L'homelie du dimanche

15 avril 2019

Incendie de Notre Dame de Paris : « Le sanctuaire, c’est vous »

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 23 h 43 min

Incendie de Notre Dame de Paris : « Le sanctuaire, c’est vous »

L’incendie de « la forêt » (la charpente) de Notre Dame de Paris nous bouleverse, nous émeut aux larmes. En ce début de semaine sainte, elle est déjà crucifiée, l’effondrement de sa charpente la marquant d’un immense stigmate rouge flamboyant dans le ciel de Paris. Des milliers de parisiens la contemplent, incrédules, dans un impressionnant silence qu’on aurait auparavant qualifié « de cathédrale ». Des millions de par la terre entière se sont joints à eux par leurs écrans envahis de reportages en direct. Choqués, ils ont fait bruisser les réseaux sociaux d’une immense rumeur de stupéfaction, de chagrin, de colère aussi.

Incendie Notre Dame de Paris

Viendra le temps du bilan, puis de l’analyse des causes, des responsabilités, et ensuite de la reconstruction.

Ce soir c’est une immense tristesse qui étreint les amoureux de la beauté de cette cathédrale, des œuvres d’art qu’elle recèle, de l’histoire de France qui lui est intimement liée.

Cependant, la foi chrétienne sait bien que les demeures des hommes ne sont pas éternelles. Jésus lui-même a choqué les habitants de Jérusalem en annonçant qu’il ne resterait pas pierre sur pierre de son Temple pourtant magnifique (Lc 21, 5-11). Et Paul nous demande de ne pas nous tromper de sanctuaire :

« Frères, ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, cet homme, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous. » (1Co 3,16)

Non, la nature n’est pas sacrée, ni les bois, ni les pierres. Non, le sanctuaire n’est pas fait d’or ou d’argent, mais de chair et le sang, car « le sanctuaire c’est vous ».

Le peuple hébreu se l’est entendu dire dès le début de l’Exode :

« Ils me feront un sanctuaire, et j’habiterai au milieu d’eux » (Ex 25,8)

Vous avez bien lu. Le texte ne commet pas de faute. Normalement, on aurait dû lire : « vous construirez ce sanctuaire afin que j’habite en lui ». Mais non ! Israël a construit le Temple pour que Dieu habite dans le cœur de chacun, et non dans les pierres. L’Église construit des cathédrales, non pour y enfermer l’Esprit du Christ, mais pour que l’Esprit du Christ habite en nous. Les bâtiments sont des symboles, des médiations, pour que Dieu fasse de nous son Temple vivant. Même si Notre-Dame de Paris était détruite dans l’incendie ou dans une prochaine guerre, la foi chrétienne n’en serait pas détruite pour autant, car l’inhabitation de Dieu en chacun n’est pas liée au sort de nos cathédrales.

Reste que notre attachement à ce symbole de notre peuple nous fait tous désirer que la reconstruction ne tarde pas. Les collectes, les élans de générosité, les solidarités de tous bords ne manqueront pas, soyons en sûrs. L’espérance non plus.

Puisse ces flammes raviver le désir de devenir nous-mêmes le vrai sanctuaire de Dieu parmi les hommes.

NB : Dans son roman « Notre-Dame de Paris » publié en 1831, Victor Hugo avait décrit, avec une imagination qui fait froid dans le dos ce soir, la possibilité de cette destruction de Notre Dame :

 « Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. À mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’œil. Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle. »

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