L'homelie du dimanche

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25 février 2012

Une recette cocktail pour nos alliances

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Une recette cocktail pour nos alliances

 

1° Dimanche de Carême  / Année B

26/02/2012

 

« Quand on verra l’arc dans la nuée,  je me souviendrai de mon alliance entre moi, vous, et tout être vivant… »

 

Ce célèbre passage marque la première d’une longue série d’alliances. Il y aura après cette alliance noachique l’alliance abrahamique (la circoncision, l’alliance « entre les morceaux »), l’alliance davidique (avec l’onction d’huile pour introniser le roi) etc., jusqu’à la nouvelle Alliance en Jésus (le pain et le vin eucharistiques).

Ces alliances ont une structure commune, qui peut nous aider à faire vivre les alliances qui sont les nôtres, qu’elles soient amicales, sociales, ecclésiales, associatives etc…

Leur but ultime est finalement l’amour, à travers quatre composantes essentielles : l’amour demande des signes, une parole, une  mémoire, il est un appel à l’unité trinitaire.

 

1. Une alliance demande des signes

L’arc dans la nuée, c’est d’abord un signe, signe visible pour qui sait relever la tête et ne pas toujours rester le nez sur ses souliers. Un signe comme il nous en est souvent donné dans une relation profonde.

Que ce soit en amour, en amitié, dans une aventure professionnelle ou ecclésiale, chacun de nous a dans le coeur mille petits signes de son existence qu’après coup, nous pouvons interpréter comme des clins d’oeil divins, des clins d’yeux pourrait-on dire, si l’on craignait que Dieu n’attrape une crampe à la paupière à force de nous faire des signes… À nous de continuer sans cesse à déchiffrer les événements de notre vie pour y lire les signes de la venue de Dieu vers vous.

 

Encore faut-il savoir lever la tête et scruter le ciel pour y voir l’arc en ciel, au lieu de rester collé à la surface de soi-même, ce que trop de gens font, en croyant que c’est le matériel qui est le plus important à assurer. D’où l’importance des temps de prière, de retraite, de dialogue (le fameux « devoir de s’asseoir ») etc…

On remarque d’ailleurs qu’un arc en ciel n’est jamais seul : il y a toujours un deuxième arc, estompé, en léger décalage avec le premier. Comme si Dieu, connaissant notre tête dure, redoublait d’attention pour nous faire signe !

 

2. Une alliance demande à être parlée

L’arc-en-ciel est donc un signe, mais qui demande d’être interprété par une parole humaine, dans un dialogue entre deux partenaires d’alliance.

 

Dieu dit à Noé: « Je vais établir mon Alliance avec vous et votre descendance, et l’arc en sera un signe ». Dès lors, au lieu d’avoir peur de ce phénomène cosmique, au lieu d’être fasciné et paralysé par cet événement autrefois terrifiant, Noé, grâce à cette parole, y verra l’invitation que Dieu lui fait d’humaniser la terre par sa science et ses techniques. Les chrétiens savent depuis  longtemps combien ce « désenchantement du monde » permet de développer la responsabilité et le travail de l’homme. Le monde n’est pas Dieu: il nous parle de Dieu. Nous n’avons rien à craindre de la nature, qui nous est donnée comme une partenaire, une soeur, une amie. Les événements de notre vie non plus ne sont pas terrifiants: ils sont à interpréter à la lumière de la Parole de Dieu. C’est pourquoi Jésus n’arrête pas de dire à ses disciples : « confiance, c’est moi; n’ayez pas peur ».

 

Joindre la parole aux gestes, et les gestes à la parole… : c’est tout l’enjeu du symbole d’alliance, que le oui sacramentel du mariage symbolise au plus haut point, par l’anneau glissé au doigt l’un de l’autre.

 

3. Une alliance est un mémorial

Alors, quand il est parlé dans l’amour, ce signe d’alliance devient un mémorial.

« Je me souviendrai de mon alliance, dit Dieu, lorsque je verrai l’arc-en-ciel ». Les gens Une recette cocktail pour nos alliances dans Communauté spirituelle mariagemariés se souviennent lorsqu’ils touchent ou regardent leur anneau à leur doigt. Mais plus encore lorsqu’ils font mémoire de tout ce qui a jalonné leur vie. Leur alliance à leur annulaire est le « mémorial portatif » de la promesse d’aujourd’hui, où Dieu les donne l’un à l’autre. Le mémorial des moments heureux et des moments difficiles traversés ensemble. L’anamnèse des transformations que la parole d’amour et les gestes d’amour auront pu provoquer en eux. Graver dans sa tête et dans son coeur ces moments-là est un atout précieux lorsque l’horizon s’assombrit.

Les peuples ou les couples sans mémoire sont des peuples ou des couples fragiles.

Parce qu’ils croient que leur histoire n’a pas de poids, parce qu’ils ne voient pas la sainteté de leur histoire commune, ils risquent de sacrifier trop vite ce que des années avaient mis à construire. Dans et par le mémorial, un peuple peut non seulement se souvenir, mais aussi retrouver la confiance fondamentale en Dieu et en l’autre: nous avons déjà traversé des moments merveilleux, ne les renions pas; nous avons traversé des moments difficiles, ne les oublions pas. Ce que Dieu a fait pour nous hier, il le refait aujourd’hui, même si nous ne savons pas comment, à cet instant précis. Car Dieu est fidèle à son amour. Le mémorial eucharistique devient ici vraiment une nourriture et un chemin de vie pour le couple, qui sait associer sa propre histoire à celle du Christ, qui sait offrir sa vie avec celle du Christ dans le pain et le vin sur l’autel.

 

Dieu est fidèle. Il a d’ailleurs promis à Noé que jamais, jamais plus les eaux du Déluge ne submergeraient la terre. En voyant l’arc dans la nuée, l’homme retrouve confiance dans la bonté de la vie et de la Création. D’ailleurs, l’arc dans le ciel est justement l’arc du guerrier, mais retourné à l’horizontale, comme une arme accrochée au porte-manteau signifie que la guerre est finie. Le mal ne peut plus avoir le dernier mot. Et c’est encore plus vrai depuis la Résurrection du Christ.

 

4. L’alliance appelle à l’unité trinitaire

Une dernière interprétation symbolique de l’arc-en-ciel peut aider à deviner la beauté de nos propres alliances.

Qu’est-ce qu’un arc-en-ciel en effet, sinon le mariage du feu et de l’eau, c’est-à-dire l’union des contraires ? Le feu du soleil et l’eau de la pluie composent dans le ciel cette figure unique de plénitude et d’harmonie… C’est l’annonce que Dieu et l’homme, si différents l’un de l’autre tellement Dieu est transcendant par rapport à l’homme, sont faits pour se mêler, pour s’allier. Éloge de la différence, éloge de l’unité aussi.

 

Les sciences physiques nous disent la même chose: dans l’arc-en-ciel, l’unique lumière du soleil est diffractée en une infinité de couleurs à travers les mille gouttelettes d’eau en suspension dans l’air. Dieu, la lumière une et inaccessible, donne naissance aux mille couleurs de l’existence humaine. Le blanc n’est-il pas la somme de l’infinité de toutes les couleurs possibles, qui en dérivent et y participent ? Et inversement, quand les hommes vivent entre eux la communion de l’amour, ils deviennent eux-mêmes la lumière divine. C’est donc que l’amour humain, en conjuguant l’un et le multiple, est capable de diviniser l’homme. De cela, les couples mariés sont pour nous des sacrements vivants: en s’aimant mutuellement comme le Christ aime l’Église, ils marchent vers cette unité lumineuse dont témoigne l’arc-en-ciel. En devenant un à la manière trinitaire, ils diffractent vers l’Église, et vers l’humanité entière, leur vocation ultime: vivre pleinement la communion trinitaire, où l’amour sait conjuguer l’un et le multiple, la différence et l’identité, l’intimité et la distance, l’altérité et la proximité…

 

Dans nos engagements de tous ordres, dans nos amitiés, nos amours, nous devenons les signes vivants qu’une alliance de paix est possible entre amis, entre groupes différents, entre un homme et une femme, entre le Christ et son Église, entre l’humanité et Dieu.

 

Pendant ce Carême qui commence, revisitons les alliances qui sont les nôtres, de tous ordres, pour qu’elles retrouvent la force et la solidité de l’alliance avec Noé.

Signe, parole, mémoire, unité : où en sommes-nous ?

Entraînons à repérer ces ‘arcs-en-ciel’ dont Dieu jalonne nos routes.


1ère lecture : Dieu fait une alliance avec l’homme (Gn 9, 8-15)

Lecture du livre de la Genèse

Après le déluge, Dieu dit à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec tous vos descendants, et avec tous les êtres vivants qui sont autour de vous : les oiseaux, les animaux domestiques, toutes les bêtes sauvages, tout ce qui est sorti de l’arche pour repeupler la terre. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être vivant ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. »
Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont autour de vous, pour toutes les générations à venir : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc-en-ciel paraîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance avec vous et avec tous les êtres vivants, et les eaux ne produiront plus le déluge, qui détruit tout être vivant. »

 

Psaume : 24, 4-5ab, 6-7, 8-9, 10.14

R/ Tes chemins, Seigneur, sont amour et vérité pour qui garde ton alliance

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

2ème lecture : L’eau du baptême nous sauve de nos péchés (1P 3, 18-22)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu. Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’esprit, il a été rendu à la vie. C’est ainsi qu’il est allé proclamer son message à ceux qui étaient prisonniers de la mort. Ceux-ci, jadis, s’étaient révoltés au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre de personnes, huit en tout, furent sauvées à travers l’eau. C’était une image du baptême qui vous sauve maintenant : être baptisé, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ qui est monté au ciel, au-dessus des anges et de toutes les puissances invisibles, à la droite de Dieu.

 

Evangile : Jésus au début de sa mission (Mc 1, 12-15)

Acclamation : Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole venant de la bouche de Dieu. Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert. Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
Après l’arrestation de Jean Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

Patrick Braud 

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18 février 2012

Une Église de brancardiers, qui accepte de se faire remonter les bretelles

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Une Église de brancardiers,
qui accepte de se faire remonter les bretelles

 

Homélie du 7° Dimanche ordinaire  / Année B

19/02/2012

 

D’étranges bretelles

Allez à Lourdes entre Mai et Septembre. Non seulement vous y verrez les foules de personnes malades et handicapées, mais vous remarquerez également, mélangées aux bonnets et aux blouses des infirmières, d’étranges bretelles portées par les hospitaliers (les membres de l’hospitalité Notre-Dame de Lourdes, ou les hospitalités diocésaines, associations loi 1901 qui pilotent les pèlerinages diocésains).

Bretelles de cordes pour les membres titulaires, bretelles rouges pour les stagiaires et débutants, bretelles de cuir pour les responsables des services généraux : ces étranges ficelles pendant inutilement des épaules des hospitaliers sont la trace d’une pratique des débuts.

 Lorsqu’il n’y avait pas de ?tringlots ? pour déplacer facilement les personnes grabataires, on les portait à force d’hommes. En allongeant le malade sur un brancard, les brancardiers enfilaient les quatre poignées du brancard dans ces bretelles de cordes, suffisamment résistantes pour porter ainsi sans trop d’efforts à quatre un malade pendant les longues heures des processions et autres célébrations.

Exactement comme dans l’évangile de ce dimanche. Il a fallu quatre porteurs pour que cet homme handicapé – qui n’avait rien demandé en apparence – puisse être mis en présence de Jésus. Quitte à défaire la terrasse du toit de la maison pour le faire descendre directement au milieu de la scène !

 

La bande des 4, c’est l’Église !

Ces quatre porteurs anonymes ont très vite été interprétés comme une des figures de l’Église.

Parce qu’ils portent un frère malade, ils rappellent à l’Église sa vocation d’intercession, d’accompagnement personnalisé, d’action concrète pour soulager la souffrance.

Parce qu’ils sont quatre, le chiffre de l’universel dans la Bible (cf. les quatre points cardinaux, les quatre vents, les quatre coins de la terre dans la représentation de l’époque etc.), ces brancardiers de Capharnaüm rappellent à l’Église que tous les peuples en elle sont invités à s’entraider, à coopérer, pour relever tout homme blessé, quelle que soit son ethnie, sa culture et même sa foi (on ne sait rien de la foi de ce paralytique dans l’évangile, rappelons-le).

 

Voilà donc l’Église en marche : faire coopérer tous les peuples pour présenter au Christ l’humanité paralysée par les blocages modernes, tant personnels que collectifs.

Voilà le vrai culte dont parle Jésus, qui déborde largement les sacrifices et autres obligations rituelles :« c’est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices » (Mt 9,13 ; 12,7).

 

Nos bretelles actuelles

Mais quelles sont les bretelles d’aujourd’hui ? Quelle médiation, quelle intercession, quel accompagnement devraient être au coeur de la vie de nos communautés ecclésiales en ce début de millénaire ?

 

- Les bretelles de la prière d’intercession

C’est évident, mais encore faut-il le redire avec force : la première intercession pour nos frères blessés, c’est la prière. Persévérante, altruiste, tenace voire têtue : la prière de l’Église porte au Christ les aspirations des hommes et des femmes de ce temps, avec confiance.

C’est tout le sens de la prière universelle lors de la messe dominicale.

C’est la mission des prêtres, diacres, religieux et religieuses à travers l’office des heures, c’est-à-dire le bréviaire, où les intentions du monde sont portées devant Dieu avec les mots des psaumes.

C’est la mission irremplaçable de nos vigiles spirituelles que sont les communautés contemplatives de moines et de moniales, intercédant sans se lasser, jour et nuit.

 

- Les bretelles de l’action d’urgence

Depuis le début du christianisme, visiter les malades, soigner, éduquer, promouvoir font partie du coeur de l’annonce de l’Évangile. On ne peut annoncer le Christ vivant sans se retrousser les manches pour qu’il continue à relever l’humanité paralysée, à travers toutes les oeuvres de l’Église notamment. Les Pères Blancs en Afrique installaient invariablement et en même temps une église, des salles de catéchèse, une PMI, une école, un dispensaire…

 

- Les bretelles du savoir

Au-delà de l’urgence, porter l’humanité immobile demande à l’Église une curiosité et une recherche permanente d’un savoir plus humain. Percer les mystères de la nature, découvrir les grandes lois de l’univers, allier « science et conscience » : les pionniers scientifiques étaient la plupart du temps des croyants qui entendaient servir leur foi en apportant au monde les lumières de la raison.

 

- Les bretelles du pardon

« Dieu seul peut pardonner » : la foule n’a pas tort de s’étonner du pardon accordé par l’homme-Jésus au paralysé. De même qu’en Jésus sont unies notre humanité et la divinité, de même dans l’Église sont unies l’intercession et le pardon. De la part de Dieu, unie au Christ, l’Église ne cesse d’être un catalyseur de pardon. Du moins c’est son rôle, et cela est d’autant plus grave quand elle s’en éloigne.

Les commissions de réconciliation nationale qui lui sont confiées en Afrique ou ailleurs après des guerres civiles sont la traduction politique de cette mission capitale.

 

L’intercession, l’action, le savoir, le pardon : voilà au moins quatre bretelles que chaque Église devrait accepter de se faire remonter ! Et il y en a sûrement d’autres.

 

Il suffit pour ce dimanche de visualiser les bretelles des brancardiers de Lourdes, au service fraternel des malades.

Que ce soit dans votre profession, votre famille ou votre quartier, accepterez-vous de vous faire remonter les bretelles pour ceux qui attendent d’être portés ?

 

 

1ère lecture : Dieu pardonne les péchés d’Israël (Is 43, 18-19.21-22.24c-25)

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Seigneur :
Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé.
Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer une route dans le désert, des fleuves dans les lieux arides.
Ce peuple que j’ai formé pour moire dira ma louange.
Toi, Jacob, tu ne m’avais pas appelé, tu ne t’étais pas fatigué pour moi, Israël !
Par tes péchés tu m’as traité comme un esclave, par tes fautes tu m’as fatigué.
Mais moi, oui, moi, je pardonne tes révoltes, à cause de moi-même, et je ne veux plus me souvenir de tes péchés.

 

Psaume : Ps 40, 2-3a.4a, 5-6, 11a.12a.13

R/ Guéris mon âme, Seigneur, car j’ai péché contre toi

Heureux qui pense au pauvre et au faible : 
le Seigneur le sauve au jour du malheur !
Il le protège et le garde en vie,
 
Il le soutient sur son lit de souffrance.

J’avais dit : « Pitié pour moi, Seigneur, 
guéris-moi, car j’ai péché contre toi ! »
Mes ennemis me condamnent déjà :
 
« Quand sera-t-il mort ? son nom, effacé ? »

Mais toi, Seigneur, prends pitié de moi,
et je saurai que tu m’aimes.
Dans mon innocence tu m’as soutenu
et rétabli pour toujours devant ta face.

 

2ème lecture : Le « oui » du Christ commande notre loyauté (2Co 1, 18-22)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
j’en prends à témoin le Dieu fidèle : le langage que nous vous parlons n’est pas à la fois « oui » et « non ».
Le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons annoncé parmi vous, Silvain, Timothée et moi, n’a pas été à la fois « oui » et « non » ; il n’a jamais été que « oui ».
Et toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur « oui » dans sa personne. Aussi est-ce par le Christ que nous disons « amen », notre « oui », pour la gloire de Dieu.
Celui qui nous rend solides pour le Christ dans nos relations avec vous, celui qui nous a consacrés, c’est Dieu ; il a mis sa marque sur nous, et il nous a fait une première avance sur ses dons : l’Esprit qui habite nos c?urs.

 

Evangile : Guérison d’un paralysé, signe du pardon des péchés(Mc 2, 1-12)

Acclamation :

Alléluia. Alléluia. Le Seigneur a envoyé Jésus, son Serviteur, porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres.Alléluia.

(cf. Lc 4,18ab)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus était de retour à Capharnaüm, et la nouvelle se répandit qu’il était à la maison.
Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte. Il leur annonçait la Parole.
Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes.
Comme ils ne peuvent l’approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de lui, font une ouverture, et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé.
Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. »
Or, il y avait dans l’assistance quelques scribes qui raisonnaient en eux-mêmes :
« Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? »
Saisissant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu’ils faisaient, Jésus leur dit : « Pourquoi tenir de tels raisonnements ?
Qu’est-ce qui est le plus facile ? de dire au paralysé : ‘Tes péchés sont pardonnés’, ou bien de dire : ‘Lève-toi, prends ton brancard et marche’ ?
Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre, je te l’ordonne, dit-il au paralysé : Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi. »
L’homme se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous étaient stupéfaits et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »

Patrick Braud

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11 février 2012

Pour en finir avec les lèpres

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Pour en finir avec les lèpres

 

Homélie du 6° Dimanche ordinaire  / Année B

12/02/2012

 

La lèpre physique

La Fondation Raoul Follereau dénombre environ 1 million de lépreux dans le monde en 2011, et 250 000 noveaux cas dépistés chaque année. Il suffirait de 240? par lépreux pour éradiquer cette maladie définitivement : une bagatelle si on voulait s’en donner les moyens au niveau mondial !

Mais la lèpre demeure. Elle continue à défigurer les corps. Elle continue à fabriquer des exclus à cause de la peur de la contagion et du dégoût qu’elle inspire.

Cela vient de loin. Le livre des Lévites nous rappelle la terrible méprise qui frappait les lépreux d’interdits. En ces temps pré-scientifiques, on croyait facilement que cette dégradation de la peau, des yeux, des extrémités du corps n’étaient que le symptôme d’une dégradation intérieure. D’où l’idée que ces malades devaient être également impurs sur le plan religieux. En plus, on pensait que c’était contagieux. En les obligeant à crier « impur, impur » et à habiter à l’écart, hors du camp, la loi juive ne faisait hélas qu’entériner ici des a priori meurtriers. Il faudra toute la liberté de Jésus pour oser enfreindre cette loi rituelle, et toucher un lépreux au lieu de l’exclure, se laisser toucher par lui pour le guérir et le réintégrer dans la communauté juive (« va te montrer au prêtre »).

Raoul Follereau ou le docteur Schweitzer nous ont aidé à surmonter nos peurs et nos préjugés vis-à-vis des lépreux. Médicalement, si on le voulait vraiment, on pourrait en finir avec cette affreuse maladie et l’éradiquer de la surface du globe. Mais, comme pour le paludisme qui fait tant de ravages, on se contente d’y mettre quelques pansements sans plus, peut-être parce que ce n’est pas une maladie de pays riches…

 

Les lèpres actuelles

Transposez cela aux lèpres modernes, visibles ou invisibles, qui défigurent nos sociétés, et que nous ne voulons pas vraiment éradiquer. La misère du quart-monde, dénoncée par le Père Joseph Wrézinski, est la plus criante. « Vêtements déchirés, cheveux en désordre, plaies purulentes, habitats de fortune à l’écart des autres » (Lv 13,45) : ces caractéristiques des lépreux d’autrefois collent encore au portrait des familles du quart-monde de nos bidonvilles, cités d’urgence ou baraquements provisoires.

Même l’impureté rituelle semble leur être collée sur le dos : on se détourne de ces silhouettes marquées physiquement par des années de misère, on se bouche le nez en croisant leurs effluves difficilement supportables, on détourne le regard de leurs visages abîmés.

 

Pourtant cette exclusion quasi rituelle n’a rien d’irrémédiable. Le Christ, en touchant les intouchables, nous redit que ceux que les hommes ont exclus, les hommes peuvent les réintégrer. En se laissant toucher par les impurs, le Fils de Dieu nous redit notre humanité la plus réelle : faire corps avec les damnés de la terre, pour leur redonner dignité, respect, lien social, communion avec Dieu et avec les autres.

 

L’exclusion dont la lèpre est la figure dans l’Évangile se décline de tant de manières autour de nous : ce membre de la famille qui n’est pas comme nous, ce collègue de travail qu’on tient à l’écart, cet ami qu’on raye de ses adresses lorsqu’il lui arrive ceci ou cela… D’ailleurs, il suffit d’avoir fait un jour l’expérience d’une forme de lèpre pour soi-même, quelle qu’elle soit, pour ressentir de l’intérieur la souffrance d’être déclaré impur aux yeux des autres.

 

Au-delà du pur et de l’impur

Or pour Jésus, personne n’est impur. Ni le collaborateur de l’occupant romain (Zachée), ni le fonctionnaire taxant le peuple (Lévi), ni la prostituée vendant son corps (Marie Madeleine), ni la femme adultère, ni le pharisien imbu de lui-même (Simon), ni le persécuteur fanatique (Paul) …

Les catégories du pur et de l’impur tombent dès lors que le Christ, le Saint de Dieu, nous révèle que la sainteté de Dieu n’est justement pas d’être séparé, mais d’être avec, de communier à, pour guérir et sauver.

Sur la croix, Jésus est l’impur par excellence, le maudit de Dieu (Dt 21,23 ; Ga 3,13).

Qui pourrait dès lors continuer à utiliser ces catégories de pur et d’impur qui ont volé en éclats ce vendredi-là ? Le premier à en bénéficier sera un criminel, un condamné à mort, rejeté hors de la ville comme Jésus. Il sera le premier à entrer au paradis…

 

Depuis lors, est impur le regard qui juge l’autre tel et non pas la personne jugée.

 

Lèpre physique, lèpres de l’exclusion sociale ou religieuse, lèpres de l’impureté imposée : si nous le voulons, nous pouvons éradiquer ces lèpres de nos relations, de nos sociétés.

Le voulons-nous vraiment ?

Les intouchables ne toucheront-t-il ?

 

 

1ère lecture : La loi ancienne sur les lépreux (Lv 13, 1-2.45-46)

Lecture du livre des Lévites

Le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Quand un homme aura sur la peau une tumeur, une inflammation ou une tache, qui soit une marque de lèpre, on l’amènera au prêtre Aaron ou à l’un des prêtres ses fils.
Le lépreux atteint de cette plaie portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera : ‘Impur ! Impur !’
Tant qu’il gardera cette plaie, il sera impur. C’est pourquoi il habitera à l’écart, sa demeure sera hors du camp. »

 

Psaume : Ps 101, 2-3ab, 4-5, 6.13, 20-21

R/ N’oublie pas, Seigneur, le cri des malheureux

Seigneur, entends ma prière :
que mon cri parvienne jusqu’à toi !
Ne me cache pas ton visage
le jour où je suis en détresse !

Mes jours s’en vont en fumée,
mes os comme un brasier sont en feu ;
mon c?ur se dessèche comme l’herbe fauchée,
j’oublie de manger mon pain.

À force de crier ma plainte,
ma peau colle à mes os.
Mais toi, Seigneur, tu es là pour toujours ;
d’âge en âge on fera mémoire de toi.

Des hauteurs du sanctuaire, le Seigneur s’est penché ;
du ciel, il regarde la terre
pour entendre la plainte des captifs
et libérer ceux qui devaient mourir.

 

2ème lecture : Ne scandaliser personne (1Co 10, 31-33; 11, 1)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
tout ce que vous faites : manger, boire, ou n’importe quoi d’autre, faites-le pour la gloire de Dieu.
Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Église de Dieu.
Faites comme moi : en toutes circonstances je tâche de m’adapter à tout le monde ; je ne cherche pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés.
Prenez-moi pour modèle ; mon modèle à moi, c’est le Christ.

 

Evangile : Guérison d’un lépreux (Mc 1, 40-45)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Un grand prophète s’est levé parmi nous :
Dieu a visité son peuple. Alléluia. (Lc 7, 16)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Un lépreux vient trouver Jésus ; il tombe à ses genoux et le supplie : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »
Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »
À l’instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié.
Aussitôt Jésus le renvoya avec cet avertissement sévère :
« Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre. Et donne pour ta purification ce que Moïse prescrit dans la Loi : ta guérison sera pour les gens un témoignage. »
Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte qu’il n’était plus possible à Jésus d’entrer ouvertement dans une ville. Il était obligé d’éviter les lieux habités, mais de partout on venait à lui.
Patrick Braud

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4 février 2012

Avec Job, faire face à l’excès du mal

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Avec Job, faire face à l’excès du mal

 

Homélie du 5° Dimanche ordinaire  / Année B

05/02/2012

 

La corvée d’exister

Qui ne s’est jamais couché l’angoisse au ventre devant la perspective d’heures  entières à chercher le sommeil en vain ?

Qui ne s’est jamais levé que contraint et forcé pour aller au travail sans enthousiasme ?

Qui n’a jamais ressenti à l’issue d’une journée de travail ce sentiment d’amertume et de désillusion qu’exprimait Job : « vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée ; il fait des journées de manoeuvre » ?

Autant dire que chacun de nous peut se reconnaître à un moment ou un autre dans ce Job désabusé !

Ce qui est extraordinaire, c’est que nous ayons laissé ce livre de Job dans la Bible, au lieu de le reléguer parmi les livres cyniques jetant un doute sur la bonté de Dieu, voire sur son existence même.

 

Le mal comme excès

Puisque Job est lu dans toutes les synagogues et toutes les églises, alors c’est qu’il nous Job et l'excès du malest bon d’entrer en procès contre Dieu comme il le fait. Il nous est possible, en tant que croyants, d’oser accuser Dieu de ses contradictions, et surtout de l’accuser de tolérer la présence du mal qui apparemment submerge tout être vivant tôt ou tard.

Job a tout perdu alors qu’il n’avait rien fait de mal. Cette injustice est telle qu’il se retourne contre le créateur de tout cela, et lui reproche vertement de laisser arriver de telles catastrophes.

La pointe de l’expérience de Job, qui est la nôtre parfois, c’est ce que Philippe Nemo appelle fort justement « l’excès du mal », ou plutôt le mal comme un excès qui déborde toute explication, toute théorie, toute consolation.

Perdre bétail, maisons, serviteurs, argent, santé et jusqu’à femme et enfants : Job est plongé dans un enfer de déréliction d’où Dieu est volontairement absent, ce qui est absolument injustifiable, même par Dieu en personne. Cet excès de souffrance et d’injustice chez nous déclenche un doute sur l’existence de Dieu. Chez Job, Dieu est une évidence incontestable, mais l’excès du mal incline Job à trouver la vie humaine insensée, absurde. « Ma vie n’est qu’un souffle » : la brièveté de cette existence exposée au mal en rajoute au malheur, et mieux vaudrait en finir tout de suite, se plaint Job. Il va encore plus loin dans l’accusation : « maudit soit le jour de ma naissance » (Job 3,1).

« Périsse le jour qui me vit naître, et la nuit qui annonça: « Un garçon vient d’être conçu. » (?)   10 Car elle n’a pas fermé sur moi la porte du ventre, pour cacher à mes yeux la souffrance. 11 Pourquoi ne suis-je pas mort au sortir du sein, n’ai-je péri aussitôt enfanté?

  12 Pourquoi s’est-il trouvé deux genoux pour m’accueillir, deux mamelles pour m’allaiter?

  13 Maintenant je serais couché en paix, je dormirais d’un sommeil reposant, 14 avec les rois et les grands ministres de la terre, qui ont bâti leurs demeures dans des lieux désolés, 15 ou avec les princes qui ont de l’or en abondance et de l’argent plein leurs tombes.

  16 Ou bien, tel l’avorton caché, je n’aurais pas existé, comme les petits qui ne voient pas le jour. »

 

De l'inconvénient d'être néC’est ce que Cioran appelait « l’inconvénient d’être né » :

« Je sais que ma naissance est un hasard, un accident risible, et cependant, dès que je m’oublie, je me comporte comme si elle était un événement capital, indispensable à la marche et à l’équilibre du monde. »

« Nous ne courons pas vers la mort, nous fuyons la catastrophe de la naissance ». 

 

Cioran ne fait jamais que reprendre la vieille désillusion du Qohélet : « je félicite les morts qui sont déjà morts plutôt que les vivants qui sont encore vivants.  Et plus heureux que tous les deux est celui qui ne vit pas encore et ne voit pas l’iniquité qui se commet sous le soleil » (Qo 4,2).

 Cette désillusion devient encore plus radicalement chez Job une malédiction incompréhensible émanant d’un créateur absent.

 

Oser accuser Dieu

Il refuse la pseudo explication de ses amis venus le consoler avec de pieuses théories qui ne résistent pas au tsunami de l’abandon.

Et Job proteste à longueur de chapitre contre ces religieux qui essaient de faire rentrer l’excès du mal dans la théorie de la rétribution ou de la transcendance divine.

Non il n’a en rien mérité de la catastrophe qui s’abat sur lui.

Non il ne peut accepter que Dieu en soit l’origine.

Non il ne voit aucun signe de la bonté de Dieu dans cette épreuve.

Mais il ose crier face à Dieu. Au lieu de se replier sur sa douleur en silence, il apostrophe ses amis, il traîne Dieu en accusation, il le convoque et le somme de s’expliquer.

 

Les deux excès

À la fin du livre, la réponse de Dieu n’est pas une réponse. Au mal comme excès est opposé Dieu comme un excès plus grand encore. Aucun des deux n’est vraiment compréhensible.

À l’énigme du mal, Dieu semble répondre en se définissant par un mystère plus grand encore. Et ce n’est pas le happy end très Hollywoodien (visiblement rajouté en fin d’histoire pour rassurer le lecteur) qui va résoudre le mystère de cette double question. Tout au plus l’espérance juive affirme-t-elle à la fin la victoire de Dieu comme excès d’amour sur le mal comme excès de souffrance.

L’espérance chrétienne relaiera cette espérance, tout en reconnaissant en Jésus abandonné de tous – et de son Père, suprême blessure – l’accomplissement de la figure de Job.

Plus que Job, Jésus ne mérite rien des insultes, du mépris et de la condamnation de la croix. La déchirure que Job a ressenti traverse Jésus au plus intime de lui-même : son tas de fumier c’est le bois de la croix, sa lèpre c’est l’infamie qui pèse sur lui, sa perte est celle de sa condition de Fils unique, ses pseudo amis sont des disciples en fuite et des murmures cyniques : « qu’il se sauve lui-même ! ». L’épreuve de Jésus est ainsi plus radicale que celle de Job. D’ailleurs, Job est atteint dans ce qu’il possède mais pas dans sa vie même, alors que Jésus – lui – est exposé à tout perdre, même sa vie.

Le but en est également différent. Si Job subit perte sur perte, c’est parce que dans le texte Satan veut démontrer que le pur amour n’existe pas chez l’homme : « est-ce de manière désintéressée que Job craint Dieu ? » (Job 1,9)

Si Jésus subit perte sur perte, c’est qu’il est uni à la volonté de son Père d’aller « chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10).

L’épreuve de Job est un test  autour de l’amour gratuit et désintéressé. La passion du Christ est un plongeon en enfer pour faire corps avec les damnés de la terre, et les faire remonter à la lumière.

 

La résurrection ne sera pas un happy end après un drame convenu. Jésus ressuscité garde les traces de sa passion. Le mal qui s’était acharné « en excès » sur lui n’est pas effacé. Mais la vie « en excès » est donnée par Dieu, sans que ce deuxième mystère vient de résoudre la première énigme.

 

« Seul l’excès de béatitude sera consonant avec l’excès du mal. Il ne s’agira pas seulement pour Dieu d’effacer le mal donné, mais de se montrer, par la béatitude donnée à l’excès, à la mesure de l’immesurable excès du mal. » (Ph. Nemo)

 

Le courage de faire face

Alors, relisons le livre de Job ! Ses plaintes nous autorisent à nous plaindre avec lui. Ses protestations contre ses amis nous encouragent à ne pas nous satisfaire des solutions conformistes. Sa violence contre Dieu nourrit notre énergie pour ne pas laisser Dieu tranquille, à l’instar de Jacob : « je ne te lâcherai pas que tu ne m’aies béni » (Gn 32,27).

La trajectoire de Job, de la déréliction à la révolte jusqu’à l’inexplicable, pleinement accomplie en Jésus abandonné, peut soutenir nos propres amertumes et désillusions.

« Vraiment la vie de l’homme sur la terre est une corvée. » Mais cette corvée devient en Christ un service ou l’excès du mal est vaincu par l’excès d’amour.

Chacun de nous peut être configuré à Job ou à Jésus à un moment de sa vie.

Qu’ils nous aident à faire face à l’excès du mal avec courage.

 

 

1ère lecture : Détresse de l’homme qui souffre (Jb 7, 1-4.6-7)

Lecture du livre de Job

Job prit la parole et dit :
« Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de man?uvre. Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre, comme le man?uvre qui attend sa paye, depuis des mois je n’y ai gagné que du néant, je ne compte que des nuits de souffrance. À peine couché, je me dis :’Quand pourrai-je me lever ?’ Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube. Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, ils s’achèvent quand il n’y a plus de fil.
Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. »

 

Psaume : Ps 146, 1.3, 4-5, 6-7

R/ Bénissons le Seigneur qui guérit nos blessures !

Il est bon de fêter notre Dieu,
il est beau de chanter sa louange :
il guérit les c?urs brisés
et soigne leurs blessures. 

Il compte le nombre des étoiles,
il donne à chacune un nom ;
il est grand, il est fort, notre Maître :
nul n’a mesuré son intelligence.

Le Seigneur élève les humbles
et rabaisse jusqu’à terre les impies.
Entonnez pour le Seigneur l’action de grâce,
jouez pour notre Dieu sur la cithare !

2ème lecture : L’Apôtre se fait tout à tous (1Co 9, 16-19.22-23)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
si j’annonce l’Évangile, je n’ai pas à en tirer orgueil, c’est une nécessité qui s’impose à moi ; malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
Certes, si je le faisais de moi-même, je recevrais une récompense du Seigneur. Mais je ne le fais pas de moi-même, je m’acquitte de la charge que Dieu m’a confiée.
Alors, pourquoi recevrai-je une récompense ? Parce que j’annonce l’Évangile sans rechercher aucun avantage matériel, ni faire valoir mes droits de prédicateur de l’Évangile.
Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible.
J’ai partagé la faiblesse des plus les faibles, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns.
Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour bénéficier, moi aussi, du salut.

 

Evangile : Une journée de Jésus au milieu des malades (Mc 1, 29-39)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus a pris sur lui notre faiblesse, il s’est chargé de nos douleurs. Alléluia. (cf. Mt 8, 17)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En quittant la synagogue, Jésus, accompagné de Jacques et de Jean, alla chez Simon et André.
Or, la belle-mère de Simon était au lit avec de la fièvre. Sans plus attendre, on parle à Jésus de la malade. Jésus s’approcha d’elle, la prit par la main, et il la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.
Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades, et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit toutes sortes de malades, il chassa beaucoup d’esprits mauvais et il les empêchait de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était.
Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait.
Simon et ses compagnons se mirent à sa recherche.
Quand ils l’ont trouvé, ils lui disent : « Tout le monde te cherche. »
Mais Jésus leur répond : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle ; car c’est pour cela que je suis sorti. »
Il parcourut donc toute la Galilée, proclamant la Bonne Nouvelle dans leurs synagogues, et chassant les esprits mauvais.

Patrick Braud

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