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29 janvier 2011

Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires

 

Homélie pour le 4° dimanche ordinaire / Année A

Dimanche 30 Janvier 2011

 

 

Le petit reste Israël, où l’art d’être minoritaires

« Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur.

Ce Reste d’Israël ne commettra plus l’iniquité. Il renoncera au mensonge, on ne trouvera plus de tromperie dans sa bouche. Il pourra paître et se reposer sans que personne puisse l’effrayer » (So 3,12-13).

·       Ce thème du petit reste d’Israël a une grande importance dans la survie du peuple juif, et dans la conscience que l’Église a d’elle-même. Vers 620 environ avant Jésus-Christ, Sophonie annonce la catastrophe de l’Exil à Babylone (587 av. JC). Il anticipe les dégâts  de cette Shoah : il n’y aura plus de roi, plus de Temple. Apparemment, tout ira mal, car ? vaincus – la plupart des juifs se mélangeront au peuple dominateur et laisseront se diluer ainsi leur identité spécifique en se fondant dans la culture païenne ambiante.

Le petit reste d'Israël, ou l'art d'être minoritaires dans Communauté spirituelle sefer_torah-125x150Pourtant quelques-uns parmi les exilés résisteront, et refuseront de se laisser totalement assimiler. Ils vont s’accrocher à leurs synagogues, à leurs cohens (les prêtres). La lecture de la Tora chaque samedi et l’observance du shabbat les sauveront de la disparition totale qui logiquement aurait dû se produire.

 

·       C’est donc qu’il est possible de n’être qu’un petit reste et pourtant de porter l’avenir d’un peuple…

Minoritaire à Babylone où il est plongé dans la civilisation de l’empire, minoritaire au sein de sa propre famille juive où il fait figure d’irréductible, ce petit reste d’Israël se voit pourtant reconnaître par Isaïe comme celui à partir Dieu va reconstruire et le Temple et la nation et l’alliance au retour d’Exil (537 av. JC).

 

Parce qu’il ose être différent et garder l’Alliance, ce « germe d’Israël », « petit et pauvre », sera le pilier du renouveau à venir.

 

L’Église catholique, minoritaire en France

·       Comment ne pas y voir un encouragement et une feuille de route pour notre Église catholique en France ?

Alors que dans le monde, le catholicisme ne cesse de grandir de se développer, alors qu’il est numériquement majoritaire dans beaucoup de pays importants (USA, Amérique du Sud, Brésil…) ou en forte croissance ailleurs (Corée du Sud, Chine, Afrique, Inde…), il semble bien qu’en France nous soyons installés, et pour longtemps, dans une situation comparable au « petit reste » de Sophonie.

 

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Les chiffres ne disent pas tout, mais ils expriment quand même cette réalité indiscutable : les catholiques « convaincus » sont très minoritaires dans notre société. Toutes les statistiques expriment cela (baptêmes, vocations, pratique dominicale…).

 

Certes, une grande partie de l’influence sociale de l’Église catholique perdure au-delà de ces baisses numériques : influence historique, culturelle, morale… Mais il est incontestable que les catholiques pratiquants sont aujourd’hui quelques-uns parmi beaucoup d’autres dans la société française. Demandez aux jeunes générations : elles le savent d’instinct ! Ils ne sont qu’une poignée par classe à aller « au caté » (15% de catéchisés en moyenne au maximum), une pincée à fréquenter les aumôneries de collèges ou de lycées (10 % environ) ou d’étudiants (1 %, sinon moins). Nos assemblées en temps ordinaire reflètent cette perte de vitesse numérique (alors que pour les fêtes ou les deuils par exemple, la capacité de mobilisation reste beaucoup plus importante).

 

·       Comment réagir à cette réalité ? Certains passeront leur temps à se lamenter, à regretter un âge d’or illusoire ; ils tomberont dans une forme de dépression spirituelle. D’autres seront tentés par le repli sur soi, réflexe de survie compréhensible – mais dangereux – de toutes les minorités qui se sentent menacées. Certains extrémistes prôneront la dissolution totale par souci d’ouverture et de fraternité avec les autres, ou au contraire une rigueur quasi intégriste pour préserver le noyau dur des convaincus…

·       Il est vrai qu’être minoritaires peut être dangereux. Demandez aux chrétiens d’Orient hélas : être chrétien (ou pire encore, vouloir le devenir) dans une société où l’islam est majoritaire est extrêmement risqué. Le film « Des hommes et des dieux » a pourtant diffusé cette conviction qui remonte aux premiers martyrs chrétiens : rester vivre - « petit reste fragile et pauvre » - au milieu d’une société marquée par des violences extrémistes, pour témoigner de la liberté d’aimer et de croire peut devenir à long terme extrêmement fécond, même si cela passe par la mort…


De l’avantage d’être minoritaires !

La figure du « petit reste d’Israël » prophétisé par Sophonie permet d’échapper aux impasses nostalgiques comme aux peurs stratégiques.

C’est tout un art d’être minoritaires, sans désespérer, sans baisser les bras ni se résigner !

 

- Une minorité active peut se révéler être utile, extrêmement utile à la société à laquelle Seule+parmi+la+foule Eglise dans Communauté spirituelleelle participe. C’était le cas dans les premiers siècles, où les chrétiens étaient minoritaires et mêmes persécutés dans l’empire romain.

- Une minorité consciente peut sans complexe proposer ses convictions et ses vues différentes : sur le respect de la vie humaine, sur le rôle de l’économie, sur la constitution d’un couple, d’une famille… sans être soupçonnée de vouloir imposer ses idées : comment en aurait-elle les moyens actuellement ?

- La minorité catholique peut du coup chez nous participer aux débats publics sans autre objectif que de témoigner de ce qui la fait vivre. N’ayant plus de puissance institutionnelle à défendre (il y a bien quelques régions ou quelques domaines où il y a de beaux restes tout de même…), cette minorité ne demandera ni privilèges ni subventions : elle sera libre d’être elle-même au milieu des autres opinions.

- Cela comporte pour elle une exigence : revenir à l’Évangile comme la source de sa parole et de son action, renoncer à vouloir conquérir.

 

Les réformateurs des grandes périodes de crise étaient ultra minoritaires à leurs débuts : les martyrs des cirques romains, les ermites du désert égyptien, les moines disciples d’Antoine, Basile, Augustin ou Benoît, François d’Assise ou Luther, les pionniers de l’Action catholique ou du Renouveau charismatique…

- Être minoritaires donne une liberté et une audace qui sont des promesses d’avenir.

- Être minoritaires est un temps de fondation pour le renouveau qui viendra.

- Être minoritaires n’est ni mieux ni pire qu’être majoritaires : c’est ainsi que les événements (Dieu ?) nous ont placé en France actuellement, et c’est ainsi qu’il nous faut fleurir (cf. François de Sales : « fleuris là où Dieu t’a planté »).

 

C’est tout un art d’être minoritaires ! L’expérience du petit reste d’Israël peut nous y aider.

 

·       Et vous comment assumez-vous cette condition de minoritaires dans votre milieu professionnel, familial, amical, associatif ?

 

 

1ère lecture : Dieu veut un peuple humble, petit et pauvre (So 2, 3; 3, 12-13)

 Lecture du livre de Sophonie

Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays qui faites sa volonté. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur.

Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur.
Ce Reste d’Israël ne commettra plus l’iniquité. Il renoncera au mensonge, on ne trouvera plus de tromperie dans sa bouche. Il pourra paître et se reposer sans que personne puisse l’effrayer.

Psaume : Ps 145, 7, 8, 9ab.10b

R/ Heureux le pauvre de coeur : à lui, le Royaume des cieux !

Le Seigneur fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain,
le Seigneur délie les enchaînés. 

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin,
Le Seigneur est ton Dieu pour toujours.

2ème lecture : Ceux que Dieu choisit (1Co 1, 26-31)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu. C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes, dans le Christ Jésus, qui a été envoyé par lui pour être notre sagesse, pour être notre justice, notre sanctification, notre rédemption. Ainsi, comme il est écrit : Celui qui veut s’enorgueillir, qu’il mette son orgueil dans le Seigneur.

 

Evangile : Sermon sur la montagne. Les Béatitudes (Mt 5, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! Alléluia. (Mt 5, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent.
Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.
Patrick Braud 

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22 janvier 2011

Ruptures et continuités : les conversions à vivre pour répondre à un appel

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Ruptures et continuités :
les conversions à vivre pour répondre à un appel

 

Homélie pour le 3° dimanche ordinaire / Année A

Dimanche 23 Janvier 2011

 

 

Pêcheurs / pêcheurs d’hommes

·       « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »

Le jeu de mots est célèbre. Il a suscité d’innombrables commentaires. Il peut à nouveau éclairer les appels qui jalonnent notre route, venant de Dieu, du hasard ou de la nécessité…

 

Un appel produit toujours ruptures et continuités

 

Savoir quitter

·       C’est facile à constater : être appelé à une responsabilité nouvelle oblige la plupart du temps à quitter bien des choses. Il faut déménager pour aller travailler ailleurs ; accepter d’avoir moins de temps libre pour assumer un engagement supplémentaire ; renouveler son réseau de relations pour découvrir un autre milieu etc…

À cause de cela, dans l’évangile, les verbes quitter / laisser suivent presque toujours le verbe appeler. « Il les appela. Aussitôt, laissant leur barque… ».

- Simon et André quittent leur père, leurs filets de pêche, et avec eux l’entreprise familiale, leur vie tranquille à Capharnaüm.

- Jacques et Jean font de même : ils quittent eux aussi la barque familiale et les rivages familiers.

- Jésus lui-même inaugure son ministère par un changement d’adresse significative : « il Ruptures et continuités : les conversions à vivre pour répondre à un appel dans Communauté spirituelle 9782227350229quitta Nazareth et vint habiter Capharnaüm ». À tel point que Capharnaüm est devenue ‘la ville de Jésus’, là où il avait sa maison (celle de Pierre en fait, dont on a retrouvé les traces et qu’on visite aujourd’hui encore à Capharnaüm).

Il quitte son enfance, Nazareth et sa vie cachée, pour s’établir dans ce « carrefour des nations », peuplé de militaires, de voyageurs, et de tous les commerces qui vont avec…
On aurait dû l’appeler ‘Jésus de Capharnaüm’ et non pas ‘Jésus de Nazareth’ !

 

·       Répondre à un appel implique donc des ruptures, inévitablement.

Faites la liste des ruptures que vous avez déjà traversées – même sans vous en rendre compte sur le moment – pour les études, pour un poste professionnel, à cause du déménagement des autres, des deuils, des séparations successives…

Savoir quitter est donc l’apprentissage de ceux qui répondent à des appels.

 

Continuités

·       Mais tout n’est pas rompu de son passé lorsqu’on se met à suivre le Christ. En même temps que l’on quitte, on découvre ce qui demeure. Tout n’est pas changé : des choses fondamentales restent là, plus que jamais, prises dans une autre lumière certes, mais toujours les mêmes.

Ainsi, Simon et André ne cessent pas d’être frères, et répondent ensemble à l’appel de Jésus, en frères. De même pour Jacques et Jean, qui restent « fils de Zébédée » par la suite.

C’est rassurant : on peut répondre à un appel en famille, les liens familiaux peut être transfigurés dans l’aventure commune !

 

·       Autre continuité soulignée fortement par l’évangéliste Matthieu : entre Isaïe et Jésus. L’appel auquel répond Jésus ne rompt pas les anciennes alliances. Au contraire, il les accomplit. « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». (Mt 4,14-16)

 « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir : je suis venu accomplir, non pas abolir ». (Mt 5,17). Accomplir la prophétie d’Isaïe se situe dans  la continuité de la lignée des prophètes.

Pour l’Église, assumer la continuité avec Israël, ou avec le premier Testament, est toujours un impératif que les ruptures historiques ne peuvent effacer.

 

Ruptures et continuités : la conversion des talents

·       Autre continuité tout à fait remarquable dans le texte : les deux fois deux frères ne cesseront pas d’être des pêcheurs. Ils ne deviendront pas apôtres à partir de rien, ex nihilo. Ils apprendront à convertir leur savoir-faire de pêcheurs de poissons dans la mission apostolique de pêcheurs d’hommes.

Autrement dit, Dieu ne les appelle pas malgré leur métier, contre lui ou sans lui. Il s’appuie sur leur métier pour les initier à leur vocation profonde.

 André dans Communauté spirituelle

Et qu’est-ce qu’être pêcheur à l’époque de Jésus ?

Pour les juifs, rappelez-vous, la mer est le lieu de la peur et de la mort. Depuis le déluge qui a submergé la terre, noyé les Égyptiens, naufragé Jonas ou fait peur aux piètres marins qu’étaient les juifs, être plongé dans l’eau signifiait habiter les profondeurs de la mort, au milieu de monstres effrayants. Le métier de pêcheur, c’est alors de sortir hors de ce milieu infernal les ‘poissons’ représentant les hommes. Le pêcheur met l’humanité hors d’eau. Son savoir-faire libère ceux qui habitaient les « ténèbres » (selon les termes d’Isaïe) des océans  pour les amener à la lumière de la surface. À tel point que les chrétiens se désignaient dans les premiers siècles par le symbole du poisson, tiré hors de l’eau angoissante, prêt à être cuit sur la braise, savoureusement goûté lors du repas de la résurrection sur la grève (cf. Jn 21).

 

·       Le jeu de mots pêcheurs/pêcheurs d’hommes signifie donc la profonde continuité que chacun va assumer : en répondant à l’appel du Christ, nous sommes invités non pas à renier notre identité profonde, nos talents, nos charismes, mais à les mettre au service de la pêche apostolique, avec plus d’intelligence encore que lorsque nous étions à notre compte…

   appel

·       L’histoire est pleine de telles ruptures / continuités :

Augustin quitte sa maîtresse et l’ésotérisme, mais met l’art de sa rhétorique au service de l’Évangile.

Ambroise était préfet de Milan et il a su mettre sa compétence au service de son ministère d’évêque.

Charles de Foucauld était un génial explorateur doué du sens militaire : il deviendra un pionnier de la grammaire et du dictionnaire touareg-français.

L’Abbé Pierre était député, et il a su faire jouer son carnet d’adresses en faveur d’Emmaüs…

 

Vous le voyez : tout appel, qui vient du Christ ou des événements de la vie, produit à la fois des ruptures et des continuités.

À chacun de discerner ce qu’il doit quitter, ce qu’il peut conserver tout en le transformant, pour répondre à quel appel…

   continuité

 

 

1ère lecture : Une lumière se lèvera sur la Galilée (Is 8, 23 – 9,1-3)

Lecture du livre d’Isaïe

Dans les temps anciens, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée, carrefour des païens.
Le peuple qui marchait dans les ténèbresa vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.

Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.

Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.

 

Psaume : Ps 26, 1, 4abcd, 13-14

R/ Le Seigneur est lumière et salut

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ? 

J’ai demandé une chose au Seigneur,
la seule que je cherche : 
habiter la maison du Seigneur
tous les jours de ma vie.

J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur
sur la terre des vivants. 
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
espère le Seigneur. »

 

2ème lecture : Le scandale des divisions dans l’Église du Christ (1Co 1, 10-13.17)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ à être tous vraiment d’accord ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et de sentiments.
J’ai entendu parler de vous, mes frères, par les gens de chez Cloé : on dit qu’il y a des disputes entre vous.
Je m’explique. Chacun de vous prend parti en disant : « Moi, j’appartiens à Paul », ou bien : « J’appartiens à Apollos », ou bien : « J’appartiens à Pierre », ou bien : « J’appartiens au Christ ».
Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce donc Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?
D’ailleurs, le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ.

 

Evangile : Jésus commence son ministère par la Galilée (brève : 12-17) (Mt 4, 12-23)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le Seigneur notre Dieu : sur ceux qui habitent les ténèbres, il a fait resplendir sa lumière. Aléluia. (cf. Lc 1, 68.79)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée.
Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.
Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe :
Pays de Zabulon et pays de Nephtali,route de la mer et pays au-delà du Jourdain,Galilée, toi le carrefour des païens :
le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière.Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort,une lumière s’est levée.
A partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »
Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c’étaient des pêcheurs.
Jésus leur dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans leur barque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il les appela.
Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent.
Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

 

Patrick Braud
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15 janvier 2011

Pour une vie inspirée

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Pour une vie inspirée

 

Homélie pour le 2° dimanche ordinaire / Année A

Dimanche 16 Janvier 2011

 

 

Les demeures de l’Esprit

·       Il y a des lieux où vous vous sentez irrésistiblement inspirés.

Pour une vie inspirée dans Communauté spirituelle 2674596792_1Si vous allez à Belle-Île en mer par exemple, l’arrivée au port du Palais, au pied de la citadelle de Vauban, vous laissera le souffle coupé… En débarquant, allez explorer la pointe de l’île qu’on appelle les Poulains. Au bout du monde, un phare veille sur les innombrables rochers obligeant les bateaux à passer au loin. Un vieux fort militaire plein de charme attirera votre regard. C’est là que Sarah Bernhardt, une des plus grandes tragédiennes du 19° siècle, venait régulièrement se ressourcer: « J’aime venir chaque année dans cette île pittoresque, goûter tout le charme de sa beauté sauvage et grandiose. J’y puise sous son ciel vivifiant et reposant de nouvelles forces artistiques … » 9782213635842FS dans Communauté spirituelle

 

 

Chacun de nous connaît des endroits qui l’inspirent. Chacun de nous a sa Belle-Île en mer, son fort des Poulains?

 

Il y a comme cela des lieux où souffle l’Esprit.

 

Un auteur a même publié toute une série de beaux ouvrages sur ?les demeures de l’esprit', ces lieux habités autrefois par des auteurs inspirés, où flotte encore quelque chose de leur génie et de la source de ce génie…

 

 

 

Ceux sur qui l’Esprit demeure

·       Tous les artistes vous décriront le phénomène de l’inspiration comme une quasi transe, un moment où ils ne s’appartiennent plus, mais reçoivent une énergie, une créativité, une inspiration qui descend sur eux et les pousse à écrire, peindre, composer, innover…

S’il y a des demeures de l’Esprit, il existe plus encore ceux sur qui l’Esprit demeure.

 

·       L’expérience si forte que Jésus ressent lors de son baptême dans le Jourdain nous paraît alors moins étrangère.

Ce lieu du Jourdain parle à son coeur comme jamais.

C’est lNM23-755-505e fleuve de l’entrée en Terre promise. C’est le fleuve qui jaillit du Père – de l’Hermon au Liban – pour traverser notre humanité – les villes comme Jéricho – et aller se jeter dans la mer Morte, c’est-à-dire symboliquement combattre la mort elle-même.

 

·       Sur ses rives chargées de symboles et d'histoire, Jean-Baptiste voit l'Esprit descendre sur Jésus, et y demeurer.

Cela nous arrive également d’être témoins de la transe inspirée d’un pianiste de jazz, d'un orchestre classique ou d’un danseur emporté par le rythme…

Mais là où cette inspiration n'est que passagère pour les artistes, elle est permanente pour Jésus.

Là où nous effleurons notre vocation dans un dépassement incroyable et bref, lui est révélé dans sa vraie nature, permanente : il est « Celui sur qui l’Esprit demeure », dès l’origine. Le témoignage de Jean-Baptiste nous le désigne ainsi : « ?L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint.’ Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

 

·       Voilà pourquoi nous appelons Jésus : « le Christ », c’est-à-dire l'Oint, celui qui a reçu l’onction, le Messie, celui sur qui ruisselle l’Esprit de Dieu même. Mieux que l'huile ruisselle sur la tête du baptisé, l’Esprit de Dieu imprègne l’être entier de Jésus de Nazareth.

La véritable identité de cet homme est alors manifestée : à  Jean-Baptiste d’abord (dans notre évangile de Jean), puis à tout le peuple plus tard. Comment ? En se laissant conduire par l’Esprit de Dieu, Jésus va poser des actes et oser des paroles inouïes, inconcevables, inimaginables pour un juif de son époque. Il sera si unique que peu à peu ses contemporains devineront son secret : il n'y a que Dieu qui parle si bien de Dieu, il n'y a que l'Esprit pour agir ainsi?

 

Laissez-vous conduire par l’Esprit

·       Parce qu’il est le Messie, celui sur qui l'Esprit de Dieu est descendu et demeure, Jésus nous apprend jour après jour à faire de même, unis à lui.

Se laisser conduire, laisser l’inspiration monter en nous, à temps et à contretemps… Visiter les lieux où l’Esprit est plus intense… (Taizé, Lourdes, une cathédrale, une abbaye, un havre de beauté) ; se mettre dans le sillage de ceux dont l’Esprit a déjà gonflé la voile et tracé la route (les prophètes, les pionniers, les défricheurs de notre temps)?

 

·       Concrètement, revenir à cette vocation baptismale, c’est se poser la question de la désappropriation fondamentale de notre vie. Les grands fondateurs, religieux ou profanes, très souvent ne voulaient rien fonder. Ils répondaient juste à un appel, puis à un autre, et l’enchaînement des événements les portaient plus loin, ailleurs…

 

Où reprendre souffle ? Auprès de qui ? Quelle inspiration pouvez-vous laisser monter en vous, que ce soit pour votre vie personnelle ou notre vie collective ?

 

 

 

1ère lecture : Le serviteur de Dieu est la lumière des nations (Is 49, 3.5-6)

 

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Serviteur de Dieu. Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai. »
Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force.
Il parle ainsi : « C’est trop peu que tu sois mon serviteurpour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d’Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.»

 

Psaume : Ps 39, 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd

 

R/ Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté

D’un grand espoir, j’espérai le Seigneur :
il s’est penché vers moi.
Dans ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice,
tu as ouvert mes oreilles ; 
tu ne demandais ni holocauste ni victime, 
alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

Dans le livre, est écrit pour moi 
ce que tu veux que je fasse. 
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
ta loi me tient aux entrailles. 

Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
Seigneur, tu le sais. 
j’ai dit ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

 

2ème lecture : Paul salue l’Église de Dieu qui est à Corinthe (1 Co 1, 1-3)

 

Commencement de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Moi, Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être Apôtre du Christ Jésus, avec Sosthène notre frère, je m’adresse à vous qui êtes, à Corinthe, l’Église de Dieu, vous qui avez été sanctifiés dans le Christ Jésus, vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre.

Que la grâce et la paix soient avec vous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur.

 

Evangile : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29-34)

 

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Verbe s’est fait chair, il a demeuré parmi nous. Par lui, deviendront fils de Dieu tous ceux qui le reçoivent. Alléluia. (cf. Jn 1, 14.12)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. Je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté au peuple d’Israël. »
Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint.’ Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Patrick Braud 

8 janvier 2011

« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

« Laisse faire » :

l’étrange libéralisme de Jésus

 

Homélie pour la fête du Baptême du Seigneur / Année A

Dimanche 9 Janvier 2011

 

http://storage.canalblog.com/77/29/249840/21041018.jpg« Laisse faire ».

Par deux fois.  

« ‘Laisse faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste.’

Alors Jean le laisse faire. » (Mt 3,5)


Une expression rare dans la Bible

·       L’expression est étrange. Elle est singulière également, car elle n’apparaît qu’ici dans le Nouveau Testament, dans cette scène du baptême de Jésus par Jean-Baptiste.

En effet, Jean-Baptiste résiste à l’idée d’être celui qui baptise Jésus et non l’inverse. Jésus est obligé de lui intimer cet impératif : « laisse faire ». On y sent une pointe d’incompréhensible : « tu ne peux pas saisir la porte de ton geste maintenant. Accepte de ne pas tout maîtriser. Laisse Dieu agir à sa manière ».

·       Dans toute la Bible, une rapide enquête montre que l’expression n’est utilisée formellement qu’une seule autre fois. Lorsque le roi d’Israël, Josias, voit le roi d’Égypte Neko monter combattre à Karkemish, sur le fleuve Euphrate, il croit qu’il doit le combattre au nom de Dieu. Neko essaie de le dissuader : « laisse donc faire Dieu qui est avec moi. Ce n’est pas toi que je viens attaquer ». Josias s’entête, livre bataille à Megiddo. Ne pas « laisser-faire » Dieu lui sera fatal : il est blessé mortellement (2Ch 35,20-27).

Lui, Josias, le grand roi de la réforme religieuse, qui avait restauré le Temple et la Loi à Jérusalem après l’exil, s’est pourtant mortellement trompé en ne laissant pas agir de Dieu à sa manière (et la manière de Dieu ici, c’était la paix !, la non-guerre avec l’Égypte…).

 

On trouve quelques rares autres allusions à ce « laisse faire », par exemple dans l’injonction de Dieu à Pharaon : « laisse aller mon fils » (Ex 4,23). C’est le fameux : « do let my people go », magnifié par les gospels. Pharaon endurcit son coeur et ne veut pas laisser Dieu faire l’histoire. Les 10 plaies d’Égypte seront la rançon de ce refus du « laisse faire ».

On peut également penser à l’attitude de laisser-faire qui caractérise Marie : elle ne comprend pas pourquoi, elle ne sait pas comment, mais elle laisse l’Esprit de Dieu agir en elle, elle le laisse faire… (Lc 1,28-38 ; 2,19.33.41-52).

·       Bref, cette expression est suffisamment rare dans la Bible pour lui accorder tout son poids d’étrangeté ici. Ce « laisse faire » pourrait bien être une clé majeure de l’identité profonde de Jésus : il est celui qui se laisse entièrement façonner par son Père, qui se laisse entièrement conduire par l’Esprit du Père, et le  laisse parler et agir à travers lui.

 

Le « laisser-faire » des libéraux

·       En Europe, cette expression a immédiatement un autre écho, et cela vaut la peine de s’y confronter. Le « laisser-faire » est en effet au coeur du libéralisme philosophique, conçu comme un projet de libération de toutes les entraves étatiques émanant du Prince ou de l’Église.

« Il y a une querelle historique sur cette humble supplique de commerçants pour que l’État corporatiste d’Ancien régime desserre l’étau de ses règlementations. L’origine s’en trouve chez Turgot, dans son Éloge de M. de Gournay. Il prête la maxime « laissez-nous faire » à un commerçant lyonnais du temps de Colbert, mais il semble bien que la formule soit de Gournay lui-même. « Laissez-faire, laissez passer » les grains entre les provinces. A cette époque, la France était hérissée d’octrois et de droits contre la circulation libre. L’État avait le contrôle du commerce des grains, ce qui provoquait de nombreuses famines.

L’idée, géniale, qui se cachait derrière le « laissez-nous faire », était que la liberté de circulation des grains entraînerait un enrichissement général. Qui peut dire qu’il n’en a pas été ainsi ? La société d’Ancien régime, avec 25 millions d’habitants, vivait de famine en crise de subsistances. A partir du moment où la liberté a été instaurée, la disette ne fut plus jamais qu’un souvenir. »

Source : http://www.wikiberal.org/wiki/Laissez-faire

 

·       On attribue la paternité de cette formule en économie politique au marquis d’Argenson : « Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises ».

« Ces deux mots, laisser faire et laisser passer, étant deux sources continuelles d’actions, seraient donc pour nous deux sources continuelles de richesses » (Conclusion des « Réflexions sur la contrebande » de Vincent de Gournay, Grenoble Septembre 1753).

« Laissez-nous faire » est la réponse du marchand Legendre à Colbert qui lui demandait : « que peut-on faire pour vous aider ? » (rapportée par Turgot).

Turgot attribue le « laisser-faire, laisser-passer » à Vincent de Gournay en 1759, dans son éloge funèbre. C’est en tout cas une injonction au pouvoir de cesser d’intervenir sans cesse dans l’économie. Turgot écrit dans l’encyclopédie de d’Alembert et Diderot :

« Ce que l’État doit à chacun de ses membres c’est la destruction des obstacles qui les gêneraient dans leur industrie (…). Les hommes sont-ils puissamment intéressés au bien que vous voulez leur procurer ? LAISSEZ-LES FAIRE. Voilà le grand, l’unique principe. » (Turgot, article « Fondation » pour l’Encyclopédie de D’Alembert et Diderot)

François Quesnay, médecin-chirurgien de Louis XV et précurseur de la macroéconomie moderne, ira encore plus loin :

« Que faire ? demande le roi ;
Rien, Sire, répond Quesnay.
Qui gouvernera ?
Les lois »
(Tableau économique, 1758).

·       Le projet libéral du XVIII° siècle est donc bien de faire sauter les entraves royales à la libre circulation des hommes et des marchandises. On a beaucoup critiqué cette formule du laisser-faire, lorsqu’elle est devenue un slogan ultralibéral contre toute forme de régulation et de réglementation économique. Mais à l’origine, il s’agissait de desserrer l’étau qui asphyxiait le commerce et empêchait les gens de circuler, d’acheter et de vendre librement. Cette maxime traduit une certaine confiance (à tort ou à raison), soit dans la capacité des hommes à créer de la richesse, soit dans une « main invisible » (l’expression est d’Adam Smith, 1776) qui va providentiellement faire concourir la liberté de chacun au bien de tous, plus sûrement qu’une administration dirigiste ou un pouvoir planificateur et centralisateur.

 

Le libéralisme de Jésus

·       Jésus serait-il libéral lorsqu’il demande de laisser-faire ?

Cet anachronisme est volontairement provocant… On n’imagine pas Jésus en champion de l’individualisme capitaliste ! Pourtant, lorsqu’il dit : « laisse faire », il fait confiance à une autre liberté, celle de Dieu. Son libéralisme est centré sur Dieu et non sur l’intérêt individuel. Il veut faire sauter les entraves à la libre réalisation du projet divin. Il veut assurer la libre circulation de l’initiative divine entre les hommes. À cause de cette revendication de la pleine liberté pour l’action de Dieu, Jésus osera contester les pouvoirs totalitaires, les institutions religieuses. Il osera renverser le comptoir des marchands du Temple justement pour « laisser-faire » la gratuité entre les hommes et Dieu (Jn 2,13-16). Il sera le premier surpris qu’une force sorte de lui pour guérir une cananéenne impure, mais il « laissera faire » le salut de Dieu là où il ne l’avait pas prévu (Lc 8,43-48). De même avec la libanaise qui réclame la guérison de sa fille, comme les petits chiens réclament les miettes tombant de la table de leur maître : Jésus ne s’attendait pas à cet universalisme-là, mais il la laissera faire ; elle obtiendra cette guérison, révélant à Jésus qu’il est envoyé même aux païens (Mc 7,24-30)…

 

·       Voilà le « libéralisme » de Jésus : se laisser conduire par les événements là où il n’aurait jamais pensé aller, laisser à son Père la liberté de prendre les hommes à contre-pied, se laisser conduire par l’Esprit jusqu’au laisser-faire ultime : être accusé d’être un maudit de Dieu, être jugé, condamné et crucifié comme tel…

 

·       Et nous, comment « laisser-faire » Dieu à travers les imprévus de notre existence ?

Comment lui laisser la liberté réelle d’agir comme lui seul sait le faire, de façon si surprenante ?

 

« Laisse faire » : quelle traduction concrète allez-vous donner à cette attitude si paradoxale ?

 

 

1ère lecture : Le serviteur de Dieu consacré pour le salut des hommes (Is 42, 1-4.6-7)

Lecture du livre d’Isaïe

Ainsi parle le Seigneur :
Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; devant les nations, il fera paraître le jugement que j’ai prononcé.
Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n’entendra pas sa voix sur la place publique.
Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il fera paraître le jugement en toute fidélité.
Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé, jusqu’à ce qu’il impose mon jugement dans le pays, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses instructions.
Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice, je t’ai pris par la main, je t’ai mis à part, j’ai fait de toi mon Alliance avec le peuple et la lumière des nations ; tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot ceux qui habitent les ténèbres.

Psaume : Ps 28, 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10

R/ Dieu, bénis ton peuple, donne-lui la paix.

Rendez au Seigneur, vous, les dieux,
rendez au Seigneur gloire et puissance.
Rendez au Seigneur la gloire de son nom,
adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.

La voix du Seigneur domine les eaux,
le Seigneur domine la masse des eaux.
Voix du Seigneur dans sa force,
voix du Seigneur qui éblouit.

Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre.
Et tous dans son temple s’écrient : « Gloire ! »
Au déluge le Seigneur a siégé ;
il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours !

2ème lecture : Le ministère du Sauveur commence à son baptême (Ac 10, 34-38)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand Pierre arriva à Césarée, chez un centurion de l »armée romaine, il s’adressa à ceux qui étaient là : « en vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. Il a envoyé la Parole aux fils d’Israël, pour leur annoncer la paix par Jésus Christ : c’est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous.
Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean :
Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui. »

Evangile : Le baptême de Jésus (Mt 3, 13-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui, le ciel s’est ouvert, l’Esprit descend sur Jésus, et la voix du Père domine les eaux : « Voici mon Fils, mon bien-aimé ! » Alléluia. (cf. Mt 3, 16-17, Ps 28, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui.
Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »
Patrick Braud 

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