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1 février 2015

“Charlie Hebdo”: la revue de presse des prises de position philosophiques

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

“Charlie Hebdo”: la revue de presse des prises de position philosophiques

 

Cédric Enjalbert, sur le site de Philosophie Magazine, avait réalisé à chaud une petite revue de presse des différentes relectures philosophiques qui ont été faites de l’événement des attentats contre Charlie Hebdo :

http://www.philomag.com/lepoque/breves/charlie-hebdo-la-revue-de-presse-des-prises-de-position-philosophiques-11011

Intéressant à relire après coup, et pertinent, comme toujours avec cette revue.

 

Le 13/01/2015

“Charlie Hebdo”: la revue de presse des prises de position philosophiques dans Communauté spirituelle

Mahomet en une du Charlie Hebdo du mercredi 14 janvier 2015

L’attentat qui a visé la rédaction de “Charlie Hebdo” mercredi 7 janvier 2015 n’a pas seulement suscité un émoi sans précédent dans le pays. Cette atteinte à l’un des fondements de la République et à un pan de l’esprit français des Lumières – l’impertinence de la satire – a immédiatement alimenté une masse d’interprétations philosophiques dans les médias. Tour d’horizon de ces prises de positions.

 

Liberté contre sécurité

« Un attentat abominable » qui doit « nous ouvrir les yeux ».C’est ainsi que s’exprime Pascal Bruckner dans Le Figaro, le soir de l’attentat qui a fait douze morts à la rédaction de Charlie Hebdo. Ouvrir les yeux, soit. Sur quoi? Sur la « complaisance coupable » que la société aurait à l’égard de l’islam radical selon l’essayiste, pour lequel « le seul moyen de combattre ce genre de menace est d’étendre le pouvoir de la police »

Contre ces mesures d’exception nullement souhaitables et contre tout risque de dérive sécuritaire, Robert Badinter réitère la mise en garde« Les terroristes nous tendent un piège politique ». Car « ce n’est pas par des lois et des juridictions d’exception qu’on défend la liberté contre ses ennemis. Ce serait là un piège que l’histoire à déjà tendu aux démocraties. »

Dont acte. À l’unisson de l’ancien Garde des sceaux, Bernard-Henri Lévy reprend avec emphase« La France doit – se doit – de mettre en œuvre un antiterrorisme sans pouvoirs spéciaux, un patriotisme sans Patriot Act, une gouvernementalité qui ne tombera dans aucun des pièges où manquèrent de se perdre les États-Unis de l’après-11-Septembre. »


 

Un 11-Septembre français?

Le spectre d’un 11-Septembre français hante quelques esprits. L’analogie tente Alain Finkielkraut qui identifie au micro d’Élisabeth Lévy pour Causeur.fr, dans l’attaque terroriste qui a bouleversé le pays, une « césure historique »Michel Onfray se livre, lui, dans Le Point à une ample analyse géopolitique du dramatique événement, dans la foulée du Tweet dont il s’est fendu dans l’urgence: « Mercredi 7 janvier 2015 : notre 11-Septembre ». Il creuse l’analogie: « À qui peut-on faire croire qu’hier le régime des talibans en Afghanistan, celui de Saddam Hussein en Irak ou de Kadhafi en Libye, aujourd’hui celui des salafistes au Mali ou du califat de l’État islamique menaçaient réellement la France avant que nous ne prenions l’initiative de les attaquer ? Que maintenant, depuis que nous avons pris l’initiative de les bombarder, ils ripostent, c’est, si l’on me permet cette mauvaise formule, de bonne guerre ! »
 


 

Mauvaise formule et ressemblance trompeuse comme le souligne notamment Régis Debray au micro d’Europe 1 et le chercheurOlivier Roy, spécialiste de l’Islam. Selon ce dernier, « l’enjeu, au-delà d’une dimension purement sécuritaire qui est parfaitement gérable (non, il ne s’agit pas du 11-Septembre français, – un peu de tenue et de retenue !), est celui de la présence musulmane en France. »

Il poursuit, distinguant les deux discours qui se partagent l’espace public. Le premier entend démontrer que le terrorisme n’est que« l’expression exacerbée d’un “vrai” islam qui se ramènerait en fait au refus de l’autre, à la suprématie de la norme (charia) et au djihad conquérant ». Le second, plus minoritaire, renvoie à l’Islam dit des Lumières, progressiste, qui incarnerait « une religion de paix et de tolérance ». Or « Les deux discours opposés sont fondés en fait sur le même fantasme d’une communauté musulmane imaginaire. Il n’y a pas de communauté musulmane, mais une population musulmane. Admettre ce simple constat serait déjà un bon antidote contre l’hystérie présente et à venir. »

Ali Benmakhlouf cite à son tour Olivier Roy dans les dix points qu’il dresse pour « éviter quelques crampes mentales pouvant naître à la suite des évènements meurtriers qui se sont produits dans les locaux de Charlie Hebdo, en pleine rue à Montrouge et dans l’épicerie casher de la porte de Vincennes. » Parmi eux, cesser de « faire de l’islam un critère explicatif des malaises ou des difficultés que rencontre la société française » et « éviter de mettre quelqu’un ou de se mettre soi-même dans la boîte miniaturisée de l’appartenance religieuse. »

Réforme spirituelle

Abdennour Bidar renchérit sur cette absence d’unité, qu’il faut cultiver et enrichir comme antidote au fanatisme ainsi qu’aux délires religieux et racistes. L’auteur de la Lettre ouverte au monde musulman, publiée le 9 janvier 2015, écrit : « Il y a en Terre d’islam et partout dans les communautés musulmanes du monde des consciences fortes et libres, mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans assurance […]. Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l’une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l’un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier. »
 


 

Et l’auteur de conclure sa lettre par un appel à une réforme spirituelle, à laquelle Étienne Balibar appelle lui aussi : « À l’exploitation de l’islam par les réseaux djihadistes – dont, ne l’oublions pas, des musulmans partout dans le monde et en Europe même sont les principales victimes – ne peut répondre qu’une critique théologique, et finalement une réforme du “sens commun” de la religion, qui fasse du djihadisme une contre-vérité aux yeux des croyants. Sinon, nous serons tous pris dans le mortel étau du terrorisme, susceptible d’attirer à lui tous les humiliés et offensés de notre société en crise, et des politiques sécuritaires, liberticides, mises en œuvre par des États de plus en plus militarisés. Il y a donc une responsabilité des musulmans, ou plutôt une tâche qui leur incombe. Mais c’est aussi la nôtre, non seulement parce que le “nous” dont je parle, ici et maintenant, inclut par définition beaucoup de musulmans, mais aussi parce que les chances d’une telle critique et d’une telle réforme, déjà ténues, deviendraient carrément nulles si nous nous accommodions encore longtemps des discours d’isolement dont, avec leur religion et leurs cultures, ils sont généralement la cible. »

DJihad, c’est l’un des trois mots explorés par le philosophe « pour les morts et les vivants », aux côtés de communauté et d’imprudence. Communauté – préférée à « union nationale », un concept qui « n’a pratiquement jamais servi qu’à des buts inavouables : imposer le silence aux questions dérangeantes et faire croire à l’inévitabilité de mesures d’exception » – dont la France a fait la preuve ce dimanche 11 janvier. En descendant dans les rues, des millions de citoyens républicains ont retrouvé, au propre comme au figuré selon la formule du médiologue Régis Debray invité de France Culture, le « chemin de la République à la Nation ».

Imprudence, est le troisième terme posé par Étienne Balibar, sur lequel il faudra continuer de se pencher pour comprendre comment articuler le « mépris du danger » des tenants courageux de la liberté d’expression et leur « indifférence envers les conséquences éventuellement désastreuses d’une saine provocation ».

Liberté d’offenser

Le philosophe Ruwen Ogien propose une précision philosophique pour mener à bien cette tâche d’utilité démocratique, se demandant : « Que reste-t-il de la liberté d’offenser ? » dans Libérationopérant une distinction entre la liberté d’offenser contenue dans la liberté d’expression et le préjudice. « Il serait difficile en effet de défendre la liberté d’expression sans reconnaître la pleine liberté d’offenser, celle que l’équipe décimée de Charlie Hebdo a si bien pratiquée en se moquant des croyances absurdes et des préjugés racistes ou xénophobes, sans jamais causer le moindre préjudice concret à qui que ce soit en particulier. » 

À en croire la prochaine couverture du numéro exceptionnel de Charlie Hebdoà paraître demain, la rédaction meurtrie n’a rien perdu de sa liberté, d’expression et d’offenser, elle qui représente le prophète larme à l’oeil, une pancarte à la main. Y est inscrit : « Je suis Charlie ». Et au-dessus, surmontant ironiquement l’ensemble: « Tout est pardonné ». Ce pied de nez à la bêtise et au fanatisme sera tiré à trois millions d’exemplaires et distribué partout en Europe dès mercredi.

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