L'homelie du dimanche

13 décembre 2020

Chantier annulé, projet renversé

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Chantier annulé, projet renversé

Homélie pour le 4° Dimanche de l’Avent / Année B
20/12/2020

Cf. également :

Y aura-t-il du neuf à Noël ?
Marie, vierge et mère
La dilatation du désir

David chasseur d’appart’ !

Chasseurs dAppartAvec les confinements successifs, l’envie de faire construire sa maison ailleurs que dans une métropole travaille paraît-il bon nombre de nos concitoyens. Profiter d’un jardin, d’un air pur, de plus de mètres carrés habitables : l’idée fait son chemin, d’autant plus si l’on est confiné dans 40 m² à Paris ou en banlieue.

Construire sa maison est un acte hautement symbolique. Elle est faite pour y demeurer, et Dieu sait si ce mot demeurer est lourd de sens en période de confinement ! Quel bonheur si l’on peut s’y ressourcer, y reprendre des forces, avec des pièces pour chacun et ensemble, dans un cadre de vie agréable tout autour. À l’inverse, que c’est difficile d’apprécier la vie chez soi si on est entassé les uns sur les autres sans intimité, s’il n’y a pas de balcon ni de jardin, si la lumière n’y entre pas, si la barre d’immeubles voisine bouche l’horizon des rares fenêtres…

Tout roi qu’il est, David a d’abord paré à son confort personnel. Il s’est établi à Jérusalem, installé dans la richesse et le pouvoir. Lui qui était petit berger derrière le troupeau, le voilà maintenant assis dans des coussins moelleux, nomade devenu sédentaire. Or, depuis Abel et Caïn, la Bible a une dent contre les sédentaires ! Elle se méfie de leur désir de s’installer, et d’installer avec eux des dieux pour légitimer leur domination sur des terres et des populations. David, pris par un étrange remords bien tardif, réalise soudain que YHWH est bien moins logé que lui, puisque seule une tente bédouine abrite l’arche d’alliance.

Il voit Dieu à son image, et donc il pense lui construire une maison (oïkos en grec, qui a donné économie = la gestion de la maison) comme il l’a fait d’abord (égoïstement) pour lui-même. Il est persuadé que cela ne peut que plaire à Dieu, puisque cela lui plaît à lui, David !

Chantier annulé, projet renversé dans Communauté spirituelle f133_2Nous n’en finissons pas hélas comme David de créer Dieu à notre image et ressemblance… Le danger est qu’en construisant une maison pour abriter l’arche, David insidieusement commence à mettre la main sur YHWH : il veut qu’il soit entre quelques murs, ce qui revient à l’enfermer, à le confiner, lui qui est l’au-delà de toutes frontières ! Pire encore, avec ce futur Temple on devine qu’il y aura très vite un clergé pour y organiser des sacrifices, des fêtes, des liturgies somptueuses. Et la tentation ne sera pas loin alors d’instrumentaliser la foi en Dieu pour obtenir des contreparties en échange. Une procession au Temple pour obtenir la pluie. Un taureau égorgé pour obtenir la santé. Un pèlerinage au Temple pour obtenir le pardon. L’intuition de David est apparemment louable : construire une maison pour Dieu. Elle se révèle en fait terriblement réductrice, ouvrant la voie à un système religieux mettant Dieu sous tutelle.

 

Le renversement de perspective

ArbreJesseArsenal Chroniques dans Communauté spirituelleC’est pourquoi YHWH renverse la table des projets de David en faisant dire par Nathan :
« Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ? C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. […]
Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours » (cf. 2 S 7, 1-16).
Autrement dit : ‘laisse-moi être Dieu. C’est moi qui suis le fondement de ton règne et non l’inverse. Tu voulais me bâtir une maison ? C’est moi qui te bâtirai une maisonnée’. Le jeu de mots de la maison de Dieu et la maisonnée de David montre que Dieu prend David à son propre piège en quelque sorte : ne renverse pas les rôles David, c’est toi qui es abrité en Dieu et non l’inverse.

Le signe de l’élection par YHWH va alors devenir la lignée davidique, et particulièrement le rejeton de la souche de Jessé annoncé par les prophètes, que les chrétiens reconnaîtront en Jésus, fils de David.

La maison s’efface devant la maisonnée, le Temple devant le Messie, le culte devant la royauté.

On retrouve une trace de cette méfiance envers le Temple lorsque l’un des Sept (diacres), Étienne, citant Is 66, 1-2, relit histoire d’Israël devant ses juges à la lumière de la condamnation de Jésus par les autorités du Temple, accusé d’avoir blasphémé contre lui : « Pourtant, le Très-Haut n’habite pas dans ce qui est fait de main d’homme, comme le dit le prophète : Le ciel est mon trône, et la terre, l’escabeau de mes pieds. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur, quel sera le lieu de mon repos ? N’est-ce pas ma main qui a fait tout cela ? » (Ac 7, 48 50).
Etienne insiste : la promesse faite à David concerne la venue de Jésus et non la construction du Temple :  « Comme il (David) était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui » (Ac 2, 30).

Rien ne peut contenir le Dieu immense, créateur de toutes choses ! Quelle folie de croire que quelques murs vont le contenir, fussent-ils ornés de sculptures sublimes et remplies d’œuvres d’art précieuses ! Les protestants de l’Église Réformée de France ont gardé l’habitude de fermer leurs temples en dehors des cultes, justement pour éviter de laisser croire qu’un lieu suffirait à trouver Dieu. Les catholiques laissent leurs églises ouvertes, davantage comme un moyen de trouver Dieu en soi que dans les pierres. Et la lampe rouge de la présence eucharistique ne vient pas enfermer le Ressuscité dans l’hostie consacrée, mais ouvrir le cœur de celui qui adore à plus grand que lui.

Reste que depuis Nathan, le renversement de perspective opéré par YHWH pour passer de la maison à la maisonnée est toujours d’actualité. Les puissants veulent se servir de la foi pour asseoir leur domination et légitimer leur pouvoir. Les prêtres veulent un Temple qui les distinguera des fidèles et valorisera leur fonction cultuelle.

Nathan, Isaïe, Étienne contestent cette prétention à détenir le sacré : c’est le sacré qui nous fait tenir, et non l’inverse. Successeur de David, Jéroboam se voit confirmer l’objet de la promesse faite par Nathan : « Si tu (Jéroboam) obéis à tout ce que je vais te commander, si tu marches dans mes chemins et si tu pratiques ce qui est droit à mes yeux, en gardant mes décrets et mes commandements, comme l’a fait David mon serviteur, alors je serai avec toi et je construirai pour toi une maison stable, comme celle que j’ai bâtie pour David, et je te donnerai Israël » (1 R 11, 38).

Ce qu’ils représentent, ce n’est pas une religion sans culte, c’est une forme de culte différente de celle du Temple, et qui trouve dans le fruste tabernacle son expression et son point d’appui.

 

La réinterprétation du livre des Chroniques

Prêtre juif biblique devant le temple du roi SalomonPour être honnête, il faut signaler dans la Bible un autre courant qui s’est développé après Nathan, cherchant un compromis avec le Temple et les rabbins des synagogues. L’interprétation du livre des Chroniques nous met en effet sur la voie d’une deuxième exégèse plus conciliante à l’égard du Temple, en faisant dire au roi : « David, mon père, avait pris à cœur de construire une maison pour le nom du Seigneur, Dieu d’Israël. Mais le Seigneur a dit à David, mon père : “Tu as pris à cœur de construire une maison pour mon nom, et tu as bien fait de prendre cela à cœur. Cependant, ce n’est pas toi qui construiras la maison, mais ton fils, issu de toi : c’est lui qui construira la maison pour mon nom” » (2 Ch 6, 3 9).

On devine qu’il s’agit là de réhabiliter l’idée du Temple et de sa construction, en donnant le dernier mot à YHWH qui choisit Salomon et non David pour réaliser ce chantier gigantesque. D’après saint Jean, ce chantier a duré 46 ans (« Les Juifs lui répliquèrent : “Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais !” » Jn 2,20). La pointe polémique contre le Temple, ses sacrifices et son clergé, disparaît dans les Chroniques au profit de la soumission de David à la volonté de Dieu d’en rapporter la gloire à Salomon et non à son père David. Avec des arguments très pragmatiques : s’il faut 46 ans pour bâtir ce Temple, en temps de paix, avec des finances, des moyens technologiques, des ouvriers en conséquence, il est logique que ce soit sous le long, stable et prospère règne de Salomon et non pendant le début de la royauté à Jérusalem avec David encore exposé à la guerre et l’instabilité.

Ce deuxième courant a pris de l’importance au fil des ans, sous l’influence du clergé du Temple, et a fini par reporter sur le Temple l’attente de la réalisation de la promesse que YHWH avait faite sur le Messie. D’où la colère d’Étienne, voire de Jésus lui-même quand il annonça la destruction de l’édifice et son remplacement par son corps, accusé en cela de blasphémer devant le Sanhédrin.

f060_ouvriers David

 

Laisserons-nous Dieu nous bâtir une maison ?

 NathanNous ne sommes pas David, mais nous avons nous aussi des projets de construction plein la tête. Bâtir une famille, unie et heureuse. Construire une carrière avec des progressions de salaire et de reconnaissance par son milieu professionnel. Se faire une bonne réputation auprès de ses amis et relations. Faire en sorte que quelque chose de bon et d’utile reste de nous après notre passage sur terre.

Nous avons dès lors le choix : renverser la table avec Nathan, ou trouver un compromis acceptable avec les Chroniques.

·   Avec Nathan et Étienne, nous pouvons balayer d’un revers de main les châteaux de cartes de nos projets trop humains, trop à notre image. La force prophétique des chrétiens, c’est encore aujourd’hui contester les prétentions humaines à devenir le maître du monde, pliant les choses et les êtres à l’aune de son ambition. Se laisser construire par Dieu vaut mieux que poursuivre ses propres objectifs.
Le but de la vie chrétienne est de laisser Dieu construire son œuvre et non pas de construire une œuvre pour Dieu.

·   Avec les Chroniques, nous pouvons avec humilité remettre nos projets entre les mains de Dieu en acceptant comme David que ce soit un autre que nous-même qui les réalisera. Même si nous fourmillons d’initiatives et de chantiers, au moins laissons à Dieu le dernier mot pour savoir comment, quand et qui les mènera à leur terme.

Entre Nathan et les Chroniques, Jésus semble bien avoir choisi Nathan. Il chasse les marchands du Temple, il en parle comme d’une ruine à venir, il en fait le symbole de son corps tué puis ressuscité, il en dénonce les sacrifices d’animaux et le culte hypocrite, bref il se fait un tas d’ennemis en critiquant ouvertement ce qu’est devenu le Temple se substituant à l’espérance du Messie !

Choisissons nous aussi ce que nous allons faire de l’avertissement de Nathan : ‘ce n’est pas toi qui vas réussir des projets, c’est Dieu qui te bâtit un avenir plus grand que ce que tu imagines’…

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
La royauté de David subsistera toujours devant le Seigneur (2 S 7, 1-5.8b-12.14a.16)

Lecture du deuxième livre de Samuel

Le roi David habitait enfin dans sa maison. Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient. Le roi dit alors au prophète Nathan : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! » Nathan répondit au roi : « Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. » Mais, cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée à Nathan : « Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ? C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé, j’ai abattu devant toi tous tes ennemis. Je t’ai fait un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre. Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y planterai, il s’y établira et ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus l’humilier, comme ils l’ont fait autrefois, depuis le jour où j’ai institué des juges pour conduire mon peuple Israël. Oui, je t’ai accordé la tranquillité en te délivrant de tous tes ennemis.
Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »

 

PSAUME
(88 (89), 2-3, 4-5, 27.29)
R/ Ton amour, Seigneur, sans fin je le chante !   (cf. 88, 2a)

L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ;
ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.
Je le dis : c’est un amour bâti pour toujours ;
ta fidélité est plus stable que les cieux.

« Avec mon élu, j’ai fait une alliance,
j’ai juré à David, mon serviteur :
J’établirai ta dynastie pour toujours,
je te bâtis un trône pour la suite des âges. »

« Il me dira : ‘Tu es mon Père,
mon Dieu, mon roc et mon salut !’
Sans fin je lui garderai mon amour,
mon alliance avec lui sera fidèle. »

 

DEUXIÈME LECTURE
Le mystère gardé depuis toujours dans le silence est maintenant manifesté (Rm 16, 25-27)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Frères, à Celui qui peut vous rendre forts selon mon Évangile qui proclame Jésus Christ : révélation d’un mystère gardé depuis toujours dans le silence, mystère maintenant manifesté au moyen des écrits prophétiques, selon l’ordre du Dieu éternel, mystère porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi, à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus Christ, à lui la gloire pour les siècles. Amen.

 

ÉVANGILE
« Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils » (Lc 1, 26-38)
Alléluia. Alléluia.Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. Alléluia. (Lc 1, 38)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »
Alors l’ange la quitta.
Patrick BRAUD

 

Mots-clés : , , ,

Les commentaires sont desactivés.