L'homelie du dimanche

16 octobre 2017

Résistez à la dictature du format court !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Résistez à la dictature du format court !


Homélie du 29° Dimanche ordinaire / Année A

22/10/2017

Cf. également :

Refusez la pression fiscale !

« Tous pourris » ?

Le but est déjà dans le chemin

Le chien retourne toujours à son vomi


bird, communication, logo, network, tweet, twitter iconDepuis son élection, Donald Trump affole le monde avec ses tweets à l’emporte-pièce. Des petites phrases du président Macron alimentent elles aussi les controverses en France. En entreprise, on vous dit de ne pas écrire plus d’un A4 pour être lu si vous devez faire une note, ou de synthétiser votre étude en une slide pour le lecteur pressé. Dans une interview politique, le ou la journaliste coupe la parole sans cesse après 15 secondes, et demande régulièrement à son interlocuteur : ‘êtes-vous pour ou contre… ?’ ; ‘il vous reste 30 secondes pour exprimer votre point de vue’ etc. Ajouter à cela les SMS, rendus abscons et cryptés à force d’être raccourcis, et vous comprendrez ce que représente l’impératif caché de notre temps : faire court.

Le piège dans lequel on veut faire tomber Jésus dans l’évangile de ce dimanche (Mt 22, 15-21) est Résistez à la dictature du format court ! dans Communauté spirituelle massa_meriba_2exactement le même : « oui ou non, est-il permis de payer l’impôt à l’empereur ? » Les mâchoires du piège sont faciles à deviner : réponds oui et nous te dénoncerons à la foule comme collaborateur de l’occupant romain ; réponds non et nous te dénoncerons à César comme séditieux et rebelle. Le formalisme du piège mérite d’être clairement exposé, car c’est cela qui lui donne toute sa force. Les opposants veulent ici enfermer Jésus dans la dictature du format court que nous voyons à l’œuvre tout autour de nous. Comme quoi, malgré les réseaux sociaux et l’informatique et Internet, « il n’y a rien de nouveau sous le soleil » (Qo 1,9)… Jésus d’ailleurs a dû se souvenir d’un passage de l’Exode où le peuple tend ce piège à Dieu en le provoquant à faire jaillir de l’eau en plein désert : « Moïse donna à ce lieu le nom de Massa et Meriba (querelle et épreuve), parce que les Israélites cherchèrent querelle et parce qu’ils mirent Yahvé à l’épreuve en disant: ‘Yahvé est-il au milieu de nous, ou non ?’ » (Ex 17,7). Cette défiance du peuple provoquant son Dieu, réclamant une réponse immédiate et tranchée (« oui ou non ») est tellement suicidaire que Dieu les obligera à cheminer pendant 40 ans dans le désert pour apprendre ce que marcher avec Lui signifie…

Bien souvent, lorsque que nous voulons témoigner du Christ, ou lorsqu’on nous demande de « rendre compte de l’espérance qui est en nous » (1P 3,16), on nous enferme plus ou moins volontairement dans cette soi-disant obligation du format court : ‘oui ou non le Christ est-il ressuscité ?’ ‘Es-tu pour ou contre l’avortement ?’ ‘Crois-tu en Dieu oui ou non ?’ Etc.

Oui Non — photo de stock

Avec sagesse et habileté, Jésus refuse d’endosser cette caricature de débat. On lui demande de faire court : montrezmoilamonnaiedelimpt dictature dans Communauté spirituelleil va faire autrement. Au raisonnement binaire, il va substituer un raisonnement symbolique (« va chercher une pièce de monnaie »). À l’alternative oui/non, bien/mal, noir/blanc qui correspond si bien à notre ère digitale faite de 0 et de 1, Jésus va répondre par une logique d’interrogation : « de qui est l’effigie et l’inscription sur la pièce de monnaie ? » Plutôt que d’asséner sa réponse pour l’imposer à l’autre, Jésus amène son contradicteur à réfléchir avec lui, à s’interroger et à trouver par lui-même sa propre solution. Même sa conclusion n’est pas une réponse au sens de la case à cocher d’un QCM (questionnaire à choix multiples) : « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Cette pirouette finale a pour but de ne pas clore le chemin parcouru. Elle est suffisamment énigmatique pour continuer à faire réfléchir, à interroger. D’ailleurs, tout au long des siècles, cette célébrissime maxime a été interprétée de bien des manières : théorie des deux glaives (spirituel et temporel) en Occident, théorie de la symphonie des pouvoirs en Orient (cf. l’aigle russe bicéphale), ou plus récemment théorie de la laïcité d’inspiration chrétienne, cette non-réponse n’en finit pas de susciter bien des pratiques différentes !

Elle est sans doute destinée à cela. Ne pas figer la vérité, obliger à la repenser à chaque fois, à chaque époque, pour chacun… : la sagesse évangélique n’a rien d’une dictature, elle est beaucoup plus une pédagogie du cheminement.

 

Alors, prions l’Esprit du Christ pour qu’il nous donne d’entrer en résistance contre la dictature du format court !

La madeleine de Proust ne peut se décrire en 140 caractères.
Les SMS ne remplaceront jamais de vraies lettres d’amitié ou d’amour, forcément plus longues.
L’œuvre de Joseph Schumpeter ou de Karl Popper ne peut se résumer en une slide.
Une citation de Baudelaire ne suffit pas pour goûter Baudelaire…
41J87S9Y81L._SX316_BO1,204,203,200_ Jésus
Celui qui n’a pas pendant des heures cultivé le dur labeur d’entrer dans une pensée volumineuse, subtile, complexe, risque fort de réduire sa propre pensée à des mots d’ordre simplistes et dangereux.
Il y a bien quelques formats courts dans la Bible : pensez au livre des Proverbes, à quelques psaumes, à quelques versets lapidaires. Mais ils ne sont jamais à séparer du reste. Mâcher et ruminer l’Écriture dans son entièreté est l’affaire d’une vie de croyant, de chercheur de Dieu.

La prochaine fois que vous sentirez les mâchoires du piège se refermer sur vous : « oui ou non, est-il permis de… ? », pensez à l’impôt dû à César et à l’habile contre-pied du Christ. Par le symbolique (la pièce de monnaie), l’interrogation (de qui sont l’image et le texte ?) et la pédagogie du cheminement, résistez à la dictature du format court que des gens trop pressés voudraient vous imposer.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

Première lecture
« J’ai pris Cyrus par la main pour lui soumettre les nations » (Is 45, 1.4-6)
Lecture du livre du prophète Isaïe
Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus, qu’il a pris par la main pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée : « À cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, alors que tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre : hors moi, pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre. »

Psaume
(Ps 95 (96), 1.3, 4-5, 7-8, 9-10ac)
R/ Rendez au Seigneur la gloire et la puissance. (Ps 95, 7b)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Il est grand, le Seigneur, hautement loué,
redoutable au-dessus de tous les dieux :
néant, tous les dieux des nations !
Lui, le Seigneur, a fait les cieux.

Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur la gloire et la puissance,
rendez au Seigneur la gloire de son nom.
Apportez votre offrande, entrez dans ses parvis.

Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté :
tremblez devant lui, terre entière.
Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! »
Il gouverne les peuples avec droiture.

Deuxième lecture
« Nous nous souvenons de votre foi, de votre charité, de votre espérance » (1 Th 1, 1-5b)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Paul, Silvain et Timothée, à l’Église de Thessalonique qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ. À vous, la grâce et la paix. À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous, en faisant mémoire de vous dans nos prières. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père. Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par lui. En effet, notre annonce de l’Évangile n’a pas été, chez vous, simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, pleine certitude.

Évangile
« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 15-21)
Alléluia. Alléluia. Vous brillez comme des astres dans l’univers en tenant ferme la parole de vie.
Alléluia. (Ph 2, 15d.16a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 En ce temps-là, les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Alors, donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? » Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Patrick Braud

 

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