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25 janvier 2014

Descendre habiter aux carrefours des peuples

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Descendre habiter aux carrefours des peuples

Homélie du 2° dimanche du temps ordinaire / année A
26/01/14

Descendre à Capharnaüm

Les provinciaux disaient facilement autrefois : monter à Paris. Qu’on fut de Toulouse ou de Strasbourg, monter à la capitale c’était venir tenter sa chance et rechercher une ascension sociale par un travail plus important et mieux situé.

Descendre habiter aux carrefours des peuples dans Communauté spirituelle lactiberiademontarbel1À l’inverse, les gens de Nazareth disaient : descendre à Capharnaüm, avec une pointe de mépris. Capharnaüm est en effet plus bas que le village de Nazareth. On peut s’en rendre compte aujourd’hui encore en faisant la route à pied à travers un paysage aride qui descend vers le lac. Et en plus, la réputation de Capharnaüm était plutôt celle d’une ville de basses oeuvres que d’une ville sainte comme Jérusalem !

 

Quitter et descendre : ce déménagement physique de Jésus qui vient habiter à Capharnaüm est le symbole de son incarnation même.

Quitter la divinité, descendre au plus bas de notre humanité : tel est le début du parcours du Verbe de Dieu en notre chair. Saint Paul en parle en termes de kénose : « il s’est vidé de lui-même » dit-il de Jésus, « en prenant la condition de serviteur » (Ph 2,6-11).

Voilà donc un premier mouvement caractéristique de tout ministère fidèle à celui du Christ : quitter sa zone de privilèges pour rejoindre ceux qui sont au plus bas, descendre de Nazareth à Capharnaüm.

En entreprise, c’est accepter de voir les choses à partir du point de vue des plus petits, des moins gradés.

En Église, c’est rejoindre et donner la parole à ceux qui sont considérés comme à la marge ou hors-jeu.

En société, c’est ne pas revendiquer de place supérieure, et savoir se mélanger avec tous milieux sociaux, tous courants de pensée.

 

Habiter le carrefour des païens

« Galilée, toi le carrefour des païens » : cette apostrophe célèbre d’Isaïe est reprise par Mathieu pour expliquer le choix de Capharnaüm par Jésus.

La Galilée, c’était cela : « Galil ha-goyim », le « carrefour des païens ». Nous comprenons ainsi qu’il s’agit d’une région où se mêlent les religions et les ethnies : Juifs, Cananéens, Grecs, Phéniciens, etc. Non pas la Judée des Judéens, l’ex-Royaume de Juda, très centralisé et homogène – mais un pays « ouvert », de plein vent. Symboliquement, c’est là que peut s’amorcer l’annonce de l’Évangile à tous les peuples (même si bien sûr Isaïe, lui, visait à l’origine les tribus israélites du Nord opprimées par les Assyriens, cinq siècles avant Jésus). Un pays « carrefour » des cultures, qui annonce l’Église, dès l’origine à la croisée de la culture juive et de la culture gréco latine, et qui au long de son histoire s’est ouverte (et s’ouvre encore) à de multiples peuples avec leur langue et leur culture. Un pays très mélangé, où il n’y avait pas la fermeté de la foi, la pureté de la religion et des moeurs qui régnaient chez les bons Juifs de Judée. La Galilée, c’était toute une histoire, vieille de plusieurs siècles. Une histoire d’invasions, de brassage de peuples, de races, de religions. Il y avait eu des unions plus ou moins légitimes. Si bien que les Juifs qui habitaient là, dans cette Galilée carrefour des nations, terre d’invasion, n’étaient pas des Juifs de race pure, de religion pure. C’étaient des « sang-mêlés ». On les prenait un peu pour des bâtards.

Or, c’est là que Jésus inaugure sa mission. Non pas à Nazareth, qui était un petit village où il ne se passait rien. Mais au coeur même, au centre vital de cette Galilée, carrefour des nations, c’est-à-dire à Capharnaüm, où il y avait une garnison romaine, du commerce, où l’on était à la frontière avec les territoires païens.

Voie navigable, le lac de Tibériade sert de pont géographique vers la Décapole, les dix villes païennes aux confins du territoire d’Israël. Puisque la Galilée était le « carrefour » des païens, Jésus, en s’installant à Capharnaüm, village frontalier en quelque sorte, où il y avait un poste de douane, choisit de plonger au coeur de la mêlée des ethnies, des cultures et des valeurs. L’homme élevé à Nazareth ne va pas se réfugier dans sa judaïté : il expose plutôt sa foi sur la place publique, en territoire juif certes, mais au carrefour des nations !

carrefour-de-lautoroute,-los-angeles-149111 Capharnaüm dans Communauté spirituelleIl s’agit en effet de planter sa tente à un endroit où les peuples se rencontrent, se mélangent. Il s’agit d’aller habiter dans une ville impure, méprisée par les ‘vrais’ croyants de Jérusalem, ville bâtarde ni totalement juive ni réellement romaine, ouverte à tous les vents du commerce, au coeur du réseau d’échanges d’influence de la Décapole.

Bref, habiter la Galilée c’est ne pas avoir peur de se compromettre avec ceux qui viennent d’ailleurs, qui façonnent un monde nouveau. Capharnaüm étant une ville de garnison militaire, au croisement des routes commerciales, elle engendrait tous les excès que l’argent et la force savent engendrer de tous temps.

Aujourd’hui encore, habiter la Galilée des nations c’est vouloir comprendre de l’intérieur ceux qui font naître un monde nouveau. C’est discerner quels sont aujourd’hui les carrefours où les cultures se brassent, où les peuples se rencontrent, où les exclusions se fabriquent.

Cela peut aller des cités d’urgence du Quart-Monde aux milieux financiers des grandes banques, des clubs sportifs aux réseaux sociaux, des festivals au dialogue interreligieux…

L’essentiel est d’aller là où les hommes se rencontrent, pour que de ces carrefours émerge une possibilité de vivre ensemble en paix, rassemblés en une seule famille humaine, selon le sens que Jean a donné à la vie du Christ : « le Christ est mort afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52).

 

Faire de nos capharnaüms des lieux de consolation et de beauté

Le nom de Capharnaüm suggère cela : la ville du prophète Nahum, et aussi la ville de la consolation, ou de la beauté.

Capharnaüm : ville de passage entre la Syrie et Israël, Damas et Césarée, et aussi l’est et l’ouest, un brassage des populations – un vrai capharnaüm – « carrefour des païens ».

Son nom vient de l’hébreu : « Kfar Nahum », Kfar désignant le village et Nahum la compassion, la consolation. C’est littéralement le « village du Consolateur ».

Ainsi, Origène interprète Kefar Nahum comme « le village de la consolation », d’après la signification étymologique de la racine hébraïque nhm (consolation);
quant à Saint Jérôme, il traduit parfois le même nom par « la belle ville », d’après la racine hébraïque n’m (beauté).
Les langues non sémitiques rendent toujours le nom composé Kefar Nahum par un seul nom, et elles omettent simplement la lettre gutturale h.
Les manuscrits grecs des Évangiles connaissent deux orthographes: Capharnaüm et Capernaüm. Seule est bonne la première transcription, « Capharnaüm », proche de la prononciation hébraïque et adoptée aussi par Flavius Josèphe; l’orthographe « Capernaüm » est un idiome de la région d’Antioche.  

Il s’agit donc de descendre au plus bas de l’humanité pour y apporter la consolation à ceux qui désespèrent.
Il s’agit d’adopter le point de vue des plus méprisés pour les consoler et leur redonner une dignité humaine.

À cause du brassage des peuples qu’elle symbolise, la ville de Capharnaüm est devenue en français synonyme de bazar inextricable, de chaos insensé où tout est sens dessus dessous. Dire de la chambre d’un enfant que c’est un vrai capharnaüm, c’est l’inviter à y mettre un peu d’ordre pour qu’elle devienne enfin habitable et ressemble à une chambre !

Le Christ à Capharnaüm apporte la consolation au coeur du charivari ambiant : il annonce le Royaume de Dieu tout proche de ces païens si loin de la sainteté, il guérit toute infirmité et toute maladie dans le peuple. Il transforme les pêcheurs de poissons en des pêcheurs d’hommes : arrachant les hommes au mal – symbolisé à l’époque par la mer obscure et inconnue – les apôtres transforment les païens en baptisés, en poissons (ictus) chrétiens.

Apporter consolation et beauté là où la vie avait créé exploitation et noirceur est la première mission du Christ de Capharnaüm.

 carrefourOui : ce Jésus de Capharnaüm est à l’aise au milieu des impurs ; il est chez lui plus qu’à Nazareth - au coeur de ce brassage de cultures et de peuples, à tel point que cette ville est sa ville, plus que Nazareth ou Jérusalem. Si vous allez en pèlerinage en Terre Sainte, n’oubliez pas ce détour par Capharnaüm. Au bord du lac, au carrefour de la Décapole, célébrez l’eucharistie sur les ruines de la maison de Pierre retrouvée au XIXe siècle, et vous éprouverez pourquoi Jésus a choisi ce carrefour des païens comme sa ville. « Il est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus », et Capharnaüm était la ville la plus symbolique de ce salut offert à tous, de la lumière qui resplendit au pays de l’ombre…

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Quitter nos univers de privilèges pour rejoindre ceux qui sont au plus bas, habiter les carrefours où les hommes se rencontrent, y apporter consolation et beauté : l’évangile de ce dimanche décrit ainsi notre mission à la suite du Christ.

Mais quels sont donc les capharnaüms proches de chez vous ?…

 

 

1ère lecture : Une lumière se lèvera sur la Galilée (Is 8, 23; 9,1-3)
Lecture du livre d’Isaïe
Dans les temps anciens, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée, carrefour des païens.
Le peuple qui marchait dans les ténèbresa vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.

Psaume : Ps 26, 1, 4abcd, 13-14
R/ Le Seigneur est lumière et salut.

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ? 

J’ai demandé une chose au Seigneur, 
la seule que je cherche : 
habiter la maison du Seigneur 
tous les jours de ma vie.

J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur 
sur la terre des vivants. 
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; 
espère le Seigneur. »

2ème lecture : Le scandale des divisions dans l’Église du Christ (1Co 1, 10-13.17)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ à être tous vraiment d’accord ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et de sentiments.
J’ai entendu parler de vous, mes frères, par les gens de chez Cloé : on dit qu’il y a des disputes entre vous.
Je m’explique. Chacun de vous prend parti en disant : « Moi, j’appartiens à Paul », ou bien : « J’appartiens à Apollos », ou bien : « J’appartiens à Pierre », ou bien : « J’appartiens au Christ ».
Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce donc Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?
D’ailleurs, le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ.

Evangile : Jésus commence son ministère par la Galilée (brève : 12-17) (Mt 4, 12-23)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le Seigneur notre Dieu : sur ceux qui habitent les ténèbres, il a fait resplendir sa lumière. Aléluia.(cf. Lc 1, 68.79)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe :
Pays de Zabulon et pays de Nephtali,
route de la mer et pays au-delà du Jourdain,
Galilée, toi le carrefour des païens :
le peuple qui habitait dans les ténèbres
a vu se lever une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient
dans le pays de l’ombre et de la mort,
une lumière s’est levée.
À partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »
Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c’étaient des pêcheurs.
Jésus leur dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela.
Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent.
Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

Patrick Braud

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18 janvier 2014

Révéler le mystère de l’autre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Révéler le mystère de l’autre

Homélie du 2° dimanche du temps ordinaire / année A
19/01/2014

 

Discerner la véritable identité de l’autre

Jean-Baptiste n’est pas seulement une figure d’humilité (« il faut qu’il grandisse et que je diminue »). Il a également la capacité de discerner la véritable identité de l’autre.

« Voici l’agneau de Dieu » : là où la foule ne distingue rien d’autre qu’un pénitent parmi des centaines, Jean-Baptiste reconnaît celui qui va jouer un rôle unique dans le salut du peuple. Là où ses amis, ses disciples, sa famille même ne voient en Jésus qu’un guérisseur extraordinaire, Jean-Baptiste discerne en son cousin le fils de Dieu lui-même, c’est-à-dire quelqu’un qui a avec Dieu une intimité à nulle autre pareille.

 Ce don de discerner la véritable personnalité de l’autre, Jean-Baptiste le met au service de la vérité, quoi qu’il en coûte. À Hérode, il ose reprocher en public : « tu n’as pas le droit d’épouser la femme de ton frère ». Là encore, quand ses sujets ne disent d’Hérode que ce qu’il est convenu de dire des puissants qui règnent, Jean-Baptiste ose proclamer haut et fort qu’il est vraiment « ce renard d’Hérode »  derrière sa façade royale. Aux pharisiens qui s’approchent de lui par pur souci rituel, Jean-Baptiste n’a pas peur d’adresser un retentissant : « engeance de vipères » qui a dû faire trembler ses partisans au désert.

Voilà une mission qui est encore celle des baptisés aujourd’hui : révéler à l’autre qui il est vraiment, révéler aux autres ce qu’il peut leur apporter, en bien comme en mal.

Prenez vos collaborateurs dans votre équipe au travail : la plupart du temps ils ont chacun leur réputation, on les a classés, étiquetés, voire programmés comme étant « à potentiel » ou au contraire « non évolutifs ».

Quelqu’un comme Jean-Baptiste saura poser sur eux un autre regard. « Voici un homme qui peut apporter autre chose » ; « voici une femme qui mérite d’être appelée ailleurs ». Ou bien : « voici un puissant qui manipule pour se maintenir », « voici des pratiques qui ne sont pas dignes de nos valeurs ».

Évidemment celui qui aura le courage de parler ainsi prendra des risques. On ne lui coupera peut-être pas la tête comme à Jean-Baptiste, mais il devra endurer quelques moqueries ou scepticismes lorsqu’il voudra valoriser des talents cachés. Et il subira rétorsions et menaces lorsqu’il dénoncera de fausses apparences professionnelles.

Mais la vocation prophétique liée au baptême va jusque-là : à la manière de Jean-Baptiste, manifester à tous le meilleur de l’autre que l’autre lui-même ignore ; rendre publiques les contradictions que les puissants cherchent à cacher.

Il n’y a pas qu’au monde du travail que cette mission style Jean-Baptiste s’applique. Entre voisins, entre paroissiens, entre étudiants ou lycéens, et même entre mari et femme nous avons besoin que des Jean-Baptiste élèvent la voix pour manifester la véritable dignité de ceux que personne ne remarque.

 

Commencer par reconnaître ne pas connaître

De manière paradoxale, la source de la connaissance de Jean-Baptiste est… la confession Révéler le mystère de l'autre dans Communauté spirituelle bernardino%20luini-%20vierge%20a%20l-enfant%20avec%20saintde non savoir. « Et moi, je ne le connaissais pas… ». En prononçant ces mots au sujet d’un cousin dont il est supposé être familier, Jean-Baptiste reconnaît que notre connaissance immédiate de l’autre ne suffit pas pour savoir qui il est vraiment. Ni les liens familiaux, ni les appartenances religieuses, ni les renseignements accumulés sur quelqu’un ne sont suffisants pour croire le connaître.

Jean-Baptiste laisse l’Esprit de Dieu lui révéler qui est Jésus. De même, nous devons abandonner les idées préétablies que nous avons sur quelqu’un pour commencer à découvrir son identité profonde.

« Je ne le connais pas » est la première étape qui conduit à la vraie connaissance de l’autre. Et ceci tout au long d’une vie.

Dire de son conjoint ou de son enfant : « je ne le connais pas » permet d’aller à sa découverte chaque jour, de se laisser surprendre par lui, de ne pas l’enfermer dans ce qu’il a déjà fait dans le passé (en positif comme en négatif). Bref : reconnaître mon ignorance du mystère de l’autre permet de l’accueillir tel qu’il est, sans préjugés ni a priori. Cela demande d’ailleurs de cultiver la vertu de l’oubli. Oublier ce qui viendrait figer mon jugement ; oublier les actes commis qui m’empêcheraient de croire au renouveau possible ; oublier ce qu’on m’a dit de l’autre et qui servirait de filtre à ma redécouverte de ce qu’il est.

« Voici l’agneau de Dieu » : cette désignation prophétique a impressionné les contemporains de Jean-Baptiste. Car il s’effaçait alors devant celui qu’il manifestait au monde. Et surtout il savait qui était vraiment ce Jésus de Nazareth, immergé dans la foule du Jourdain, pèlerin anonyme et inconnu de tous.

Nous aussi, sachons discerner au milieu des foules d’aujourd’hui ceux qui peuvent apporter quelque chose au monde, ceux qu’il faudrait suivre.

Apprenons de l’Esprit de Dieu la clairvoyance qui permet de deviner en l’autre ses talents cachés, son identité vraie…

 

1ère lecture : Le serviteur de Dieu est la lumière des nations(Is 49, 3.5-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Serviteur de Dieu. Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai. »
Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force.
Il parle ainsi : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d’Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

Psaume : Ps 39, 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd

R/ Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté.

D’un grand espoir, j’espérai le Seigneur :
il s’est penché vers moi.
Dans ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice,
tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime,
alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

Dans le livre, est écrit pour moi
ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
ta loi me tient aux entrailles.

Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
Seigneur, tu le sais.
j’ai dit ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

2ème lecture : Paul salue l’Église de Dieu qui est à Corinthe (1 Co 1, 1-3)

Commencement de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Moi, Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être Apôtre du Christ Jésus, avec Sosthène notre frère, je m’adresse à vous qui êtes, à Corinthe, l’Église de Dieu, vous qui avez été sanctifiés dans le Christ Jésus, vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre.

Que la grâce et la paix soient avec vous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur.

Evangile : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Verbe s’est fait chair, il a demeuré parmi nous. Par lui, deviendront fils de Dieu tous ceux qui le reçoivent.Alléluia. (cf. Jn 1, 14.12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. Je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté au peuple d’Israël. »
Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint.’ Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Patrick Braud

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11 janvier 2014

« Laisse faire » : éloge du non-agir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

« Laisse faire » : éloge du non-agir

Homélie pour la fête du Baptême du Seigneur / Année A
12/01/2014

« Laisse faire ».

Elle est étonnante de cette réplique du Christ à Jean-Baptiste, première parole dans sa bouche dans l’Évangile de Matthieu.

Laisse les choses se dérouler comme elles doivent se dérouler.
Non pas : ne fais rien, mais agis comme si tu n’agissais pas, comme si tu permettais seulement à ce qui doit arriver d’arriver.

Le premier - et sans cesse - le Christ se laisse faire par l’Esprit pour aller au bout de la volonté de son Père. Jésus laisse les rencontres advenir, il n’organise rien du drame qui s’approche. Parole après parole, rencontre après rencontre, il laisse se mettre en place ce qui deviendra finalement le puzzle de sa passion.

C’est le fil rouge des trois lectures de cette fête du Baptême du Seigneur :

- Jean-Baptiste doit renoncer à sa vision des choses pour laisser Jésus être plongé dans les eaux du Jourdain (Mt 3,13-17).

- Pierre se laisse faire par l’Esprit Saint qui le conduit jusqu’à la maison du centurion romain Corneille pour le baptiser. Jamais il n’aurait pu imaginer cela : associer un païen au même héritage que les juifs, déclarer purs tous les aliments interdits dans la cashrout juive ! (Ac 10).

- Le serviteur décrit par Isaïe est pris en main par Dieu lui-même pour accomplir à travers lui sa mission de libération. Il se laissera porter par l’Esprit de Dieu pour découvrir comment devenir « lumière des nations » (Is 42,1-7).

Cette doctrine du laisser-faire rejoint l’enseignement taoïste au sujet du non-agir (wu-wei).

Elle a été développée par la mystique rhénane, notamment Maître Eckhart dans son enseignement au sujet du détachement (Abgelassenheit).

Et un courant managérial aujourd’hui redécouvre cette posture fondamentale du non-agir pour dessiner les traits du servant leader adapté au travail collaboratif.

Détaillons chacune de ces trois pistes qui convergent.

 

1. Le non-agir agir taoïste

« Laisse faire » : éloge du non-agir dans Communauté spirituelle wuwei1La notion de non- agir (wu-weioccupe une place centrale en taoïsme. À l’image de l’aïkido qui préfère utiliser la violence de l’adversaire plutôt que de créer la sienne propre, celui qui pratique le non- agir laisse advenir les événements, sans chercher à les contrarier frontalement, mais en les mettant à profit pour se laisser porter vers plus de plénitude grâce à l’énergie qu’ils véhiculent.

C’est une action au-delà de l’action, où celle-ci n’a plus besoin d’être voulue pour être efficiente (ex : quand le geste de la marche devient naturel chez l’enfant). La non-action est une action collective se réalisant ?comme si on n’y était pour rien’, alors même qu’on y participe de manière décisive, tel un orchestre entrant en harmonie grâce à son chef, où la musique semble se produire toute seule.

Renonçant au volontarisme individuel, le disciple du non- agir va surfer sur le bien et le mal trouvés sur sa route, comme l’eau épouse le lit de la rivière sans chercher à le modifier tout de suite, ce qui finalement va profondément le transformer, mais comme sans le vouloir, naturellement, de soi-même.

 » Par wu-wei, il ne faut pas entendre ne rien faire, il faut entendre qu’on laisse chaque chose se faire spontanément, de sorte à être en accord avec les lois naturelles  » (Kuo Ksiang )

 » C’est l’art de maîtriser les circonstances sans leur opposer de résistance ; le principe d’esquiver une force qui vient sur vous en sorte qu’elle ne puisse vous atteindre. Ainsi, celui qui connaît les lois de la vie, jamais ne s’oppose aux événements ; il en change le cours par son acceptation, son intégration, jamais par le refus. Il accepte toutes choses jusqu’à ce que, les ayant assimilées toutes, il parvienne à leur maîtrise parfaite. «  (Lin Yu-tang)

 

2. Le non-agir chrétien de Maître Eckhart

Les-sermons Eckhart dans Communauté spirituelleMaître Eckhart et la mystique rhénane du XIVe siècle ont entendu l’appel du Christ à « laisser faire » comme un détachement radical de ses propres oeuvres.

À l’image de Marie qui engendre le Verbe de Dieu en elle en laissant faire l’Esprit, chaque chrétien est appelé à engendrer le Christ en lui en se laissant façonner par Dieu dans la vie spirituelle. Il ne s’agit plus alors d’agir par soi-même (avec orgueil), ni même d’agir pour Dieu (ce qui est encore se substituer à lui), mais de laisser Dieu agir en soi et à travers soi.

« Dieu n’est en rien de rien tenu par leurs oeuvres et leurs dons, à moins que de bon gré il ne veuille le faire de par sa grâce et non en raison de leurs oeuvres ni en raison de leur don, car ils ne donnent rien qui soit leur et n’opèrent pas non plus à partir d’eux-mêmes, ainsi que dit Christ lui-même : ?Sans moi vous ne pouvez rien faire’.

(…) C’est ainsi que devrait se tenir l’homme qui voudrait se trouver réceptif à la vérité suprême et vivant là sans avant et sans après et sans être entravé par toutes les oeuvres et toutes les images dont il eut jamais connaissance, dépris et libre, recevant à nouveau dans ce maintenant le don divin et l’engendrant en retour sans obstacle dans cette même lumière avec une louange de gratitude en Notre Seigneur Jésus Christ (Maître Eckhart, Sermon 1).

Le baptisé devient alors un authentique homme d’action, mais d’une action qu’il ne veut pas en propre, qui lui est donnée d’accomplir sans la rechercher particulièrement. Dieu agit en lui sans qu’il ait à se forcer pour accomplir l’oeuvre de Dieu.

« Le mont escarpé,
Gravis-le sans agir.
Intelligence,
Le chemin t’emmène
En un merveilleux désert » (Maître Eckhart , Granum Sinapis).  

 

3. Le non-agir managérial du servant leader

 JésusLa figure du servant leader émerge en France après avoir été travaillée depuis une cinquantaine d’années aux USA. Pour faire court, il s’agit de passer du chef autoritaire au manager qui est au service de son équipe pour la faire grandir, pour libérer sa créativité en l’accompagnant dans ses initiatives. Cette figure du servant leader est essentielle pour mettre en oeuvre un management de type collaboratif.

 

Rappelons brièvement les différents styles de management qu’on peut repérer en entreprise (ou même dans l’Église !).

 

 

a) Le style directif

« Je décide. Vous exécutez ».

La dérive autoritaire n’est pas loin ; la passivité des salariés (ou des ouailles !) est garantie.

 

b) Le style délégatif

« Je vous transfère le problème. Vous vous débrouillez ».

Le risque est de transformer la délégation en abandon pur et simple. Le chef transfère sur ses subordonnés les tâches dont il ne veut pas ; il n’assume plus rien de leur conduite.

 

c) Le style persuasif

« Je décide. Je vous fais adhérer à ce que j’ai décidé ».

Cela fleure la manipulation du patron (ou du chef religieux) charismatique.

 

d) Le style participatif

« Vous participez aux objectifs prédéfinis. »

L’apport de chacun est réel, mais au service des décisions prises en amont. Avec un brin de condescendance : « je vous donne le sens. À vous la liberté de voir comment le mettre en oeuvre. »

 

 e) Le style collaboratif

« Nous construisons ensemble les objectifs et les moyens pour y arriver ».

Le responsable d’équipe doit alors arriver devant elle avec une feuille blanche : quels sont les problèmes, les défis que nous devons relever ? comment peut-on s’y prendre ? Travaillons ensemble à définir des pistes d’action.

Il ne peut ainsi lâcher prise sur sa propre vision du problème que s’il adopte la posture du servant leader : non pas faire, mais laisser-faire son équipe, ce qui demande un actif travail d’animation du débat, de régulation de la parole, de fédération des opinions diverses, de capacité à faire émerger naturellement une action de l’équipe au lieu d’imposer la sienne.

Cela ira jusqu’à définir avec son équipe les questions à se poser, les problèmes à identifier, les règles à se donner etc?

Bref, le manager qui veut travailler en mode collaboratif pratiquera un non-agir en parfaite consonance avec le laisser-faire de l’Évangile, le non-agir taoïste et le détachement de Maître Eckhart !

 laisser faire

 

Étonnant comme un concept peut s’avérer fécond lorsqu’il devient nomade…

Appliquez le laisser-faire du baptême du Christ aux sciences du management, il faut oser ! Et pourtant, c’est une piste solide pour libérer l’autonomie, la créativité et la responsabilité des équipes (et les baptisés  en ce qui concerne le gouvernement de l’Église), pour épouser les événements professionnels et en faire émerger autre chose, non déterminé à l’avance.

Notre Église ferait bien de s’appliquer à elle-même ce principe du laisser faire, car les gouvernements de style directif, délégatif, persuasif ou participatif y sont légion, de haut en bas d’une pyramide ecclésiale pas encore vraiment inversée…

 

 

 

1ère lecture : Le serviteur de Dieu consacré pour le salut des hommes (Is 42, 1-4.6-7)
Lecture du livre d’Isaïe

Ainsi parle le Seigneur :
Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; devant les nations, il fera paraître le jugement que j’ai prononcé.
Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n’entendra pas sa voix sur la place publique.
Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il fera paraître le jugement en toute fidélité.
Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé, jusqu’à ce qu’il impose mon jugement dans le pays, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses instructions.

Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice, je t’ai pris par la main, je t’ai mis à part, j’ai fait de toi mon Alliance avec le peuple et la lumière des nations ; tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot ceux qui habitent les ténèbres.

Psaume : Ps 28, 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10

R/ Dieu, bénis ton peuple, donne-lui la paix.

Rendez au Seigneur, vous, les dieux,
rendez au Seigneur gloire et puissance.
Rendez au Seigneur la gloire de son nom,
adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.

La voix du Seigneur domine les eaux,
le Seigneur domine la masse des eaux.
Voix du Seigneur dans sa force,
voix du Seigneur qui éblouit.

Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre.
Et tous dans son temple s’écrient : « Gloire ! »
Au déluge le Seigneur a siégé ;
il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours !

2ème lecture : Le ministère du Sauveur commence à son baptême (Ac 10, 34-38)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand Pierre arriva à Césarée, chez un centurion de l »armée romaine, il s’adressa à ceux qui étaient là : « en vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. Il a envoyé la Parole aux fils d’Israël, pour leur annoncer la paix par Jésus Christ : c’est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous.

Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean :
Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui. »

Evangile : Le baptême de Jésus (Mt 3, 13-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui, le ciel s’est ouvert, l’Esprit descend sur Jésus, et la voix du Père domine les eaux : « Voivi mon Fils, mon bien-aimé ! » Alléluia. (cf. Mt 3, 16-17, Ps 28, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui.
Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse-moi faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire. 

Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »
Patrick Braud

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4 janvier 2014

Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?

 

Homélie pour la fête de l’Épiphanie / Année A
05/01/14

« Les païens sont associés au même héritage que les juifs » : Paul résume en une phrase la révolution qui s’allume à l’Épiphanie et explose à la Pentecôte.

Tous les peuples sont appelés à devenir enfants de Dieu comme l’est Israël depuis l’Alliance avec Abraham.
Toutes les cultures peuvent porter la révélation d’un Dieu transcendant et immanent tout à la fois.
Chacun, quel que soit son origine, est appelé à être divinisé, à devenir Dieu lui-même, par le Christ dans l’Esprit.

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Cet universalisme chrétien fortement signifié dans la fête de l’Épiphanie à travers les trois mages de trois continents différents s’est épanoui en une Église catholique (= universelle) qui préside à l’unité du monde chrétien depuis des siècles.

Mais qu’est-ce que l’universel aujourd’hui ? Comment être « épiphanique », c’est-à-dire manifester que tous les peuples sont associés à la même promesse ?

Parcourons une petite et trop rapide histoire de l’universel, pour pouvoir nous interroger au passage sur la manière de réinvestir cette note de l’Église (universelle) dans le contexte contemporain.

 

UNE PETITE HISTOIRE DE L’UNIVERSEL

1. Le particularisme juif

product-891 commerce dans Communauté spirituelleParadoxalement, on peut commencer cette histoire avec le particularisme juif. Alors que les peuples étaient éclatés en empires et divinités diverses coexistant plus ou moins bien, voilà qu’un peuple minuscule, ne pouvant revendiquer aucune domination globale, ose croire en un seul Dieu unique, le même et le seul pour tous ! On a peine à mesurer aujourd’hui la prétention révolutionnaire de cette revendication monothéiste. Le Dieu d’Israël est le Dieu de toutes les nations. Par contre, cet universel divin  se traduit par une farouche différence juive : la circoncision, les interdits alimentaires de la cashrout juive, le mariage entre juifs, les 613 commandements réglant la vie quotidienne… tout est fait pour empêcher l’identité juive de se dissoudre dans le concert des nations. Pourtant la traduction grecque de la Torah (la Septante) montre que ce particularisme pouvait fort bien migrer dans d’autres cultures et dans d’autres langues.

 

Ce modèle d’universalisme, fondée sur le droit à la différence qui garantit une identité spécifique, pourrait bien à nouveau inspirer l’Église. Proclamer que Dieu appartient à tous, tout en laissant chaque peuple, et chacun dans le peuple, conclure une alliance particulière avec ce Dieu commun…

2. L’universel politique : le syncrétisme romain

Auguste_empereur EpiphaniePrenant le relais des cités grecques (réservées aux seuls citoyens, donc excluant les femmes et les esclaves), l’empire romain pendant cinq siècles environ a imposé un autre modèle d’universalisme : par addition. Loin de proclamer un Dieu unique (un empereur unique suffit pour maintenir l’unité), les romains ont la plupart du temps respecté chaque culture des peuples soumis militairement. La pax romana a permis aux cultures barbares de s’enrichir par échange, diffusion, mélange (héritage de la metis grecque), juxtaposition.

C’est le lien politique qui fait l’unité, qui symbolise l’universel. Les liens religieux, raciaux, culturels sont des carreaux d’une immense mosaïque ne reniant rien des diversités conquises, mais les intégrant au puzzle de l’empire en faisant coexister toutes les tendances.

La mondialisation actuelle pourrait bien prendre ce visage d’un gigantesque syncrétisme généralisé. Mais quel lien politique sera assez fort pour intégrer tous les communautarismes actuels dans un espace commun ?

 

3. L’universel religieux : la chrétienté, l’umma

pt59273 modernitéL’empire romain s’écroulant au IVe siècle sous la poussée des barbares, l’Église catholique (latine) prend le relais en Occident. Les Églises orthodoxes feront de même en Orient. Elle développe avec génie  ? notamment grâce à la figure de l’évêque de Rome transformé en pape de toutes les Églises locales  ? un universalisme basé sur le lien religieux. Elle reste pentecostale, c’est-à-dire parlant toutes les langues de la terre, même si le latin (la langue du peuple) tend à devenir l’unique. L’oubli du rôle de l’Esprit Saint dans l’histoire et les cultures des peuples finira par lui faire confondre monothéisme et monoculture. Cet universel a souffert de n’être pas assez trinitaire. Pourtant, du IVe siècle au XVIe siècle il a forgé une conscience commune en Europe ; il a fait émerger la notion de sujet à partir des  débats sur la personne du Christ ; il a symbolisé l’unité des peuples et la réalité pour tous des grands concepts de la tradition chrétienne.

Son concurrent islamique  ? l’umma  ?  n’a jamais fait qu’imiter (la dimension trinitaire en moins) la volonté catholique d’unifier le monde en le convertissant à une seule foi.

Malgré les splendeurs de la civilisation médiévale, ce modèle a éclaté, irréversiblement, sous les coups de boutoir de l’économie marchande, puis de la Raison des Lumières. Reste que le lien religieux pourrait redevenir un puissant ferment d’unité, à condition que le dialogue interreligieux soit source de paix et de concorde entre les peuples, ce qui n’est pas une mince affaire?

 

4. L’universel marchand : le doux commerce

Marchands_de_vin_XVe universelÀ partir du Xe siècle environ, les marchands  ? et avec eux les banquiers  ? sont devenus plus importants que les clercs. Ils ont fait émerger une autre vision du monde, où ce qui unit les hommes n’est plus la piété ni la messe, mais les écus sonnants et trébuchants. Peu importe la religion ou le pays, l’universel marchand s’impose à tous ; les foires commerciales essaiment dans toute l’Europe ; la soif de la richesse fait traverser les mers. Le seul vrai lien reliant les peuples peut alors reposer sur l’échange marchand. Montesquieu consacrera cette intuition et ces pratiques dans sa célèbre thèse du doux commerce : « partout où il y a des moeurs douces, il y a du commerce, et partout où il y a du commerce, il y a des moeurs douces » (de l’Esprit des Lois XX,1). Les marchands peuvent donc s’émanciper du lien politique comme du lien religieux. Ils préfigurent la société civile, qui ne veut d’autre universel que l’économique, renvoyant les religions à des particularités dangereuses pour les affaires, devant donc être limitées à la sphère privée.

François d’Assise avait bien compris cette nouvelle vision du monde apporté par les marchands. Il l’avait baptisée dans l’universel franciscain, fait de simplicité, d’égalité, de mobilité, valeurs nouvelles apportées par les marchands.

Ne faudrait-il pas à nouveau baptiser les valeurs marchandes de la mondialisation actuelle ?

 

5. L’universel moderne : les 3 M

La modernité s’est construite sur cette double émergence du sujet et de l’échange marchand. Elle a promu une Raison censée éclairer l’humanité sur les phénomènes que les religions maintenaient obscures et réservées au sacré. C’est la période des Lumières du XVIIIe siècle. La raison moderne, supposée triompher dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (dans la lignée de celle de 1789), s’impose comme le seul universel, parce que la raison est la même pour tous. Cette suprématie universelle de la raison s’épanouit dans les trois universaux modernes transcendants toute différence, les fameux 3 M : Mathématique / Monnaie / Musique.

Quoi de plus universel en effet que le langage mathématique, financier ou musical ?

Et pourquoi pas en effet réinvestir ces universaux avec des scientifiques, des entrepreneurs, des artistes inspirés par la foi chrétienne ?

 

6. L’universel postmoderne

En réaction à cette hégémonie finalement très coloniale et occidentale, la post-modernité proclame depuis l’après-guerre la mort du sujet, ou son rétrécissement à un petit moi revendiquant ses particularités plus que sa commune humanité. Les écologies voudraient déloger l’homme de l’universel. Le pluralisme démocratique consacre la différence sans transcendance. Même l’économie ou la politique renonce aux grands modèles pour expérimenter une multitude d’alternatives fragmentées, découpant des micro-univers sans lien véritable. La prétention musulmane ou catholique de refaire l’unité du monde ?à l’ancienne’ n’est dans ce contexte qu’un intégrisme à contre-courant de l’histoire. Alors que l’Épiphanie et les trois mages manifestent justement qu’il n’y a pas besoin de renoncer à son caractère européen, africain ou asiatique pour que l’enfant juif devienne « lumière des nations » !

 

On le voit : cette trop rapide histoire de l’universel peut inspirer aux chrétiens un renouveau de présence au monde.

Les six modèles n’ont pas disparu et se superposent, tels des strates géologiques, dans notre inconscient collectif. Chaque modèle dit quelque chose de l’universel de la foi chrétienne. Aucun ne l’épuise.

Même minoritaires en France et en Europe, les catholiques peuvent porter un ferment d’universel (épiphanique), à condition d’interpréter avec justesse les cultures environnantes, à condition de croire au travail de l’Esprit de Dieu chez les autres.

Car « l’Esprit associe les païens à la même promesse que les juifs dans le Christ Jésus » (Mt 16 3,2-6).

 

 

1ère lecture : Les nations païennes marchent vers la lumière de Jérusalem (Is 60, 1-6)
Lecture du livre d’Isaïe

Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.
Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.
Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.
Alors tu verras, tu seras radieuse, ton c?ur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations.
Des foules de chameaux t’envahiront, des dromadaires de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur.

Psaume : Ps 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Parmi toutes les nations, Seigneur, on connaîtra ton salut

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice, 
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer, 
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents,
les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui, 
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle 
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre, 
du pauvre dont il sauve la vie.

2ème lecture : L’appel au salut est universel (Ep 3, 2-3a.5-6)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères,
vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ.
Ce mystère, il ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes.
Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

Evangile : Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus (Mt 2, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Nous avons vu se lever son étoile, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent :
« À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :
Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple. »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Sur ces paroles du roi, ils partirent. 

Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. 

Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick Braud

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