L'homelie du dimanche

25 janvier 2014

Descendre habiter aux carrefours des peuples

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Descendre habiter aux carrefours des peuples

Homélie du 2° dimanche du temps ordinaire / année A
26/01/14

Descendre à Capharnaüm

Les provinciaux disaient facilement autrefois : monter à Paris. Qu’on fut de Toulouse ou de Strasbourg, monter à la capitale c’était venir tenter sa chance et rechercher une ascension sociale par un travail plus important et mieux situé.

Descendre habiter aux carrefours des peuples dans Communauté spirituelle lactiberiademontarbel1À l’inverse, les gens de Nazareth disaient : descendre à Capharnaüm, avec une pointe de mépris. Capharnaüm est en effet plus bas que le village de Nazareth. On peut s’en rendre compte aujourd’hui encore en faisant la route à pied à travers un paysage aride qui descend vers le lac. Et en plus, la réputation de Capharnaüm était plutôt celle d’une ville de basses oeuvres que d’une ville sainte comme Jérusalem !

 

Quitter et descendre : ce déménagement physique de Jésus qui vient habiter à Capharnaüm est le symbole de son incarnation même.

Quitter la divinité, descendre au plus bas de notre humanité : tel est le début du parcours du Verbe de Dieu en notre chair. Saint Paul en parle en termes de kénose : « il s’est vidé de lui-même » dit-il de Jésus, « en prenant la condition de serviteur » (Ph 2,6-11).

Voilà donc un premier mouvement caractéristique de tout ministère fidèle à celui du Christ : quitter sa zone de privilèges pour rejoindre ceux qui sont au plus bas, descendre de Nazareth à Capharnaüm.

En entreprise, c’est accepter de voir les choses à partir du point de vue des plus petits, des moins gradés.

En Église, c’est rejoindre et donner la parole à ceux qui sont considérés comme à la marge ou hors-jeu.

En société, c’est ne pas revendiquer de place supérieure, et savoir se mélanger avec tous milieux sociaux, tous courants de pensée.

 

Habiter le carrefour des païens

« Galilée, toi le carrefour des païens » : cette apostrophe célèbre d’Isaïe est reprise par Mathieu pour expliquer le choix de Capharnaüm par Jésus.

La Galilée, c’était cela : « Galil ha-goyim », le « carrefour des païens ». Nous comprenons ainsi qu’il s’agit d’une région où se mêlent les religions et les ethnies : Juifs, Cananéens, Grecs, Phéniciens, etc. Non pas la Judée des Judéens, l’ex-Royaume de Juda, très centralisé et homogène – mais un pays « ouvert », de plein vent. Symboliquement, c’est là que peut s’amorcer l’annonce de l’Évangile à tous les peuples (même si bien sûr Isaïe, lui, visait à l’origine les tribus israélites du Nord opprimées par les Assyriens, cinq siècles avant Jésus). Un pays « carrefour » des cultures, qui annonce l’Église, dès l’origine à la croisée de la culture juive et de la culture gréco latine, et qui au long de son histoire s’est ouverte (et s’ouvre encore) à de multiples peuples avec leur langue et leur culture. Un pays très mélangé, où il n’y avait pas la fermeté de la foi, la pureté de la religion et des moeurs qui régnaient chez les bons Juifs de Judée. La Galilée, c’était toute une histoire, vieille de plusieurs siècles. Une histoire d’invasions, de brassage de peuples, de races, de religions. Il y avait eu des unions plus ou moins légitimes. Si bien que les Juifs qui habitaient là, dans cette Galilée carrefour des nations, terre d’invasion, n’étaient pas des Juifs de race pure, de religion pure. C’étaient des « sang-mêlés ». On les prenait un peu pour des bâtards.

Or, c’est là que Jésus inaugure sa mission. Non pas à Nazareth, qui était un petit village où il ne se passait rien. Mais au coeur même, au centre vital de cette Galilée, carrefour des nations, c’est-à-dire à Capharnaüm, où il y avait une garnison romaine, du commerce, où l’on était à la frontière avec les territoires païens.

Voie navigable, le lac de Tibériade sert de pont géographique vers la Décapole, les dix villes païennes aux confins du territoire d’Israël. Puisque la Galilée était le « carrefour » des païens, Jésus, en s’installant à Capharnaüm, village frontalier en quelque sorte, où il y avait un poste de douane, choisit de plonger au coeur de la mêlée des ethnies, des cultures et des valeurs. L’homme élevé à Nazareth ne va pas se réfugier dans sa judaïté : il expose plutôt sa foi sur la place publique, en territoire juif certes, mais au carrefour des nations !

carrefour-de-lautoroute,-los-angeles-149111 Capharnaüm dans Communauté spirituelleIl s’agit en effet de planter sa tente à un endroit où les peuples se rencontrent, se mélangent. Il s’agit d’aller habiter dans une ville impure, méprisée par les ‘vrais’ croyants de Jérusalem, ville bâtarde ni totalement juive ni réellement romaine, ouverte à tous les vents du commerce, au coeur du réseau d’échanges d’influence de la Décapole.

Bref, habiter la Galilée c’est ne pas avoir peur de se compromettre avec ceux qui viennent d’ailleurs, qui façonnent un monde nouveau. Capharnaüm étant une ville de garnison militaire, au croisement des routes commerciales, elle engendrait tous les excès que l’argent et la force savent engendrer de tous temps.

Aujourd’hui encore, habiter la Galilée des nations c’est vouloir comprendre de l’intérieur ceux qui font naître un monde nouveau. C’est discerner quels sont aujourd’hui les carrefours où les cultures se brassent, où les peuples se rencontrent, où les exclusions se fabriquent.

Cela peut aller des cités d’urgence du Quart-Monde aux milieux financiers des grandes banques, des clubs sportifs aux réseaux sociaux, des festivals au dialogue interreligieux…

L’essentiel est d’aller là où les hommes se rencontrent, pour que de ces carrefours émerge une possibilité de vivre ensemble en paix, rassemblés en une seule famille humaine, selon le sens que Jean a donné à la vie du Christ : « le Christ est mort afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52).

 

Faire de nos capharnaüms des lieux de consolation et de beauté

Le nom de Capharnaüm suggère cela : la ville du prophète Nahum, et aussi la ville de la consolation, ou de la beauté.

Capharnaüm : ville de passage entre la Syrie et Israël, Damas et Césarée, et aussi l’est et l’ouest, un brassage des populations – un vrai capharnaüm – « carrefour des païens ».

Son nom vient de l’hébreu : « Kfar Nahum », Kfar désignant le village et Nahum la compassion, la consolation. C’est littéralement le « village du Consolateur ».

Ainsi, Origène interprète Kefar Nahum comme « le village de la consolation », d’après la signification étymologique de la racine hébraïque nhm (consolation);
quant à Saint Jérôme, il traduit parfois le même nom par « la belle ville », d’après la racine hébraïque n’m (beauté).
Les langues non sémitiques rendent toujours le nom composé Kefar Nahum par un seul nom, et elles omettent simplement la lettre gutturale h.
Les manuscrits grecs des Évangiles connaissent deux orthographes: Capharnaüm et Capernaüm. Seule est bonne la première transcription, « Capharnaüm », proche de la prononciation hébraïque et adoptée aussi par Flavius Josèphe; l’orthographe « Capernaüm » est un idiome de la région d’Antioche.  

Il s’agit donc de descendre au plus bas de l’humanité pour y apporter la consolation à ceux qui désespèrent.
Il s’agit d’adopter le point de vue des plus méprisés pour les consoler et leur redonner une dignité humaine.

À cause du brassage des peuples qu’elle symbolise, la ville de Capharnaüm est devenue en français synonyme de bazar inextricable, de chaos insensé où tout est sens dessus dessous. Dire de la chambre d’un enfant que c’est un vrai capharnaüm, c’est l’inviter à y mettre un peu d’ordre pour qu’elle devienne enfin habitable et ressemble à une chambre !

Le Christ à Capharnaüm apporte la consolation au coeur du charivari ambiant : il annonce le Royaume de Dieu tout proche de ces païens si loin de la sainteté, il guérit toute infirmité et toute maladie dans le peuple. Il transforme les pêcheurs de poissons en des pêcheurs d’hommes : arrachant les hommes au mal – symbolisé à l’époque par la mer obscure et inconnue – les apôtres transforment les païens en baptisés, en poissons (ictus) chrétiens.

Apporter consolation et beauté là où la vie avait créé exploitation et noirceur est la première mission du Christ de Capharnaüm.

 carrefourOui : ce Jésus de Capharnaüm est à l’aise au milieu des impurs ; il est chez lui plus qu’à Nazareth - au coeur de ce brassage de cultures et de peuples, à tel point que cette ville est sa ville, plus que Nazareth ou Jérusalem. Si vous allez en pèlerinage en Terre Sainte, n’oubliez pas ce détour par Capharnaüm. Au bord du lac, au carrefour de la Décapole, célébrez l’eucharistie sur les ruines de la maison de Pierre retrouvée au XIXe siècle, et vous éprouverez pourquoi Jésus a choisi ce carrefour des païens comme sa ville. « Il est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus », et Capharnaüm était la ville la plus symbolique de ce salut offert à tous, de la lumière qui resplendit au pays de l’ombre…

Quitter nos univers de privilèges pour rejoindre ceux qui sont au plus bas, habiter les carrefours où les hommes se rencontrent, y apporter consolation et beauté : l’évangile de ce dimanche décrit ainsi notre mission à la suite du Christ.

Mais quels sont donc les capharnaüms proches de chez vous ?…

 

 

1ère lecture : Une lumière se lèvera sur la Galilée (Is 8, 23; 9,1-3)
Lecture du livre d’Isaïe
Dans les temps anciens, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée, carrefour des païens.
Le peuple qui marchait dans les ténèbresa vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.

Psaume : Ps 26, 1, 4abcd, 13-14
R/ Le Seigneur est lumière et salut.

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ? 

J’ai demandé une chose au Seigneur, 
la seule que je cherche : 
habiter la maison du Seigneur 
tous les jours de ma vie.

J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur 
sur la terre des vivants. 
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; 
espère le Seigneur. »

2ème lecture : Le scandale des divisions dans l’Église du Christ (1Co 1, 10-13.17)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ à être tous vraiment d’accord ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et de sentiments.
J’ai entendu parler de vous, mes frères, par les gens de chez Cloé : on dit qu’il y a des disputes entre vous.
Je m’explique. Chacun de vous prend parti en disant : « Moi, j’appartiens à Paul », ou bien : « J’appartiens à Apollos », ou bien : « J’appartiens à Pierre », ou bien : « J’appartiens au Christ ».
Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce donc Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?
D’ailleurs, le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ.

Evangile : Jésus commence son ministère par la Galilée (brève : 12-17) (Mt 4, 12-23)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le Seigneur notre Dieu : sur ceux qui habitent les ténèbres, il a fait resplendir sa lumière. Aléluia.(cf. Lc 1, 68.79)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe :
Pays de Zabulon et pays de Nephtali,
route de la mer et pays au-delà du Jourdain,
Galilée, toi le carrefour des païens :
le peuple qui habitait dans les ténèbres
a vu se lever une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient
dans le pays de l’ombre et de la mort,
une lumière s’est levée.
À partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »
Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c’étaient des pêcheurs.
Jésus leur dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela.
Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent.
Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.
Patrick Braud

Patrick Braud

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