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30 décembre 2015

Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?

 

Cf. également :

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu

L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture

« Laisse faire » : éloge du non-agir

Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »

« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus

Lot de consolation

Tauler, le métro et « Non sum »

Yardén : le descendeur

 

Homélie pour la fête de l’Épiphanie / Année C
03/01/2016

 

Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ? dans Communauté spirituelle 220px-Sant%27Apollinare_Nuovo_00En cette fête de l’Épiphanie, les mages offrent trois présents à l’enfant qui vient de naître. Or visiblement, il n’en a aucun usage immédiat ! Il eût mieux valu donner des vêtements chauds, une chambre à l’auberge, le secours d’une servante…

La question redouble quand on fait attention au terme grec utilisé pour ces fameux cadeaux des mages : δρον (dōron).

Dans le Nouveau Testament, il y a 19 usages de ce mot [1], essentiellement pour désigner des offrandes faites à Dieu lui-même. Par exemple : « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. » (Mt 5, 23-24)

Première indication donc : Mathieu veut nous dire que les mages reconnaissent déjà la divinité de cet enfant, puisqu’ils lui font des présents comme si c’était le Dieu du Temple de Jérusalem. Étonnant !

Cela ne résout toujours pas la question : pourquoi Dieu aurait-il besoin qu’on lui offre quelque chose ? Manquerait-il de richesses pour qu’on lui offre de l’or ? Aurait-il faim pour qu’on lui sacrifie des taureaux ou des colombes ?

Les prophètes de l’Ancien Testament avaient déjà réfléchi sur ces coutumes sacrificielles où il fallait soi-disant donner quelque chose à Dieu. Leur cheminement progressif les amène à contester ces pratiques (d’origine païenne)« C’est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices », rappelle Jésus en Mt 12,7 citant Os 6,6.

Le véritable sacrifice, c’est de s’offrir soi-même. « Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé… » (Ps 50, 18-19)

« En entrant dans le monde, le Christ dit: Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit: Voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté. » (He 10, 5-7).

 

Alors quel est le sens de ces cadeaux des mages à l’enfant-Dieu qui n’en a nul besoin ni envie ? Et pourquoi continuons-nous cette tradition des cadeaux entre nous, à Noël, pour le Nouvel An, comme si nous étions des mages et des enfants-Dieu les uns pour les autres ?

 

1. Offrir n’est pas marchander

Afficher l'image d'origineÉliminons déjà une fausse piste qui empoisonne pourtant tous les gestes religieux qui sont les nôtres. Acheter un cierge pour réussir un examen reste très populaire, mais surtout rentable pour le clergé qui fait commerce de ces cierges… La relation à Dieu n’est plus marchande en régime chrétien, depuis que Jésus a justement chassé les marchands du temple (cf. Le principe de gratuité)

. Si les cadeaux signifient : je te donne ceci pour que tu me donnes cela, alors c’est un trafic indigne qui n’a aucune chance de réussir avec Dieu. Ce genre de tentation de manipulation ou de pression ne fait que compromettre une amitié humaine.

Nos cadeaux ne sont pas des calculs, mais des dons sans espoir de retour ; pas des investissements, mais des jaillissements d’affection sans contrepartie. Sinon, mieux vaut déposer ces trésors au mont-de-piété…

 

2. Des cadeaux pour ne pas être tout

Afficher l'image d'origineLorsqu’on fait des présents aussi précieux que ceux des mages, c’est qu’on accepte de prendre sur ses richesses, de ne pas tout garder pour soi. Et en même temps, c’est dire à l’autre : tu comptes pour moi, tu es plus précieux à mes yeux que cet ordre/argent/myrrhe pourtant de grande valeur. C’est donc limiter sa volonté de toute-puissance, accepter de ne pas être tout, et laisser ainsi de la place à l’autre, rappel de mon incomplétude. Les mages par leurs offrandes reconnaissent en Jésus quelqu’un de plus grand qu’eux.

Nous disons à nos amis qu’ils nous manquent, que nous ne sommes pas nous-mêmes sans eux, lorsque nous arrivons avec un bouquet de fleurs à un repas ou une boîte de chocolats au chevet d’un malade. Les cadeaux nous aident à limiter notre désir inné d’autosuffisance pour vouloir avoir besoin de l’autre. Offrir nous fait aimer notre finitude…

 

3. Des cadeaux pour accepter de manquer

Dans l’Ancien Testament, c’est ainsi que le livre de l’Exode interprétait le prélèvement d’argent pour construire le sanctuaire.

Afficher l'image d'origineDonner son argent implique une limitation du désir de toute-puissance. Le désir de Dieu, de sa présence en moi et dans la communauté, implique la purification de mon désir d’être tout, que l’argent symbolise au plus haut point : si je ne paye pas, si je ne prélève pas de mon argent pour Dieu, la vérité de ce désir ne pourra pas se réaliser. Bien avant Freud, le peuple juif a expérimenté que l’argent comme le désir suscitent une soif inextinguible, une quête infinie. Cet infini peut faire de l’argent une idole : Mammon. C’est pourquoi Dieu demande au peuple de prélever sur ses richesses pour donner de l’argent afin de construire son Temple. « Voici le prélèvement que vous prendrez d’eux : de l’or, de l’argent, du bronze, de la pourpre de lin, du poil de chèvre. Ils me feront un sanctuaire et j’habiterai en eux » (Ex 25,2). Dieu n’habite pas le sanctuaire, mais le cœur de l’homme qui sait limiter et éduquer son désir, grâce à l’offrande.

Parce que nous acceptons de manquer, Dieu viendra faire sa demeure en nous. L’offrande à Dieu est donc l’appel d’air qui permet au feu divin de prendre en nous, de l’intérieur. Le cadeau fait à l’autre est l’appel à une relation d’amitié sans laquelle je ne suis pas pleinement moi-même.

 

4. Des cadeaux pour recevoir du Christ notre vocation de baptisés

L’Épiphanie (manifestation) du Christ aux mages montre clairement que les païens peuvent rencontrer le Christ, et revenir chez eux « par un autre chemin », c’est-à-dire profondément transformés par cette rencontre. Leurs trois présents ont une signification symbolique.

L’or désigne la royauté étonnante de cette enfant, annoncée par les prophètes (cf. première lecture), accomplie de manière déroutante sur la croix. Cette royauté est devenue celle des baptisés qui eux aussi – le Christ vivant en eux – exercent leurs responsabilités, leur pouvoir, leur profession comme un service royal.

L’encens désigne la prêtrise exercée par le Christ, puisque les parfums d’encens brûlaient sur l’autel du Temple lorsque les prêtres offraient des sacrifices. Or le Christ s’est offert lui-même au lieu des animaux. C’est de ce sacerdoce dont vivent les baptisés en Christ, faisant de leur existence « une vivant offrande à la louange de la gloire de Dieu » (prière eucharistique n° 4). Le sacerdoce commun des baptisés consiste à s’offrir soi-même en présent pour ceux qu’on aime, et plus encore pour ceux que nous n’arrivons pas à aimer ou qui ne nous aiment pas.

La myrrhe est un produit funéraire pour embaumer les corps. Elle annonce symboliquement l’ensevelissement de Jésus, après la croix, cette déchéance inacceptable pour les juifs comme pour les Romains ou pour le Coran. Offrir de la myrrhe à un enfant serait une faute de goût si le bois de la mangeoire n’annonçait pas déjà celui de la croix. Cette capacité prophétique à discerner ce qui est en jeu dans le présent est devenue celle des baptisés. Nous recevons du Christ d’être prophétiques lorsque nous discernons les véritables enjeux par exemple de la crise écologique actuelle, ou des formidables progrès des sciences et technologies pour l’être humain etc.

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Offrir des présents au Christ, c’est donc accepter de recevoir de lui qui nous sommes réellement : prêtre/prophète/roi. Sans cette démarche des mages, nous pourrions avoir l’illusion de croire pouvoir l’être par nous-mêmes. Faire ces cadeaux nous sauve de l’auto-suffisance, de l’auto-réalisation.

 

5. Des cadeaux pour que l’amour circule entre nous

Afficher l'image d'originePrélever quelques objets ou un peu d’argent pour offrir peut donc devenir un authentique chemin de communion à l’autre. Si on purifie ce geste de tous les relents de calcul et de domination, on peut y deviner l’amorce de la circulation de ce que l’anthropologue Marcel Mauss appelait le don / contre-don (cf. Le potlatch de Noël) : offrir, c’est accepter que l’autre me manque, et entrer dans une relation où le cadeau fait à l’un l’entraînera à offrir lui-même à un autre et ainsi de suite. La seule dette qu’il nous faut conserver entre nous, c’est celle de l’amour, écrivait saint Paul. Les cadeaux reçus nous obligent en ce sens que, en les recevant, nous contractons une dette à faire circuler. En les donnant, nous entrons dans une relation vivante et ouverte.

 

Même après ces fêtes de fin d’année, continuons donc à nous offrir des présents, sans autre raison que de laisser l’amour de Dieu circuler entre nous…

 



[1]. Mt 2,11/ Mt 5,23 / Mt 5,24 / Mt 5,24 / Mt 8,4 / Mt 15,5 / Mt 23,18 / Mt 23,19 / Mt 23,19 / Mar 7,11 / Lc 21,1 / Lc 21,4 / Ep 2,8 / He 5,1 / He 8,3 / He 8,4 / He 9,9 / He 11,4 / Ap 11,10

 

 

1ère lecture : Les nations païennes marchent vers la lumière de Jérusalem (Is 60, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.
Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.
Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.
Alors tu verras, tu seras radieuse, ton coeur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations.
Des foules de chameaux t’envahiront, des dromadaires de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur.

Psaume : 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Parmi toutes les nations, Seigneur, on connaîtra ton salut.

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux ! 

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

2ème lecture : L’appel au salut est universel (Ep 3, 2-3a.5-6)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ.
Ce mystère, il ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes.
Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

Evangile : Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus (Mt 2, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Nous avons vu se lever son étoile, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple. »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Sur ces paroles du roi, ils partirent. Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie.
En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

 

 

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28 décembre 2015

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

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Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

 

Homélie pour le 1° Janvier, fête de Marie « Mère de Dieu »

 

Émeutes populaires à Constantinople

Nous sommes en 428. Nestorius, évêque de Constantinople – ville impériale s’il en est – Marie Theotokos, ou la force de l'opinion publique dans Communauté spirituelleprovoque un vif émoi parmi le peuple. En effet, dans ses homélies et à la cathédrale, il refuse d’appeler Marie « Mère de Dieu » (Theotokos en grec) et ne lui accorde que le titre de « mère du Christ ». Il est tellement préoccupé de sauvegarder la grandeur de Dieu qu’il ne peut aller jusqu’à penser que Dieu en la personne de Jésus ait voulu avoir une mère en la personne de Marie. Cette opinion influencera fortement la rédaction du Coran d’ailleurs deux siècles plus tard. Or le peuple chrétien vénère Marie comme Theotokos, et n’accepte pas que son évêque ne professe pas la même foi que lui. La foule allait même jusqu’à coller des placards sur les murs de la cathédrale et de l’archevêché en signe de protestation! En refusant de donner à Marie le titre de Theotokos, Nestorius se heurte au sens de la foi (sensus fidei) de son Église locale.

 

Tout cela provoque un tel tintamarre que l’empereur Théodose II convoque un concile à Éphèse pour Pentecôte 431 afin de trancher la question. Nestorius y est désavoué : puisque le Christ est vrai Dieu et vrai homme, « sans séparation ni confusion », la mère de l’homme Jésus est donc en même temps la Mère de Dieu, la Theotokos. Sinon, cela reviendrait à dire qu’en Jésus la divinité et l’humanité ne sont pas vraiment unies l’une à l’autre.

 

Pourquoi ce rappel historique ? Pour montrer l’importance du sens de la foi des fidèles (sensus fidei fidelium) et de la réception dans l’Église : l’enseignement de Nestorius n’est pas reçu dans son Église locale, et cela suffit pour, sinon invalider, du moins soupçonner cet enseignement, et appeler à un débat au plus haut niveau d’autorité de l’Église. Appeler Marie Mère de Dieu, c’est se souvenir que la piété mariale du Peuple de Dieu a été dans l’histoire un lieu théologique important.

 

La force de l’opinion publique

Fêter la Mère de Dieu au tout début d’une année qui préparera l’élection présidentielle charge cette fête d’une harmonie particulière. Va-t-on écouter l’opinion publique, celle des petites gens (qui gagnent environ le SMIC) qui ont des choses à dire sur les choix de société ? Ce peuple va-t-il s’organiser pour faire entendre sa voix ? Ou faudra-t-il attendre des révoltes, des colères sociales protestant devant trop d’inégalités ? Le pouvoir des urnes sera-t-il un réel pouvoir de choix ? S’il n’est pas relayé par  des associations courageuses, par des corps intermédiaires bien vivants (syndicats hélas en survie actuellement, organisations professionnelles etc.) ce pouvoir démocratique ne sera que celui d’un fusil à deux cartouches, les deux tours de l’élection.

 

Le printemps arabe de 2011 à démontré encore une fois, après la chute du communisme en  Dieu dans Communauté spirituelle1989, que l’opinion publique est capable de « renverser les puissants de leurs trônes » comme le chante Marie dans son Magnificat.

On a vu également les indignés manifester en Espagne, et donner naissance à Podemos.

Et malheureusement on a vu les partis islamistes ou les militaires engranger les bénéfices électoraux des printemps arabes…

C’est donc que l’opinion publique a la fragilité de sa force : elle peut tout emporter, mais aussi préparer pire encore…

 

Dans l’Église catholique également, la nécessité d’une opinion publique forte, structurée, constructive, est plus que jamais nécessaire. Beaucoup s’en vont sur la pointe des pieds faute de trouver un moyen de se faire entendre. Des questions  graves et douloureuses ne sont même plus sujets de débat autorisé. Des raidissements idéologiques se généralisent et la tentation du repli identitaire décourage ceux qui ne sont pas du petit cercle des initiés.

 

Afficher l'image d'origineC’est sans doute Pie XII qui a défini le plus clairement l’importance et le rôle de l’opinion publique, non seulement dans la société (d’où le rôle de l’Église pour éclairer le débat d’idées, notamment dans les médias) mais aussi dans  l’Église. Dans un discours au Congrès international de la Presse Catholique du 17/02/1950, il disait [1]:

« L’Église (…) est un corps vivant et il manquerait quelque chose à sa vie, si l’opinion publique lui faisait défaut, défaut dont le blâme retomberait sur les Pasteurs et les fidèles (…). Le publiciste catholique (…) aidera avec une ferme clarté à la formation d’une opinion catholique dans l’Église, précisément lorsque, comme aujourd’hui, cette opinion oscille entre les deux pôles également dangereux d’un spiritualisme illusoire et irréel, d’un réalisme défaitiste et matérialisant. » 

 

Ce discours est très neuf par rapport à tout ce qui était dit avant sur les médias et le danger supposé qu’ils représentent pour l’Église. Il introduit même dans la responsabilité ministérielle la charge d’animer la communauté sur ce plan de l’opinion ecclésiale: loin de confisquer le débat et de n’être que des « haut-parleurs » de la hiérarchie, les ministres doivent veiller à ce qu’une légitime opinion publique puisse se manifester au sein d’une paroisse, d’un diocèse etc… On voit comment les consultations et enquêtes publiques pré-synodales, ou encore le courrier des lecteurs dans les journaux (catholiques ou non), ou même un certain recours judicieux aux sondages d’opinion etc… peuvent mettre en oeuvre concrètement cette intuition théologique : l’Église n’est pas une communion si la parole n’y circule pas, si la communication ne se fait que dans un sens. Les pasteurs doivent particulièrement y veiller.

« L’opinion publique dans l’Église apparaît ainsi comme une circulation de pensées dont les responsables de la communauté sont les promoteurs principaux (…). Manifestation de la sainte liberté des enfants de Dieu, l’opinion publique dans l’Église, c’est le dialogue de la famille dans l’obéissance surnaturelle, appelé par l’encyclique Ecclesiam Suam. Loin d’être une critique de l’Église, elle apparaît comme un signe d’amour à son égard. » 

 

Le sens de la foi des fidèles

Si le peuple de Constantinople a su proclamer Marie Theotokos contre l’enseignement de son évêque, ne faudrait-il pas croire qu’aujourd’hui encore le peuple chrétien a quelque chose à dire sur la vie de son Église ?

En termes théologiques, cela s’appelle le sens de la foi des fidèles.

Vatican II lui accorde une importance considérable :

« La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1Jn 2,20; 1Jn 2,27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs » elle apporte aux vérités concernant la foi et les moeurs un consentement universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du magistère sacré, qui permet, si on obéit fidèlement, de recevoir non plus une parole humaine, mais véritablement la parole de Dieu ( cf. 1Th 2,13 ), le peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jud 1,3 ), il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en oeuvre. » (Lumen Gentium n° 12)

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Vox populi, vox Dei.

La voix du peuple est la voix de Dieu.

La fête de Marie Mère de Dieu nous le rappelle dès le début de cette nouvelle année.

Puissions-nous contribuer à faire entendre cette voix, dans la société comme dans l’Église !


[1]. Cf. le recueil de textes sur la question: Les médias. Textes des Églises,  Centurion, Paris, 1990.

 

 

 

 

1ère lecture : Voeux de paix et de bonheur (Nb 6, 22-27)

Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur dit à Moïse :
« Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d’Israël :
‘Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !’ C’est ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »

 

Psaume : 66, 2b.3, 5abd, 7.8b

R/ Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse !

Que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations. 

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : Le Fils de Dieu, né d’une femme (Ga 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme, il a été sous la domination de la

vous êtes des fils : envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos c?urs, et il crie vers le Père en l’appelant « Abba ! ». Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu.

 

Evangile : Jésus fils de Marie (Lc 2, 16-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jadis, par les prophètes, Dieu parlait à nos pères ; aujourd’hui sa parole vient à nous en son Fils. Alléluia. (cf. He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tout le monde s’étonnait de ce que racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Patrick Braud

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23 décembre 2015

Une sainte famille « ruminante »

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Une sainte famille « ruminante »

Cf. également :

Fêter la famille, multiforme et changeante
La vieillesse est un naufrage ? Honore la !
La Sainte Famille : le mariage homosexuel en débat
Une famille réfugiée politique
Familles, je vous aime ?

Homélie pour la fête de la Sainte famille / Année C
27/12/15

Marie la ruminante

Évidemment, dit comme cela, c’est un peu vache pour Marie !

Pourtant c’est peut-être le terme qui en français correspond le mieux au verbe grec employé par Luc : dia-tereo (δια-τηρέω) = garder précieusement, conserver au-dedans de soi. « Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements » (cf. l’épisode de Jésus au Temple de Jérusalem Lc 2, 41-52). 

Le contexte est célèbre. C’est celui du premier signe d’autonomie du jeune Jésus, pré-ado  de 12 ans, qui échappe à la surveillance de ses parents pour rester au Temple de Jérusalem. Un peu comme un de ces grands ados perdus dans la lecture des BD des rayons de la FNAC, qu’on oublierait en partant et qui serait toujours là trois jours après pour ferrailler avec les meilleurs vendeurs spécialistes de Goscinny ou de Bilal…

Le fait est que Marie (et Joseph) ne comprend pas pourquoi il leur a fait ce coup-là. Il n’y avait pas eu de signes avant-coureurs de cette volonté d’indépendance. La peine de Marie est celle de toutes les mères croyant que leur fils leur échappe, vers un inconnu menaçant.

Afficher l'image d'origineMarie est loin de dramatiser et d’en faire toute une scène. Non, après un simple reproche, la vie familiale semble reprendre son cours d’avant (« il leur était soumis »). Du coup, Marie aurait pu oublier, classant comme anecdotique et sans réelle signification cet écart bénin de Jésus, ainsi que son énigmatique réponse. Mais non, elle sait bien qu’il y a là l’amorce de quelque chose d’important qu’elle ne comprend pas encore. Alors, sans bousculer les choses, elle met en mémoire cet événement non déchiffré, un peu comme on enregistre sur son disque dur un fichier dont on se dit qu’il faudra bien aller le décortiquer plus tard.

Depuis l’Annonciation, Marie sent bien qu’elle ne comprend pas tout ce qui lui arrive ; il lui faut faire confiance, et attendre la fin de l’histoire (la Résurrection) pour saisir enfin le vrai sens des événements étranges qui jalonnent la vie de son enfant. Ici c’est au Temple de Jérusalem. Plus tard ce sera à Cana (Jn 2, 1-12), où sans comprendre de quelle « heure » lui parle Jésus, elle dira pourtant aux serviteurs de « faire tout ce qui il leur dira ». Puis ce sera quand elle le cherchera à nouveau, le croyant perdu, voulant le ramener à Nazareth avec ses cousins et sa famille : « ta mère et tes frères sont là dehors qui te cherchent ». La réponse de Jésus sera cinglante : « qui est ma mère ? » (Lc 8, 19-20). Là encore elle ne comprendra pas tout de suite mais elle gardera cette parole en son coeur : « celui qui fait la volonté de mon Père, voilà ma mère, mes frères, mes sœurs ».

Et que dire de l’incompréhension douloureuse de Marie devant la croix ? Comment : c’est ainsi que tout se termine ? Tout cela n’avait donc aucun sens ? À travers ses larmes, Marie gardera pourtant la parole de son fils crucifié : « voici ton fils » (Jn 19,26) , en désignant Jean, et elle découvrira plus tard que Jésus l’a confiée à l’Église, et a confié l’Église à Marie.

« Ruminer » les événements (au sens positif du terme), alors même qu’ils sont incompréhensibles sur l’instant, fait donc partie de la vie spirituelle de Marie, du début à la fin de l’existence de Jésus. Elle ne se laisse pas dérouter par l’étrangeté apparente du comportement de son fils, ni même par sa mort infâme. Elle ne comprend pas tout ce qui lui arrive [1], mais elle sait qu’elle ne comprend pas, et sans s’affoler en fait l’objet d’une méditation intérieure : un jour, tout s’éclairera. Comme les pièces d’un puzzle tombant de manière désordonnée sur une table, Marie ne perd pas une miette des événements, les met de côté, essaie de les assembler peu à peu, et attend, pleine d’espérance, que le motif général du puzzle apparaisse enfin à travers les morceaux éparpillés.

Cette attitude intérieure de Marie est devenue la nôtre: nous ne comprenons pas tout ce qui nous arrive. Il nous faut ruminer ces événements, les tourner et retourner au dedans de nous jusqu’à ce qu’une parole, une rencontre les éclaire, les insère dans le puzzle de notre histoire personnelle…

Les autres usages du verbe dia-tereo dans la Bible

Le verbe « garder précieusement » n’est utilisé que deux fois dans la Bible : ici en Luc 12,8, et en Ac 15,9 :

« L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d’autres charges que celles-ci, qui sont indispensables : vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes. Vous ferez bien de garder tout cela. Adieu. »

On le voit : il s’agit de conserver et d’appliquer fidèlement les décisions du concile de Jérusalem. Le verbe se colore en Ac 15,9 d’une nuance pratique : garder précieusement en son coeur, ce n’est pas seulement se souvenir et chercher à interpréter, c’est également mettre en pratique ce qui est dit, et vivre déjà de ce qu’on ne comprend pas encore totalement.
Ainsi en est-il pour nous aujourd’hui.

Il y a deux autres usages  du verbe ‘garder’ qui se rapprochent de Luc 12,7 : Gn 37,11 et Ps 12,8

Gn 37,11 : « Joseph eut encore un autre songe, et il le raconta à ses frères. Il dit : J’ai eu encore un songe ! Et voici, le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. Il le raconta à son père et à ses frères. Son père le réprimanda, et lui dit : Que signifie ce songe que tu as eu ? Faut-il que nous venions, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner en terre devant toi ? Ses frères eurent de l’envie contre lui, mais son père garda  (tereo) le souvenir de ces choses. »

Jacob, le père de Joseph, réagit comme Marie au récit du rêve étrange des astres s’inclinant que vient de faire Jacob. Il ne comprend pas ce rêve, ne sait pas l’interpréter  (et pas seulement parce que Sigmund Freud n’avait pas encore écrit son livre sur l’interprétation des rêves, fortement inspiré par la Bible…). Alors il engrange précieusement : cela me servira sans doute plus tard. Et de fait, quand Jacob deviendra premier ministre d’Égypte et se fera reconnaître de sa famille, son père se souviendra de cette annonce voilée de la dignité de Joseph qu’il n’avait pas pu déchiffrer à l’époque.

Ps 12,8 : « Parce que les malheureux sont opprimés et que les pauvres gémissent, maintenant, dit l’Éternel, je me lève, j’apporte le salut à ceux contre qui l’on souffle. Les paroles de Éternel sont des paroles pures, un argent éprouvé sur terre au creuset, et sept fois épuré. Toi, Éternel ! tu les garderas (tereo), tu les préserveras de cette génération à jamais. »

C’est Dieu lui-même qui va sauvegarder les pauvres de son peuple, les protéger du mal. Ruminer sa parole est pour Dieu un engagement très concret à sauver les humiliés, les opprimés du peuple.
Ainsi doit-il en être également pour nous.

 

Nous sommes un peuple de ruminants

Afficher l'image d'origineCette attitude de Marie ruminant les événements surprenants est devenue celle de l’Église scrutant les signes des temps. Persécution par des musulmans au Moyen-Orient, en Asie ou en Afrique, désaffection de la part des jeunes générations européennes, chute du mur de Berlin, soif d’une spiritualité écologique… : tant de choses nous arrivent que les chrétiens mettent du temps à comprendre. Il aura fallu le génie prophétique de saint Jean XXIII pour lire dans les aspirations des années 60 une préparation évangélique extraordinaire (mondialisation, décolonisation, promotion de la femme, montée en puissance des sciences  et des techniques etc.). Il aura fallu la clairvoyance de saint Jean-Paul II pour comprendre que le communisme était en train de s’effondrer, ouvrant la voie à un renouveau spirituel inouï à l’Est. Il aura fallu l’attachement franciscain du jésuite pape François pour publier la première encyclique écologique (Laudato si), texte fondateur accompagnant la prise de conscience d’un environnement menacé (COP 21) etc.

 

Chacun de nous est un ruminant !

Ce qui est vrai au plan collectif l’est aussi au plan individuel.

Bon nombre d’événements  nous percutent, nous bousculent, dont nous ne savons trop quoi faire sur l’instant.

Afficher l'image d'origineUne visite médicale qui décèle une tumeur à opérer en urgence, un SMS caché dans le téléphone du conjoint qui révèle une relation où le couple se délite, un licenciement brusque et brutal qui vient tout compromettre… Ces tuiles nous tombent dessus avec plus de violence que l’argile tombant du toit. Qu’en faire ? Comment réorienter sa vie à partir de là ? Qu’y a-t-il à écouter, à comprendre dans cet événement imprévu qui s’impose ? Heureusement il n’y a pas que des tuiles, il y a également des cadeaux inattendus : une confidence, une perspective qui s’éclaire, une découverte enthousiasmante, un éblouissement devant la beauté d’une nature, d’une musique, d’un livre…
Qu’en faire ?

Là encore, la rumination de Marie nous invite à ne pas réagir trop vite. Il faut parfois savoir attendre pour comprendre, et garder précieusement dans son coeur le choc – douleur ou bonheur - de l’événement, pour savoir en distiller l’arôme et le nectar pour la suite.

 

Une famille ruminante

La bonne nouvelle est que nous pouvons nous aider en famille à ruminer ainsi ce qui nous arrive. Regardez la Sainte Famille. Joseph avait bien vu que Marie était enceinte sans lui. Il n’a pas sur-réagi ; il a pris le temps de réfléchir ; et cela lui a permis d’accueillir en songe la clé de ce qui lui nouait le coeur. Jésus quant à lui a pris 30 ans pour observer, apprendre la vie humaine à Nazareth. Il a ruminé ce que lui disaient les métiers, les paysages, le lac, la pêche, la loi, la synagogue… Et tous ses enseignements montrent que c’est dans cette rumination du quotidien qu’il puise la plupart de ses paraboles et de ses maximes.

Marie et Joseph, et Jésus avec eux, ne cessaient pas de garder précieusement dans leur coeur ce qui leur arrivait, pour en faire leur miel.

Afficher l'image d'origineNous aussi, devenons des ruminants des événements qui nous tombent dessus, grâce à la Parole de Dieu qui projette sur eux une interprétation nouvelle, grâce également au temps et à la patience sans lesquels tout demeure confus. Il ne s’agit pas de ressasser négativement, mais de garder précieusement dans sa mémoire, dans son intelligence, dans son coeur, ce qui va constituer l’humus de notre avenir en marche vers nous…

Ruminez la journée écoulée le soir avant de vous coucher.

Ruminez en couple les heurts et bonheurs de votre relation, de votre famille.

Ruminez dans votre travail tous les signes annonciateurs ‘d’autre chose’.

Ruminez, ruminez…

Et la cohérence profonde de votre existence vous apparaîtra, tel le motif d’un puzzle où  enfin tout se met en place.

Jusqu’à ce que, à la fin, grâce à notre soeur la mort, nous puissions enfin connaître comme nous sommes déjà connus.

 


[1]. Les disciples non plus ! cf. Lc 18,34 : « Les disciples ne comprirent rien à tout cela, c’était pour eux un langage énigmatique et ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire ».

 

 

1ère lecture : « Samuel demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie » (1 S 1, 20-22.24-28)
Lecture du premier livre de Samuel

Elcana s’unit à Anne sa femme, et le Seigneur se souvint d’elle. Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle, « Je l’ai demandé au Seigneur. » Elcana, son mari, monta au sanctuaire avec toute sa famille pour offrir au Seigneur le sacrifice annuel et s’acquitter du vœu pour la naissance de l’enfant. Mais Anne n’y monta pas. Elle dit à son mari : « Quand l’enfant sera sevré, je l’emmènerai : il sera présenté au Seigneur, et il restera là pour toujours. » Lorsque Samuel fut sevré, Anne, sa mère, le conduisit à la maison du Seigneur, à Silo ; l’enfant était encore tout jeune. Anne avait pris avec elle un taureau de trois ans, un sac de farine et une outre de vin. On offrit le taureau en sacrifice, et on amena l’enfant au prêtre Éli. Anne lui dit alors : « Écoute-moi, mon seigneur, je t’en prie ! Aussi vrai que tu es vivant, je suis cette femme qui se tenait ici près de toi pour prier le Seigneur. C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. À mon tour je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose. Il demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie. » Alors ils se prosternèrent devant le Seigneur.

Psaume : Ps 83 (84), 2-3, 5-6, 9-10

R/ Heureux les habitants de ta maison, Seigneur ! (Ps 83, 5a)

De quel amour sont aimées tes demeures,
Seigneur, Dieu de l’univers.
Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur ;
mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant !

Heureux les habitants de ta maison :
ils pourront te chanter encore !
Heureux les hommes dont tu es la force :
des chemins s’ouvrent dans leur cœur !

Seigneur, Dieu de l’univers, entends ma prière ;
écoute, Dieu de Jacob.
Dieu, vois notre bouclier,
regarde le visage de ton messie.

2ème lecture : « Nous sommes appelés enfants de Dieu – et nous le sommes » (1 Jn 3, 1-2.21-24)
Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.

 Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. Quoi que nous demandions à Dieu, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux.

 Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

Evangile : « Les parents de Jésus le trouvèrent au milieu des docteurs de la Loi » (Lc 2, 41-52)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Seigneur, ouvre notre cœur pour nous rendre attentifs aux paroles de ton Fils.
Alléluia. (cf. Ac 16, 14b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.
Patrick BRAUD

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20 décembre 2015

Noël : solstices en tous genres

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Noël : solstices en tous genres

 

Cf. également :

Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…

Noël : la trêve des braves

Noël : croyance dure ou croyance molle ?

Le potlatch de Noël

La bienveillance de Noël

Noël « numérique », version réseaux sociaux…

Noël : « On vous écrira… »

 

Homélie de Noël / Année C
24/12/2015

 

« Il a choisi le jour le plus court de l’année pour rappeler que le Verbe de Dieu s’était rapetissé.
Il a choisi le jour à partir duquel les autres jours commencent à grandir, car il fera grandir toutes choses ». (saint Augustin : sermon CXCII 3). 

Solstice d’hiver

Saint Augustin sait bien que l’Église ignore le jour exact de la naissance de Jésus. Mais il sait également pourquoi elle a choisi le 24 décembre pour fêter Noël, la Nativité. La vérité symbolique est ici plus importante que la vérité factuelle ! Le solstice d’hiver est la date la plus riche de sens pour célébrer la venue du Verbe de Dieu parmi nous. Pourquoi ? À cause de ce parallèle que développe saint Augustin, et que tous les baptisés du III° siècle faisaient instinctivement. Les jours sont au plus bas au solstice d’hiver. De même le Verbe de Dieu, lumière sortant de la divinité, vient au plus bas de notre humanité. Il se fait le plus petit, le plus petit jour de l’année. Il vient affronter les ténèbres au moment où elles sont à leur maximum, signe que le combat contre le mal est au coeur de sa mission, un mal gigantesque et menaçant, qu’il commence pourtant à faire reculer par le seul fait de naître, de n’être là que pour offrir gratuitement l’amour de Dieu.

Le solstice de décembre est donc le signe du solstice divin, où Dieu lui-même se rapetisse en quelque sorte pour épouser notre humanité, et la faire grandir ensuite de l’intérieur.

Car les jours recommencent à devenir plus longs que les nuits à partir du 25 décembre. C’est donc que le but de l’Incarnation est d’augmenter notre humanité, qualitativement et quantitativement, jusqu’à ce qu’elle soit portée aux dimensions de Dieu lui-même. Le Christ a épousé la condition des petits, en naissant anonyme, sur la paille, reconnu seulement de quelques nomades peu aimés du peuple.

C’était pour que tous les petits de ce monde retrouvent en lui la grandeur de leur dignité humaine, la splendeur de leur condition d’enfants de Dieu, la taille adulte de l’homme nouveau inauguré par le Christ.

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Là où le solstice naturel ne remporte qu’une victoire éphémère – car le calendrier cyclique connaîtra l’autre solstice de juin où tout s’inverse – le calendrier chrétien ose affirmer que la naissance de cet enfant est la victoire définitive de la lumière sur l’obscurité. Pas besoin de recommencer chaque année à faire ‘comme si’ on passait d’un solstice à l’autre. C’est fait une fois pour toutes.

Depuis Noël, la lumière du Christ ne cesse de gagner sur les ténèbres du mal, les petits parmi les humains ne cessent d’être élevés par Dieu, agrandis jusqu’à commencer à devenir Dieu dès maintenant et un jour en plénitude.

 

Solstice christique

Regardez attentivement les façades de nos églises romanes du XI°-XIII° siècle, dans le Sud-Ouest et le Sud de la France notamment. Vous retrouverez très souvent une disposition particulière de personnages sculptés sur l’arc du zodiaque (les 12 signes des mois de l’année) qui ornent la plupart des frontons. Au lieu d’avoir le cancer, symbolisé par un crabe se mouvant tangentiellement à droite et à gauche au sommet de l’arc, vous avez à sa place une simple pierre, nue, sans fioritures, qui s’intercale dans la succession des signes des mois de l’année. C’est une manière de dire au signe du cancer : pousse-toi de là, ce n’est pas toi le sommet du temps ! C’est le Christ : pierre angulaire du temps humain, et non les astres. L’accomplissement du temps n’est pas dans l’horoscope, ni dans la sacralisation de la nature : le Christ est le point Oméga du temps vers lequel convergent toutes les forces naturelles et humaines.

Solstice christique Cognac 2

L’évangélisation du solstice païen

Pour situer Noël aux 24 décembre au soir, l’Église a également pris en compte les fêtes païennes qui se déroulaient à Rome à cette période de l’année. Suivant la logique évangélique où le Christ dit vouloir accomplir plutôt qu’abolir, elle se dit que l’attente du renouveau manifestée dans ces saturnales pouvait fort bien se greffer sur l’espérance liée à Noël. Ce que les fêtes païennes pressentaient, sans pouvoir s’extraire de la fascination de la nature, la foi chrétienne le magnifie en reportant sur la naissance du Christ ce symbolisme des jours au plus bas reprenant vigueur et force contre la nuit.

Les orthodoxes quant à eux, sans doute moins marqués par les fêtes romaines, préfèrent fêter Noël en même temps que l’Épiphanie, la manifestation du Messie aux cultures de tous pays.

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Saturnales romaines

 

Solstice divino-humain

Reste que pour nous catholiques, fêter Noël la nuit du 24 décembre oblige à nous engager dans le combat contre le mal sous toutes ses formes, à épouser la condition des plus humbles de la terre pour les faire grandir jusqu’à Dieu.

« Il a choisi le jour le plus court de 1′année pour rappeler que le Verbe de Dieu s’était rapetissé.
Il a choisi le jour à partir duquel les autres jours commencent à grandir, car il fera grandir toutes choses ».

Noël : solstices en tous genres dans Communauté spirituelle solstice-hiver 

Que chacun s’examine pour voir à quel engagement la crèche de Noël peut le conduire !

 

MESSE DE LA NUIT

1ère lecture : « Un enfant nous est né » (Is 9, 1-6)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a dévorés.

 Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !

Psaume : Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc

R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né :
c’est le Christ, le Seigneur. (cf. Lc 2, 11)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
car il vient pour juger la terre.

Il jugera le monde avec justice
et les peuples selon sa vérité.

2ème lecture : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour tous les hommes » (Tt 2, 11-14)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite

Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Evangile : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur » (Lc 2, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Je vous annonce une grande joie : Aujourd’hui vous est né un Sauveur
qui est le Christ, le Seigneur ! Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.

 Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
Patrick BRAUD

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