L'homelie du dimanche

25 septembre 2014

Changer de regard sur ceux qui disent non

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Changer de regard sur ceux qui disent non

Homélie du 26° dimanche du temps ordinaire / année A
28/09/14

Le contexte historique de cette ‘parabole des deux fils’ l’explique en partie.

À l’heure où Matthieu écrit, les disciples du Christ, juifs pour la plupart, font la douloureuse expérience de se faire exclure des synagogues et
rejeter par leurs frères juifs. À tel point que la rupture sera officialisée par le synode de Jamnia en 90, où les rabbins excluront officiellement les chrétiens des synagogues. Ils rajouteront même une malédiction anti-chrétiens [1] 
(la birkat ha-minim  ou bénédiction contre les hérétiques = les
chrétiens) à leur prière tri-quotidienne de Shemoneh Esreh (les 18 bénédictions).

Dans ce contexte d’affrontement et de ruptures, on comprend que l’ouverture aux païens que Jésus a appris à pratiquer devienne ensuite la dynamique de l’Église naissante.

Le premier fils de la parabole désigne donc le peuple de la première Alliance, qui a d’abord dit oui à Dieu, mais finalement se détourne du Christ qui lui est envoyé.

« Celui-ci figure bien le peuple hébreu qui avec tant d’empressement disait à Moïse :  » Tout ce que
Dieu nous dira nous le ferons  » ; et qui ensuite au lieu d’aller travailler à la vigne de Dieu en tua l’héritier » (Saint Jérôme : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu).

Le deuxième fils désigne les païens, qui dans un premier temps ont dit non au Dieu unique, en pratiquant le
polythéisme et l’immoralité, mais qui finalement vont se tourner en masse vers Lui en acceptant son envoyé, Jésus de Nazareth.

Au-delà de ce contexte historique, l’intérêt de cette parabole réside dans son appel à voir autrement les refus opposés à Dieu.

Changer de regard sur ceux qui disent non est en effet le résultat de la parabole.

Le père est assez patient pour ne pas se mettre en colère contre le deuxième fils. Il lui laisse le temps de cheminer, de changer d’avis, de changer de vie. Pourtant, Jésus aime bien ceux qui ont une parole droite : « que votre oui soit oui, que votre non soit non » (Mt 5,37). Mais il n’en devient pas pour autant dur et intransigeant, au contraire.

Et nous, quel regard portons-nous sur ceux qui semblent dire non à Dieu (et dont nous faisons parfois partie !) ?

 

En famille

Toute famille a ses adolescents qui par principe commencent par s’opposer. Comme si pour exister il leur grincheuxfallait d’abord montrer qu’ils sont libres, et que s’ils obéissent c’est par eux-mêmes et non parce que cela leur est imposé. Et ce n’est pas qu’une question d’âge !

Changer de regard sur ces ados rétifs, c’est leur faire confiance, ne pas les braquer, ne pas les acculer à des conflits sans retour.
C’est savoir attendre, avec patience, qu’un conseil, une parole ou un geste d’affection finisse par faire leur effet, sans s’imposer par la force.
C’est ne pas retenir absolument (sauf danger mortel) celui qui voudra s’engager dans une autre voie que celle souhaitée.
Ce lâcher-prise éducatif n’est pas de la démission ni de l’abandon, car il suppose d’abord l’exigence d’un appel : va travailler à ma vigne, et ensuite le soutien d’un accompagnement sans faille.

 

Changer de regard sur ceux qui disent non dans Communauté spirituelle RO30105330En Église

Comme le disait Bernadette Soubirous : je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire.

La culture de l’appel qui caractérise l’Église nous demande de pratiquer l’interpellation sans nous lasser : mets-toi au service de la communauté, tout en laissant cet appel faire son chemin librement en l’autre. L’ivraie et le bon grain vont grandir ensemble, mais l’appel lancé produira du fruit, un jour ou l’autre.

Ce qui est vrai pour l’appel à servir l’Église l’est aussi pour l’évangélisation.
La première annonce de l’Évangile va souvent rencontrer des premiers refus, des oppositions. À nous de savoir patiemment accompagner, proposer à nouveau, sans imposer jamais.

 

En entreprise

Eh oui, même en entreprise nous pouvons changer de regard sur ceux qui disent non !

Nous avons tous eu des collègues Schtroumpfs grincheux, qui semblent par principe résister à toute forme de changement…
Beaucoup commencent par râler, protester. Certains vont plus loin et se mettent en embuscade pour faire échouer tel projet, tel changement, comme un renard prêt à saccager le poulailler.
Pourtant, nous avons tous fait l’expérience de voir tel collègue changer et devenir participant au lieu de se mettre hors jeu. Pourquoi ? Parce qu’on lui a laissé le temps de réfléchir, parce qu’on a nourri sa réflexion, parce qu’il y a eu des formations, des témoignages, des échanges. Et souvent ceux qui résistent ainsi rendent service au changement, car ils obligent l’entreprise à mûrir le projet, à l’améliorer, à intégrer les objections légitimes, à donner des preuves et des moyens pour que chacun ait le désir de s’y engager activement.

 

1ere_couv_EFCS3 Carême dans Communauté spirituelleUn patron d’une SSII indienne qui a révolutionné son entreprise raconte qu’il a très distingué trois groupes de salariés dans la transformation managériale qu’il a impulsée :

- les transformeurs : ceux qui sont naturellement et instinctivement d’accord avec le changement, et qui vont l’incarner facilement et vite.

- les attentistes : ceux qui ont besoin de temps et de preuve avant de basculer du côté de l’adhésion. Ils commencent par dire : oui, mais…, et grâce à leurs objections prises en compte, le projet s’affine et se bonifie, si bien qu’ils peuvent s’y engager librement, stimulés par l’exemple des transformeurs.

- les renards : ceux qui vont faire semblant de dire oui, mais ne rateront pas une occasion de démolir les premières transformations naissantes. «  On a déjà essayé  ». «  Vous voyez bien que les résultats ne suivent pas  ». «  C’était mieux avant  »... On reconnaît là l’attitude du premier fils de la parabole. Si le changement s’amplifie et devient vraiment le bien commun de l’entreprise, alors soit ces renards s’en vont d’eux-mêmes, constatant qu’ils ne sont pas faits pour cela, soit il faut les faire partir pour ne pas compromettre la réussite des autres. Dura lex…

 

Dans le monde associatif ou le voisinage

La transposition est également facile. Si vous vous arrêtez aux premières réactions des gens que vous sollicitez pour servir un quartier, une association, une démarche collective, vous risquez fort de ne persuader personne de vous suivre ! Alors que les premiers refus obligent à mieux expliquer, à mieux organiser et à mieux faire vivre le projet présenté. Et les appels réitérés trouvent toujours leur public lorsqu’ils sont justifiés et correspondent à de vrais besoins.

 

Cette parabole des deux fils peut donc radicalement changer notre perception de ceux qui nous disent non.

Exercez-vous cette semaine à porter un tel regard sur celui ou celle qui dans votre famille, vos collègues, votre quartier ressemble au deuxième fils.

 

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1. Voici le texte de la Birkat ha Minim dans sa version palestinienne la plus simple, tel qu’il a été retrouvé dans la gueniza du Caire : « Que les apostats-renégats [mashoumadim = "ceux qui ont été détruits/ anéantis"] n’aient plus aucun espoir ; que le pouvoir de malheur [malkhout zadon1, c’est-à-dire l’empire romain] disparaisse rapidement de nos jours, que les notsrim et les minim [hérétiques, c’est-à-dire les chrétiens] aillent sur l’heure à leur perte, qu’ils soient effacés du livre de vie et qu’ils ne soient pas mentionnés parmi les justes. Béni soit le Seigneur qui courbe les méchants ».

1ère lecture : Dieu nous appelle chaque jour à nous convertir(Ez 18, 25-28)

Lecture du livre d’Ezékiel

Parole du Seigneur tout-puissant : Je ne désire pas la mort du méchant, et pourtant vous dites : « La conduite du Seigneur est étrange. » Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui est étrange ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, se pervertit, et meurt dans cet état, c’est à cause de sa perversité qu’il mourra. Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de
ses fautes, il ne mourra pas, il vivra.

Psaume : 24, 4-5ab, 6-7, 8-9

R/ Souviens-toi, Seigneur, de ton amour.

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.


Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,

ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

2ème lecture : L’unité dans l’amour à la suite du Christ (brève :
1-5)
 (Ph 2, 1-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, s’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. 

Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en
devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix.

C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

Evangile : Se convertir non en paroles, mais en actes (Mt 21, 28-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui ne fermez pas votre cœur, mais
écoutez la voix du Seigneur. Alléluia. (Ps 94, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. »
Patrick BRAUD

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