L'homelie du dimanche

10 août 2013

Restez en tenue de service

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Restez en tenue de service

 

Homélie du 19e dimanche du temps ordinaire / Année C
11/08/13

 

« Restez en tenue de service » (Lc 12,35).

L’attitude du service est au coeur de l’évangile de ce dimanche, et de tout l’Évangile finalement. On y devine que c’est une clé essentielle de la réussite d’une vie d’homme. On y voit Jésus y découvrir le secret de son identité la plus profonde : être le Serviteur par excellence.

Restez en tenue de service dans Communauté spirituelle les-domestiques-downton-abbey On y éprouve très vite les difficultés à durer dans cet esprit de service : l’usure du temps, l’absence de perspective ultime, l’endormissement due à la fatigue ou à la lassitude, la soif de domination sur les autres etc.

Se mettre au service n’est déjà pas l’attitude la plus naturelle, que ce soit en famille ou au travail. Mais durer dans le service demande en outre une vertu peu commune.

Au début, quand on n’a pas beaucoup de pouvoir ou d’argent, on peut trouver cela facile et normal de passer les plats aux autres. Après, au fil des années, l’orgueil récupère ses droits : avec tout ce que je fais, j’ai quand même droit à me reposer, à me faire servir…

Plus que nul autre, le Christ aurait pu revendiquer ce privilège pour lui-même.
Par des prodiges, il aurait pu s’imposer pour que tous se prosternent devant lui.
Par la puissance de sa parole, il aurait pu manipuler et s’asservir des fanatiques tout dévoués à sa cause.
Par son charisme prophétique, il aurait pu galvaniser les révolutionnaires de tout poil pour bâtir son royaume à la manière d’un Che Guevara, d’un Lénine ou d’un Hitler.

Non : il a incarné totalement et jusqu’au bout l’attitude du serviteur, car c’était le coeur de son identité humaine, et le coeur de sa relation à son Père.

Regardez le comportement du maître dans la parabole : n’est-il pas étonnant ? D’habitude, même s’il revient tard, un grand propriétaire terrien au mieux félicite ses serviteurs s’ils ne se sont pas endormis, au pire il les fait encore travailler pour lui dans la préparation d’un dernier verre et de son coucher. Ici au contraire, c’est le maître tardif qui passe la tenue de service, fait passer ses domestiques à sa table, et se met à les servir chacun à son tour !

C’est vraiment le monde à l’envers.

Pierre a raison d’être choqué et même scandalisé lorsque le Christ se met à laver les pieds des Douze le soir du Jeudi saint. « Toi qui es Maître et Seigneur, tu veux me laver les pieds à moi qui n’en suis pas digne ? Jamais ! »

Ne nous habituons pas à ce renversement de valeurs que Jésus incarne, le tablier du serviteur autour des reins. C’est le vrai chemin pour faire grandir l’autre, pour vaincre les difficultés, pour traverser n’importe quelle épreuve, jusqu’à la mort elle-même.

 

Certains ont bien compris la formidable efficacité de cette attitude du maître qui se fait serviteur, dans le monde des affaires notamment.

Robert Greenleaf, ex-président d’AT&T, a développé toute une conception du management basé sur la notion de servant leader. Le véritable leader est celui qui est la chance de son équipe durablement, qui est au service de la réussite de ses collaborateurs.

C’est le sens de la deuxième parabole délivrée par Jésus à l’intention des responsables, suite à la demande de Pierre qui sentait bien que ses qualités d’apôtre impliqueraient une densité accrue de service. L’intendant fidèle ne frappe pas ses  serviteurs et servantes confiées à sa responsabilité. Il ne profite pas de sa charge pour s’empiffrer, boire et s’enivrer. Il veille au contraire à la réussite de chacun, en sachant qu’il aura à rendre des comptes à un autre. « À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage ».

Greenleaf avait repéré 10 attitudes qui sont en entreprise caractéristiques du servant leader. Elles peuvent toutes être enracinées dans la parole et l’exemple du Christ :

- l’écoute : savoir attentivement écouter la voix des autres et sa propre voix intérieure.

- l’empathie : se laisser toucher par le bonheur et le malheur des autres, chercher à les comprendre, à les reconnaître.

- la guérison : la capacité de guérir l’autre pour lui permettre de s’intégrer de se transformer.

- la conscience de soi.

- la persuasion, plutôt que la contrainte ou la domination.

- la conceptualisation : la capacité d’imaginer, de penser au-delà du seul présent.

- la clairvoyance : comprendre les leçons du passé, les réalités du présent, prévoir les conséquences probables des décisions.

- l’esprit d’équipe.

- l’engagement dans l’évolution des personnes.

- l’engagement communautaire : savoir construire une communauté, tisser des liens, renforcer le sentiment d’appartenance.

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Chacun de nous peut devenir le servant leader de ses clients, de ses collègues, de son équipe, mais aussi de sa famille, son quartier, son association, son Église etc.

Il y a dans cette attitude une promesse de bonheur : « heureux les serviteurs… » et un constat d’efficacité : ne pas laisser percer le mur de sa maison.

 

Que l’Esprit du Christ nous garde vigilants, en tenue de service, dans tous les domaines où nous avons une responsabilité à exercer.

 

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* Cf. http://www.greenleaf.org/

 

 

 

1ère lecture : Dieu vient la nuit sauver son peuple (Sg 18, 6-9)

Lecture du livre de la Sagesse

La nuit de la délivrance pascale avait été connue d’avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie.
Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis.
En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais pour nous donner ta gloire.
Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères.

Psaume : 32, 1.12, 18-19, 20.22

R/ Bienheureux le peuple de Dieu !

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange  !
Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu,
heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine  !

Dieu veille sur ceux qui le craignent, 
qui mettent leur espoir en son amour, 
pour les délivrer de la mort, 
les garder en vie aux jours de famine. 

Nous attendons notre vie du Seigneur : 
il est pour nous un appui, un bouclier. 
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous 
comme notre espoir est en toi !

2ème lecture : La foi d’Abraham, modèle de la nôtre (brève : 1-2.8-12) (He 11, 1-2.8-19)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères,
la foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi. 

Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage. Et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner comme étranger dans la Terre promise ; c’est dans un campement qu’il vivait, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse que lui, car il attendait la cité qui aurait de vraies fondations, celle dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte.

Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’avoir une descendance parce qu’elle avait pensé que Dieu serait fidèle à sa promesse. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, ont pu naître des hommes aussi nombreux que les étoiles dans le ciel et les grains de sable au bord de la mer, que personne ne peut compter.

C’est dans la foi qu’ils sont tous morts sans avoir connu la réalisation des promesses ; mais ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Or, parler ainsi, c’est montrer clairement qu’on est à la recherche d’une patrie. S’ils avaient pensé à celle qu’ils avaient quittée, ils auraient eu la possibilité d’y revenir. En fait, ils aspiraient à une patrie meilleure, celle des cieux. Et Dieu n’a pas refusé d’être invoqué comme leur Dieu, puisqu’il leur a préparé une cité céleste. 

Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses et entendu cette parole : C’est d’Isaac que naîtra une descendance qui portera ton nom.  Il pensait en effet que Dieu peut aller jusqu’à ressusciter les morts : c’est pourquoi son fils lui fut rendu ; et c’était prophétique.

Evangile : Se tenir prêts pour le retour du Seigneur (brève : 35-40) (Lc 12, 32-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Soyez vigilants et demeurez prêts : vous ne connaissez pas l’heure où le Fils de l’homme viendra. Alléluia.(cf. Mt 24, 42.44)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus disait à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône. Faites-vous une bourse qui ne s’use pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne ronge pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre c?ur.
Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. S’il revient vers minuit ou plus tard encore et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison connaissait l’heure où le voleur doit venir, il ne laisserait pas percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »
Pierre dit alors : « Seigneur, cette parabole s’adresse-t-elle à nous, ou à tout le monde ? »
Le Seigneur répond : « Quel est donc l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de ses domestiques pour leur donner, en temps voulu, leur part de blé ? Heureux serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. Vraiment, je vous le déclare : il lui confiera la charge de tous ses biens. Mais si le même serviteur se dit : ‘Mon maître tarde à venir’, et s’il se met à frapper serviteurs et servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, son maître viendra le jour où il ne l’attend pas et à l’heure qu’il n’a pas prévue ; il se séparera de lui et le mettra parmi les infidèles. Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a pourtant rien préparé, ni accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. »
Patrick Braud 

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