L'homelie du dimanche

  • Accueil
  • > Archives pour septembre 2013

28 septembre 2013

La bande des vautrés n’existera plus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La bande des vautrés n’existera plus

Homélie du 26° dimanche du temps ordinaire / année A
29/09/13

« La bande des vautrés n’existera plus ».

On croirait du Mélenchon dans le texte !

La bande des vautrés n'existera plus dans Communauté spirituelle Repas%20de%20romains%20(source%20La%20Documentation%20par%20l'image%201952)Il y a une telle violence dans la dénonciation d’Amos… Il ne supporte plus les inégalités sociales qui défigurent Jérusalem huit siècles avant Jésus-Christ. Il n’en peut plus de voir se pavaner les riches dans les repas mondains en ville. Il déteste leur bling-bling soi-disant culturel (« ils improvisent au son de la harpe ; ils inventent des instruments de musique ; ils se frottent avec des parfums de luxe… »). Il clame haut et fort que ces inégalités entre riches et pauvres minent la société de l’intérieur et que – conséquence logique – tout ceci va très mal se terminer : un ennemi extérieur exploitera la faille, la ville implosera faute d’unité, et cet étalage malsain de richesses sera dispersé dans l’exil et l’esclavage à Babylone.

 

Jésus n’est pas en reste.

lepauvrelazareetlweb.gifLa parabole du riche (anonyme, car ce n’est pas avoir une identité que d’être riche) et du pauvre Lazare (lui au moins à un prénom) a les mêmes accents violents que les implications d’Amos. Violence pire encore, puisqu’elle se situe pour toujours, dans la vie éternelle (ou l’enfer éternel).

S’entêter à ne pas partager, ne pas accorder même ses miettes à celui qui crève de faim sous la table : voilà qui nous rappelle l’attitude de bien des pays développés dont le nôtre ; ou le mépris de bien des parvenus vis-à-vis des mendiants d’aujourd’hui.

L’injustice est inacceptable, insupportable pour l’ami du Christ. Les inégalités inhumaines entre ceux qui ont tout et ceux qui luttent pour survivre sont injustifiables pour qui aime Dieu.

Il ne suffit pas de s’indigner, à la manière de Stéphane Hessel. L’indignation n’a jamais sauvé personne. Le Christ ne s’est jamais contenté d’une protestation ? fût-elle noble et nécessaire ? mais l’a toujours accompagnée d’une action efficace pour renverser la pyramide de la domination sociale. Il chasse les marchands du Temple, pardonne à l’adultère, multiplie les pains pour nourrir les foules, guérit ceux qui souffrent, sauve Zachée de sa cupidité, ouvre la porte du paradis au criminel suspendu à côté de lui etc…

La colère de Jésus devant les inégalités de son temps s’est toujours conjuguée avec une action forte, immédiate, où il s’implique tout entier. Cette parabole de Lazare est l’une de ces voies pour dépasser la seule et stérile indignation : il éduque le coeur des riches en les faisant réfléchir à leur avenir éternel ; il rend leur dignité aux Lazares couverts de plaies ; il appelle à une révolution de l’intérieur, celle où les riches se convertissent et où les pauvres ne désespèrent plus.

La doctrine sociale de l’Église catholique n’a cessé de relayer ces appels afin d’éveiller les consciences et d’agir avec efficacité contre les grands écarts sociaux qui minent la fraternité de l’intérieur. Citons par exemple Léon XIII en 1891, qui a des accents quasi insurrectionnels :

collectif-encyclique-rerum-novarum-de-leon-xiii-pape-sur-la-condition-des-ouvriers-livre-ancien-876202029_ML Amos dans Communauté spirituelle« Nous sommes persuadé, et tout le monde en convient, qu’il faut, par des mesures promptes et efficaces, venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu’ils sont pour la plupart dans une situation d’infortune et de misère imméritées.

Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrer à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Église, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires. » (Rerum Novarum) 

Et exactement 100 ans après, Jean-Paul II faisait le bilan suivant :

 Jean-Paul II« Au début de la société industrielle, c’est l’existence d’un « joug quasi servile » qui obligea mon prédécesseur à prendre la parole pour défendre l’homme. L’Église est restée fidèle à ce devoir au cours des cent ans qui se sont écoulés depuis. En effet, elle est intervenue à l’époque tumultueuse de la lutte des classes, après la première guerre mondiale, pour défendre l’homme contre l’exploitation économique et la tyrannie des systèmes totalitaires. Après la seconde guerre mondiale, elle a centré ses messages sociaux sur la dignité de la personne, insistant sur la destination universelle des biens matériels, sur un ordre social exempt d’oppression et fondé sur l’esprit de collaboration et de solidarité. Elle a sans cesse répété que la personne et la société ont besoin non seulement de ces biens mais aussi des valeurs spirituelles et religieuses. En outre, comme elle se rendait toujours mieux compte que trop d’hommes, loin de vivre dans le bien- être du monde occidental, subissent la misère des pays en voie de développement et sont dans une situation qui est encore celle du « joug quasi servile », elle s’est sentie et elle se sent obligée de dénoncer cette réalité en toute clarté et en toute franchise, bien qu’elle sache que ses appels ne seront pas toujours accueillis favorablement par tous. » (Centesimus annus n° 61)

Les catholiques de tous pays ont entendu ces appels ; les uns à travers le syndicalisme, les autres à travers le ‘christianisme social’ en France, ou la théologie de la libération en Amérique latine etc., d’autres encore à travers l’humanitaire, la coopération entre les peuples, les oeuvres d’urgence (mère Teresa, Emmaüs…). L’essentiel est de conjuguer la parole prophétique (« la bande des vautrés n’existera plus ») et l’action de transformation sociale. Sinon, le christianisme deviendra ? du moins en Europe ? une sympathique survivance folklorique de pratiques rituelles et de croyances magiques d’autrefois.

« La bande des vautrés n’existera plus ».

Avant de pointer trop vite cette accusation prophétique contre les autres, prenons le temps d’examiner en quoi elle pourrait nous concerner chacun.

Il y a tant de manières d’être « vautré » aux dépens des autres !

- vautré dans son intelligence (avec pour corollaire le mépris des ?non-intelligents’) ;

- vautré dans sa classe sociale qui finit par monopoliser toutes les amitiés, tous les engagements, les loisirs, les modes d’habitation, le point de vue de ses membres ;

- vautré dans sa religion, ce qui finit par interdire aux autres d’avoir leur part de vérité ;

- vautré dans le matérialisme ambiant au point de devenir sourd ou indifférent aux questions spirituelles etc.

Se vautrer est le symptôme d’un excès qui se termine toujours par la domination d’autrui.

Ayons la violence d’Amos pour dénoncer ces excès, d’abord en nous, puis autour de nous.

Ayons l’espérance du Christ : Dieu renverse les puissants, il renvoie les riches les mains vides, il élève des humbles, et nous invite à le faire avec lui, pour toujours.

 

 

 1ère lecture : Contre le gaspillage insolent des riches (Am 6, 1a.4-7)

Lecture du livre d’Amos

Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie.
Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël !
C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus.

Psaume : Ps 145, 5a.6c.7ab, 7c-8, 9-10a

R/ Chantons le Seigneur : il comble les pauvres !

Heureux qui s’appuie sur le Seigneur son Dieu ;
il garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain.

Le Seigneur délie les enchaînés,
le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, 
le Seigneur redresse les accablés, 
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger, 
il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera !

2ème lecture : Vivre la foi au Christ (1Tm 6, 11-16)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Toi, l’homme de Dieu, cherche à être juste et religieux, vis dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur. Continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle ; c’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as été capable d’une si belle affirmation de ta foi devant de nombreux témoins.

Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à toutes choses, et en présence du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate par une si belle affirmation, voici ce que je t’ordonne : garde le commandement du Seigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus Christ. Celui qui fera paraître le Christ au temps fixé, c’est le Souverain unique et bienheureux, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l’immortalité, lui qui habite la lumière inaccessible, lui que personne n’a jamais vu, et que personne ne peut voir. À lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

Evangile : Parabole du riche et de Lazare (Lc 16, 19-31)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour qu’en sa pauvreté vous trouviez la richesse. Alléluia. (2 Co 8, 9)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus disait cette parabole :
« Il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux. Un pauvre, nommé Lazare, était couché devant le portail, couvert de plaies. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies.

Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare tout près de lui.
Alors il cria : ‘Abraham, mon père, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. 
Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur. Maintenant il trouve ici la consolation, et toi, c’est ton tour de souffrir.
De plus, un grand abîme a été mis entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous.’
Le riche répliqua : ‘Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. J’ai cinq frères : qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture ! »
Abraham lui dit : ‘Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! 
Non, père Abraham, dit le riche, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.’
Abraham répondit : ‘S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.’ » Patrick Braud

Mots-clés : , , , ,

21 septembre 2013

Éthique de conviction, éthique de responsabilité

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Éthique de conviction, éthique de responsabilité

Homélie du 25° dimanche du temps ordinaire / Année C
22/09/13

 

Faut-il agir uniquement en fonction de ses convictions, quelles que soient les conséquences ?

Ou vaut-il mieux se montrer responsable en choisissant les actes en fonction de leurs conséquences prévisibles ?

Ce vieux débat qui parcourt l’histoire de l’humanité traverse également la Bible. À preuve : le contraste entre la première lecture et l’évangile de ce dimanche.

Amos, prophète intransigeant de la justice sociale, tonne contre les inégalités de la Jérusalem de son époque (environ 750 avant JC). Il est convaincu que les lois de l’Alliance doivent être respectées pour elles-mêmes, quelles que soient leurs conséquences sur le commerce par exemple. Alors que les marchands de Jérusalem pestaient contre le shabbat où ils devaient fermer boutique, contre les fêtes religieuses chômées etc. Le débat sur le travail le dimanche fait régulièrement ressurgir ces arguments de part et d’autre !

Un prophète ne se soucie pas de la gestion courante. Il pose la question du sens, du but ultime de notre activité. Il ne regarde pas le comment, mais le pour quoi. Amos avertit ses concitoyens : si vous continuez à déchirer l’Alliance en ne respectant ni les pauvres ni le shabbat, vous allez droit dans le mur.

En rappelant ce qu’il faut observer sans condition, Amos est le champion de ce qu’on peut appeler – à la suite de Max Weber – l’éthique de conviction (Gesinnungsethisch).

L’exil à Babylone sera perçu après-coup comme l’accomplissement de cet avertissement prophétique qui malheureusement n’a pas été entendu.

Dans la parabole dite du gérant malhonnête ou de l’argent trompeur, Jésus semble faire l’éloge d’un autre point de vue. Le gestionnaire qui s’en mettait plein la poche grâce à ses commissions réfléchit avec sagesse : ?tant que j’ai encore un peu de pouvoir avant d’être licencié pour de bon, autant en faire un usage intelligent. Je vais m’arranger pour me faire des obligés qui me dépanneront lorsque je serai sans emploi’. Autrement dit : il pense d’abord aux conséquences de l’usage de son pouvoir, et c’est en fonction de cela qu’il fait le choix de renoncer à ses commissions exorbitantes. Le calcul qu’il fait est effectivement habile : mieux vaut sacrifier des profits immédiats si cela me permet d’éviter la case Pôle Emploi plus tard… Si je veux des résultats, il faut que je calcule les effets de mes actes et que j’agisse en conséquence.

Ce gérant habile est le champion de l’éthique de responsabilité (Verantwortungsethisch, toujours selon Max Weber). D’ailleurs c’est justement parcequ’il doit répondre (=>responsable) de sa gestion qu’il se met à calculer la suite.

Alors : agir par conviction ou en fonction des conséquences ?

Max Weber résume ainsi le dilemme :

Éthique de conviction, éthique de responsabilité dans Communauté spirituelle b522f96642a028000e9e7110.L._SY445_Il est indispensable que nous nous rendions clairement compte du fait suivant : toute activité orientée selon l’éthique peut être subordon­née à deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées. Elle peut s’orienter selon l’éthique de la responsabilité ou selon l’éthique de la convic­tion.

Cela ne veut pas dire que l’éthique de conviction est identique à l’absence de responsabilité et l’éthique de responsabilité à l’absence de conviction. Il n’en est évidemment pas question.

Toutefois il y a une opposition abyssale entre l’attitude de celui qui agit selon les maximes de l’éthique de conviction – dans un langage religieux nous dirions: « Le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l’action il s’en remet à Dieu »?, et l’attitude de celui qui agit selon l’éthique de responsabilité qui dit : « Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes. »

Vous perdrez votre temps à exposer, de la façon la plus persuasive possible, à un syndicaliste convaincu de la vérité de l’éthique de conviction que son action n’aura d’autre effet que celui d’accroître les chances de la réaction, de retarder l’ascension de sa classe et de l’asservir davantage, il ne vous croira pas. Lorsque les conséquences d’un acte fait par pure conviction sont fâcheuses, le partisan de cette éthique n’attribuera pas la responsabilité à l’agent, mais au monde, à la sottise des hommes ou encore à la volonté de Dieu qui a créé les hommes ainsi.

Au contraire le partisan de l’éthique de responsabilité comptera justement avec les défaillances communes de l’homme (car, comme le disait fort justement Fichte, on n’a pas le droit de présupposer la bonté et la perfection de l’homme) et il estimera ne pas pouvoir se décharger sur les autres des conséquences de sa propre action pour autant qu’il aura pu les prévoir. Il dira donc : « ces conséquences sont imputables à ma propre action. »

Le partisan de l’éthique de conviction ne se sentira « responsable » que de la nécessité de veiller sur la flamme de la pure doctrine afin qu’elle ne s’éteigne pas, par exemple sur la flamme qui  anime la protestation contre l’injustice sociale. Ses actes qui ne peuvent et ne doivent avoir qu’une valeur exemplaire mais qui, considérés du point de vue du but éventuel, sont totale­ment irrationnels, ne peuvent avoir que cette seule fin : ranimer perpétuellement la flamme de sa conviction.

Max Weber, le savant et le politique, 1919 (Politik als Beruf)

 

Prenez l’exemple de la corruption, si courante dans certains milieux professionnels (le BTP, l’armement, les marchés publics, voire certains milieux administratifs à Marseille ou en Corse etc.). Les « réalistes » vous diront : ?si je veux garantir mon carnet de commandes, il faut que je sacrifie comme les autres à la pratique du dessous-de-table, sinon je n’obtiendrai aucun marché. Mieux vaut écorner les grands principes et être efficace au service de mes salariés’. Les « idéalistes » rétorqueront : ?vous n’avez donc aucune conviction ? Vous vous reniez vous-même en acceptant de corrompre ou d’être corrompu. Et puis à terme, vous perdez en compétence ; vous compromettez votre survie car vous ne serez plus le meilleur sur le marché si vous vous habituez à le remporter sur d’autres critères que votre compétence’.

argent_1_4 argent dans Communauté spirituelleOn présente souvent le Christ du côté de l’éthique de conviction : prophète de l’amour de l’autre, il semble se moquer éperdument des conséquences de ses affirmations. Son impératif d’amour des ennemis, le pardon illimité, le renoncement volontaire semblent contre-productifs dans une économie moderne. L’intérêt de notre parabole du gérant malhonnête est de nuancer ce portrait. Jésus pratique visiblement l’éthique de responsabilité avec subtilité. « Faites-vous des amis avec l’argent trompeur » résonne comme un appel à réfléchir aux conséquences de ses actes, et à agir en responsable pour aujourd’hui et pour demain. Jésus regrette que « les fils de ce monde soient plus habiles que les fils de la lumière ». L’habileté prônée ici, c’est justement l’éthique de responsabilité qui doit louvoyer de manière efficace entre les écueils des contraintes qui s’imposent pour arriver à ramener le bateau à bon port.

Alors : agir en fonction de ses convictions ou en fonction des conséquences ?

Le Christ a savamment assumé ces deux lignes de conduite. Il a préféré risquer l’humiliation de la croix plutôt que de renoncer à sa conviction sur l’amour inconditionnel. Il a également dosé ses paroles ses actes en fonction de son auditoire, et a fait preuve « d’habileté » pour gagner les coeurs et les esprits.

Faut-il choisir entre ces deux éthiques ?

Ne vaudrait-il pas mieux pour chacun de nous prendre conscience de son penchant naturel, et ainsi le corriger en travaillant davantage l’autre posture éthique ?

Ceux qui auraient tendance à être des prophètes absolutistes feront bien de réfléchir aux effets induits de leurs prises de position, notamment sur les plus pauvres. On sait en économie qu’il y a des effets pervers à toute bonne intention.

Ceux qui seraient naturellement de bons gestionnaires visant l’efficacité avant tout feraient bien d’interroger leurs pratiques : au service de quoi / de qui suis-je en train de me dépenser ?

Que serait un convaincu irresponsable ?

Que serait un responsable cynique ?

 1ère lecture : Les mauvais riches (Am 8, 4-7)
Lecture du livre d’Amos
Écoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix, et fausser les balances. Nous pourrons acheter le malheureux pour un peu d’argent, le pauvre pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! »
Le Seigneur le jure par la Fierté d’Israël : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. »

Psaume : Ps 112, 1-2, 5-6, 7-8

R/ Béni sois-tu Seigneur, toi qui relèves le pauvre.

Louez, serviteurs du Seigneur,
louez le nom du Seigneur !
Béni soit le nom du Seigneur,
maintenant et pour les siècles des siècles !

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ? 
Lui, il siège là-haut. 
Mais il abaisse son regard 
vers le ciel et vers la terre. 

De la poussière il relève le faible, 
il retire le pauvre de la cendre 
pour qu’il siège parmi les princes, 
parmi les princes de son peuple.

2ème lecture : La prière universelle (1Tm 2, 1-8)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée
J’insiste avant tout pour qu’on fasse des prières de demande, d’intercession et d’action de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui ont des responsabilités, afin que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité, en hommes religieux et sérieux. Voilà une vraie prière, que Dieu, notre Sauveur, peut accepter, car il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité.
En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes. Au temps fixé, il a rendu ce témoignage pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’Apôtre ? je le dis en toute vérité ? moi qui enseigne aux nations païennes la foi et la vérité. Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en levant les mains vers le ciel, saintement, sans colère ni mauvaises intentions.

Evangile : L’argent trompeur (brève : 10-13) (Lc 16, 1-13)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour qu’en sa pauvreté vous trouviez la richesse. Alléluia. (2 Co 8, 9)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé parce qu’il gaspillait ses biens. Il le convoqua et lui dit : ‘Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.’
Le gérant pensa : ‘Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Travailler la terre ? Je n’ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, je trouve des gens pour m’accueillir.’
Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : ‘Combien dois-tu à mon maître ? ? Cent barils d’huile.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.’
Puis il demanda à un autre : ‘Et toi, combien dois-tu ? ? Cent sacs de blé.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu, écris quatre-vingts.’
Ce gérant trompeur, le maître fit son éloge : effectivement, il s’était montré habile, car les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est trompeur dans une petite affaire est trompeur aussi dans une grande. Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second ; ou bien il s’attachera au premier, et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. »
Patrick Braud

Mots-clés : , , , ,

14 septembre 2013

La brebis et la drachme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La brebis et la drachme

Homélie du 24° dimanche du temps ordinaire / Année C
15/09/2013

Et vous, qu’avez-vous perdu ?

La brebis et la drachme dans Communauté spirituelle unpourcentartistiqueDans les paraboles de Luc 15,1-32, c’est d’abord une brebis. Elle représente 1 % du capital. C’est donc le genre de perte auquel les gens font peu attention, tellement elle est minime. Pourtant, 1 % après 1 %, des patrimoines entiers s’érodent, se délitent. C’est un peu de la vie de famille qui s’en va ; une once d’intérêt au boulot qui diminue ; une petite relâche spirituelle où on s’autorise à ne plus pratiquer ceci ou cela…

Votre brebis perdue passe inaperçue : le plus souvent, vous ne vous rendez même pas compte qu’elle n’est plus là. Il faut toute la vigilance d’un vrai berger pour compter ses moutons intérieurs le soir avant de s’endormir : aurais-je perdu quelque chose en moi qui fais partie de ma vraie richesse personnelle ? N’y aurait-il pas quelques fuites imperceptibles qui mériteraient d’être colmatées sans tarder ?

Jésus redouble la métaphore en passant de la brebis à la drachme.

block_img_7_1 drachme dans Communauté spirituelleUne femme (symbole du peuple, féminin en hébreu) perd une drachme, une pièce d’argent qui représente cette fois-ci 10 % de son capital. Perte significative qui justifie le remue-ménage domestique pour essayer de la retrouver. La pièce d’argent de l’époque porte l’effigie de l’empereur César. Par analogie, les Pères de l’Église n’ont eu aucune difficulté à voir dans cette parabole l’humanité en train de perdre sa ressemblance avec son Créateur (mieux que la pièce ne ressemble à César). Selon le livre de la Genèse en effet, l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’image divine est gravée en lui de façon indélébile, et rien ? même les pires forfaitures ? ne peut lui enlever cette dignité fondamentale. Par contre, la ressemblance d’avec Dieu ? elle – peut se perdre, comme un visage peut  perdre sa beauté à force d’excès d’alcool ou d’autres drogues…

Avec la drachme perdue, c’est la ressemblance divine qui gît dans la poussière de notre intérieur domestique, caché sous des paquets de moutons qui n’ont rien d’animal, apparemment perdue puisque devenue invisible au milieu de la terre battue qui recouvre le sol.

Cette femme affolée de constater qu’elle a perdu 10 % d’elle-même nous fait penser à ceux qui ont découvert soudain avec effroi que leur existence ne ressemble plus à ce qu’ils sont vraiment au plus profond d’eux-mêmes.

51STXYV5MNL._ perdreC’est la fameuse crise de milieu de vie qui en est le symptôme le plus évident. Entre 40 et 50 ans environ, des conjoints quittent leur moitié pour tenter de se refaire un autre couple tout neuf, leur deuxième chance (et dernière) se disent-ils. Des salariés remettent soudain en cause leur travail pourtant bien établi, et vont risquer une aventure professionnelle différente, ailleurs ou autrement. Des gens se convertissent à telle ou telle religion, alors qu’ils étaient indifférents : un mariage, un décès, une lecture, une rencontre les auront bouleversés, et ils voient soudain en pleine lumière tout ce qu’il leur manquait auparavant sur le plan spirituel, etc…

Nous pensons devoir protéger l’être humain contre le choc du milieu de la vie. Au contraire, Tauler y voit l’oeuvre de l’Esprit Saint. Il faut tranquillement laisser s’effondrer sur nous la tour de notre suffisance et de notre pharisaïsme et nous abandonner totalement à l’oeuvre que, dans cette tourmente, Dieu opère en nous : « Mon bien cher, laisse-toi couler, couler à pic jusqu’au fond, jusqu’à ton néant et laisse s’écrouler sur toi, avec tous ses étages, la tour (de ta cathédrale de suffisance et de pharisaïsme) ! Laisse-toi envahir par tous les diables de l’enfer ! Le ciel et la terre avec toutes leurs créatures, tout te sera prodigieusement utile ! Laisse-toi tranquillement couler à pic, tu auras alors en partage tout ce qu’il y a de meilleur ».
Anselm Grün, La crise du milieu de la vie, une approche spirituelle, 2005.

Bref : à force de perdre des pièces de valeur dans la poussière de nos modes de vie, vient le moment où tous nous avons envie de crier : ce n’est pas moi !

Alors, comme dans la parabole, nous cherchons une lampe pour nous lancer à la recherche de la ressemblance perdue. Pour certains ce sera une démarche psychologique, pour d’autres les médecines alternatives, pour d’autres encore les sagesses asiatiques ou chrétiennes… Peu importe à la limite : l’essentiel est de partir à la recherche de soi-même (enfin !), en quête de son identité la plus vraie.

Le branle-bas le combat qui s’ensuit met toute la maison sens dessus dessous. Apparemment, c’est une tornade qui déplace tout. Nous sommes parfois capables de faire ainsi souffler une tempête sur notre tranquillité intérieure, lorsque nous osons nous dire à nous-mêmes : j’ai trop perdu de moi-même. Il est temps de retrouver qui je suis.

Lorsque ce courage nous manque d’une remise en cause radicale, ce sont parfois les événements qui nous y obligent. Et l’on dit que Dieu se faufile avec malice à travers ces événements-là… Lorsqu’une catastrophe ou un grand bonheur, une épreuve ou un éblouissement, une rupture ou une communion intenses nous obligent à partir à la recherche de notre identité perdue, Dieu n’est certainement pas loin.

v07_0056 TaulerLa pièce d’argent ressemble à César. Cachée dans la poussière, elle ne peut plus nous rappeler notre aspiration à plus de grandeur et de majesté dans notre existence. Retrouvée à la lumière de la lampe, elle brille à nouveau comme pour nous redire : tu es fait pour aimer comme Dieu, pour ressembler à Dieu, pour devenir Dieu lui-même…

La perte de cette ambition la plus haute (plus haute que l’ambition de carrière, de gloire sociale ou de petite vie tranquille…) est une véritable hémorragie vitale, qui fait penser à l’hémorragie que Jésus a guérie chez une autre femme qui se vidait ainsi de l’intérieur (Lc 8,43-48).

 

Et si c’était Dieu lui-même qui s’invitait chez nous en y mettant un charivari pas possible ! ?

Et si ce qui nous manquait le plus était justement de ne pas manquer ? C’est-à-dire de ne pas nous rendre compte qu’il nous manque quelque chose pour être nous-mêmes ?

coll_fils_prodigueC’est d’ailleurs le drame du fils aîné de la troisième parabole de notre évangile de Luc 15,1?32. Il a l’impression d’être en règle avec son père et de ne jamais avoir manqué d’obéissance envers lui. Du coup, il ne voit pas ce qui lui manque : l’expérience de la gratuité de l’amour paternel.
Il croit mériter alors qu’il a obéi.
Il croit devoir hériter alors qu’il n’est pas libre.
Il ne sait pas ce qu’est la faim, la faim matérielle élémentaire comme la soif d’amour et de reconnaissance.
La pièce d’argent perdue ne lui manque pas : il ne sait même pas qu’il l’a perdue !
*
L’autre fils ? lui ? a perdu sa ressemblance d’avec son père au milieu d’un troupeau de porcs. Il a stoppé net sa dérive, et a balayé en lui jusqu’à retrouver le désir d’être un serviteur à défaut d’être un fils.

Et vous, qu’avez-vous perdu en cours de route ?

Rien de négatif ni de masochiste à se poser ce genre de question. C’est plutôt l’inspection responsable du capitaine de vaisseau qui fait le tour de sa coque, à l’intérieur comme à l’extérieur : où sont les voies d’eau potentielles ? Que suis-je en train de perdre sans m’en rendre compte ?

Sans la lampe de l’Écriture, de la réflexion personnelle (cf. le devoir de s’asseoir), de la prière, de la parole des autres, il est difficile de prendre conscience de ces pièces d’argent disséminées dans la poussière de notre maison intérieure tout au long de notre histoire. Pourtant, c’est l’hygiène salutaire de ceux qui, individuellement et collectivement, en couple comme en entreprise, affrontent régulièrement cette interrogation salvatrice :

- quelle pièce d’argent ai-je perdu en cours de route ?

- quelle richesse collective avons-nous laissé s’enfouir ?

 

 

 _____________________________________________________

Mozart est mort jeune. Les opéras qu’il n’a pas écrits ne nous manquent pas, nous n’en avons même pas conscience…

 

1ère lecture : Moïse obtient le pardon pour le peuple infidèle(Ex 32, 7-11.13-14)

Lecture du livre de l’Exode

Moïse était encore sur la montagne du Sinaï. Le Seigneur lui dit : « Va, descends, ton peuple s’est perverti, lui que tu as fait monter du pays d’Égypte. Ils n’auront pas mis longtemps à quitter le chemin que je leur avais prescrit ! Ils se sont fabriqué un veau en métal fondu. Ils se sont prosternés devant lui, ils lui ont offert des sacrifices en proclamant : ‘Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.’ »
Le Seigneur dit encore à Moïse : « Je vois que ce peuple est un peuple à la tête dure.
Maintenant, laisse-moi faire ; ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les engloutir ! Mais, de toi, je ferai une grande nation. » 
Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu en disant : « Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte par la vigueur de ton bras et la puissance de ta main ? Souviens-toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Jacob, à qui tu as juré par toi-même : ‘Je rendrai votre descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel, je donnerai à vos descendants tout ce pays que j’avais promis, et il sera pour toujours leur héritage.’ »
Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

Psaume : Ps 50, 3-4, 12-13, 17.19

R/ Oui, je me lèverai, et j’irai vers mon Père.

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, 
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute, 
purifie-moi de mon offense.

Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu, 
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face, 
ne me reprends pas ton esprit saint.

Seigneur, ouvre mes lèvres, 
et ma bouche annoncera ta louange.
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; 
tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un c?ur brisé et broyé.

2ème lecture : Action de grâce du pécheur pardonné (1Tm 1, 12-17)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Je suis plein de reconnaissance pour celui qui me donne la force, Jésus Christ notre Seigneur, car il m’a fait confiance en me chargeant du ministère, moi qui autrefois ne savais que blasphémer, persécuter, insulter. Mais le Christ m’a pardonné : ce que je faisais, c’était par ignorance, car je n’avais pas la foi ; mais la grâce de notre Seigneur a été encore plus forte, avec la foi et l’amour dans le Christ Jésus.

Voici une parole sûre, et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi le premier, je suis pécheur, mais si le Christ Jésus m’a pardonné, c’est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle.

Honneur et gloire au roi des siècles, au Dieu unique, invisible et immortel, pour les siècles des siècles. Amen.

Evangile : Paraboles de la brebis perdue, de la drachme perdue (et du fils perdu) : la joie du pardon (brève : 1-10) (Lc 15, 1-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Toi qui es bon et qui pardonnes, toi qui recherches la brebis égarée, rends-nous, Seigneur, la joie d’être sauvés. Alléluia. (cf. Ps 85, 5 ; Lc 15, 4 ; Ps 50, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Si l’un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
Quand il l’a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins ; il leur dit : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !’
Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.

Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Quand elle l’a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’
De même, je vous le dis : Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »

Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient.’ Et le père fit le partage de ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : ‘Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers.’
Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…’
Mais le père dit à ses domestiques : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent la fête.

Le fils aîné était aux champs. À son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait.
Celui-ci répondit : ‘C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé.’
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait.
Mais il répliqua : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’
Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick Braud

Mots-clés : , ,

7 septembre 2013

S’asseoir, calculer, aller jusqu’au bout

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

S’asseoir, calculer, aller jusqu’au bout


Homélie du 23° Dimanche du temps ordinaire/ Année C
08/09/2013


S’asseoir

Il y a un instant, Jésus demandait de marcher à sa suite? et voici qu’il recommande pour cela de commencer par s’asseoir !

S'asseoir, calculer, aller jusqu'au bout dans Communauté spirituelle 5108645-jesus-christ-est-assis-sur-un-trone-decore-de-bijoux-witn-empress-zoe-et-de-l-39-empereur-constantin

Prendre le temps de se mettre en position de réflexion : comment ne pas penser au « devoir de s’asseoir » des équipes Notre-Dame ?

Il s’agit de faire silence pour se débarrasser de l’immédiateté, et de pouvoir non seulement délibérer intérieurement, mais d’entendre résonner en soi la Parole que Dieu nous adresse. La conscience est ce que nous discernons au plus profond de nous-mêmes des savoirs que Dieu nous donne.

Quand on chemine, a fortiori à deux, il est fortement recommandé de faire un point régulièrement, pour s’assurer que l’on est dans la bonne direction, que les options prises et les ajustements à apporter sont bien partagés. Aux Équipes Notre-Dame, cela s’appelle le devoir (ou le plaisir) de s’asseoir.

Le devoir de s’asseoir est un temps particulier, au moins chaque mois, dédié à un échange avec son conjoint sur les questions essentielles de notre vie, un tête à tête pour souffler, pour se poser, pour se regarder, pour s’écouter.

Nous échangeons bien sûr en couple très souvent dans la semaine. Mais si nous réfléchissons bien, avons-nous un seul moment dédié spécifiquement à cela dans nos agendas surchargés, sans que la télévision ou l’ordinateur ne soit allumé ?

L’échange commence par une prière, pour placer ce temps sous le regard de Dieu. Cette étape est indispensable pour aller à l’essentiel avec humilité !

Ensuite, nous faisons un point sur notre vie de couple. Chacun écoute son conjoint s’exprimer. Le « je » (« j’ai été heureux(se) de? ou j’ai été blessé(e) par? » est utilisé de préférence au « tu » (« tu n’as pas fait ceci? »), pour faire part de son ressenti sans accuser.

Quelques sujets sensibles peuvent occuper l’essentiel de l’échange. Nous nous efforçons de les aborder avec tact et respect de l’autre.

Nous pouvons également réaliser un tour d’horizon plus large :

- sur soi-même, sur nous deux (la qualité de notre relation de couple, de notre relation personnelle à Dieu, nos efforts, nos progrès, nos faiblesses, nos difficultés,?)

- nos enfants (leur éducation, leur santé, leur caractère, leurs progrès, leurs difficultés,?)

- notre famille (nos parents, petits-enfants, proches âgés, souffrants?), nos amis?

- notre vie professionnelle (nos inquiétudes, nos joies, nos déceptions, nos collègues, les décisions à venir?)

- nos engagements (actions, moyens, objectifs, durée, joies, peines,?)

Les priorités de notre vie doivent être clairement définies : faisons le point sur le temps consacré à la vie de famille depuis quelques mois. N’est-il pas le moment de prévoir un week-end en couple sans enfants pour se retrouver ? Ou alors d’organiser une activité pour tel enfant qui a du mal à trouver sa place dans la fratrie ?

Le devoir de s’asseoir, pratiqué régulièrement, contribue à prendre conscience d’éventuelles dérives de notre relation de couple et à procéder aux ajustements nécessaires. Il est un jalon important dans notre vie de couple.

Cf. http://www.equipes-notre-dame.fr/article/le-devoir-de-sasseoir

 

Le devoir de s’asseoir ne concerne pas que les couples. Chacun de nous, avant de se lancer dans une grande oeuvre, avant de prendre une décision importante, avant de suivre quelqu’un, a tout intérêt à prendre ce temps de réflexion.

Être assis c’est se laisser porter par le sol avant que de demander à nos deux jambes de le faire. C’est un passif qui va fonder l’action suivante. Être assis, c’est l’attitude du Christ en gloire, depuis l’Ascension où Dieu le fait asseoir à sa droite. <
Dans cette position, nous nous souvenons de notre avenir en Christ, car nous serons assis à ses côtés.
C’est donc symboliquement fonder nos décisions en les évaluant à l’aune du but ultime.
C’est peser le pour et le contre en regardant devant, en discernant si cela correspond à l’avenir auquel Dieu nous appelle.

 

Calculer

Jésus emploie bien le verbe calculer. « S’asseoir pour calculer la dépense » est une Patrick Braudattitude de sagesse. Le calcul permet l’anticipation ; il introduit la raison et la logique dans nos projets et nos envies autrement dé-mesurés.

Le calcul est désavoué par Dieu lorsqu’il devient orgueilleux au point de ne vouloir compter (tiens, un verbe apparenté à calculer) que sur nos propres forces.

Souvenez-vous du roi David voulant dénombrer ses armées pour être sûr de sa puissance militaire :   » Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer les Israélites. » (1 Ch 21) Dieu visiblement n’approuve pas ce genre de calcul !
Dans l’évangile, c’est de manière ironique que le calcul de l’empereur romain va être subverti par Dieu : le même recensement par lequel César voulait manifester l’immensité de son empire va servir à manifester l’humble roi de Bethléem (Lc 2,1-19).

Compter les multitudes soumises deviendra finalement compter sur un fils unique…

Reste que le calcul des dépenses de la tour est ici très évangélique. Car c’est bien de dépenses que parle le Christ : impossible de le suivre sans perdre (avant de gagner, ce qui fait de la dépense un investissement en fait).

On ne se lance pas comme cela à la suite du Christ. C’est pour cela que le catéchuménat des adultes dure deux à trois ans au minimum. Car il faut du temps pour évaluer les conversions à vivre, les pertes à assumer, les changements à engager. Devenir prêtre ou moine demande cette forme de sagesse calculant les effets et les impacts de la suite du Christ. La prime en ce domaine revient sans doute aux jésuites (il faut 10 à 15 ans pour le devenir !)…

 

Aller jusqu’au bout

arton21 agir dans Communauté spirituelleLe calcul, une fois bien assis, a pour but de savoir si on peut aller jusqu’au bout de l’aventure, que ce soit le mariage, le monastère, la création d’une entreprise ou une responsabilité associative à prendre. Dans l’Ancien Testament, l’homme n’a pas pu aller jusqu’au bout de la construction d’une tour célèbre (Gn 11,1-9). Babel est demeurée inachevée, parce que les ouvriers n’ont pas pris le temps de s’asseoir pour réfléchir aux conséquences de leur folle envie. Jésus y fait référence implicitement. Car lui ira jusqu’au bout de la volonté de son Père de bâtir une autre tour touchant le ciel, dont la croix sera le signe. « Aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10) pour les associer à l’intimité divine : voilà la construction pour laquelle Jésus est prêt à aller jusqu’au bout. Mais il a pris pour cela 30 années de réflexion auparavant. La vie cachée à Nazareth est la session de préparation à ce chef-d’oeuvre. Et Gethsémani en sera l’intense et bref rappel, pour re-décider – au moment ultime – d’aller jusqu’au bout de cette volonté de son Père.

Comment achever nos projets les plus vrais, familiaux ou professionnels ou autres, si nous ne prenons pas régulièrement le temps de nous asseoir, pour calculer avec sagesse ce qu’il va falloir lâcher, ce qui nous mobilise vraiment, les conséquences à anticiper etc. ?

Ordinaire_23_C_80A bâtirLe devoir de s’asseoir des équipes Notre-Dame les invite à prendre une soirée par mois, une semaine par an pour se retrouver à deux devant Dieu. C’est le même devoir de s’asseoir qui en Lc 14 presse chacun de nous de fonder notre désir d’agir.

Prenez ce temps de sage réflexion, même au travail, pour voir où vous avez envie d’aller et comment y aller jusqu’au bout : vous n’aurez pas perdu la soirée, l’heure, la plage de solitude que vous aurez su vous réserver.

S’asseoir, calculer, aller jusqu’au bout…

 

 

1ère lecture : C’est Dieu qui donne la vraie sagesse (Sg 9, 13-18)

Lecture du livre de la Sagesse

Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ?
Les réflexions des mortels sont mesquines, et nos pensées, chancelantes ; car un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées.
Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à portée de la main ; qui donc a découvert ce qui est dans les cieux ?
Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit saint ?
C’est ainsi que les chemins des habitants de la terre sont devenus droits ; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés.

Psaume : Ps 89, 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc

R/ D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.

Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier,
c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée. 

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos coeurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs. 

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

2ème lecture : Ton esclave est devenu ton frère (Phm 1, 9b-10.12-17)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre à Philémon

Fils bien-aimé,
moi, Paul, qui suis un vieil homme, moi qui suis aujourd’hui en prison à cause du Christ Jésus, j’ai quelque chose à te demander pour Onésime, mon enfant à qui, dans ma prison, j’ai donné la vie du Christ.
Je te le renvoie, lui qui est une part de moi-même.
Je l’aurais volontiers gardé auprès de moi, pour qu’il me rende des services en ton nom, à moi qui suis en prison à cause de l’Évangile.
Mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses librement ce qui est bien, sans y être plus ou moins forcé.
S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais, bien mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé : il l’est vraiment pour moi, il le sera plus encore pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur.
Donc, si tu penses être en communion avec moi, accueille-le comme si c’était moi.

Evangile : La vraie sagesse, c’est de renoncer à tout pour le Christ (Lc 14, 25-33)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Répands sur nous, Seigneur, la lumière de ton visage, apprends-nous tes volontés. Alléluia. (cf. Ps 118, 135)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit :
« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et s?urs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.
Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple.

Quel est celui d’entre vous qui veut bâtir une tour, et qui ne commence pas par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ?
Car, s’il pose les fondations et ne peut pas achever, tous ceux qui le verront se moqueront de lui : ‘Voilà un homme qui commence à bâtir et qui ne peut pas achever !’
Et quel est le roi qui part en guerre contre un autre roi, et qui ne commence pas par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui vient l’attaquer avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander la paix.

De même, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »
Patrick Braud

Mots-clés : , , , , ,

Servants d'Autel |
Elder Alexandre Ribera |
Bibliothèque paroissiale de... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Tishrimonaco
| Elder Kenny Mocellin.
| Dixetsept