; Jean-Baptiste est la voix, Jésus est le Verbe.
 
En outre, ce sont des poils de chameau que porte Jean-Baptiste. Et le chameau est éminemment symbolique dans la Bible : c’est un signe de richesse que d’en posséder des troupeaux entiers. La reine de Saba impressionnera Salomon par ses convois de chameaux chargés de trésors : « Elle arriva à Jérusalem avec une escorte imposante : des chameaux chargés d’aromates et d’une énorme quantité d’or et de pierres précieuses » (1R 10,2). Ces troupeaux annoncent la richesse qui affluera vers Jérusalem : « En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur » (Is 60,6).
Porter des poils de chameau implique qu’on a tué l’animal, qu’on a éteint en son cœur l’amour de la richesse qui gouverne les puissants de ce monde. Jean-Baptiste n’a que les poils, pas les troupeaux.

De plus, le chameau est un animal impur : « Vous tiendrez pour impur le chameau parce que, bien que ruminant, il n’a pas le sabot fourchu » (Lv 11,4). Par extension, il désigne les nations païennes, impures, infréquentables.
C’est dans ce sens que saint Hilaire de Poitiers interprète symboliquement l’étrange accoutrement de Jean le Baptiste dans notre évangile (Jn 3,1-12).

« Ce vêtement pris à des animaux immondes auxquels on peut comparer les nations païennes et qu’il sanctifiait en le portant, était un symbole de la sainteté que nous pouvions recevoir par son ministère. Les hommes, dans leurs allures désordonnées, ressemblaient à ces sauterelles dont se nourrissait le Prophète, ils étaient volages, stériles dans leurs œuvres, verbeux, agités. Et maintenant il s’est trouvé que nous sommes devenus la nourriture des saints et les délices des prophètes : et nous leur avons offert en même temps que nos personnes un miel qui provenait non des rayons de la Loi, mais des arbres sauvages (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, II 2). »

L’universalisme de Jean-Baptiste se manifeste, hors de Jérusalem, dans le désert, par son accueil de tous les pénitents. Bien plus, il affirme avec force : « avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham ». C’est-à-dire : ne croyez pas que le peuple de Dieu est limité aux juifs, au circoncis, aux pratiquants des rites prescrits. Dieu est libre de se susciter une famille en Inde comme au Brésil, en Chine comme en Afrique…
Les poils de chameau symbolisent la solidarité de Jean-Baptiste avec les nations païennes impures, et le salut qui leur est offert.
 
paquet-de-cigarettes-camel-blue-label cientureNous sommes appelés à vivre un Avent « aux poils » pour préparer réellement la venue du Messie en nous ! L’animal à bosse(s) évoque encore beaucoup d’autres dimensions symboliques de notre condition de croyants. Comme lui, nous sommes en marche dans le désert de nos existences. C’est son domaine, ce silence habité par une Parole. D’autres trouveraient ça aride, lui s’y sent bien. Ses larges pattes s’appuient en souplesse sur la fluidité du sable, comme le chercheur de sens aime le foisonnement des interprétations. Et puis le chameau est plus libre que d’autres car il a de bonnes réserves d’eau dans ses bosses. Nous ne sommes pas des bébés qui doivent être allaités au biberon toutes les trois heures. Le chameau peut marcher une semaine sans rien manger ni boire, et quand il trouve alors un point d’eau il se rattrape en buvant 120 litres d’un coup. Christ nous donne cette liberté, cette autonomie. Il suffit que – même une seule fois – nous puissions boire à la source de bénédiction qu’est Dieu pour ensuite avancer librement sur notre chemin pendant des années. Car c’est en nous, dans notre cœur, dans notre être que nous portons la bénédiction de Dieu, comme le chameau porte de l’eau dans ses bosses.
 
La symbolique du chameau charrie encore tant d’autres harmoniques ! En hébreu, il s’écrit גָּמָל gamal (ce qui a donné Camel en anglais cf. le célèbre paquet de cigarettes !). Il vient du verbe distribuer, rétribuer, faire participer aux bénéfices. Le chameau a donc à voir avec le partage. D’ailleurs, sa première lettre en hébreu a la forme d’un homme qui marche : ג (gimel). La seconde – beth – signifie maison et en a la forme : מ (cf. Beth-léem : la maison du pain). La troisième lettre du chameau est le ל daleth, qui signifie pauvre.
Gamal chameauLes trois lettres ensemble גמל signifient alors : un homme quitte sa maison et marche pour partager avec le pauvre.
La contestation de la richesse déjà évoquée avec les poils s’accompagne ici de la nécessité d’un élan du cœur, qui conduit à un mouvement sincère et spontané, désintéressé, vers les pauvres. Ce n’est pas d’ascèse il s’agit, mais d’amour : le chameau גָּמָל en est le signe !

 
Vous voyez : les poils de chameau, c’est tout sauf un détail insignifiant…
 
4. Les sauterelles
Êtes-vous entomophage ? Si oui, vous vous régalez d’insectes grillés, bourrés de protéines. Les sauterelles dévorées par Jean-Baptiste ne renvoient pas à une mode gastronomique ou diététique ! la-nuee-120x160-hd cuirÉvidemment, qui lit sauterelles pense immédiatement : plaie d’Égypte.

« Moïse étendit son bâton sur le pays d’Égypte […]. Des nuées de sauterelles montèrent sur tout le pays d’Égypte et se posèrent sur l’ensemble du territoire. Jamais auparavant et jamais depuis lors, il n’y eut une telle masse de sauterelles » (Ex 10,13-14)
C’est la huitième plaie, destinée à faire plier le pharaon réduisant les hébreux en esclavage. Les sauterelles dévastent les précieuses récoltes du Nil.
Sauterelles et chameaux sont quelquefois associés dans la dévastation : « Ils arrivaient avec leurs troupeaux et leurs tentes, comme une multitude de sauterelles. Eux et leurs chameaux étaient innombrables, et ils envahissaient le pays pour le ravager » (Jg 6,5 ; 7,12)
 
Jean-Baptiste nous propose une méthode surprenante pour nous nourrir : manger nos sauterelles, c’est-dire engloutir ce qui nous menace, travailler en amont du problème qui nous enchaîne. Ce n’est pas toujours facile avec nos propres forces d’affamer ainsi notre faiblesse, notre colère, notre frustration, nos rancunes… Mais avec l’aide de Dieu, qui fait des prodiges dans ce domaine, oui.
 
Dévorer ce qui nous dévore, se nourrir de ce qui nous menace, entendre l’appel à ne plus être esclave… : les sauterelles de Jean-Baptiste sont décidément beaucoup plus qu’un régime alimentaire !
 
5. Le miel sauvage
Le miel est doux et sucré : après l’amer des sauterelles, il réjouit le palais et soigne les inflammations. L’Écriture y a vu une figure de la saveur de la parole de Dieu : « Qu’elle est douce à mon palais ta promesse : le miel a moins de saveur dans ma bouche ! » (Ps 119,103).

 hypertexteL’Apocalypse reprend cette dualité de saveur de la Parole de Dieu : « Je m’avançai vers l’ange pour lui demander de me donner le petit livre. Il me dit : “Prends, et dévore-le ; il remplira tes entrailles d’amertume, mais dans ta bouche il sera doux comme le miel.” Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je le dévorai. Dans ma bouche il était doux comme le miel, mais, quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume » (Ap 10,9-10).
 
Le miel est l’aliment par excellence de la Terre Promise dont l’autre nom est « le pays où coule le lait et le miel » (Ex 3,8 et 25 autres occurrences). Tout au long du trajet, Dieu donne aux hébreux un avant-goût de cette Terre promise avec la manne qu’il fait pleuvoir le matin et qui a le goût de gâteau au miel, nous dit la Bible : « C’était comme de la graine de coriandre, de couleur blanche, au goût de beignet au miel » (Ex 16,31).
 
De plus, le miel de Jean-Baptiste est sauvage : nous n’avons pas eu à le cultiver ; ce n’est pas un produit la civilisation urbaine ; ce n’est pas une production domestique. C’est donné, gratuit, gracieux, sans effort humain. C’est le goût de la Parole de Dieu telle qu’on la trouve, non pas seulement en Israël, mais aussi chez les nations, sauvages, barbares, païennes.
Paradoxalement, Jean-Baptiste l’ultra-juif fait son miel de tout ce qu’il trouve dans les cultures sauvages qui l’environnent…
 
N’est-il pas temps pour nous aussi de nous vêtir de poils de chameau (les sagesses des nations) et de nous nourrir de sauterelles et de miel sauvage (les semences du Verbe présentes dans toute culture) ?
 
Exerçons-nous à pratiquer cette lecture hypertexte des Évangiles, qui clique de mot en mot, surfe de texte en texte, afin de « lire aux éclats », enivrés du foisonnement de sens inépuisable des Écritures !
 
Ceinture, cuir, reins, poils, chameau, sauterelles, miel, sauvage : notre Jean-Baptiste au désert a de quoi nourrir notre méditation chaque soir de la semaine qui vient…

___________________________

[1]. Cf. par exemple https://www.stepbible.org/



LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Il jugera les petits avec justice » (Is 11, 1-10)
 
Lecture du livre du prophète Isaïe
En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

PSAUME
(Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17)
R/ En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des temps. (cf. Ps 71, 7)
 
Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

 
En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

 
Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

 
Que son nom dure toujours ;
sous le soleil, que subsiste son nom !
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
que tous les pays le disent bienheureux !


DEUXIÈME LECTURE
Le Christ sauve tous les hommes (Rm 15, 4-9)
 
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde qu’elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations, je chanterai ton nom.

ÉVANGILE
« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3, 1-12)
Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick BRAUD

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23 novembre 2025

Si je t’oublie, Jérusalem…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Si je t’oublie, Jérusalem…

Homélie pour le 1° Dimanche de l’Avent / Année A
30/11/25

Cf. également :
La venue. Quelle venue ?
L’Apocalypse, version écolo, façon Greta
Encore un Avent…
Gravity, la nouvelle arche de Noé ?
Ce déluge qui nous rend mabouls
L’absence réelle
Le syndrome du hamster
Dans l’évènement, l’avènement
L’évènement sera notre maître intérieur
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?


1. Down by the riverside

Comment nourrir l’espérance de la liberté sans verser dans la haine de l’oppresseur ? Les esclaves noirs déportés d’Afrique aux 16°–18° siècles et leurs descendants cherchèrent à sortir du malheur, les uns par la violence (Malcom X), les autres par la non-violence (Martin Luther King). Ceux qui étaient chrétiens lisaient et relisaient l’Exode pour y trouver le chemin vers la Terre promise. Ils relisaient également Isaïe (notre première lecture notamment : Is 2,1-5) pour y puiser le courage d’annoncer un temps où « les peuples feront de leurs épées des socs, et de leurs lances des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée. On n’apprendra plus la guerre ».
Si vous avez déjà vu Louis Armstrong gonfler ses grosses joues pour trompetter ces paroles, si vous avez entendu sa grosse voix de basse érailler la promesse d’Isaïe, vous n’oublierez pas de sitôt la folle prophétie qui accompagne l’attente du Messie : « jamais nation contre nation ne lèvera l’épée. On n’apprendra plus la guerre ».
En anglais, ce negro spiritual « Down by the riverside » a inspiré – depuis bien avant la guerre de Sécession – la démarche vers le baptême de millions d’esclaves renonçant à la violence au nom de leur foi.

Gonna lay down my burden, Down by the riverside
I ain’t gonna study war no more
Je vais déposer mon fardeau le long de la rivière
et jamais plus je n’étudierai la guerre…

Voilà une portée sociale immense pour ce petit verset d’Isaïe 2,4 !
Les pacifistes ont repris ce chant dans leurs manifestations contre la guerre du Vietnam dans les années 60. Même le pape Paul VI l’a repris en son compte avec son célèbre cri devant l’assemblée générale de l’ONU : « Jamais plus la guerre ! » (le 04/10/1965)

Rien de naïf, aucun doux pacifisme bêlant dans ces mots d’Isaïe : même en nous préparant à la guerre contre la Russie, nous pouvons éduquer nos cœurs et nos peuples à désirer la paix, à ne pas haïr ceux qu’il nous faudra combattre.
La défense contre l’agresseur est légitime.
L’attente du Messie – n’est-ce pas le début de l’Avent en ce dimanche ? – nous oblige seulement à toujours penser « le coup d’après », le moment où l’on pourra arrêter de fabriquer des armes, des missiles, des drones et des bombes, parce qu’un accord pérenne et juste aura été trouvé.

2. Tous à Jérusalem !
Il est quand même fou de constater que l’avenir de la paix mondiale se joue en partie sur ces quelques kilomètres carrés coincés entre le Jourdain et la mer ! Et la ville de Jérusalem concentre sur elle tous les enjeux, toutes les tensions, aspirations et contradictions des conflits à venir.
Si je t’oublie, Jérusalem… dans Communauté spirituelle dd8e90d_afp-32bj3kv

Isaïe pressentait déjà que la ville de David jouerait un rôle essentiel dans les relations internationales ! Il annonce une ère messianique, que nous croyons inaugurée en Jésus, où « le loup habitera avec l’agneau… » (Is 11,6), c’est-à-dire où Palestiniens et Israéliens vivront en frères, où l’Europe sera source de paix et non plus de guerres mondiales comme au XX° siècle, où chinois, américains et indiens s’entendront sur l’avenir de la planète etc…. Et dans notre première lecture (Is 2,1-5, repris en Mi 4,1-3), il annonce que Jérusalem deviendra la capitale mondiale de la paix, centre de pèlerinage pour tous les peuples.

Utopique ? Naïf ? Peut-être. Mais ceux qui ont cru à ce genre d’utopie ont réconcilié la France et l’Allemagne après 1945, ont créé l’Europe pour la paix, ont aboli les lois raciales aux États-Unis, l’apartheid en Afrique du Sud… : la liste est trop longue !

L’universalisme d’Isaïe dans ce texte est toujours une formidable source d’action politique et sociale.
C’est un universalisme « centripète » en fait : « Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux ». La prière de Salomon pour consacrer le premier Temple en témoigne :
« Si donc, à cause de ton nom, un étranger, qui n’est pas de ton peuple Israël, vient d’un pays lointain – on entendra parler de ton grand nom, de ta main forte et de ton bras étendu – prier dans cette Maison, toi, dans les cieux où tu habites, écoute-le. Exauce toutes les demandes de l’étranger. Ainsi, tous les peuples de la terre, comme ton peuple Israël, vont reconnaître ton nom et te craindre. Et ils sauront que ton nom est invoqué sur cette Maison que j’ai bâtie. » (1R 8,41-43)
28-En-route-vers-Jerusalem guerre dans Communauté spirituelleLes psaumes insistent sur le rôle central de Jérusalem et de son roi-Messie :
« Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront » (Ps 72,10-11)

Le Temple de Jérusalem est une maison de prière pour tous les peuples : « Je les conduirai à ma montagne sainte je les comblerai de joie dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma maison s’appellera “Maison de prière pour tous les peuples” » (Is 56,7).

Jésus lui-même se réfère à cet universalisme pour dénoncer les trafics polluant le Temple :
« Il enseignait, et il déclarait aux gens : “L’Écriture ne dit-elle pas : Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits” » (Mc 11,17).

On peut penser la mission de l’Église selon ce dynamisme du rassemblement : rassemblement eschatologique de toutes les nations à Jérusalem pour Isaïe et Salomon, rassemblement de toutes les cultures dans la communion ecclésiale pour nous aujourd’hui.
Ce modèle centripète de la mission a déjà porté de très beaux fruits : la vitalité des premières communautés chrétiennes tout autour du bassin méditerranéen dans les premiers siècles (cf. Actes des Apôtres), l’évangélisation par les monastères au Moyen Âge en Europe etc…

L’autre conception de la mission de l’Église sera sans surprise un universalisme « centrifuge ».

La présence de Paul à Rome, loin de Jérusalem, l’oblige à décentrer sa perspective : « les nations païennes peuvent rendre gloire à Dieu. Comme le dit l’Écriture : je te louerai parmi les nations » (Rm 15,4-9). Il ne s’agit plus là d’attirer le monde entier à Jérusalem (ou dans l’Église), mais d’être dispersés au milieu des peuples pour leur permettre d’entrer en communion avec Dieu chacun selon son génie propre. On peut penser la mission de l’Église selon ce dynamisme de l’envoi.

Dans cette époque qui est la nôtre, tous les problèmes – sinon tous les peuples – semblent converger vers Jérusalem, ville de discorde, symbole de désunion.
Les juifs religieux enragent de ne pouvoir construire le troisième Temple sur le mont Sion, à cause de la mosquée Al Aqsa et des accords internationaux.
Les musulmans considèrent que c’est leur lieu saint, annexant au passage Abraham et changeant Isaac en Ismaël.
Les chrétiens voudraient que cette ville soit à tous, en fidélité au souhait du Christ qui y a subi sa Passion.
Autrement dit : le dossier de la paix à Jérusalem, en Palestine et en Israël, est avant tout un dossier religieux. C’est un aveuglement bien occidental de n’y voir que tractations politiques, pétrodollars et lobbys américains !

 3. Blasphème, substitution, falsification et annexion : les trois monothéismes au banc des accusés
Avant les bombardements de Gaza, il y eut l’hostilité entre juifs et chrétiens pendant des siècles. Paul et les Pères de l’Église racontent les persécutions violentes dont les premiers chrétiens – encore assimilés aux juifs – furent victimes au début.

deux statues de femmes, l'une en reine couronnée, et l'autre aux cheveux dénoués et aux yeux couverts d'un bandeau

L’Église et la synagogue

Ce n’est qu’après 90 que les chrétiens furent expulsés des synagogues, et tombèrent sous le coup de deux accusations de blasphème, méritant la mort aux yeux des juifs : faire de Jésus un Dieu, et délaisser les prescriptions rituelles de la Loi de Moïse (circoncision, alimentation, ablutions, shabbat etc.). Ce sont eux qui ont exclu les chrétiens des synagogues, les poussant à « faire Église » en quelque sorte. En réaction, certains chrétiens pensèrent que Dieu avait rejeté Israël, et que c’était maintenant à l’Église de prendre sa place. C’est ce que l’on appelle la théorie de la substitution. Une version primitive du grand remplacement, en quelque sorte.

Les dons et les promesses de Dieu à l’« ancien Israël » sont transférés à l’Église, qui devient le « nouvel Israël », le « nouveau peuple de Dieu ». Il s’ensuit que le judaïsme n’a plus qu’une valeur toute relative, en fonction du christianisme, dont il n’est que l’imparfaite préfiguration et le témoin dépassé, rejeté par Dieu à cause du « déicide » opéré sur Jésus de Nazareth.

Aujourd’hui, l’Église a répudié toute « théologie de la substitution » et reconnaît l’élection actuelle du peuple juif, « le peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance qui n’a jamais été révoquée » selon l’expression du pape Jean-Paul II devant la communauté juive de Mayence le 17 novembre 1980. Le chapitre 11 de l’épître aux Romains est désormais relu à la lumière de cette persistance de la Première Alliance : « Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Pas du tout ! Moi-même, en effet, je suis Israélite, de la descendance d’Abraham, de la tribu de Benjamin. Dieu n’a pas rejeté son peuple, que, d’avance, il connaissait » (Rm 11,1-2).
Tant que l’Occident chrétien s’est pensé comme le véritable Israël, il n’y avait guère de légitimité à accorder aux juifs la possibilité de se trouver une terre. Israël n’existait plus comme peuple de l’Alliance, remplacé par l’Église, donc l’aspiration à retrouver l’ancien territoire perdu (perte considérée comme une punition à cause de leur déicide, comme l’Église le disait à l’époque) était nulle et non avenue.

 Jérusalem

Manuscrit persan du Moyen Âge représentant le prophète Mahomet conduisant Jésus, Moïse et Abraham à la prière

La situation s’est compliquée davantage encore avec les conquêtes militaires de l’islam dès le VII° siècle. L’islam prétend que les juifs ont falsifié l’Ancien Testament, et les chrétiens le Nouveau Testament. Cette « théorie de la falsification » des Écritures conduit logiquement à la théorie de l’annexion pure et simple : ni Abraham ni Moïse ni David n’étaient juifs, Jésus n’était pas chrétien, tous étaient soumis à Dieu, musulmans (c’est le sens étymologique du nom). Et le Coran prétend rétablir la vérité première de leur message qui aurait été déformé par les juifs et les chrétiens. L’islam voit dans le judaïsme et le christianisme des déformations, des trahisons du message monothéiste. C’est la conséquence du dogme de la déformation (tah.rīf) des Écritures antérieures, fondé notamment sur quelques versets du Coran (II,75 ; IV,46 ; V 13,41). Ces versets ne sont pas très clairs, mais selon l’interprétation la plus courante, ils indiquent que les textes sacrés ont été trafiqués, notamment parce que l’annonce de la prophétie de Mohamed aurait été gommée des textes juifs et chrétiens. Les juifs imaginent posséder la Torah révélée à Moïse, et les chrétiens l’Évangile, fruit de la prédication de Jésus ; mais les deux livres ont été falsifiés (selon le Coran), respectivement par les juifs et par les chrétiens, ce qui leur ôte toute authenticité et autorité. Le contenu authentique des révélations faites à Moïse et à Jésus a heureusement été préservé, précisément dans le Coran. La disparition de la version authentique de la Torah et de l’Évangile perd donc de sa gravité, puisque le Coran les remplace (substitution).
Pour les musulmans il n’y a pas trois Alliances, trois religions, mais un seul message que Mohammed a enfin restauré dans sa pureté originelle. Difficile de nier davantage l’altérité des croyants se réclamant du judaïsme ou du christianisme !

 paix- Appliquez la théorie du blasphème à Jérusalem : seuls les juifs fidèles à la Torah ont droit d’y habiter. C’est leur héritage. Sion demeure la capitale éternelle d’Israël. Les autres croyants ont trahi et sont infidèles.

- Appliquez la théorie de la substitution à Jérusalem : les juifs n’ont droit à aucune exclusivité. Ils doivent laisser la place, ou au mieux la partager avec chrétiens et musulmans. Jérusalem doit obtenir le statut de ville internationale. Aujourd’hui, les catholiques diraient plutôt que Jérusalem est universelle non pas bien que juive mais parce que juive.

- Appliquez la théorie de la falsification/annexion à Jérusalem : seuls les musulmans savent ce qui s’y est passé (le prétendu voyage céleste de Mohamed à la mosquée Al Aqsa exprime au plus haut point cette volonté d’annexion). C’est une ville sainte de l’islam, la plus importante après la Mecque et Médine. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’universalisme d’Isaïe annonçant le rassemblement de tous les peuples à la maison du Seigneur a été transposé par Mohamed à la Kaaba de La Mecque : toute l’Oumma (la communauté musulmane mondiale, c’est-à-dire potentiellement toute l’humanité) doit converger vers la pierre noire et tourner autour pour en faire le centre du monde…

Tant qu’on ne prendra pas conscience que la paix à Gaza, en Palestine et en Israël est avant tout un débat théologique, on ne pourra pas trouver de solution durable.
L’Occident est encore fasciné par la tentative de l’immense Emmanuel Kant de fonder une paix perpétuelle entre les nations sur la seule raison. Son traité de paix perpétuelle (1795) a nourri les rêves de tous les pacifistes européens. Ultime tentative de se débarrasser de la question religieuse, afin qu’elle n’interfère pas dans les débats, tant elle est explosive…
Mais le réel revient au galop : impossible d’éliminer YHWH, le Christ ou Allah de l’équation au Moyen-Orient comme ailleurs, des débats sur les guerres en cours et à venir ! Il faudra que les responsables européens suivent des cours de théologie et d’histoire des religions. Il faudra que les peuples d’Europe se ressaisissent de leur patrimoine spirituel, afin de que par exemple les orthodoxes russes ne les considèrent plus comme décadents, afin que la coexistence des trois monothéismes en Israël comme en Europe permette à chacun d’exister en vérité. Le même effort intellectuel sera à demander aux musulmans et aux juifs, aux orthodoxes et protestants.
Pas de paix sans vérité ! La vérité est à chercher plus qu’à posséder ; elle échappe aux doxas poutiniste ou wokiste ; elle n’est pas dans le djihad du Hamas ou du Hezbollah ; elle n’est pas dans les mensonges trumpistes ni dans les délires des complotistes de tous bords.

Reprenons les paroles du psaume de ce dimanche pour prier sur Jérusalem, comme Jésus l’a fait lui-même, en pleurant :

800px-Jerusalem-2013%282%29-Aerial-Temple_Mount-%28south_exposure%29 TempleAppelez le bonheur sur Jérusalem :
« Paix à ceux qui t’aiment !
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais ! »

À cause de mes frères et de mes proches,
je dirai : « Paix sur toi ! »
À cause de la maison du Seigneur notre Dieu,
je désire ton bien.

« Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie !
Je veux que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir,
si je n’élève Jérusalem, au sommet de ma joie. » (Ps 137,5-6)



LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
Le Seigneur rassemble toutes les nations dans la paix éternelle du royaume de Dieu (Is 2, 1-5)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Parole d’Isaïe, – ce qu’il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem.
Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. » Oui, la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du Seigneur.
Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre.
Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.

PSAUME
(Ps 121 (122), 1-2, 3-4ab, 4cd-5, 6-7, 8-9)
R/ Dans la joie, nous irons à la maison du Seigneur. (cf. Ps 121, 1)

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs :
ville où tout ensemble ne fait qu’un !
C’est là que montent les tribus,
les tribus du Seigneur.

C’est là qu’Israël doit rendre grâce
au nom du Seigneur.
C’est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.

Appelez le bonheur sur Jérusalem :
« Paix à ceux qui t’aiment !
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais ! »

À cause de mes frères et de mes proches,
je dirai : « Paix sur toi ! »
À cause de la maison du Seigneur notre Dieu,
je désire ton bien.

DEUXIÈME LECTURE
« Le salut est plus près de nous » (Rm 13, 11-14a)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ.

ÉVANGILE
Veillez pour être prêts (Mt 24, 37-44)
Alléluia. Alléluia. Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. Alléluia. (Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Patrick BRAUD

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16 novembre 2025

Le jardin ou le royaume ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le jardin ou le royaume ?


Homélie pour la fête du Christ-Roi / Année C
23/11/25
 
Cf. également :

Christ-Roi : Comme larrons en foire
Un roi pour les pires
Église-Monde-Royaume
Le préfet le plus célèbre
Christ-Roi : Reconnaître l’innocent
La violence a besoin du mensonge
Non-violence : la voie royale
Le Christ-Roi, Barbara et les dinosaures
Roi, à plus d’un titre
Divine surprise
Le Christ Roi fait de nous des huiles

D’Anubis à saint Michel
Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?
Roi, à plus d’un titre
Les trois tentations du Christ en croix


1. La réponse du Christ au bon larron
- « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume. »
- « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. »
Le royaume et le jardin
Le décalage entre la demande du bon larron et la réponse de Jésus devrait nous sauter aux yeux (Lc 23,35‑43) ! Le criminel parle de royaume, et Jésus lui promet un jardin ! Car en grec, le paradis (παρδεισος = paradeisos) désigne d’abord un jardin clos, un parc, une réserve de chasse. C’est d’ailleurs la langue perse et sa philosophie – le zoroastrisme – qui est à l’origine de ce nom qui nous fait rêver : le paradis…

Jésus promet le paradis quand le larron espère le royaume : les deux seraient-ils équivalents ?

Condamné par le roi Hérode, Jésus sait bien comme tout le peuple juif que les royaumes sont rarement paradisiaques ! Et, à l’inverse, le paradis (jardin) de la Genèse n’est pas royal, mais bien plutôt filial (Dieu Père créateur) et sponsal (Adam et Ève).
Il faut donc entendre dans la réponse de Jésus le déplacement qu’il opère : tu demandes un royaume, je te donne un jardin. Et ce n’est pas la même chose !
Voyons pourquoi Jésus est si méfiant envers la royauté – alors que l’Église le proclame roi de l’univers en ce dimanche – et à quelles conditions ce titre pourrait peut-être être accepté par lui.
 
2. Les ambiguïtés de la royauté
Il a fallu quelques siècles avant qu’Israël n’ait un roi. Et cela fait quelques siècles qu’il n’en a plus. Cette figure singulière de l’exercice du pouvoir apparaît au temps de David. Avant, les Juges suffisaient à régler les différends et à maintenir l’unité des 12 tribus. Mais tout autour, les empires et les puissances militaires se levaient pour conquérir et se couvrir de gloire, avec des rois à leur tête : Mèdes, Élamites, Hittites, Égyptiens, Perses etc.

Le jardin ou le royaume ? dans Communauté spirituelle le-d-sir-mim-tique-dtLe désir mimétique des fils d’Israël les attira dans le piège monarchique : c’est pour devenir « comme les autres nations » que les anciens vinrent trouver le prophète Samuel afin qu’il leur donne un roi (1S 8). Or, effacer la différence entre Israël et les autres nations est le péché par excellence ! C’est s’aligner sur les idolâtres, c’est fuir la différence, c’est rendre un contre-témoignage à l’altérité : puisque YHWH est le Tout-Autre, son peuple lui aussi doit être autre, sinon il n’est plus signe de l’unique transcendance divine.
La première ambiguïté de la royauté en Israël est donc l’affaiblissement de la spécificité juive, et le risque de faire de YHWH un Dieu « comme en ont toutes les nations ».
 
La deuxième ambiguïté est fortement soulignée par Samuel, lorsqu’il avertit les anciens du peuple que ce roi tant désiré leur fera subir les pires avanies : le pouvoir corrompt toutes choses, le roi finira par se servir au lieu de servir. Lisez la longue liste des conséquences néfastes que la royauté va imposer au peuple :

“Tels seront les droits du roi qui va régner sur vous. Vos fils, il les prendra, il les affectera à ses chars et à ses chevaux, et ils courront devant son char. Il les utilisera comme officiers de millier et comme officiers de cinquante hommes ; il les fera labourer et moissonner à son profit, fabriquer ses armes de guerre et les pièces de ses chars. Vos filles, il les prendra pour la préparation de ses parfums, pour sa cuisine et pour sa boulangerie. Les meilleurs de vos champs, de vos vignes et de vos oliveraies, il les prendra pour les donner à ses serviteurs. Sur vos cultures et vos vignes il prélèvera la dîme, pour la donner à ses dignitaires et à ses serviteurs. Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens, 93759652 jardin dans Communauté spirituelleainsi que vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui. Sur vos troupeaux, il prélèvera la dîme, et vous-mêmes deviendrez ses esclaves. Ce jour-là, vous pousserez des cris à cause du roi que vous aurez choisi, mais, ce jour-là, le Seigneur ne vous répondra pas !” (1S 8,11-18)


C’est le portrait en négatif de la royauté que pourrait accepter Jésus…

La fable de La Fontaine : « Les grenouilles qui demandent un roi », s’inspire du livre de Samuel, signe que cette tentation monarchique est commune à bien des peuples :
« Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue ! »
Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir ;
Et Grenouilles de se plaindre…

Louis-IX larronLa troisième ambiguïté que les prophètes reprochent à la royauté est d’obturer parfois le canal de la gouvernance du peuple par YHWH lui-même. Même aussi grand que David, même aussi sage que Salomon, le roi d’Israël n’est jamais que le lieu-tenant de YHWH. Or il prend trop souvent la place de celui qu’il devrait représenter. Si bien qu’aujourd’hui encore, pour de nombreux rabbins, avoir un roi – ou un État juif version moderne de la royauté – est un péché contre l’Alliance, puisque seul YHWH doit régner sur son peuple, et la Torah suffit pour cela. Paradoxalement, les plus antisionistes sont souvent des rabbins ultra-religieux ! Car ils voient dans le gouvernement d’Israël une volonté de se substituer au gouvernement de YHWH en direct sur son peuple.
 
À la suite de Samuel, les prophètes ne cesseront de réprimander les rois qui deviennent infidèles, se gavent d’impôts, installent leur famille, et se sauvent dès que l’ennemi approche. Jésus s’inscrit dans cette lignée prophétique : il se méfie du « renard » Hérode, il refuse qu’on le fasse roi et fuit la foule qui veut le couronner : « Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul » (Jn 6,15).

Pourtant, dans sa prédication, le prophète de Galilée n’en a que pour le royaume de Dieu. Pas moins de 65 occurrences dans le Nouveau Testament ! Cependant, à y regarder de près, le royaume prêché par Jésus n’a pas grand-chose à voir avec ceux d’Hérode, de Tibère ou de Pharaon.


Ce royaume est intérieur : pas d’administration, pas d’armée, pas d’impôts, pas de frontières. Il se donne, plus qu’on ne le mérite. On reconnaît qu’il s’approche de nous lorsque nous devenons plus libres, lorsque nos démons personnels sont expulsés : « Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous » (Lc 11,20).

Il s’approche, il se fait proche : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1,15) ; « Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” [...] Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché » (Lc 10,9.11).
Il demande à être accueilli et non conquis, et pour cela nous devons redevenir comme des enfants pour apprendre à le recevoir : « Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas » (Lc 18,17).
royaume+parabole+du+tr%25C3%25A9sor+cach%25C3%25A9 paradisIl n’a pas de lieu, pas de territoire, car il est plus intime à nous-même que nous-même : « On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17,21).
Il n’a pas de date, imprévisible, et nul ne sait quand il surgit : « Comme les pharisiens demandaient à Jésus quand viendrait le règne de Dieu, il prit la parole et dit : “La venue du règne de Dieu n’est pas observable. On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous.” » (Lc 17,20–21).
Parce qu’il est au-delà de nos représentations humaines, ce royaume ne se laisse connaître qu’en paraboles : le grain jeté en terre, le semeur, l’ivraie, le levain dans la pâte, le sel de la terre et la lumière du monde, le trésor caché, la perle fine, le filet des pêcheurs, le figuier, le serviteur éveillé, les vierges sages, les talents, la brebis perdue, la drachme perdue, le fils prodigue, l’intendant malhonnête…

Grâce au détour qu’opère la parabole chez les auditeurs, la pédagogie de Jésus nous emmène « ailleurs », pour chercher le royaume là où nous n’aurions jamais pensé le trouver. Saint Augustin caractérisera fort justement cette pédagogie du royaume comme négative : « Si tu comprends, c’est que ce n’est pas Dieu ». Je peux discerner ce qu’il n’est pas, mais ce qu’il est m’échappera toujours, ce qui augmente encore davantage mon désir de le chercher. C’est pour cela qu’il me faut l’esprit d’enfance : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18,3), et l’esprit de pauvreté, pour me laisser posséder par ce royaume : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux » (Mt 5,3).

 
Le paradis promis par Jésus au larron est un non-lieu, une utopie au sens littéral du terme. Il n’est pas sur un continent inexploré comme on l’a cru longtemps au Moyen Âge ou en lançant les grandes expéditions du XVI° siècle. Il n’est pas au ciel comme l’a naïvement constaté l’astronaute communiste russe Gagarine, premier homme dans l’espace en 1961. Il n’est pas sous terre, ni sur une autre planète. Il est « au-dedans » de nous.
Une histoire du paradis

« Dès lors le paradis ne peut plus être défini que comme une « utopie », c’est-à-dire, au sens étymologique de ce mot forgé par Thomas More, comme un « non-lieu ». Est-ce à dire qu’il n’a pas de réalité ? Et redoublement de l’interrogation : les espérances que recouvre le mot « utopie »- cette fois, dans le sens courant- sont-elles toutes des chimères ? L’humanité peut-elle vivre sans utopie ?

Notre mot « paradis » englobe désormais tous les sens de l’« utopie ». Selon la foi chrétienne, il désigne non pas un lieu mais un avenir par-delà la mort ou, plus précisément, par-delà la résurrection. Car le « diamant » de l’espérance née des Évangiles, ce n’est pas que les hommes sont immortels, mais que les défunts, à l’appel de Dieu qui les prend par la main, sortent du trou noir de la mort. Ils entrent alors dans une seconde vie, cette fois éternelle, mais se déroulant dans des conditions encore infigurables par nous.

S’éloignant de la tentation du merveilleux, le croyant d’aujourd’hui doit accepter le vide des représentations relatives à l’au-delà.
Perte sévère certes, mais compensée par l’espoir « utopique » d’une réalisation des « béatitudes » dans le monde à venir.
Ces « béatitudes » sont en effet des « utopies » comme le paradis lui-même et il existe un lien étroit des unes à l’autre. La face cachée du monde sera celle où la prophétie de Jésus deviendra réalité : ceux qui pleurent seront consolés ; ceux qui ont faim et soif de justice seront rassasiés ; les miséricordieux obtiendrons miséricorde, etc. (Mt 5 et Lc 6). Le paradis sera l’actualisation de ces rêves fous sans la présence desquels la vie sur terre tourne à l’enfer.» [1]

Laissons-nous surprendre à nouveau en entendant Jésus répondre paradis–jardin là où le criminel demandait un royaume : dans cet écart réside notre chance d’entrer « aujourd’hui » en paradis avec Christ. Dans cette distance réside l’intime révélation de la présence de Dieu en nous, tout proche.
« Le royaume de Dieu s’est approché ; il est là, au milieu de vous ».

____________________

[1]. Jean Delumeau, Une histoire du paradis, Fayard, 1992, tome 3, pp.467-468.


LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
« Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël » (2 S 5, 1-3)

Lecture du deuxième livre de Samuel
En ces jours-là, toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : « Vois ! Nous sommes de tes os et de ta chair. Dans le passé déjà, quand Saül était notre roi, c’est toi qui menais Israël en campagne et le ramenais, et le Seigneur t’a dit : ‘Tu seras le berger d’Israël mon peuple, tu seras le chef d’Israël.’ » Ainsi, tous les anciens d’Israël vinrent trouver le roi à Hébron. Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron, devant le Seigneur. Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël.

PSAUME
(Ps 121 (122), 1-2, 3-4, 5-6)
R/ Dans la joie, nous irons à la maison du Seigneur. (cf. Ps 121, 1)

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs :
ville où tout ensemble ne fait qu’un !
C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur,
là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.

C’est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.
Appelez le bonheur sur Jérusalem :
« Paix à ceux qui t’aiment ! »

DEUXIÈME LECTURE
« Dieu nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé » (Col 1, 12-20)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens
Frères, rendez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière. Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé : en lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.  Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui. Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

ÉVANGILE
« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23, 35-43)
Alléluia. Alléluia.
 Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Béni soit le Règne qui vient, celui de David notre père. Alléluia. (cf. Mc 11, 9b.10a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, on venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Patrick BRAUD

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