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24 juillet 2017

Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien

Homélie pour le 17° dimanche du temps ordinaire / Année A
30/07/2017 

Cf. également :

Quelle sera votre perle fine ?
Acquis d’initié
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Les bonheurs de Sophie
Épiphanie : la sagesse des nations
L’identité narrative : relire son histoire
L’événement sera notre maître intérieur

 

Le scribe d’Astérix

Il existe sur une Youtube une vidéo culte (plus d’un million de vues !), extraite du film Astérix et Cléopâtre. On y voit Astérix (Christian Clavier) demander au scribe de Cléopâtre en quoi consiste son métier. Le scribe part alors dans une description improbable, philosophique et hilarante de son activité professionnelle. Il termine par cette réplique devenue culte elle aussi : « je chante l’amour, je ne suis qu’amour »… Astérix et Obélix ont le visage qui s’allonge au fur et à mesure, ne comprenant pas grand-chose au galimatias du scribe, pourtant plus profond qu’il n’y paraît…

Ce scribe d’Astérix est totalement compatible avec celui de Jésus dans notre évangile ! Dans sa quatrième parabole sur le royaume des cieux de ce dimanche (cf. , Mt 13, 44-52)  Jésus évoque en effet le travail créatif et innovant du scribe authentique : « tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

 

De quoi, de qui êtes-vous le scribe ?

Cette mini parabole s’adresse donc aux scribes. Métier de copiste à l’origine, le scribe était devenu également l’exégète des textes qu’il diffusait. Rappelons qu’à l’époque, le canon des Écritures n’était pas encore définitivement fixé. De nombreux manuscrits circulaient (comme par exemple ceux de la mer Morte), mais on ne distinguait pas encore les canoniques des apocryphes. Le scribe faisait connaître des textes, et les accompagnait de commentaires oraux, en lien avec les docteurs de la Loi. C’est d’ailleurs la tradition orale qui primait. Les manuscrits n’étaient jamais que la retranscription fidèle des récits qui avaient été forgés dans la prédication orale et se répétaient avec exactitude.

Les révélations des manuscrits de la mer Morte

Et vous, de quoi êtes-vous le scribe ?

Une vieChacun de nous peut se considérer comme scribe de son propre parcours de vie. Puisque l’Alliance de chacun avec Dieu est une histoire sainte, il y a beaucoup à raconter, beaucoup à écrire des évènements traversés avec Dieu comme compagnon de route. Des Mémoires de Charles De Gaulle aux biopics pour adolescents, tout le monde pressent confusément qu’il faut écrire quelque chose de sa vie ou de la vie des autres. C’est un devoir commun d’humanité !

La mort récente de Simone Veil a par exemple ravivé ce besoin non seulement de se souvenir mais de raconter (la Shoah, le Parlement européen, la loi sur l’IVG…) en puisant dans cette vie exemplaire des sources d’inspiration pour aujourd’hui. Il y aura des livres, des films, des émissions TV sur cette histoire d’une jeune fille juive échappant à la mort des camps nazis pour devenir une figure féminine hors du commun.

Mais chacun de nous est une Simone Veil à sa mesure ! Raconter à ses enfants, petits-enfants est un devoir d’héritage. Et on ne raconte jamais ce qui nous a touché – du rire aux larmes – de façon froide et purement « factuelle ». On le fait avec le recul des années, en fonction du contexte présent, selon les destinataires etc.

Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien dans Communauté spirituelle scribe-ptahchepses

De qui êtes-vous le scribe ?

Le danger de la fonction de scribe est de devenir un flagorneur, un biographe officiel des puissants. Le scribe de Jésus est libre : parce qu’il s’est « converti » (« disciples du royaume des cieux ») il n’est plus le fonctionnaire d’un pouvoir, mais un « maître de maison », capable d’indépendance. Produire sa propre interprétation des événements, sans autre intérêt que celui du royaume des cieux, est la marque du scribe chrétien. Au lieu de reproduire les commentaires autorisés, les avis de la pensée dominante, ce scribe n’appartient à personne sinon au royaume des cieux. Avons-nous cette liberté intérieure ? Sommes-nous capables de nous émanciper des récits officiels pour produire notre propre histoire, notre relecture des événements de notre vie ?

 

Le trésor des scribes

Vierge de l'Annonciation de Fra AngelicoC’est de son trésor que le scribe selon Jésus puise de quoi nourrir ses lecteurs/auditeurs. Ce trésor, c’est tout d’abord l’Écriture bien sûr qu’il est chargé de transmettre. Pour nous, c’est également le trésor des événements, heureux ou difficiles, qui nous parlent de Dieu et de notre itinéraire avec ou sans lui. Si chacun était persuadé que sa vie est un trésor, il en prendrait soin mieux encore que de son assurance-vie ! L’histoire d’un couple, d’une carrière professionnelle, d’un engagement social ou politique, d’une passion artistique ou culturelle… : ce qui nous est arrivé a tant de valeur ! C’est de cela que nous pouvons / devons tirer de quoi nourrir les générations futures, à commencer par nos proches, mais pas seulement.

Cela demande de prendre du recul, de méditer sur les méandres de notre existence,  de ruminer l’imprévu et l’étonnement qui ont jalonné ce parcours. À l’image de Marie qui gardait toutes ces choses en son cœur…

Impossible d’être le scribe du royaume des cieux sans se livrer régulièrement à cet exercice de relecture des événements, pour y discerner les paroles que Dieu nous y adresse, ses appels qu’il nous faut transmettre à d’autres. Cela va de la semaine de retraite dans un monastère cet été à la minute d’examen de conscience en fin de soirée. Cela engendre la prière d’action de grâces pour le don reçu et la prière de supplication pour  réussir à déchiffrer, à décrypter l’inouï – joyeux ou souffrant – qui nous est survenu.

 

Du neuf et de l’ancien

Une fois assurés dans notre métier de scribe, et conscients du trésor qui nous est confié, Jésus nous demande de pratiquer l’alliage du neuf et de l’ancien. Pour le scribe juif, c’est  savoir lire la nouveauté chrétienne dans la Torah, la Sagesse et les Prophètes. Pour l’exégète chrétien, c’est savoir enraciner la révélation chrétienne dans l’Ancien Testament. Finalement il s’agit de lire l’ancien à la lumière du nouveau, et réciproquement !

Ce n’est pas vrai seulement des deux testaments ! C’est vrai aussi pour le trésor de ne vie.

Du neuf et de l'ancienNe pas répéter indéfiniment – en s’y enfermant – les blessures du passé. Ne pas nourrir la nostalgie du « c’était mieux avant ». Et à l’inverse ne pas pratiquer la table rase de ceux qui croient pouvoir bâtir sans racines.

Cela ressemblerait presque au fameux slogan de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 : « le changement dans la continuité » ! C’est en effet une gageure de ne pas opposer créativité et fidélité, innovation et tradition. Mais c’est notre responsabilité éthique. Vis-à-vis de nous-mêmes d’abord : honorer notre passé, assumer ce que nous avons fait ou pas fait, tout en nous tournant vers l’avenir avec énergie.

C’est une démarche à mi-chemin entre l’exploration du passé de type psychanalytique et la création ex nihilo de type start-up comme les GAFA il y a 10 ans… La doxa psychanalytique  croit que rien ne peut se dénouer sans visiter d’abord les combles et le grenier de notre histoire personnelle. Fasciné par le poids du passé, ce travail en a perdu plus d’un, car il est incapable par lui-même de produire autre chose que le fruit du passé, incapable d’accueillir ce qui nous vient de l’avenir, ce qui nous est donné gratuitement en rupture totale avec nos conditionnements d’autrefois.

À l’inverse, le mode start-up devient dangereux s’il oublie d’intégrer les contraintes du passé, s’il ne pense qu’à l’instant en négligeant le long terme.

La fixation sur l’ancien engendre blocage et immobilisme. La séduction exclusive du nouveau génère précarité et perte d’identité. Penser un pays en mode start-up est tout autant idolâtre (de la nouveauté) que le traditionalisme en matière religieuse (refuser le travail de l’Esprit qui actualise sans cesse le dépôt de la foi).

Sur le plan personnel, tirer du neuf de l’ancien repose sur une philosophie du temps proprement chrétienne. Ni cyclique à la manière de la Tradition des Anciens, ni linéaire à la manière du Progrès des Lumières, le temps chrétien est plutôt… hélicoïdal ! C’est-à-dire qu’il navigue sans cesse entre la promesse de Dieu et ce qu’elle a déjà réalisé dans nos vies,  pour discerner ce qu’elle est en train de créer de nouveau aujourd’hui. L’eucharistie est par excellence cet enroulement symbolique de la mémoire et de l’avenir, de la continuité et de la rupture, de l’ancien et du nouveau.

Apprenons patiemment à pratiquer une telle lecture de nos histoires humaines. Encourageons-nous mutuellement à tirer du trésor de nos vies à la fois du neuf et de l’ancien !

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Tu m’as demandé le discernement » (1 R 3, 5.7-12)
Lecture du premier livre des Rois
 En ces jours-là, à Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur apparut en songe à Salomon. Dieu lui dit : « Demande ce que je dois te donner. » Salomon répondit : « Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi, moi, ton serviteur, à la place de David, mon père ; or, je suis un tout jeune homme, ne sachant comment se comporter, et me voilà au milieu du peuple que tu as élu ; c’est un peuple nombreux, si nombreux qu’on ne peut ni l’évaluer ni le compter. Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? »
 Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit : « Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. »

PSAUME
(Ps 118 (119), 57.72, 76-77, 127-128, 129-130)
R/ De quel amour j’aime ta loi, Seigneur ! (Ps 118, 97a)

Mon partage, Seigneur, je l’ai dit,
c’est d’observer tes paroles.
Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche,
plus qu’un monceau d’or ou d’argent.

Que j’aie pour consolation ton amour
selon tes promesses à ton serviteur !
Que vienne à moi ta tendresse, et je vivrai :
ta loi fait mon plaisir.

Aussi j’aime tes volontés,
plus que l’or le plus précieux.
Je me règle sur chacun de tes préceptes,
je hais tout chemin de mensonge.

Quelle merveille, tes exigences,
aussi mon âme les garde !
Déchiffrer ta parole illumine
et les simples comprennent.

DEUXIÈME LECTUR
« Il nous a destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils » (Rm 8, 28-30)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour. Ceux que, d’avance, il connaissait, il les a aussi destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères. Ceux qu’il avait destinés d’avance, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a rendus justes, il leur a donné sa gloire.

ÉVANGILE
« Il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ » (Mt 13, 44-52) Alléluia. Alléluia.
Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à la foule ces paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
 Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle.
 Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
 « Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ». Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »
Patrick BRAUD

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