L'homelie du dimanche

9 mai 2014

Prenez la porte

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Prenez la porte

Homélie du 4ème Dimanche de Pâques ? Année A
11/05/2014

Bien dans ses gonds

« Prenez la porte ! »

Cette injonction vous rappellera peut-être quelques souvenirs humiliants du collège ou du lycée. Lorsqu’un professeur excédé en vient à ordonner de prendre la porte, c’est qu’il ne voit plus que l’exclusion du fautif comme remède au désordre. Prendre la porte résonne donc comme une menace, une sanction, qui annonce bien des ennuis à venir (le surveillant général à voir, le mot aux parents, les heures de retenue à la clé…).

Ici, dans l’image prise par Jésus pour parler de son rôle, c’est exactement l’inverse. Quand il dit : « je suis la porte », il invite les mécréants de tout poil à prendre cette porte-là, dans le sens de la communion avec Dieu au lieu de l’exclusion par les hommes. Prenez la porte dans Communauté spirituelle tom-et-jerry-la-porte-fermee-sur-jerryUne entrée au lieu d’une sortie en somme. Voilà peut-être pourquoi les premiers à prendre cette parole au sérieux sont ceux qui se sont déjà pris des portes en pleine figure, qu’on leur a claquées au nez pour leur dire non.

 

Prendre la porte qu’est le Christ, c’est rentrer chez soi en quelque sorte.

C’est découvrir qu’en passant par lui, l’accès au plus intime de nous-mêmes se conjugue avec l’accès à Dieu le tout autre. Car Jésus ne conduit pas à lui-même. Il conduit à un Autre, que nul nom ne peut enfermer. Telle une porte, il ne cesse d’accompagner les hommes dans leur mouvement de découverte d’un plus grand que lui. Comme il ne sort jamais de ses gonds, il ouvre sur l’infini d’un mystère qu’il habite (et qui l’habite) au plus haut point, car une porte fait déjà partie de la pièce sur laquelle elle ouvre.

Charlot et la porte du grenier

GoldRushFiche Christ dans Communauté spirituelleVous connaissez sans doute cette histoire pleine d’humour que Chaplin a merveilleusement jouée : Charlot s’évertue à ouvrir la porte d’un grenier ; il tire, il s’évertue, il tire encore, il transpire. Rien à faire : le verrou semble solide, la poignée tourne dans le vide. Épuisé, Charlot s’affale de tout son long dans le couloir, et là surprise? la porte s’ouvre toute seule, de l’intérieur? 

Il en est de même ici : la porte qu’est le Christ n’est pas un effort  à faire, ce n’est pas une épreuve à passer, c’est au contraire une ouverture à accueillir, laquelle ne nous doit rien, mais se propose à nous gratuitement, sans mérite de notre part, comme la porte du grenier qui s’ouvre d’elle-même, de l’intérieur.

Qu’avez-vous fait, machinalement, pour venir à la messe ce Dimanche ? Vous avez franchi la porte d’une église. Sans vous en rendre compte, vous accomplissez à chaque fois une étape extraordinairement symbolique : franchir la porte. Passer du dehors au-dedans, pour participer à l’eucharistie. D’ailleurs, dans bien des églises médiévales, on accordait tant d’importance à ce passage de la porte qu’on l’entourait d’un narthex, le domaine réservé aux catéchumènes, c’est-à-dire aux non baptisés, pour qu’ils se préparent à entrer un jour dans l’Église par le baptême.

À la fin de la messe, nous franchissons cette porte en sens inverse, pour passer de l’assemblée au monde, du dedans au dehors, suite à l’envoi final : « allez dans la paix du Christ ».

C’est donc que la porte commande la respiration même de notre foi.

On comprend mieux l’enjeu spirituel de l’affirmation étonnante de Jésus dans l’évangile de ce Dimanche : « Je suis la porte ». Le mot porte est répété 4 fois dans ce chapitre 10 de St Jean, comme pour signifier l’universalité de cette porte qu’est le Christ pour tous les peuples, venant de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud (4 = les 4 points cardinaux).

 

Le slalom des portes de nos vies 

Du coup, on n’arrête pas de franchir symboliquement des portes tout au long de notre pèlerinage de la foi.

Chaque étape de notre vie, de notre naissance jusqu’à notre mort, nous fait passer d’une porte à l’autre, tels des skieurs qui enchaînent les accélérations et les virages de haut en bas du slalom spécial où ils courent pour la victoire.

 exclusion 

 « Je suis la porte »…

À quels moments de notre existence franchissons-nous cette porte qu’est Jésus lui-même ?

- Souvenez-vous : à chaque baptême, nous accueillons symboliquement l’enfant ou l’adulte sur le seuil de l’église. Par le baptême, accueilli à la porte, chacun est invité à entrer, grâce au Christ et par lui, dans un autre univers.

- Souvenez-vous : à chaque mariage, le prêtre (ou le diacre !) va chercher les fiancés à la porte, pour qu’ils la franchissent avec lui. C’est pour signifier que le mariage est un passage, une Pâque, lorsqu’on se marie « dans le Seigneur ». Et si la mariée est en blanc pour franchir la porte, c’est bien en rappel du baptême, car se marier participe à la mort et à la résurrection du Christ (mourir sans cesse à son égoïsme pour naître sans cesse à la communion avec l’être aimé).

– Souvenez-vous encore : lorsque nous célébrons les obsèques d’un proche, nous accueillons le cercueil à la porte de l’église. Celui qui est uni au Christ traverse la mort comme on passe la porte : simplement?

Ainsi de notre naissance à notre mort en passant par le mariage, tous les évènements de notre existence peuvent devenir à travers le Christ comme des seuils à franchir, des portes qui s’ouvrent sur un au-delà.

En affirmant : « Je suis la porte », Jésus nous invite ainsi à passer par lui pour découvrir la vraie vie, la vie « en abondance ».

Ceux qui ne passent pas par cette porte désignent pour Jésus les pharisiens à qui il adresse cette parole. C’est sans doute sous la plume de Jean les premières sectes soi-disant chrétiennes, gnostiques ou païennes en fait. Confronté à la fin du 1er siècle aux divisions dans les groupes chrétiens, Jean nous donne ainsi par son évangile un critère de discernement précieux. Ceux qui ne passeraient pas Jésus pour sauver l’homme risquent fort de n’être finalement que des bandits et des voleurs.

Hélas, la suite de l’histoire lui a souvent donné raison : les idéologies qui ont voulu se bâtir contre le Christ ou sans lui se sont finalement révélées inhumaines et destructrices. Des grandes hérésies des premiers siècles aux systèmes totalitaires du 20ème siècle, sans oublier les sectes ou les pensées néo-païennes d’aujourd’hui, le refus de passer par la porte qu’est le Christ se retourne contre l’humanité elle-même.

 « Je suis la porte »…

Dans les autres évangiles, Jésus appelle ses disciples à lutter pour entrer par la porte étroite (Lc 13,24).

Si vous avez eu la chance d’aller à Bethléem en pèlerinage, vous avez du vous courber et vous faufiler à travers la porte basse et étroite de la basilique de la Nativité. Ce n’est pas facile de passer par le Christ ! Il nous avertit : parvenir au lieu de notre vraie naissance est exigeant. Mais cette porte étroite débouche réellement sur la naissance de l’homme à la vie de Dieu, comme à Bethléem?

2a8ed538 parabole 

« Je suis la porte »…

Dans le livre de l’Apocalypse, Saint Jean  écrira une variation sur ce thème de la porte. « Voici : je me tiens à la porte et je frappe, dit le Christ. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi »(Ap 3,20). Et juste après, Jean a la vision d’une « porte ouverte au ciel », avec une voix qui lui dit : « Monte ici » (Ap 4,1).

Ainsi le Christ : il nous ouvre l’accès à nos greniers intérieurs, ces trésors de vie que l’Esprit de Dieu a déposé en nous. C’est par lui, avec lui et en lui, comme nous le chantons au sommet de la prière eucharistique, que nous pouvons avoir accès à nous-mêmes, ou plutôt avoir accès à Dieu en nous, et à nous en Dieu.

C’est cela, « avoir la vie en abondance », une « vie éternelle ».

 « Je suis la porte »…

Comment entendre cette parole aujourd’hui ?  

Eh bien : examinez tous les domaines où vous ne passez pas par le Christ pour faire vos choix.

Visualisez ces moments où le Christ n’est pas la porte de vos décisions, où vous ne voulez pas le mêler à vos affaires importantes : l’argent, la carrière, les loisirs, votre consommation, votre famille?.

C’est là-dessus qu’il vous faut alors travailler.

N’escaladez pas par-dessus, ne fracturez pas d’autres fenêtres : revenez au Christ, entrez par lui dans votre avenir.

 « Je suis la porte »…

Écoutons cette parole : qu’elle travaille en nous toute cette semaine…

 

1ère lecture : Pierre appelle à la conversion, et il baptise les premiers convertis (Ac 2, 14a.36-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, avait pris la parole ; il disait d’une voix forte : « Que tout le peuple d’Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ. »
Ceux qui l’entendaient furent remués jusqu’au fond d’eux-mêmes ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? »
Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour obtenir le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit.

C’est pour vous que Dieu a fait cette promesse, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera. »
Pierre trouva encore beaucoup d’autres paroles pour les adjurer, et il les exhortait ainsi : « Détournez-vous de cette génération égarée, et vous serez sauvés. »

Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre se firent baptiser. La communauté s’augmenta ce jour-là d’environ trois mille personnes.

Psaume : Ps 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer. 

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ; 
il me conduit par le juste chemin 
pour l’honneur de son nom. 

Si je traverse les ravins de la mort, 
je ne crains aucun mal, 
car tu es avec moi : 
ton bâton me guide et me rassure. 

Tu prépares la table pour moi 
devant mes ennemis ; 
tu répands le parfum sur ma tête, 
ma coupe est débordante. 

Grâce et bonheur m’accompagnent 
tous les jours de ma vie ; 
j’habiterai la maison du Seigneur 
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : Celui qui a souffert pour nous est devenu notre berger (1 P 2, 20b-25)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, si on supporte la souffrance en ayant fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu.
C’est bien à cela que vous avez été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a jamais commis de péché ni proféré de mensonge : couvert d’insultes, il n’insultait pas ; accablé de souffrances, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice.
Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c’est par ses blessures que vous avez été guéris.
Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous.

Evangile : Jésus est le bon pasteur et la porte des brebis (Jn 10, 1-10)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus, le bon Pasteur, connaît ses brebis et ses brebis le connaissent : pour elles il a donné sa vie.Alléluia. (cf. Jn 10, 14-15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus parlait ainsi aux pharisiens :
« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte, c’est lui le pasteur, le berger des brebis.
Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.
Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix.
Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus. »

Jésus employa cette parabole en s’adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu’il voulait leur dire.
C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis.
Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.
Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage.
Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. »
Patrick Braud

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2 mai 2014

La grâce de l’hospitalité

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La grâce de l’hospitalité

Homélie du 3ème Dimanche de Pâques ? Année A
04/05/2014

La grâce de l'hospitalité dans Communauté spirituelle 51R--B%2BcaqL._Frère Henry Quinson est un moine d’un type nouveau : habitant à 4 dans un HLM des quartiers nord de Marseille, il vit au contact des musulmans et des comoriens, majoritaires dans cette cité Saint Paul. Il raconte qu’après le tremblement de terre en Algérie, l’un des frères vivant dans la banlieue d’Alger (Boudouaou) a vu sa maison s’écrouler, en ruines. Aussitôt et pendant toute une année, ses voisins, musulmans, l’ont hébergé, logé, nourri. L’hospitalité n’est pas un mot vide en Algérie comme d’ailleurs en Afrique ou même chez nous.

Évidement chez nous, depuis qu’il y a des codes pour entrer dans les immeubles, des grilles fermées, et des voisins qui se méfient les uns des autres c’est plus difficile ! C’est moins naturel d’ouvrir sa porte, d’inviter à sa table des inconnus, d’offrir un toit à des gens de passage. Pourtant cela se pratique encore : pensez aux échanges scolaires, aux jumelages? et Frère Henry Quinson raconte tous ces liens d’hospitalité qui se vivent dans sa cité HLM : échanges de gâteaux, de chorbas, de couscous, visites et entraides?

 

Pourrions-nous oublier que l’hospitalité est une attitude du c?ur typiquement biblique ? (depuis la fameuse ‘philoxénie’ d’Abraham = son amour des étrangers, comme en témoigne l’accueil des 3 visiteurs de Gn 18; et d’ailleurs ‘philoxénie’ est le contraire de ‘xénophobie’…)

isaac étranger dans Communauté spirituelle

Avons-nous bien entendu que c’est grâce à l’hospitalité, pressante nous dit le texte, que les disciples d’Emmaüs ont pu reconnaître et accueillir le Ressuscité ?

Saint Grégoire le Grand (Pape de 590 à 604) commente :

« Ils l’invitèrent à partager leur gîte, comme on le fait avec un voyageur. Dirons-nous simplement qu’ils l’invitèrent ? L’Écriture, précise qu’ils le pressèrent. Elle nous montre par cet exemple que lorsque nous invitons des étrangers sous notre toit, notre invitation doit être pressante ».

Et Grégoire insiste sur la fécondité de l’hospitalité, cette ouverture de la maison familiale à l’image de l’ouverture du coeur :

Duccio_di_Buoninsegna_Emaus grâce« Le Seigneur n’a pas été reconnu (par les deux disciples d’Emmaüs) pendant qu’il parlait ; il a daigné se manifester lorsqu’on lui offrit à manger. Aimons donc l’hospitalité, frères très chers. C’est d’elle que Paul nous parle : ?N’oubliez pas l’hospitalité, c’est grâce à elle que quelques uns, à leur insu,  hébergèrent des anges’ (He 13,2). Pierre dit aussi : ‘Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres sans murmurer’ (1P 4,9). Et la vérité elle-même (le Christ) nous en parle : ‘J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ? (Mt 25,35)’.

Et malgré cela, nous sommes si paresseux devant la grâce de l’hospitalité ! » s’étonnait Grégoire le Grand hier comme il pourrait le faire aujourd’hui.

« Mesurons, mes frères, la grandeur de cette vertu. Recevez le Christ présent dans l’étranger, afin qu’au jugement il ne nous ignore pas comme des étrangers, mais nous reçoive comme des frères dans son royaume ».

Il fallait citer longuement Grégoire le Grand pour redécouvrir le lien entre les disciples d’Emmaüs et l’hospitalité dans nos maisons aujourd’hui.

Où en sommes-nous de cet accueil gratuit chez nous ?

À qui ouvrons-nous notre table ? Qui invitons-nous à dormir, à loger sous notre toit ?  

Celui qui élargit ainsi l’espace de sa maison élargit en même temps ses horizons, sa soif de l’autre, son désir de la rencontre imprévue.

L’évangile de ce Dimanche nous dit même que c’est le Ressuscité en personne qui peut alors se manifester, être accueilli, lorsque nous pratiquons l’hospitalité.

Voilà une belle résolution pour le temps pascal, en famille ou tout seul : quel hôte de passage puis-je nourrir, accueillir, inviter chez moi ? Les amis des enfants ? Un enfant du Secours Catholique qui cherche une famille d’accueil pour les vacances d’été ? Une personne âgée seule chez elle ? Un touriste de passage ?… Un voisin encore inconnu ?

Comment pratiquer plus généreusement l’hospitalité ?

Vos enfants vous remercieront plus tard d’avoir eu une maison ouverte sur les autres?

Et surtout, vous pouvez peut-être « héberger des anges » sans le savoir, comme le dit justement saint Paul.

Vous pourrez même ouvrir les yeux sur la présence du Ressuscité, grâce à l’hospitalité, celle des disciples d’Emmaüs.

Saint Augustin (‘maghrebin’ des années 354-430) osait écrire à propos de cet évangile :

« Retiens l’étranger si tu veux connaître ton Sauveur ».

C’est bien parce que les disciples ont retenu à manger cet étranger de passage qu’ils ont reconnu le vivant.

« L’hospitalité leur a rendu ce que le doute leur avait pris ».

« Pratiquez donc l’hospitalité, sans murmurer » (St Pierre), comme à Emmaüs.

Ceux que vous accueillerez à votre table vous accueilleront auprès de Dieu.

Ceux que vous aurez logés vous introduiront dans la demeure de Dieu.

Et déjà, vous verrez votre regard, votre coeur se dilater jusqu’à des horizons insoupçonnés…

 

1ère lecture : Pierre annonce le Christ ressuscité (Ac 2, 14.22b-33)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, prit la parole ; il dit d’une voix forte : « Habitants de la Judée, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, comprenez ce qui se passe aujourd’hui, écoutez bien ce que je vais vous dire.
Il s’agit de Jésus le Nazaréen, cet homme dont Dieu avait fait connaître la mission en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez bien.
Cet homme, livré selon le plan et la volonté de Dieu, vous l’avez fait mourir en le faisant clouer à la croix par la main des païens.
Or, Dieu l’a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir.
En effet, c’est de lui que parle le psaume de David : Je regardais le Seigneur sans relâche, s’il est à mon côté, je ne tombe pas.
Oui, mon c?ur est dans l’allégresse, ma langue chante de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance :
tu ne peux pas m’abandonner à la mort ni laisser ton fidèle connaître la corruption.
Tu m’as montré le chemin de la vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence.
Frères, au sujet de David notre père, on peut vous dire avec assurance qu’il est mort, qu’il a été enterré, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Mais il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un de ses descendants. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas connu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé dans la gloire par la puissance de Dieu, il a reçu de son Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous : c’est cela que vous voyez et que vous entendez. »

Psaume : Ps 15, 1-2a.5, 7-8, 9-10, 2b.11

R/ Tu m’as montré, Seigneur, le chemin de la vie.

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! 
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. » 

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon coeur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable. 

Mon c?ur exulte, mon âme est en fête, 
ma chair elle-même repose en confiance : 
tu ne peux m’abandonner à la mort 
ni laisser ton ami voir la corruption. 

Je n’ai pas d’autre bonheur que toi.
Tu m’apprends le chemin de la vie : 
devant ta face, débordement de joie ! 
À ta droite, éternité de délices !

2ème lecture : Le Christ ressuscité donne à notre vie son vrai sens (1 P 1, 17-21)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, 
vous invoquez comme votre Père celui qui ne fait pas de différence entre les hommes, mais qui les juge chacun d’après ses actes ; vivez donc, pendant votre séjour sur terre, dans la crainte de Dieu.
Vous le savez : ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or et l’argent, car ils seront détruits ; c’est le sang précieux du Christ, l’Agneau sans défaut et sans tache.
Dieu l’avait choisi dès avant la création du monde, et il l’a manifesté à cause de vous, en ces temps qui sont les derniers.
C’est par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

Evangile : Apparition aux disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Seigneur Jésus, fais-nous comprendre les Écritures ! Que notre c?ur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s’était passé.

Or, tandis qu’ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas.
Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes.
L’un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci. »
Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos dirigeants l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié.
Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.
À vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu’elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu’il est vivant.
Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Il leur dit alors : « Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre c?ur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes !
Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? »
Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin.
Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna.
Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.
Alors ils se dirent l’un à l’autre : « Notre c?ur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? »
À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent :
« C’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »
À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain.
Patrick Braud

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