L'homelie du dimanche

30 août 2020

Allez venez, Milord

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Allez venez, Milord

Homélie pour le 23° Dimanche du temps ordinaire / Année A
06/09/2020

Cf. également :

Lier et délier : notre pouvoir des clés
La correction fraternelle
L’Esprit saint et nous-mêmes avons décidé que…
L’Aujourd’hui de Dieu dans nos vies

Allez, venez Milord !

Même les plus jeunes ont entendu un jour la voix éraillée de la môme Piaf invitant un homme en peine à quitter sa tristesse :

Allez venez, Milord
Vous asseoir à ma table
Il fait si froid dehors
Ici, c’est confortable
Laissez-vous faire, Milord
Et prenez bien vos aises
Vos peines sur mon cœur
Et vos pieds sur une chaise
Je vous connais, Milord
Vous ne m’avez jamais vue
Je ne suis qu’une fille du port
Une ombre de la rue…

Toutes proportions gardées, il y a un petit air d’« allez, venez Milord ! » dans notre psaume 94 de ce dimanche. On le qualifie d’invitatoire car effectivement il nous invite à nous rassembler pour la louange. « Venez ! » est la proclamation forte des lévites à l’entrée du Temple de Jérusalem où se pressaient les pèlerins pour les fêtes juives. Bien sûr, ce n’est pas « une ombre de la rue » qui nous appelle ici, mais pèlerins et Milords ont en commun de devoir sortir d’eux-mêmes, de leurs soucis ou tristesse du moment, pour retrouver la joie d’être en bonne compagnie, ou plutôt en communion. Du coup, ce psaume invitatoire a été choisi par les chrétiens pour ouvrir chaque office de Laudes le matin, 365 jours sur 365, ce qui souligne son importance dans la prière chrétienne, plus encore que dans la liturgie juive.

Regardons de près de plus près ce psaume 94, afin de mieux y percevoir l’invitation de Dieu lui-même à nous asseoir à sa table.

 

Répondre à l’appel

Il y a d’abord une altérité, marquée par l’impératif : « venez ! » qui suppose un Je et un Nous. Le groupe ne se conduit pas lui-même. Il est invité, appelé (choisi, « élu »). Autrefois, c’était par la voix des lévites du Temple à Jérusalem, par les shofars (cornes de bélier) annonçant les fêtes importantes. Puis les cloches ont pris le relais, bientôt imitées par les muezzins. L’appel à la prière nous sort de notre quotidien, nous fait quitter nos maisons, nos solitudes, et nous rassemble en Église selon l’étymologie du mot grec ekklèsia = peuple appelé au-dehors (ek-kaleo). La vocation (vocare = appeler) est constitutive de notre identité chrétienne (et juive d’abord) : se laisser rassembler en un seul peuple appelé à communier à l’unique sainteté de Dieu, c’est cela l’Église. Pas un club de gens qui se choisiraient selon leurs affinités, leur milieu social, leurs options politiques… Dans ce rassemblement en réponse à l’appel (« venez ! »), personne ne choisit son voisin. Nous montons ensemble au Temple parce que nous y sommes invités, et non parce que nous en avons envie, ni même parce que ce serait un devoir. Répondre à l’invitation qui nous est lancée de la part de Dieu fait de nous son peuple, son Église.

En même temps que l’impératif, il y a le pluriel : « venez », « criez », « acclamons », « crions ».

Même si la prière en secret dans sa chambre a toute sa valeur (Mt 6,6), c’est essentiellement à plusieurs, en groupe, en foule qu’elle s’exprime. Pourquoi ce pluriel ? Parce que la relation à l’autre fait partie de la relation à Dieu, et réciproquement. Parce que nous ne pouvons communier à Dieu sans communier les uns aux autres (et réciproquement). Parce que nous ne pouvons être sauvés seuls, et sûrement pas les uns sans les autres. Parce que si un membre est absent, le corps du Christ est déchiré.

Rien de moins individualiste que la prière juive ou chrétienne. D’ailleurs, même le Notre Père est au pluriel : prononcé seul dans le secret de la chambre, le Notre Père est toujours une prière ecclésiale. Le Nous n’est pas de majesté mais de solidarité avec tous les priants, et par extension avec ceux qui ne prient pas.

 

La structure du psaume

Essayons maintenant de discerner une structure dans la composition de ce psaume 94.
Après l’invitation (« venez ! »), Il y a quatre verbes d’acclamations dont l’objet – notre salut – est nettement précisé :
    Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut !
    Allons jusqu’à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête acclamons-le !

Puis il y a quatre rappels de l’œuvre merveilleuse de la Création, témoin de la transcendance de Yahvé :
    Oui, le grand Dieu, c’est le Seigneur, le grand roi au-dessus de tous les dieux :
    il tient en main les profondeurs de la terre, et les sommets des montagnes sont à lui ;
    à lui la mer, c’est lui qui l’a faite, et les terres, car ses mainsles ont pétries.

Puis viennent quatre gestes de reconnaissance pour le salut du peuple, créé lui aussi comme les l’univers par la main de Dieu :
    Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits.
    Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par sa main.

Après ces 12 briques de louange, vient un avertissement se basant sur les 40 ans passés au désert :

« Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
Ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour de tentation (מַ֝סָּ֗ה = Massa) et de défi (כִּמְרִיבָ֑ה = Mériba), où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. Quarante ans leur génération m’a déçu, et j’ai dit : Ce peuple a le cœur égaré, il n’a pas connu mes chemins. Dans ma colère, j’en ai fait le serment : Jamais ils n’entreront dans mon repos.”

On ainsi la structure suivante :

Venez ! =>
Salut (4 éléments) du peuple
Création (4 éléments) du monde
Salut et Création du peuple (4 éléments)
Avertissement (les 40 ans)                            => Aujourd’hui, entrez (ou non) dans le repos de Dieu

Inutile de commenter longuement le symbolisme du chiffre 4 omniprésent dans ce plan (cf. les 4 points cardinaux etc.) : ce psaume est universel ; l’invitation n’est pas limitée au seul Israël, ni même à la seule Église. Elle vaut finalement - en Christ encore plus - pour tous les peuples de tous les siècles. Ce petit royaume d’Israël entouré de civilisations bien plus grandes et plus puissantes que lui a toujours follement prétendu que son Dieu était pour tous, « le grand roi au-dessus de tous les dieux ». L’universalisme de la prière juive ou chrétienne s’enracine là, et l’évocation de la Création en garantit la validité pour toutes les nations. Le Temple est bien une « maison de prière pour tous les peuples » (Is 56,7).

Quant au nombre 12, inutile encore d’en dire beaucoup. Ce sont bien les 12 tribus d’Israël, ou les 12 apôtres figurant l’Église, qui forment ce « peuple conduit par sa main », la part d’humanité qui accepte joyeusement de répondre à son invitation.

Le premier verbe après l’invitation « venez ! » est un impératif pluriel : « crions », dans lequel semble s’inclure celui qui vient de lancer l’invitation (indice que les lévites, puis les prêtres font partie de l’assemblée et ne sont pas seulement en vis-à-vis d’elle). Ce verbe n’est pas anodin. En hébreu (נָרִ֥יעַֽ = nā·rî·a‘), c’est le verbe qui désigne l’acclamation poussée par le peuple pour faire tomber les murailles de Jéricho au bout de 7 jours et 7 tours de ses remparts : « Poussez une clameur, le Seigneur vous a livré la ville ! La ville sera vouée à l’anathème pour le Seigneur, elle et tout ce qui s’y trouve. (…) Le peuple poussa la clameur et on sonna du cor. Lorsque le peuple entendit le son du cor, il poussa une grande clameur, et le rempart s’effondra sur place » (Jo 6,20). Le lien à l’histoire du salut est ainsi manifeste : nous avons de quoi crier si nous regardons les libérations déjà opérées dans notre histoire, les murailles que nous avons déjà réussies à faire tomber avec l’aide de Dieu, les remparts abattus pour que les villes comme Jéricho s’ouvrent à l’étranger…

Venir prier suppose donc que nous ayons déjà fait ensemble cet exercice collectif de relecture de notre histoire : quels Jérichos sont les nôtres ? quels Massas et Méribas (cf. infra) ? quel rocher dans quel désert ? quels Exodes hors de quelles Égyptes ?

Louer Dieu pour la grandeur de la nature est essentiel, mais le louer pour son compagnonnage dans notre histoire l’est encore davantage. Sinon nous risquons de le réduire à une vague puissance cosmique, et non plus un Dieu qui s’intéresse aux hommes. Le lien écologie-histoire humaine est fondamental.

Ce lien salut/création devient manifeste dans la troisième partie du psaume où les lévites semblent redonner de la voix pour inviter le peuple à entrer, s’incliner, se prosterner, adorer. Il y a de nouveaux cette altérité qui se fond en finale dans l’adoration commune (« adorons »). Il faut bien que quelques-uns rappellent à tous qu’ils sont invités, formés, conduits par la main d’un Tout-Autre.

L’ordre des motifs de louange par contre peut étonner : salut – création – salut et création. Ce n’est pas d’abord au Dieu cosmique que nous nous adressons, sinon il y aura toujours le risque d’un panthéisme déguisé. Sous couvert d’écologie, c’est peut-être l’une des tentations d’aujourd’hui : ne plus voir et défendre que les choses créées (la biodiversité, la planète, le climat) en oubliant leur Créateur, en les coupant de la source qui les maintient dans leur être, et de leur finalité qui est bien l’humanité. Pour la Bible, l’écologie est un humanisme, pas un nouveau matérialisme déguisé. Pour le psaume 94, comme pour l’ensemble de la Bible, l’histoire éclaire la création et à cause de cela vient en premier dans la louange adressée à Dieu. C’est parce qu’il est « notre rocher » (allusion l’épisode du rocher frappé par le bâton de Moïse dans le désert de l’Exode), « notre salut » (allusion à la Pâque comme aux autres libérations jalonnant l’histoire d’Israël), que Dieu peut également être appelé Créateur. « Il tient le monde dans ses mains » (He’s got the whole world in his hands), chante un vieux negro spiritual : c’est parce que les esclaves noirs éprouvaient la fidélité de Dieu dans l’épreuve qu’ils lui reconnaissaient la même sollicitude envers le monde entier qu’envers eux, ce qui nourrissait en retour leur confiance dans l’action de Dieu en leur faveur. Car salut et création s’unissent dans l’histoire du peuple : Israël est lui-même « formé, créé, conduit par la main de Dieu » comme le sont les soleils et les galaxies. Notons au passage que la création ici est continue. Pas une chiquenaude initiale, pas un big-bang isolé, pas un horloger qui abandonne l’horloge elle-même, mais une relation continue pour maintenir dans l’existence et faire évoluer ce qui a été créé.

Nous voilà maintenant entrés dans la louange, à l’intérieur du Temple, chantant la grandeur de Dieu telle qu’elle se manifeste dans notre histoire et dans la création. Vient alors l’avertissement, qui ‘casse un peu l’ambiance’ si on pardonne cet anachronisme ! « Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? » La louange seule ne suffit donc pas : il faut y ajouter l’écoute de sa Parole, et sa mise en œuvre. Prier sans s’impliquer concrètement serait de l’hypocrisie. Le rappel de l’épisode de Massa et Mériba sonne aux yeux des juifs de Jérusalem comme le désagréable rappel de leurs murmures contre Dieu, de leur révolte contre Moïse. Massa et Mériba étaient devenus synonymes de tentation et de défi contre Dieu, et c’est pour cela que notre traduction liturgique omet les noms propres pour les remplacer par leur équivalent, pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire d’Israël. Le texte hébreu du psaume fait explicitement référence à cette méfiance ingrate du peuple qui l’a finalement privé d’entrer en Terre promise. Ce n’est pas la génération sortie d’Égypte qui est entrée dans le repos, mais leurs enfants, 40 ans après.
« Moïse donna au lieu de la révolte, le nom de Massa, c’est-à-dire l’épreuve, et aussi le nom de Mériba, c’est à dire querelle, parce que les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis à l’épreuve » (Ex 17,7).
L’avertissement est clair : entrer dans le repos de Dieu n’est pas automatique, loin de là ! Ce rappel tragique permet à l’auteur du psaume d’attirer l’attention sur l’enjeu réel de la liturgie du temple : vivre l’aujourd’hui de Dieu.

 

L’aujourd’hui du psaume

La Lettre aux Hébreux développe en deux passages l’importance de notre psaume 94 pour les convertis au Christ. Dans le premier passage, l’actualisation du psaume est toute tournée vers le Christ : maintenir notre engagement premier envers lui malgré les menaces, ne pas s’endurcir en reprenant une vie ‘comme avant’, voilà ce qui nous permettra d’entrer dans le repos de Dieu :

Allez venez, Milord dans Communauté spirituelle 41eLCE1xODL._SX334_BO1,204,203,200_« C’est pourquoi, comme le dit l’Esprit Saint dans un psaume :
Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur comme au temps du défi, comme au jour de l’épreuve dans le désert, quand vos pères m’ont mis à l’épreuve et provoqué. Alors ils m’ont vu à l’œuvre pendant quarante ans ; oui, je me suis emporté contre cette génération, et j’ai dit : Toujours ils ont le cœur égaré, ils n’ont pas connu mes chemins. Dans ma colère, j’en ai fait le serment : On verra bien s’ils entreront dans mon repos !
Frères, veillez à ce que personne d’entre vous n’ait un cœur mauvais que le manque de foi sépare du Dieu vivant. Au contraire, encouragez-vous les uns les autres jour après jour, aussi longtemps que retentit l’“aujourd’hui” de ce psaume, afin que personne parmi vous ne s’endurcisse en se laissant tromper par le péché. Car nous sommes devenus les compagnons du Christ, si du moins nous maintenons fermement, jusqu’à la fin, notre engagement premier. Il est dit en effet : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur comme au temps du défi. Qui donc a défié Dieu après l’avoir entendu ? N’est-ce pas tous ceux que Moïse avait fait sortir d’Égypte ? Contre qui Dieu s’est-il emporté pendant quarante ans ? N’est-ce pas contre ceux qui avaient péché, et dont les cadavres sont tombés dans le désert ? À qui a-t-il fait le serment qu’ils n’entreraient pas dans son repos, sinon à ceux qui avaient refusé de croire ? Nous constatons qu’ils n’ont pas pu entrer à cause de leur manque de foi. » (He 3, 7 19)

Le deuxième commentaire du psaume 94 insiste sur la réalité du risque de ne pas entrer dans ce repos. Ceux qui ont refusé de croire (juifs et païens) se sont privés eux-mêmes de cette entrée. N’allons pas faire comme eux pour subir le même sort :

« Craignons donc, tant que demeure la promesse d’entrer dans le repos de Dieu, craignons que l’un d’entre vous n’arrive, en quelque sorte, trop tard. Certes, nous avons reçu une Bonne Nouvelle, comme ces gens-là ; cependant, la parole entendue ne leur servit à rien, parce qu’elle ne fut pas accueillie avec foi par ses auditeurs. Mais nous qui sommes venus à la foi, nous entrons dans le repos dont il est dit :
Dans ma colère, j’en ai fait le serment : On verra bien s’ils entreront dans mon repos !
Le travail de Dieu, assurément, était accompli depuis la fondation du monde, comme l’Écriture le dit à propos du septième jour : Et Dieu se reposa le septième jour de tout son travail. Et dans le psaume, de nouveau : On verra bien s’ils entreront dans mon repos ! Puisque certains doivent encore y entrer, et que les premiers à avoir reçu une Bonne Nouvelle n’y sont pas entrés à cause de leur refus de croire, il fixe de nouveau un jour, un aujourd’hui, en disant bien longtemps après, dans le psaume de David déjà cité : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur. Car si Josué leur avait donné le repos, David ne parlerait pas après cela d’un autre jour. Ainsi, un repos sabbatique doit encore advenir pour le peuple de Dieu. Car Celui qui est entré dans son repos s’est reposé lui aussi de son travail, comme Dieu s’est reposé du sien. Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos-là, afin que plus personne ne tombe en suivant l’exemple de ceux qui ont refusé de croire. » (He 4, 1 12)

L’épreuve d’autrefois peut surgir à nouveau chez les juifs qui ont embrassé la foi en Jésus-Christ, et donc chez nous aujourd’hui. L’Apôtre « aux Hébreux » recommande deux remèdes : d’abord la solidarité. Il importe de se soutenir les uns les autres dans les épreuves.  Le deuxième est la prière.

La pointe de l’avertissement est sans doute dans l’aujourd’hui du psaume : c’est aujourd’hui le jour du salut (2 Co 6,2), c’est aujourd’hui que Dieu nous libère, nous façonne en nous libérant, nous créé en nous façonnant. Ni la liturgie ni la prière ne sont tournées vers Dieu béatement, ou vers le passé nostalgiquement : la louange et la mémoire convergent vers l’aujourd’hui du salut de Dieu. Aujourd’hui s’accomplit pour nous l’Écriture (Lc 4,21).

À tous ceux qui viennent adorer et louer, le Christ adresse cet encouragement et cet appel :
       « Regarde ta propre histoire.
       C’est toujours chaque instant présent qui contient la signification de ton histoire.
       Tu ne peux pas regarder cette histoire en spectateur.
       Tu dois l’envisager à partir de tes décisions, à partir de ta responsabilité.
     Dans chaque instant présent de ta vie sommeille la possibilité qu’il soit l’instant du salut. À toi de le réveiller » [1].

C’est maintenant le moment favorable, pas hier, pas demain.
Aujourd’hui, cette parole du Christ s’accomplit pour nous qui l’entendons. Mais aujourd’hui, écouterons-nous sa parole ? 

Prions le Psaume 94 ce dimanche, et chaque matin dans les Laudes, en nous éveillant à l’aujourd’hui de Dieu qui commence.

« Allez, venez Milord… » 

 


[1]. Bultmann, Histoire et eschatologie, Delachaux & Niestlé, Neuchâtel-Paris, 1959.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Si tu n’avertis pas le méchant, c’est à toi que je demanderai compte de son sang » (Ez 33, 7-9)

Lecture du livre du prophète Ézékiel

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

PSAUME

(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

DEUXIÈME LECTURE
« Celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi » (Rm 13, 8-10)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère,tu ne commettras pas de meurtre,tu ne commettras pas de vol,tu ne convoiteras pas. Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour.

ÉVANGILE
« S’il t’écoute, tu as gagné ton frère » (Mt 18, 15-20)
Alléluia. Alléluia.Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui : il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation. Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
 Patrick BRAUD

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24 août 2020

Mon âme a soif de toi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Mon âme a soif de toi

Homélie pour le 22° Dimanche du temps ordinaire / Année A
30/08/2020

Cf. également :

Le serpent temporel
L’effet saumon
Le jeu du qui-perd-gagne
La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste
Les trois soifs dont Dieu a soif

Le Psautier : Version oecuménique, texte liturgiqueLe psaume de notre liturgie (2° lecture ; Ps 62) est celui de l’office de Laudes de chaque dimanche du temps pascal et de la semaine I. Tous ces dimanches, des millions d’hommes et de femmes s’éveillent à la louange du jour de la Résurrection avec les mêmes mots sur leurs lèvres : « Dieu tu es mon Dieu ; je te cherche dès l’aube. Mon âme a soif de toi, terre aride, altéré, sans eau ».

Le thème de la quête et celui de la soif se croisent ainsi en un gémissement où le désir de Dieu s’accroît de psalmodier ce cri plusieurs fois millénaire. Avoir soif de Dieu, le chercher en toutes choses et avant toutes choses, c’est le moteur même de la vie spirituelle. Reconnaître qu’il me manque, que mon désir le plus vrai au-delà des pulsions instinctives est orienté vers lui : les psaumes n’en finissent pas de chercher Dieu, criant vers lui « des profondeurs » ou « jubilant à l’ombre de ses ailes », blottis en lui « comme un petit enfant tout contre sa mère » ou désespérés de n’éprouver que son silence et son absence… Comme le psaume 62 (63), le psaume 41 (42) exprime lui aussi notre soif de Dieu et l’intensité de notre quête de Dieu, mais à travers l’image d’un cerf assoiffé : « comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi mon Dieu ». Cette allégorie du cerf assoiffé est souvent sculptée sur les façades de nos églises romanes, en la situant dans une scène de chasse familière en ces temps-là (XI°–XIII° siècles).

 

La double frise de la cathédrale d’Angoulême

Un des plus beaux exemples de cette soif de Dieu incarnée dans un cerf est gravé sur la façade et le chevet de la cathédrale d’Angoulême (Charente). Chef-d’œuvre de l’art roman à coupoles, sa façade est une véritable catéchèse de pierre regorgeant de symboles. Parmi eux, une première frise assez longue (4m à 5 m sur 1 m de hauteur) représente un cerf pourchassé par les chiens d’une meute.

 

La chasse à courre : une frise mystique

En bas à droite de la façade, cette frise attire nos regards. Un cerf y est pourchassé par un cavalier (qui sonne de sa trompe et tient un arc à la main avec sa flèche prête à être tirée), deux chiens, et un maître piqueur avec son lévrier en laisse.  C’est donc une scène de chasse à courre.

Frise Cerf Cathédrale Angoulême Façade

Frise Cathédrale Angoulême Façade

Pourquoi graver une scène de chasse sur la façade d’une cathédrale ?
Parce que Girard II (l’auteur de la cathédrale, évêque d’Angoulême de 1102 à 1130 environ) aurait été chasseur ? par pur motif esthétique ?
Sans doute non. La chasse est en effet un thème spirituel omniprésent dans la littérature spirituelle biblique, depuis les rabbis parlant de la quête de Dieu comme d’une chasse, jusqu’aux Pères de l’Église exploitant tous les détails de cette allégorie de la chasse à courre pour parler du désir de Dieu.
Ne dit-on pas en français courant : « se mettre en chasse » pour désigner la quête d’un objet, ou même d’un partenaire amoureux ? Se mettre en quête du Christ est donc une condition indispensable pour parcourir le programme de la façade de la cathédrale.

Dans l’iconographie médiévale, le cerf en était venu à désigner le Christ. Ses bois évoquent le bois de la Croix, car ils repoussent si on les coupe, à l’image du Christ ressuscitant quand on lui enlève la vie. On raconte qu’Hubert se convertit en voyant dans les bois d’un cerf le signe de la Croix du Christ ; saint Eustache également (ils devinrent pour cela patron des chasseurs / des sonneurs).

Le chercheur de Dieu devient lui-même un cerf : « comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant… » (Ps 42)
« De même que le cerf, après avoir été chassé, a soif, de même toi, cours tout bonnement devant toi et laisse s’allumer en toi une nouvelle soif de Dieu. C’est pour cela que tu es chassé. Ou encore : « l’homme, cerf chassé, court à Dieu comme il convient, gagné par la soif de Celui en qui sont réellement toute paix, toute vérité, toute consolation » (Tauler au XIV° siècle).

Cette frise est donc proprement mystique. Elle traduit le désir de Dieu, la quête intérieure qui permet au visiteur d’entrer véritablement dans le mystère offert par la cathédrale, au lieu d’en rester purement extérieur. Celui qui entre sans être habité par une soif de Dieu comparable à celle du cerf poursuivi par la meute risque de passer à côté de ce que la cathédrale a à lui offrir.

 

La chasse à courre : le désir infini

De manière inclusive, fortement voulue par l’auteur de la cathédrale, le chevet de l’édifice comporte une frise semblable, celle d’une biche, frémissante de sa course, poursuivie par deux chiens à la gueule ouverte et aux crocs menaçants.

Frise Cerf Cathédrale Angoulême Chevet

Frise Cathédrale Angoulême Chevet

Elle forme donc une magnifique inclusion avec la frise de la chasse à courre sur la façade, à l’autre extrémité de l’édifice, ainsi traversé de part en part par le thème de la soif de Dieu. Même après avoir franchi la porte, s’être rassemblé avec l’Église, avoir communié au Christ dans son eucharistie, le chemin n’est pas encore terminé pour autant ! Ni la vie en Église, ni les sacrements ne suffisent pour aller totalement à la rencontre du Dieu vivant. La quête spirituelle continue une fois sorti de la cathédrale, et se prolonge dans tous les domaines de la vie. La dimension mystique de la foi se nourrit de ce passage dans la cathédrale, et se joue dans la vie intérieure, mais aussi familiale, sociale…

Il s’agit de ne jamais enclore la recherche de Dieu, de ne jamais croire qu’on l’a trouvé. Comme l’écrivait le génial Saint Augustin : « Le chercher avec le désir de le trouver, et le trouver avec le désir de le chercher encore…. »

La biche poursuivant sa course, haletante du désir de Dieu, nous invite à ne jamais nous arrêter dans notre propre course intérieure. « Le seul élément stable du christianisme, c’est l’ordre de ne s’arrêter jamais » (Bergson). « Car c’est là proprement voir Dieu que ne d’être jamais rassasié de le désirer sans cesse… » (Grégoire de Nysse).

 

Jean Tauler et le cerf altéré

Une fois n’est pas coutume, voici le sermon 11 de Jean Tauler (1300–1361), un des plus grands représentants du courant appelé « mystique rhénane » (au XIV° siècle en Rhénanie), avec Maître Eckhart et Henri Suso. Tauler évoque la soif spirituelle qui fait de nous des cerfs pourchassés par les tentations, mais promis à la jubilation de la source à pleine gorgées.

 

Sermon 11 [1]

Mon âme a soif de toi dans Communauté spirituelle 51DYVRZ82XL._SX285_BO1,204,203,200_« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi » (Jn 7,37–38).
Ce qu’est la soif de Dieu. Comment elle se développe pareille à celle d’un cerf, dans la chasse faite à l’homme par les chiens de multiples tentations.

« Si quelqu’un a soif ». Qu’est-ce donc que cette soif ? C’est tout simplement ceci : quand le Saint Esprit vient dans l’âme et y allume un feu d’amour, un charbon d’amour qui provoque dans l’âme un incendie d’amour. Du feu de cet incendie jaillisse alors des étincelles d’amour qui engendrent une soif et un délicieux désir de Dieu ; et il arrive parfois que l’homme ne sache pas alors ce qu’il a, tant il ressent une détresse et un dégoût de toute créature.

« Comme le cerf soupire après l’eau vive, mon âme a soif de toi, mon Dieu. (Psaume 41,2).
Quand le cerf est vivement chassé par les chiens à travers forêts et montagnes, son grand échauffement éveille en lui une soif et un désir de boire plus ardents qu’en aucun autre animal. De même que le cerf est chassé par les chiens, ainsi le débutant dans les voies de Dieu est chassé par les tentations. Dès qu’il se détourne du monde, il est en particulier pourchassé avec ardeur par sept forts mâtins vigoureux et agiles. Ce sont les sept péchés capitaux. Ils le chassent avec de fortes et grandes tentations. Plus cette chasse est vive et impétueuse, plus grande devrait être notre soif de Dieu et l’ardeur de notre désir. Parfois il arrive qu’un des chiens rattrape le cerf et s’accroche, avec ses dents, au ventre de la bête. Quand alors le cerf ne peut se débarrasser du chien, il l’entraîne avec lui près d’un arbre et le frappe si fort contre l’arbre qu’il lui brise la tête et ainsi s’en délivre. Voilà précisément ce que l’homme doit faire. Quand il ne peut se rendre maître de ses chiens, de ses tentations, il doit en grande hâte courir à l’arbre de la Croix et de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ et là y cogner son chien, c’est-à-dire sa tentation et lui briser la tête. Cela veut dire que là, il triomphe de toute tentation et s’en délivre complètement.

Mais quand le cerf s’est débarrassé des gros chiens, viennent alors les petits bassets qui courent sous le cerf et le mordillent çà et là. Le cerf ne se garde pas suffisamment de ces petits chiens, et cependant ils le déchiquettent tant et si bien qu’il finit par en faiblir. Il en va de même pour l’homme. Quand il s’est débarrassé et a triomphé des grosses fautes, alors accourent les petits chien dont il ne se garde pas : bijoux, compagnies mondaines, passe-temps humains, amabilités, peu importe, tout cela l’entame çà et là par petits morceaux, c’est-à-dire qu’ils éparpillent son cœur et son for intérieur, de telle sorte que cet homme finit, comme le cerf, par faiblir dans toute sa vie pieuse, à la grâce et à la dévotion. Tout son zèle pour la piété s’évanouit un ainsi que tout sentiment de Dieu et de toute sainte pensée. C’est ainsi que ces petits chiens lui font souvent plus de tort que les grandes tentations. Car des grandes, il se garde, les tenants pour mauvaises, mais des petites, il ne s’en soucie pas.

Voici maintenant ce que font souvent les chasseurs. Quand le cerf est épuisé de soif et de fatigue, ils rappellent et retiennent les chiens pendant quelque temps – quand ils sont sûrs  de tenir le cerf – et ils le laissent un peu reprendre haleine pendant quelques instants. La bête en est ainsi très réconfortée et peut d’autant mieux supporter la chasse une seconde fois. C’est ainsi qu’agit notre Seigneur. Quand il voit que la tentation et sa chasse deviennent trop violentes et trop pénibles pour l’homme, il les arrêtent un peu et met sur les lèvres du cœur de l’homme une goutte de la douce saveur des choses divines. L’homme en est si fortifié que tout ce qui n’est pas Dieu lui paraît méprisable, et qu’il lui semble alors avoir triomphé de toute sa misère. Mais ce n’est là qu’un réconfort pour une nouvelle chasse. Au moment où il y pense le moins, voilà que les chiens lui sautent de nouveau à la gorge et l’assaillent avec un acharnement beaucoup plus fort que la première fois. Mais cependant il est fortifié et a bien plus de résistance qu’auparavant.

Quand le cerf a triomphé de tous les chiens et qu’il est arrivé à l’eau, il s’y abandonne à boire à pleine bouche et se désaltère tout à son aise, autant qu’il peut. L’homme agit de même lorsque, avec le secours de Dieu, il s’est débarrassé de toute la meute de chiens, grands et petits, et qu’altéré il arrive à Dieu. Que ferait-il alors si ce n’est de humer et boire à pleine bouche le divin breuvage tant et si bien qu’il soit vraiment enivré et si plein de Dieu, que dans la plénitude de sa félicité, il s’oublie complètement lui-même. Il ne craint plus ni vie ni mort, ni plaisir ni douleur. Cela vient de ce qu’il est enivré. Après cela, il entre dans une paix ineffable, en sorte que tout lui est allégresse et joie.

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi… de son sein couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 37-38).
Dieu avait besoin de trouver en nous une soif qui nous attire et lui permette de nous abreuver si abondamment que, du sein de ceux qui ont bu à ce breuvage « couleront des fleuves d’eau vive ».

 


[1]. Jean Tauler, Aux amis de Dieu, Ed. du Cerf, collection Foi vivante, 2001, pp. 41–44.

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« La parole du Seigneur attire sur moi l’insulte » (Jr 20, 7-9)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. À longueur de journée je suis exposé à la raillerie, tout le monde se moque de moi. Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois crier, je dois proclamer : « Violence et dévastation ! » À longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie. Je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir.

PSAUME

(Ps 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 8-9)
R/ Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu ! (cf. Ps 62, 2b)

Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube :
Mon âme a soif de toi ;
Après toi languit ma chair,
Terre aride, altérée, sans eau.

Je t’ai contemplé au sanctuaire,
j’ai vu ta force et ta gloire.
Ton amour vaut mieux que la vie :
tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir,
lever les mains en invoquant ton nom.
Comme par un festin je serai rassasié ;
la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Oui, tu es venu à mon secours :
je crie de joie à l’ombre de tes ailes.
Mon âme s’attache à toi,
ta main droite me soutient.

DEUXIÈME LECTURE

« Présentez votre corps en sacrifice vivant » (Rm 12, 1-2)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.

 

ÉVANGILE

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même » (Mt 16, 21-27)
Alléluia. Alléluia.Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »
Patrick BRAUD

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20 août 2020

Le kôan qui changea Simon en Pierre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le  kôan qui changea Simon en Pierre

Homélie pour le 21° Dimanche du temps ordinaire / Année A
23/08/2020

Cf. également :

Exercer le pouvoir selon le cœur de Dieu
Yardén : le descendeur
Les insignes du politique
Lier et délier : notre pouvoir des clés
Jésus évalué à 360°
Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

Un moine bouddhiste demande un jour à Chao Chou :
- « Qui est Chao Chou ? »
Chao Chou répondit :
- « Porte Est, Porte Ouest, Porte Sud, Porte Nord ! »

Le kôan

L'art du koan zen japonaisCe genre de dialogue étrange entre un maître et son disciple est couramment appelé kôan dans le bouddhisme zen.
Les kôans sont des énigmes fameuses de la tradition du zen ; il y en a aussi dans le soufisme, il y en a plein les évangiles si nous voulons bien les voir. Ce sont des questions qui restent en suspens, déstabilisantes, qui sont posées et qui restent  posées. Et s’il y a des kôans, au sens précis de telle formulation, c’est parce que nous sommes nous-mêmes kôans.
Question qui semble dans le bouddhisme être empreinte d’une certaine étrangeté absurde. Elle est posée par un maître zen à son élève, afin de l’aider par le biais même de cette absurdité, à appréhender la réalité.

C’est une sorte d’énigme irrationnelle, paradoxale, insolite, que l’on installe dans son esprit et que l’on va laisser mûrir jusqu’à l’apparition de l’évidence. Le raisonnement logique est banni ou très marginal ; il conduit à des lieux communs ou des impasses. Le kôan demande d’aborder les mots avec prudence, à penser plutôt à des associations d’idées ou des symboles.

Ainsi la question posée à Chao Chou nous emmène au-delà d’une définition trop simple de l’identité. La sécurité est un besoin fondamental de l’individu pour construire son identité. Cela induit la construction d’un rempart psychologique quasi-infranchissable pour se protéger de l’adversité (c’est bien sûr l’ego qui en est l’architecte). L’individu ainsi barricadé se coupe de toute véritable communication avec autrui. Mais Chao Chou a ménagé de nombreuses ouvertures dans son mur d’enceinte. C’est-à-dire que Chao Chou est totalement ouvert ; on peut l’aborder sous tous les angles, des quatre points cardinaux ; rien n’est caché en lui. Il n’y a aucune barrière pour venir à lui. Pas d’intérieur ni d’extérieur, Chao Chou est pure transparence. [1]

Les kôans débutent fréquemment sur une question banale à laquelle une réponse classique est possible. Dans ce cas, le kôan permet au maître de vérifier le niveau d’éveil de son élève. Celui qui répond sur le même registre n’a pas encore progressé sur la Voie. Une bonne réponse doit annuler la question selon deux procédés : soit la question a été comprise sur un registre différent, soit la réponse est donnée dans un autre registre. Par exemple, le Maître demande souvent au moine qui se présente devant lui : « D’où viens-tu ? » Cette information triviale n’intéresse pas le maître ; son objectif prioritaire est de nous conduire à l’éveil. Nous devons donc transposer son interrogation en rapprochant notre pensée de celle du maître. Nous pourrions interpréter sa question ainsi : « Où en es-tu de ta connaissance du zen ? »

Autres exemples de kôans :
- “Quel est ton visage originel avant la naissance de tes parents ?”
- « J’éteins la lumière, où va-t-elle ? »
- « Une illusion peut-elle exister ? »

Dans d’autres cultures, on trouvera des termes approchés, mais jamais équivalents : apophtegme, aphorisme, énigme, sentence, oracle, mashal, devinette…

 

Les trois identités de Simon

À bien des égards, le dialogue entre Jésus et Pierre ce dimanche (Mt 16, 13-20) a des airs de famille avec un  kôan bouddhiste :

« Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » |…]
Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ.

visage à 3 facesLa première question de Jésus est étrange : pourquoi demander l’opinion qu’ont de lui les foules ? Douterait-il de son identité ? Serait-il attaché à son image marketing, comme on dirait aujourd’hui ? Les foules en sauraient-elles plus que lui sur lui-même ? Et pourquoi pas… ? Les disciples rapportent des réponses stéréotypées : Jean-Baptiste, Élie, un prophète… Comme si Jésus était un autre, obligé de se couler dans un moule déjà réalisé dans l’histoire. Alors la deuxième question est plus personnelle : « et vous… ? » On devine l’embarras des Douze à l’impétuosité avec laquelle Simon se jette à l’eau : « tu es le Christ ». Mais bizarrement, à la manière des  kôans, Jésus ne valide pas directement cette réponse, et renvoie Simon à sa propre identité en train de changer : « tu es Pierre… »  Simon n’a pas dû comprendre grand-chose sur le coup au jeu de mots de Jésus sur Pierre/pierre ! Il est un peu perdu : lui qui croyait connaître l’identité de Jésus, il se voit renvoyer à la sienne propre, énigmatique, nouvelle. Plus encore, il ne comprend plus rien à son affirmation sur Jésus, puisque pour lui un Christ ne peut pas être soumis à l’intolérable humiliation de la Passion et de l’assassinat par les pouvoir juifs. Là, il devient Satan !

« Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Au cours de la même journée, il passe donc par trois identités successives : Simon, puis Simon-Pierre (car les noms s’ajoutent), puis Satan…

 LUNEAU René, SANON Anselme Titianma - Enraciner l'évangile: initiations africaines et pédagogie de la foiEn Afrique, lorsqu’un adulte demande le baptême, il (ou elle) a déjà reçu un prénom traditionnel (animiste) à sa naissance. Il choisit alors un prénom chrétien sous lequel il sera baptisé, qui s’ajoutera à son premier prénom. Ainsi Mgr Sanon, l’ancien évêque de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) signait toujours ses livres : Anselme Titianma Sanon, de ses deux prénoms, pour témoigner que le Christ accomplit le meilleur des cultures africaines.

Chacun de nous devient ainsi Simon-Pierre, car le Christ est venu accomplir, non pas abolir. Et chacun sait également qu’il peut devenir Satan parce qu’il fait obstacle à la volonté du Christ qui est de se livrer par amour, jusqu’à la mort s’il le faut.

L’ensemble de ce dialogue est sur le moment une énigme pour Simon-Pierre-Satan qui n’en  déchiffre pas le sens ni la portée. Il devine seulement qu’il n’a pas fini de devenir lui-même, et que c’est en dialoguant avec Jésus qu’il va peu à peu découvrir la profondeur de son être (avec sa complexité, ses ambivalences), et l’ampleur de sa mission.

Il y a deux questions. Il y a la question “qui suis-je ?” et il y a la question que le Christ adresse à chacun d’entre nous : “qui dis-tu que je suis ?”. Il y a deux questions, il y a une seule réponse. C’est au moment où Simon répond en disant : « tu es le Christ, le fils du Dieu vivant » qu’il s’éveille à son Pierre. Ce jour-là, c’était une rude journée. Le matin, quand il prend son petit déjeuner, il s’appelle Simon. Un peu plus tard il s’appelle Pierre. Et un peu plus tard il s’appelle Satan ! C’est ça la réalité : nous sommes simultanément Simon, Pierre et Satan ! Dans l’assise, il y a des moments où on est Satan, il y a des moments où on est Simon – Simon c’est notre identité habituelle sociale… –; puis il y a des moments où on est Pierre – Pierre c’est notre identité profonde dans le Christ. Dans la dynamique immanente de la vie humaine, de “qui suis-je ?”, le Christ vient, nous croise comme tout à l’heure il croisait la barque, et en posant une nouvelle question, il nous fait nous éveiller, naître à la réponse complète [2].

 

Chercher qui est Jésus, c’est se trouver soi-même.

Le  kôan qui changea Simon en Pierre dans Communauté spirituelle EE-Pour-vous-qui-suis-jeLe chassé-croisé entre les deux identités en jeu dans ce récit nous donne à réfléchir : la rencontre avec le Christ nous révèle pleinement à nous-même, souvent de manière énigmatique, mieux que ne le feront jamais tous les tests de personnalité ou les longues et chères analyses sur un divan.

À condition de trouver ma vraie parole la plus personnelle pour m’adresser à lui. Pas une réponse apprise par cœur. Pas une formule standard supposée être la bonne.

Un théologien jésuite (Pierre Ganne) paraphrasait ainsi ce dialogue de l’évangile en l’appliquant à nous aujourd’hui :
« Qui dis-tu que je suis ?
- Euh… ben… Seigneur, je dis ce que dit l’Église, ton Église…
- Mmm… faux jeton ! C’est pas ça que je te demande. Je ne te demande pas ce que dit de moi mon Église. Tout le monde le sait, ça. Pas la peine d’avoir la foi pour savoir ce que dit l’Église du Christ : il suffit de savoir lire ! Je te demande ce que tu dis, toi, en t’engageant dans ta parole ! Et malheur à toi si tu adhères à un langage dont tu ne peux pas dire qu’il est ta parole ! Tu es aliéné dans un langage qui n’est pas le tien » [3]

Le Credo que nous récitons ensemble le dimanche suppose que chacun soit capable de décliner ce Credo avec son expérience à lui, ses mots, les événements très personnels qui ont jalonné son éveillent à la fois, les visages, les blessures, les grandes soit qui ont marqué la croissance de sa foi. La proclamation du Credo unit tous les « je crois » en un seul « nous croyons » ecclésial, à condition que ce ne soit pas des mots creux et vides de chair spirituelle.

Notre identité est donc toujours en mouvement, comme Jésus sur les routes de Galilée. Jamais figée, elle évolue en fonction de nos rencontres, des révélations qui nous sont adressées par le regard des autres et en premier celui du Christ. N’enfermons jamais quelqu’un – et nous en premier – dans l’identité d’un moment, fût-elle glorieuse, ou monstrueuse. La dynamique de notre identité passera toujours par le point ‘Satan’ un moment ou un autre, mais le prénom gravé sur le caillou blanc de l’Apocalypse – lui – restera écrit pour toujours :

« Au vainqueur je donnerai de la manne cachée, je lui donnerai un caillou blanc, et, inscrit sur ce caillou, un nom nouveau que nul ne sait, sauf celui qui le reçoit (Ap 2,17). »

Si nous entretenons vivante la relation de dialogue et de communion avec le Christ, elle fera grandir en nous notre dignité d’enfant de Dieu, à travers nos plus belles professions de foi comme nos plus tristes reniements. Le Christ ne désire rien d’autre que nous  rendre à nous-même.

Simon-Pierre-Satan a su déchiffrer peu à peu, pendant des années après la Résurrection, le  kôan que Jésus lui avait soumis à Césarée de Philippe.
Apprenons à notre tour à reconnaître dans les énigmes de notre parcours de vie son invitation à devenir nous-même, en vérité.

 


[3]. Pierre Ganne, Qui dites-vous que je suis ?, Centurion, 1982.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je mettrai sur mon épaule la clef de la maison de David » (Is 22, 19-23)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Parole du Seigneur adressé à Shebna le gouverneur : « Je vais te chasser de ton poste, t’expulser de ta place. Et, ce jour-là, j’appellerai mon serviteur, Éliakim, fils d’Helcias. Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ton écharpe, je lui remettrai tes pouvoirs : il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira. Je le planterai comme une cheville dans un endroit solide ; il sera un trône de gloire pour la maison de son père. »

PSAUME
(Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 6.8bc)
R/ Seigneur, éternel est ton amour : n’arrête pas l’œuvre de tes mains. (cf. Ps 137, 8)

De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne.

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.

Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble.
de loin, il reconnaît l’orgueilleux.
Seigneur, éternel est ton amour :
n’arrête pas l’œuvre de tes mains.

DEUXIÈME LECTURE
« Tout est de lui, et par lui, et pour lui » (Rm 11, 33-36)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

 Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu ! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? Qui lui a donné en premier, et mériterait de recevoir en retour ? Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. À lui la gloire pour l’éternité ! Amen.

 

ÉVANGILE
« Je te donnerai les clés du royaume des Cieux » (Mt 16, 13-20)
Alléluia. Alléluia.Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Alléluia. (Mt 16, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ.
Patrick BRAUD

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15 août 2020

Des « juifs perfides » à « nos frères aînés »

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Des « juifs perfides » à « nos frères aînés »

 Homélie pour le 20° Dimanche du temps ordinaire / Année A
16/08/2020

Cf. également :

Recevoir sa mission d’une inconnue étrangère
Maison de prière pour tous les peuples
La bourse et la vie
Le communautarisme fait sa cuisine

Des « juifs perfides » à « nos frères aînés » dans Communauté spirituelle capture-dcran-2018-03-22-17-32-45

La Bête revient-elle ?

Il paraît que l’antisémitisme renaît de ses cendres, en Allemagne, en Europe… Pas uniquement l’antisémitisme païen de l’extrême-droite, ni l’antijudaïsme chrétien d’autrefois, mais aussi un antisémitisme musulman nourri d’une lecture fondamentaliste du Coran, et de la circulation de prédicateurs de haine dans les banlieues. Nous qui croyions que la Bête était morte dans son bunker berlinois en 1945 !

La deuxième lecture de ce dimanche (Rm 11, 13-32) n’en est que plus nécessaire, pour qu’au moins les chrétiens soient eux de fermes remparts stoppant la contagion hideuse. Vous avez entendu Paul : « dans la mesure où je suis moi-même apôtre des nations, j’honore mon ministère, mais dans l’espoir de rendre jaloux mes frères selon la chair, et d’en sauver quelques-uns. Si en effet le monde a été réconcilié avec Dieu quand ils ont été mis à l’écart, qu’arrivera-t-il quand ils seront réintégrés ? Ce sera la vie pour ceux qui étaient morts ! »

 

Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance.

7052-thickbox_default antisémitisme dans Communauté spirituelleRelisez l’ensemble des chapitres 9 à 11 de cette Lettre aux Romains : impossible d’être plus clair ! Le mystère d’Israël continue de jouer un rôle unique dans l’histoire humaine, à côté du mystère de l’Église qui en est le frère jumeau, ouvert à toutes les nations. En effet, Paul affirme que la vocation du peuple juif est « sans repentance » du côté de Dieu, c’est-à-dire toujours en vigueur : témoigner du Nom et de la sainteté du Dieu unique. Bien plus, Paul attribue à ce peuple (qu’on doit distinguer de l’État d’Israël pour ne pas confondre avec le sionisme) un rôle eschatologique : quand les juifs seront réintégrés (dans l’Église ultime), alors ce sera le signe que nous serons parvenus à la fin des temps, à la résurrection finale (« la vie pour ceux qui étaient morts ») ! Rien moins que cela… En attendant, ils ont les Patriarches, la Loi, les Prophètes, et nul ne peut leur enlever, surtout pas le juif Jésus venu accomplir les promesses faites à son peuple, pas les abolir.

Comment dès lors a pu être antijuif et chrétien ? Malgré les persécutions et son sort  personnel, Paul n’a pas voulu faire du peuple juif le responsable de la mort de Jésus, ni l’ennemi du christianisme. Hélas, les évangiles sont moins clairs, avec des phrases lumineuses : « le salut vient des juifs » (Jn 4,22), et des phrases terribles, à la postérité meurtrière : « que son sang retombe sur nous et nos enfants ! » (Mt 27,25). Hélas les Pères de l’Église seront très largement et violemment antijuifs. Pas antisémites, car c’était à l’époque un conflit théologique (la messianité de Jésus) et non une théorie raciale (les sémites comme Untermenschen). Dans la suite des siècles, la position officielle de l’Église a oscillé entre protection bienveillante des juifs, garantissant leur liberté de culte et leurs privilèges (les métiers de l’argent par exemple, interdits aux chrétiens), et oppression injuste. Citons quelques traits caractéristiques de ce deuxième versant, pour conjurer leur renaissance sous d’autres traits actuels.

 

L’enseignement du mépris

La%20synagogue déicide

La synagogue (cathédrale de Strasbourg)

L’expression est de l’historien juif Jules Isaac, qui a publié en 1962 une étude intitulée : « L’Enseignement du mépris : vérité historique et mythes théologiques ». Il y décrit la tonalité générale très antijuive des homélies, de la catéchèse, des représentations artistiques (exemple : la synagogue est peinte ou sculptée comme une femme rendue aveugle par un bandeau sur ses yeux symbolisant son refus de croire en Jésus). Le mépris, c’est l’opinion majoritaire entretenue par le clergé sur les mœurs et les croyances des juifs. Cela est même allé jusqu’au mépris des personnes, institutionnalisé dans l’obligation faite aux juifs de porter la rouelle au XII° siècle. Héritière sans doute du signe distinctif imposé aux dhimmis (= non musulmans) par les califes musulmans dès le IX° siècle, la rouelle est l’annonce de la funeste étoile jaune nazie. Louis IX (Saint Louis !) va l’imposer aux juifs de son royaume en 1269… Pièce de tissu disposée en anneau, elle symbolisait les 30 deniers de Judas auquel on assimilait tous les juifs avec mépris (l’homonymie Judas/judaïques était systématiquement utilisés pour faire l’amalgame). L’enseignement du mépris a donc conduit à des pratiques d’oppression des juifs, jusqu’à des pogroms sanglants, obligés dès lors de vivre entre eux, à l’intérieur de ghettos (quartiers réservés) où le pouvoir catholique les confinait pour les protéger de la violence de la foule (il reste ainsi encore plus de 300 ‘rues de la Juiverie’ ou ‘rue des Juifs’ en France !).

Dans son livre : « La France et les Juifs ; de 1789 à nos jours » (Seuil, 2004), Michel Winock relève : « Dans le résumé de l’histoire sainte du catéchisme modèle du diocèse de Paris [avant Vatican  II], on peut lire : « Jérusalem périt sans ressource, le Temple fut consommé par le feu, les Juifs périrent par le glaive. Alors ils ressentirent les effets du cri qu’ils avaient fait contre le Sauveur : ‘Son sang soit sur nous et sur nos enfants’. La vengeance de Dieu les poursuit, et partout ils sont captifs et vagabonds. »

 

Le peuple déicide

800px-Landau_066 juifCette accusation terrible faisant du peuple juif le principal responsable de la mort du Dieu-Jésus fleurit sous la plume des Pères de l’Église.

Ainsi Méliton de Sardes (II+ siècle) tient des propos aujourd’hui irrecevables dans son Homélie de Pâques : « Qu’as-tu fait, Israël ? Tu as tué ton Seigneur, au cours de la grande fête. Écoutez, ô vous, les descendants des nations, et voyez. Le Souverain est outragé. Dieu est assassiné par la main d’Israël. » Même le grand Augustin d’Hippone se laisse prendre dans cette fausse exégèse dans son Commentaire sur les Psaumes : « Que les Juifs ne disent pas : Nous n’avons pas tué le Christ. » Même Luther reprendra cette accusation dans un livre au titre-programme : « Des Juifs et de leurs mensonges », en 1543 : « Nous sommes même coupables si nous ne vengeons pas tout ce sang innocent de notre Seigneur et des chrétiens qu’ils ont répandu [...]. Nous sommes fautifs de ne pas les tuer. »

Notons cependant que le Concile de Trente, qui a traité de la question au XVI° siècle, n’a jamais accrédité cette thèse du peuple déicide. Au contraire, il interdit de porter cette accusation, rappelant que Christ est mort pour nos péchés, péchés qui sont de tous temps et de tous les peuples : « Il faut ensuite exposer les causes de la Passion, afin de rendre plus frappantes encore la grandeur et la force de l’amour de Dieu pour nous. Or, si l’on veut chercher le motif qui porta le Fils de Dieu à subir une si douloureuse Passion, on trouvera que ce furent, outre la faute héréditaire de nos premiers parents, les péchés et les crimes que les hommes ont commis depuis le commencement du monde jusqu’à ce jour, ceux qu’ils commettront encore jusqu’à la consommation des siècles [...]. Les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’il endura. »

Le Catéchisme du Concile de Trente précise (1re partie, chapitre 5, § 3) :
« Nous devons donc regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la Croix, à coup sûr, ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal (Hebr., 6, 6.) crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés, et Le couvrent de confusion. Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre (1 Cor., 2, 8.), s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides. »

Malheureusement, cette prise de position conciliaire ne fut pas suffisamment enseignée ni reçue dans l’ensemble du peuple chrétien.

 

Race maudite

La théologie chrétienne a enseigné pendant des siècles que la Diaspora (dispersion des juifs de par le monde) a eu lieu en 70 apr. J.-C. (prise de Jérusalem par Titus) et qu’elle est le châtiment divin de la Crucifixion. Jules Isaac cite par exemple cette affirmation trouvée dans un manuel de certificat d’études publié en 1947 (destinés aux jeunes de 13-14 ans) : « [Après la Crucifixion], le châtiment des juifs déicides ne se fit pas attendre. Trente-six ans après la mort du Sauveur, l’empereur romain Titus s’empara de Jérusalem… Les Juifs, dispersés à travers le monde, n’ont jamais pu reformer une nation ». « Ils ont erré partout, considérés comme une race maudite, objet du mépris des autres peuples. »

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Le « décret infâme » de Napoléon

Napoléon empereur est un représentant de cette opinion si courante faisant du peuple juif une race à part, maudite à cause de sa responsabilité dans la mort du Christ et son refus de croire en lui. Le « décret infâme » est le surnom donné au troisième des décrets institués par Napoléon Ier le 17 mars 1808 pour intégrer les Juifs dans la société française. Ces dispositions qui étaient un retour partiel aux méthodes discriminatoires de l’Ancien Régime, prenaient effet pour dix ans (mais ne visaient que les juifs de l’Est). « Je ne prétends pas, déclare Napoléon, dérober à la malédiction dont elle est frappée cette race qui semble avoir été exceptée seule de la rédemption, mais je voudrais la mettre hors d’état de propager le mal. » Il préconise dans ce décret la dissolution de la « race juive » au sein de la population chrétienne.

 

Le juif errant

220px-Juif_errant rouelleLe mythe du Juif errant est absent des évangiles ; il trouve une de ses origines dans un passage de l’évangile selon Jean1 où Jésus dit à son sujet : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? » (Jn 21,22) De là cette idée qu’un témoin de la Passion survivrait jusqu’au retour du Christ. De nombreux contes populaires romancèrent cette pseudo-immortalité à souhait, en la transformant en errance maudite. Cette errance évoquait la chute historique du royaume d’Israël ; elle était également le signe d’une faute (un peu comme Caïn condamné à errer après avoir tué Abel), libre aux auditeurs de déchiffrer ce message et de considérer le personnage comme un imposteur, un traître dont on doit se moquer et qu’il faut rejeter.

Au XVI° siècle, le mythe du Juif errant se voit immortalisé dans un petit opuscule allemand au travers d’un personnage modeste, mais extraordinaire, d’un simple cordonnier juif, nommé Ahasvérus, qui prétend avoir assisté à la crucifixion du Christ. Il insulta le Christ et refusa de l’aider à porter la croix, ce qui lui valut d’être condamné par décret divin à parcourir la terre sans pouvoir se reposer jusqu’au jour du Jugement. Ce récit connaît un succès populaire foudroyant et constitue un phénomène déconcertant.

Par la suite, le roman-feuilleton d’Eugène Sue, « Le Juif errant », connaît l’un des plus grands succès publics du XIX° siècle (1844-45). Sue exploite surtout l’idée de la malédiction qui accompagne le Juif errant en faisant coïncider son arrivée à Paris avec l’épidémie de choléra d’avril 1832 qui a fait plus de 12 000 victimes – on ignorait alors presque tout sur cette maladie et son mode de propagation.

À ce mythe du Juif errant viennent s’ajouter les vieilles calomnies médiévales accusant les juifs de pratiques sataniques : sacrifices d’enfants vivants ou de chrétiens, profanation d’hosties, empoisonnement de sources, crachats sur des crucifix, etc.

 

Les juifs perfides

hqdefaultHebraeorum gens est une bulle pontificale, rédigée par saint Pie V et nommée d’après ses premiers mots « Le peuple juif » (en latin : Hebraeorum gens). Elle est datée du 4 mars 1569. Au début dans une sorte d’exposé des motifs, le pape décrit comment les Juifs furent méprisés et dispersés de leurs places à cause de leur incroyance et qu’ils avaient été perfides et ingrats quand ils ont rejeté leur Sauveur par une mort indigne (en latin : « perfida et ingrata suum Redemptorem indigna morte peremptum impie reprobarit »). La liturgie catholique du vendredi avait hélas gardé la trace de cette insulte lorsqu’elle faisait prier pendant l’office de la Passion : « Prions aussi pour les Juifs perfides (Oremus et pro perfidis Judaeis) afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur ». Introduite au VII° siècle, cette oraison  signifiait originellement : « Prions aussi pour les Juifs incroyants » ou « Prions aussi pour les Juifs infidèles », au sens où ces derniers n’adhéraient pas à la foi chrétienne (per-fides). Cependant, avec l’évolution de la liturgie et les traductions dans les langues communes, notamment le français, l’expression a rapidement changé de sens. Elle est devenue très vite, dans un contexte d’antijudaïsme, synonyme de « déloyauté », « fourberie ». Il a fallu attendre 1959 pour que le pape Jean XXIII fasse supprimer les termes contestés (perfidis ainsi que perfidiam) qui figuraient dans l’oraison. Après Vatican II, pour effacer toute trace de cette accusation, l’oraison est devenue celle-ci : « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé, en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité de son Alliance ».

 

Nos frères aînés

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Jean-Paul II en visite à la synagogue de Rome

On oublie souvent que Jean-Paul II a été le premier pape de l’histoire à visiter une synagogue ! C’était le 13 avril 1986, à la synagogue de Rome. Fait inouï jusqu’à présent, d’une portée aussi grande que notre deuxième lecture (Rm 9–11), sur laquelle le pape s’appuie pour proclamer les juifs « nos frères aînés dans la foi » :
« L’Église du Christ découvre son « lien » avec le judaïsme « en scrutant son propre mystère ». La religion juive ne nous est pas « extrinsèque » mais, en un certain sens, elle est « intrinsèque » à notre religion. Nous avons donc, à son égard, des rapports que nous n’avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères préférés et dans un certain sens, on pourrait dire nos frères aînés. »

Jean-Paul II était évêque de Varsovie lorsqu’il a participé au concile Vatican II, dans une Pologne encore fortement teintée d’antisémitisme malgré l’horreur de Dachau, Auschwitz, Buchenwald sur son sol. Il a plus que d’autres perçu l’importance décisive du document conciliaire Nostra Aetate qui évoque la relation de l’Église aux autres religions, et en premier à la religion juive. L’accusation de peuple déicide est clairement réfutée, une fois pour toutes :

« Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ (cf. Jn 19,6), ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Église est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. » (Nostra Aetate n° 4) [1]

Vatican II veut ainsi éradiquer définitivement tout enseignement du mépris :

« Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la parole de Dieu, de n’enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de Évangile et à l’Esprit du Christ. »

 

Le travail que Vatican II a réalisé pour purifier la mémoire et la nature de la relation chrétiens/juifs devrait également être entrepris par l’islam sous toutes ses formes, car l’antisémitisme contemporain est largement d’inspiration pseudo musulmane.

Relisons donc les chapitres 9 à 11 de la Lettre aux Romains : denses, argumentés, ils devraient nous faire porter un autre regard sur « nos frères aînés dans la foi ». À commencer par le juif Jésus, et sa mère, jeune femme juive ayant enseigné à son fils l’araméen, le shabbat, les fêtes juives, les rituels, l’espérance de tout un peuple depuis 2000 ans…

 


[1]. Une version antérieure du texte était plus précise encore : « … que jamais le peuple juif ne soit présenté comme une nation réprouvée ou maudite ou coupable de déicide… »

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Les étrangers, je les conduirai à ma montagne sainte » (Is 56, 1.6-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : Observez le droit, pratiquez la justice, car mon salut approche, il vient, et ma justice va se révéler.
Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, pour devenir ses serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et tiennent ferme à mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples. »

PSAUME

(Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8)
R/ Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble ! (Ps 66, 4)

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que ton visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

DEUXIÈME LECTURE

« À l’égard d’Israël, les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance » (Rm 11, 13-15.29-32)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, je vous le dis à vous, qui venez des nations païennes : dans la mesure où je suis moi-même apôtre des nations, j’honore mon ministère, mais dans l’espoir de rendre jaloux mes frères selon la chair, et d’en sauver quelques-uns. Si en effet le monde a été réconcilié avec Dieu quand ils ont été mis à l’écart, qu’arrivera-t-il quand ils seront réintégrés ? Ce sera la vie pour ceux qui étaient morts !
Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. Jadis, en effet, vous avez refusé de croire en Dieu, et maintenant, par suite de leur refus de croire, vous avez obtenu miséricorde ; de même, maintenant, ce sont eux qui ont refusé de croire, par suite de la miséricorde que vous avez obtenue, mais c’est pour qu’ils obtiennent miséricorde, eux aussi. Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde.

ÉVANGILE

« Femme, grande est ta foi ! » (Mt 15, 21-28)
Alléluia. Alléluia.Jésus proclamait l’Évangile du Royaume, et guérissait toute maladie dans le peuple. Alléluia. (cf. Mt 4, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.
Patrick BRAUD

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