L'homelie du dimanche

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27 février 2014

Pour quoi m’as-tu abandonné ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Pour quoi m’as-tu abandonné ?

Homélie du 8° dimanche du temps ordinaire / Année A
02/03/2014

Jérusalem disait : « Le Seigneur m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée. »
Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas. ? Parole du Seigneur tout-puissant. (Is 49,14-15)

Cette déclaration d’amour inconditionnel est bouleversante. Hélas, on a vu des mères (et des pères) abandonner la chair de leur chair… Dieu sait bien que l’amour parental est faillible. Ce n’est pas Dieu qui est à l’image des parents. C’est l’inverse. L’amour d’une mère ou d’un père est appelé à ressembler à l’amour de Dieu pour chacun de nous. Et ce n’est pas en extrapolant le comportement des parents qu’on peut imaginer qui est Dieu pour nous. C’est bien plutôt en partant de Dieu que les parents humains peuvent devenir vraiment père et mère. L’homme n’a pas inventé Dieu : c’est l’inverse !

En tout cas, même si une mère abandonne son enfant, Dieu ? lui - ne nous abandonnera jamais.

Pourtant, quiconque vit assez longtemps rencontrera des épreuves qui le feront douter de sa promesse.

Impossible de vivre toute une existence sans être confronté tôt ou tard à un divorce, un deuil, une maladie, un drame professionnel ou personnel. Lorsque que cela arrive, notre prière n’est plus qu’un cri plein de reproches et de doute : « pourquoi m’as-tu abandonné ? » Existes-tu vraiment, si autant d’injustice et d’absurde vient envahir notre histoire ?

À cette question lancinante, le peuple de la Bible a répondu de multiples manières, en fonction des situations rencontrées et de sa maturité spirituelle.

 

Abandonné à cause de nos fautes

- La première piste, la plus facile à explorer, est celle des conséquences de nos actes. Il nous arriverait malheur sur malheur par ce que nous avons péché, et ce ne serait que justice que d’être ainsi frappés pour nos égarements d’hier.

C’est l’interprétation des prophètes réfléchissant sur l’exil du peuple juif à Babylone. Si les juifs ont été déportés de -587 à -527, c’est parce qu’ils avaient rompu trop souvent l’Alliance avec Dieu, notamment en ne défendant pas les plus faibles (la veuve, l’orphelin, l’immigré), et en se prostituant avec les idoles étrangères (Baal, Mammon, Zoroastre…).

Comme à chaque explication, il y a une part de vrai là-dedans. Des régimes politiques corrompus et inhumains finissent toujours par se détruire eux-mêmes (cf. la chute du mur de Berlin en 1989). Bien des écroulements, personnels ou collectifs, s’enracinent dans ces ruptures d’Alliance qui à terme engendrent des catastrophes pourtant prévisibles.

Pour quoi m'as-tu abandonné ? dans Communauté spirituelle 382328 

Mais cette interprétation ne convient pas pour la Shoah : qu’aurait donc fait le peuple juif pour ?mériter’ un génocide de 6 millions de morts à la clef ? En rejetant formellement l’accusation de peuple déicide, Vatican II déboute les vieilles explications du mal subi par le mal commis.

Non, cela ne peut pas tenir…

 

Abandonné sans raison

Book_of_Job_Chapter_15-1_(Bible_Illustrations_by_Sweet_Media) abandon dans Communauté spirituelle

- Du coup, les théologiens qui méditent sur la Shoah en viennent plutôt à adopter la position de Job.

Job, l’innocent confronté au mal sans pourquoi.

Job, le juste accablé sans raison.

Il perd tout (biens, famille, amis, santé) mais pourtant refuse de se reconnaître coupable, car il ne l’est pas. Il se bat violemment contre Dieu pour lui demander des comptes de cet immense malheur injuste. Aucune réponse ne lui sera donnée en fait, sinon que Dieu est si grand qu’il excède toutes les réponses possibles. Le malheur est incompréhensible, et même la foi en Dieu ne fournit aucune solution à cette  énigme. Seul le face-à-face avec Dieu au-delà de la mort lèvera le voile sur ce paradoxe incompréhensible : Dieu ne nous abandonne pas, et pourtant nous souffrons sans raison.

 

Abandonné par effet boomerang

- Une interprétation plus subtile s’est glissée entre ces deux premières. Nos déroutes peuvent provenir de notre mauvaise utilisation du nom de Dieu. C’est l’histoire édifiante de la défaite d’Israël devant les Amalécites (1S 4,1-11).

Il advint en ce temps-là que les Philistins se rassemblèrent pour combattre Israël, et les Israélites sortirent à leur rencontre pour le combat. Ils campèrent près d’Eben-ha-Ezèr, tandis que les Philistins étaient campés à Apheq.

Les Philistins s’étant mis en ligne contre Israël, il y eut un rude combat et Israël fut battu devant les Philistins: environ 4.000 hommes furent tués dans les lignes, en rase campagne. L’armée revint au camp et les anciens d’Israël dirent: « Pourquoi Yahvé nous a-t-il fait battre aujourd’hui par les Philistins? Allons chercher à Silo l’arche de notre Dieu, qu’elle vienne au milieu de nous et qu’elle nous sauve de l’emprise de nos ennemis. » L’armée envoya à Silo et on enleva de là l’arche de Yahvé Sabaot, qui siège sur les chérubins, les deux fils d’Eli, Hophni et Pinhas, accompagnaient l’arche. Quand l’arche de Yahvé arriva au camp, tous les Israélites poussèrent une grande acclamation, qui fit résonner la terre.  Les Philistins entendirent le bruit de l’acclamation et dirent: « Que signifie cette grande acclamation au camp des Hébreux », et ils connurent que l’arche de Yahvé était arrivée au camp. Alors les Philistins eurent peur, car ils se disaient: « Dieu est venu au camp! » Ils dirent: « Malheur à nous! Car une chose pareille n’est pas arrivée auparavant. Malheur à nous! Qui nous délivrera de la main de ce Dieu puissant? C’est lui qui a frappé l’Égypte de toutes sortes de plaies au désert. Prenez courage et soyez virils, Philistins, pour n’être pas asservis aux Hébreux comme ils vous ont été asservis; soyez virils et combattez! »

Les Philistins livrèrent bataille, les Israélites furent battus et chacun s’enfuit à ses tentes; ce fut un très grand massacre et 30.000 hommes de pied tombèrent du côté d’Israël. L’arche de Dieu fut prise et les deux fils d’Eli moururent, Hophni et Pinhas. 

Le peuple croit que l’arche d’Alliance va lui assurer la victoire sur ses ennemis, et voilà que la défaite est encore plus spectaculaire que sans l’arche d’Alliance. C’est donc que réquisitionner Dieu pour des combats qui ne sont pas les siens se termine souvent très mal. Crier Gott mit uns, en hébreu, en afrikaner ou en arabe ne peut que se terminer en tragédie.

Ce malheur-là vient de notre folie, pas de l’abandon par Dieu.

 

Abandonné par un petit dieu trop faible

inhoc Carême- Bien avant Israël, la règle était simple. Il y avait plusieurs dieux, et le plus vrai était le plus fort, c’est-à-dire celui qui obtenait la victoire.

Si un dieu est impuissant dans la bataille, s’il ne protège pas du mal et de la souffrance, j’en déduis qu’il est inférieur, et donc je change de Dieu pour adopter celui de mon vainqueur. Logique ! Mais un peu trop court pour expliquer les abandons successifs par des idoles successives…

 

Abandonné par des dieux indifférents

- Les païens d’autrefois ou d’aujourd’hui en tirent d’ailleurs une conclusion séduisante : les dieux ne se soucient pas des hommes.

Ils vivent loin d’eux, et sont indifférents à leur bonheur ou à leur malheur. C’est à nous de capter les forces bénéfiques (ou maléfiques) pour les faire servir à notre cause : par des sacrifices, par des rituels magiques, par des intermédiaires imaginaires…

Là au moins, l’abandon divin est réel, total, voulu.

figL2_084_dieux_grecs1 Christ

 

Le Christ abandonné

 Passion- Le Christ interrompt cette ligne d’explications tâtonnantes en inaugurant une rupture radicale. Il ne propose pas de solution à l’énigme du malheur innocent : il l’endosse lui-même, jusqu’à l’ultime. Aucune théorie prétendant détenir la clef de la souffrance et du malheur dans son Évangile, mais plutôt une absolue solidarité avec ceux qui sont écrasés de douleur, humiliés, rejetés, exclus à cause de l’épreuve qui leur est imposée.

En acceptant la croix – suprême malédiction pour le fils de Dieu qu’il était – le Christ vient faire corps avec les damnés de la terre pour que aucun ne se croit plus désormais abandonné.

Parce qu’il a crié lui-même sa déréliction : « mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? »  (Mt 27,46) Jésus est devenu le frère des abandonnés, et leur sauveur : « aujourd’hui, avec moi, tu seras en paradis » (Lc 23,42).

Le Christ a été abandonné par son Père pour ouvrir à tous les abandonnés le chemin de la communion avec Dieu. Il est descendu dans l’humiliation et le malheur de la croix pour que le mal n’ait plus jamais le dernier mot sur la dignité humaine. Il est descendu aux enfers mêmes, pour que la mort – suprême injustice – soit vaincue.

Identifié à l’abandonné de Dieu, Jésus détourne ceux qui se reconnaissent en lui de la volonté mortifère d’explication du passé, pour les ouvrir à l’avenir promis : la communion d’amour en Dieu.

Deux conséquences très importantes pour nous à cette identification de Jésus au Jobs que nous sommes :

 

1) distinguer abandon et sentiment d’abandon.

Nous pouvons éprouver dans notre chair et/ou notre esprit que Dieu nous abandonne. Ce n’est pas pour autant la réalité de ce que Dieu fait. Notre sentiment peut être authentique sans être vrai pour autant. Nous devons apprendre à distinguer l’expérience et l’interprétation que nous en faisons. Souffrir ne veut pas dire que Dieu le veut ou ne le veut pas. Être dans l’épreuve ne signifie pas que Dieu nous a laissé de côté.

Ce n’est pas parce que nous ne voyons pas le soleil qu’il n’existe pas, indépendamment de nous. C’est simplement que notre point de vue, plongé dans les ténèbres, ne nous permet plus de discerner l’astre caché.

 

2) Depuis le cri de déréliction de Jésus sur le bois de la croix, notre propre cri d’abandon en est totalement transformé.

Si la douleur nous fait encore pleurer : « pourquoi m’as-tu abandonné ? », tout  doucement la force de la résurrection nous fait prier : « pour quoi m’as-tu abandonné ? »

En vue de quoi cela nous arrive-t-il ?

Sur quoi cela peut-il déboucher ?

Comment devenir plus humains et plus nous-mêmes à travers cette épreuve ?

Ce ?pour quoi’ n’accuse pas Dieu d’avoir manigancé tout cela pour nous faire évoluer. Non : il mise sur la déclaration inconditionnelle de Dieu de ne jamais nous abandonner pour lui demander de nous aider à trouver une fécondité possible à ce qui demeure un mal.

De même que la croix du Christ, symbole de l’horreur absolue, est devenue le symbole de l’amour absolu, ainsi nos sentiments d’abandon – malheur injuste – peuvent devenir des chemins de fécondité à travers le mal.

De Job à Martin Gray, de l’esclavage en Égypte à la Shoah, ils sont nombreux ceux qui ont cru en cette parole : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par-dessus le marché. »

À chacun de nous de travailler sur lui-même pour discerner à quelle fécondité il est appelé à travers les épreuves qui s’imposent à lui.

À nous de transformer nos « pourquoi m’as-tu abandonné ? » en « pour quoi m’as-tu abandonné ? »…

1ère lecture : Dieu ne peut pas oublier son peuple (Is 49, 14-15)
Lecture du livre d’Isaïe

Jérusalem disait : « Le Seigneur m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée. »
Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas. ? Parole du Seigneur tout-puissant.

Psaume : 61, 2-3, 8, 9
R/ En Dieu seul, le repos de notre âme.

Je n’ai de repos qu’en Dieu seul,
mon salut vient de lui.
Lui seul est mon rocher, mon salut,
ma citadelle : je suis inébranlable.

Mon salut et ma gloire
se trouvent près de Dieu.
Chez Dieu, mon refuge,
mon rocher imprenable !

Comptez sur lui en tous temps,
vous, le peuple.
Devant lui épanchez votre coeur :
Dieu est pour nous un refuge.

2ème lecture : C’est Dieu qui juge : ne jugez pas (1 Co 4, 1-5)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
il faut que l’on nous regarde seulement comme les serviteurs du Christ et les intendants des mystères de Dieu. 
Et ce que l’on demande aux intendants, c’est en somme de mériter confiance. Pour ma part, je me soucie fort peu de votre jugement sur moi, ou de celui que prononceraient les hommes ; d’ailleurs, je ne me juge même pas moi-même. Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n’est pas pour cela que je suis juste : celui qui me juge, c’est le Seigneur. Alors, ne portez pas de jugement prématuré, mais attendez la venue du Seigneur, car il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et il fera paraître les intentions secrètes. Alors, la louange qui revient à chacun lui sera donnée par Dieu.

Evangile : Sermon sur la montagne. Confiance en Dieu notre Père (Mt 6, 24-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et tout vous sera donné par surcroît. Alléluia. (Mt 6, 33)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
C’est pourquoi je vous dis : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? D’ailleurs, qui d’entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ? Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’eux. Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : ‘Qu’allons-nous manger ?’ ou bien : ‘Qu’allons-nous boire ?’ ou encore : ‘Avec quoi nous habiller ?’ Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché. Ne vous faites pas tant de souci pour demain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »
Patrick BRAUD

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22 février 2014

Boali, ou l’amour des ennemis

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Boali, ou l’amour des ennemis

Homélie du 7° dimanche du temps ordinaire / Année A
23/02/2014

 

Centrafrique : dans un pays en plein chaos, où la guerre civile dégénère en guerre de religion entre musulmans et chrétiens, ils sont quelques-uns à croire à la parole du Christ d’aujourd’hui : « vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain. Eh bien moi, je vous dis : aimez vos ennemis ».

Protéger la famille de son ennemi

Boali le 19 janvier 2014.

Nous sommes au nord de Bangui, capitale de la Centrafrique. Le 17 janvier, des combats ont éclaté entre milices chrétiennes (anti-balaka) et musulmanes (Seleka) : six musulmans et chrétiens sont tués, des maisons sont incendiées, dévastées. Les familles musulmanes, craignant que ces représailles des anti-balaka sur les Seleka s’amplifient, s’enfuient affolées, sans savoir où aller. Face à l’urgence, l’abbé Xavier Fagba et son diacre Boris Wiligale ont alors ouvert les portes de leur paroisse (St Pierre) à des centaines de musulmans, dont de nombreux Peuls (éleveurs nomades), fuyant les violences.

Quelque 700 civils selon l’abbé, en majorité des femmes et des enfants, ont déjà passé deux nuits dans l’église au toit de tôle ondulée, gardée par quelque 70 hommes de l’opération militaire française Sangaris.

cf. http://actu.orange.fr/societe/videos/reportage-a-boali-je-ne-permettrai-pas-qu-on-touche-quiconque-dans-mon-eglise-VID0000001FsrC.html

Lors de la messe ce dimanche 19 janvier, l’abbé Xavier invite les paroissiens à sortir de l’église au moment du geste de paix pour aller saluer les musulmans assis dehors. C’est la mise en pratique très concrète, simple et forte, du chapitre 5 de Matthieu d’où est tiré notre évangile de ce dimanche : « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. Hâte-toi de t’accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin? » (Mt 5, 23-25).

À la fin de la messe, le diacre Boris partage un repas avec des musulmans, et les encourage à tenir bon.

Voilà une première traduction de l’amour des ennemis : protéger les familles menacées, de quelque bord qu’elles soient. Ne pas confondre légitime défense et anéantissement du clan de l’autre.

Pourquoi agir ainsi ? Pas seulement pour obéir au Christ ; ou plutôt en lui obéissant pour préparer l’après conflit, où il faudra bien se parler à nouveau. Pour sauvegarder la possibilité de manger ensemble, d’habiter ensemble après. Car si les familles des combattants ont été massacrées, humiliées, comment reconstruire un avenir commun ? Quand on sait ce que font les soldats aux femmes et aux enfants des camps adverses dans toutes les guerres, on mesure combien est révolutionnaire cette protection de la famille de ses ennemis.

La réconciliation après la guerre doit s’anticiper pendant la guerre, pour que l’avenir reste ouvert.

 

Apprendre la langue de son ennemi

Lorsqu’il était en prison, Nelson Mandela a voulu apprendre l’afrikaner, la langue de ses ennemis blancs qui l’avaient emprisonné… Impressionnant ! C’est un peu comme vouloir apprendre l’allemand sous l’occupation nazie.

Pourquoi a-t-il voulu le faire ? Pour pouvoir leur parler au coeur. « Vous savez, quand vous parlez afrikaner, vous les touchez droit au coeur ».

C’est réellement impressionnant. Ce n’est pas par calcul pour mieux les affaiblir que Mandela veut apprendre la langue de ses geôliers, mais pour ouvrir avec eux un dialogue qui les touche au plus profond. C’est donc qu’il savait voir le coeur de ses ennemis au-delà de leur uniforme ou de leur position pro-apartheid. C’est donc qu’il traduisait l’amour des ennemis par ce désir de toucher l’autre au coeur.

Sommes-nous prêts à apprendre la langue de nos adversaires ? C’est-à-dire à découvrir leur culture, leur vision du monde, leur génie propre ?

Sommes-nous prêts à parler à leur coeur au lieu de renverser la tyrannie par la force ? Osons-nous faire ce pari d’écouter ce qu’ils portent de plus profond en eux  (et qu’ils ignorent peut-être eux-mêmes) pour y faire appel ?

On peut encore décliner ce commandement si paradoxal du Christ en plusieurs attitudes à portée de main de chacun de nous.

 

Ne pas vouloir haïr.

Même si nous avons des reproches légitimes à faire, nous n’avons pas besoin de nous laisser gagner par le désir de vouloir du mal.

Le mal gagnerait deux fois : la première quand notre ennemi est submergé par la violence, la deuxième quand la violence nous dominerait à notre tour.

Ne pas vouloir haïr est le premier pas pour aimer son ennemi.

 

« Prier pour ceux qui nous persécutent » (cf. Lc 6,28)

C’est la version positive du refus de la haine : bénir ceux qui nous maudissent et nous diffament, vouloir du bien à ceux qui nous font du mal, intercéder auprès de Dieu pour qu’ils vivent. Nous ne savons pas ce qui est bon pour eux, et nous n’avons pas forcément à nous y impliquer ; mais nous pouvons confier à Dieu leur devenir et souhaiter le meilleur pour eux.

À travers ces quelques attitudes, les chrétiens ne manifestent aucune complicité avec le mal. Ils le dénoncent avec vigueur, mais ne confondent jamais une personne avec les actes qu’elle commet. C’est le mal qu’il faut combattre, pas celui qui l’accomplit. Cette distinction est capitale. Sans elle, le Christ n’aurait jamais dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,33). Il savait discerner combien ses bourreaux étaient aveuglés sur la réalité de leurs actes. Sans les excuser, il manifestait qu’ils valent infiniment plus que les clous qu’ils enfoncent  dans sa chair et la dérision dont ils l’enveloppent.

Regardez avec lucidité ceux qui sont vos adversaires : au travail, dans la famille, dans vos relations.

Demandez à Dieu dans la prière la grâce d’aimer vos ennemis, non pas d’une manière sentimentale en attendant que votre coeur batte pour eux, mais en vous engageant résolument dans la volonté de ne pas haïr, de prier pour eux, de protéger ceux qu’ils aiment, tout en dénonçant et combattant le mal commis, jusqu’à la grâce ultime du pardon…

Car il faudra une réconciliation nationale, et il faudra que chrétiens et musulmans réapprennent à vivre ensemble en Centrafrique.

1ère lecture : Tu aimeras ton prochain, car je suis saint (Lv 19, 1-2.17-18)

Lecture du livre des Lévites

Le Seigneur adressa la parole à Moïse : 
« Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël ; tu leur diras : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Tu n’auras aucune pensée de haine contre ton frère. Mais tu n’hésiteras pas à réprimander ton compagnon, et ainsi tu ne partageras pas son péché. Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur ! »

Psaume : 102, 1-2, 3-4; 8.10, 12-13

R/ Le Seigneur est tendresse et pitié.

Bénis le Seigneur, ô mon âme, 
bénis son nom très saint, tout mon être ! 
Bénis le Seigneur, ô mon âme, 
n’oublie aucun de ses bienfaits ! 

Car il pardonne toutes tes offenses 
et te guérit de toute maladie ; 
il réclame ta vie à la tombe 
et te couronne d’amour et de tendresse.

Le Seigneur est tendresse et pitié, 
lent à la colère et plein d’amour ; 
il n’agit pas envers nous selon nos fautes, 
ne nous rend pas selon nos offenses. 

Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, 
il met loin de nous nos péchés ; 
comme la tendresse du père pour ses fils, 
la tendresse du Seigneur pour qui le craint !

2ème lecture : La sagesse véritable : appartenir tous ensemble au Christ (1 Co 3, 16-33)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
n’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous. 
Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. Que personne ne s’y trompe : si quelqu’un parmi vous pense être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. L’Écriture le dit : C’est lui qui prend les sages au piège de leur propre habileté. Elle dit encore : Le Seigneur connaît les raisonnements des sages : ce n’est que du vent ! Ainsi, il ne faut pas mettre son orgueil en des hommes dont on se réclame. Car tout vous appartient, Paul et Apollos et Pierre, le monde et la vie et la mort, le présent et l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.

Evangile : Sermon sur la montagne. Aimez vos ennemis, soyez parfaits comme votre Père céleste (Mt 5, 38-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Celui qui garde la parole du Christ connaît l’amour de Dieu dans sa perfection. Alléluia. (cf. 1 Jn 2, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Vous avez appris qu’il a été dit : ?il pour ?il, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter. 

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
Patrick BRAUD 

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15 février 2014

Donne-moi la sagesse, assise près de toi

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Donne-moi la sagesse, assise auprès de toi

Homélie du 7° dimanche du temps ordinaire / Année A
16/02/2014

Connaissez-vous le jugement de Salomon ? (1R 3, 16-28)

Donne-moi la sagesse, assise près de toi dans Communauté spirituelle 3solomon

On présente au roi Salomon un nouveau-né dont deux femmes se disputent la maternité, car elles ont accouché en même temps et l’un des deux bébés est mort-né. À l’époque, on ne mettait pas un bracelet aussitôt après l’accouchement aux nourrissons, et il n’y avait pas de test génétique pour dépister la vraie mère ! Que faire en un cas pareil ? La loi ne permet pas de décider, les prophètes non plus. Salomon, dans sa grande sagesse, a recours à un stratagème. Puisque la loi demande l’égalité, il demande d’amener l’enfant, de le couper en deux et de donner une moitié à chacune des deux femmes qui revendiquent d’être sa mère. Évidemment, sa vraie mère préfère renoncer à son droit pour que l’enfant vive, alors que l’autre se satisfera de ce compromis légal. Ce qui permet à Salomon de rendre justice en manifestant qui est vraiment la mère de cet enfant.

Voilà comment le roi Salomon est entré dans l’histoire comme la figure de la sagesse par excellence.

Le Christ s’inscrit dans cette lignée, car « il y a en lui bien plus que Salomon » (Lc 11,31).

Qu’est-ce qui a permis en effet au Christ d’accomplir la Loi et les prophètes (selon l’évangile de ce dimanche Mt 5, 17-37) ? Et nous, qu’est-ce qui va nous permettre d’articuler le droit de la loi et la justice de prophètes dans notre société française ?

Si on laisse le droit et la justice en face à face, les contradictions deviennent vite inextricables (summum ius, summa injuria disaient nos anciens). Car ce qui est juste est bien souvent contraire aux lois actuelles, et le droit oblige les prophètes à ne pas rêver d’un monde irréel (cf. « on n’est pas dans le monde des Bisounours ! »).

Le Christ est venu « accomplir et non pas abolir » (Mt 5,17).

La Loi et les prophètes ne suffisent pas pour accomplir la Loi et les prophètes, pour lever les contradictions entre éthique de responsabilité et éthique de conviction. Il faut un troisième terme, qui permettra d’aller de l’un à l’autre. Appelez cela dialectique hégélienne ou structure trinitaire, peu importe : l’essentiel est de retrouver la sagesse comme le troisième terme, le chemin d’humanisation du droit autrement trop dur, le chemin d’incarnation du sens prophétique autrement trop virtuel.

Quelle est donc cette sagesse ?

Les Grecs l’ont recherché pendant des siècles, et leur amour de la sagesse (philo-sophia) a forgé des fondements philosophiques puissants à la civilisation occidentale. Les juifs lui ont consacré plusieurs livres de la Bible (les Kettoubim = autres Écrits, dont notamment notre livre de Ben Sirac de ce dimanche), l’ont formalisée à travers le Talmud, cette Torah orale sans laquelle la Loi – la Torah écrite – est invivable.

Les chrétiens ont bénéficié de ce double héritage : ils ont baptisé la philosophie grecque et accompli la sagesse juive en Christ, suivant en cela la voie indiquée par Paul dans la deuxième lecture : « Dieu, par l’Esprit, a révélé cette sagesse. Car l’Esprit voit le fond de toutes choses » (1Co 2,10).

C’est donc une vision spirituelle du monde qui nous permettra d’articuler la Loi et les prophètes. Sans l’Esprit, la lettre de la loi tue. Les intégrismes religieux de tous bords continuent hélas à en faire la démonstration : si les textes religieux sont pris au pied de la lettre, dans une lecture fondamentaliste qui exclut toute interprétation spirituelle, alors le Coran comme la Bible conduiront à des guerres sans fin, à des dominations injustes, à des régimes inhumains.

Sans l’Esprit, la justice des prophètes n’est qu’une incantation, une parole en l’air. Car l’Esprit est celui qui unit la parole et la chair : la sagesse spirituelle est l’art du discernement qui situe l’appel prophétique ici et maintenant, qui l’incarne selon ce qui est possible effectivement actuellement.

Voilà donc les trois piliers de l’art de vivre biblique : la loi, les prophètes, la sagesse.

clip_image010 richesse dans Communauté spirituellePas seulement l’un ou l’autre, ni même les deux. Il faut les trois pour vivre ensemble. Or parmi les trois, il semble bien que ce soit la sagesse qui soit devenue la grande inconnue pour nos contemporains. La faute peut-être à l’enseignement de la philosophie : peu d’élèves de Terminale ressortent du lycée avec une soif de chercher la sagesse? La faute également à la perte du sens proprement spirituel de l’existence : lorsque l’Europe vit de plus en plus comme si Dieu n’existait pas, la vie se réduit alors à un horizon matériel très limité. S’il n’y a que nos années sur terre comme seul horizon d’action, la poursuite de l’intérêt immédiat prend le dessus. Le droit se durcit en défense des égoïsmes, les appels des prophètes deviennent violemment révolutionnaires.

La sagesse est d’introduire une vision venue d’ailleurs dans notre réalité, pour la transformer à l’image de ce qu’elle est appelée à devenir. « Ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le c?ur de l’homme n’avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu » (1Co 2,6-10).

Concrètement, le Christ se révèle maître de sagesse en interprétant la loi juive de manière radicalement nouvelle en Mt 5.

« Tu ne tueras pas » ne se limite pas au meurtre physique, mais s’étend à la violence verbale ou mentale de l’insulte, de la malédiction, de la colère.

« Tu ne commettras pas d’adultère » va plus loin que la seule tromperie physique, car il y a tant de façons d’être infidèle à son conjoint (même le travail ou le football peuvent y contribuer…).

Impossible de se croire à l’abri parce que on respecte la lettre de la loi : l’esprit de la loi nous demande d’aller beaucoup plus loin. Impossible également de mépriser la loi au nom d’un amour prophétique : « pas un iota de la loi ne disparaîtra », avertit Jésus, et cela concerne donc l’interdit du meurtre ou de l’adultère qui reste fondateur.

Aspirer à la sagesse pour articuler la loi et les prophètes est donc la prière la plus importante de celui qui veut être responsable de son action.

C’est la prière du roi Salomon : « Donne-moi la sagesse assise près de toi » (Sg 9,4).  Il aurait pu demander la richesse ou la puissance, la gloire ou la santé, il a préféré demander la sagesse pour savoir comment gouverner son peuple. Et le célèbre épisode du jugement de Salomon où un enfant a failli être coupé en deux manifeste que cette sagesse accomplit la loi en lui évitant de devenir mécanique, automatique, impersonnelle. En même temps, cette sagesse oblige le sens prophétique à trouver les moyens de défendre les plus faibles, non pas de manière violente, mais avec habileté et intelligence.

Aspirez à la sagesse !

Celle de Salomon, de Ben Sirac, de Jésus, de Paul, qui accomplit sans abolir celle des Grecs, des philosophes des Lumières, des meilleurs de nos penseurs actuels.

Pour gouverner votre famille, votre métier, vos réseaux amicaux et associatifs, la loi et les prophètes ne suffisent pas : sans la sagesse qui vient de l’Esprit de Dieu, vous serez vite ballottés d’un extrême à un autre.

« Car l’Esprit voit le fond de toutes choses… ».

1ère lecture : « Tu peux observer les commandements » (Si 15, 15-20)

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage

Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle.
Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères.
La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix.
Car la sagesse du Seigneur est grande, il est tout-puissant et il voit tout.
Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes.
Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a permis à personne de pécher.

Psaume : 118, 1-2, 4-5, 17-18, 33-34

R/ Heureux qui règle ses pas sur la parole de Dieu.

Heureux les hommes intègres dans leurs voies
qui marchent suivant la loi du Seigneur !
Heureux ceux qui gardent ses exigences,
ils le cherchent de tout coeur ! 

Toi, tu promulgues des préceptes 
à observer entièrement. 
Puissent mes voies s’affermir 
à observer tes commandements ! 

Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai,
j’observerai ta parole.
Ouvre mes yeux,
que je contemple les merveilles de ta loi.

Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ;
à les garder, j’aurai ma récompense.
Montre-moi comment garder ta loi,
que je l’observe de tout c?ur.

2ème lecture : La sagesse de Dieu est ingorée du monde (1 Co 2, 6-10)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
c’est bien une sagesse que nous proclamons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n’est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dominent le monde et qui déjà se détruisent. 
Au contraire, nous proclamons la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, prévue par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dominent ce monde ne l’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le c?ur de l’homme n’avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu. Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, a révélé cette sagesse. Car l’Esprit voit le fond de toutes choses, et même les profondeurs de Dieu.

Evangile : Sermon sur la montagne. Surpasser la justice des scribes et des pharisiens (Mt 5, 17-37)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. La loi du Seigneur est joie pour le c?ur, lumière pour les yeux. Alléluia. (cf. Ps 18, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux.

Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.  Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier souVous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l’adultère avec elle dans son c?ur. Si ton ?il droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s’en aille pas dans la géhenne.

Il a été dit encore : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. 

Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi. Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Quand vous dites ‘oui’, que ce soit un ‘oui’, quand vous dites ‘non’, que ce soit un ‘non’. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. »
Patrick Braud

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8 février 2014

On n’est pas dans le monde des Bisounours !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

On n’est pas dans le monde des Bisounours !

Homélie du 5° dimanche du temps ordinaire/ Année A
09/02/2014

Cette remarque, vous l’entendrez très souvent en entreprise si vous essayez de vous référer explicitement ou non à l’éthique judéo-chrétienne. Si vous dites avec notre première lecture d’Isaïe (Is 58, 7-10) : « partage avec celui qui a faim », on vous rétorquera qu’à terme cela fera deux affamés au lieu d’un seul. Si vous appelez à faire disparaître du monde du travail « le joug, le geste de menace, la parole malfaisante » on vous traitera de doux idéaliste, ou de dangereux utopiste. Car décidément, le monde du travail n’est pas celui des Bisounours, répètent à l’envi les soi-disant réalistes.

bisounoursLes Bisounours, vous connaissez ! C’est d’abord cette collection d’ours en peluche pour les enfants, leur construisant un univers sucré et gentil tout plein. Une famille d’adorables oursons qui vivent tout là-haut, au pays des arc-en-ciel et des nuages douillets, dans un royaume merveilleux : le Jardin des Bisous.

Une série télévisée a donné vie aux héros Bisounours, dont les noms sont tout un programme : Grosbisou (Tenderheart Bear), Groschéri (Love-A-Lot Bear), Groscopain (Friend Bear), Grosdodo (Bedtime Bear), Grosfarceur ou Gailourson (Cheer Bear), Grosgâteau (Birthday Bear), Grosjojo (Funshine Bear), Grostaquin (Wish Bear), Grosveinard (Good Luck Bear) etc.

Pourtant, même dans ce monde des Bisounours, le mal existe. Les personnages nommés Sans Coeur, le professeur Coeur de Pierre, Tante Igèle, la Bestiole en sont la preuve. Et l’enfant sait bien que son environnement n’est pas aussi paisible que celui des Bisounours. Mais justement, ils sont là pour l’aider à ne pas réduire le monde à sa violence apparente, à faire exister la possibilité d’autres règles où les relations ne s’alignent pas sur la compétition, l’agressivité, l’intérêt égoïste.

Regardez l’action sociale des prophètes comme Isaïe, Amos ou Jean-Baptiste. Relisez les exigences des psaumes sur la défense de la veuve, l’orphelin et de l’étranger. Repartez de l’appel de la Genèse : « croissez et multipliez-vous » (Gn 1,28) et vous constaterez que les Bisounours bibliques sont sans doute les vrais réalistes.

S’ils appellent au partage, c’est parce qu’ils savent que la création de richesses est le premier devoir reçu du Dieu créateur.

S’ils appellent à la justice, c’est parce qu’ils savent qu’elle existe lorsqu’elle est voulue pour elle-même, pas pour légitimer les intérêts des puissants.

S’ils appellent à la défense des plus faibles, c’est parce qu’ils ont expérimenté dans l’histoire d’Israël que le sort fait aux plus petits conditionne la réussite de tout le peuple.

L’histoire de l’Église a donné aux baptisés de prolonger cette sagesse économique et politique. Cette sagesse se cristallise dans ce que l’on appelle la doctrine sociale de l’Église. Cette doctrine-là ne rêve pas d’un monde de Bisounours : elle prend l’économie telle qu’elle est – pleine d’aspirations contradictoires – pour l’orienter vers sa vocation ultime : une économie de communion, une manière d’être dans l’échange mutuel, dans des liens d’interdépendance qui respectent la dignité de toute personne humaine, et d’abord des plus pauvres.

On n'est pas dans le monde des Bisounours ! dans Communauté spirituelle 5bb29c4c-c96e-11de-85df-0f9542c4fd70L’événement incroyable de la chute du mur de Berlin en 1989 a couronné l’effort de Jean-Paul II, et de l’Église catholique avec lui, pour lutter contre le mal sans employer ses armes. Rien d’irréaliste à appeler au pardon et au partage face à la violence communiste de l’époque. C’est au contraire parce que à l’Est des catholiques (et des protestants) ont tenu bon dans les principes de l’éthique biblique (le droit, la justice, la miséricorde, le respect de tout homme) qu’ils ont pu avec le syndicat Solidarnosc et les manifestations est-allemandes renverser un pouvoir inique qui durait depuis 70 ans.

 

Voilà peut-être le « sel de la terre » dont parle Jésus dans l’évangile de ce Dimanche (Mt 5,13-16) : oser imaginer un monde différent, un monde réconcilié quand on ne vous parle que de rivalités ; travailler à donner une place aux exclus du système ; pardonner alors que c’est impossible ; croire que l’homme est fondamentalement à l’image de Dieu avant d’être pécheur et de manière plus décisive.

Cela a des conséquences dans les relations professionnelles.

Un auteur célèbre, Mac Gregor, a formalisé la vision de l’homme qu’ont les entrepreneurs en deux théories.

La première ? qu’il appelle la théorie X – la plus répandue, affirme que l’homme est mauvais, paresseux, et recherche son intérêt. Il faut donc instaurer une culture du contrôle (du badgage aux autorisations et reportings en tout genre), la carotte (rémunération individuelle) et le bâton (la sanction lors de l’évaluation individuelle) pour le motiver.

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La plupart des « chefs » pratiquent ce type de management, où l’on ne fait pas confiance a priori, où l’on pense d’abord aux tire-au-flanc, où on encadre pour éviter les débordements (c’est justement le rôle du « cadre »). Ce sont eux qui vous assènent un cinglant : « on est pas dans le monde des Bisounours ! » pour vous clouer le bec et vous empêcher de bercer les masses de dangereuses illusions.

Mac Gregor se fait le champion de la théorie alternative ? qu’il appelle la théorie Y – qui affirme que l’homme n’est pas fondamentalement mauvais, qu’il aspire au contraire au bien, à la coopération, au service des autres. Un management Y traduira cela par une confiance a priori envers les salariés, par la mise en place de l’autocontrôle (par chacun, par l’équipe) au lieu du contrôle hiérarchique, par la libération de la créativité de chacun et de sa capacité à innover. Comme disait Kennedy : « entourez les hommes de barrières et vous aurez des moutons ». La confiance a priori n’a rien de Bisounours. L’appel à servir au lieu de dominer rejoint le plus profond du coeur de chacun (cf. la notion de servant leader). Les entreprises qui ont mis en pratique cette vision de l’homme sont tout aussi efficaces – et même davantage ! – que les entreprises de la théorie X.

41JhAD2834L._ management

 

Isaac Getz, professeur à l’ESCP, a mené une enquête célèbre auprès de ses entreprises dites « libérées », parce qu’elle font sauter les entraves à l’autonomie, la responsabilité, l’innovation des collaborateurs. Son livre : « Liberté & compagnie » a rendu visible un mouvement qui se propage tout doucement en France.

 

Comme quoi les chrétiens n’ont pas à rougir de leurs prophètes et de leurs exigences sociales !

Entraînez-vous donc à paraphraser Isaïe pour garder courage dans la transformation de votre environnement professionnel :

 « Si tu fais disparaître de ton entreprise la domination, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu fais attention aux plus petits parmi les collaborateurs, ton témoignage portera du fruit, ton obscurité sera comme la lumière de midi… »

1ère lecture : Celui qui donne aux malheureux est une lumière(Is 58, 7-10)

Lecture du livre d’Isaïe

Partager ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront rapidement. Ta justice marchera devant toi, et la gloire du Seigneur t’accompagnera. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon c?ur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi.

Psaume : Ps 111, 1a.4, 5a.6, 7-8a, 9

R/ Dans la nuit de ce monde, brille la lumière du juste.

Heureux qui craint le Seigneur !
Lumière des coeurs droits, il s’est levé dans les ténèbres,
homme de justice, de tendresse et de pitié.

L’homme de bien a pitié, il partage ;
cet homme jamais ne tombera ;
toujours on fera mémoire du juste.

Il ne craint pas l’annonce d’un malheur :
le c?ur ferme, il s’appuie sur le Seigneur.
Son c?ur est confiant, il ne craint pas.

À pleines mains, il donne au pauvre ;
à jamais se maintiendra sa justice,
sa puissance grandira, et sa gloire !

2ème lecture : En guise de sagesse, Paul annonce un Messie crucifié (1 Co 2, 1-5)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage humain ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je suis arrivé chez vous. Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien à voir avec le langage d’une sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

Evangile : Sermon sur la montagne. Le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5, 13-16)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Lumière du monde, Jésus Christ, celui qui marche à ta suite aura la lumière de la vie. Alléluia. (cf. Jn 8, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Patrick Braud

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