L'homelie du dimanche

24 septembre 2018

Scandale ! Vous avez dit scandale ?

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Scandale ! Vous avez dit scandale ?


Homélie pour le 26° dimanche du temps ordinaire / Année B
30/09/2018

Cf. également :

Contre tout sectarisme
Le coup de gueule de saint Jacques


Qu’est-ce qui vous scandalise ?
Quelles affaires vous indignent ?
Quels faits vous mettent en colère comme un incendie embrase une forêt au mois d’août ?

Scandale à la uneNotez sur un bout de papier ou dans votre tête les 3 premiers sujets de scandale qui vous viennent à l’esprit. Réfléchissez sur ce que ce tiercé révèle de vos priorités, de vos peurs, de vos engagements (ou non). Puis demandez à un proche de faire le même exercice. Et comparez. Vous verrez la personnalité de chacun apparaître à travers ses choix. Vous constaterez sans doute de grandes différences. Car nous avons chacun un sens très personnel du scandale. Et notre indignation peut être sélective, ou largement conditionnée par notre milieu. Certains vibreront d’abord sur des thématiques politiques : injustices, inégalités ; d’autres sur des thématiques sociales : violences faite aux femmes, aux enfants, IVG, euthanasie ; d’autres encore mentionneront les scandales financiers qui ont ruiné des gens par centaines : Lehman Brothers, Enron, Barings, la crise de 1929… ; ou bien des scandales éclaboussant des personnalités en vue : l’affaire Fillon, Benalla, le Watergate, les diamants de Bokassa etc.

En faisant votre liste, vous remarquerez peut-être que notre époque en Occident a une conception très médiatique du scandale. Pasolini déclarait avec son sens habituel de la provocation : « Scandaliser est un droit, être scandalisé un plaisir ». Est scandaleux dans notre mentalité occidentale actuelle ce qui alimente la rumeur sur les réseaux sociaux, les chaînes d’information en continu, tout ce qui accélère ce que Bourdieu appelait « la circulation circulaire de l’information ». Lorsque le scandale ne tourne plus en boucle sur nos écrans, il passe de cyclone à tornade, puis à fort coup de vent, et finalement le souffle de l’événement s’éparpille et laisse la place à une nouvelle indignation…

La durée de vie des scandales est éphémère. Les plus anciens se souviendront des scandales ayant marqué le XX° siècle : l’affaire Dreyfus, Stavinsky, les emprunts russes, le canal de Panama, les goulags… Mais les autres siècles avaient bien d’autres sujets de scandale : le collier de la reine, les maîtresses du roi, les intrigues de la cour, la colonisation… « À chaque instant nous sommes exposés à nous scandaliser. Vous voyez le juste dans la pauvreté, vous vous scandalisez. Vous voyez le méchant dans la richesse, vous vous scandalisez. Vous voyez une famille chrétienne sans enfants, vous vous scandalisez ; une autre famille qui n’est pas chrétienne, et où tout abonde, vous vous scandalisez… » [1].

La Bible a elle aussi sa culture particulière du scandale, qui a très peu à voir avec notre conception actuelle. Le scandale biblique est un acte extérieur répréhensible (geste, attitude, parole, omission), posé sans cause suffisante, qui fournit au prochain l’occasion d’une chute spirituelle ou d’une faute. Pour les auteurs bibliques, est scandaleux non pas ce qui est publiquement rejeté par tous, mais ce qui risque de faire chuter quelqu’un dans sa foi en Dieu. Le scandale biblique (skandalon en grec) est essentiellement une occasion de chute qui déstabilise le croyant et risque de le faire douter.

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Ainsi, dans l’évangile ce dimanche, l’œil, la main ou le pied peuvent entraîner le croyant à s’éloigner du chemin des justes. Mieux vaut alors les couper, dit Jésus sans ménagement en usant du langage hyperbolique qu’il affectionne. Heureusement, les Pères de l’Église ont interprété ce passage allégoriquement :
« Nous pouvons trouver autour de nous des parents et des amis qui nous soient unis comme les membres de notre corps ; si leur influence est mauvaise, ils ne sont plus des amis, ils sont des ennemis : il nous restera des mutilations douloureuses, mais nous serons sauvés (Origène : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XIII 25).
« Rien n’est nuisible comme la fréquentation des mauvais. Souvent plus que la nécessité n’a pu faire, l’amitié le fait soit en bien soit en mal. Quels que soient les liens qui nous unissent à eux, il faut traiter les méchants comme nous traitons nos membres gangrenés, quand nous voyons que leur corruption nous gagne » (saint Jean Chrysostome : homélie LIX sur saint Matthieu, 4).
« Il vaut mieux vous sauver en vous séparant d’eux que de vous perdre en leur compagnie » (saint Jérôme).
 Les yeux, mains ou pieds qui entraînent à pécher sont souvent de mauvaises relations qui nous influencent en mal. De telles amitiés sont scandaleuses, au sens où elles nous éloignent de Dieu. Mieux vaut cesser ces fréquentations et couper avec elles. Celui qui fréquente la mafia doit savoir qu’il finira par lui ressembler dès qu’il met un doigt dans l’engrenage. Mieux vaut la pauvreté libre que la richesse sous tutelle du mal.

« Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer ». Le mot petits (mikron en grec, qui a donné micron) ne désigne pas des enfants ici, mais plutôt les cœurs simples (Rm 16,17), les gens ordinaires qui sont les préférés de Dieu, par opposition aux puissants de ce monde. Ce sont les humbles du Magnificat, qui sont élevés par Dieu alors que les puissants sont renversés de leur trône.
« C’est le propre des petits de pouvoir être scandalisés : car ceux qui sont grands sont au-dessus du scandale » (saint Jérôme).
« Celui qui est grand, quoi qu’il ait à souffrir, ne déserte pas sa foi ; mais celui qui est encore petit, faible, à cause des secrètes connivences qu’il a encore avec le mal, cherche volontiers l’occasion de se scandaliser (saint Bède le Vénérable : commentaire de l’évangile selon saint Marc) ».
Faire chuter ces petits qui croient peut être une allusion aux multiples prophéties et fausses doctrines sur Jésus qui ont pullulé dans les premiers siècles : gnostiques, ébionites, marcionistes, sabellianistes, monophysites, ariens etc… Il y a eu tant de soi-disant prophètes qui ont failli égarer le peuple des chrétiens dans des théories trop humaines ! Paul est très clair : « Je vous exhorte, frères, à vous garder de ceux qui suscitent divisions et scandales en s’écartant de l’enseignement que vous avez reçu ; éloignez-vous d’eux. Car ces gens-là ne servent pas le Christ notre Seigneur, mais leur ventre, et par leurs belles paroles et leurs discours flattent, séduisent les cœurs simples » (Rm 16,17-18).
Ce sont ces prétendus docteurs semant la division et le trouble que Jésus vise par son terrible avertissement : « mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer ».

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Ailleurs dans les Évangiles, c’est la persécution qui est un objet de chute (skandalon) pour le croyant semblable à la graine semée dans sur la roche : « dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, il y trouve une occasion de chute (skandalizo) » (Mt 13,21).
Et c’est vrai que beaucoup ont renié leur baptême (les lapsi = ceux qui ont chuté) devant la peur et les menaces romaines de perdre son emploi, de voir sa famille déportée, ou de finir dans l’arène du cirque. La Gestapo et ses techniques de torture jouaient le même rôle scandaleux pendant l’Occupation : beaucoup ont craqué (mais qu’aurions-nous fait à leur place ?) pendant les interrogatoires inhumains dans les sous-sols d’une Kommandantur. La torture à la manière de la Gestapo est un scandale au sens où elle est une occasion de chute pour les résistants et peut les faire dévier de leur juste combat.

Du coup, les Évangile n’hésitent pas à qualifier Jésus lui-même de scandale, cette fois-ci pour ceux qui ne croit pas en lui. En effet, ses paroles peuvent choquer les juifs pratiquants : « sais-tu que les pharisiens ont été scandalisés (skandalizo) des paroles qu’ils ont entendues ? » (Mt 15,12)
Et notamment lorsqu’il parle du pain de vie : « Jésus, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce sujet, leur dit : ‘cela vous scandalise-t-il ?’ » Jn 6,61)
Sa liberté devant l’occupant romain peut troubler, si bien qu’il préfère payer l’impôt dû à César (alors qu’il n’y est pas assujetti de par sa filiation divine) plutôt que de dérouter les gens qui croient en lui : « Pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, et tire le premier poisson qui viendra; ouvre-lui la bouche, et tu trouveras un statère. Prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi. » (Mt 17,27)
Son enfance ordinaire à Nazareth jure avec sa prétention à être le fils de Dieu, et cela scandalise les juifs de Capharnaüm : « N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ? Et il était pour eux une occasion de chute (skandalizo) ». (Mc 6,3)
Pierre fanfaronne en affirmant que lui ne chutera pas (skandalizo) là où les autres faibliront : « Quand tous seraient scandalisés, je ne serai pas scandalisé ». (Mc 14,29) et Jésus est obligé de lui annoncer son reniement à venir.
C’est donc que ceux qui ont chuté (Pierre reniant, les lapsi, tout pécheur…) n’ont pas à être scandalisés de leurs propres faiblesses…

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En dehors des Évangiles, c’est Paul qui fait usage du mot scandale avec le plus de force. Libre vis-à-vis de la cashrout, Paul demande que cette liberté alimentaire ne soit pas prétexte à scandale qui détournerait les judéo-chrétiens de la foi : « Il est bien de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, et de s’abstenir de ce qui peut être pour ton frère une occasion de chute, de scandale ou de faiblesse ». (Rm 14,21) « C’est pourquoi, si un aliment scandalise mon frère, je ne mangerai jamais de viande, afin de ne pas scandaliser mon frère » (1Co 18,13).
Et surtout, Paul théorise la Croix comme scandale absolu pour les juifs : « nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens » (1Co 1,23).
« Quant à moi, frères, si je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté ? C’en est donc fini du scandale de la croix ! » (Ga 5,11)

Ce scandale continue d’être pour les musulmans un obstacle à recevoir la foi chrétienne : il est inconcevable, scandaleux, pour le Coran qu’un envoyé de Dieu finisse de façon aussi lamentable et infamante. D’où les théories musulmanes de la substitution ou du sosie pour éviter à Isha cette infamie choquante.

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L’enjeu de ce rapide parcours biblique est double :

- prenons conscience des situations où nos actes et nos paroles risquent de faire de nous un scandale (une occasion de chute) pour ceux qui croient ou cherchent à croire.

- et si nous-mêmes sommes scandalisés, réfléchissons à ce qui veut ainsi nous déstabiliser. N’est-ce pas donner trop de force au scandale que de l’amplifier à l’infini ou de croire qu’il est insurmontable ?

Les psaumes appellent le juste à ne se laisser déstabiliser par rien dans sa marche vers Dieu : « Grande paix pour les amants de ta loi, pour eux rien n’est scandale » (Ps 119,165)

Les Pères de l’Église étaient persuadés que le chrétien a en lui la force de l’Esprit de Dieu pour vaincre ces tentations de chuter : « Jésus nous a apporté la paix : il nous l’a apportée par sa croix, par cette croix qui est le plus grand scandale des Juifs, et qui met celui qui s’y attache au-dessus de toute tentation » [2].

« Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie » (sainte Thérèse d’Avila) : les scandales d’hier ou d’aujourd’hui sont légion ; demain en inventera bien d’autres. Souvent on nous les impose comme tels à notre insu.

Prenons garde aux vrais scandales (dans le sens biblique du terme) qui nous éloignent du cœur de la foi (l’amour, pardon, la communion de Dieu en tous), et croyons que « rien ne pourra nous éloigner de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ » (Rm 8,39).

Rien, pas même la plus scandaleuse des actualités.

 


[1]. Ambroise de Milan, commentaire du Psaume 118, sermon XXI

[2]. Ambroise de Milan, ibid.

 

 

Lectures de la messe 

Première lecture
« Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! » (Nb 11, 25-29)

Lecture du livre des Nombres

En ces jours-là, le Seigneur descendit dans la nuée pour parler avec Moïse. Il prit une part de l’esprit qui reposait sur celui-ci, et le mit sur les 70 anciens. Dès que l’esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas.
Or, deux hommes étaient restés dans le camp ; l’un s’appelait Eldad, et l’autre Médad. L’esprit reposa sur eux ; eux aussi avaient été choisis, mais ils ne s’étaient pas rendus à la Tente, et c’est dans le camp qu’ils se mirent à prophétiser. Un jeune homme courut annoncer à Moïse : « Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! » Josué, fils de Noun, auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole : « Moïse, mon maître, arrête-les ! » Mais Moïse lui dit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »

Psaume
(Ps 18 (19), 8, 10, 12-13, 14)
R/ Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur. (Ps 18, 9ab)

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables.

Aussi ton serviteur en est illuminé ;
à les garder, il trouve son profit.
Qui peut discerner ses erreurs ?
Purifie-moi de celles qui m’échappent.

Préserve aussi ton serviteur de l’orgueil :
qu’il n’ait sur moi aucune emprise.
Alors je serai sans reproche,
pur d’un grand péché.

Deuxième lecture
« Vos richesses sont pourries » (Jc 5, 1-6)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Vous autres, maintenant, les riches ! Pleurez, lamentez-vous sur les malheurs qui vous attendent. Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille sera un témoignage contre vous, elle dévorera votre chair comme un feu. Vous avez amassé des richesses, alors que nous sommes dans les derniers jours ! Le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont moissonné vos champs, le voici qui crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur de l’univers. Vous avez mené sur terre une vie de luxe et de délices, et vous vous êtes rassasiés au jour du massacre. Vous avez condamné le juste et vous l’avez tué, sans qu’il vous oppose de résistance.

Évangile
« Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la » (Mc 9, 38-43.45.47-48) Alléluia. Alléluia.
Ta parole, Seigneur, est vérité ; dans cette vérité, sanctifie-nous. Alléluia. (cf. Jn 17, 17ba)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. » Jésus répondit : « Ne l’en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer. Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds. Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. »
Patrick BRAUD

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