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28 mars 2014

La barre de fraction de la foi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La barre de fraction de la foi

Homélie du 4° dimanche de Carême / Année A
30/03/2014

Le père fondateur de la linguistique, Ferdinand de Saussure, a posé une distinction fondamentale qui pourrait bien nourrir l’interprétation de notre évangile de l’aveugle-né .

Il distingue le signifiant (S) du signifié (s).

La barre de fraction de la foi dans Communauté spirituelle Saussure_Linguistique3

Le signifiant, c’est la chose physique, par exemple une pierre en anthropologie, ou un son humain en linguistique. Le signifié, c’est la signification que nous lui attachons : une tombe pour la pierre lorsqu’il s’agit de cultes funéraires anciens, un mot pour un son humain. Cette signification dépend du contexte, de la culture, de l’histoire de celui qui perçoit le signe. Par exemple, un espagnol entendra le signifié oui là où un anglais entendra la mer (sea) à travers le son si. Le génie de Ferdinand de Saussure a été de placer une barre de fraction entre le signifiant et le signifié pour évoquer le travail que fait le langage humain. Le signe du langage est constitué du rapport s/S. C’est le propre de l’humain, dans le langage, d’associer un signifié à un signifiant.

« Nous n’évoluons pas dans un monde de signifiants purs, sinon nous serions des pierres, des blocs de granit par exemple. Nous ne sommes pas non plus dans un monde de signifiés purs, sinon nous serions des abstractions sans chair, des vérités mathématiques par exemple. Non, nous circulons, nous nous mouvons précisément entre signifiant et signifié. C’est pourquoi la barre de la fraction s/S mérite d’être considérée comme le lieu électif de la conscience humaine. »
Philosophie Magazine n° 72, mars 2014, page 37.

Or que se passe-t-il dans l’évangile de l’aveugle-né ?

On peut repérer 5 attitudes en réaction à cette guérison étonnante.
Examinons comment un même évènement peut donner lieu à autant d’interprétations, à autant de rapports s/S différents.

 

1. Nier l’évidence

Des juifs ne veulent pas reconnaître les faits, ils s’obstinent à nier l’évidence. Car ils ont peur des conclusions inévitables auxquels ils seraient entraînés : si cette ancien aveugle voit, c’est que Jésus agit au nom de Dieu, dont il est donc l’envoyé (= Siloé). Mieux vaut noyer le poisson en essayant de susciter des témoignages contradictoires.

Cela rappelle l’aveuglement volontaire des communistes français devant le goulag et la misère soviétique : bilan « globalement positif » osait dire Georges Marchais en revenant d’URSS?

 

2. Travestir le réel

Des voisins eux aussi veulent nier le signifiant, en suggérant que ce n’est pas lui, mais quelqu’un qui lui ressemble qui a été guéri.

Cela rappelle l’étrange position du Coran au sujet de la crucifixion de Jésus : ce ne serait pas lui, mais quelqu’un qui lui ressemble qui aurait été crucifié, car un prophète ne peut pas terminer aussi lamentablement, abandonné de Dieu ?

 

2. S’en laver les mains

Les parents de l’aveugle-né quant à eux butent sur la menace de persécution à laquelle ils s’exposeraient s’ils posaient la barre de fraction entre la guérison de leur fils et l’identité de Jésus. Ils préfèrent ne pas voir, s’aveugler eux-mêmes sur la réalité de ce qui s’est passé, en se défaussant sur la responsabilité adulte de leur enfant (« il est assez grand, interrogez-le ! »).

Ils se lavent les mains de l’action où leur fils s’est lavé les yeux…

 

Cela rappelle l’indifférence actuelle de tant d’européens au sujet de l’existence de Dieu ou de la vie après la mort. Question inintéressante, répondent-ils en substance : seule compte à nos yeux nos conditions de vie actuelle qu’il faut améliorer.

 

3. Le conflit des interprétations

Certains pharisiens, quant à eux, acceptent le signifiant, contraints et forcés : cet homme voit, c’est certain. Ils essaient bien de mettre en doute la réalité de ce signifiant, en prétendant que peut-être cet homme faisait semblant ? avant – d’être aveugle pour mendier, ou qu’il n’est pas né comme cela etc. Mais les faits sont têtus et très vite ils sont obligés de se prononcer sur la fameuse barre de fraction à poser entre s et S.

Que veut dire cette guérison ? Lui attribuer une origine divine entre en conflit avec un autre signifiant : le jour du sabbat. Dans le conflit des interprétations qui surgit de là, ces pharisiens choisissent l’une au détriment de l’autre, au lieu de les intégrer toutes deux dans une interprétation plus haute (« le Fils de l’homme est maître du sabbat »). Ce faisant, ils se privent de connaître vraiment l’identité de Jésus : « nous ne savons pas d’où il est ».

 

Cela rappelle les étranges justifications de l’apartheid par certaines Églises d’Afrique du Sud, ou de l’esclavage par certaines Églises américaines au XIX° siècle. Elles s’appuyaient sur une lecture littérale de certains passages de l’Ancien Testament pour justifier leur domination coloniale, contre d’autres passages du Nouveau Testament manifestement en faveur de l’égalité de tous?

 

4. L’interrogation ouverte

D’autres pharisiens sont plus respectueux des faits, et posent d’autres barres de fraction sur ce qui s’est passé. « Comment un homme pécheur pourrait y accomplir des signes pareils ? » Ils devinent que le signe posé renvoie à une identité inconcevable et pourtant manifeste : Jésus se révèle Dieu-en-action lorsque avec de la boue et de la salive il recrée cette aveugle-né pour une vie nouvelle.

Respectueux du réel, ils ont la droiture de rester interrogatifs, en attente.

 

Cela rappelle l’agnosticisme respectueux et ouvert de tant de philosophes d’hier et d’aujourd’hui. Leur questionnement, même et surtout sans réponse, est essentiel à la purification de la foi des chrétiens.

6_52F2E foi dans Communauté spirituelle

 

5. Le cheminement de l’interprétation

Le principal intéressé se rend à l’évidence (S) : il était aveugle, maintenant il voit. Au début il n’arrive pas attribuer de signification à cette observation des faits (S). Ce n’est que progressivement, dans son dialogue avec Jésus et avec les autres, qu’il  est conduit à reconnaître l’action d’abord d’un maître qui a des disciples, puis d’un prophète, qui vient de Dieu, puis du Fils de l’homme, qu’il appelle finalement Seigneur (s).

 

C’est l’illumination progressive des catéchumènes qui découvrent dans l’initiation chrétienne qui est vraiment le Christ pour eux. C’est notre propre cheminement, lorsque, d’événement en événement, nous découvrons quelle est « la largeur, la  hauteur, la profondeur de l’amour du Christ pour nous ».

 

6. La barre de fraction

Ces 5 attitudes sont toujours les nôtres face aux signes qui jalonnent notre existence. Nous butons sur des faits (S) ; ils s’imposent à nous, et nous cherchons le coup de barre qui mettrait notre navire sur une route nous permettant d’intégrer ces événements dans un signifié plus large (s/S).

La foi chrétienne relève de cet art du pilotage qui consiste à placer la barre de fraction de telle manière que le rapport s/S soit pleinement humanisant.

La foi est un langage qui décrypte l’histoire et l’univers dans un dialogue avec Dieu / avec les autres, où ce qui arrive est mis en relation avec ce que cela signifie, de manière à progresser vers une conscience plus humaine, plus divine.

S peut prendre la figure d’une grande joie, ou d’une grande épreuve ; s n’existe pas indépendamment du rapport qu’il entretient avec S, et c’est un sacré travail de déchiffrement, de discernement spirituel que de poser la barre de fraction de manière juste, ajustée au réel.

Les tenants du signifié pur sont de dangereux idéologues.

Les absolutistes du signifiant seul sont de redoutables matérialistes.

La foi chrétienne pose entre les deux la barre de fraction de l’interprétation (c’est-à-dire de l’herméneutique).

 

En suivant l’itinéraire intérieur de l’aveugle-né réfléchissant et dialoguant sur ce qui est arrivé, chacun de nous est invité à découvrir la (les) signification(s) des événements de sa propre existence.

De quoi nourrir une retraite intime de carême…

 

_______________________

[1]. cf. son ouvrage principal : Cours de linguistique générale, 1916.

1ère lecture : Dieu choisit David comme roi de son peuple (1S 16, 1b.6-7.10-13a)

Lecture du premier livre de Samuel

Le Seigneur dit à Samuel : « J’ai rejeté Saül. Il ne règnera plus sur Isaraël. Je t’envoie chez Jessé de Bethléem, car j’ai découvert un roi parmi ses fils. Prends une corne que tu rempliras d’huile, et pars ! »
En arrivant, Samuel aperçut Éliab, un des fils de Jessé, et il se dit : « Sûrement, c’est celui que le Seigneur a en vue pour lui donner l’onction ! »
Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le c?ur. »
Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : « Le Seigneur n’a choisi aucun de ceux-là. N’as-tu pas d’autres garçons ? »
Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau. »
Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé. »
Jessé l’envoya chercher : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau.
Le Seigneur dit alors : « C’est lui ! donne-lui l’onction. »
Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là.

Psaume : Ps 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer. 

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ; 
il me conduit par le juste chemin 
pour l’honneur de son nom. 

Si je traverse les ravins de la mort, 
je ne crains aucun mal, 
car tu es avec moi : 
ton bâton me guide et me rassure. 

Tu prépares la table pour moi 
devant mes ennemis ; 
tu répands le parfum sur ma tête, 
ma coupe est débordante. 

Grâce et bonheur m’accompagnent 
tous les jours de ma vie ; 
j’habiterai la maison du Seigneur 
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : Vivre dans la lumière (Ep 5, 8-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtres aux Éphésiens

Frères,
autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière ? or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité ? et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur.
Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt.
Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte d’en parler.
Mais quand ces choses-là sont démasquées, leur réalité apparaît grâce à la lumière, et tout ce qui apparaît ainsi devient lumière. C’est pourquoi l’on chante :
Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.

Evangile : L’aveugle-né (Jn 9, 1-41 [Lecture brève : 9, 1.6-9.13-17.34-38])

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. Lumière du monde, Jésus Christ, celui qui marche à ta suite aura la lumière de la vie. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Jn 8, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? »
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui.
Il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé, pendant qu’il fait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha sur le sol et, avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle, et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » (ce nom signifie : Envoyé). L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.

Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer ? car il était mendiant ? dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui affirmait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-il ouverts ? »
Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il m’en a frotté les yeux et il m’a dit : ‘Va te laver à la piscine de Siloé.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
À leur tour, les pharisiens lui demandèrent : « Comment se fait-il que tu voies ? » Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois. »
Certains pharisiens disaient : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres répliquaient : « Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. »
Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme, qui maintenant voyait, avait été aveugle. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents
et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’il voie maintenant ? »
Les parents répondirent : « Nous savons que c’est bien notre fils, et qu’il est né aveugle.
Mais comment peut-il voir à présent, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, les Juifs s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie.
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien ; mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et maintenant je vois. »
Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; quant à celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Comme chacun sait, Dieu n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire qu’un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
Il dit : « Je crois, Seigneur ! », et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »
Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’ votre péché demeure. »
Patrick Braud

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